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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV cover

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Chapter 172: NOTES
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About This Book

A series of reflective essays that probe human behavior, belief, and the limits of knowledge through intimate self-examination, classical learning, and anecdote. The pieces consider education, friendship, custom, mortality, and political life, employing skeptical inquiry and conversational digressions. The writing mixes philosophical observation, personal reminiscence, and learned citation, and this volume is accompanied by editorial notes, biographical material, and a chronological summary that places the essays in the context of the author’s life and thought.

FASCICULE F

NOTES

«Il faut des notes aux Essais.

«Il en faut, parce qu’on y trouve en grand nombre des mots hors d’usage, des faits historiques altérés ou qu’on ne sait à quelles époques rapporter, des allusions obscures à des événements politiques du temps, des noms propres qui ne disent rien par eux-mêmes, et aussi parce que souvent l’auteur se borne à dire: un ancien, un de nos rois, etc...; dans tous ces cas, il faut aider le lecteur et rectifier l’auteur s’il y a lieu.

«Il en faut pour commenter Montaigne par lui-même, pour renvoyer d’un passage où il exprime une pensée, à un autre endroit où il dit le contraire, ou exprime la même opinion en d’autres termes. Il en faut pour signaler les larcins qu’il a faits à une foule d’auteurs, et rapprocher leur phrase de la sienne.

«Il en faut encore pour citer les emprunts que les modernes se sont permis si souvent à son égard, souvent sans le nommer, et les idées dont ils lui sont redevables.

«Enfin, pour indiquer les principaux changements qu’il a apportés à son ouvrage dans ses éditions successives, et suivre les modifications d’opinions qu’ont pu causer chez lui l’âge, les voyages, l’expérience des affaires, etc.

«Docteur Payen

Les nombres en marge, en caractères gras, indiquent les pages; les autres, les lignes. Le mot qui suit chacun de ces derniers sert de renvoi au passage du texte auquel la note est afférente.

Dans le corps du texte, les groupes de nombres indiquent, le premier en chiffres romains et en caractères gras, le volume; le second, en caractères ordinaires, la page.

La lettre N signifie note; les nombres et mots qui la suivent indiquent le volume, la page et la note auxquels il faut se reporter.

Les dates en caractères gras se rapportent aux temps antérieurs à notre ère.


ESSAIS DE MONTAIGNE.

NOTES.


PREMIER VOLUME.

Titre. Essais.—Ce titre, donné par Montaigne à son ouvrage, semble de prime abord assez singulier. La signification en est controversée. Généralement on l’explique en disant qu’en écrivant son livre, l’auteur s’essayait à écrire et l’on s’est appuyé à cet effet sur ce que lui-même dit, en parlant du Discours de la Boétie sur la Servitude volontaire: «Il l’écriuit par maniere d’essay en sa première ieunesse (I, 298)».—Il y a plutôt lieu d’en rechercher l’explication dans ce membre de phrase du dernier chapitre de son premier livre: «Toute cette fricassée que ie barbouille icy, n’est qu’vn registre des essais de ma vie (III, 626)», d’après quoi son ouvrage serait l’exposé des essais, c’est-à-dire des conceptions morales et physiques, autrement dit des idées qu’il s’était faites au cours de sa vie, sur les hommes et les choses.

Montaigne.—On a beaucoup discuté sur la prononciation du nom de Montaigne: les uns opinant pour dire «Montègne», comme il se dit actuellement le plus ordinairement; les autres pour dire «Montagne», comme il se dit couramment dans le Périgord et le Bordelais.—Les premiers invoquent Catherine de Médicis dont on a un autographe où il est écrit «Montegne», comme vraisemblablement on a pu dire à la cour; les autres se réclament notamment de Voltaire, qui a écrit «Montagne», ce qui indique que le débat remonte loin.

Il est hors de doute que le premier mode a aujourd’hui tendance à prévaloir, mais le second se justifie par les considérations ci-après: Le village origine de ce nom était ainsi appelé en raison de son site élevé (élévation très relative du reste), et il se nommait et se nomme encore «Montagne», alors qu’on écrivait «Montaigne», comme on prononçait ménage, dommage, image, sauvage, campagne, Espagne, Allemagne, gagner, tout en écrivant menaige, domaige, ymaige, sauluaige, campaigne, Espaigne, Allemaigne, gaigner; comme on écrit encore Saint-Aignan, Cavaignac, bien que l’on prononce Saint-Agnan, Cavagnac.

