[104] On voit, à Turenne, les ruines d'un ancien château fort dont il reste une tour gigantesque, dite Tour de César.

[105] À cet endroit du manuscrit se trouve une esquisse presque informe qui représente la tour du château. Elle fait invinciblement penser aux ms de Victor Hugo, faits par le poète dans son voyage sur les bords du Rhin.

[106] Mme Duriez de Verninac. Dans son testament Delacroix lui a laissé de nombreux souvenirs.

[107] La famille Lamey, qui habitait Strasbourg, où M. Lamey occupait le poste de président de Cour.

[108] Chartes-Auguste Schüler (1804-1859), graveur, élève de Guérin et de Gros, visita l'Allemagne et l'Italie, et retourna se fixer à Strasbourg, son pays natal, où il se voua à l'enseignement.

[109] Gustave Brion (1824-1878), peintre, élève de Gabriel Guérin, s'est voué spécialement à la peinture des mœurs alsaciennes et rhénanes. On lui doit les illustrations de Notre-Dame de Paris et Les Misérables de Victor Hugo, publiées en 1864.

[110] François-Joseph Heim (1787-1865), peintre, élève de Vincent, obtint le prix de Rome en 1807. Parmi ses œuvres les plus importantes, on peut citer le Martyre de saint Cyr et de sainte Juliette, qu'on peut voir dans une des chapelles de l'église Saint-Gervais, et Charles X distribuant des récompenses aux artistes à la fin de l'Exposition de 1824, tableau où figure notamment Delacroix et qui se trouve aujourd'hui au Louvre.

[111] La défaite des Cimbres et des Teutons, exposé en 1853.

[112] Charles Séchan(1802-1874), peintre décorateur, élève de Cicéri, s'est fait une place à part pour le goût qu'il apporta dans l'art décoratif. Le talent qu'il montra en brossant des décors pour les grands théâtres de Paris et de l'étranger le firent distinguer, et en 1849 il fut chargé de restaurer la galerie d'Apollon, au Louvre; plus tard, on lui confia les peintures architecturales de Saint-Eustache. En 1852, au retour d'un voyage à Constantinople, où il entreprit les décorations intérieures des palais et des kiosques du Sultan, il se rendit à Baden, où il exécuta les travaux décoratifs du Casino. Il a publié un volume de Souvenirs.

[113] Il ne faut pas oublier qu'à cette époque le nom de Richard Wagner était complètement inconnu en France. Nous sommes en 1855, c'est-à-dire huit années avant la légendaire tentative de Tannhäuser, au grand Opéra de Paris. Le nom alors obscur du poète-musicien n'avait pu être révélé à Eugène Delacroix que par une étrangère russe ou berlinoise.

[114] Delacroix fait allusion ici aux tentatives politiques et sociales de R. Wagner. Celui-ci avait participé au mouvement révolutionnaire de l'Allemagne qui avait suivi le mouvement de 1848 en France. Il avait dû quitter son pays et s'exiler en Suisse. De cette époque date la série de ses grandes productions poétiques et musicales. Mais bien que désormais il ne dût prendre aucune part active à la propagande des idées socialistes, il leur demeura toujours très fidèlement et très fermement attaché, au point que ses écrits théoriques s'en trouvent souvent influencés.

[115] François-Xavier Winterhalter (1808-1873), peintre allemand, qui pendant tout le règne de Louis-Philippe et pendant les premières années du second Empire a joui d'une grande vogue. Il fit les portraits de la plupart des membres de la famille royale, reproduits et popularisés d'ailleurs par la gravure. On connaît aussi le portrait en médaillon de l'impératrice Eugénie exposé en 1861, celui de la reine Victoria, etc.

[116] Delacroix note ici une observation que seuls ont pu faire ceux qui ont voyagé en Allemagne. Déjà avant d'y être allé, il rapporte dans son journal un fragment de conversation avec A. de Musset, dans lequel il observe que les Français ne sont d'instinct ni musiciens ni peintres. Il faut avoir visité les villes d'Allemagne, non pas seulement les capitales, comme Leipzig, Dresde, Berlin, mais même les villes de second ou de troisième ordre, pour se rendre compte du rôle que joue la musique dans l'éducation nationale.

[117] Auguste Delacroix (1812-1868), peintre, qui se consacra presque exclusivement à l'aquarelle, et obtint de brillants succès dans ce genre alors peu recherché.

Aucun lien de parenté ne le rattachait à Eugène Delacroix, et celui-ci s'irritait de cette similitude de nom, qui pouvait créer une confusion dans l'esprit du public.

[118] Voir Catalogue Robaut, nos 1399 à 1402 et 1912.

[119] Erwin de Steinbach (1240-1318), architecte et sculpteur allemand, construisit la façade ouest de la cathédrale de Strasbourg et prépara les plans de décoration intérieure de la nef. Il mourut laissant son travail inachevé; mais son fils Jean acheva son œuvre d'après des dessins qui sont encore conservés à Strasbourg.

