41, Peine.—Platon, Protagoras.—Parmi ces disciples, Protagoras comptait Evathlus, qui s’était engagé à lui solder le prix de ses leçons, lorsqu’il aurait gagné sa première cause; le moment venu, il déclara n’avoir rien à payer, et sur la menace d’être cité en justice, dit à son maître: «Allons, si les juges se prononcent pour moi, d’après la sentence, je ne devrai rien; si c’est toi qui l’emportes, ayant perdu, je ne devrai pas davantage, du fait même du pacte que nous avons conclu.» A quoi le maître répondit: «S’ils se prononcent pour moi, tu devras me payer selon la sentence; si tu l’emportes, ayant gagné, tu le devras pareillement, aux termes mêmes de notre convention.» Maître et disciple étaient aussi retors et fripons l’un que l’autre. V. N. III, 344: Protagoras.
41, Chouez.—Frustrés, déchus de leurs espérances.—De chouer, qui n’est plus d’usage, est venu échouer.
16, Galimatias.—Mélange confus de paroles et d’idées incohérentes que l’on ne saurait comprendre, quoiqu’elles semblent signifier quelque chose.—Vient des mots latins galli et Mathias que prononça, s’embrouillant, au lieu de dire gallus Mathiæ, l’avocat d’une cause où il s’agissait d’un coq appartenant à un Mathias.
20, Robbe.—Nicole a dit que la pédanterie est un vice de l’esprit et non de la robe.—On naît pédant, même sur les marches d’un trône. Joachim du Bellay, dans un sonnet, dit que pédant ou roi se touchent de près, que l’un et l’autre régentent et ont état et sujets, et termine en disant de Denys le Jeune:
26, Creux.—C’est le cas des intellectuels de nos jours chez lesquels, comme chez le pédant de Montaigne que La Fontaine a aussi connu et stigmatisé, l’instruction et le jugement vont rarement de pair, et qui, mécontents de la société où la place qu’ils occupent, pour si honorable qu’elle soit bien que modeste, ne leur semble pas en rapport avec le mérite qu’ils s’attribuent; et partant de là, ils se font en France, à la remorque des socialistes, les apôtres de l’internationalisme et de l’antimilitarisme et s’appliquent à renverser l’état social actuel, en sapant chez la jeunesse confiée à leurs soins la religion et l’armée qui en constituent les bases essentielles, s’y adonnant avec une ardeur qui n’a d’égale que celle que leurs congénères de l’Allemagne ont, en sens inverse, apportée à son relèvement après Iéna et Wagram. Ceux-ci ont abouti aux succès de 1815 et à ceux plus éclatants encore de 1870-71; à quels nouveaux désastres ceux-là, qui ont déjà à leur actif la Commune et, ce qui nous a fait plus de mal encore, les troubles démoralisateurs dont l’affaire Dreyfus a été le prétexte, ne nous exposent-ils pas dans leur aveuglement et malgré leur infime minorité, secondés qu’ils sont, il faut bien le reconnaître, par l’inertie non moins regrettable de tous les autres que le patriotisme et les leçons de l’expérience devraient rendre plus clairvoyants!
32, Courtisane.—A la manière des courtisans, des gens qui fréquentent la cour.
33, Trauers.—C’est à peu près la même idée qu’exprime Molière dans ce passage des Femmes savantes:
36, De son.—Add. des éd. ant.: gibier et de son.
5, Titan.—Prométhée, l’un des Titans (branche collatérale de celle dont était issu Jupiter, avec lequel les Titans, étant entrés en lutte, furent frappés de la foudre et précipités du ciel). Ayant formé l’homme du limon de la terre, et l’ayant animé avec le feu du ciel dérobé à cet effet, Prométhée fut en punition, par ordre de Jupiter, lié sur le Caucase, où continuellement un vautour lui déchirait le foie sans cesse renaissant, supplice dont le délivra Hercule. Mythologie.
8, Mieux.—Add. des éd. ant.: et qu’elle nous amende, ou elle est vaine et inutile.
9, Officiers.—On désignait sous ce nom, d’une façon générale, tous ceux qui étaient pourvus de charges publiques ou offices; il est question ici des officiers de justice: conseillers au parlement, au Châtelet, etc.
19, Est.—Traduction de la citation qui précède.—Molière, dans les Femmes savantes, exprime la même idée, mais en l’accentuant: «Un sot savant est sot plus qu’un sot ignorant.»—«On est quelquefois sot avec de l’esprit, a dit un autre, jamais avec du jugement.»
