Lorsque parut pour la première fois ce livre[5], il parut seul, sans notes, comme œuvre d’art, comme résumé d’un siècle. Pour qu’en toute loyauté il fût jugé par le public, l’auteur ne voulut l’entourer en nulle façon de cet éclat apparent des recherches historiques, dont il est trop facile de décorer un livre nouveau. Il voulut, selon la théorie qui sert ici de préface: Sur la vérité dans l’art, ne point montrer le vrai détaillé, mais l’œuvre épique, la composition avec sa tragédie, dont les nœuds enveloppent tous les personnages éminents du temps de Louis XIII. Bientôt cependant l’auteur s’aperçut de la nécessité d’indiquer les sources principales de son travail; et comme il avait toujours voulu remonter aux plus pures, c’est à-dire aux manuscrits, et, à leur défaut, aux éditions contemporaines, il ajouta les renseignements les plus détaillés à la seconde édition de Cinq-Mars[6], pour rectifier des erreurs répandues sur l’authenticité de quelques faits. Depuis lors il revint à la simple et primitive unité de son ouvrage. Mais aujourd’hui qu’on a multiplié, au delà de ce qu’il eût pu attendre, cette production, qu’il est loin de croire irréprochable, il veut que les esprits curieux des détails du vrai anecdotique n’aient pas à chercher ailleurs des documents qu’il avait écartés.
Une barbe plate et rousse à l’extrémité...
«Pendant sa jeunesse, dit l’historien du père Joseph, il avait les cheveux et la barbe d’un roux un peu ardent. Il s’était aperçu que Louis XIII ne pouvait souffrir cette couleur; aussi avait-il pris soin de la brunir avec des peignes de plomb et d’acier, jusqu’à ce qu’il eût trouvé le secret de la blanchir, que lui donna plus tard un empirique. L’horreur du roi était telle pour cette couleur, qu’un jour son premier gentilhomme de la chambre (dont le frère avait le plus beau gouvernement du royaume), ayant l’honneur d’accompagner Sa Majesté à Fontainebleau, dans une partie de chasse, il fit tant de pluie qu’il emporta toute la peinture dont il cachait la rousseur de ses cheveux. Le prince, l’ayant aperçue, en eut peur et lui dit:—Bon Dieu, que vois-je! ne paraissez plus devant moi. Le gentilhomme fut obligé de se défaire de sa charge.»
Son confident...
Ce trop célèbre capucin, que l’un de ses historiens appelle l’esprit auxiliaire du Cardinal, fut non seulement son confident, mais celui du Roi même. Inflexible, souple et bas, il affermissait les pas du ministre dans les voies du sang, et l’aidait à y faire descendre le faible prince. L’histoire de cet homme est partout; mais voici les détails d’une de ses manœuvres que l’on connaît peu:
M. de Montmorency était pris à Castelnaudary, Louis XIII hésitait à le faire périr. Monsieur, qui l’avait abandonné sur le champ de bataille, demandait sa grâce avec vigueur. Le Cardinal voulait sa mort, et ne savait comment obtenir cette précieuse faveur. Bullion était chargé de la négociation, et conseillait Gaston: ce fut à cet homme que Joseph s’adressa d’abord.
Il s’empare de lui avec une adresse de serpent, et, par son organe, fait conseiller à Monsieur de ne plus demander au Roi des assurances pour la grâce du jeune duc, mais de s’en remettre à la bonté seule de Louis, dont on blessait le cœur en ayant l’air d’en douter. Monsieur croit voir dans ce discours l’intention de pardonner, insinuée par son frère même, et fait son accommodement pour lui seul, sans rien stipuler pour le jeune duc, et s’en remettant à la clémence du Roi. C’est alors qu’en un conseil étroit entre le Roi, le Cardinal et Joseph, celui-ci ose prendre la parole le premier, et, concertant la fougue de ses vociférations politiques avec les flegmatiques arguments du Cardinal, arrache de Louis la promesse, trop bien tenue, d’être inflexible.
Brulart de Léon, ambassadeur à Ratisbonne avec Joseph, dit que le capucin n’avait de chrétien que le nom, et ne cherchait qu’à tromper tout le monde.
Un ouvrage de 1635, intitulé la Vérité défendue, en parle en ces termes:
«Il est le grand inquisiteur d’État, interroge les prétendus criminels, fait mettre les hommes en prison sans information, empêche que leur justification ne soit écoutée, et, par des terreurs paniques, il tire les déclarations qui servent pour couvrir l’injustice du Cardinal. Il fait indignement servir le ciel à la terre, le nom de Dieu aux tromperies, et la religion aux ruses de l’État.»
Du reste, il appartenait à une très bonne famille, dont le nom était du Tremblay.
Je renvoie à la Vie même de cet indigne religieux ceux qui le voudront mieux connaître.
Le Cardinal lui dicta ces devoirs de nouvelle nature, etc.
Ces insolents commandements de la religion ministérielle, fondée par Richelieu, sont extraits d’un manuscrit désigné dans l’histoire du père Joseph.
