«Il y aurait folie, dit-il[207], à penser que ma Gramère fransèze d’après la réforme ortografiqe puisse servir de règle à la génération actuelle. Ce qu’on peut suivre comme un guide sûr aujourd’hui, c’est ma Grammaire française d’après l’orthographe académique. Le Traité de la réforme de l’orthographe est à l’adresse des gens qui veulent s’éclairer sur cette importante question et qui pensent qu’une réforme serait utile. Ils trouveront là un plan complet de réforme divisée en cinq degrés; et je ne leur propose que l’adoption du premier degré, réforme bien simple, déjà pratiquée par les écrivains les plus éminents des deux derniers siècles, notamment par Du Marsais, dans son Traité des tropes, réimprimé en 1804 avec cette même orthographe.»

[207] Tribune des linguistes, p. 60.

«La conséquence de la constitution vicieuse de notre écriture, ajoute-t-il plus loin (p. 126), est que pas un homme ne peut à bon droit se flatter de connaître parfaitement l’orthographe, de ne jamais broncher dans ses sentiers tortueux. Les gens qui la connaissent le mieux ne rougissent pas de l’avouer. En fît-on la seule étude de sa vie, on ne parviendrait pas à l’apprendre, même à l’aide d’une intelligence exceptionnelle. On ne parviendrait qu’à s’abrutir. L’écriture ne constitue en effet qu’un instrument, mais c’est l’instrument indispensable pour arriver à la connaissance des sciences..... Or l’intelligence de l’homme le mieux doué a des bornes, et il est évident que, s’il l’emploie toute à apprendre ou à retenir l’orthographe, il ne lui en reste plus pour l’étude des sciences. Celui qui, grâce à de longs et pénibles travaux et à une attention soutenue, parvient à écrire correctement quelques pages, sans le secours d’un dictionnaire, n’a donc pas lieu d’être si fier! Du reste, les plus experts en pareille matière ont toujours reculé devant le défi de subir victorieusement une épreuve.» (Voir p. 320.)

Il résulte du travail très-étendu et très-approfondi de M. Henricy qu’il reconnaît la nécessité de ne procéder à la réforme qu’avec mesure et successivement. Il fixe même cinq degrés, séparés par deux ans d’intervalle, pour atteindre une réforme telle qu’il la conçoit possible. Mais, d’une part, les catégories qu’il propose feraient l’objet de longues discussions, et, d’autre part, dix années sont un terme insuffisant pour permettre d’espérer un pareil résultat.

B. Legoarant. Nouveau Dictionnaire critique de la langue française, ou examen raisonné et projet d’amélioration de la sixième édition du Dictionnaire de l’Académie, de son complément, du Dictionnaire national et d’autres principaux lexiques, y compris le nouveau Dictionnaire universel de la langue française par M. Poitevin. Paris, Berger-Levrault, 1858, in-4 à 3 col. de XIV et 667 pp.

B. Pautex. Remarques sur le Dictionnaire de l’Académie. Paris, 1856, in-12 de 116 pp. Considérablement augmentées et réimprimées sous ce titre: Errata du Dictionnaire de l’Académie française, ou Remarques critiques sur les irrégularités qu’il présente avec l’indication de certaines règles à établir. Paris, Cherbuliez, 1862, in-8 de XXXII et 352 pp.

F.-P. Terzuolo, ancien imprimeur, correcteur d’imprimerie. Études sur le Dictionnaire de l’Académie. Deuxième édition (la première est de 1858), accompagnée de quelques remarques sur les six premières livraisons du Dictionnaire de M. Littré. Paris, Mesnel, 1864, in-12 de 142 pp.

Le Dictionnaire d’une langue est son livre par excellence. Non-seulement il la maintient, il la conserve, mais il ouvre les voies et indique les sens dans lesquels elle peut s’épurer, s’enrichir et accomplir de nouveaux progrès. Nul ne s’étonnera donc de l’importance que le public attache à chacune des éditions du Dictionnaire de l’Académie, ni de la longueur du temps et des soins minutieux que la compagnie consacre à cette œuvre capitale. Mais cette tâche est compliquée de tant de difficultés de toute nature, dont la principale est l’incertitude qu’offre pour la coordination l’absence complète d’une véritable grammaire de la langue française, qu’on ne s’étonnera pas qu’on ait pu reconnaître dans la dernière édition de ce Dictionnaire, aussi bien que dans les ouvrages du même genre, des fautes matérielles, des contradictions, des lacunes, des définitions hasardées ou insuffisantes. La partie orthographique, dont l’irrégularité s’explique, comme on l’a vu dans tout ce qui précède, par l’action du double courant où s’est formé notre vocabulaire et l’influence des idées dominantes en grammaire au moment où de nouvelles couches de mots ont été successivement admises, cette partie n’est pas celle qui laissait le moins à désirer.