Dans une lettre parvenue jusqu’à nous, adressée en 1585 par Henri IV au maréchal de Matignon, le nom de Montaigne, qui s’y trouve deux fois, est écrit une première fois «Montaigne» et la seconde «Montagne».—Scaliger, avec lequel il était en assez mauvaises relations, a écrit un article assez malintentionné à son endroit qu’il a intitulé: «Monsieur de Montagne». Cette prononciation ressort encore de cette recommandation typographique que lui-même avait rédigée en vue de la réédition des Essais: Écrire campaigne espaigne gascouigne etc. mettez un (i) devant le (g) come a montaigne non pas sans (i) campagne espagne (V. Note sur la langue de Montaigne, fasc. G); et aussi de la teneur du diplôme de bourgeoisie romaine qui lui a été délivré (III, 480) où il est désigné sous le nom de Montanus, traduction littérale de Montagnard, dont Montaigne n’est qu’une forme dérivée. Enfin nombre d’auteurs du XVIIe siècle, Bayle entre autres, l’écrivent exclusivement de cette dernière façon; V. N. II, 136, D’elle.—Une anecdote à ce propos: Pendant la Terreur, dit-on, un administrateur des prisons, en tournée, voyant un détenu lisant un livre, l’interpella: «Que lis-tu là?.—«Montaigne,» répondit celui-ci en prononçant à la Bordelaise.—«Montagne! bravo,» s’écria son interlocuteur qui, peu lettré, s’imaginait qu’il s’agissait d’une œuvre de propagande ou d’une apologie du parti révolutionnaire de ce nom alors au pouvoir et omnipotent.  Dr Payen.

14,

Dans l’édition originale de 1595, le texte est précédé d’une longue préface, de style diffus et ampoulé, de Mademoiselle de Gournay; nous l’avons supprimée comme n’émanant pas de Montaigne. Dans l’édition qui suivit, portant la date de 1598, son auteur la remplaçait par une autre de quelques lignes, s’excusant de la première par l’état d’âme où il s’était trouvé, en se voyant en possession et chargé de la réédition de cet ouvrage qui l’avait si fort séduit. Toutefois, en 1635, à quarante ans d’intervalle, Mademoiselle de Gournay rééditait cette préface, mais remaniée. Les défauts dont on lui avait fait reproche ont alors disparu; comme auparavant elle y discute et réfute, mais cette fois avec assez de bonheur, les critiques principales dont déjà, dès leur apparition, les Essais avaient été l’objet.—Cette édition originale de 1595, imprimée à Paris, par Abel L’Angelier, a été éditée par lui et simultanément par Michel Sonnius également à Paris; l’impression est unique, sauf la partie inférieure du frontispice où chacun a apposé sa marque et son nom.

Av Lectevr.—Cette même édition originale, sauf quelques exemplaires tirés en dernier lieu, ne porte pas cet avis qui existe dans toutes les éditions qui l’ont précédée. Cette particularité proviendrait de ce que la copie en aurait été égarée au moment de l’impression, qu’on ne s’en serait aperçu que lorsque le tirage était presque terminé, et qu’à ce moment il y a été pourvu à la hâte. Dr Payen.—Celui donné ici est tel que le porte l’exemplaire de Bordeaux, avec les corrections que l’auteur y a apportées de sa main.

1, Liure.—A l’origine l’u et le v se confondaient dans l’imprimerie, probablement par suite des inscriptions lapidaires où cette confusion se retrouve. Au XVIe siècle, dans les lettres majuscules, on ne faisait usage que du v; dans les minuscules, le v s’employait toujours au commencement des mots, tandis que dans le corps il était fait exclusivement emploi de l’u; c’est Voltaire qui, finalement, dans son dictionnaire, établit la distinction actuellement existante entre ces deux lettres, le v consonne, et l’u voyelle.—L’i et le j s’employaient pareillement l’un pour l’autre; toutefois le j ne se rencontre guère que dans le cas, assez rare, de deux ou plusieurs i minuscules consécutifs, le dernier est alors figuré par un j: Dij, viij.

10, Fusse.—Les éd. ant. port.: paré de beautez empruntées ou me fusse tendu et bandé en ma meilleure démarche, au lieu de: «mieus... estudiée».

13, Vif.—Add. des éd. ant.: mes imperfections.

20, Vins.—Déjà au temps de Montaigne, on disait quatre-vingts au lieu d’octante; et aussi soixante-dix et quatre-vingt-dix pour septante et nonante qui, encore d’usage courant en Belgique, ne se disent plus guère en France que dans quelques localités du midi; la disparition de ces expressions est aussi regrettable qu’illogique.—L’édition de 1588 est datée 12 juin 1588; l’exemplaire de Bordeaux, premier mars mille cinq cens quattre vins, écrit de la main de Montaigne; c’est cette même date, mais avec le millésime en chiffres arabes, que portent les éditions de 1580, 82 et 87.

PREMIER LIVRE

CHAPITRE I.
16,

6, Galles.—Connu sous le nom de «Prince Noir», de la couleur de l’armure qu’il portait; le même qui gagna la bataille de Poitiers (1356) où il fit prisonnier le roi Jean le Bon. Son père, Edouard III, roi d’Angleterre, avait érigé pour lui la Guyenne en principauté (1363); il fixa sa résidence à Bordeaux où il tint une cour vraiment royale et y demeura jusqu’à sa mort, y laissant la mémoire de grands exploits, de grandes vertus et d’une vie sans tache.

17, Ville.—En 1370, lors de la guerre de Cent Ans. Les trois gentilshommes en question étaient Messires de Villemur, de la Roche et de Beaufort, capitaines de la cité: «Nous sommes morts, se dirent-ils, si nous ne nous défendons et vendons chèrement notre vie, ainsi que tout chevalier doit faire. Et ainsi firent; le prince, de son char, les vit et y applaudit fort.» Froissart, I.—Limoges, pillée et brûlée, fut presque complètement détruite.

