Une telle faculté occupe tout l'homme, et si l'on redescend dans l'examen des agréments littéraires, on l'aperçoit ici-bas comme en haut. Rien de plus varié, de plus riche, chez Addison, que les tours et la mise en scène. La plus sèche morale se transforme sous sa main en peintures et en récits. Ce sont des lettres de toutes sortes de personnages, ecclésiastiques, gens du peuple, hommes du monde, qui chacun gardent leur style et déguisent le conseil sous l'apparence d'un petit roman. C'est un ambassadeur de Bantam qui raille, à la façon de Montesquieu, les mensonges de la politesse européenne. Ce sont des contes grecs ou orientaux, des voyages imaginaires, la vision d'un voyant écossais, les Mémoires d'un rebelle, l'histoire des fourmis, les métamorphoses d'un singe, le journal d'un oisif, une promenade à Westminster, la généalogie de l'humour, les statuts des clubs ridicules; bref une abondance intarissable de fictions agréables ou solides. Les plus nombreuses sont des allégories. On sent qu'il se plaît dans ce monde magnifique et fantastique; c'est une sorte d'opéra qu'il se donne; ses yeux ont besoin de contempler des couleurs. En voici une sur les religions, bien protestante, mais aussi éclatante qu'ingénieuse: l'agrément là-bas ne consiste point, comme chez nous, dans la vivacité et la variété des tons, mais dans la splendeur et la justesse de l'invention. «La figure du milieu, qui attira d'abord les yeux de tout le monde, et qui était beaucoup plus grande que les autres, était une matrone habillée comme une dame noble et âgée du temps de la reine Élisabeth. On remarquait surtout dans son habillement le chapeau avec une couronne en clocher[406], l'écharpe plus sombre que la martre, et le tablier de linon, plus blanc que l'hermine. Sa robe était du plus riche velours noir, et, juste à l'endroit du cœur, garnie de larges diamants d'un prix inestimable disposés en forme de croix. Son maintien respirait la dignité et la sérénité riante, et, quoique avancée en âge, son visage montrait tant d'animation et de vivacité, qu'elle paraissait à la fois âgée et immortelle. À sa vue, je sentis mon cœur touché de tant d'amour et de vénération, que les larmes coulèrent sur mes joues, et plus je la regardais, plus mon cœur se fondait en sentiments de tendresse et d'obéissance filiale.—À sa droite était assise une femme si couverte d'ornements que sa personne, son visage et ses mains en étaient presque entièrement cachés. Le peu qu'on pouvait voir de sa figure était fardé, et, ce qui me parut fort singulier, on y démêlait des sortes de rides artificielles.... Sa coiffure s'élevait fort haut par trois étages ou degrés distincts; ses vêtements étaient bigarrés de mille couleurs et brodés de croix en or, en argent, en soie. Elle n'avait rien sur elle, pas même un gant ou une pantoufle qui ne fût marqué de ce signe; bien plus, elle en paraissait si superstitieusement éprise, qu'elle était assise les jambes croisées.... Un peu plus loin était la figure d'un homme qui regardait avec des yeux pleins d'horreur un bassin d'argent rempli d'eau. Comme j'observais dans son maintien quelque chose qui ressemblait à la folie, j'imaginai d'abord qu'il était là pour représenter cette sorte de démence que les médecins appellent hydrophobie; mais m'étant rappelé le but du spectacle, je revins à moi à l'instant, et conclus que c'était l'Anabaptisme[407].» C'est au lecteur de deviner ce que représentaient ces deux premières figures. Elles plairont plus à un anglican qu'à un catholique; mais je crois qu'un catholique lui-même ne pourra s'empêcher de reconnaître l'abondance et la vivacité de la fiction.