28, Femmes.—«La science des femmes, comme celle des hommes, doit se borner à s’instruire par rapport à leurs fonctions; la différence de leurs emplois doit faire celle de leurs études.» (Fénelon).
Les temps ont bien changé; et au nom de l’égalité, la femme moderne réclame aujourd’hui même instruction que l’homme et l’admission à des fonctions que jusqu’ici il était seul à remplir. C’est là quand même une erreur; la mentalité de l’homme et celle de la femme ne sont pas identiques, même lorsque celle-ci est très instruite. Ils peuvent avoir des intérêts communs, des sentiments communs, ils ne sont pas impressionnés de la même façon par les mêmes choses, n’ont pas des enchaînements de pensées semblables, leur logique diffère. En dehors de cette raison, déjà suffisante à elle seule, les malaises fréquents de la femme, les troubles de santé qu’elle éprouve périodiquement, les devoirs de la maternité, les soins qui lui incombent dans l’intérieur de la famille, dont à la vérité beaucoup s’affranchissent, doivent de par la nature elle-même les faire exclure de toutes les occupations physiques ou intellectuelles susceptibles de les accaparer tout entières à un moment donné, telles les professions d’avocat, de médecin, etc.—Quant à la revendication de leurs droits politiques, elle est plus justifiée; du reste ce n’est pas chose nouvelle et, dit-on, en 1793 Condorcet avait été chargé par la Convention d’élaborer un projet de constitution admettant le vote des femmes. Il ne serait cependant pas sans inconvénient, et ce pour les mêmes causes, qu’elles exerçassent elles-mêmes ces droits; et il semble qu’il en serait suffisamment tenu compte, en attribuant dans ces questions double vote au mari ou au père de famille.
Sur un autre terrain, leurs revendications sont plus sérieuses et méritent considération. Elles demandent:
Que la femme mariée demeure propriétaire de son salaire et que l’évaluation du travail ménager lui donne un droit de pourcentage sur le salaire du mari. L’homme se fait si souvent la part du lion et si souvent néglige de pourvoir aux besoins de la famille, qu’il n’y a là rien qui étonne.
Qu’à travail égal masculin ou féminin, le salaire soit égal; ce n’est que justice, surtout quand on constate que la majorité des métiers féminins ne rapporte en moyenne que la somme dérisoire de 1 fr. 25 par jour.
Que le travail à domicile soit réglementé: ce travail en effet, par voie de concurrence, préjudicie à l’extrême aux intérêts de toutes, de celles qui le pratiquent tout comme à ceux de celles qui travaillent au dehors, par l’exploitation éhontée dont il est l’objet. Sait-on que la confection de chemises d’homme arrive à n’être payée que 0 fr. 90 à 1 fr. la douzaine; celle d’un pantalon d’homme 0,25, etc., et encore faut-il que l’ouvrière fournisse fil, aiguille, machine à coudre! Des vachères travaillant la journée entière à coudre des gants, en gardant leur troupeau, gagnent 0 fr. 40 par jour; des femmes de pêcheurs, en Bretagne, la passant à faire des broderies, n’arrivent qu’à trois francs par semaine. Dans ces abus, rentre le travail de certaines communautés subventionnées d’autre part, dans des conditions qui ne leur laissent pour ainsi dire aucunes charges auxquelles elles aient à pourvoir, et peuvent produire à des prix dérisoires. Question compliquée, mais qui vaut la peine d’être étudiée, si difficile qu’il paraisse d’espérer une solution satisfaisante.
Et si des faits nous remontons aux causes et que nous recherchions pourquoi ce qui jadis a été à l’état d’exception a tendance à devenir aujourd’hui de pratique courante, cela tient au bouleversement de la société et à ce que chacun recherche de plus en plus le confort et sacrifie au luxe. Pour satisfaire à ces appétits, le gain de l’homme devient insuffisant aux besoins du ménage et la femme est conduite à chercher du travail qui ajoute au salaire du père de famille; tandis que, d’autre part, chez l’homme, beaucoup par veulerie, en quête de besognes faciles, envahissent les métiers de la femme, se font couturiers, modistes, fleuristes, etc., obligeant celle-ci à se tourner vers ceux qu’ils abandonnent et à se faire avocat, médecin, employé d’administration, cocher, manœuvre, etc.
34, Mary.—Cette réponse se retrouve également dans les Femmes savantes de Molière:
3, Pedantisme.—Signifie ici pédagogie.