18, Scanderberch.—Autrement dit Alexandre bey; c’était le surnom de Georges Castriot, roi d’Albanie (anc. Épire), qui reconquit son royaume dont son père avait été dépouillé par les Turcs, desquels il devint la terreur. Les Albanais le chantent encore dans leurs chants nationaux.

18,

Assiegé.—En 1140, dans Weinsberg, ville de la haute Bavière. Calvitius, Opus chronologicum.—V. N. III, 560, Gibelin.

12, Lascheté.—Singulière propension.

15, Stoiques.—Secte de philosophie dont les adeptes se distinguaient particulièrement par leur fermeté d’âme et l’austérité de leur morale; ils estimaient la vertu comme le souverain bien, niaient que la douleur fût un mal, croyaient à la Providence et insistaient sur les causes, comme étant plus à considérer que les effets. Les Stoïciens les plus célèbres après Zénon, furent: chez les Grecs, Chrysippe et Epictète; chez les Romains, Caton d’Utique, Sénèque et l’empereur Marc-Aurèle; chez les modernes, Juste-Lipse.

22, Enfans.—Par contre, La Fontaine dit de l’enfance: «Cet âge est sans pitié»; et au chapitre XXII de ce même livre (I, 158), Montaigne semble avoir changé d’avis.

25, Vertu.—Sous-entendu: «il peut se dire», comme on lit quelques lignes plus haut.

31, Peine.—Avec beaucoup de peine.

36, Arrogante.—Scipion Émilien, accusé de concussion, agit à peu près de même et avec autant de succès, V. I, 660 et N. Pieces.

36, Balotes.—Petites balles ou bulletins employés pour aller aux voix dans les jugements ou les élections.

38, Personnage.—Plutarque, Comment on peut se louer soi-même.—Épaminondas avait prolongé de quatre mois son commandement pour avoir le temps de réduire les Spartiates, ses ennemis, à l’impuissance et de relever de ses ruines et repeupler Messène, leur ennemie séculaire. Il termina son plaidoyer, en cette circonstance, en demandant qu’on inscrivît sur sa tombe qu’il avait été condamné pour avoir contraint, malgré eux, les Thébains à prendre leur revanche des Lacédémoniens qui les avaient pillés et brûlés cinq cents ans auparavant, rebâti Messène deux cent trente ans après sa destruction par ces mêmes Lacédémoniens, remis les peuples de l’Arcadie en confédération et restitué aux Grecs leur liberté.

20,

4, Vengeance.—Le siège de Reggium (368) avait été motivé par une demande que Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, avait adressée pour obtenir en mariage une fille de cette cité, demande à laquelle il fut répondu qu’on n’avait à lui donner que la fille du bourreau; le siège dura onze mois, la famine seule eut raison de la résistance des habitants.  Diodore de Sicile, XIV, 29.

22, Homme.—Cette idée si juste et les termes employés à la rendre si heureux sont passés à l’état d’aphorisme que l’on entend dire sans cesse. Charron s’en est emparé comme de tant d’autres de Montaigne; le chapitre I du premier livre de son ouvrage sur la Sagesse commence ainsi: «L’homme est un sujet merveilleusement divers et ondoyant, et sur lequel il est très malaisé d’y avoir un jugement assuré.»—«L’inconstance des hommes est si variée dans ses effets, qu’on peut essayer de la peindre, même après Pascal» (Chateaubriand).—Ondoyant et divers est du reste une expression qu’affectionne Montaigne, on la retrouve à diverses reprises dans les Essais, I, 300: II, 70.

22, Vniforme.—Pensée à rapprocher du ch. I du liv. II, où Montaigne traite de l’inconstance de nos actions.

27, Peine.—En 79. Les Mamertins étaient les descendants des mercenaires employés, lors de leurs guerres, par les Syracusains et les Carthaginois. Ramassis de gens sans aveu et de tous les pays, ils s’étaient établis par les armes aux environs de Messine, en Sicile, dont ils avaient fait leur place d’armes, prenant pour nom celui de leur dieu Mamers ou Mars confirmant par là leur résolution de faire la guerre pour la guerre, et, de fait, ne vivant que de brigandage.—Lors de la guerre civile entre Marius et Sylla, ils avaient embrassé le parti du premier à l’instigation de l’un de leurs orateurs (que Plutarque nomme Stenon dans l’Instruction pour ceux qui manient affaires d’état, Stennius dans les Apophthegmes, Stenis dans la Vie de Pompée), ce qui avait attiré sur eux Pompée, lieutenant du second. S’étant tout d’abord réclamés de leur privilège, ils s’étaient attiré cette réponse: «Que parlez-vous de lois à qui porte l’épée?»—Lors de la reddition de Calais aux Anglais, en 1347, Eustache de S.-Pierre a renouvelé l’acte de dévouement de Sténon à l’égard de ses concitoyens.

