[76] Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux volumes, sous le titre de dictionnaire géographique et universel des Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition, par M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage est trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges. Le second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre pour le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens précieux, et qui devient indispensable pour toute personne qui veut profiter des avantages de la poste, pour la correspondance journalière.
L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est exclusivement destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux chevaux. Il convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les indications précises et le réglement qu’il renferme.
M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter un pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration dans la longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble et loyale conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles politiques, l’avaient mis à même de juger sainement tous les événemens et les variations qui s’y rattachent. L’apparition de son ouvrage à l’instant où nous achevions le nôtre, commencé depuis plusieurs années, nous eût imposé l’obligation de le suspendre, malgré le travail qu’il nous a coûté et les recherches longues et souvent fastidieuses auxquelles nous nous sommes livré, s’il fût entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser l’histoire générale des postes. Mais son essai, plus particulièrement destiné à faire connaître les améliorations successives survenues dans les produits des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine royal, et l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner plus d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous regrettons que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet qui eût pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt.
Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance, au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en recueillant tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de correspondre dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur la manière de voyager, en usage dans toutes les contrées connues : le motif seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise.
Le 16.e bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr.
Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons, provoquent une ordonnance relative aux peines qu’encourront ceux qui se rendront coupables, à l’avenir, de mauvais traitemens à leur égard.
La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en vigueur tous les édits rendus sur le service des Postes. On y remarque, entr’autres articles, ceux concernant les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif pour la perception du port des lettres établi sur des bases nouvelles, et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la sécurité que la correspondance retire de ces améliorations rangeront cette époque au nombre de celles auxquelles les Postes sont redevables de quelque perfectionnement.
L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré tant de projets utiles à M. Charles Humbert Pierron de Chamousset[77], lui fit naître l’idée de la petite-poste. Le service, devenu de jour en jour plus actif et plus régulier, et la multiplicité des relations dont Paris était le point central, exigeaient un mode nouveau et prompt de recevoir et d’expédier les missives de la capitale. La difficulté de se rencontrer dans une ville si populeuse, le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens d’y correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui avait mûri cette idée, fit part de ses vues. On en reconnut les avantages, et le projet d’un homme de bien fut accueilli favorablement : on fit plus, on le réalisa. La petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur de Paris, où cent dix-sept facteurs[78] faisaient journellement ce service. Elle fut d’abord en régie, et on la réunit par la suite à la ferme générale. Cette organisation, comme toutes les institutions naissantes, a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus notables ont été introduits par M. le duc de Doudeauville. Sept distributions ont lieu en été et six en hiver. Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées par les affiches, on peut obtenir la réponse et même la réponse de la réponse aux lettres écrites dans la journée.
[77] Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né à Limoges, ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de Houssays. On y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux chevaux, les roulages et les messageries.
[78] Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces. Le trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste, nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il passa l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher lui-même, sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux galeries du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale ; et, dans la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de vin dont il était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi de ceux qui tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition.
Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert[79], une petite-poste d’un genre différent, qui avait aussi ses messagers d’une espèce toute particulière et non moins d’activité. C’étaient les vendeurs de poulets qui portaient les billets doux aux femmes. Ils glissaient ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie, ne manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais le tems aux argus de se saisir du courrier innocemment contrebandier. Ce manége ayant été découvert, le premier messager d’amour qui fut pris, fut puni de l’estrapade, avec des poulets vivans attachés aux pieds. Telle est l’origine du nom de poulet donné aux billets doux.
[79] Auteur des curieuses recherches sur l’Italie.
L’établissement de la petite-poste aux lettres, en France, a donné, dans ces derniers tems (1824), l’idée des petites messageries[80] dans Paris, pour les effets et les marchandises. Il y a long-tems que plusieurs capitales de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de la poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé sur les mêmes bases, n’en est aucunement dépendant. Les motifs qui ont rendu l’usage de la petite-poste si nécessaire, ont sollicité celui des petites messageries dans le but d’établir un service régulier, célère, économique et responsable, dont l’objet est de transporter, d’un quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et commissions de toute espèce ; et les marchandises de gros poids déplacées et mises en circulation par le commerce.