Heureusement, pour assurer la perfection à l’édition que l’Académie prépare, des ressources précieuses lui sont réservées. En dehors des matériaux importants que plusieurs de ses membres ont pu réunir, de ceux qu’elle saura puiser dans les travaux des membres les plus distingués des autres classes de l’Institut, il s’est rencontré des hommes d’une persévérance admirable qui ont fait de la dernière édition du Dictionnaire l’objet d’une critique minutieuse et de l’examen le plus approfondi.

Tels sont MM. Legoarant, Pautex et Terzuolo, qui ont consacré à ce travail un peu aride de la confrontation et de la discussion des mots, de leur forme et de leurs définitions, la plus grande partie de leur longue carrière. Les trois ouvrages que j’ai cités en tête de cet article sont rédigés sous forme de dictionnaire, c’est assez dire qu’ils échappent à toute espèce d’analyse. Je puis seulement constater ici qu’ils ne font nullement double emploi. M. Legoarant a envisagé son vaste sujet plutôt en lexicographe et en savant, M. Pautex en grammairien et en typographe consommé; M. Terzuolo a suivi l’exemple de ce dernier.

M. Pautex a réuni aux mots Accent, Conjugaison, Majuscule, Mentor, Terminaison, Tiret, et dans un chapitre de la Prononciation et des Doubles lettres placé à la fin, des dissertations spéciales sur les questions de l’orthographe typographique, les plus délicates et les plus négligées par les grammairiens. A ce titre, son livre restera d’une utilité incontestable, même après la nouvelle édition du Dictionnaire, pour tous ceux qui se préoccupent de la bonne exécution des livres et particulièrement pour les imprimeurs.

Le travail de M. Terzuolo contient des remarques en général très-judicieuses sur les questions grammaticales et philologiques. Il ne s’occupe de l’orthographe que pour signaler quelques contradictions qui se trouvent dans le Dictionnaire de l’Académie, comme dans les mots assonance et consonnance, persiflage et siffler, etc. Il est d’avis d’écrire baronet avec un seul n, chevauléger en un seul mot, et chelin (scheling) à la manière française avec un ch, comme on écrit châle dérivé de shall. Pour les mots paiement, dévouement, et autres substantifs terminés en ment, il demande qu’on leur conserve les voyelles caractéristiques de l’infinitif dont ils dérivent en changeant l’r en ment; ex.: emporter, emportement, fourvoyer, fourvoyement, payer, payement, dénuer, dénuement, etc.

Tell. Exposé général de la langue française, avec les idées, les systèmes et les principes de l’ancienne et de la nouvèle école, les projets de réforme, la codification et la langue universèle. Paris, 1863, in-18 de 109 pp.

Dans ce petit écrit, que l’auteur aurait voulu réduire à une feuille d’impression, les questions énoncées sur le titre sont abordées avec clarté et d’une manière piquante, tant celles de la grammaire que celles de l’orthographe, à laquelle l’auteur s’attache principalement; ce qui lui fait dire dès le début de son exposé «que l’enfant qui l’a apprise n’est nullement préparé pour recevoir les leçons des professeurs de logique, de rhétorique et de philosophie.»

C’est ainsi qu’il commence son livre, et c’est ainsi qu’il le termine: «Toutes les sciences doivent avoir une science élémentaire pour base; cette base est naturèlement le langage, et il serait difficile d’en établir une autre qui s’accorde mieux avec l’enfance. L’enfant fait des progrès considérables jusqu’à quatre ans, parce qu’il n’est distrait par aucun préjugé; si son intelligence s’affaiblit alors, il faut attribuer cette cause aux préjugés, et surtout à l’enseignement faux du langage, tandis que, si cet enseignement était logique, son intelligence de quatre ans, au lieu de s’affaiblir, grandirait toujours; il vaudrait à dix ans ce que nos jeunes gens ne sont qu’à vingt ans et plus. Si l’on veut bien examiner un enfant de quatre à cinq ans, on verra plus de perspicacité chez lui que dans un enfant de huit à dix ans. Ce phénomène doit avoir une cause (p. 103).»

M. Tell n’en reconnaît pas moins la supériorité de la langue française sur les autres, et les modifications qu’il propose à l’orthographe, pour la simplicité et la régularité, n’ont rien d’exagéré; il réunit en un seul les mots composés toutafait, apeuprès, aucontraire. Les réformateurs modérés peuvent donc se trouver d’accord avec lui sur la plupart des points, sauf la question des participes, qu’il voudrait rendre invariables.

Son opinion sur la réforme de l’orthographe par des améliorations et simplifications successives est ainsi motivée par ce qu’il fait dire à un interlocuteur.

«L’Académie française paraît indifférente aux progrès de la langue, parce qu’elle craint la précipitation et l’engouement; et cependant elle enregistre tous les trente ou quarante ans les progrès réels, sanctionné(s) par l’expérience. C’est ainsi que son Dictionnaire se modifie de quart de siècle en quart de siècle. Sa marche est lente, mais elle est assuré(e), elle va toujours en avant.