6, Iadis.—Science et sagesse se confondaient, l’un menait à l’autre. Charles V, dit le Sage, roi de France, dut à son savoir (sage dit pour savant) cette appellation que de nos jours nous sommes portés à attribuer à la sagesse, pourtant si remarquable, avec laquelle il gouverna, tant pendant la captivité de son père que durant son propre règne.
7, Desunt.—J.-J. Rousseau, dans son Discours sur les lettres, traduit ainsi cette phrase de Sénèque: «Depuis que les savants ont commencé à paraître parmi nous, les gens de bien se sont éclipsés».
11, Ceux.—A l’exception de ceux.
13, Science.—Idée qui, ainsi généralisée, n’est pas juste et que l’on s’étonne de rencontrer chez Montaigne: il y revient parfois (I, 234); par contre, il l’infirme dans différents passages (I, 248) et particulièrement au ch. XLII de ce même premier livre.
32, Chaussetier.—On montrait à un savant anglais les fabriques de drap de Norwich; les ouvriers y étaient tout déguenillés; on lui disait: «Voici les draps pour le Nord, ceux pour l’Allemagne, pour l’Italie, pour l’Amérique.»—«Fort bien, dit-il, mais je ne vois pas où sont les draps pour les ouvriers de Norwich!»
35, Suffisant.—Capable. Les mots suffisance, suffisant, sont toujours employés, dans les Essais, dans le sens de capacité, capable, et en bonne part, à l’exclusion de toute idée de vanité, de présomption qu’ils comportent parfois aujourd’hui.
4, Dit.—Dans le premier Alcibiade.
25, Dire.—Donner la raison du parti qu’ils prenaient.
26, Xénophon.—Cyropédie, I, 3.
1, Τύπτω.—Je frappe. Ce verbe est, dans la plupart des grammaires grecques, donné pour modèle des verbes de la première conjugaison.
4, Ils.—Les Lacédémoniens, dont il est question avant cette histoire incidente de Cyrus, qui interrompt le sens général de ce passage.
14, Respondit-il.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.—J.-J. Rousseau s’est approprié ce mot dans son Discours sur les lettres: «Que faut-il donc qu’ils apprennent? Voilà, certes, une belle question! Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant hommes.»
15, Admirables.—C’est en cela que l’on a pu dire que c’était le maître d’école qui, en Prusse, avait fait Sadowa, et plus tard les succès de 1870-71. Mais cette métaphore, répétée à satiété en France, après nos revers, y a été interprétée de singulière façon.—Au lieu de voir là un résultat dû au sentiment patriotique insufflé à l’enfant, dès le bas âge, par ces humbles éducateurs de la jeunesse, obéissant, en vue du relèvement, à un mot d’ordre venu à la suite de l’effondrement de la monarchie prussienne au commencement du siècle dernier, et se poursuivant sans trêve chez l’homme après s’être exercé sur l’enfant, grâce à un ensemble d’institutions concourant à leur inspirer par-dessus tout la haine du Français auteur de ces désastres, nous n’y avons vu que l’à-côté: l’instruction primaire plus répandue et donnée à un degré plus élevé.—Fatale erreur! elle a fait que tout en donnant à cette instruction une extension exagérée peut-être, mus par un état d’âme qui nous est particulier, nous inculquons à l’enfant, non des sentiments de patriotisme surchauffé comme en Allemagne, mais des idées de confraternité universelle qui en sont presque l’opposé, en même temps qu’une connaissance approfondie des droits de l’homme, mais sans insister simultanément sur ses devoirs, ce qui eût été logique et un palliatif des exagérations auxquelles peut aboutir la revendication des uns sans l’observance des autres; laissant en outre jeter le discrédit sur ces deux bases essentielles des sociétés, factices comme elles si on le veut, mais sans lesquelles elles ne sauraient avoir le calme et la sécurité: la religion qui prêche ces devoirs et l’armée qui en impose l’exécution, qui sont leurs sauvegardes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.—De là cette situation si troublée en laquelle nous vivons, en butte à des désordres intérieurs continus, à ces grèves sans cesse renaissantes, qui se produisent partout et en tout, solidaires les unes des autres et qui portent de si profondes atteintes à notre industrie et à notre commerce, tandis que, d’autre part, malgré les charges écrasantes de notre état militaire et la volonté de nos gouvernants d’éviter la guerre à tout prix, sans en avoir l’air, nous sommes constamment anxieux des faits et gestes de nos voisins qu’inquiète également notre attitude imprécise.
18, D’armée.—Le titre d’imperator était donné, à l’origine, aux seuls généraux victorieux.