[80] La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain, n.o 12, Hôtel-de-la-Rochefoucauld.
Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans les rues et les places les plus fréquentées, ainsi que les boîtes pour la petite-poste, reçoivent continuellement, contre des récépissés imprimés et à talons, tous les paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont remis avec des adresses attachées aux articles.
Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent aussi, contre de semblables récépissés, les articles jusqu’à 25 livres pesant, qu’on leur donne de la main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font par le son d’une cloche.
Les articles de poids sont recueillis à domicile.
Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois par jour la levée des dépôts et pareil nombre de distributions. Dans la belle saison, ce nombre est porté à quatre.
Il y a en même tems un service de gamionage pour le transport des marchandises de volume et de gros poids.
Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes ; de 25 à 100, 45 centimes ; de 100 à 200, 55 centimes, etc. On a la facilité d’affranchir les envois.
En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas été déclarée, la compagnie remboursera 20 francs pour chaque article qu’on ne pourra représenter ; elle répondra de la valeur entière, lorsqu’elle aura été déclarée, mais alors le prix de transport y sera proportionné.
Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il y a entre les petites messageries et la petite-poste. Ce rapprochement suffira pour motiver les raisons qui nous ont fait entrer dans des détails que nous ne croyons pas sans intérêt pour le lecteur.
En 1761, les postes sont mises en régie pour le compte du roi. On règle aussi les prix que doivent payer les courriers de cabinets et de dépêches.
En 1764, le 18.e bail, toujours avec les messageries en litière, monte à 7,113,000 francs.
Malgré l’augmentation successive survenue dans la ferme des postes, depuis la cession faite par l’université, à raison du 28.e sur les produits qui en proviendraient, l’indemnité primitive n’avait point subi de changemens. Ce corps, en 1765, exposa, par une requête au roi, les droits et les priviléges sur lesquels cette réclamation était si justement fondée.
Le 19.e bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans, s’élève à 7,700,000. Les fermiers sont tenus de faire un cautionnement. Cet usage, introduit pour assurer les droits du gouvernement, est devenu depuis une clause obligatoire de tous les engagemens de ce genre.
L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement des courriers, a lieu en 1772. Elle est formée de la retenue du tiers du prix qui leur revient par course. Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un sentiment bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes employés à un service toujours fatigant et souvent périlleux[81].
[81] La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse et n’a d’autre habitation que sa voiture : c’est dans cette mobile machine que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe nulle part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il retourne aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en repartir de nouveau avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il, il ne peut s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est un relais où il change de chevaux ; ici, un bureau de poste où il remet et reçoit des dépêches. Ces interruptions sont tellement répétées, que, dans un trajet de cent lieues, par exemple, qui doit être fait en moins de quarante heures, il trouve souvent dix bureaux de poste et vingt-cinq relais. Combien de circonstances encore ne contribuent-elles pas à multiplier ces incidens. Tout ce que la nature oppose d’obstacles doit être vaincu : il brave l’intempérie des saisons et les ténèbres de la nuit ne l’arrêtent pas dans sa marche. Sa prévoyance ne peut être en défaut pour remédier même aux événemens indépendans de sa volonté.
Sa surveillance tient à sa responsabilité ; son activité, à la célérité de son service ; son extrême probité s’explique par la confiance qu’on lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un devoir. Non-seulement il remet avec un soin scrupuleux les dépêches qu’il a reçues, il les défend, même au péril de sa vie, s’il est attaqué. C’est dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui le fait souvent triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié à sa fidélité, par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que d’actions éclatantes attesteraient qu’il n’est aucun dévouement dont il ne soit capable, et que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun devoir dont il n’observe l’accomplissement avec une religieuse exactitude.
On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en étendre les avantages à tous les agens des postes auxquels on fait subir des retenues qui ont varie, et qui sont fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des appointemens.
Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux voit sans crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une carrière longue et honorable. Si elle ne lui a pas offert des chances de fortune, du moins, lorsque le tems du repos, souvent pour lui celui des infirmités, est arrivé, il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure dictée par une prévoyance toute paternelle.