[120] Voir sur ce point notre étude, pages 32, 33, 34. C'est là une des idées les plus chères à Delacroix et les plus significatives de son esthétique.


1er octobre.—Nous allons, le cousin, la cousine et moi, voir le bon Schüler; je le remercie de ses gravures; nous y allons surtout pour voir le petit portrait qu'il a fait du cousin, pour mettre en tête de ses œuvres; je les quitte pour aller à la Maison de l'œuvre.

Les naïfs me captivent de plus en plus; je remarque dans des têtes, telles que le vieillard à longue barbe et en longue draperie, dans les têtes de deux statues un peu colossales d'un abbé et d'un roi, qui sont dans la cour, combien ils ont connu le procédé antique. Je les dessine à la manière de nos médailles d'après l'antique, par les plans seulement. Il me semble que l'étude de ces modèles d'une époque réputée barbare, par moi tout le premier, et remplie pourtant de tout ce qui fait remarquer les beaux ouvrages, m'ôte mes dernières chaînes, me confirme dans l'opinion que le beau est partout, et que chaque homme non seulement le voit, mais doit absolument le rendre à sa manière.

Où sont ces types grecs, cette régularité dont on s'est habitué à faire le type invariable du beau? Les têtes de ces hommes et de ces femmes sont celles qu'ils avaient sous les yeux. Dira-t-on que le mouvement qui nous porte à aimer une femme qui nous plaît ne participe nullement de celui qui nous fait admirer la beauté dans les arts? Si nous sommes faits pour trouver dans cette créature qui nous charme le genre d'attrait propre à nous captiver, comment expliquer que ces mêmes traits, ces mêmes grâces particulières pourront nous laisser froids, quand nous les trouverons exprimés dans des tableaux ou des statues? Dira-t-on que, ne pouvant nous empêcher d'aimer, nous aimons ce que nous rencontrons et qui est imparfait, faute de mieux? La conclusion de ceci serait que notre passion serait d'autant plus vive que notre maîtresse ressemblerait davantage à la Niobé ou à la Vénus, mais on en rencontre qui sont ainsi faites et qui ne nous forcent nullement à les aimer.

*

2 octobre.—Je pars de Strasbourg à midi et demi. Séparation tendre, regrets et adieux.

Je voyage avec une jeune mère très attentive à son enfant et qui ne l'a pas laissé une minute: petite femme frêle, blond fade, l'air intelligent; mais cette tendresse était vraiment touchante.

Je traverse l'Alsace, la Lorraine, la Champagne. Rien ne nie parle dans tout cela.

Désappointement, en arrivant, de trouver une malle étrangère au lieu de la mienne; cela renverse toute la joie que je me promettais; j'arrive à une heure du matin chez moi, ayant pris dans ma voiture une jeune femme et son enfant qui était au chemin de fer, sans ressources pour se faire conduire chez elle.

*

3 octobre.—J'avais déjà pris mon parti de la perte de ma malle; je ne regrettais que mes croquis de Strasbourg, mais surtout ce même petit livre dans lequel j'écris; je voyais tout cela dans les mains de quelque Allemand! La malle revient, et je m'embarque à une heure.

Je trouve Nieuwerkerke, qui monte dans la même voiture que moi. Il y a là un ménage étrange: la femme est Belge, coquette avec Nieuwerkerke; je prends la femme de chambre, qui a les plus beaux traits du monde, pour une amie ou une parente; heureusement la bévue se fait en moi, et je ne m'expose pas au crime impardonnable d'adresser une chose aimable à une pauvre créature, belle comme les anges et accablée du mépris de sa maîtresse, dont le nez retroussé et la petite figure commune semblent, au contraire, la classer dans l'emploi des soubrettes.

Après Rouen, où reste mon séducteur, je fais route avec l'Anglais et sa femme; je cause et continue la connaissance; je les rencontre le lendemain matin sur la plage; ils m'invitent à les venir voir, ce que je leur promets et ce que je n'ai pas encore exécuté.

*

Dieppe, 4 octobre.—Pas un seul moment d'ennui: je regarde à ma fenêtre, je me promène dans ma chambre. Les bateaux entrent et sortent; liberté complète, absence de figures ennemies ou ennuyeuses; je retrouve ma vue de l'année dernière; je ne lis pas une ligne.

Je vais le matin sur la plage, et c'est la que je retrouve l'Anglais et sa femme.