27, Peruse.—En 82. Le jeune Marius, battu, s’était réfugié à Preneste (et non Pérouse), dans le Latium, contrée d’Italie avoisinant Rome. La ville, assiégée par les troupes de Sylla, dut capituler. Cethegus, lieutenant de Sylla, avait promis la vie sauve à la population; mais le dictateur, s’y étant rendu en personne, fit d’abord juger et exécuter chacun des habitants en particulier; puis trouvant que ces formalités lui prenaient trop de temps, il les fit tous rassembler en un même lieu au nombre de 12.000, et égorger en sa présence. Il ne voulut faire grâce de la vie qu’à son hôte, mais celui-ci lui dit qu’il ne voulait pas devoir son salut au bourreau de sa patrie, et, se jetant au milieu de ses compatriotes, il se fit tuer avec eux.  Plutarque, Instruction pour ceux qui manient affaires d’état.

22,

8, Talons.—«Et qu’on y trauersast vne corde». Add. de 1558.

15, Opposition.—En 332. Outre que la résistance prolongée de Gaza avait contrarié les projets d’Alexandre en retardant son entrée en Égypte, ce siège avait coûté beaucoup de sang aux Macédoniens, lui-même y avait été blessé. De là son ressentiment contre Bétis qui avait été l’âme de la défense, à quoi il faut ajouter, dit Quinte-Curce, IV, 6, qu’en cela il se glorifiait d’imiter en quelque sorte dans sa vengeance Achille, l’auteur de sa race, traînant le cadavre d’Hector ainsi attaché derrière son char.

29, Esclaues.—En 335. Les Thébains avaient pris occasion de donner le signal du soulèvement de la Grèce asservie par Philippe de Macédoine, alors qu’Alexandre son successeur combattait les Barbares sur l’Ister (Danube). Revenant en hâte, et ses offres de conciliation ayant été repoussées, le nouveau roi assiège Thèbes, s’en empare après une défense acharnée qui coûte 6.000 h. à ses adversaires, et la fait raser. A l’exception des prêtres, de ses partisans et des descendants de Pindare dont il avait respecté la maison, tout le reste fut vendu comme esclaves. Sa colère passée, Alexandre fit bon accueil à tous les Thébains échappés au désastre, qui s’adressèrent à lui; et, par la suite, il marqua à diverses reprises son regret de s’être montré si dur en cette circonstance. Il attribua le meurtre de Clitus, le refus de son armée de le suivre au delà de l’Indus, à la rancune de Bacchus, dieu tutélaire de Thèbes.  Diodore de Sicile, XVII, 4.

CHAPITRE II.
24,

2, Malignité.—Tristezzia, en italien, signifie malignité, méchanceté; et tristitia, tristesse, ennui.

6, Perse.—En 525Hérodote, III, 14.

12, Domestiques.—Ne signifie pas ici serviteur, mais ami de la maison, familier, sens que ce mot avait en latin et au temps de Montaigne, et qu’il a conservé longtemps encore après. Hérodote dit que cet homme était un vieillard qui mangeait ordinairement à la table du roi (Le Clerc).

14, Nostres.—Un prince des nôtres, c’est-à-dire un prince français, mais n’appartenant ni à la maison royale de France, ni à celle des Bourbons.—Il est question ici du cardinal Charles de Lorraine qui, en 1563, était au concile de Trente (Tyrol), lorsqu’il apprit l’assassinat du duc de Guise par Poltrot de Méré et la mort, à la suite de la bataille de Dreux, d’un autre frère bâtard, abbé de Cluny.

31, Exprimer.—Cette disposition d’esprit si contradictoire existe en moi et probablement chez beaucoup d’autres: Toute histoire touchante que je lis, tout drame que je vois représenter au théâtre, me font venir les larmes aux yeux, tandis que les faits analogues de la vie réelle dont je suis témoin, si tragiques soient-ils et lors même que j’y suis directement intéressé, me laissent impassible. La nouvelle de la mort de mon fils aîné, survenue au Tonkin et apprise par la voie des journaux, ne m’a causé sur le moment nulle émotion apparente, tandis que depuis, et aujourd’hui encore, après bien des années, ma pensée ne se reporte jamais sur lui sans un attendrissement manifeste. G. M.—A la suite de cette réponse de Psamménite, Cambyse donna ordre de délivrer son fils et sa fille; mais déjà le premier, conduit au supplice un mors dans la bouche, ce qui était un signe de servage, n’était plus, et lui-même, il le traita avec bonté. Dans la suite, Psamménite ayant incité les Égyptiens à la révolte, fut condamné à boire du sang de taureau, ce dont il mourut sur-le-champ.  Hérodote, III, 14.