La place de surintendant-général des postes, après la mort du marquis de Torcy (1746), qui avait sous lui un contrôleur-général, avait été donnée au comte de Voyer d’Argenson, ministre de la guerre.
Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui succéda. Il avait également sous lui un intendant-général, dont les attributions étaient les mêmes que celles de contrôleur-général. Il n’y avait de changement que dans la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le fait, toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait le droit de travailler seul avec le Roi, et d’entrer chez Sa Majesté à toute heure du jour ou de la nuit. M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs circonstances, occupait cette place sous le duc de Choiseul. Voici comme Duclos s’exprime à son égard : M. le Duc (c’est ainsi qu’on désignait le duc de Bourbon, ministre sous le régent), pleinement rassuré, oublia que c’était aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu une sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir eu et surtout montré de la peur. Il ne sut pas distinguer un malheur prévenu d’un malheur imaginaire. Ses affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils avaient faits pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en fut bientôt révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice, et on avertit Jannel d’être plus discret, au hasard d’être moins utile.
Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot, ministre d’état au département des finances, devint, en septembre 1775, surintendant-général des postes, et refusa les émolumens attachés à cette place.
Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la guerre avaient été seuls en possession de cette charge ; ce qui prouverait, s’il en était besoin, qu’on la considérait comme tout-à-fait étrangère aux finances, puisqu’on n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M. Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter aux prérogatives des postes, chercha, en les amenant sous son influence, à les rendre favorables à ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries royales, par les édits des 7 et 14 août 1775.
En combinant ces deux services, il espérait pouvoir parvenir à faire transporter les lettres par les messageries, en un seul jour, au moins à 30 lieues à la ronde de Paris, terme où les courriers de la malle les auraient reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume. L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que le ministre avait particulièrement en vue, ne compensait aucun des graves inconvéniens qu’elle entraînait. Où elle existait réellement, c’était dans les avantages que les messageries procureraient de conduire les fonds avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou des provinces à Paris, ou même, enfin, de Paris aux provinces, comme cela se pratique encore aujourd’hui.
M. Turgot, qui avait conçu de grands projets sur la construction et l’entretien des routes, qui se rattachent si essentiellement aux postes, y aurait porté, sans doute, cet esprit d’économie si peu en rapport avec les ouvrages d’une nation qui veut travailler pour la postérité. Tout en cédant à cette idée si louable qui le dominait, il favorisait les postes sur quelques points, en se proposant de faire observer rigoureusement les distances de quatre lieues entre chaque relais, soit qu’on les eût négligées, ou qu’elles n’eussent pu être gardées par des considérations locales difficiles à surmonter dans l’origine. Il devait, en outre, donner l’inspection des routes aux maîtres de poste intéressés, à leur entretien. Aux avantages que leur eût procuré le traitement attaché à cette nouvelle attribution, se seraient joints ceux qui résultaient nécessairement d’une surveillance qui eût contribué si puissamment à la prospérité des relais.
Au reste, M. Turgot ne voyait dans la réunion des postes aux messageries qu’une considération secondaire, celle d’une augmentation de recettes, ou, plus exactement, une diminution dans les dépenses qu’il évaluait devoir être, par la suite, de quatre millions.
Quant aux priviléges accordés précédemment pour droits de carrosses, de diligences et de messageries, le roi, en y rentrant exclusivement, ne fit qu’user de la faculté qu’il s’était réservée en les concédant. Les fermiers qui ne pouvaient l’ignorer, quoique traités avec justice dans tous les réglemens qu’entraînait cette mesure, ne la trouvèrent pas moins très-rigoureuse, par la privation soudaine d’avantages qu’elle leur enlevait et à laquelle ils étaient loin de s’attendre. Ils furent, pour le trésor royal, de 1,500,000 fr. auxquels on porta la ferme des messageries. Le soin des gouvernemens, dans les changemens qu’amènent les circonstances pour les rendre favorables à la société, doit être de les opérer doucement, afin de concilier tous les intérêts.