Je me sens encore de mon mauvais régime des jours passés; le soir, après dîner, je ne puis sortir; je reste sur mon canapé. Je relis avec plaisir mon petit livre, écrits et extraits de la correspondance de Voltaire. Il dit que les paresseux sont toujours des hommes médiocres. Je suis toujours dévoré de la passion d'apprendre, non d'apprendre, comme tant de sots, des choses inutiles; il y a des gens qui ne seront jamais musiciens, qui s'instruisent à fond du contre-point; d'autres apprennent l'hébreu ou le chaldéen et s'appliquent à déchiffrer les hiéroglyphes ou les caractères cunéiformes du palais de Sémiramis. Le bon Villot, qui ne peut rien tirer de son fonds stérile, est orné des connaissances les plus variées et les plus inutiles; il a ainsi la satisfaction de se trouver à tout instant supérieur à l'homme le plus rare ou le plus éminent, qui ne l'est que dans une partie où il excelle. Il y a longtemps que j'ai rejeté toute satisfaction pédante. Quand je sortais du collège, je voulais aussi tout savoir; je suivais les cours[121]; je croyais devenir philosophe avec Cousin, autre poète qui s'efforçait d'être un savant; j'allais expliquer Marc-Aurèle en grec avec feu Thurot[122], au Collège de France; mais aujourd'hui, j'en sais trop pour vouloir rien apprendre en dehors de mon cercle; je suis insatiable des connaissances qui peuvent me faire grand; je me rappelle, en m'y conformant par une pente toute naturelle, ce que m'écrivait Beyle: «Ne négligez rien de ce qui peut vous faire grand.»

*

5 octobre.—Dans la journée, je vais voir les falaises près des bains et seul. Le soir, à la jetée en compagnie de Jenny.

Je passe des heures sans lectures, sans journaux. Je passe en revue les dessins que j'ai apportés; je regarde avec passion et sans fatigue ces photographies d'après des hommes nus, ce poème admirable, ce corps humain sur lequel j'apprends à lire et dont la vue m'en dit plus que les inventions des écrivassiers.

*

6 octobre.—Dans la journée, bonne promenade avec Jenny, dans le même lieu qu'hier. Nous avons été assez loin sur le sable. J'ai pris, sur les rochers découverts par la mer, des coquillages et j'en ai mangé. Revenu par la grande rue et acheté un châle. Jetée le soir.

Hier et aujourd'hui, croquis d'après les photographies, d'après Thevelin.

*

7 octobre.—Tous ces matins écrit mes lettres à Vieillard et à Chabrier pour lui recommander la demande de François[123], à Clément de Ris, à Moreau, etc. Dessiné encore d'après les Thevelin.

Montés, par le mauvais temps qui nous gagne, à la falaise du Pollet. Descendus ensuite sur la plage qui est au-dessous. Le soir, resté à la maison: la somnolence me gagne après dîner.

Je lis, un de ces jours, dans la Revue, que Charles Bonnet[124] se rendit aveugle par son acharnement à découvrir le mystère de la génération chez la race intéressante des pucerons; il eut, entre autres, une séance de trente-quatre jours consécutifs et sans le moindre relâche, pendant laquelle il eut l'œil appliqué à son microscope, afin de surveiller les accouchements successifs d'une puceronne androgyne, c'est-à-dire mâle et femelle, mari et femme réunis dans le même sujet, comme dans certains genres de plantes. Est-ce vraiment là un sujet de méditation intéressant à un degré suffisant soit le bonheur, soit simplement le plaisir de l'humanité? Était-il bien nécessaire qu'un brave philosophe perdît tant de temps et surtout perdît les yeux, si utiles pour tant de choses, afin de s'assurer que le péché d'Adam était véniel, pour la race puceronne, dans les décrets de la Providence, et qu'il pouvait en résulter un nombre infini de générations d'affreux animaux? Le philosophe eût fait un emploi plus raisonnable de son temps, s'il eût découvert un moyen de mettre obstacle à une pareille fécondité en détruisant pucerons et puceronnes. Quel chapitre à ajouter à celui qui traiterait de l'inutilité[125] des savants et surtout des pucerons!

*

8 octobre.—Je finis par m'enrhumer, au milieu de ce froid de la chambre où je me sens gagner à la longue, et à la fenêtre où je me place souvent le matin à moitié vêtu.

Je sors, un peu languissant par ce rhume commençant, vers midi ou une heure; je vais à la jetée; la mer est toute plate et baisse; cette jetée à claire-voie, qui remplace celle en pierre, amortit les vagues et ôtera du pittoresque. Une barque à voiles, qui veut absolument rentrer malgré la marée descendante, va au pied de cette jetée et jette l'ancre pour ne pas être entraînée hors de la jetée. J'admire la patience, la peine de ces pauvres gens pour se tirer de là; les passants, sur la jetée, leur viennent en aide et les remorquent.

Je viens reprendre Jenny; je dessine un peu. Nous devions faire des visites à des marchands; nous n'en avons pas le courage; nous prenons par le dernier bassin et nous montons sur la falaise derrière le château. Je reviens plus enrhumé encore.

