Il dient ung, et pensent el.
Traduction littérale: «Ils disent une chose, et pensent autre chose.»
Il nous a été impossible de traduire en deux vers masculins les deux vers de l'original. Nous avons, après bien des hésitations, adopté cette traduction, si peu satisfaisante qu'elle nous paraisse.
NOTE 56, pages 162-163. [p.309]
Lors feras chatiaus en Espaigne.
On voit que ce proverbe date de loin.
Mès ce m'amort qui poi me dure.
Nous ne savons trop pourquoi, dans ses errata, Méon veut changer m'amort pour m'a mort, c'est-à-dire me mord pour m'a tué; car m'a mort pour m'a mordu devrait s'écrire m'a mors (féminin morse). Nous préférons et maintenons la première version, malgré l'opinion contraire de M. Francisque Michel.
NOTE 58, page 166.
Vers 2595. Se ioncques. Telle est la manière adoptée par Méon. A notre avis, on doit écrire se j'oncques, attendu que ioncques n'est qu'un barbarisme, ou serait une licence sans la moindre raison; nous sommes en cela de l'avis de M. Francisque Michel.
Et plus en gré sunt recéu
Li biens dont l'en a mal éu.
Est post triste malum gratior ipsa salus.
Se s'amie est pucele ou non.
Doit-on traduire ici pucele par jeune fille ou soubrette?
Dans le doute, nous avons maintenu le mot sans le traduire.
NOTE 62, page 188.
Au Rosier qui l'avoit chargié.
Charger fruit, porter du fruit. On disait: arbre chargant, arbre portant fruit.
Nous avons déjà trouvé ce verbe aux vers 1374 et 1379.
M. Francisque Michel n'a pas cru devoir traduire ce mot. C'était cependant nécessaire.
Dehait ait, fors vous solement
Qui en ce porpris l'amena!
Traduction littérale: «Malheur sur lui! non sur vous cependant qui l'avez amené en ce pourpris.» [p.311]
Nous ne savons pourquoi M. Francisque Michel traduit ici porpris par enceinte. Ce n'est pas une traduction.
A une maçue à son col:
Si resemblait et fel et fol.
Ici M. Francisque Michel se croit encore obligé de faire de l'érudition. Il paraît, dit-il, que dans les XIIe et XIIIe siècles, les fous avaient toujours une massue ou pieu au cou, sans doute pour les gêner dans leur marche, comme le bétail, et les empêcher de se ruer sur les gens sains. (Voyez à ce sujet une note de notre Tristan, etc., Londres, Guillaume Pickering, 1835, in-12, tome II, pages 209-210.)
En ce qui concerne ces deux vers, nous ne partageons pas l'opinion de M. Francisque Michel. Nous ne pouvons nous faire à l'image grotesque de Danger traînant à son cou un gros morceau de bois. Ce serait absurde. Une massue au col veut dire, selon nous, que Danger tenait à la main une massue, qualifiée un peu plus loin de bâton d'épine ou bâton noueux, et qu'il appuyait cette massue sur son épaule auprès de son cou. Au surplus,nous en trouvons la preuve au chapitre LXXXV, quand le poète nous dépeint Hercule s'élançant à la rencontre de Cacus: «A son col sa maçue.»
NOTE 65, page 204.
Vers 3196. Ce vers est faux. Probablement il devait y avoir tost ou tout après le mot bien.
NOTE 66, pages 208-209. [p.312]
Il se set bien amoloier
Par chuer et par soploier.
Actes in principio, in fine frangentur.
Cette note de l'édition de Méon, reproduite par M. Francisque Michel, n'est guère à sa place ici. Certes, on trouve dans tout le roman de nombreuses réminiscences d'Ovide; mais il ne faut pas voir des imitations partout; car enfin, à bien prendre, tout a été dit, et il serait impossible aux modernes d'écrire un seul mot sans le voir revendiquer au profit d'un auteur que peut-être ils n'auraient jamais lu, et qui, somme toute, n'y aurait probablement pas plus droit qu'eux.
Cortoisie est que l'en sequeure
Celi dont l'en est au desseure.
Toute âme généreuse doit
Secourir plus petit que soi.
Regia crede succurrere lapsis.
(Ovid., Ex Pont., lib. II, ep. IX, vers II.)