«Que fait l’Université? Elle exécute et fait exécuter le progrès positif du Dictionnaire de l’Académie. C’est par ce parfait accord entre le gouvernement, l’Académie et l’Université que la langue française a beaucoup gagné depuis deux cents ans. Il est bien vrai que l’Université est toujours de trente ans en arrière sur les bons grammairiens, et que, dans ce qu’on enseigne aujourd’hui, il y a cent ou deux cents erreurs, préjugés ou absurdités, constatés depuis dix ou vingt ans; mais cet inconvénient est malheureusement indestructible dans l’état des choses établies.

«On a dit que l’Académie n’a point fait de grammaire et que l’Université n’a point publié un seul volume sur la langue; ce fait prouve le respect de l’autorité pour la volonté nationale. En effet, si l’Académie eût fait une grammaire, chacun se serait cru contraint à suivre le code grammatical du corps savant. Si l’Université eût publié un ouvrage quelconque sur la langue, on aurait pu considérer ce livre comme étant obligatoire dans l’enseignement.

«Voilà les motifs qui ont retenu l’Académie et l’Université; elles n’ont publié aucun ouvrage sur la langue que pour mieux faire comprendre que chacun, en France, est libre de parler et d’écrire comme il l’entend. Je termine en disant que l’autorité dans l’enseignement s’est toujours conduit(e) avec sagesse et dignité.»

Ces réflexions sont fort justes et méritent d’être prises en grande considération. En effet, bien que Richelieu eût imposé à l’Académie l’obligation de publier une Grammaire et un Dictionnaire de la langue, et qu’on puisse considérer la Grammaire de Regnier des Marais comme une tentative de l’Académie pour se conformer à cet ordre, on voit combien cette grammaire, malgré tout le respect qui lui est dû, est devenue presque inintelligible et surannée dans ses complications. Cependant il eût été désirable qu’à l’apparition de chaque édition d’un de ses Dictionnaires, l’Académie l’eût accompagné d’une grammaire qui naturellement eût été modifiée selon le progrès des temps. La vue seule de tant de règles et d’exceptions eût engagé l’Académie à la simplifier[208].

[208] M. Tell signale les inconvénients de la multitude des grammaires, qui va toujours croissant, et rappelle que déjà, en 1806, dans un rapport fait par Van Praet à Napoléon Ier, il est dit «qu’il existe un tel monceau de grammaires que seize chevaux attelés pourraient à peine le traîner.» Il est probable que le rapporteur a compris sous le titre de grammaire les dictionnaires, les traités, les critiques, les manuels, rudiments, méthodes, journaux pédagogiques, etc.

L’intérêt que Napoléon Ier apportait à tout ce qui touche à l’éducation est signalé par M. Tell, qui le place au nombre de ceux qui ont voulu établir une langue universelle, moyenne, comme voulut aussi Rivarol que fût la langue française[209]. Dans un ordre du jour Napoléon s’exprime ainsi:

[209] «La langue française, dit Rivarol, est une géométrie formée avec une ligne droite, tandis que le latin et le grec sont formés avec des courbes.»

Il aurait pu ajouter l’allemand, et jusqu’à un certain point les autres langues.—Suivons donc cette ligne, du moins pour l’orthographe, p. 27.

Paris, janvier 1811.

«Les conquêtes des langues suivent les conquêtes des armes; mais si les idiomes, les usages et les mœurs des peuples réunis de nos jours à la France, peuvent enrichir notre langue, ces causes diverses peuvent aussi en altérer la pureté. Jamais il ne fut donc plus nécessaire d’y veiller que dans notre siècle.»

Et c’est dans ce but que Napoléon Ier a fait de grands efforts pour susciter le zèle général en faveur d’études sur la langue dont son génie appréciait l’importance.

E.-A. C. Esai de sinplificacion du français, en vue de le fair accepter come langue internacionale. Lyon, 1863, in-8 de X et 292 pp.

Ce volume contient l’exposé très-développé d’une réforme beaucoup trop radicale pour être acceptée du public actuel, et je renvoie pour sa critique à ce qui a été dit à propos de M. Marle et à l’analyse du travail de M. Raoux.

Frédéric Dübner. Examen du programme officiel des humanités, année scolaire 1863-64. Paris, Paul Dupont, 1863, in-8.

Notre orthographe semble, sans doute, chose bien pénible et bien difficile au conseil impérial de l’instruction publique, puisqu’il établissait ainsi le programme de l’enseignement du français pour l’année scolaire 1863-64:

En relatant cette classification, le savant philologue M. Dübner s’écriait: «Pour la langue maternelle et dans les lycées impériaux, six années d’exercices de grammaire et d’orthographe avant de pouvoir être admis, dans une septième année d’étude, à composer des lettres d’un genre simple

Émile Negrin. Grammaire française des gens du monde. Édition princeps. Nice, 1864, in-8 de 116 pp.—De la fixation de la langue française à propos de l’instruction primaire rendue obligatoire. Nice, Caisson et Mignon, mars 1865, in-16 de 39 pp.