29, Pays.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.—En 330, à la suite de la défaite qu’Antipater roi de Macédoine venait de leur infliger et dans laquelle avait péri Agis II, leur roi, après des prodiges de valeur.
33, Commander.—Plutarque, Agésilas, 7.
34, Hippias.—Platon, Hippias major.
12, Lettres.—Aujourd’hui et depuis des siècles, les Turcs constituent un des États les plus faibles d’Europe, où ils ne se maintiennent que parce que les autres ne veulent voir aucun d’entre eux se substituer à eux. Cette déchéance est due en grande partie à l’ignorance et à la stagnation en lesquelles ils sont demeurés alors que tout autour d’eux progressait. On ne saurait cependant nier chez eux une légère tendance à un relèvement auquel la femme, si paradoxal que cela paraisse, n’est pas étrangère. Celle-ci, en effet, dans les classes élevées, n’est pas l’être avili et annihilé qu’on ne cesse de se représenter, son influence dans l’intérieur des familles est moins effacée qu’on le suppose: dans certaines, elle reçoit de l’éducation; les productions littéraires de l’Occident pénètrent dans le harem et avec elles les idées modernes, et il n’est pas déraisonnable d’admettre qu’à la longue l’effet peut s’en faire sentir et une sorte de rénovation morale de la nation en résulter. Gal Niox.
16, Grece.—De 395 à 401, sous le commandement d’Alaric.
20, Oysiues.—Ph. Camerarius, Médit. hist., III, 51.—C’était aussi l’opinion des Goths du royaume d’Italie, si l’on en croit Procope, historien grec du VIe siècle: Le grand Théodoric (489 à 526) ne voulait pas, pour cette raison, que les Goths envoyassent leurs enfants aux écoles; on blâmait la reine Amalasonte de donner à son fils Attalaric une éducation trop littéraire, prétendant que cela l’amollissait.—Quant à moi, je suis sur ce point de l’avis de Montaigne, mais je tiens que ce n’est pas la seule cause d’amollissement d’un peuple; l’excès de bien-être pénétrant toutes les classes de la société en est une bien plus grande encore, d’autant plus débilitante que cette jouissance au delà du nécessaire est plus considérable et date depuis plus longtemps.
22, Toscane.—Cette conquête s’effectua en cinq mois (1495), c’était prompt à une époque où tous les bourgs étaient fortifiés et les moyens de les réduire bien moins puissants que de nos jours et où les armées vaincues se reformaient assez rapidement; elle se perdit du reste la même année avec la même rapidité, par suite de la coalition contre nous du Pape, des Princes d’Italie et de l’Espagne.
25, Guerriers.—Voir sur cette question assez controversée de l’influence des lettres, la Sagesse de Charron, III, et les célèbres paradoxes de J.-J. Rousseau.
Ce chapitre est numéroté XXVI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
1, Enfans.—Ce chapitre est un des plus intéressants des Essais. Montaigne y développe ses idées sur l’éducation des enfants, dont une grande partie se retrouve dans la République de Platon. Il en avait jeté les bases dans le chapitre précédent; c’est la source où sont venus s’inspirer Charron, J.-J. Rousseau et tant d’autres après eux, non sans prêter à la critique en raison des points importants que l’auteur s’est abstenu de traiter et du point de vue par trop particulier auquel il s’est placé.—«Il ne porte guère son attention, dit Margerie, que sur ce qui a pour objet de développer l’intelligence et de fortifier le corps. Mais l’enfant a aussi une âme à élever, un caractère à former; et cette éducation morale, importante au même degré que l’autre, est sans contredit plus délicate et plus difficile. A cet égard, Montaigne ne se préoccupe que des vertus faciles qui naissent et grandissent d’elles-mêmes et coûtent peu à acquérir et à pratiquer, mais les autres? Il ne dit mot, par exemple, du dévouement, non plus que des devoirs sociaux et politiques et pas davantage de la lutte contre les passions sensuelles qu’il dépeint cependant si bien.»—Déjà auparavant G. Guizot, après avoir relevé que la religion n’a point de place dans le système d’éducation de Montaigne, ajoutait: «Il est à observer que sa visée est très générale et le cas qu’il pose très particulier: il veut former un homme et ne parle que pour un jeune seigneur; malgré l’apparente étendue des idées, ce qu’il dit ne vient que de son éducation personnelle et ne va qu’à celle de son petit voisin du château de Gurson.»—La pédagogie de Montaigne est en effet éminemment aristocratique; il n’en est pas moins un précurseur en fait d’instruction. Devançant de plusieurs siècles la marche du progrès, en outre de la simultanéité de l’éducation morale et de l’éducation physique, il préconise de restreindre, dans les procédés d’instruction, le recours à la mémoire à laquelle on fait jouer un trop grand rôle au préjudice de la raison, de développer l’esprit d’initiative et de décision, de consacrer moins de temps à l’étude, et d’en donner davantage à celle des langues vivantes, toutes choses encore aujourd’hui presque à l’état de desiderata, en France tout au moins.