L’établissement de voitures[82] à 4, 6 ou 8 places, commodes, légères et bien suspendues, pour partir à jours et heures réglés, fut ordonné sur toutes les grandes routes du royaume. Un autre arrêt prescrivait la marche à suivre pour l’administration des diligences et messageries, et le tarif des ports à payer, soit pour les places dans les diligences, soit pour le transport des hardes, de l’argent et autres effets.
[82] M. Turgot ayant changé la forme des voitures, elles furent appelées turgotines pour cette raison. Loin d’être telles que l’édit le portait, elles étaient lourdes, incommodes et très-bruyantes.
Le baron d’Ogny, intendant-général des postes, jouissait, comme M. Jannel, son prédécesseur, des mêmes priviléges. M. de Clugny remplace M. Turgot dans la surintendance des postes.
Le 20.e bail, pour un an, pendant 1776, monte à 8,790,000. Cette augmentation est fondée sur la réunion des divers priviléges des carrosses, coches d’eau et messageries, à la ferme des postes.
Le 21.e bail est en régie pour compte du roi, moyennant 10,400,000 fr. Les six administrateurs qui en sont chargés fournissent un cautionnement de 4,800,000.
Une ordonnance du roi, rendue en 1779, augmente la masse des retenues du produit du livre de poste publié, jusqu’à ce jour, au profit d’un étranger.
Afin de prévenir la perte des lettres mal adressées, il fut réglé, en 1781, qu’elles seraient renvoyées dans les bureaux dont elles portaient le timbre, pour faciliter les réclamations. Cette mesure eut lieu en même-tems pour les lettres refusées faute d’affranchissement. Dans le premier cas elles devaient séjourner trois mois dans les bureaux, et quatre mois dans le second.
En 1782, Dom Gauthey, religieux de l’ordre de Citeaux, soumit au jugement de l’Académie des Sciences un moyen qu’il avait imaginé pour correspondre au loin par l’emploi de signaux. Le rapport fait par le marquis de Condorcet et le comte de Milly, annonçait que ce secret leur paraissait praticable, ingénieux et nouveau, qu’il ne rappelait aucun procédé connu et destiné à remplir le même objet ; qu’il pouvait s’étendre jusqu’à la distance de trente lieues, sans stations intermédiaires et sans préparatifs très-considérables. Quant à la célérité, qu’il n’y aurait que quelques secondes d’un signe à l’autre ; que ces signes[83] pouvaient répondre du cabinet d’un prince à celui de ses ministres, et que l’appareil enfin ne serait ni très-cher, ni très-incommode.
[83] Par des moyens acoustiques qu’on parle de renouveler pour l’établissement de télégraphes en Angleterre.
Dans la même année, M. Linguet annonça un mémoire dans lequel il prétendait avoir trouvé le moyen de transmettre les avis avec promptitude, et celui d’établir un idiome constant et réglé, dont la vue seule était l’interprète, aussi rapide que docile, supérieur à tous ceux connus dans cette poste oculaire, qui joignait à la facilité, la sûreté, la simplicité et l’économie.
Le secret devait être impénétrable pour les agens intermédiaires, aussi étrangers à ce qui se passerait que les courriers à l’égard des dépêches qu’ils transportent. Ce n’était qu’aux extrémités que le mot de l’énigme volante aurait été connu de ceux chargés d’expédier et de recevoir les avis.
L’auteur du projet proposait d’en faire l’épreuve secrète, de Paris à Saint-Germain, en 4 minutes.
Vers la fin du XVII.e siècle, Amontons, fameux mécanicien, avait inventé, dit Fontenelle dans le rapport qu’il fut chargé de faire de ce procédé ingénieux, un moyen de faire savoir tout ce qu’on voudrait à une très-grande distance ; par exemple, de Paris à Rome, en très-peu de tems, comme trois ou quatre heures, et même sans que la nouvelle fut connue dans tout l’espace qui sépare ces deux villes.
Ces théories, qu’on regardait comme des chimères, devaient cependant conduire, quelques années plus tard, à des découvertes[84] et des procédés de la plus haute importance. Quelques essais infructueux, ou qui ont manqué d’encouragemens, ne peuvent ôter le mérite de l’invention à leurs auteurs.