La véritable imagination aboutit naturellement à l'invention des caractères. Car si vous vous figurez vivement une situation ou une action, vous verrez du même élan tout le réseau de ses attaches; les passions et les facultés, tous les gestes et tous les sons de voix, tous les détails d'habillement, d'habitation, de société, qui en découlent, se lieront dans votre esprit, attireront leurs précédents et leurs suites; et cette multitude d'idées, organisée lentement, se concentrera à la fin en un sentiment unique d'où jaillira, comme d'une source profonde, la peinture et l'histoire d'un personnage complet. Il y en a plusieurs dans Addison: l'observateur taciturne, William Honeycomb, le campagnard tory, sir Roger de Coverley, qui ne sont pas des thèses satiriques, comme celles de La Bruyère, mais de véritables individus semblables et parfois égaux aux personnages des grands romans contemporains. En effet, sans s'en douter, il invente le roman en même temps et de la même façon que ses voisins les plus illustres. Ses personnages sont pris sur le vif, dans les mœurs et les conditions du temps, longuement et minutieusement décrits dans toutes les parties de leur éducation et de leur entourage, avec la précision de l'observation positive, extraordinairement réels et anglais. Un chef-d'œuvre en même temps qu'un document d'histoire est sir Roger de Coverley, le gentilhomme de campagne, loyal serviteur de la Constitution et de l'Église, justice of the peace, patron de l'ecclésiastique, et dont le domaine montre en abrégé la structure du pays anglais. Ce domaine est un petit État, paternellement gouverné, mais gouverné. Sir Roger gourmande ses tenanciers, les passe en revue à l'église, sait leurs affaires, leur donne des avis, des secours, des ordres; il est respecté, obéi, aimé, parce qu'il vit avec eux, parce que la simplicité de ses goûts et de son éducation le met presque à leur niveau, parce qu'à titre de magistrat, d'ancien propriétaire, d'homme riche, de bienfaiteur et de voisin, il exerce une autorité morale et légale, utile et consacrée. Addison en même temps montre en lui le solide et singulier caractère anglais, bâti de cœur de chêne avec toutes les rugosités de l'écorce primitive, qui ne sait ni s'adoucir ni s'aplanir; un grand fond de bonté qui s'étend jusqu'aux bêtes, l'amour de la campagne et des occupations corporelles, le goût du commandement et de la discipline, le sentiment de la subordination et du respect, beaucoup de bon sens et peu de finesse, l'habitude d'étaler et d'installer en public ses particularités et ses bizarreries, sans souci du ridicule, sans pensée de bravade, uniquement parce qu'on ne reconnaît d'arbitre sur soi que soi-même. Puis cent traits qui peignent le temps: le manque de lecture, un reste de croyance aux sorcières, des façons de paysan et de chasseur, des ignorances d'esprit naïf ou arriéré. Sir Roger donne aux enfants qui répondent bien au catéchisme une Bible pour eux et un quartier de lard pour leur mère. Quand un verset lui plaît, il le chante une demi-minute encore après que la congrégation l'a fini. Il tue huit cochons gras à Noël, et envoie du boudin avec un paquet de cartes à chaque famille pauvre de la paroisse. Quand il va au théâtre, il munit ses gens de gourdins pour se garder des bandits qui, à son avis, doivent infecter Londres. Addison revient vingt fois sur son vieux chevalier, découvrant toujours quelque nouvel aspect de son caractère, observateur désintéressé de la nature humaine, curieusement assidu et perspicace, véritablement créateur, n'ayant plus qu'un pas à faire pour se lancer, comme Richardson et Fielding, dans la grande œuvre des lettres modernes, qui est le roman de mœurs.
IX