«La France a 36 millions d’habitants. Sur ce nombre, 35 millions 500 mille ne soupçonnent pas même l’existence du grec; les autres, dans leur jeune âge, à force de fatiguer les dictionnaires, sont parvenus à comprendre tout le contraire de ce qu’ont dit Démosthènes et Platon; dix à douze savants lisent le grec à livre ouvert. Eh bien! c’est pour faire plaisir à cette douzaine de citoyens que notre langue est grevée du rh, du th et du ph.

«Aussi, c’est ordinairement à ces trois signes composés que s’en prennent les détracteurs du français.

«Certes, je suis loin de blâmer ces derniers. Il est évident que les personnes lettrées d’Italie, d’Espagne, de Portugal et de tant d’autres pays, savent comme nous que philosophie vient de φιλοσοφία et cependant elles ont le bon esprit d’écrire filosofo; nous-mêmes, en dépit du φ originaire, nous avons déjà commencé à écrire, flegme, flegmon, flegmatique, etc.; et je battrai des pieds et des mains le jour où l’Académie agira partout avec le même «flegme».

«Cependant le mal n’est pas si grand, car il suffit de prévenir les étrangers que rh vaut r, th vaut t, et ph vaut f; c’est une fausse richesse, voilà tout.

«Deux signes pour le même son ne sont que superflus; deux sons avec le même signe sont un véritable malheur.

«La dernière lettre h sert à empêcher les liaisons en tête des mots:

le héros, les haricots, le homar.

«On a toujours eu tort de dire qu’elle marque l’aspiration. L’aspiration n’existe pas dans notre langue.

«On la met aussi par pure déférence pour l’étymologie, en tête de certains autres mots où elle est inutile: l’histoire, l’homme, l’hôtel. Il serait à désirer qu’on pointât le hache répulsif pour le distinguer de ce hache inutile ou muet: le ·héros, les ·haricots, le ·homar, ou mieux qu’on l’accentuât d’un esprit, comme les Grecs, les ‛héros, les ‛haricots

Le projet conçu en 1865 par M. Duruy, ministre de l’instruction publique, projet non réalisé, de rendre l’enseignement primaire obligatoire, a inspiré à M. Negrin une boutade humoristique sur la nécessité de la réforme de l’orthographe. Je crois devoir en transcrire un passage pour donner une idée du système orthographique de son auteur:

«Ma proposition est, pour ainsi dire, le complément de la grande mesure qui se prépare. On forcera les prolétaires à fréquenter pendant deux années une école, mais les amènera-t-on en deux ans à déchiffrer des hiérogliphes sans logique? J’en doute. C’est ce qui m’enhardit à prendre la plume.

«Nous sommes actuellement spectateurs de deux scènes qui se déroulent sur le théâtre de l’humanité: la vulgarisation et la décadence du français.

«La vulgarisation se constate chez tous les peuples; elle augmente chaque jour avec l’amendement social, dont elle est un des agents providentiels; nul ne songe à la nier; je ne songe donc pas à la démontrer. Elle est du reste une conséquence tout rationnelle de la nature claire et sistématique de notre idiome, de la multiplicité des chefs d’œuvre qu’il a contribué à éterniser, de la valeur légendaire de nos soldats qui, sous la République et sous l’Empire, l’ont parlé à travers toutes les métropoles de l’Europe.

«La décadence ne se manifeste pas moins..... Je ne veux parler que de la décadence de la forme. Elle s’engendre partout, elle se montre partout, elle menace partout; les esprits observateurs la remarquent; les esprits spéculatifs s’en affligent et les esprits policés la redoutent. Jetons en effet les ieux autour de nous. On compose les feuilletons avec la phraséologie des coulisses, on dialogue les vaudevilles avec le glossaire des boulevards; on rédige les bulletins de la presse avec des mots anglais, des mots allemands, des mots grotesques. Est-ce là du français? Qui de nous peut se vanter de comprendre d’un bout à l’autre la dissertation la meilleure de la meilleure des gazettes? Est-ce là notre langue?

«Je sais bien les causes du mal, et chacun les sait comme moi... Mais que nous font les causes, quand la blessure saigne?

«Néanmoins, à ce torrent de mauvais goût une digue peut être opposée: c’est la FIXATION DE LA LANGUE.

..... «C’est au sein d’une commission spéciale présidée par Napoléon III, en tant que littérateur, ou par vous, Monsieur le Ministre, en tant qu’historien, que pourraient être vérifiées les critiques déjà publiées, que pourraient être discutées les méthodes, les définitions et les règles; que pourraient être déterminés l’emploi des majuscules et celui des signes; que pourrait être fixé le pluriel des noms composés et des noms d’origine étrangère; qu’enfin pourraient être tranchés tant de différends qui divisent les précepteurs et embarrassent les élèves.....

«Nous aurions ainsi une espèce de constitution orthographique.»