Petit dîner, agréable comme toujours, quoique plus silencieux, au moins de ma part; le soir, je sors avec une légère mauvaise humeur; je vais seul me promener dans la grande rue; je me couche à neuf heures. Je recule toujours de jour en jour ma visite à la Belge et à l'Anglais que j'ai rencontrés dans le chemin de fer; j'ai la bonté de me faire un scrupule de ne point aller les voir.

—Je ne puis exprimer le plaisir que j'ai eu à revoir ma Jenny[126]. Pauvre chère femme! Je retrouve sa petite figure maigre, mais les yeux pétillants du bonheur de trouver à qui parler; je reviens à pied avec elle, malgré le mauvais temps; je suis pendant plusieurs jours, et probablement j'y serai tout le temps de mon séjour à Dieppe, sous le charme de cette réunion au seul être dont le cœur soit à moi sans réserve.

*

9 octobre.—Je me lève plus tard; je ne fais point ma barbe et je ne sors point; je fais faire du feu; essaye d'arrêter mon rhume à ses débuts. Je trouve charmant d'être venu à Dieppe pour ne pas sortir de ma chambre; heureusement que mon imagination ne laisse pas de voyager: je passe de mes gravures à ce petit livre. Eh! n'est-ce pas voyager que d'avoir sous ses fenêtres le spectacle le plus animé? Je satisfais ici ce goût que j'ai toujours eu pour le repos corporel, pour le retirement, si l'on peut parler ainsi; la pluie et un jour gris ajoutent à mon plaisir; je me justifie ainsi à moi-même mon aversion pour le mouvement. J'ai, vers quatre heures, le spectacle d'un bel arc-en-ciel, avec cette particularité qui m'étonne et que je n ai pas vu qu'on ait mentionnée: l'arc-en-ciel, parfaitement tracé dans le ciel, continuant encore à se peindre en avant des maisons qui forment l'enceinte du port et des arbres qui bornent la vue sur la petite montagne qui est à droite, au-dessus des marais salés où se décharge l'Arques en partie; ainsi, le phénomène ne se produit pas à une grande distance, nous le touchons, pour ainsi dire, du doigt; ces maisons étaient à cent pas de moi; il y a donc une position de vapeur qui n'est pas sensible à la vue, assez intense cependant pour se colorer des couleurs du prisme; on peut calculer presque le lieu précis où il se dessine; il y avait au-dessus un deuxième arc plus faible, comme toujours; je n'ai pu le suivre comme l'autre, ailleurs que sur le ciel.

Je suis ravi de la cheminée à l'anglaise ou à la flamande qui est dans ma chambre; Jenny me donne l'idée d'en avoir une pareille à Paris, dans le cas où on aurait une maison à soi; une fois allumée, elle va toute seule; ce serait excellent dans mon atelier, dans celui de Gros, par exemple, avec un poêle de l'autre côté. Il y a économie assurément, profit pour la chaleur, et moins d'incommodités, en ce qu'on a moins à s'en occuper.

*

10 octobre.—La mer belle; le vent d'ouest nous donne de belles vagues. Journée passée en partie à la jetée et, du reste, je ne sais trop comment.

Ces beaux loisirs finiraient par amener le terrible ennui et avec lui le désir de se renouveler en allant retrouver les pinceaux et les toiles auxquelles je pense souvent. Il me les faudrait ici.

Je pense plus que je ne faisais encore l'année dernière, en voyant à chaque instant ces scènes de mer, ces navires, ces hommes si intéressants, qu'on n'a pas tiré de tout cela l'intérêt que cela comporte. Le vaisseau lui-même ne joue pas un assez grand rôle chez les faiseurs de marine: j'en voudrais faire les héros de la scène; je les adore; ils me donnent des idées de force, de grâce, de pittoresque; plus ils sont en désordre, plus je les trouve beaux. Les peintres de marine les font tellement quellement: les proportions observées, la position des agrès une fois conforme aux principes de la navigation, il leur semble que leur besogne soit faite; ils font le reste les yeux fermés, et comme les architectes indiquent dans un plan leurs colonnes et leurs principaux ornements. C'est l'exactitude pour l'imagination, que je demande; leurs cordages sont des lignes tracées à la hâte et de pratique: ils sont là pour mémoire et semblent ne pouvoir servir à rien; la couleur et la forme doivent concourir à l'effet que je demande; mon exactitude consisterait, au contraire, à n'indiquer fortement que les objets principaux, mais dans leur rapport d'action nécessaire avec les personnages. Au reste, ce que je demande ici au genre de la marine, c'est ce que je veux dans tout autre sujet: les accessoires sont traités avec trop d'indifférence, même chez les plus grands maîtres; si vous mettez du soin aux figures en négligeant ce qui les accompagne, vous rappelez mon esprit au métier, à l'impatience de la main, ou à une certaine dextérité propre à indiquer, seulement par des à peu près, ce qui complète la vérité des figures, les armes, les étoffes, les fonds, les terrains...