[84] Dès l’année 1763, M. Cugnot essaya, avec succès, à Paris, de construire des voitures mises en mouvement par la vapeur.
Le célèbre Aéronaute Blanchard fit, en 1779, devant la famille royale, l’expérience d’un carrosse de son invention, qui roulait très-rapidement sans le secours des chevaux. Il se proposait, par la suite, de perfectionner ces voitures, afin de les rendre propres à voyager sur les routes. On peut avoir une idée de leur construction par les détails ci-après. A la portée qu’occupe le brancard ou le timon, était un aigle les ailes déployées. C’est là qu’étaient attachées les guides, à l’aide desquelles la personne placée dans la voiture en dirigeait la marche. Derrière était un homme qui imprimait à la voiture un mouvement plus ou moins rapide, en pressant alternativement les deux pieds, ce qui ne lui causait aucune fatigue, et ce qui n’exigerait, à la rigueur, qu’un relais d’hommes. Il se tenait debout ou assis, les jambes en partie cachées dans une sorte de malle ou coffre, où les ressorts paraissaient établis.
On faisait, presqu’en même tems, sur la Seine, l’essai d’un bateau, canot ou nacelle, appelé la poste par eau, qui ne mit que quelques minutes à faire le trajet du Pont-Neuf au Pont-Royal. Ce bateau avait 18 pieds de longueur sur 6 de largeur ; il allait par le moyen d’une grande roue que tournait un seul homme et qui donnait, par cette impulsion, le mouvement à d’autres, substituées intérieurement aux roues ordinaires. L’inventeur, M. de la Rue d’Elbeuf, prétendait que ce bateau remonterait le courant avec la même vitesse, et se proposait même de la doubler en établissant sur les grandes roues un engrenage.
M. Mulotin, horloger à Dieppe, imagina aussi un phare d’une construction remarquable. Il avait la forme d’une horloge et le mouvement faisait paraître une masse de lumière de 24 réverbères, dont la durée était de 3 minutes, et la disparition d’une.
Un autre moyen, de ce genre, avait pour but de donner aux feux un éclat particulier qui les distinguât de manière à empêcher de les confondre avec les autres feux.
L’année 1783, le 22.e bail en régie, de 11,600,000 fr., fut confié à six régisseurs, qui donnèrent un cautionnement de 6 millions. Il leur fut accordé pour remise, droit de présence, étrennes, frais de bureaux et secrétaires, 216,000 fr., ce qui faisait 36,000 par an pour chacun. Outre cela, il leur était alloué le cinquième de tout ce qui excéderait 11,600,000 fr. de produit net, et l’intérêt du cautionnement à cinq pour cent.
En 1785, le duc de Polignac[85] est nommé directeur-général des postes aux chevaux, relais et messageries. La place d’intendant-général est accordée à M. de Veymerange[86].
[85] Marquis de Mancini, brigadier des armées du roi, premier écuyer de la reine et directeur-général des haras.
Le marquis de Polignac ; chevalier des ordres du roi, premier écuyer de Monseigneur le comte d’Artois, gouverneur du château royal de Chambord, obtint la survivance de la place de directeur-général de la poste au chevaux.
[86] Chevalier de Saint-Louis, intendant des armées du roi.
Cette même année, l’uniforme des officiers des postes est réglé par une ordonnance. Il n’est plus exigé aujourd’hui que pour les employés des postes militaires, les postillons et les courriers. La couleur en est bleue pour tous, mais avec des marques distinctives qui varient suivant les emplois. Les postillons, par exemple, ont des revers rouges, des boutons fleurdelisés et des galons d’argent : ils portent sur le bras gauche un écusson aux armes royales. Cet écusson est placé sur la poitrine des courriers ; l’habit de ces derniers, bordé d’un liseré d’argent, est orné au collet de deux fleurs de lis brodées également en argent.
Les malles-postes et les messageries royales sont distinguées par les armoiries de la couronne.
Le 23.e bail, porté à 10,800,000 fr. en 1786 (en 1788 à 12,000,000), est passé, pour cinq ans, avec M. Poinsignon.