Édouard Raoux, professeur à l’Académie de Lausanne. Orthographe rationnelle, ou écriture phonétique, moyen d’universaliser rapidement la lecture, l’écriture, la bonne prononciation et l’orthographe, et de réduire considérablement le prix des journaux et des livres. Paris, à la librairie de la Suisse romande, 1865, gr. in-16.—Supplément à l’orthographe rationnelle, ou réforme graphique sans nouveaux signes. Id., ib., 1866, p. 279-316.

Ce petit traité (278 pages seulement) est fort intéressant, et, ce qui est rare dans les ouvrages de ce genre, se laisse lire d’un bout à l’autre sans fatigue et sans ennui. Il est le catéchisme de la réforme radicale en matière d’orthographe.

M. Raoux, venu le dernier parmi les phonographes, a su habilement profiter des travaux de ses nombreux devanciers. J’ai donc cru devoir, comme je l’ai fait pour Beauzée, le représentant le plus important de l’autre école, celle des néographes, lui consacrer une attention plus particulière. Les reproches qu’encourra son système s’appliqueront naturellement, pour une grande part, à tous les autres.

L’ouvrage se compose d’une partie critique et d’une partie dogmatique. Je ne reproduirai pas, parmi les critiques que l’auteur adresse à l’ancien système orthographique, celles qui ont été déjà faites par ses devanciers, bien qu’il ait su leur donner un tour nouveau, les accentuer et les développer davantage. Je dois me borner à la part d’idées neuves, et elles sont assez nombreuses, que M. Raoux a présentées dans son livre.

Comme Louis Meigret, son devancier, le professeur de Lausanne travaille pour le commun peuple: son livre est dédié aux travailleurs de tous les pays. La réforme orthographique aura pour conséquence, selon lui, d’élever le niveau intellectuel des masses; de mettre à la portée de tous le prix des journaux et des livres; de multiplier le nombre des esprits supérieurs; de faciliter les relations internationales par la préparation ou la création d’une langue universelle; de placer des habitudes logiques à la base de la première éducation; de faire monter vers les plaisirs intellectuels des millions d’hommes qui descendent chaque jour plus bas dans les jouissances de la matière.

L’auteur expose ainsi ses principes:

«De toutes les merveilles dues au génie de l’homme, les deux plus fécondes, en même temps que les plus méconnues, sont assurément le langage et l’écriture. Traduire, en déplaçant un peu d’air, tout le monde invisible du sentiment et de la pensée; fixer, en traçant quelques signes, tous les sons fugitifs de la parole; saisir au vol ces ondes sonores et les emprisonner pour toujours dans quelques caractères alphabétiques: voilà deux miracles qui ne lasseront jamais l’admiration des siècles. L’écriture surtout, qui permet d’entendre une voix parlant à deux mille lieues, ou éteinte depuis trois mille ans; l’écriture, qui permet d’accumuler toutes les conquêtes de l’esprit humain dans ces temples lumineux qu’on appelle des bibliothèques; l’écriture, enfantement laborieux des génies de cent générations, a des droits particuliers à cette admiration et à notre reconnaissance.

«L’écriture est, en effet, l’immense et merveilleux réservoir de la pensée humaine. C’est là que viennent s’accumuler, une à une et de siècle en siècle, les découvertes du savant, les méditations du philosophe, le monde idéal de l’artiste et du poëte, le monde réel des vulgarisateurs de la science pratique. Chez les peuples où l’écriture n’existe pas encore, tous ces trésors disparaissent presque à mesure qu’ils se produisent. Toutes ces brillantes manifestations du talent et du génie s’envolent avec la voix, et il ne reste, pour les générations suivantes, que des fragments défigurés par les infidélités de la mémoire, les fantaisies de l’imagination ou les aberrations de l’ignorance. Dans les pays où l’écriture apparaît, l’aurore commence, et, à mesure que les systèmes graphiques se perfectionnent, le niveau de l’intelligence publique s’élève, le jour fait reculer la nuit.

«...L’abîme qui existe aujourd’hui entre la langue parlée et la langue écrite n’existait pas à l’origine. Les lettres servaient alors à représenter des sons, et non à favoriser le fastueux étalage de l’érudition linguistique. On écrivait pour exprimer sa pensée et non pour faire savoir à l’univers que l’on avait appris les langues mortes et les idiomes septentrionaux[210].

«On trouve la preuve de cette écriture presque entièrement phonétique dans tous les documents de la langue gallo-ligurienne ou provençale et des patois romans qu’on parlait au nord de la Loire, sous le nom de langue d’oïl. Cette première phase s’étend du neuvième au treizième siècle.

«Mais, à partir de cette dernière époque, l’ennemi commença à pénétrer dans la place. Les alphabets grec, latin et septentrionaux s’insinuèrent sournoisement dans l’écriture française. Les lettres inutiles ou muettes vinrent peu à peu étaler leur vaniteuse oisiveté au milieu des lettres actives ou phonétiques.»

