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Olivier Twist: Les voleurs de Londres cover

Olivier Twist: Les voleurs de Londres

Chapter 50: L. —Conclusion.
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About This Book

The narrative follows an orphan boy whose early life in a harsh parish workhouse subjects him to neglect and abusive discipline, then apprenticeship and flight to the city. In London he falls under the influence of a criminal mastermind who exploits children for theft and a brutal associate who endangers him, while a sympathetic young woman and a benevolent gentleman offer protection and moral contrast. Episodes alternate bleak depictions of institutional cruelty and street-level crime with scenes of kindness and investigation, producing a sustained critique of poverty, social hypocrisy, and the exploitation of vulnerable children.

XLIX. —Le dernier jour d'un condamné.

La cour d'assises était tapissée de figures humaines depuis le parquet jusqu'au plafond. Le moindre espace, le plus petit recoin était occupé.

Au milieu de tout ce monde, il était là, une main appuyée sur la rampe de bois qui était devant lui, l'autre à son oreille et la tête penchée en avant pour mieux entendre l'acte d'accusation que l'avocat général lisait à messieurs les jurés. De temps en temps il portait sur eux des regards avides pour voir s'il ne découvrirait point sur leurs traits la moindre chance en sa faveur; et quand les charges portées contre lui étaient prouvées par trop clairement, il regardait d'un œil inquiet son conseil.

Un léger bruit dans la salle le rappela à lui-même. Il tourna la tête et s'aperçut que les jurés s'étaient assemblés pour délibérer.

Comme il comprit cela d'un seul coup d'œil, l'image de la mort se présenta à son esprit; et ramenant ses regards vers la cour, il s'aperçut que le chef des jurés adressait la parole au président. Chut!

C'était seulement pour demander la permission de se retirer.

Il les envisagea les uns après les autres, afin de deviner, s'il lui était possible, pour quel parti penchait le plus grand nombre; mais inutilement. Le geôlier lui ayant donné un petit coup sur l'épaule, il le suivit machinalement jusqu'à l'extrémité du banc des accusés pour y attendre le retour du jury.

Tout à coup le silence se rétablit, et tous les regards se portèrent vers la porte latérale par laquelle étaient sortis les jurés. Ils passèrent tout près de lui en rentrant dans la salle; mais il lui fut impossible de rien distinguer sur leurs traits: ils étaient impassibles: «Oui, l'accusé est coupable!»

La salle retentit par trois fois des acclamations de la multitude, et ceux du dehors y répondirent par des cris de joie en apprenant qu'il serait exécuté le lundi suivant.

Quand le bruit se fut apaisé peu à peu, on lui demanda s'il n'avait rien à dire contre la peine de mort. Il avait repris sa première attitude, et regardait attentivement le président mais on fut obligé de lui répéter par deux fois cette question avant qu'il parût comprendre, et il marmotta seulement entre ses dents qu'il était un vieillard,— pauvre vieillard,— un malheureux vieillard. Puis il garda le silence.

Les juges prirent le bonnet noir; le prisonnier resta dans la même position, la bouche béante, le cou tendu. Il y eut une femme, dans la galerie, qui jeta un cri perçant, et le juif se retourna vivement comme s'il eût été contrarié d'être interrompu. Le président prononça d'une voix émue la fatale sentence, et l'accusé resta tout le temps aussi immobile qu'une statue.

On le conduisit le long d'un passage carrelé dans lequel il y avait quelques prisonniers qui attendaient leur tour; et d'autres qui parlaient à leurs amis à travers une grille donnant sur la cour. Quoiqu'il n'y eût la personne pour lui parler, ces derniers reculèrent à son approche, afin de laisser aux gens du dehors qui grimpaient sur la grille pour le voir passer le loisir de le considérer tout à leur aise; et ils le huèrent, le sifflèrent et l'accablèrent d'injures.

Il s'assit sur un banc de pierre qui servait tout à la fois de siège et de lit, et, baissant les yeux vers la terre, il chercha à rassembler ses idées. Il arriva par degrés à ce terrible dénouement: Condamné à être pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive. Telle avait été la fatale sentence: Condamné à être pendu par le cou jusqu'à ce que mort s'ensuive!!!

Il n'avait plus qu'un jour à vivre; et à peine eut-il eu le temps d'y penser, que le dimanche était arrivé!

Ce ne fut que lorsque le soir fut venu qu'il commença à sentir l'horreur de sa position; non pas qu'il eût conçu auparavant l'espoir d'obtenir sa grâce, mais parce qu'il n'avait jamais pu s'imaginer qu'il dût mourir sitôt.