Au-dessus est la poésie. Elle a coulé, dans sa prose, mille fois plus sincère et plus belle que dans ses vers. De riches fantaisies orientales viennent s'y dérouler sans petillement d'étincelles comme dans Voltaire, mais sous une sereine et abondante lumière qui fait ondoyer les plis réguliers de leur pourpre et de leur or. La musique des larges phrases cadencées et tranquilles promène doucement l'esprit parmi les magnificences et les enchantements romanesques, et le profond sentiment de la nature toujours jeune rappelle la quiétude fortunée de Spenser[408]. À travers les discrètes moqueries ou les intentions morales, on sent que son imagination est heureuse, qu'elle se plaît à contempler les balancements des forêts qui peuplent les montagnes, l'éternelle verdure des vallées que vivifient les sources fraîches, et les larges horizons qui ondulent au bord du ciel lointain. Les sentiments grands et simples viennent d'eux-mêmes se lier à ces nobles images, et leur harmonie mesurée compose un spectacle unique, digne de ravir le cœur d'un honnête homme par sa gravité et par sa douceur. Telle est cette vision de Mirza qu'il faut traduire presque en entier[409]: «Le cinquième jour de la lune, étant monté sur les hautes collines de Bagdad, pour passer le reste du jour dans la méditation et dans la prière, je tombai en une profonde méditation sur la vanité de la vie humaine, et passant d'une pensée à l'autre: Sûrement, me dis-je, l'homme n'est qu'une ombre et la vie un songe.—Pendant que je rêvais ainsi, je jetai les yeux sur le sommet d'un roc qui n'était pas loin de moi, et j'y aperçus une figure en habit de berger, avec un instrument de musique à la main. Comme je le regardais, il porta l'instrument à ses lèvres et se mit à en jouer. Le son était infiniment doux et modulé en une variété de tons d'une mélodie inexprimable, tout à fait différente de ce que j'avais jamais entendu. Ils me firent penser à ces airs célestes qui accueillent les âmes envolées des justes à leur entrée dans le paradis pour effacer le souvenir de leur récente agonie et les préparer aux plaisirs de ce lieu bienheureux. Mon cœur se fondait dans un secret ravissement.... Le Génie me conduisit alors vers la plus haute cime du roc et me posa sur le faîte. Jette tes yeux vers l'orient, me dit-il; et raconte-moi ce que tu vois.—Je vois, répondis-je, une large vallée et un prodigieux courant de mer qui roule à travers elle.—Considère maintenant, me dit-il, cette mer, qui à ses deux extrémités est bornée par des ténèbres, et dis-moi ce que tu y découvres.—Je vois, repris-je, un pont qui s'élève au milieu du courant.—Le pont que tu vois, me dit-il, est la vie humaine: considère-le attentivement.—L'ayant regardé plus à loisir, je vis qu'il consistait en soixante-dix arches entières et en plusieurs arches rompues qui, avec les autres, faisaient environ cent. Comme je les comptais, le Génie me dit que ce pont était d'abord de mille arches, mais qu'une grande inondation avait balayé le reste, et l'avait laissé ruiné comme je le voyais maintenant.—Dis-moi encore, reprit-il, ce que tu y découvres.—Je vois, répondis-je, une multitude de gens qui le traversent, et un nuage noir suspendu sur chacune de ses deux issues.—Puis, regardant plus attentivement, je vis plusieurs des voyageurs tomber au travers dans la grande marée qui conduit au-dessous, et je découvris bientôt qu'il y avait dans ce pont d'innombrables trappes cachées, où l'on ne mettait le pied que pour s'enfoncer et disparaître à l'instant. Ces piéges étaient très-serrés à l'entrée du pont, en sorte que des multitudes d'arrivants, à peine sortis du nuage, s'y engloutissaient dès l'abord. Ils devenaient moins nombreux vers le milieu, mais se multipliaient et se pressaient en approchant des dernières arches complètes. Quelques voyageurs, à la vérité, mais leur nombre était bien petit, avançaient en clopinant jusque sur les arches rompues, mais tombaient tour à tour, au travers, épuisés comme ils étaient et accablés d'une si longue marche.... Mon cœur se remplit d'une profonde tristesse en voyant plusieurs des passants qui tombaient à l'improviste, au milieu de leur joie et de leurs éclats de rire, et s'accrochaient à tout ce qui était près d'eux pour se sauver. D'autres avaient les yeux vers le ciel, dans une attitude pensive, et au milieu de leur contemplation trébuchaient, et on ne les revoyait plus. Il y avait des multitudes affairées à la poursuite de babioles qui brillaient et dansaient devant leurs yeux; mais souvent, au moment où ils croyaient les saisir, le pied leur manquait, et ils étaient précipités.... Je poussai un profond soupir, et le Génie, touché de compassion, me dit de regarder vers cet épais brouillard dans lequel le courant portait les diverses générations de mortels engloutis. Je regardai, et mes yeux qu'il avait fortifiés virent que la vallée s'ouvrait à son extrémité et s'étendait en un