L’année suivante, la poste aux chevaux et les relais sont réunis à la poste aux lettres, le duc de Polignac, qui en était directeur-général, ayant donné sa démission. La place d’intendant-général, créée en même tems, fut supprimée.
L’université conservait encore, en 1789, comme un privilége qu’elle s’était réservé, des messagers dont les charges étaient à la nomination des quatre nations qui composent la faculté des arts. Ces charges ne se vendaient point ; il n’en coûtait que les frais de réception, montant environ à 500 francs. Les messagers étaient appelés aux processions du recteur, et avaient leur salle d’audience au collége de Louis-le-Grand.
Le roi n’ayant pas nommé à la place de surintendant-général des postes, depuis M. de Clugny, le baron d’Ogny était resté seul chargé de la direction de cette importante administration, sous le titre d’intendant-général des courriers, postes, relais et messageries de France. Les administrateurs étaient MM. de Montregard, de la Reignière, Richard d’Aubigny, de Richebourg, Gauthier, de Montbreton, Mesnard, de la Ferté, Delaage, de Vallogué et de Longchamp.
Il avait aussi un conseil des relais, composé de trois inspecteurs-généraux.
Nous venons d’exposer rapidement, dans tout ce qui précède, les divers changemens survenus dans les postes depuis leur origine jusqu’en 1789. Objets, pendant plus de trois siècles d’existence, de la protection spéciale de nos rois, elles étaient parvenues au point d’être utiles à la fois au peuple dont elles multipliaient les relations, et à l’état dont elles augmentaient les revenus. Les recettes des lettres et paquets, abandonnées pendant près de deux cents ans aux agens des postes, à titre d’émolumens, devinrent si productives par la suite, entre les mains des fermiers-généraux, qu’elles avaient atteint un taux qu’on devait à peine dépasser de nos jours.
Mais les institutions les plus sages, consacrées par le tems et les besoins des peuples, ne pouvaient survivre au renversement de la monarchie. C’est sous cette ère fatale, signalée par un crime inouï dans nos fastes, que nous allons suivre les variations que les postes ont subies jusqu’au rétablissement de la maison de Bourbon.
Dès 1790, un décret supprime les priviléges des maîtres de poste qui avaient été créés par Louis XI, et rigoureusement maintenus par ses successeurs. Une indemnité annuelle, de 30 livres par cheval entretenu pour le service de la poste, les remplace. Elle ne peut être moindre de 250 fr., ni dépasser 450 fr., quelle que soit l’importance des relais.
Les titres et traitemens de l’intendant-général, ceux de l’inspecteur-général, les gages des maîtres des courriers, etc., sont également supprimés.
M. de Richebourg est nommé commissaire du roi près les postes, place qui répondait à celles de surintendant et d’intendant-général. Il réunit, dans ses attributions, la poste aux lettres, la poste aux chevaux et les messageries, quoique séparées pour l’exploitation.
Le serment d’observer la foi due au secret des lettres, est exigé de tous les agens des postes.
Les fonctions des inspecteurs, visiteurs et officiers du conseil des postes, sont remplies par deux contrôleurs-généraux, auxquels il est accordé un traitement de 6000 fr.
Le bail des postes, passé en 1788, avec M. Poinsignon, est maintenu.
Les réformateurs, dans cette désorganisation totale, se voient forcés, pour ne pas entraver la marche d’un service si important, de conserver les anciens réglemens et le tarif de 1759. Les arrêts de 1771, 1784 et 1786, subissent seulement quelques changemens relatifs au contre-seing et au brûlement des lettres inconnues, refusées et non-réclamées.
Les maîtres de poste du royaume demandent la réunion des messageries à la poste aux chevaux.
Le privilége exclusif des carrosses de place et des voitures des environs de Paris, accordé à la compagnie Perreau, est résilié.
M. Jean-François Dequeux devient, en 1791, fermier des messageries, coches et voitures d’eau, par bail de la durée de six ans neuf mois.
Les administrateurs des postes font remise au roi du 5.e des produits nets qui excèdent les onze millions du bail expiré le 31 décembre.