A la vérité aussi, ces principes ne sont pas émis en vue de l’instruction primaire parce qu’alors elle n’existait pour ainsi dire pas et que le besoin ne s’en faisait pas sentir; mais, étant donné son immense bon sens, il n’y a pas doute que s’il eût eu à en parler, il se fût élevé aussi contre la direction qui lui est donnée chez nous et dont les résultats sont si pernicieux en faisant naître, chez la plupart, des espérances qu’il ne sera pas donné au plus grand nombre de pouvoir réaliser. Son but devrait être uniquement de coopérer à ce que les enfants, les jeunes gens des classes dites laborieuses (dont malgré cette épithète le travail est bien loin d’être l’apanage exclusif et qui dans leur sphère, si l’envie ne s’en mêle, ont ici-bas autant de chances de bonheur que tous autres), deviennent, eux aussi, des êtres fortement trempés au physique et au moral, de les préparer aux réalités et aux devoirs de ce monde en les rendant propres à participer pleinement à la vie sociale et à satisfaire pour le mieux aux conditions du milieu où la Providence les a placés, tel Cincinnatus tiré à diverses reprises de sa charrue pour exercer la dictature et n’aspirant qu’à y retourner, sans éveiller ni encourager en eux le désir d’en sortir en croyant s’élever, grosse erreur, malheureusement si répandue et qui la plupart du temps fait leur malheur, sans que la société y ait bénéfice.
Pour ce faire, il faudrait ici encore s’adresser moins à la mémoire qui, à elle seule, ne conduit à rien de bon, qu’à la raison et à la réflexion; réduire au minimum l’instruction primaire proprement dite, les connaissances générales qu’elle comporte et le temps passé à les acquérir, sans cesser de maintenir le contact journalier de l’enfant d’abord, de l’adolescent ensuite avec la ferme, l’atelier, le magasin, l’usine et la participation à leurs travaux suivant la condition de chacun, et affirmant la pratique dans des cours techniques annexes, appropriés aux populations ambiantes, développant à la fois l’habileté professionnelle, l’initiative, et tenant au courant du progrès. En généralisant cette méthode, aujourd’hui limitée à quelques grands centres, en la mettant à portée du plus grand nombre, on augmentera les chances de prospérité de chacun et de tous et on réagira contre l’exode si fâcheux des campagnes sur les villes.
1, Gurson.—Diane de Foix, fille du comte de Candalle, avait épousé, en 1579, son cousin Louis de Foix, comte de Gurson, qui fut tué avec deux de ses frères, en 1586, au combat de Monterabeau, près de Nérac: quoique catholiques, ils suivaient le parti de Henri IV, dont ils étaient proches parents.
1, Françoise.
10, Mathematique.—On entendait par mathématiques toutes les sciences où interviennent les théories des nombres; elles comprenaient quatre parties: l’arithmétique, la géométrie, la musique et l’astronomie.
13, D’Aristote... moderne.—Var. des éd. ant.: de Platon ou d’Aristote.
15, Faict.—Add. des éd. ant.: ce n’est pas mon occupation.
23, Danaïdes.—Filles de Danaüs, roi d’Argos. Elles étaient au nombre de cinquante; contraintes d’épouser les cinquante fils du roi d’Égypte leur oncle, et ce mariage leur paraissant une impiété, elles les massacrèrent la nuit même de leurs noces. Pour ce crime, précipitées dans les Enfers, elles y furent condamnées à y remplir éternellement un tonneau sans fond. Myth.
3, Fiert.—Frappe, du latin ferit.—C’est une réminiscence de ce passage de Montaigne, qui permit à J.-J. Rousseau d’être l’heureux interprète de la devise de la maison de Solar: «Tel fiert qui ne tue pas». Le Clerc.
19, Voyre.—Disant que c’est vrai, que vraiment.—Voyre signifie quelquefois même; d’autres fois oui, ce qui est ici le cas. Il a le sens de même dans ces vers de La Fontaine:
Il signifie oui, dans ces deux vers de l’épitaphe de S. Innocent:
23, Descouuert.—Add. des éd. ant.: car autrement i’engendrerois des monstres: comme font.