océan immense où s'allongeait un roc énorme de diamant qui la divisait en deux parts. Les nuages reposaient encore sur une des deux moitiés, en sorte que de ce côté je ne pus rien découvrir; mais l'autre était un vaste océan semé d'îles innombrables: ces îles étaient couvertes de fruits et de fleurs, et entrecoupées de mille petites mers brillantes qui serpentaient tout au travers. J'y pus distinguer des personnages revêtus d'habits glorieux avec des couronnes sur leurs têtes, les uns passant parmi les arbres, d'autres couchés au bord des fontaines, d'autres reposant sur des lits de fleurs, et j'entendis une harmonie confuse de chants d'oiseaux, d'eaux murmurantes, de voix humaines et d'instruments mélodieux.—La joie entra dans mon cœur à la vue d'une apparition si délicieuse. Je souhaitai les ailes d'un aigle pour m'envoler jusqu'à ces demeures fortunées; mais le Génie me dit qu'on n'y pénétrait que par les portes de la mort que je voyais s'ouvrir à chaque instant sur le pont.—Ces îles, me dit-il, que tu vois si fraîches et si vertes et dont la face de l'Océan semble bigarrée aussi loin que tes regards portent, sont plus nombreuses que les grains de sable sur le rivage de la mer; il y en a des myriades derrière celles que tu découvres, au delà de ce que ton œil, et même de ce que ton imagination peut atteindre. Elles sont les demeures des hommes de bien après leur mort.... Ne sont-ce point là, ô Mirza, des asiles dont la possession mérite des efforts? La vie semble-t-elle misérable, lorsqu'elle fournit l'occasion de gagner une telle récompense? Dois-tu craindre la mort qui te conduit vers une vie si heureuse? Ne juge pas que l'homme ait été fait en vain, puisqu'une telle éternité lui a été réservée.—Je contemplai avec un plaisir inexprimable ces îles bienheureuses.—Maintenant, dis-je au Génie, montre-moi, je t'en supplie, les secrets cachés derrière ces noirs nuages qui couvrent l'Océan de l'autre côté du roc de diamant.—Comme le Génie ne me répondait pas, je me tournai pour lui faire une seconde fois ma demande, mais je trouvai qu'il m'avait quitté. Je voulus revoir alors la vision que j'avais si longtemps contemplée. Mais au lieu de la marée roulante, du pont avec ses arches, et des îles heureuses, je ne vis rien que la longue vallée creuse de Bagdad avec les troupeaux de bœufs, de brebis et de chameaux qui paissaient sur ses deux flancs.»
Dans cette morale ornée, dans cette belle raison si correcte et si éloquente, dans cette imagination ingénieuse et noble, je trouve en abrégé tous les traits d'Addison. Ce sont les nuances anglaises qui distinguent leur âge classique du nôtre, une raison plus étroite et plus pratique, une urbanité plus poétique et moins éloquente, un fonds d'esprit plus inventif et plus riche, moins sociable et moins délicat.
FIN DU TROISIÈME VOLUME.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TROISIÈME VOLUME.
LIVRE III.
L'AGE CLASSIQUE.
Chapitre I. — La Restauration.
§ 1. Les viveurs.
- I. Les excès du puritanisme. — Comment ils amènent les excès du sensualisme. 5
- II. Peinture de ces mœurs par un étranger. — Les Mémoires de Grammont. — Différence de la débauche en France et en Angleterre. 9
- III. L'Hudibras de Butler. — Platitude de son comique et âpreté de sa rancune. 13
- IV. Bassesses, cruautés, brutalités, débauches de la cour. — Rochester, sa vie, ses poëmes, son style, sa morale. 17
- V. Quelle est la philosophie qui convient à ces mœurs. — Hobbes, son esprit et son style. — Ses retranchements et ses découvertes. — Sa méthode mathématique. — En quoi il se rapproche de Descartes. — Sa morale, son esthétique, sa politique, sa logique, sa psychologie, sa métaphysique. — Esprit et objet de sa philosophie. 29
- VI. Le théâtre. — Changement dans le goût et dans le public. — L'auditoire avant la Restauration, et l'auditoire après la Restauration. 38
- VII. Dryden. — Disparates de ses comédies. — Maladresse de ses indécences. — Comment il traduit l'Amphitryon de Molière. 42
- VIII. Wycherley. — Sa vie. — Son caractère. — Sa tristesse, son âpreté et son impudeur. — L'Amour au bois, l'Épouse campagnarde, le Maître de danse. — Peintures licencieuses et détails repoussants. — Son énergie et son réalisme. — Rôles d'Olivia et de Manly dans son Plain dealer. — Paroles de Milton. 45
§ 2. Les mondains.