A cette époque où, sous prétexte du bien public, on ne respectait plus rien, le désordre était à son comble. L’assemblée nationale[87], elle-même, parut effrayée des abus qu’entraînait le zèle des corps administratifs et des municipalités. La correspondance des particuliers n’était plus à l’abri de la plus infâme des violations ; les courriers qui refusaient de remettre les dépêches, dont ils étaient responsables, s’exposaient aux mauvais traitemens d’individus livrés à la licence la plus effrénée ; et les directeurs ne pouvaient soustraire, à leurs criminelles perquisitions, les lettres qu’on osait leur enlever par la force dans les dépôts sacrés confiés à leur garde. Cependant, par une concession bien digne de ces tems désastreux, cette même assemblée, en cherchant à réprimer une telle conduite, crut devoir l’excuser en disant qu’elle était tolérable dans un moment d’alarme universelle et de péril imminent.
[87] Elle improuva la conduite de la municipalité de Saint-Aubin, pour avoir ouvert un paquet à M. d’Ogny, intendant-général des postes, et plus encore pour avoir ouvert ceux adressés au ministre des affaires étrangères et au ministre de la cour d’Espagne ; et chargea son président de se retirer de vers le roi, pour le prier de donner des ordres nécessaires afin que le courrier de ces paquets fût mis en liberté, et pour que le ministre du roi fût chargé de témoigner à M. l’ambassadeur d’Espagne les regrets de l’assemblée de l’ouverture de ses paquets.
Les postes sont administrées, en 1792, par un directoire composé d’un président et de cinq administrateurs. M. de Richebourg est nommé, à ce premier emploi, avec un traitement de 20,000 fr. Il leur est assigné à tous un logement à l’Hôtel-des-Postes[88].
[88] Bâti sur les ruines de l’Hôtel-de-Flandres, qui appartenait, dès la fin du XIII.e siècle, aux comtes de ce nom. Le roi Charles VII le donna, en 1487, à Guillaume de la Trimouille. Il fut possédé par Jean-de-Nogaret, premier duc d’Epernon, favori de Henri III, et passa ensuite à Berthélemi d’Hervart, contrôleur-général des finances, qui le fit reconstruire en entier ; puis en suite à M. Fleuriau d’Armenonville, secrétaire-d’état et garde des sceaux. Cet hôtel portait encore son nom lorsqu’il fut acheté des héritiers du comte Morville, son fils, pour y placer les bureaux de la poste. Il fut réparé et distribué à cet effet, et l’on y construisit, du côté de la rue Coq-Héron, un hôtel pour l’intendant général des postes.
Pour établir les bases du nouveau tarif[89] sur le prix du transport des lettres et paquets, on fixe un point central dans chacun des 83 départemens, et les distances entr’eux sont calculées d’un point central à un point central à vol d’oiseau, et à raison de 2283 toises par lieue. Le quart de l’once détermine le poids de la lettre, dite simple ou non pesante, dont le port, fixé à quatre sous dans l’intérieur de chaque département, augmente d’un sou hors de ce département, et jusqu’à vingt lieues inclusivement. Une progression d’un sou par dix lieues est réglée jusqu’à cent, et subit quelques modifications au-delà de cette distance.
[89] Celui de 1769 était basé sur la distance réellement parcourue, et on ne reconnaissait pas de distance au-dessous de 20 lieues.
Le transport des dépêches qui, jusqu’alors, avait eu lieu sur les grandes routes et sur les petites, à cheval, en brouettes ou voitures non-suspendues, la plupart découvertes, attelées d’un seul cheval et conduites par le courrier, devient l’objet d’une mesure générale et uniforme. Des courriers de poste aux lettres sont établis sur quatorze routes, dites de première section, et sur vingt-six de deuxième section en voitures suspendues, couvertes, montées sur deux roues et attelées de trois chevaux. Le service en est fait par les maîtres de poste, au prix de 30 sous par cheval et par poste, au lieu de 25 sous auquel il était précédemment fixé.