37, Dueil.—Lors de la guerre de Troie (XIVe siècle), des vents contraires persistants empêchant la flotte des Grecs de mettre à la voile, les devins déclarèrent que c’était du fait de Diane irritée contre Agamemnon leur chef et que la déesse ne pouvait être apaisée que par le sang d’une princesse de la famille royale. Après avoir longtemps lutté, Agamemnon, cédant aux sollicitations de ses alliés, consentit au sacrifice d’Iphigénie sa fille. Diane satisfaite substitua à la victime une biche qui lui fut immolée et transporta la princesse en Tauride où elle en fit une prêtresse de son culte.—Le peintre qui peignit cette scène, Timanthe (IVe siècle), donnait au grand prêtre Calchas, qui avait réclamé le sacrifice, l’air abattu; il représentait Ulysse consterné, Ajax frémissant de rage d’une telle cruauté, Ménélas poussant des cris lamentables, un aruspice, des amis, un frère en pleurs, et Agamemnon, le père de la victime, la tête couverte d’un voile, laissant, a-t-on dit, à la sensibilité du spectateur à juger de sa douleur; peut-être aussi n’était-il affublé de ce voile qu’en suite du rite en pareille circonstance, ainsi que cela se voit dans certaines cérémonies de l’Église catholique, lors des relevailles par exemple.  Cicéron, Orat., 22; Valère Maxime, VIII, 11.—Plutarque raconte un fait identique au sacrifice d’Iphigénie: le consul romain Métellus, devant passer en Sicile avec son armée, avait sacrifié aux Dieux, mais en omettant Vesta. Celle-ci pour se venger fit également souffler des vents contraires qui mettaient obstacle au départ. Pour l’apaiser, Métellus, sur le conseil des devins, consentit également à lui sacrifier sa fille et Vesta, comme Diane prise de compassion, substitua une génisse à la victime qu’elle transporta à Lavinium et attacha à ses autels.—Ce passage des Essais est peut-être ce qui a inspiré à Robert Fleury de représenter, dans son tableau de la mort de Montaigne, sa veuve la figure masquée par un mouchoir qu’elle tient à la main.

40, Rocher.—Niobé, glorieuse de ses sept garçons et de ses sept filles, en vint à mépriser Latone qui n’avait d’enfants qu’Apollon et Diane. La déesse offensée leur remit le soin de la venger; ils firent périr sous leurs flèches tous ceux de Niobé, tandis que la mère elle-même était changée en rocher.  Mythologie.

41, Malis.—Le texte d’Ovide porte: Diriguitque malis.

26,

9, Mena.—Mena, dans cette acception, est purement latin; on dit dans cette langue ducere bellum, faire la guerre.  Naigeon.

10, Hongrie.—En 1560, à propos de la couronne de Hongrie que Ferdinand I, empereur d’Allemagne, disputa d’abord à Jean I Zapoly, puis à son fils Jean II, dont les droits étaient défendus par sa mère Isabelle, conflit qui se termina par le mariage de Jean II avec la fille de Ferdinand.

31, Nocte.—Ces vers de Catulle sont une imitation d’une Ode de Sappho, que Boileau a traduite. Delille a fait quelques changements à cette traduction, pour se rapprocher davantage de la forme de l’ode sapphique:

«De veine en veine, une subtile flamme
Court dans mon sein, sitôt que je te vois;
Et, dans le trouble où s’égare mon âme,
Je demeure sans voix.
Je n’entends plus, un voile est sur ma vue;
Je rêve, et tombe en de douces langueurs;
Et, sans haleine, interdite, éperdue,
Je tremble, je me meurs!»

39, Iouïssance.—Add. de 1588: accident qui ne m’est pas incogneu.

28,

1, Routte.—Déroute, de l’italien rotta qui a même signification.

1, Cannes.—Le fait est affirmé par Pline, VII, 54.—Tite-Live en raconte un semblable arrivé après la bataille de Trasimène, perdue l’année précédente (217) également par les Romains contre Annibal.

1, Sophocles.—Sophocle serait mort de joie, disent les uns, en apprenant le succès d’une de ses pièces; selon d’autres, en avalant un grain de raisin, comme il arriva à Anacréon. On attribue à Sophocle, mort à 90 ans environ, 120 à 130 pièces de théâtre; vingt fois, il avait remporté la palme de la tragédie.—Chilon serait également mort de joie, en embrassant son fils couronné aux Jeux Olympiques.

2, Tyran.—Pline (VII, 54) dit que ce fut la joie d’avoir remporté le prix de tragédie qui causa la mort de Denys; Diodore de Sicile, que ce furent les excès de table auxquels il se livra en suite de la satisfaction qu’il en éprouva.—Cette épithète de «tyran» n’impliquait pas, dans l’antiquité comme de nos jours, une idée de cruauté; chez les Grecs, comme chez les Romains, elle désignait un souverain de pouvoir absolu et le plus souvent usurpé.

4, Decernez.—En Corse, en 163, Thalva, ou mieux Thalna, offrait un sacrifice quand il reçut le décret du Sénat qui lui accordait les honneurs du triomphe; il l’ouvrit, le lut et tomba expirant de l’autel. Valère Maxime, IX, 12.—Pour obtenir les honneurs du triomphe, il fallait avoir vaincu dans une bataille où cinq mille ennemis au moins avaient été tués, ce qui amenait souvent à continuer le carnage, lors même que déjà on était victorieux.

7, Mourut.—En 1521; Léon X venait d’apprendre coup sur coup la reprise de Milan, de Plaisance et, le jour même de sa mort, celle de Parme sur les Français qu’il abhorrait. Sa fin inopinée donna lieu à des soupçons d’empoisonnement que discrètement on s’abstint d’élucider. Guicciardin, Hist. d’Italie, XIV.—Martin du Bellay (l. II) dit assez plaisamment à cette occasion: «Le pape Léon X fut bien aise de mourir de joie.»