- I. Apparition de la vie mondaine en Europe. — Ses conditions et ses causes. — Comment elle s'établit en Angleterre. — Les modes, les amusements, les conversations, les airs et les talents de salon. 65
- II. Avénement de l'esprit classique en Europe. — Ses origines. — Ses caractères. — Différence de la conversation sous Élisabeth et sous Charles II. 69
- III. Sir William Temple. — Sa vie, son caractère, son esprit, son style. 72
- IV. Les écrivains à la mode. — Leur langage correct, leurs façons galantes. — Sir Charles Sedley, le comte de Dorset, Edmund Waller. — Ses sentiments et son style. — En quoi il est poli. — En quoi il n'est pas assez poli. — Culture du style. — Manque de poésie. — Caractère de la poésie et du style classiques et monarchiques. 81
- V. Sir John Denham. — Son poëme de Cooper's Hill. — Ampleur oratoire de ses vers. — Gravité anglaise de ses préoccupations morales. — Comment les gens du monde et les écrivains se modèlent alors sur la France. 92
- VI. Les comiques. — Comparaison de ce théâtre et de celui de Molière. — L'ordre des idées dans Molière. — Les idées générales dans Molière. — Comment chez Molière l'odieux est dissimulé, quoique la vérité soit peinte. — Comment chez Molière l'honnête homme reste homme du monde. — Comment l'honnête homme de Molière est un modèle français. 98
- VII. L'action. — Entre-croisement des intrigues. — Frivolité des intentions. — Apreté des caractères. — Grossièreté des mœurs — En quoi consiste le talent de Wycherley, Congrève, Vanbrugh et Farquhar. — Quels personnages ils peuvent composer. 109
- VIII. Les personnages naturels. — Le mari, sir John Brute, squire Sullen. — Le père, sir Tunbelly. — La jeune fille, miss Hoyden. — Le jeune garçon, squire Humphry. — Idée de la nature d'après ce théâtre. 114
- IX. Les personnages artificiels. — Les femmes du monde. — Miss Prue.-Lady Wishfort. — Lady Pliant. — Mistress Millamant. — Les hommes du monde. Mirabell. — Idée de la société d'après ce théâtre. — Pourquoi cette culture et cette littérature n'ont pas produit d'œuvres durables. — En quoi elles sont opposées au caractère anglais. — Transformation du goût et des mœurs. 123
- X. La prolongation de la comédie. — Sheridan. — Sa vie. — Son talent. — L'École de médisance. — Comment la comédie dégénère et s'éteint. — Cause de la décadence du théâtre en Europe et en Angleterre. 144
Chapitre II. — Dryden.
- I. Débuts de Dryden. — Fin de l'âge poétique. — Causes des décadences et des renaissances littéraires. 163
- II. Sa famille. — Son éducation. — Ses études. — Ses lectures. — Ses habitudes. — Sa situation. — Son caractère. — Son public. — Ses amitiés. — Ses querelles. — Concordance de sa vie et de son talent. 165
- III. Les théâtres rouverts et transformés. — Le nouveau public et le goût nouveau. — Théories dramatiques de Dryden. — Son jugement sur l'ancien théâtre anglais. — Son jugement sur le nouveau théâtre français. — Son œuvre composite. — Disparates de son théâtre. — L'Amour tyrannique. — Grossièretés de ses personnages. — L'Empereur des Indes, Aurengzèbe, Almamzor. 169
- IV. Style de ce théâtre. — Le vers rimé. — La diction fleurie. — Les tirades pédantesques. — Désaccord du style classique et des événements romantiques. — Comment Dryden reprend et gâte les inventions de Shakspeare et de Milton. — Pourquoi ce drame n'a pas abouti. 187
- V. Mérites de ce drame. — Personnages d'Antoine, d'Octavie et de Ventidius. — Otway. — Sa vie. — Ses œuvres. — L'Orpheline, Venise sauvée. 197
- VI. Dryden écrivain. — Espèce, portée, limites de son esprit. — Sa maladresse dans la flatterie et les gravelures. — Sa pesanteur dans la dissertation et la discussion. — Sa vigueur et son honnêteté foncière. 217
- VII. Comment la littérature en Angleterre a son emploi dans la politique et la religion. — Poëmes politiques de Dryden: Absalon et Achitophel, la Médaille. — Poëmes religieux de Dryden: Religio Laici, la Biche et la Panthère. — Apreté et virulence de ces poëmes. — Mac Flecnoe. 227
- VIII. Apparition de l'art d'écrire. — Différence entre la forme d'esprit de l'âge artistique et la forme d'esprit de l'âge classique. — Procédés de Dryden. — La diction soutenue et oratoire. 236
- IX. Manque d'idées générales en cet âge et dans cet esprit. — Ses traductions. — Ses remaniements. — Ses imitations. — Ses contes et ses épîtres. — Ses défauts. — Ses mérites. — Sérieux de son caractère, élans de son inspiration, accès d'éloquence poétique. — Ode pour la fête de sainte Cécile. 240
- X. Fin de Dryden. — Ses misères. — Sa pauvreté. — En quoi son œuvre est incomplète. — Sa mort. 251
Chapitre III. — La Révolution.