*

11 octobre.—De bonne heure à la jetée. La mer est très belle; plusieurs vaisseaux et barques sont entrés déjà; j'en vois plusieurs encore. Je me tiens là deux ou trois heures sous la pluie et le vent.

Le reste de la journée, j'éprouve une fatigue qui me tient à la maison dans une paresse complète, mais non sans charme. Le temps gris et pluvieux favorise cette inclination nonchalante.

Le soir, après avoir un peu dormi, je vais à la jetée reprendre Jenny. La mer est furieuse; j'ai peine à me tenir; je vois passer devant moi, comme des flèches, deux barques de pêche: la première me fait frémir; ils ont de la lumière abord. On pourrait tirer parti de ces effets de nuit.

Se rappeler les grands nuages entassés sur le Pollet et, dans des espaces éclairés, les étoiles groupées et brillantes.

*

12 octobre.—Je reçois une lettre de Mme de Forget. Elle a voyagé seule dans le Midi et n'a pu me répondre à Strasbourg, vu le peu de temps que je lui donnais.

La mer est plus belle que je ne l'ai encore vue, les lames très espacées et régulières; je trouve à la jetée John Lemoinne[127], que je ne reconnaissais pas d'abord avec son chapeau de voyage sur les yeux et sa tenue de touriste maritime. Il me dit que le bombardement d'Odessa va faire autant de tort aux Anglais qu'aux Russes, mais que nous les mettons un peu en demeure de s'y porter de bonne grâce.

Je reste longtemps à la jetée, puis longtemps sur le port, où je m'assieds tout simplement sur une échelle, à regarder des pêcheurs et leurs bateaux. Je me reprends d'ardeur pour les étudier: je ne puis me détacher de les regarder.

Dans l'intention de retourner à la jetée et ne voulant pas rentrer, j'entre au Café suisse qui fait le coin de la grande rue et je lis les Débats. Il y avait justement un article de John Lemoinne sur les annonces dans les journaux anglais.

Je vais ensuite aux bains m'informer de Guérin[128]. Il arrive ordinairement le vendredi soir. Jenny était venue avec moi.

Rentré avec elle, après achats divers, et resté à la maison à ne rien faire, à raisonner avec elle et à dormir en attendant le dîner. Au demeurant, bonne vie; le spectacle de ce port est à tout instant une distraction agréable.

Le soir, après avoir dormi encore, à la jetée. Temps de chien; on ne jouit que des mugissements de la mer, car on ne voit que de l'écume sur un fond obscur. Nous attendons en vain le bateau à vapeur. La veille, il avait eu des avaries en entrant et avait donné des inquiétudes. Quelle rage pousse ces animaux à voyager justement la nuit, par une mer furieuse, exposés doublement à manquer le port, avec toutes les conséquences de cet accident? Il faut être Anglais, et malheureusement nous le devenons, pour avoir cette méthodique frénésie; plutôt que de perdre une heure, c'est-à-dire de respirer, de manger, de vivre à son aise pendant cette heure. Le temps perdu pour eux est celui qu'ils donnent à vivre tranquilles ou à s'amuser.

En repassant sur le port, j'examine encore les bateaux qui s'élèvent et s'abaissent avec le flot.

*

13 octobre.—J'écris à Mme de Forget:

«J'ai revu aussi avec plaisir le Midi, non pas la Provence, ni le Languedoc, mais le Périgord, l'Angoumois, pays chers à mon enfance et à ma première jeunesse, et qui sont le Midi sous beaucoup de rapports. J'y ai retrouvé des sensations de cet heureux temps et qui m'ont rappelé des êtres aimés et disparus. J'y ai fait une expérience qui m'afflige un peu: c'est que ces pays ne me vont plus, au moins sous un rapport essentiel; la chaleur, le soleil, me fatiguent et me sont nuisibles; j'en ai souffert, et cela à une époque de l'année où ces inconvénients sont ordinairement un peu diminués. La Normandie me va mieux: Dieppe en ce moment est adorable; on n'y rencontre personne, et la mer y devient de plus en plus intéressante; on y est même fort mouillé en ce moment où je vous écris, ce qui semble devoir compléter le bonheur d'un homme qui a peur du soleil.

Nous nous raconterons tous nos accidents. Je vous ai dit une partie des miens dans la première partie de mon voyage. Si l'on veut voyager, il faut absolument consentir à souffrir beaucoup d'inconvénients; on a même parfois des accès d'une rage comique qu'on se rappelle sans amertume, mais qui vous désespèrent dans leur temps.

Je vais reprendre ma vie de Paris, qui a bien, elle aussi, ses inconvénients, quoique j'en aie philosophiquement supprimé un bon nombre à tort ou à raison, grâce à un peu plus d'indépendance ou de sauvagerie, qualités ou défauts qui sont devenus ma nature même.»