Le droit de franchise et de contre-seing des lettres, étendu chaque jour dans une proposition nuisible à la recette des postes, est limité par un nouveau réglement.
Il n’est encore rien changé à la remise sur les articles d’argent déposés, qui, de tout tems, avait été perçue au profit des directeurs des postes. Ce n’est que plus tard que le trésor s’est attribué cette recette.
Une instruction générale, sur le service des postes, devenait indispensable. Elle comprend toutes les bases sur lesquelles repose cette institution ; mais les modifications qui pourraient y être apportées, seront réglées par des circulaires imprimées.
On abolit le privilége de poste royale ou double, dont jouissaient les maîtres de poste de Versailles, de Paris, de Lyon et de Brest.
Les emplois des contrôleurs provinciaux des postes, qui avaient échappé à la réforme totale de ce qui tenait à l’ancienne organisation, disparaissent à leur tour. On y supplée par des inspecteurs auxquels la surveillance générale des bureaux de poste et des relais est confiée dans les départemens.
Les courriers sont élus par les sections de Paris. Les directeurs et les contrôleurs des postes sont nommés par le peuple. Les fonctions des premiers comprennent toutes les parties du service. Les directions sont simples ou composées : dans le premier cas, le directeur suffit à toutes les opérations ; mais, dans le second, l’importance des bureaux nécessite un nombre d’agens proportionné aux besoins des localités. Alors, il y a un contrôleur dont les attributions sont en opposition avec celles du directeur, comme exerçant sur lui une surveillance continue dans l’intérêt de l’administration.
On exige des directeurs, en 1793, un cautionnement en biens fonds de la valeur du cinquième du produit net de l’année commune de chaque bureau.
Les chevaux de poste sont payés, par les voyageurs et les courriers extraordinaires, à raison de 40 sous par cheval et par poste, et 15 sous de guide au postillon.
Le bail des messageries est résilié.
On réunit la poste aux lettres, les messageries et la poste aux chevaux, sous une seule et même administration, spécialement chargée de la surveillance et du maintien de l’exécution des trois services. Elle est composée de neuf administrateurs[90] élus par la convention, sur la présentation du directoire exécutif. Ces nominations n’ont lieu que pour 3 ans.
[90] Entr’autres MM. Baudin, Catherine, Caboche, Rouvière, Legendre, Mouret, Ruteau.
Nous avons vu dans tous les tems divers moyens, plus ou moins ingénieux, de communiquer au loin, par des signaux, des phrases convenues. Ces procédés, tentés par les anciens, renouvelés par les modernes, n’avaient pas eu assez de succès pour être adoptés ; des pavillons, hissés au sommet de mâts très-élevés, servaient, seulement sur nos côtes, à signaler ce qui pouvait intéresser le service maritime. On y a substitué depuis une machine mobile, sous le nom de cémaphore[91], destinée au même usage.
[91] Porte signe.
Les Anglais ont cherché, avec succès, à varier ces signaux. Le duc d’Yorck a acquis une grande célébrité en les perfectionnant. Dom Gauthey, Linguet, Amontons, semblent plus particulièrement avoir approché de la solution d’un problême tant de fois proposé ; mais aucune expérience notable n’était venue à l’appui de leur théorie. La question restait donc à résoudre, lorsque Claude Chappe, né à Brûlon, en 1763, fit connaître son importante découverte du télégraphe[92]. On prétend que, dès 1791, cet habile physicien fut conduit à ce résultat par suite d’un amusement. Le désir de communiquer par signes avec quelques amis qui résidaient à la campagne, à plusieurs lieues de lui, l’engagea dans des recherches tellement satisfaisantes, qu’il crut devoir, en 1792, soumettre son projet à l’assemblée législative, en lui présentant sa machine à signaux[93]. L’établissement[94] d’une ligne télégraphique fut ordonné un an après et signala une victoire[95]. La convention reçut la nouvelle de ce succès au commencement d’une de ses séances, rendit un décret qui déclarait que Condé[96] changeait de nom, et le télégraphe annonça, pendant cette même séance, que le décret était déjà parvenu à sa destination, et que déjà aussi il circulait dans l’armée.
[92] J’écris au loin.