- I. La révolution morale au dix-huitième siècle. — Elle accompagne la révolution politique. 254
- II. Brutalité du peuple. — Le gin. — Les émeutes. — Corruption des grands. — Les mœurs politiques. — Trahisons sous Guillaume et Anne. — Vénalité sous Walpole et Bute. — Les mœurs privées. — Les viveurs. — Les athées. — Lettres de lord Chesterfield. — Sa politesse et sa morale. — L'Opéra du Gueux, par Gay. — Ses élégances et sa satire. 255
- III. Principes de la civilisation en France et en Angleterre. — La conversation en France. Comment elle aboutit à une révolution. — Le sens moral en Angleterre. Comment il aboutit à une réforme. 269
- IV. La religion. — Les apparences visibles. — Le sentiment profond. — Comment la religion est populaire. — Comment elle est vivante. — Les ariens. — Les méthodistes. 277
- V. La chaire. — Médiocrité et efficacité de la prédication. — Tillotson. — Sa lourdeur et sa solidité. — Barrow. — Son abondance et sa minutie. — South. — Son âcreté et son énergie. — Comparaison des prédicateurs en France et en Angleterre. 287
- VI. La théologie. — Comparaison de l'apologétique en France et en Angleterre. — Sherlock, Stillingfleet, Clarke. — La théologie n'est pas spéculative, mais morale. — Les plus grands esprits se rangent du côté du christianisme. — Impuissance de la philosophie spéculative. — Berkeley, Newton, Locke, Hume, Reid. — Développement de la philosophie morale. — Smith, Butler, Price, Hutcheson. 304
- VII. La constitution. — Le sentiment du droit. — Traité du gouvernement, par Locke. — La théorie du droit personnel est acceptée. — Comment le tempérament, l'orgueil et l'intérêt la soutiennent. — La théorie du droit personnel est appliquée. — Comment les élections, les journaux, les tribunaux la mettent en pratique. 313
- VIII. La tribune. — Énergie et rudesse de cette éloquence. — Lord Chatam. — Junius. — Fox. — Sheridan. — Pitt. — Burke. 322
- IX. Issue du travail du siècle. — Transformation économique et morale. — Comparaison des portraits de Reynolds et de ceux de Lely. — Doctrines et tendances contraires en France et en Angleterre. — Les révolutionnaires et les conservateurs. — Jugement de Burke et du peuple anglais sur la Révolution française. 341
Chapitre IV. — Addison.
- I. Addison et Swift dans leur siècle. — En quoi ils se ressemblent et en quoi ils diffèrent. 355
- II. L'homme. — Son éducation et sa culture. — Ses vers latins. — Son voyage en France et en Italie. — Son Épître à lord Halifax. — Ses Remarques sur l'Italie. — Son Dialogue sur les médailles. — Son poëme sur la Campagne de Blenheim. — Sa douceur et sa bonté. — Ses succès et son bonheur. 356
- III. Son sérieux et sa raison. — Ses études solides et son observation exacte. — Sa connaissance des hommes et sa pratique des affaires. — Noblesse de son caractère et de sa conduite. — Élévation de sa morale et de sa religion. — Comment sa vie et son caractère ont contribué à l'agrément et à l'utilité de ses écrits. 365
- IV. Le moraliste. — Ses essais sont tous moraux. — Contre la vie grossière, sensuelle ou mondaine. — Cette morale est pratique, et partant banale et décousue. — Comment elle s'appuie sur le raisonnement et le calcul. — Comment elle a pour but la satisfaction en ce monde, et le bonheur dans l'autre. — Mesquinerie spéculative de sa conception religieuse. — Excellente pratique de sa conception religieuse. 370
- V. L'écrivain. — Conciliation de la morale et de l'élégance. — Quel style convient aux gens du monde. — Mérites de ce style. — Inconvénients de ce style. — Addison critique. — Son jugement sur le Paradis perdu. — Accord de son art et de sa critique. — Limites de la critique et de l'art classiques. — Ce qui manque à l'éloquence d'Addison, de l'Anglais et du moraliste. 385
- VI. La plaisanterie grave. — L'humour. — L'imagination sérieuse et féconde. — Sir Roger de Coverley. — Le sentiment religieux et poétique. — Vision de Mirza. — Comment le fonds germanique subsiste sous la culture latine. 395
FIN DE LA TABLE.