—Je vais voir Guérin vers une heure. Nous causons longuement: il me parle beaucoup de Chopin, qu'il a connu; de Mme Sand, qu'il voudrait connaître; de Rousseau et de Lamartine, qu'il aime, malgré son histoire de César, dont il me parle, laquelle est faite, me dit-il, en vue de rabaisser César, comme il lui est arrivé déjà de rabaisser Napoléon, qu'il déteste. Guérin attribue à un ridicule ce sentiment décrire ces diatribes contre des colosses comme Napoléon et César, et je crois qu'il a raison.

Je le quitte pour aller à Saint-Jacques revoir le croquis que j'en avais fait l'année dernière; j'étais entré un moment à Saint-Remi, que j'aime toujours; j'entendais chanter du dehors: il y avait des chantres en chape de cérémonie, le curé, tout le personnel occupé à chanter des litanies devant un seul auditeur, qui était un garçon de quinze ans. J'ai trouvé la même singularité à Saint-Jacques.

Le soir, paresse pour sortir, et mauvais temps.

*

Paris, 14 octobre.—Parti pour Paris à midi. Le matin, été à la jetée pendant qu'on faisait les paquets. J'étais arrivé à Dieppe avec ravissement; j'en pars avec plaisir; étrange disposition: une fois que j'eus arrêté le jour de mon départ, j'eus presque hâte de retourner à Paris. J'ai un grand désir de travailler. Ce mouvement, cette variété de situation et d'émotion donne à tous les sentiments plus de vivacité; on résiste mieux, en variant son existence, à l'engourdissement mortel de l'ennui.

J'étais, de Dieppe à Rouen, avec trois Anglais, jeunes tous les trois; et comme je voyageais en première classe, il y avait lieu de penser qu'ils étaient aisés. Ils étaient très négligés, un d'eux surtout qui l'était jusqu'à la malpropreté et jusqu'à avoir des habits déchirés. Je ne m'explique pas ce contraste si tranché avec leurs habitudes d'autrefois; je l'ai remarqué dans le voyage que j'ai fait à Baden, de Strasbourg; un des jours qui ont suivi celui-ci, pendant que je faisais mon examen des tableaux, je rencontrai lord Elcoë, notre vice-président, dans une tenue presque sale; le bon Cockerell, qui m'a accompagné jusqu'à la place Louis XV un autre jour, avait une cravate de couleur très commune; ils sont tout à fait changés; nous avons pris beaucoup, au contraire, de leurs manières d'autrefois.

*

15 octobre.—Première séance du jury. Levée de boucliers de l'Institut contre la pluralité des médailles.

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22 octobre.—Aujourd'hui, le cousin Delacroix est arrivé; il est revenu le soir dîner avec Jacob[129] et le gendre de la cousine Jacob, M. Lesueur, avoué, établi à Rouen; la présence de ce dernier a nui un peu à l'agrément de la soirée: fort bon garçon d'ailleurs, mais très bavard, paralysant l'entrain des autres et étouffant leurs voix.

Le cousin revient le lendemain matin pour connaître le résultat des votes du jury général, et me quitte peu après.

*

27 octobre.—Je lis dans un article de Gautier, sur Robert Fleury: «Certes, M. Robert Fleury a droit au titre de maître; il a fait des ouvrages excellents... M. Robert Fleury n'a presque jamais regardé la nature à air libre, etc.»


[121] Cette indication concorde bien avec le passage du livre de Taine, Opinions de Graindorge, dans lequel il rapporte une conversation avec Delacroix, qui, lui parlant de sa première jeunesse et de son ardeur d'apprendre, lui faisait confidence de l'universalité de ses recherches. Nous avons tenu à faire de cette idée la pensée maîtresse et le point de départ de notre étude sur le grand artiste.

[122] Jean-François Thurot (1768-1832), philosophe et helléniste, occupait, en 1812, au Collège de France, la chaire de langue et de philosophie grecques. Il devint en 1830 membre de l'Académie des inscriptions, et fut emporté deux ans plus tard par le choléra.

[123] Sans doute François de Verninac.

[124] Charles Bonnet, philosophe et naturaliste, né à Genève en 1720, mort en 1793.

[125] Nous avons eu déjà l'occasion de marquer dans le cours du deuxième volume que les observations de cette nature constituaient un des points faibles du Journal. On ne saurait d'ailleurs exiger d'un esprit, si étendu et si compréhensif fût-il, de ne présenter aucune lacune. Les passages comme ceux auxquels nous faisons allusion montrent une foie de plus la profonde divergence existant entre la vision de l'artiste et celle du savant. Nous n'en pourrions apporter de meilleure preuve que le passage dans lequel Cuvier juge la découverte de Charles Bonnet; «Neuf générations de vierge en vierge étaient alors une merveille inouïe, mais l'admirable patience qu'un si jeune homme avait mise à les constater, toutes les précautions, toute la sagacité qu'il lui avait fallu, n'étaient guère moins merveilleuses: elles annonçaient un esprit dont on pouvait tout attendre

[126] Jenny le Guillou avait pour son maître l'attachement obstiné et jaloux d'un chien fidèle. Lors des derniers moments du peintre, ses amis se plaignirent amèrement d'avoir été tenus écartés par elle.