36, Allégation.—Diogène Laerce, Chrysippe, VIII; Épicure, X.—Allégation signifie ici citation.
37, Passage.—C.-à-d. sur un de ces beaux passages des anciens, copiés par les écrivains indiscrets du siècle de Montaigne.
14, Franchise.—D’asile. Pris ici au figuré: endroits tels que les temples, les églises, les palais des ambassadeurs où il n’était pas permis de procéder à des arrestations.
23, Palot.—Palot était le nom que l’on donnait à la bêche; «tenir palot» d’après certains signifierait: avoir possibilité, ayant une bêche, de creuser un fossé, en signe de défi ou pour se défendre entre soi et quelqu’un, d’où lui tenir tête, aller de pair avec lui.
3, Dire.—C.-à-d.: «Je n’emploie, je ne cite les pensées des anciens que pour avoir plus d’occasions de produire mes propres pensées; bien différent en cela de ceux qui se couvrent des armes d’autrui, jusqu’à ne pas montrer seulement le bout de leurs doigts».—Ou encore: «Je n’emploie les idées des autres que pour rendre d’autant mieux les miennes», ainsi qu’on peut en juger en se reportant au ch. X du liv. II (I, 252), où il est dit: «car ie fay dire aux autres... ce que ie ne puis si bien dire par foiblesse de mon langage ou par foiblesse de mon sens».
3, Centons.—Mot venant du grec et signifiant à proprement parler un manteau fait de pièces d’étoffes rapportées, un habit d’Arlequin.—Le centon est une pièce en vers le plus généralement composée de vers entiers ou de passages pris de côté et d’autre dans un même auteur, comme les centons d’Ausone, composés de vers de Virgile, soit chez divers et disposés dans un ordre autre, ce qui donne à ces fragments un sens tout différent de celui qu’ils ont dans l’original. Quoi qu’en dise Montaigne, le style de ces sortes d’ouvrage est par trop plein d’expressions dures, impropres et énigmatiques; en français, il n’en existe guère qu’en prose et ce ne sont pour la plupart que des assemblages de proverbes, sans intérêt aucun.
7, Politiques.—Vaste compilation de Juste Lipse sur le droit et la politique, publiée en 1589 et qui, à l’époque, eut un grand retentissement. Cet ouvrage a en effet tous les caractères d’un centon, étant composé de sentences et de maximes tirées des historiens, poètes, philosophes, orateurs grecs et latins, auxquelles l’auteur n’a ajouté que le fil qui les unit, ce qui, joint au mérite de les avoir recueillies et présentées d’une façon intéressante, n’en dénote pas moins beaucoup d’érudition et de patience.—Montaigne se montre ici reconnaissant, car Juste Lipse, lui envoyant son livre, lui écrivait: «O tui similis mihi lector sit (Que ne sont-ils tous semblables à toi, mes lecteurs)!»
16, Autruy.—«Scienter nesciens et sapienter indoctus (savant dans son ignorance, simple dans sa sagesse)», a-t-on dit de Montaigne, lui appliquant ces paroles du pape Grégoire II à l’adresse de saint Benoît. Jamet.
25, Viendra.—Le mariage de Diane de Foix (V. N. I, 226: Gurson) avait été négocié par Montaigne; le premier-né de cette union fut en effet, en 1582, un fils, Frédéric de Foix, qui devint maréchal de camp et grand sénéchal de Guyenne.
25, Auez.—Add. des éd. ant.: de tout temps.
26, Seruitude.—Peut-être la terre de Montaigne qui, depuis qu’elle était dans la famille Eyquem, relevait de l’archevêque de Bordeaux, avait-elle, à une époque antérieure, relevé des comtés de Gurson, dont le château se trouvait à peu de distance, et dont était Diane de Foix dont il est ici question.
33, Difficulté.—C’est le langage que, dans Platon, Théagès, tient à Socrate un père qui, accompagné de son fils, vient le consulter pour savoir à qui en confier l’éducation.
3, Eux-mesmes.—C.-à-d. combien dans l’âge mûr ils ont été différents de ce qu’ils étaient dans leur enfance.
10, Pied.—Les éd. ant. port.: goust.
18, Basses.—Cette infériorité d’une partie de la race humaine, déjà mentionnée par Montaigne (N. I, 218: Science), si attentatoire à la doctrine de l’Évangile, est soutenue, dans toute son amplitude, par S. Thomas d’Aquin, dont l’ouvrage de Sebond, qui est analysé ici, est considéré comme résumant les opinions. «Quant aux laboureurs, dit saint Thomas, aux industriels et aux marchands, il est manifeste qu’il ne faut pas les considérer comme des citoyens, ni comme faisant partie eux-mêmes d’une société bien organisée... Ces hommes vils, en raison de leurs occupations abjectes, ne sauraient se livrer à la contemplation de la vérité et à la pratique des arts libéraux.»