[210] Cette proposition, juste en principe, ne saurait s’appliquer d’une façon absolue à la langue française, qui est d’origine presque exclusivement latine. Dans le Cantique de sainte Eulalie, du dixième siècle, dans les Lois de Guillaume le Conquérant, du onzième, dans la Chanson de Roland, du douzième, on trouve nombre de lettres étymologiques qui certes ne se prononçaient pas. Les scribes, affiliés en général au clergé ou à l’Université, ont bien rarement fait abstraction du latin; mais leur orthographe, variable et indécise, était beaucoup plus simple et plus rapprochée de la prononciation que la nôtre. Cette prononciation et cette orthographe variaient, au quatorzième siècle, selon les dialectes: «... Et pour ceu que nulz ne tient en son parleir ne rigle certenne, mesure ne raison, est laingue romance si corrompue, qua poinne li uns entent laultre; et a poinne puet-on trouveir a jourdieu persone qui saiche escrire, anteir, ne prononcieir en une meismes semblant menieire, mais escript, ante et prononce li uns en une guise et li aultre en une autre.» (Préface des Psaumes de David en langue romane de Lorraine, citée par M. Le Roux de Lincy, introduction des Quatre livres des rois, p. XLII. Ce texte est de la fin du XIVe siècle.)

M. Raoux attribue à Joinville, qui vivait à la fin du treizième siècle[211], à Froissart, à la fin du quatorzième, et surtout à Philippe de Comines, au quinzième siècle, le tort d’avoir ainsi surchargé l’orthographe de lettres inutiles. Au seizième, Marot, Despériers, Rabelais, Montaigne, suivirent plus ou moins la même route. «Alors commença le fatal divorce entre le son et le signe, entre la langue parlée et la langue écrite. Alors aussi commença la célèbre croisade de la réforme orthographique, qui devait se continuer jusqu’à ce jour.»

[211] On n’a point le texte original de Joinville; le plus ancien manuscrit de ses Mémoires que l’on connaisse est celui que possède notre Bibliothèque impériale. Cette copie, cependant, ne saurait être postérieure au XIVe siècle. Mais elle ne reproduit pas, très-probablement, l’orthographe de l’original. On la croit généralement écrite vers 1350, c’est-à-dire environ trente ans après la mort de Joinville, qui écrivit (ou du moins fit écrire) ses Mémoires en 1309, ainsi qu’il l’indique lui-même à la fin de son texte: «Ce fut escript en lan de grace Mcccix ou moys doctoure.»

Je citerai en passant un curieux calcul de M. Féline (Dict. de la prononciation, p. 13), cité par M. Raoux, mais que je crois un peu exagéré, sur les résultats économiques de la réforme phonétique.

«J’ai cherché, dans plusieurs phrases, quelle serait la diminution des lettres employées, et celle que j’ai trouvée est de près d’un tiers; supposons seulement un quart. Si l’on admet que sur 35 millions de Français, un million, en terme moyen, consacrent leur journée à écrire; si l’on évalue le prix moyen de ces journées à 3 francs seulement, on trouve un milliard, sur lequel on économiserait 250 millions par année.

«La librairie dépense bien une centaine de millions en papier, composition, tirage, port, etc., sur lesquels on gagnerait encore 25 millions.

«Mais le nombre des gens sachant lire et écrire décuplerait; les livres coûtant un quart moins cher, il s’en vendrait, par cela seul, le double, et le double encore parce que tout le monde lirait. De sorte que ce profit de 275 millions serait doublé ou quadruplé, et l’économie imperceptible d’une lettre par mot donnerait un bien plus grand bénéfice que les plus sublimes progrès de la mécanique..... On s’inquiétera pour les chefs-d’œuvre de notre littérature. Mais il ne s’agit pas de supprimer l’alphabet actuel; il continuerait encore pendant longtemps d’être employé par les lettrés, comme la langue latine a été pendant tant de siècles la langue savante et seule écrite, comme les chiffres romains dont on fait encore usage. Il s’agit seulement, pour ceux qui ne peuvent recevoir une éducation complète et suivre les écoles secondaires, d’acquérir par l’étude la plus sommaire une seconde manière d’écrire qui les mette en rapport avec la masse du peuple et leur fasse gagner une heure de travail sur quatre.»

La deuxième partie de l’ouvrage de M. Raoux, intitulée: Critique du système graphique actuel, est un travail solide et vraiment remarquable. L’auteur signale d’abord les vices suivants: lettres à double et à triple emploi;—lettres surérogatoires;—voyelles s’écrivant chacune de dix, vingt, trente et cinquante manières différentes (ch. III, § 1);—voyelles et consonnes changeant arbitrairement de valeur phonétique suivant leur entourage;—réunion de lettres identiques se prononçant différemment et de lettres différentes se prononçant d’une manière identique;—sons simples ou monophones s’écrivant avec deux, trois et même six lettres;—mots dans lesquels on ne prononce pas une seule lettre avec le son que lui assigne l’alphabet;—sons qu’on ne prononce pas et qu’on écrit avec le même scrupule que les signes non muets;—quatre signes différents pour indiquer le pluriel;—les mêmes signes pour représenter le singulier et le pluriel;—un enchevêtrement inextricable de règles, d’exceptions, de sous-exceptions, de subtilités scolastiques, d’abstractions inintelligibles.