11, Faict.—Diodore mourut de honte de n’avoir pu répondre sur le moment même à des raisonnements captieux que lui proposait Stilpon.  Pline, VII, 53.

CHAPITRE III.

14, Beant.—Béer, verbe qui avait le sens du mot latin inhiare; n’est plus aujourd’hui usité qu’aux participes: bouche bée, bouche béante.

26, Plus.—«Le présent n’est jamais notre but; le seul avenir est notre objet; ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons vivre.» Pascal.—«La nature nous rendant malheureux en tous états, nos désirs nous figurent un état heureux; et, quand nous arriverions à les satisfaire, nous n’en serions pas plus heureux pour cela, parce que nous en aurions d’autres conformes à notre nouvel état.» La Bruyère.—«La vie... se passe toute à désirer; l’on remet à l’avenir son repos et ses joies... Ce temps arrive qui nous surprend dans les désirs...; on en est là quand la fièvre nous saisit et nous éteint; si on eût guéri, ce n’eût été que pour désirer plus longtemps.» La Bruyère.

27, Anxius.

«..... Tant de prudence entraîne trop de soin,
Je ne sais pas prévoir les malheurs de si loin.» RacineAndromaque.

... «La prévoyance! La prévoyance qui nous porte sans cesse au delà de nous, souvent nous place où nous n’arriverions point; voilà la véritable source de toutes nos misères.»  J.-J. Rousseau, Émile.

28, Congnoy.—«Un beau mot, dit Platon dans Timée, court depuis longtemps dans le monde, c’est que seul le sage s’attache uniquement à ses propres affaires et arrive à se connaître lui-même.»—Cette même idée se retrouve dans ces sentences si souvent reproduites: Γνωθὶ σεαυτόν et Nosce te ipsum (Connais-toi toi-même).

30,

4, L’aduenir.—Épicure enseignait que le plaisir est le souverain bien de l’homme et que tous ses efforts doivent tendre à l’obtenir; mais il faisait consister le plaisir dans la culture de l’esprit et la pratique de la vertu. Après lui, ses disciples dénaturèrent sa doctrine en l’étendant aux plaisirs des sens, que ses adversaires ont alors présentés comme étant son unique but, ce qu’avec eux la postérité a trop facilement admis. Il expliquait tout par le concours fortuit des atomes, rejetait l’immortalité de l’âme, admettait des dieux, êtres d’une nature supérieure à l’homme, mais leur refusait toute action sur le monde et niait la Providence, prétendant détruire ainsi, par la racine, toute superstition.

6, Mort.—Il en était ainsi dans l’Égypte ancienne à l’égard des rois et même des simples particuliers. Tout le monde avait le droit d’accusation, et, si le fait incriminé était prouvé, il entraînait la privation de sépulture légale, c’est-à-dire en rapport avec le rang que le mort avait occupé et dans le lieu que ce rang lui assignait. Diodore de Sicile, I, 6.—«Il est étonnant et regrettable, lit-on dans l’Encyclopédie du XVIIIe siècle, que ceux qui ont imaginé le dogme de l’immortalité de l’âme, ne s’en soient pas servis pour, en même temps, persuader aux hommes qu’ils entendront dans l’autre monde les jugements divers qu’on portera sur eux lorsqu’ils ne seront plus.» Dans ces jugements il ne faut probablement pas comprendre ces panégyriques d’usage, toujours exagérés, quand ils ne sont pas complètement mensongers, prononcés aujourd’hui sur nos tombes.

«Quand un roi fainéant, la vergogne des princes,
Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces,
Entre les voluptés indignement s’endort,
Quoique l’on dissimule, on n’en fait point d’estime.
Et si la vérité se peut dire sans crime,
C’est avecque plaisir qu’on survit à sa mort.» Malherbe.

On ne saurait dire toutefois que, même de nos jours, la mémoire des Chefs d’État qui, abusant de leur irresponsabilité constitutionnelle, laissent tout faire, échappe à toute sanction. La simple énonciation d’une quelconque de ces mentions, suivant le cas: «Panama, Fachoda, Algésiras, Grèves universelles, Expulsion des congrégations, Suppression de l’enseignement religieux, Confiscation des biens de l’Église, Accroissement des monopoles, Déficit,etc...», au revers d’une médaille à leur effigie, en dira plus à la postérité que toutes les polémiques de l’époque.

7, Loix.—Comparaison tirée des corporations de métiers: le maître et le compagnon.