4, Maison.—Enfant noble, de bonne famille.
4, Lettres.—Les éd. ant. ajoutent: et la discipline.
8, Réussir.—Est employé ici dans le sens de l’italien riuscire, aboutir, conclure, arriver à un résultat bon ou mauvais.
17, Montre.—Lui donner occasion de se montrer.—Terme de maquignonnage; c’était le lieu où l’on essayait les chevaux. Montaigne continue cette même figure quelques lignes plus loin: «Il est bon qu’il le fasse trotter deuant luy, pour iuger de son train.»
22, Eux.—Diogène Laerce, IV, 36.
8, Platon.—Par des interrogations; d’après la méthode suivie par Socrate dans les dialogues de Platon.
11, Cuire.—Add. de 88: «On ne cherche reputation que de science. Quand ils disent, c’est vn homme sçauant, il leur semble tout dire.»
24, Estamine.—Qu’il lui fasse tout examiner, analyser.—Expression proverbiale qui vient du tissu peu serré de crin, de soie ou de fil, appelé de ce nom, dont sont garnis les tamis servant à passer les matières pulvérisées, quand on veut en séparer les parties ténues d’avec les parties grossières.
28, Double.—Dans l’exemplaire de Bordeaux, Montaigne ajoutait: «Il n’y a que les fols, certains et resolus», addition qu’il a ensuite rayée.
34, Imboiue.—«Imboire» ne se trouve pas dans les dictionnaires, où figure seul «imbu» qui semble en être le participe passé.
2, Apres.—Cette pensée se retrouve dans La Bruyère: «Horace ou Despréaux l’ont dit avant vous.—Je le crois sur votre parole, mais je l’ai dit comme mien; ne puis-je pas parler après eux d’une chose vraie, dont d’autres encore parleront après moi?»
3, Espices.—Salaire des vacations de juges, d’expéditions judiciaires, etc. L’usage de qualifier de la sorte la rémunération officieuse de certains services rendus, était fort ancien et avait pour origine la rareté des épices et le cas qu’on en faisait, quand le commerce avec les Indes qui les produit, n’existait pas; on en offrait aux grands seigneurs et en général à ceux dont on avait à reconnaître ou se ménager les bons offices. Cette redevance, passée dans les mœurs, a été plus tard convertie en argent; elle n’est pas à confondre avec ce que nous appelons aujourd’hui épingles ou encore pots de vin qui sont des dons illicites, sollicités abusivement et consentis pour obtenir des passe-droits.
16, Epicharmus.—Dans les Stromates (mélanges) de Clément d’Alexandrie, II; et dans Plutarque, De la Sagacité des animaux.
17, Empennées.—Arrangées, préparées à l’instar des flèches que l’on garnit de plumes, ou des traits qu’on munissait d’ailerons, pour les empêcher de tourner sur eux-mêmes et faire qu’ils aient plus de portée et de justesse.
25, Sçauoir.—«L’érudition n’est pas la science, de même que les matériaux ne sont pas le bâtiment» (Proverbe turc).—Cette distinction a peu cours en France, même dans l’Université, d’où nos méthodes d’instruction encore si défectueuses.
33, Caprioles.—Du latin capra, chèvre; terme de danse qui désignait alors un rythme particulier. On dit maintenant, mais dans une acception un peu différente «cabrioles», du provençal cabra, signifiant également chèvre.
35, L’esbranler.—Add. des éd. ant.: «et mettre en besongne».
1, Luth.—Instrument à cordes des plus anciens, aujourd’hui disparu, avait quelque ressemblance avec une harpe de très petite dimension.
9, Botanda.—Le Panthéon qu’Agrippa fit construire à Rome, sous le règne d’Auguste; c’est le seul des temples de Rome antique qui soit conservé dans son intégrité.
10, Liuia.—Il y avait à Rome, au XVIe siècle, une femme remarquable par sa beauté et les grâces de son esprit; c’était Livia Colonna, fille de Marc-Antoine Colonna. Plusieurs poètes de l’époque l’ont célébrée et nous apprennent qu’elle avait pour adorateur tout le peuple romain. Un jour elle s’éloigna de Rome et des pluies diluviennes suivirent son départ; «les eaux qui menacèrent subitement d’inonder la ville éternelle, venaient, dit l’une de ces poésies, des larmes de ses amants». Avait-elle des caleçons d’une forme et d’une richesse exceptionnelles, c’est ce que les madrigaux écrits en son honneur nous laissent ignorer. Rostain.