Il se coucha sur le banc de pierre et chercha à se rappeler le passé. Ayant été blessé par la populace le jour qu'il avait été pris par la police, il avait un bandeau autour de la tête; ses cheveux roux pendaient sur son front ridé; sa barbe, pleine de poussière et de crasse, était mêlée en petits nœuds; son teint livide, ses yeux étincelants, ses joues creuses faisaient horreur à voir. Huit! neuf! dix! Si ce n'était pas un tour qu'on lui jouât, et que ces trois heures se fussent réellement succédé aussi rapidement, où sera-t-il lorsqu'elles sonneront de nouveau? Onze heures! minuit sonna que le dernier coup de onze heures vibrait encore à ses oreilles.

Des barrières peintes en noir étaient déjà placées tout autour de la place de la prison pour contenir l'affluence de la foule que la curiosité ne manquerait pas d'attirer en ce lieu, quand M. Brownlow, accompagné d'Olivier, se présenta au guichet; ayant fait voir au concierge un permis d'entrée signé de l'un des shérifs, ils furent aussitôt introduits dans la loge.

—Ce petit jeune homme va-t-il avec vous au cachot du condamné? dit l'homme qui devait les y conduire. Ce n'est pas un beau spectacle pour des enfants.

—Sans doute, mon ami, vous avez parfaitement raison, reprit M. Brownlow; mais sa présence est indispensable, et je ne puis faire autrement que de l'emmener.

L'homme les conduisit sans mot dire.

—Voici l'endroit par lequel il va passer, dit-il lorsqu'ils furent arrivés à une petite cour carrelée dans laquelle plusieurs charpentiers travaillaient.

De là ils passèrent par plusieurs grilles qui leur furent ouvertes de l'intérieur par d'autres guichetiers. Ayant dit à M. Brownlow d'attendre un instant, le geôlier frappa avec son trousseau de clefs à l'une des portes garnies de fer; et les deux gardiens ayant ouvert, après avoir échangé avec lui quelques paroles à voix basse, ils firent signe à nos visiteurs de suivre le geôlier dans la cellule.

Le criminel était assis sur son banc, s'agitant de côté et d'autre comme une bête farouche prise au piège.

Le geôlier prit Olivier par la main; et lui ayant dit tout bas de ne pas avoir peur, il regarda le juif en silence.

—Fagin! dit le geôlier.

—Me voilà! c'est moi! s'écria le juif prenant la même attitude qu'il avait pendant le cours des débats; je suis un vieillard, milords!

—Voici quelqu'un qui demande à vous parler, Fagin! dit le geôlier lui posant la main sur l'épaule pour le faire rasseoir. Voyons, Fagin! n'êtes-vous pas un homme?

—Je ne le serai pas longtemps! reprit le juif levant la tête et regardant le geôlier avec une expression de rage et de terreur.

En parlant ainsi, il aperçut Olivier et M. Brownlow; et se reculant jusqu'à l'extrémité du banc, il leur demanda ce qu'ils lui voulaient.

—Allons, Fagin, restez tranquille, dit le geôlier. Maintenant, Monsieur, poursuivit-il en s'adressant à M. Brownlow, si vous avez quelque chose à lui dire, faites-le au plus vite, car il devient plus furieux à mesure que l'heure approche.

—Vous avez des papiers, dit M. Brownlow, qui vous ont été remis, pour plus de sûreté, par un certain homme appelé Monks?

—Il n'y a rien de si faux! répliqua le juif.

—Pour l'amour de Dieu! dit M. Brownlow, ne dites pas cela, maintenant que vous touchez à vos derniers moments; avouez plutôt où ils sont. Vous savez que Sikes est mort, que Monks a tout déclaré, et qu'il ne vous reste plus d'espoir. Dites-moi, où sont ces papiers?

—Olivier! s'écria le juif en lui faisant signe de la main, viens ici que je te dise un mot à l'oreille.

—Je n'ai pas peur, dit tout bas Olivier lâchant la main de M. Brownlow.

—Les papiers en question, dit le juif attirant l'enfant vers lui, sont dans un sac de toile, au fond d'un trou pratiqué un peu avant dans le tuyau de cheminée. J'ai quelque chose à te dire, mon ami; quelque chose d'important à te dire . . . Dehors! dehors! ajouta-t-il poussant celui-ci vers la porte, et regardant d'un air égaré autour de lui. Dis que je me suis endormi et ils te croiront. Je ne parviendrai jamais à sortir si tu t'y prends de cette manière . . . Avance! avance! C'est cela! c'est bien cela! Nous réussirons ainsi! . . . Cette porte d'abord. Si je tremble en passant devant l'échafaud, n'y fais pas attention et va toujours comme si de rien n'était . . .