9, Successeurs.—A Venise, après la mort d’un doge, on nommait trois inquisiteurs chargés de recevoir les plaintes de ceux auxquels il avait pu faire quelque dommage pécuniaire; ses héritiers en devaient réparation, quelquefois même avec amende.—Il devrait bien en être actuellement ainsi en France, non seulement à l’égard des Chefs de l’État, mais de tout ministre, et cette instruction s’ouvrir dès qu’ils sortiraient de charge et s’étendre sans que jamais il y ait prescription à tous les dénis de justice, quels qu’ils soient, commis aussi bien par action que par omission, c’est-à-dire qu’ils aient commis soit par abus d’autorité, faiblesse, compromis politique et même par ignorance, ou laissés s’accomplir quand leur devoir eût été de s’y opposer; on évincerait peut-être de la sorte de ces fonctions, pour le plus grand bien de la chose publique, nombre de gens sans caractère ou incapables que nous voyons journellement briguer ou accepter ces mandats.

13, Leur.—Au ch. XLII de ce même livre (I, 492), Montaigne reprend cette même idée: «... le méchant, le bon roy... autant en a l’vn que l’autre».

14, Roys.—A moins qu’ils ne commandent le crime, comme fit, en 1572, le vicomte d’Orthez refusant de se prêter, à Bayonne, aux massacres de la Saint-Barthélemy: «Sire, répondit-il à Charles IX, j’ai communiqué le commandement de V. M. à ses fidèles habitants et gens de guerre de la garnison; je n’y ai trouvé que bons citoyens et fermes soldats, mais pas un bourreau. C’est pourquoi eux et moi vous supplions de ne vouloir employer nos bras et nos vies qu’en choses possibles, quelque hasardeuses qu’elles soient.»—D’autres encore se refusèrent à l’exécution des ordres relatifs à ces massacres: parmi lesquels Éléonor de Chabot, gouverneur de la Bourgogne; le marquis de la Guiche, à Macon; le duc de Longueville, en Picardie; Matignon, en Normandie; Saint-Héran, en Auvergne.—Le nombre des victimes fut, dans les principales localités: à Paris, 2.500 à 3.000; à Orléans, 500; à Meaux, 200; à Lyon, 7 à 800.

28, Tesmoignages.—Tite-Live, XXXV, 48.

32, Mal.—Le premier était le tribun militaire Subrius Flavius, le même dont il est question II, 145, le second le centurion Sulpitius Afer, tous deux inculpés dans la conspiration de Pison (65).  Tacite, Ann., XV, 67 et 68.

32,

1, Police.—Est employé ici et à maintes reprises dans les Essais avec sa signification grecque: πόλις ville, et πολιτεία, république.

6, Leurs.—Hérodote, VI, 68.

8, Dernier.—Hérodote, VI, 68.—Postrème et dernier sont synonymes; le premier vient du latin postremus et en a retenu le sens.

8, Aristote.—Aristote fut le génie le plus vaste de l’antiquité (IVe siècle). Il a embrassé toutes les sciences connues de son temps et en a même créé plusieurs. Pendant un grand nombre de siècles, ses écrits posèrent la borne du savoir humain et jouirent d’une autorité absolue; au moyen âge, notamment, il fut l’oracle des philosophes et des théologiens scolastiques. Il est l’auteur d’un grand nombre de traités, dont les progrès de la science moderne ont démontré la valeur; les principaux portent sur la Logique, la Rhétorique, la Politique, l’Histoire des animaux, la Physique, le Ciel, la génération, le Monde, la Métaphysique. En philosophie, il donne comme base à la science tout à la fois l’expérience et la raison; il démontre l’existence de Dieu qu’il présente comme le centre auquel tout aspire; dans l’art, il ramène le beau à l’imitation de la nature; en morale, il fait consister la vertu dans l’équilibre entre les passions, gardant un juste milieu prévenant tout excès; en politique, il assigne l’utilité comme but à la société. V. N. II, 202: Sienne.

10, Heureux.—Hérodote, I, 32; Aristote, Morale à Nicomaque, I, 10.

21, Vindicat.—Montaigne a fait quelque changement au texte latin.

23, Auuergne.—Brantôme, Mémoires, II.—En 1380; sa mort fut cachée aux assiégés qui ne la connurent que le lendemain quand ils vinrent se rendre; celui qui les en avait sommés en son nom, ayant eu la présence d’esprit de leur déclarer que s’ils ne se décidaient, il était résolu à ne plus avoir de communication avec eux.—Duguesclin, attaché au parti de Charles de Blois qui revendiquait le duché de Bretagne; à la mort de celui-ci, il se mit au service de Charles V qui le soutenait. Vainqueur du roi de Navarre à Cocherel (1364), il fut cette même année battu et fait prisonnier à Auray. Rendu à la liberté, il délivre la France des grandes compagnies en les conduisant en Espagne où il est battu et fait à nouveau prisonnier (1367). Il se rachète une seconde fois, et, rentré en France, il se remet à guerroyer, cette fois avec plein succès, contre les Anglais qu’il avait toujours eus en face de lui, à Auray comme en Espagne; il les chasse de la Normandie et du Poitou et meurt au siège de Château-Rendon (1380). Ce fut un des plus grands hommes de guerre de France; il avait été fait connétable en 1370 et fut enterré à Saint-Denis.

33, Craindre.—En 1515. Brantôme, II; Guicciardin, XII.