Voici comment s’exprime à ce sujet le révérend et naïf historien et généalogiste, continuateur de l’abbé Richard:
«Il composa avec le Cardinal un livre ayant pour titre: l’Unité du ministre, et les qualités qu’il doit avoir. Cet ouvrage n’a jamais vu le jour qu’entre les mains du Roi, et c’est ce traité qui détermina Sa Majesté à se reposer entièrement du gouvernement de son royaume sur Son Éminence. J’ai vu ce manuscrit in-folio, qui est très bien écrit. On n’aura pas de peine à reconnaître que le père Joseph en est l’auteur par la lecture des principales propositions qui y sont prouvées, premièrement comme vérités chrétiennes, secondement, comme vérités politiques. On pourrait intituler ce livre: Testament politique du père Joseph. Tous les grands hommes du siècle passé en ont laissé. On reconnaîtra aisément le génie du père dans l’extrait de ce testament.» (Histoire du père Joseph.) Suivent les articles tels qu’on vient de les lire.
Quant au Marillac, etc.
Le maréchal de Marillac fut privé de ses juges légitimes; les membres du Parlement, qui voulurent en vain prendre connaissance de l’affaire, virent Molé, leur procureur-général, décrété et interdit; traîné innocent de tribunaux en tribunaux, sans en trouver un assez habile pour lui découvrir un crime, le maréchal de Marillac tomba enfin sous l’arrêt des commissaires, lu par un garde des sceaux ecclésiastique (Châteauneuf), auquel il fallut une dispense de Rome, sollicitée exprès, pour condamner un homme sans reproche; et le Cardinal se prit à rire des lumières qu’il avait fait descendre forcément sur les juges. Quelle confusion! quel temps! On ne saurait trop éclairer les points principaux de l’histoire, pour éteindre les puérils regrets du passé dans quelques esprits qui n’examinent pas.
Ce jour-là, le Cardinal parut revêtu d’un costume entièrement guerrier...
Ce costume est exactement décrit dans les Mémoires manuscrits de Pontis, tel qu’on le lit ici. (Bibl. de l’Arsenal.)
D’extirper une branche royale de Bourbon...
Le comte de Soissons, assassiné à la bataille de la Marfée, qu’il gagnait sur les troupes du Cardinal. J’ai sous les yeux des relations contemporaines les plus détaillées de cette affaire. Elles renferment ce qui suit: «Le régiment de Metternich et l’infanterie de Lamboy s’estant rompus, il ne resta près dudit comte que trois ou quatre des siens; lequel, dans ce désordre, fut abordé d’un cavalier seul, que ses gens ne connurent dans cette confusion pour ennemy, qui lui donna un coup de pistolet au-dessous de l’œil, dont il fut tué tout roide... Ce grand prince, n’ayant d’autre dessein que de servir Sa Majesté et son État, et arrester les violences de celuy qui veut miner tout ce qui est au-dessus de lui:... il (le Cardinal) vient d’extirper une branche royale de Bourbon, ayant fait choisir ce prince par un de ses gardes, qui s’était mis avec ce dessein exécrable, et par son commandement, parmy les gens d’armes de ce prince, ayant été reconneu tel, après qu’il fut tué sur la place par Riquemont, escuyer du même prince défunct.» (Montglat. Fabert, etc., etc. Relation de Montrésor, t. II, p. 520.)
Il existe à la Bibliothèque de Paris un curieux autographe, qui montre quel prix mettait le Cardinal à ces sortes d’expéditions.
Billet de M. des Noyers, escrit à M. le maréchal de Châtillon après la bataille de Sedan.
Le Roy a résolu de donner un GOUVERNEMENT et une pension pour sa vie durante au gendarme qui a tué le général des ennemis. Monsieur le maréchal l’enverra à Reims trouver Sa Majesté aussitôt qu’il y sera arrivé. Fait à Péronne, ce 9 juillet 1641.
Des Noyers.
Vol. g. 6, 233 MM.
EXAMEN DE LA CORRESPONDANCE SECRÈTE DU CARDINAL DE RICHELIEU RELATIVE AU PROCÈS DE MM. DE CINQ-MARS ET DE THOU.
L’activité infatigable, la pénétration vive, la persévérance ingénieuse du cardinal de Richelieu à la fin de ses jours, quand les maladies, les fatigues, les chagrins, semblaient devoir amortir ses rares facultés, ne sont pas seulement en évidence dans la conduite de cette affaire; il est curieux d’y observer en gémissant les voies souterraines par lesquelles devait passer, pour arriver à son but, ce puissant mineur, comme disait Shakspeare: O worthy pioneer! Toutes les petitesses auxquelles sont forcés de descendre les travailleurs politiques, pourraient rendre plus modestes leurs imitateurs, s’ils considéraient que celui-ci, après tous ses efforts, après l’accomplissement entier de ses projets, ne réussit qu’à hâter et assurer la chute de la monarchie qu’il croyait affermir pour toujours.