Voilà, dit M. Raoux, cette célèbre écriture, vaniteusement baptisée correcte et orthodoxe (orthographe); voilà le haut et savant grimoire qui nous a été légué par les fétichistes gréco-latins, par ceux qui ont voulu repétrir une langue vivante avec les détritus de deux langues mortes. Merveilleux labyrinthe, en effet, où l’on se perd encore après vingt ans d’étude; admirable système qu’on emploie un quart de siècle à ne pas apprendre! C’est un peu moins mal, pourtant qu’en Chine, où l’on passe sa vie à n’apprendre que cela.»

Passant à l’étude de l’alphabet, l’auteur annonce que la critique qu’il en va faire n’a pas pour but de rejeter toutes les lettres de l’alphabet français et d’en couler d’autres dans des moules entièrement nouveaux, comme le fait la sténographie, mais seulement de les ramener à des principes rationnels, quant à leur nombre, à leur nature, à leur valeur phonétique et à leur forme.

«Personne ne contestera cet axiome: que le nombre des signes d’un alphabet rationnel ne doit être ni supérieur ni inférieur au nombre des sons fondamentaux de la langue à laquelle il appartient.» Il suffit de rapprocher, à cet égard, les principes posés, dès 1660, par Port-Royal. Voy. ci-dessus, p. 226.

«Or l’alphabet français est en pleine révolte contre cet axiome, car il possède six lettres entièrement superflues, et manque d’une douzaine de signes simples pour représenter des sons élémentaires.

«1o Il possède six lettres superflues, parce qu’au lieu de représenter chaque son élémentaire par un seul signe, il a commis la faute d’en employer plusieurs.

«Ainsi, au lieu de traduire le son simple QE par un seul signe ou par une seule lettre, notre alphabet ne lui en assigne pas moins de quatre, savoir: C, K, Q, CH (col, kilo, queue et choral). N’est-il pas évident qu’il y en a trois de trop?

«Le son I est actuellement représenté par trois lettres I, ï, Y (image, haïr, yeux). Ne devrait-on pas en retrancher deux?

«L’articulation S est aujourd’hui gratifiée de trois signes, savoir: C doux, Ç cédille et S (Cécile, reçu, son). Un seul ne suffirait-il pas à l’écriture ordinaire, quand il suffit aux écritures sténographique, italienne et espagnole[212]?

[212] M. Raoux aurait pu ajouter que l’s usurpe trop souvent la place du z, ce qui est fort regrettable.

«La lettre H représente un son qui n’existe pas, puisqu’il n’y a pas d’aspiration dans la langue française: pourquoi donc embarrasser notre alphabet de cette lettre parasite, surtout lorsqu’il lui en manque une douzaine?

«La lettre X fait double emploi avec S, Z, GZ et QS (dix, deuxième, examen, index). Pourquoi occupe-t-elle inutilement la place qui serait si convenablement remplie par l’une des douze lettres qui attendent à la porte?

«Enfin, le double W, signe intrus, maladroitement emprunté aux alphabets septentrionaux, se permet aussi de jouer sur le clavier des variations phonétiques, et se prononce tantôt V, tantôt OU, tantôt EU (Wolga, William, New-York).

«Voici donc six plantes parasites sur le vieux tronc de l’alphabet, six lettres parfaitement superflues, C, K, H, X, Y, W, dont il serait grand temps de faire l’amputation.

«Après s’être donné le luxe de six lettres superflues, le vieil alphabet nous présente le spectacle d’une indigence dont le chiffre est double. Douze lettres lui font défaut lorsqu’il veut traduire les douze sons simples, ou les douze notes nouvelles de la gamme alphabétique. Aussi est-il obligé de recourir, pour combler cette lacune, au stratagème des accents et des signes binaires, qui viennent jeter d’innombrables complications dans l’orthographe et de nouvelles ténèbres dans la lecture, l’écriture et la prononciation.

«L’accent aigu et l’accent grave jetés sur l’e muet devront le transformer en e fermé et en e ouvert (É, È), et les paires de lettres (digrammes) EU, AU, OU, CH, GN, LL, AN, EN, IN, ON, UN, seront chargées de représenter des voyelles, et des articulations simples.