[127] John Lemoinne (1814-1892), qui était entré à vingt-six ans à la rédaction du Journal des Débats, était un des plus brillants journalistes de l'époque.

[128] Le chirurgien Jules Guérin. ( Voir t. II, p. 427 et note.)

[129] Cousin de Delacroix.


5 novembre.—J'écris ce matin à Berryer que je n'irai décidément pas à Augerville: je suis horriblement enrhumé; j'ai pris ce rhume-là dans mes promenades au jury.

J'ai été voir ce soir Cerfbeer; j'avais dîné chez lui huit jours auparavant; il m'avait invité très aimablement à propos des grandes médailles, surtout sur le bruit que j'avais un avantage plus marqué que celui qui reste en définitive et me place le cinquième sur la liste; je lui ai dit que j'en étais réduit à rendre grâce aux dieux que la patrie eût trouvé quatre citoyens plus vertueux que moi.

Horace[130] me conte, ces jours passés, au jury, la démarche qu'il avait faite auprès d'Ingres, lequel a écrit pour refuser la médaille, outragé profondément d'arriver après Vernet, et encore plus, à ce que m'ont dit plusieurs personnes, non suspectes en ceci, de l'insolence du jury spécial de peinture, qui l'avait placé sur la même ligne que moi, dans l'opération préparatoire.

*

6 novembre.—M. Roche arrivé le matin. Je pense que sa venue va compromettre mon voyage à Alberville; il n'en est rien, il a lui-même des affaires. Je pars toujours demain.

Il reste à déjeuner avec moi et revient dîner; je m'acquitte avec lui de ses déboursés pour les réparations du tombeau de mon frère, à Bordeaux.

*

Augerville, 7 novembre.—Parti pour Augerville: j'arrive à la gare à huit heures et demie au lieu de neuf heures et demie, sur l'indication que m'avait donnée Berryer; je passe cette heure sans m'ennuyer à voir arriver les partants. Je sais attendre plus qu'autrefois. Je vis très bien avec moi-même; j'ai pris l'habitude de chercher moins qu'autrefois à me distraire par des choses étrangères, telles que la lecture, par exemple, qui sert ordinairement à remplir des moments comme ceux-là. Même autrefois, je n'ai jamais compris les gens qui lisent en voyage. Dans quels moments sont-ils avec eux-mêmes? Que font-ils de leur esprit qu'ils ne retrouvent jamais?

Ce voyage que je redoutais, à cause du froid que mon rhume me rend plus désagréable, s'est bien passé et même gaiement. J'aime assez, quelquefois, ce changement d'habitudes. Ne trouvant pas, chez Brunet, près de la gare, de voiture disponible, je me suis fait conduire à Fontainebleau, où je me suis arrangé avec M. Bernard, rue de France.

J'ai déjeuné dans un café borgne, vu l'église et me suis embarqué joyeusement. Il me fallait autrefois un motif de joie ou d'occupation intérieure pour n'être pas triste; il est vrai que mon bonheur était extrême, quand l'imagination avait suffisamment d'aliment; je suis actuellement plus tranquille, mais non plus froid.

Brouillard très intense.

On ne m'attendait pas: ma venue a fait plaisir. Les personnes que je trouve ne sont pas de nature à changer ma disposition paisible, mais peu récréée; mais j'aime le lieu et le maître du lieu, dont l'esprit profond me plaît et m'instruit, particulièrement dans la science de la vie, quoiqu'il soit loin de professer quoi que ce soit; son exemple suffit.

Qu'ai-je fait depuis un mois? Je me suis occupé de ce jury; j'ai vu assez de platitudes et j'ai subi quelques entraînements de complaisance pour quelques pauvres diables. Se rappeler la grande chaleur de Français qui, ayant voté pour lui tout le temps, pour la première médaille, se réveille indigné de ce qu'on avait oublié M. Corot[131], quand il ne se trouvait plus de place pour lui; Dauzats et moi avions, par une sorte de souvenir, voté pour lui, et nous avions été les seuls.

M. de la Ferronnays me dit, à propos du danger des chemins de fer, que les administrateurs lui ont dit souvent qu'il valait toujours mieux voyager de jour.

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11 novembre.—Vu M. Jouvenet, qui est arrivé le soir; il me dit que la propriété du maréchal Bugeaud, qui rendait primitivement 7,000 livres de rente, en rendait 45,000 après les améliorations qu'il y avait faites. L'impopularité qui s'était attachée à son nom, par suite des infamies que les journaux se permettaient sur son compte pendant le règne de Louis-Philippe, durait encore après sa mort. Sa veuve ayant fait faire un service commémoratif un an ou deux après sa mort, le curé avait cru devoir faire élever un autel, en plein champ, supposant que la foule serait trop grande dans l'église; cette même personne que j'ai citée s'y trouvait, elle, vingt-huitième.