38, Corinthiens.—En 425, durant la guerre du Péloponnèse. La discussion qui s’éleva à ce propos entre Nicias et ses adversaires portait sur ce que les corps de deux des siens avaient échappé aux recherches de ceux qui, après le combat, avaient été chargés de les enlever, et avaient dû leur être réclamés; cela ne changeait du reste rien au résultat, seule la réputation du général athénien eut à en souffrir.  Plutarque, Nicias, 2.

39, Bœotiens.—En 394. Le lendemain de la bataille de Coronée qui avait été indécise, les Thébains demandèrent une trêve pour relever et ensevelir leurs morts; Agésilas la leur accorda, considérant cette demande comme une confirmation de sa victoire.  Plutarque, Agésilas, 6.

41, Soing.—Les éd. ant. aj.: que nous auons.

34,

6, Mourant.—En 1307. André du Chesne, Hist. d’Angleterre, XIV.

12, Zischa.—Ou mieux Ziska; héros national de la Bohême, avait perdu l’un après l’autre les deux yeux dans différents combats.

13, Wiclef.—Un des précurseurs de la Réforme; niait la transsubstantiation, repoussait la confession, la primauté du Pape et la hiérarchie ecclésiastique. Jean Huss, en Bohême, adoptant ses idées, fit des prosélytes qui engendrèrent une guerre civile de 1174 à 1434.

26, Corps.—En 1524, au combat de Romagnano (Italie), où, franchissant la Sesia, il était demeuré le dernier pour couvrir la retraite.—Bayard, surnommé le Chevalier sans peur et sans reproche, réunissait en lui les vertus qu’on admire séparément dans plusieurs hommes de l’antiquité. Il s’illustra dans les guerres de Charles VII, Louis XII et François Ier; ce dernier, pour lui témoigner sa haute estime, voulut être armé chevalier de sa main, sur le champ de bataille de Marignan.—Les détails rapportés par Montaigne sont tirés des Mémoires de du Bellay, II.

34, Présent.—Philippe II, roi d’Espagne, fils de Charles-Quint, né lui-même de Philippe le Beau, fils de Maximilien.

38, Percée.—Cette critique n’a pas empêché cette façon de faire de se continuer chez certains grands seigneurs, dont les plus titrés, parmi ceux en agissant ainsi, furent le duc de Vendôme sous Louis XIV et le duc d’Orléans, régent de France, sous Louis XV.

36,

5, Profession.—La profession d’homme de guerre qu’à diverses reprises, au cours de son livre, Montaigne, sans rien préciser et sans que renseigne davantage aucun document autre que son tombeau, laisse entendre comme ayant été la sienne.

7, Mort.—Ce ne furent pas les seules excentricités de ce prince, recommandable du reste sous bien des rapports. Il avait fait faire son cercueil, y avait joint le drap mortuaire et tous les objets nécessaires à ses funérailles, le tout disposé dans un coffre dont il avait la clef et que, dans les dernières années de sa vie, on portait à sa suite dans tous ses voyages. A sa mort, occasionnée, comme celle de son père, pour avoir mangé immodérément du melon, il ordonna qu’on lui coupât les cheveux, qu’on lui arrachât les dents, qu’on les broyât et les réduisît en cendres, et que son corps fût enfermé dans un sac rempli de chaux vive.

13, Religion.—Cyrus, fils de Cambyse, seigneur perse, et de Mandane, fille d’Astyage, roi des Mèdes, commanda d’abord les armées de Cyaxare, fils et successeur d’Astyage; puis, se rendant indépendant, se fit nommer roi des Perses qui depuis longtemps étaient sous la domination des Mèdes (560). Peu à peu, il agrandit son empire, défit Crésus, roi de Lydie, à la bataille de Thymbrée (548), et s’annexa ses états; s’empara de Babylone (538); hérita de la Médie, et devint ainsi le maître d’un empire qui embrassait la majeure partie de l’Asie. C’était un prince brave, énergique, qui ne demandait aux vaincus qu’obéissance et tribut, et respectait leurs institutions. On ignore quelle fut sa fin; Xénophon, dont Montaigne adopte la version, le fait mourir âgé, entouré de ses enfants; selon Hérodote, il fut tué dans une expédition contre les Massagètes, peuple de la Scythie, et son corps étant resté entre leurs mains, Thomyris leur reine, dont le fils avait péri peu auparavant, lui fit couper la tête et plonger dans une outre pleine de sang, en disant: «Monstre, abreuve-toi de ce sang dont tu as toujours été altéré» (530).—Le fait mentionné ici dans les Essais est relaté par Xénophon (Cyropédie, VIII, 7).

14, Grand.—L’éd. de 88 porte «grand prince», ce que confirme la suite du récit.

20, Traicts.—C.-à-d. sur le point de rendre l’esprit.

25, Montre.—De la cérémonie, c.-à-d. la manière dont serait formé le cortège.

33, Choses.—Emilius Lepidus était grand pontife et prince du sénat depuis six ans; il prescrivit à ses fils, avant de mourir, de ne consacrer à ses obsèques qu’une somme modique, ne dépassant pas pour chacun dix pièces de bronze, de n’y produire ni son image, ni celles de ses ancêtres et de ne faire montre de luxe d’aucune sorte.  Tite-Live, Epitome du liv. XLVIII.