—N'avez-vous rien autre chose à lui demander? dit le geôlier s'adressant à M. Brownlow.

—Non, répondit celui-ci. Si je pensais qu'on pût le ramener au sentiment de sa position!

—Ne croyez pas cela, dit l'homme en branlant la tête.

—Avance! avance! s'écria de nouveau le juif . . . Doucement! doucement! . . . un peu plus vite! Là . . . comme cela! . . . c'est bien! . . .

Les gardiens le séparèrent enfin d'Olivier et le repoussèrent au fond de la cellule.

Nos visiteurs furent quelque temps à sortir de la prison, car Olivier sentit son cœur défaillir après cette scène affreuse, et le jour commençait à paraître quand ils en franchirent le seuil. Une multitude de personnes étaient déjà rassemblées sur la place de l'exécution.

L. —Conclusion.

Les destinées de ceux qui ont figuré dans cet ouvrage sont presque fixées, et il ne reste à l'historien que peu de chose à dire.

En moins de trois mois Rose Fleming et Henri Maylie furent mariés dans la petite église dont celui-ci devint le pasteur, et dans le presbytère de laquelle ils s'établirent le même jour.

Madame Maylie vint demeurer avec ses enfants pour jouir, pendant ses dernières années, de la félicité la plus pure que la vieillesse et la vertu puissent connaître: celle d'être témoin du bonheur de ceux qui avaient été constamment les objets de ses soins.

Il paraît, d'après un sérieux examen, qu'en partageant également entre Olivier et Monks les débris de l'immense fortune dont celui-ci était seul possesseur (laquelle n'avait jamais profité entre ses mains, pas plus que dans celles de sa mère), il leur revenait à chacun un peu plus de trois mille livres sterling.

Monks ayant jugé à propos de garder ce nom d'emprunt, se retira dans une partie éloignée du Nouveau-Monde avec la portion que voulut bien lui accorder M. Brownlow, et qu'il dissipa promptement. Il reprit bientôt ses mauvaises habitudes et retomba dans ses anciens vices.

M. Brownlow adopta Olivier comme son propre fils; et étant venu, à la grande satisfaction de ce dernier, demeurer avec sa femme de charge à un mille environ du presbytère qu'habitaient les nouveaux époux, ils composèrent une petite société de vrais amis, dont le bonheur fut aussi parfait qu'on peut l'espérer en ce monde.

Peu après le mariage de nos jeunes gens, le bon docteur retourna à Chertsey, où, privé de la société de ses dignes amis, il ne tarda pas à s'ennuyer et serait bientôt devenu maussade pour peu qu'il y eût été disposé par caractère. Pendant deux ou trois mois, il se contenta de donner à entendre qu'il craignait bien que l'air de Chertsey ne fût contraire à sa santé; puis, voyant qu'il ne s'y plaisait plus comme auparavant, il céda sa clientèle à son associé, et loua une petite maison à l'entrée du village dont son jeune ami était pasteur.

Avant de venir s'installer dans sa nouvelle demeure, il avait contracté une forte amitié pour M. Grimwig, qui lui rendait le réciproque. En conséquence, il reçoit bien souvent la visite de cet excentrique monsieur, qui, en ces occasions, jardine, pêche et charpente avec une activité sans égale; faisant chacune de ces choses à rebours de tous les autres, et affirmant (avec sa proposition favorite) que sa manière de s'y prendre est infiniment préférable à toute autre.

Le sieur Noé Claypole, ayant obtenu sa grâce de la couronne pour avoir témoigné contre le juif, et ayant considéré que sa profession n'était pas tout à fait aussi sûre qu'il le désirait, avisa nécessairement aux moyens de gagner sa vie sans être par trop surchargé de besogne. Il fut d'abord assez embarrassé sur le parti qu'il avait à prendre; mais, après quelque réflexion, il se fit mouchard, partie dans laquelle il réussit assez bien. Il se promène régulièrement tous les dimanches, pendant l'heure de l'office, en compagnie de Charlotte, décemment vêtue. Celle-ci s'évanouit à la porte des charitables cabaretiers; Noé s'étant fait servir pour trois sous d'eau-de-vie, afin de la faire revenir à elle, fait sa déposition le lendemain contre tel ou tel cabaretier qui a contrevenu à la loi en ouvrant sa boutique pendant l'office: alors il empoche la moitié de l'amende.

Les époux Bumble, privés tous deux de leur emploi, furent réduits graduellement à la plus affreuse misère, et finirent par être reçus comme pauvres dans le dépôt de mendicité où ils avaient jadis gouverné en despotes.

Quant à Giles et à Brittles, ils sont toujours à leurs anciens postes.

Charles Bates, épouvanté par le crime de Sikes, fit de sérieuses réflexions sur son inconduite passée, et, persuadé qu'après tout une vie honnête vaut mieux, il résolut de s'amender et de vivre désormais de son travail.

FIN.

Notes des Éditeurs:

[1] Ceux-là seuls qui ont étudié de près en Angleterre le fonctionnement de la charité légale, peuvent dire ce que le protestantisme a fait pour les pauvres en leur enlevant les sœurs de chanté et les religieux hospitaliers. A eux de contrôler le tableau que présente ici Dickens; fût-il chargé, il en reste assez pour juger la philanthropie.

[2] Soulignons ce passage pour remarquer que Dickens était un de ces penseurs mécontents de tout le monde, chez lesquels le jugement n’est pas à la hauteur de l'imagination et de I’esprit. Critiquer, ridiculiser à peu près tout sans réfléchir sur les conséquences de leurs railleries, voilà leur préoccupation exclusive. Il prend ici à part les marins; mais pour empêcher ces sortes de digestion qu’ils aiment, qu’oppose-t-il de sérieux remède, en admettant que cela soit vrai? Le lecteur donc ne se ferait que des idées fausses sur les hommes et sur les choses, s’il s’en rapportait à ces exagérations, qui n’ont pour premier but que celui de l’amuser par leur spirituel agencement.

[3] Ainsi qu’en sera aisément convaincu le lecteur par la suite de ce récit, Dickens tombe encore ici dans l'exagération. Qu'un enfant soit maltraité, méprisé, persécuté parce qu'il est né de parents indignes et dans des conditions malheureuses, assurément cela est de toute injustice, puisque lui est innocent. Mais de ce que, par suite de cette circonstance, il trouve dans ce monde des obstacles qu’un enfant né d'une véritable famille honnête n’a pas à vaincre, en conclure contre l'inhumanité des hommes et leurs institutions et leurs lois, c’est de la déraison, c’est le renversement de tout ordre social, c’est la démoralisation décrétée en 1793.

[4] Quelque fondée que puisse être particuliérement en Angleterre la défaveur attachée au nom de juif, nous ne saurions approuver cette qualification continuellement appliquée ici à un type de scélératesse. Il n’y a pas seulement que des juifs dans les tavernes de bandits et les bagnes. Le fils d’Israël croit à Dieu, à l’immortalité de l'àme etc. Donc, englober tous les juifs dans la même accusation à cause de quelques exceptions, c’est exagérer, plus que cela, c’est manquer de justice. Fagin est étranger a toute croyance; mieux valait par conséquent, et ce n’eût été calomnier aucune croyance, simplement l'appeler l'Apostat ou le Rénégat, etc. Pareil être doit s’attendre à tout.

[5] Moulin mis en action par des hommes.

[6] Assises qui se tiennent quatre fois l’année pour juger certaines causes civiles ou criminelles.

[7] Un des principaux marchés de Londres.

[8] Dickens omet toujours d’indiquer une condition première, pourtant un moyen indispensable pour arriver à la perfection d’Olivier. Que quoique né d’une mère coupable, cet enfant aime et pratique cependant la vertu dans un certain degré, cela se peut, cela se voit quelquefois. Mais que la nature seule produise cet effet sans l’aide d'aucune espèce de religion (Dickens est muet sur ce point), que ce fruit particulier et divin de la prière et de la grâce naisse et grandisse ainsi de lui-même, comme une production spontanée de la nature, c’est faux, c’est contraire à l'expérience de chaque jour.

[9] Pour peu que le lecteur connaisse de romans protestants, il ne s’étonnera pas que toujours le beau rôle, la vertu la plus pure, soient le lot des pasteurs ou ministres. Cette façon de soutenir l’erreur est une sorte de calomnie qui n’est pas sans effet. Heureuse encore cette Eglise abhorrée qu’ils appellent papisme, si quelques-uns de ses prêtres ou religieux n’y figurent pas comme d’hypocrites scélérats.