Mes journées s'écoulent tout doucement, sans plaisirs vifs, il est vrai. Il me manque une occupation de cœur ou de tête pour m'animer et donner de la saveur à la vie que je mène ici. Ces diables de repas font de vous une machine à digérer; on n'a de temps que pour se promener dans les entractes; mais adieu la pensée ou la plus simple émotion.

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Paris, 14 novembre.—Parti d'Augerville, avec Berryer, à neuf heures. Nous revenons ensemble jusqu'à Paris, par Étampes; sa conversation est des plus intelligentes.

Quand on est agité dans la vie par mille contrariétés qu'on prend pour des peines, on ne se représente pas assez ce que sont les pertes véritables et sans remède qui touchent aux sentiments. Il y a pourtant de ces natures de roche qui se consolent plus vite de celles-là que des autres. Berryer me contait, en revenant, que l'un des progrès des États-Unis consiste à faire assurer son père quand il part pour un de ces voyages où on est exposé à tout instant à être mis en morceaux dans les bateaux ou les chemins de fer. Une fois que vous avez la confiance qu'en cas de malheur on vous rendra votre père en billets de banque, la famille est tranquille; le père peut aller dans la lune et y rester, si bon lui semble; je ne doute pas que nous n'arrivions à ce degré de perfection.

L'idée de Delamarre[132], proposée à Berger, quand il était préfet, d'envoyer les corps de nos parents et de nos amis pour fumer et fertiliser les plaines arides de la Sologne, était de ce genre. Voilà une manière inattendue d'utiliser ses proches, quand, par leur mort, ils semblent n'être plus bons à rien.

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15 novembre.—Jour de la cérémonie de la distribution. Je vais rejoindre la place de la commission. Très bel et imposant aspect. Mercey me fait l'algarade de me donner l'alarme sur ce qui devait se passer: tout s'arrange pour le mieux.

Je reviens à pied, je prends une mauvaise tasse de café, dans les Champs-Élysées, qui m'a rendu malade tout le lendemain. Je ne suis pas sorti après mon dîner; cela réussit toujours mal.

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16 novembre.—Mon cher Guillemardet vient m'embrasser. Villot vient pendant qu'il était là; il me conte à sa manière ce qui s'est passé à propos du rappel de Meissonier à la médaille d'honneur. Je ne puis m'empêcher de l'arrêter au milieu de sa philippique contre ce qu'il appelle d'horribles coquins, etc.

Huet[133] et Yvon viennent me voir. M. Hébert[134], Carrier[135] et le brave Tedesco[136].

Mauvaise disposition. Je vais dîner chez la cousine avec Laity et le jeune d'Ideville. Je ne mange rien et m'en retourne dans un état passable. M. Laity partait le soir même.

Rentré de bonne heure, sans faire de promenade.

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18 novembre.—J'écris à Berryer: «À présent que je suis sorti des cérémonies, je viens vous redire tout le bonheur que j'ai eu à me voir ces quelques jours près de vous. Je pense à cette bonté et à cet admirable esprit présent à tout et dont le charme réuni n'est qu'en vous.»

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20 novembre.—Je vais à Trovatore avec un billet d'Alberthe; j'y souffre, je m'y ennuie, je m'enrhume de nouveau. Rien n'égale la stérilité de cette musique qui est toute en tapage et où pas un seul chant ne se fait jour.

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24 novembre.—Je néglige bien mes pauvres souvenirs: je suis trop distrait à Paris pour écrire, même à bâtons rompus. Depuis quatre ou cinq jours, je m'enferme pour en finir, s'il est possible, avec ce rhume; ce me sera aussi un bon prétextée moi-même et aux autres de ne pas bouger.

Mme Pierret est venue dans la journée me demander de prendre des billets pour une loterie que fait ce malheureux Fielding.

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25 novembre.—Rien ne peut surmonter les préjugés régnants: quand on envoyait les élèves à Rome, du temps de Lebrun et jusqu'à David, on ne leur recommandait que l'étude du Guide; à présent, le Beau consiste à reproduire le faire des vieilles fresques, mais ce n'est que la partie académique qu'ils vont étudier. Ces deux méthodes qui semblent si opposées se rencontrent dans ce point qui sera toujours le mot d'ordre de toutes les écoles: imiter le technique de cette école-ci ou de celle-là. Tirer de son imagination des moyens de rendre la nature et ses effets, et les rendre suivant son tempérament propre: chimères, étude vaine que ne donnent ni le prix de Rome, ni l'Institut; copier l'exécution du Guide ou celle de Raphaël, suivant la mode.