«Si, du moins, chacune de ces lettres et chacun de ces couples, ou digrammes, n’avait qu’une seule valeur phonétique! Mais non. La lettre C traduit les quatre sons QE, SE, GUE et CH [cocarde, Cécile, second, vermicelle[213]];—G, les quatre articulations GUE, JE, NIEU et QE (digue, gerbe, agneau, sang, rang élevé); X, les articulations QS, GZ, S, Z, CHE [index, examen, Aix, deuxième, Ximenès[214]];—la voyelle U représente les trois sons U, O et OU (urne, punch, minimum, équateur, aquatique);—la consonne D, les deux articulations D et T (don, profond abîme);—la lettre F, celles-ci: F et V (fier, dix-neuf ans); Z correspond à Z, S, DZ, TS (zéphir, Rodez, mezzo, piazza)[215]

«Les différences de valeur des digrammes eu (j’ai u, un peu), ch (charité, archange, almanach), gn (stagnation, agneau), etc., ne sont pas moins nombreuses que celles des lettres simples.»

[213] On prononce maintenant, conformément à l’écriture, vermicelle et violoncelle.

[214] Dans ce mot, du xérès, c’est-à-dire du vin récolté à Xérès, on prononce l’x d’une quatrième manière, comme s’il y avait kérès, par un k.

[215] M. Raoux aurait pu ajouter la lettre Y, qui représente les sons suivants: I, Î, ÉI, IJ, IJI (la Haye, style, abbaye, paysan, citoyen).

Tout ce travail du professeur de Lausanne est intéressant, et il serait bon de s’y reporter, si l’on voulait constituer un alphabet normal pour la transcription de nos patois, ou des langues orientales, ou même simplement pour fixer un type uniforme de figuration de la prononciation dans nos dictionnaires, soit français, soit bilingues.

Toutefois l’auteur aurait dû citer les savants académiciens qui l’ont précédé, Beauzée, Domergue, et surtout Volney, qui, l’un, en 1767, l’autre, en 1806, le dernier, en 1820, ont traité à fond cette matière. Le troisième surtout a placé, dans son ouvrage intitulé: L’Alfabet européen appliqué aux langues asiatiques, une discussion excellente et approfondie de la valeur et de la distinction de nos voyelles et de nos consonnes. Après un si docte travail, il ne restait plus guère qu’à glaner et à perfectionner[216].

[216] Il aurait dû aussi mentionner MM. Marle et Féline.

Dans le chapitre suivant, intitulé: Vices des combinaisons binaires et ternaires des lettres, ou des bases de l’écriture, l’auteur étudie les effets de la combinaison des lettres de notre alphabet deux à deux et trois à trois pour former les éléments de l’écriture. On ne peut donner ici que quelques exemples du singulier effet de ces unions.

IA garde le son naturel de ses composants[217], mais AI devient E, È (j’ai, naître).—UA donne le son OUA ou A (équateur, quadrille); AU donne le son O (autre).—IO ne produit pas de son nouveau, mais OI donne un son voisin de OA (roi).—YO est stérile; mais OY offre trois sons: OU, A, I (voyelle, royaume, moyen);—EU a la même valeur que UE (peur, cueillir)[218];—S entre deux voyelles se transforme en Z (trésor, aisance); mais il y a des exceptions: vraisemblance, préséance.

[217] La diphthongue ia ne se prononce pas de même dans diable, dont la première syllabe est monosyllabique, et diamant, où elle est dissyllabe.

[218] Et en outre le son u: j’eus, gageure.

L’auteur a réuni d’autres exemples, en assez grand nombre, de vices analogues de nos combinaisons alphabétiques. Le son A s’écrit, d’après M. Marle, de 25 manières; le son AN, de 52; le son O, de 30; le son ON, de 26; le son OU, de 28; le son OI, de 25; le son È, de 55; le son É, de 25; le son EU, de 20; le son I, de 29; le son IN, de 34, etc., etc. En tout, 540 manières d’écrire 31 sons. M. Dégardin, qui a refait ce compte, trouve 568 variantes.

Dans les articles suivants, M. Raoux passe en revue les sons différents s’écrivant de la même manière. Ex.: jeu et gageure; diagnostic et agneau; altier et balbutier; fier verbe et fier adjectif; fille et ville; il est, de l’est; dans un même mot, le digramme en figurant deux sons différents: chiendent;—puis les sons identiques s’écrivant avec des signes différents. Ex.: vingt, vin, vain, vint; cène, saine, Seine, scène;—les sons nuls s’écrivant avec des annexes ou signes muets; ex.: bah, choral, honneur, plomb, chaud, froid, clefs, œufs, bourg, fusil, baril, etc.

Dans les derniers chapitres de la deuxième partie, l’auteur s’occupe des vices de l’écriture dite orthographe de principes. Nous avons six marques différentes du pluriel: S, Z, X, T, NT, ENT (les gens, vous aimez, les cieux, ils vont, ils ouvrent, ils aimaient). Sur ces six marques, cinq sont en même temps des signes employés au singulier: bras, nez, doux, vent, pont[219]. Certains mots tirés des langues étrangères prennent notre marque du pluriel (altos, erratas, opéras, pianos, quatuors, villas, zéros, etc.); d’autres ne la prennent pas (des alibi, les criterium, les choléra, les crescendo, etc.). Il passe en revue ensuite les différentes irrégularités que l’on peut signaler dans l’orthographe des verbes, de leurs temps et des participes.