On pourrait appliquer ici la réflexion de la note ci-dessus.
Nous continuerons toutefois à reproduire les notes latines des deux éditions sus-mentionnées. Le lecteur jugera par lui-même si notre observation est juste, au moins pour un certain nombre d'entre elles.
NOTE 68, pages 234-235. [p.313]
Vers 3645-3653. Irese. Ce mot est ainsi écrit pour la rime.
Il est deux manières de le restituer et partant de le traduire. M. Francisque Michel n'hésite pas; il le traduit par Irlandaise, en vieux français Irois, Iroise, et il cite à l'appui de sa version un passage de Pierre de l'Estoile en 1606, c'est-à-dire 360 ans et plus après la mort du romancier. Voici, du reste, sa note:
«Les Irlandais ont toujours eu chez nous la plus détestable réputation, même avant les événements qui en jetèrent sur notre sol un si grand nombre. Pierre de l'Estoile écrit à la date de 1606: «Le samedi 2 mai, furent mis hors de Paris tous les Irlandois, qui estoient en grand nombre, gens experts en fait de gueuserie, et excellents en cette science par dessus tous ceux de cette profession, qui est de ne rien faire et vivre aux dépens du peuple, et aux enseignes du bonhomme Peto d'Orléans; au reste habile de la main et à faire des enfants, de la maignée desquels Paris est tout peuplé.»
C'est encore de l'érudition pour le plaisir d'en faire. Les Irlandais pouvaient être fort nombreux à Paris du temps d'Henri IV et être à peu près inconnus du temps de saint Louis. Nous préférons ne voir dans Irese que l'altération d'ireuse, féminin d'ireux, coléreux, acariàtre, mot fort employé aux XIIe et XIIIe siècles, et qu'on rencontre souvent dans Guillaume Guiard, poète Orléanais du XIVe siècle. C'est, du reste, l'opinion de Lantin de Damerey et de Méon. (Voir au Glossaire.)
NOTE 69, page 236. [p.314]
Vers 3682. Garçons desréé, un gars perdu, dans le sens, employé encore aujourd'hui, de fille perdue.
NOTE 70, page 246.
Vers 3827. Vers faux. Il devrait être restitué probablement ainsi:
Estiés-vous donc ore couchiés?
Que l'en ne puet fere espervier
En mile guise d'ung busart.
Voyez le Glossaire au mot Busart.
Vers 3971-3981. Portes coulons, herses. En anglais, port-cullis, portcluse. (Fr. Michel.) Voir au Glossaire, Coulans.
Vers 4000-4012. Arbalètes à tour, à manivelle.
Nous avons traduit tourière, féminin de tourier, [p.315] gardien d'une tour. Ce mot est encore cité par Littré. Ces arbalètes n'étaient employées qu'à la défense des tours et des portes. Elles étaient placées aux meurtrières et fixes.
Male-Bouche, que Diex maudie!
Qui ne pense fors à boidie.
Dans le plus grand nombre des manuscrits, au lieu de ce second vers, on lit celui-ci:
Ot sodoiers de Normendie.
Dans d'autres, on trouve de Lombardie, etc. ... d'où on peut inférer avec raison que les copistes prenaient souvent la liberté de faire les changements qui leur plaisaient. (Méon.)
M. Francisque Michel profite de l'occasion pour ajouter une assez longue note tendant à prouver que les Normands, tous gens de sac et de corde, auraient plus de droits que les Lombards, etc. ... de figurer ici. Nous n'avons pas cru devoir la reproduire.
Cependant il est bon d'ajouter que la seule raison plausible en faveur de son opinion, mais dont il ne parle pas, c'est que, d'après Jehan de Meung, lorsque Faux-Semblant et Contrainte-Abstinence surprennent le poste de Malebouche, ils massacrent les soldats normands, qui l'occupaient, ivres-morts.
NOTE 76, pages 260-261.[p.316]
Autrefois dit à la fléuste
C'onques fame ne trova juste.
D'autres fois sur la flûte il dit
Qu'oncques femme chaste il ne vit.
Casta quem nemo rogavit.
Fin cuers ne lest à amer
Por batre ne por mesamer.
Un fin coeur aime avec constance
Et brave haine et violence.
Qui plus castigat, plus amore ligat.
Et si l'ai-ge perdu, espoir.
A poi, que ne m'en desespoir.
La traduction littérale est: «Et je l'ai perdue (votre bienveillance) vraisemblablement, et c'est ce qui me désespère.»
Si en fis ainssi com du mien
Qu'il n'i ot contredit de rien.
J'en fis comme du mien, c'est-à-dire comme s'il [p.317] fût à moi.
NOTE 80, page 274.
Mès de ce fumes moult grevé
Que si tost fu la départie.
Dans notre étude, nous avons déjà démontré que cette pièce de vers ne pouvait être de Guillaume de Lorris et nous semblait être d'un style plus jeune. Le vieux romancier eût certes écrit fust au subjonctif, et non fu, qui n'est que le prétérit.
Biaus douz amis, car me le dites,
A tel servise tiex mérites.
Cette maxime ne se trouve nulle part dans le roman de Guillaume.
Le XIXe siècle et l'Amour
Hommage à M. Cougny
Introduction au Roman de la Rose
Notice sur les deux auteurs du Roman de la Rose
Analyse du Roman de la Rose
Conclusion
Opinions des critiques
Vie de Jehan de Meung, par André Thévet
TITRES DES CHAPITRES.
CHAPITRE I.—Du vers 1 au vers 130.
Ci est le Rommant de la Rose
Où l'art d'Amors est tote enclose.
CHAPITRE II.—Du vers 131 au vers 538.
Ci raconte l'Amant et dit
Des sept ymaiges que il vit
Pourtraites el mur du vergier,
Dont il li plest à desclairier
Les semblances et les façons
Dont vous porrez oïr les nons.
L'ymaige première nommée
Si estoit Haïne apelée.
CHAPITRE III.—Du vers 531 au vers 742 [p.320]
Comment dame Oyseuse feist tant
Qu'elle ouvrit la porte à l'Amant.
CHAPITRE IV.—Du vers 743 au vers 796.
Ci parle l'Amant de Liesce:
C'est une Dame qui la tresce
Maine volentiers et rigole,
Et ceste menoit la karole.
CHAPITRE V.—Du vers 797 au vers 890.
Ci endroit devise l'Amant
De la karole le semblant,
Et comment il vit Cortoisie
Qui l'apela par druerie,
Et il monstra la contenance
De cele gent, et de lor dance.
CHAPITRE VI.—Du vers 891 au vers 1044.
Ci dit l'Amant des biax atours
Dont iert vestus li Diex d'Amours.
CHAPITRE VII.—Du vers 1045 au vers 1264.
Ci parle l'Amant de Richesse,
Qui moult estoit de grant noblesse;
Mès de si grant boban estoit,
Que nul povre home n'adaignoit,
Ainz le boutoit tousjors arriere:
Si l'en doit-l'en avoir mains chiere.
CHAPITRE VIII.—Du vers 1265 au vers 1300.
Ci parle l'Aucteur de Courtoisie
Qui est courtoise et de tous prisie,
Et par tout fet moult à loer:
Chascun doit Courtoisie amer.
CHAPITRE IX.—Du vers 1301 au vers 1328.
Ici parole de Jonesce
Qui tant est sote et jengleresce.
CHAPITRE X.—Du vers 1329 au vers 1486. [p.321]
Comment le Dieu d'Amors suivant,
Va au Jardin en espiant
L'Amant, tant qu'il soit bien à point
Que de ses cinq flesches soit point.
CHAPITRE XI.—Du vers 1487 au vers 1538.
Ci dit l'Aucteur de Narcisus,
Qui fu sorpris et décéus
Pour son ombre qu'il aama
Dedens l'eve où il se mira
En ycele bele fontaine.
Cele amour li fu trop grevaine,
Qu'il en morut à la parfin
A la fontaine sous le pin.
CHAPITRE XII.—Du vers 1539 au vers 1740.
Comment Narcisus se mira
A la fontaine, et souspira
Par amour, tant qu'il fist partir
S'ame du corps, sans départir.
CHAPITRE XIII.—Du vers 1741 au vers 1950.
Ci dit l'Aucteur coment Amours
Trait à l'Amant qui pour les flours
S'estoit el vergier embatu,
Pour le bouton qu'il a sentu,
Qu'il en cuida tant aprochier,
Qu'il le péust à lui sachier;
Mez ne s'osoit traire en avant,
Car Amours l'aloit espiant.