12, Médaille.—Montaigne se moque ici quelque peu des antiquaires et même des érudits dont les longues et ennuyeuses dissertations n’ont souvent de but ni utile, ni instructif.
15, Enfance.—«Avant de voyager pour s’instruire, il faut, dit-on parfois, s’instruire pour voyager.» C’est bien dit, mais ce n’est pas absolument exact: On s’instruit en voyageant, l’enfant comme tous autres; seulement les voyages profitent bien plus à qui est instruit qu’à celui qui ne l’est pas.
27, Remede.—C.-à-d. pas moyen de faire autrement.
35, Compagnie.—C.-à-d. unie à un corps.
36, Leçon.—Dans mes lectures.
9, Geaule.—Geôle, prison; d’où vient geôlier; viendrait lui-même du latin gabiola, cage.
10, L’espreuue.—Nous en voyons tous les jours la preuve et quiconque... Ces lignes ont été écrites pendant les guerres civiles sous le règne de Henri III et à l’avènement de Henri IV.
23, Fables.—Est mis ici dans le sens de hâbleries, propos pleins de vantardise et d’exagération.
27, Contraster.—Blâmer, contredire, censurer.
9, Mestier.—Les procureurs et avocats, qui, trop souvent, par situation, poursuivent et défendent de parti pris, quelles que soient leurs convictions personnelles.
26, Reluisent.—Add. des éd. ant.: iusques.
27, Particulieres.—Quoique remplissant fidèlement ses devoirs de citoyen, de sujet et même de catholique, Montaigne, fidèle à ce principe, refusa constamment de s’attacher au service des rois par des obligations particulières contractées envers eux, non plus qu’à s’inféoder à l’un quelconque des partis qui, à cette époque, divisaient la France.
32, Ames.—Errare humanum est, perseverare diabolicum (Faire erreur est le fait de l’homme, s’y obstiner celui du démon)», dit un adage bien connu, dont la source ne l’est pas.
2, Suffisance.—Langage tout différent de celui tenu, I, 218.
4, Maluoisie.—Vin grec qui a pris son nom de Napoli di Malvasia (auj. Nauplie), ville du Péloponnèse.
22, Veut.—Add. de 80: et qui ne se propose autre fin que le plaisir; mais.
24, Platon.—Dans Hippias major.
25, Nostre.—Plutarque traduit en français par Amyot, dont la traduction des Hommes illustres avait paru en 1559, il y avait donc une douzaine d’années, et celle des Œuvres morales était en cours de publication, quand Montaigne écrivait son premier livre des Essais, 1574.
29, Là.—Annibal et Métellus étaient en présence près de Venouse (Italie méridionale). Une colline dont l’occupation importait aux deux partis était entre les deux camps; Annibal, arrivé premier, ne l’occupa pas et préféra y tendre une embuscade, persuadé que les Romains chercheraient à s’y établir. C’est ce qui arriva: Marcellus, consul, s’y porta avec son collègue pour en faire la reconnaissance, et y fut tué; son collègue mourut lui aussi, peu après, de ses blessures, 208; il n’était pas encore arrivé aux Romains de perdre leurs deux consuls dans un même combat. Plutarque dit de Marcellus, à cette occasion, qu’en se précipitant inconsidérément et sans nécessité dans le danger, il est mort, non en général d’armée, mais en enfant perdu ou en batteur d’estrade.
2, Besongne.—Henri IV partageait ce sentiment d’estime que Montaigne avait pour Plutarque: «Il me sourit toujours d’une fraîche nouveauté, écrivait-il à Marie de Médicis; c’est un ami; il m’a dit à l’oreille beaucoup de maximes excellentes pour ma conduite et pour le gouvernement de mes affaires.»
2, Mille.—Add. des éd. ant.: et mille.
6, Mot.—Dans son traité de la Mauvaise honte.
19, Faut.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
25, Monde.—Cicéron, Tusc., V, 37; Plutarque, De l’Exil.—Socrate pouvait être internationaliste au point de vue philosophique, mais nul ne connut et ne pratiqua mieux ses devoirs envers sa patrie, n’en observa mieux les lois, ne la servit avec plus de dévouement à la guerre, V. N. III, 576: L’vn.
D’après ce même traité De l’Exil, de Plutarque, on a fait dire à Hercule: