Et j’ai vu l’être maigre avec des mains immenses.
Il était recouvert d’écailles de poisson,
Il était étendu dans le sable d’une anse
Et le trou d’un rocher lui servait de maison.
Il était recouvert d’écailles de poisson,
Il était étendu dans le sable d’une anse
Et le trou d’un rocher lui servait de maison.
Il m’a dit: Vois mon corps qu’un mal affreux dévaste.
Mon cœur atrophié ne bat plus sous mon sein.
Si mes mains à ce point sont ouvertes et vastes
C’est qu’un siècle durant je les tendis en vain.
Mon cœur atrophié ne bat plus sous mon sein.
Si mes mains à ce point sont ouvertes et vastes
C’est qu’un siècle durant je les tendis en vain.
Si mes yeux sont couverts d’une peau membraneuse
C’est que j’ai répandu des milliers de pleurs.
J’écoute la marée, éternelle berceuse,
Refrain toujours nouveau de la vieille douleur.
C’est que j’ai répandu des milliers de pleurs.
J’écoute la marée, éternelle berceuse,
Refrain toujours nouveau de la vieille douleur.
Elle vient vers celui qui n’a pas vu sur terre
La face du pardon et du soulagement,
Elle connaît le mal, son sens et son mystère
Et monte comme lui quotidiennement.
La face du pardon et du soulagement,
Elle connaît le mal, son sens et son mystère
Et monte comme lui quotidiennement.
Et j’entends dans sa voix la voix des mauvais hommes,
De ceux que si longtemps jadis j’ai suppliés.
A présent le sel pur et les algues m’embaument...
Malheur, malheur à ceux qui n’ont pas eu pitié!...
De ceux que si longtemps jadis j’ai suppliés.
A présent le sel pur et les algues m’embaument...
Malheur, malheur à ceux qui n’ont pas eu pitié!...
Malheur aux durs, aux furieux, aux égoïstes,
A ceux qui font semblant d’être aveugles et sourds,
A ceux qui m’ont tendu le morceau de pain triste,
Malheur aux généreux qui donnaient sans amour.
A ceux qui font semblant d’être aveugles et sourds,
A ceux qui m’ont tendu le morceau de pain triste,
Malheur aux généreux qui donnaient sans amour.
J’ai trouvé près des mers ton sentier, solitude,
Bordé de corail rouge et de pétoncles clairs,
Et mon corps rabougri par les vicissitudes
Mange le coquillage et s’enivre de l’air.
Bordé de corail rouge et de pétoncles clairs,
Et mon corps rabougri par les vicissitudes
Mange le coquillage et s’enivre de l’air.
Mais, ni mon lit marin rempli de zoophytes,
Les vents de l’au-delà lourds d’aromes puissants,
Ni ma grotte verdâtre avec ses stalactites,
Ni les soleils du soir me transfusant leur sang,
Ne pourront me donner l’aliment de mon âme,
Ce que j’ai désiré, espéré, mendié,
Le repos, la chaleur, le breuvage et la flamme...
—Malheur, malheur à ceux qui n’ont pas eu pitié!...
Les vents de l’au-delà lourds d’aromes puissants,
Ni ma grotte verdâtre avec ses stalactites,
Ni les soleils du soir me transfusant leur sang,
Ne pourront me donner l’aliment de mon âme,
Ce que j’ai désiré, espéré, mendié,
Le repos, la chaleur, le breuvage et la flamme...
—Malheur, malheur à ceux qui n’ont pas eu pitié!...
L’AGNEAU DÉSESPÉRÉ
L’agneau sur le rocher semblait un bloc de laine.
A côté les torrents descendaient vers les plaines
Et les forêts roulaient leurs vagues vers les monts.
Et je vis l’hippogriffe à tête de lion
Qui bondissait dans la lumière violette...
Et l’agneau se dressa, divin, devant la bête,
Il la prit par les reins, la tordit puissamment,
Puis, ayant labouré sa gorge avec ses dents,
Malgré la gueule en flamme et le dard de la queue,
Au loin la projeta dans un lac dont l’eau bleue
Éclaboussa d’azur les couloirs de rochers.
Mais quand l’agneau neigeux voulut se recoucher
Il tachait les cailloux de sa laine sanglante.
Il courut vainement parmi les jeunes plantes,
Les traces ne faisaient que s’étendre, le sang
Était sur lui plus clair et plus éblouissant.
Et dans le soir qui devenait couleur de soufre,
Je vis sur l’horizon, courant au bord des gouffres,
Franchissant les lacs morts et les puits de granit
Comme pour se baigner aux ondes de la nuit,
L’agneau rouge, l’agneau dément, l’agneau de flamme,
L’agneau désespéré par le sang, ô mon âme!
A côté les torrents descendaient vers les plaines
Et les forêts roulaient leurs vagues vers les monts.
Et je vis l’hippogriffe à tête de lion
Qui bondissait dans la lumière violette...
Et l’agneau se dressa, divin, devant la bête,
Il la prit par les reins, la tordit puissamment,
Puis, ayant labouré sa gorge avec ses dents,
Malgré la gueule en flamme et le dard de la queue,
Au loin la projeta dans un lac dont l’eau bleue
Éclaboussa d’azur les couloirs de rochers.
Mais quand l’agneau neigeux voulut se recoucher
Il tachait les cailloux de sa laine sanglante.
Il courut vainement parmi les jeunes plantes,
Les traces ne faisaient que s’étendre, le sang
Était sur lui plus clair et plus éblouissant.
Et dans le soir qui devenait couleur de soufre,
Je vis sur l’horizon, courant au bord des gouffres,
Franchissant les lacs morts et les puits de granit
Comme pour se baigner aux ondes de la nuit,
L’agneau rouge, l’agneau dément, l’agneau de flamme,
L’agneau désespéré par le sang, ô mon âme!
LA RENCONTRE DU SQUELETTE
Sous les figuiers géants, au fond de la vallée,
Parmi les flots de sable et les roches gelées,
Le puits me regardait, glauque et prodigieux,
Ainsi qu’un œil dans un visage de lépreux.
Sur l’antique margelle expirait le soir morne.
On était sous le signe froid du Capricorne.
Par des traces de pas j’avais été conduit
Et ces traces de pas s’arrêtaient à ce puits.
Et je savais qu’au loin mouraient les caravanes...
Il n’était ni fagot, ni vase, ni cabane,
Rien d’humain où mon âme aurait mis son espoir
Et je posai mon front sur la pierre pour voir...
Alors je vis sortir du puits un long squelette
Qui se tint devant moi, triste, branlant la tête
Et montrant ses os nus comme la vérité.
Il ressemblait un dieu du monde inhabité.
Des herbes lui faisaient une couronne noire,
Et voilà qu’une dent tomba de sa mâchoire,
Les phalanges se détachèrent de la main,
Le fémur se plia sous le poids du bassin,
Il se désagrégea, devint de la poussière...
Et l’ombre vint dans la montagne solitaire.
«Ah! que ne suis-je encor avec mes compagnons!
Quelqu’un m’appellerait peut-être par mon nom,
J’aurais un peu de vin au fond d’une outre, encore
De la chaleur sous un burnous multicolore...
Au moins je serais mort au chant des chameliers!»
La nuit morte gelait les branches des figuiers
Et je vis que la trace à peine saisissable
Des pas, allait plus loin dans la nuit, dans le sable...
Parmi les flots de sable et les roches gelées,
Le puits me regardait, glauque et prodigieux,
Ainsi qu’un œil dans un visage de lépreux.
Sur l’antique margelle expirait le soir morne.
On était sous le signe froid du Capricorne.
Par des traces de pas j’avais été conduit
Et ces traces de pas s’arrêtaient à ce puits.
Et je savais qu’au loin mouraient les caravanes...
Il n’était ni fagot, ni vase, ni cabane,
Rien d’humain où mon âme aurait mis son espoir
Et je posai mon front sur la pierre pour voir...
Alors je vis sortir du puits un long squelette
Qui se tint devant moi, triste, branlant la tête
Et montrant ses os nus comme la vérité.
Il ressemblait un dieu du monde inhabité.
Des herbes lui faisaient une couronne noire,
Et voilà qu’une dent tomba de sa mâchoire,
Les phalanges se détachèrent de la main,
Le fémur se plia sous le poids du bassin,
Il se désagrégea, devint de la poussière...
Et l’ombre vint dans la montagne solitaire.
«Ah! que ne suis-je encor avec mes compagnons!
Quelqu’un m’appellerait peut-être par mon nom,
J’aurais un peu de vin au fond d’une outre, encore
De la chaleur sous un burnous multicolore...
Au moins je serais mort au chant des chameliers!»
La nuit morte gelait les branches des figuiers
Et je vis que la trace à peine saisissable
Des pas, allait plus loin dans la nuit, dans le sable...
LA MONTAGNE DES BÊTES
De partout, près de moi, sur les monts fabuleux,
Les loups pelés montaient par les rochers galeux.
Je voyais sur le bord des crânes plats et chauves
Bouger comme du sang la flamme des yeux fauves,
Je touchais les poils durs et les dents de métal,
Pesant la solitude et la peur et le mal
Et l’amour de la nuit qui possèdent les bêtes.
Sur un tronc dépouillé pleurait une chouette.
Près d’un trou d’eau verdi, dans le creux du ravin,
Un crapaud regardait avec ses yeux éteints.
Des scorpions tendaient le crochet de leur queue
Et des vers déroulaient leur dos d’écailles bleues.
Des milliers de fourmis sortaient des fourmilières.
Des vipères posaient leur front triangulaire
Sur mes pieds, des têtards dansaient dans mes cheveux
Et des germes sans forme éclataient hors des œufs.
«Je veux vivre avec vous, ô frères taciturnes,
Pleurer vos morts, compter vos naissances nocturnes,
Participer, moi, l’homme, à l’obscur idéal
Que verse la nature au cœur de l’animal.
Donnez-moi vos chaleurs, vos bontés et les lampes
De vos yeux, animaux, peuples de ceux qui rampent,
Car venant de plus loin, d’un plus triste chemin,
Vous voyez dans la nuit mieux que les yeux humains...
Vous êtes le sel noir mais de pure substance
Et la rédemption des choses, le silence
Qui doit parler et la beauté qui doit surgir.
Voici venir le temps, bêtes, de repartir.
Puisque l’homme a failli, vous êtes la jeunesse,
Il faut recommencer la course de l’espèce...»
Les loups pelés montaient par les rochers galeux.
Je voyais sur le bord des crânes plats et chauves
Bouger comme du sang la flamme des yeux fauves,
Je touchais les poils durs et les dents de métal,
Pesant la solitude et la peur et le mal
Et l’amour de la nuit qui possèdent les bêtes.
Sur un tronc dépouillé pleurait une chouette.
Près d’un trou d’eau verdi, dans le creux du ravin,
Un crapaud regardait avec ses yeux éteints.
Des scorpions tendaient le crochet de leur queue
Et des vers déroulaient leur dos d’écailles bleues.
Des milliers de fourmis sortaient des fourmilières.
Des vipères posaient leur front triangulaire
Sur mes pieds, des têtards dansaient dans mes cheveux
Et des germes sans forme éclataient hors des œufs.
«Je veux vivre avec vous, ô frères taciturnes,
Pleurer vos morts, compter vos naissances nocturnes,
Participer, moi, l’homme, à l’obscur idéal
Que verse la nature au cœur de l’animal.
Donnez-moi vos chaleurs, vos bontés et les lampes
De vos yeux, animaux, peuples de ceux qui rampent,
Car venant de plus loin, d’un plus triste chemin,
Vous voyez dans la nuit mieux que les yeux humains...
Vous êtes le sel noir mais de pure substance
Et la rédemption des choses, le silence
Qui doit parler et la beauté qui doit surgir.
Voici venir le temps, bêtes, de repartir.
Puisque l’homme a failli, vous êtes la jeunesse,
Il faut recommencer la course de l’espèce...»
LE NAGEUR
Pour aller jusqu’à l’île où sont les fleurs géantes
Et les cigognes d’or dans les arbustes nains,
Où les magnolias ont l’air d’adolescentes,
Où dans le port étroit dorment les brigantins,
Et les cigognes d’or dans les arbustes nains,
Où les magnolias ont l’air d’adolescentes,
Où dans le port étroit dorment les brigantins,
J’ai nagé à travers les courants et les barres,
Enivré par l’écume et nourri par le sel;
L’épave m’a cogné, j’ai heurté des gabarres
Et vu les cachalots jouer dans l’archipel.
Enivré par l’écume et nourri par le sel;
L’épave m’a cogné, j’ai heurté des gabarres
Et vu les cachalots jouer dans l’archipel.
La mousse et le lichen m’ont couvert d’une robe,
Le crabe m’a mordu, l’espadon m’a piqué.
Suivi par les requins j’ai vu monter les aubes,
De nacre et de corail j’étais le soir casqué.
Le crabe m’a mordu, l’espadon m’a piqué.
Suivi par les requins j’ai vu monter les aubes,
De nacre et de corail j’étais le soir casqué.
J’ai frôlé des pontons qui servaient à des bagnes
Et les forçats de loin m’ont lancé leur boulet.
J’ai troué des typhons hauts comme des montagnes
Et les vents furieux m’ont donné des soufflets.
Et les forçats de loin m’ont lancé leur boulet.
J’ai troué des typhons hauts comme des montagnes
Et les vents furieux m’ont donné des soufflets.
Quand j’ai passé le long de leurs coques énormes
Les vaisseaux de haut bord ont tiré le canon.
Empoignant les cheveux d’herbages équivoques
J’ai saisi des noyés mangés par les poissons.
Les vaisseaux de haut bord ont tiré le canon.
Empoignant les cheveux d’herbages équivoques
J’ai saisi des noyés mangés par les poissons.
Je me suis débattu parmi les pieuvres bleues
Qui me fixaient avec mille yeux surnaturels,
Et les baleines du battement de leur queue
M’ont projeté dans leur jet d’eau plein d’arc-en-ciel.
Qui me fixaient avec mille yeux surnaturels,
Et les baleines du battement de leur queue
M’ont projeté dans leur jet d’eau plein d’arc-en-ciel.
Mais toujours je fendais allégrement la lame,
Sûr que je ne serais ni noyé, ni mangé,
Et porté sur les flots par la force de l’âme
L’infini de la mer me semblait sans danger.
Sûr que je ne serais ni noyé, ni mangé,
Et porté sur les flots par la force de l’âme
L’infini de la mer me semblait sans danger.
Et lorsque j’émergeai couvert de coquillages
Et d’algues et pareil à quelque crustacé
Sur l’île merveilleuse et le divin rivage,
Mon corps marin par l’air terrestre fut glacé.
Et d’algues et pareil à quelque crustacé
Sur l’île merveilleuse et le divin rivage,
Mon corps marin par l’air terrestre fut glacé.
Et mes yeux n’avaient vu jamais de paysage
Plus désolé. Le sol était pauvre et crayeux.
Les grandes fleurs semblaient faites de cartilages
Et leur exhalaison était un souffle affreux.
Plus désolé. Le sol était pauvre et crayeux.
Les grandes fleurs semblaient faites de cartilages
Et leur exhalaison était un souffle affreux.
Des squelettes de pélicans sur des eaux ternes
Claquaient du bec, non loin d’un cratère fumant.
Un soleil jaune ainsi qu’une horrible lanterne
Se balançait sur des collines d’ossements.
Claquaient du bec, non loin d’un cratère fumant.
Un soleil jaune ainsi qu’une horrible lanterne
Se balançait sur des collines d’ossements.
Alors j’ai dit: J’ai fui les grottes et les criques
Pour cela! Trahison de l’idéal humain!
J’aurais pu m’endormir sur les eaux magnétiques,
Chevaucher l’hippocampe ainsi qu’un roi marin.
Pour cela! Trahison de l’idéal humain!
J’aurais pu m’endormir sur les eaux magnétiques,
Chevaucher l’hippocampe ainsi qu’un roi marin.
LA DESCENTE AU PARADIS
LA DESCENTE AU PARADIS
Le lac miraculeux brillait dans les couloirs
De galets bleus et de rochers météoriques.
Des monts de fin du monde au loin fermaient le soir
Et je suis descendu dans l’abîme conique.
De galets bleus et de rochers météoriques.
Des monts de fin du monde au loin fermaient le soir
Et je suis descendu dans l’abîme conique.
Des gerbes de mica jaillissaient par milliers,
Près de moi s’éployaient des arbres de porphyre,
Le soufre et le salpêtre humectaient l’escalier,
Je voyais aux parois des laves froides luire.
Près de moi s’éployaient des arbres de porphyre,
Le soufre et le salpêtre humectaient l’escalier,
Je voyais aux parois des laves froides luire.
Et tout au fond du gouffre, au cœur des minéraux,
Parmi les champs de houille et les forêts de schiste,
Sous l’ardoise pareille à d’aveugles vitraux,
La porte d’or massif était splendide et triste.
Parmi les champs de houille et les forêts de schiste,
Sous l’ardoise pareille à d’aveugles vitraux,
La porte d’or massif était splendide et triste.
Elle tourna pour moi silencieusement.
Je me remémorai le regard de ma mère.
Je vis les rochers noirs et leurs entassements
Et quittai le chaos fraternel de la terre.
Je me remémorai le regard de ma mère.
Je vis les rochers noirs et leurs entassements
Et quittai le chaos fraternel de la terre.
—Que d’azur! j’en étais entièrement baigné.
C’était un printemps clair, éternel, immuable,
De parterres taillés, de sources ineffables
Et tout était choisi, sans défaut, ordonné.
C’était un printemps clair, éternel, immuable,
De parterres taillés, de sources ineffables
Et tout était choisi, sans défaut, ordonné.
Et les roses semblaient des citrouilles parfaites
Par la dimension et l’absence d’éclat
Et le parfum de ces énormes cassolettes
Était comme un parfum de tisane et d’orgeat.
Par la dimension et l’absence d’éclat
Et le parfum de ces énormes cassolettes
Était comme un parfum de tisane et d’orgeat.
Les bienheureux marchaient en mornes théories,
La vierge sans désir baissant encor les yeux,
L’épouse vertueuse avec sa peau jaunie
Et l’enfant nouveau-né dont le corps est glaireux.
La vierge sans désir baissant encor les yeux,
L’épouse vertueuse avec sa peau jaunie
Et l’enfant nouveau-né dont le corps est glaireux.
Et je pus contempler leur laideur étonnante.
Ils n’étaient éclairés par aucun sentiment.
Quelques femmes montraient des poitrines pendantes.
Les groupes se croisaient géométriquement.
Ils n’étaient éclairés par aucun sentiment.
Quelques femmes montraient des poitrines pendantes.
Les groupes se croisaient géométriquement.
Ils goûtaient, sans regret des choses de la vie,
Avec affection et se tenant les mains,
Aux bords des purs ruisseaux et des calmes prairies
Les plaisirs innocents et les bonheurs divins.
Avec affection et se tenant les mains,
Aux bords des purs ruisseaux et des calmes prairies
Les plaisirs innocents et les bonheurs divins.
«Quoi, pas même une femme et pas même une vierge,
Ai-je dit, qui malgré les azurs bleus trop clairs,
Parmi ces corps pétris dans la pâte des cierges
Ne sente le plaisir lui tourmenter la chair.
Ai-je dit, qui malgré les azurs bleus trop clairs,
Parmi ces corps pétris dans la pâte des cierges
Ne sente le plaisir lui tourmenter la chair.
«Pas même un chérubin, qui par sa grâce double,
Son torse féminin, ses hanches d’Adonis,
Rappelle le péché délectable et son trouble
Et ses remords autant que l’amour infinis.
Son torse féminin, ses hanches d’Adonis,
Rappelle le péché délectable et son trouble
Et ses remords autant que l’amour infinis.
«N’est-il pas quelque coin où des fleurs en désordre
Sont rougeâtres avec d’émeraudes lueurs,
Ou des femmes aux bras mêlés jouent à se mordre,
Tordant avec orgueil leur corps plein d’impudeur?»
Sont rougeâtres avec d’émeraudes lueurs,
Ou des femmes aux bras mêlés jouent à se mordre,
Tordant avec orgueil leur corps plein d’impudeur?»
Alors je me souvins des mortes admirables,
Et des chers compagnons que j’avais tant pleurés,
C’étaient des désireux et des insatiables,
Au cœur toujours ouvert et toujours déchiré.
Et des chers compagnons que j’avais tant pleurés,
C’étaient des désireux et des insatiables,
Au cœur toujours ouvert et toujours déchiré.
Et je les vis... Leurs yeux, leur forme et leur image,
Mais ils avaient perdu ta lampe, ô souvenir!
Une béatitude emplissait leur visage,
C’était là la splendeur peut-être de mourir.
Mais ils avaient perdu ta lampe, ô souvenir!
Une béatitude emplissait leur visage,
C’était là la splendeur peut-être de mourir.
Mais ils étaient pour moi plus morts que les cadavres
Que l’on voit dans les lits, déjà décomposés.
De leur morne bonheur ils étaient les esclaves,
Ils ne possédaient plus le secret du baiser.
Que l’on voit dans les lits, déjà décomposés.
De leur morne bonheur ils étaient les esclaves,
Ils ne possédaient plus le secret du baiser.
Ils avaient oublié l’amère connaissance.
Ils n’avaient plus au front le sceau de la douleur,
Ils n’avaient plus au cœur le mal de l’espérance,
Jamais plus de leurs yeux ne couleraient des pleurs.
Ils n’avaient plus au front le sceau de la douleur,
Ils n’avaient plus au cœur le mal de l’espérance,
Jamais plus de leurs yeux ne couleraient des pleurs.
Et j’ai fui vers la porte ouverte sur le gouffre
Vers l’obscur escalier où le salpêtre luit,
Et j’ai baisé l’ardoise et caressé le soufre
Et joui des clartés qui tombaient de la nuit.
Vers l’obscur escalier où le salpêtre luit,
Et j’ai baisé l’ardoise et caressé le soufre
Et joui des clartés qui tombaient de la nuit.
Et j’ai crié: «Seigneur, ton amour est sans charme!
La souffrance est trop belle, on ne peut l’oublier.
Si la vertu de Dieu ne peut verser des larmes,
Je préfère le mal qui connaît la pitié.
La souffrance est trop belle, on ne peut l’oublier.
Si la vertu de Dieu ne peut verser des larmes,
Je préfère le mal qui connaît la pitié.
«Je crache sur tes lis et vomis sur tes palmes.
Ta clarté n’est pas faite avec du vrai soleil.
A tes rêves trop bleus dans les jardins trop calmes
Je préfère le cauchemar de mes sommeils.
Ta clarté n’est pas faite avec du vrai soleil.
A tes rêves trop bleus dans les jardins trop calmes
Je préfère le cauchemar de mes sommeils.
«Je préfère la chambre étroite où je me couche
Avec le linge impur et les bouquets flétris,
La triste odeur des corps, le goût humain des bouches,
Mon paradis mauvais plein d’ombres et de cris.
Avec le linge impur et les bouquets flétris,
La triste odeur des corps, le goût humain des bouches,
Mon paradis mauvais plein d’ombres et de cris.
TABLE
| Pages. | |
| Le Jardin maudit | 1 |
| Épigraphe | 7 |
| L’ANE A CORNES | |
|---|---|
| Combat de femmes | 11 |
| Le Jeune Homme aux citrons | 16 |
| La première Nuit au couvent | 20 |
| Le Médecin avorteur | 22 |
| La Baleine en rut | 24 |
| L’Ane à cornes au Palais | 27 |
| Le Châtiment du luxurieux | 29 |
| L’Ane à cornes sur la tour | 32 |
| Le Bal fantastique | 34 |
| Les Éphèbes et la Femme hydropique | 37 |
| La Prière du soir | 39 |
| Visite matinale | 43 |
| La Princesse et les laquais | 45 |
| Le Sérail mort | 48 |
| La Cathédrale furieuse | 50 |
| Les Chambres de l’hôtel | 53 |
| L’Après-midi du faune | 55 |
| Plaisirs du sultan | 58 |
| L’Esprit de la mer | 60 |
| Femme à la panthère | 63 |
| La Bouchère nue | 65 |
| La Fille du sultan | 67 |
| Les Castrats | 69 |
| Le Bain rouge | 71 |
| La Chambre de Barbe-Bleue | 73 |
| La Maison des adolescentes | 76 |
| L’Incube et la Vierge | 78 |
| Le Page aux gants mauves | 82 |
| La Tristesse du nain chinois | 84 |
| Le Parc masqué | 87 |
| Les Gladiateurs aveugles | 89 |
| Les Voluptueux | 93 |
| Le dernier spasme | 95 |
| La Messe de l’âne à cornes | 98 |
| LES RENCONTRES DANS LE PORT VIEUX | |
| Le long du Port vieux | 103 |
| L’Enfant mort | 105 |
| L’Arbre de chair | 108 |
| L’Orgie pauvre | 110 |
| Je voudrais bien entrer | 112 |
| La Jeune Fille au lupanar | 114 |
| Le Secret perdu | 118 |
| Les Dieux sur les quais | 120 |
| La Treizième Année | 124 |
| La Complainte de l’hôpital | 126 |
| Le Voile froissé | 129 |
| Le Café-Concert maudit | 131 |
| La Tresse coupée | 134 |
| La Foire folle | 136 |
| Les Nocturnes | 139 |
| Viol de Fille | 141 |
| La Petite Danseuse | 144 |
| Le Corbillard infatigable | 146 |
| Complainte de l’homme qui s’est perdu | 149 |
| LA CHAMBRE AUX RIDEAUX VIOLETS | |
| Si petite est la chambre | 155 |
| La Silencieuse | 157 |
| Que la soirée est belle | 159 |
| Le Visage enfantin | 161 |
| Le Vase imparfait | 163 |
| J’entr’ouvris doucement | 165 |
| L’Amitié et le Baiser | 167 |
| Tigresse aux ongles peints | 169 |
| Le Collier de turquoises | 171 |
| Baisers morts | 173 |
| L’Envoûtement | 175 |
| La Bête | 177 |
| Elle sentait le thym | 179 |
| Le Miroir ovale | 181 |
| Ote tes vêtements | 183 |
| Le Passage de la belle heure | 185 |
| Celui-là, jamais plus | 187 |
| Le Fantôme | 189 |
| Le Compagnon | 191 |
| Femme aux bijoux | 193 |
| L’Ame des pavots morts | 196 |
| L’Inconnu familier | 200 |
| LE SPECTRE DES SOUVENIRS | |
| Le Présent subtil | 205 |
| Le Souvenir caricatural | 207 |
| Les Absents sont des morts | 210 |
| Le vieil Hôtel | 212 |
| La Solitude des femmes | 215 |
| Le Nom à voix basse | 219 |
| Tristesse d’Olympio | 220 |
| L’Embaumeuse | 222 |
| LE HUITIÈME PÉCHÉ | |
| La Craintive | 229 |
| L’Horreur tentatrice | 231 |
| Les trois Adolescents | 234 |
| Je te rêve, casquée | 236 |
| La Femme aux trois colliers | 238 |
| Repas d’hommes | 240 |
| LE MASQUE DE LA BEAUTÉ PERDUE | |
| Le Masque du Samouraï | 247 |
| Le Temple brûlé | 249 |
| La Bonté | 251 |
| Vieillesse | 254 |
| Le nouvel Orphelinat | 256 |
| L’Amitié des femmes | 259 |
| Le Plaisir | 261 |
| Le pauvre Pécheur | 265 |
| Le Château des masques | 269 |
| La Fille de Lucifer | 274 |
| La Malédiction | 279 |
| LE VOYAGE FANTASTIQUE | |
| La divine enchaînée | 285 |
| La Vallée des larves | 287 |
| La Région des étangs | 290 |
| Les Esclaves | 293 |
| Le Palais des rois | 296 |
| L’invasion des insectes | 299 |
| L’Être maigre aux mains immenses | 302 |
| L’Agneau désespéré | 305 |
| La Rencontre du squelette | 307 |
| La Montagne des bêtes | 309 |
| Le Nageur | 311 |
| LA DESCENTE AU PARADIS | |
| La Descente au Paradis | 317 |
Paris.—Typ. Ph. Renouard, 19, rue des Saints-Pères.—54.497