CHAPITRE XIV.—Du vers 1951 au vers 2028.
Comment Amours, sans plus attendre,
Alla tost courant l'Amant prendre.
En lui disant qu'il se rendist
A luy; et que plus n'attendist.
CHAPITRE XV.—Du vers 2029 au vers 2076.
Comment, après ce bel langage,
L'Amant humblement fist hommage,
Par Jeunesse qui le déçoit,
Au Dieu d'Amours qui le reçoit.
CHAPITRE XVI.—Du vers 2077 au vers 2158. [p.322]
Comment Amours très-bien souef
Ferma d'une petite clef
Le cuer de l'Amant, par tel guise,
Qu'il n'entama point la chemise.
CHAPITRE XVII.—Du vers 2159 au vers 2852.
Comment le Dieu d'Amours enseigne
L'Amant, et dit qu'il face et tiengne
Les reigles qu'il baille à l'Amant,
Escriptes en ce bel Rommant.
CHAPITRE XVIII.—Du vers 2853 au vers 2876.
Comment l'Amant dit cy qu'Amours
Le laissa en ses grans doulours.
CHAPITRE XIX.—Du vers 2877 au vers 3028.
Comment Bel-Acueîl humblement
Offrit à l'Amant doucement
A passer pour véoir les Roses
Qu'il désirait sor toutes choses.
CHAPITRE XX.—Du vers 3029 au vers 3040.
Comment Dangier villainement
Bouta hors despiteusement
L'Amant d'avecques Bel-Acueil
Dont il eut en son coeur grant dueil.
CHAPITRE XXI.—Du vers 3041 au vers 3072.
Ci dit que le villain Dangier
Chaça l'Amant hors du vergier,
A une maçue à son col
Si resembloit et fel et fol.
CHAPITRE XXII.—Du vers 3073 au vers 3178.
Comment Raison de Dieu aymée
Est jus de sa tour dévalée,
Qui l'Amant chastie et reprent
De ce que fol amour emprent.
CHAPITRE XXIII.—Du vers 3179 au vers 3218.
Ci respond l'Amant à rebours
A Raison qui luy blasme Amours.
CHAPITRE XXIV.—Du vers 3219 au vers 3236. [p.323]
Comment, par le conseil d'Amours
L'Amant vint faire ses clamours
A Amis, à qui tout compta,
Lequel moult le réconforta
CHAPITRE XXV.—Du vers 3237 au vers 3264.
Comment Amys moult doucement
Donne reconfort à l'Amant.
CHAPITRE XXVI.—Du vers 3265 au vers 3364.
Comment l'Amant vint à Dangier
Luy prier que plus ledangier
Ne le voulsist, et par ainsi
Humblement luy crioit mercy.
CHAPITRE XXVII.—Du vers 3365 au vers 3474.
Comment Pitié avec Franchise
Allerent par très-belle guise
A Dangier parler por l'Amant
Qui estoit d'amer en torment.
CHAPITRE XXVIII.—Du vers 3475 au vers 3596.
Comment Bel-Acueîl doucement
Maine l'Amant joyeusement
Au vergier pour véoir la Rose
Qui lui fut doulcereuse chose.
CHAPITRE XXIX.—Du vers 3597 au vers 3662.
Comment l'ardent brandon Venus
Aida à l'Amant plus que nus,
Tant que la Rose ala baiser
Por mieulx son amours apaiser.
CHAPITRE XXX.—Du vers 3663 au vers 3800.
Comment par la voix Male-Bouche
Qui des bons souvent dit reprouche,
Jalousie moult asprement
Tence Bel-Acueil pour l'Amant.
CHAPITRE XXXI.—Du vers 3801 au vers 3932.[p.324]
Comment Honte, et Paor aussy
Vindrent à Dangier, par soucy
De la Rose, le ledangier
Que bien ne gardist le vergier.
CHAPITRE XXXII.—Du vers 3933 au vers 4202.
Comment, par envieux atour
Jalousie fist une tour
Faire au milieu du pourpris
Pour enfermer et tenir pris
Bel-Acueil, le très-doulx enfant,
Pource qu'avoit baisé l'Amant.
Vers qui, dans certains manuscrits, terminent la partie de
Guillaume de Lorris
Notes