Pour montrer ces écrits sous leur vrai jour, il est nécessaire d’en écarter les longues phrases de procès-verbal, dont la sécheresse et la confusion ont dégoûté sans doute tous ceux qui les ont parcourus. Mais il importe d’en extraire les traits singuliers et vifs que l’on démêle dans cette nuit, lorsqu’on y attache des regards attentifs.
Sitôt que M. de Cinq-Mars est arrêté et que le duc d’Orléans s’est excusé par la lettre que j’ai citée dans le cours de ce livre[7], la première inquiétude du Cardinal est de savoir si M. de Bouillon est arrêté. Dans le doute, et craignant le retour de Louis XIII à sa première affection pour Cinq-Mars, il s’arrête à Tarascon, et de là veut s’assurer que son crédit est dans toute sa force: comme un athlète qui se prépare à un grand combat, il essaye son bras et pèse sa massue.
Instruction, après l’arrest de M. le Grand, à messieurs de Chavigny et des Noyers, estant près du Roy, pour sçavoir, entre autres choses, de Sa Majesté, si Son Éminence agira comme elle a fait ci-devant, ainsi qu’elle le jugera à propos.
Si monsieur de Bouillon est pris, il est question de faire voir promptement que l’on l’a pris avec justice; pour ce faire, il faut descouvrir les auteurs de Madame qui en ont donné advis, et qu’au cas que ladite dame ne voudroit, on peut trouver quelque invention par laquelle on puisse faire connoistre qu’on a cette découverte; on le peut faire en resserrant de toutes parts les prisonniers sans permettre de parler à personne, parce que par ce moyen on pourroit faire croire aux uns que les autres ont dit ce que l’on scait: ce qui leur donnera lieu de se confesser, et à tout le moins de le croire.
Faut arrester Cloniac, que l’on dit avoir des papiers secrets. Faut retirer la cassette de cheveux et amourettes qu’a monsieur de Choisy.
Faut représenter au Roy qu’il est très-important de ne dire pas qu’il ait bruslé tous les papiers, et en effet l’on croit qu’il ne l’a pas fait.
Si monsieur de Bouillon est pris, il faut pourvoir l’Italie d’un chef de grande fidélité, pour plusieurs raisons qui pressent. Il en faut un en Guyenne et un autre dans le Roussillon, estant douteux si monsieur de Turenne voudroit servir, et si l’on doit le laisser seul, le Roy y pourvoira s’il lui plaist.
On voit quel piège il indique; M. de Cinq-Mars y tomba le premier.
La réponse ne se fait pas attendre: on a arrêté M. de Bouillon; le Roi a consenti à faire tous les mensonges qui lui sont dictés, et, pour preuve de son obéissance, il écrit de sa main la lettre qui suit:
Je ne me trouve jamais que bien de vous voir. Je me porte beaucoup mieux depuis hier; et ensuite de la prise de monsieur de Bouillon, qui est un coup de parti, j’espère avec l’ayde de Dieu que tout ira bien, et qu’il me donnera la parfaite santé; c’est de quoi je le prie de tout mon cœur.
Louys.
Avec ce gage on peut agir: il a fait menacer Monsieur, et ne lui a répondu que vaguement. Gaston se remet à supplier: le même jour il écrit au Roi, au cardinal Mazarin, à M. des Noyers, à M. de Chavigny et une seconde fois au Cardinal. Remarquez que c’était à lui d’abord qu’il avait demandé pardon le 17 juin, avant de supplier le Roi le 25, suivant en cela la hiérarchie établie par le Cardinal. Il demande grâce à tout le monde et promet une entière confession.
Là-dessus, le Cardinal met le pied sur le frère du Roi, et l’écrase par la lettre froide où il lui conseille de tout confesser. On l’a lue au chapitre le Travail.
Reviennent de nouveaux rapports du fidèle agent Chavigny, lequel ne connaît pas d’assez humbles termes pour parler au Cardinal, dont il se dit sans cesse la créature. Chavigny se moque de Monsieur et du choléra-morbus (déjà connu, comme l’on voit), qui saisit l’agent de ce prince, dans la peur d’être arrêté.—Il fait conseiller à Gaston de se retirer hors de France. On voit que le Roi ne se permet pas de répondre sans que le Cardinal ait corrigé la lettre qu’il doit écrire.
M. de Chavigny à Son Éminence.
Le Roy parla hier à monsieur de La Rivière aussi bien et aussi fortement qu’on le pouvoit désirer. Je luy fis mettre par escrit et signer tout ce qu’il luy dit de la part de Monsieur, ainsi que Son Éminence verra par la copie que je luy envoye: et lorsqu’il fit difficulté d’obéir aux commandements de Sa Majesté, elle luy parla en maistre, et il eut si grand’peur qu’on l’arrestât, qu’il luy prit presque une défaillance, et ensuite une espèce de choléra-morbus dont il a esté guary en luy rasseurant l’esprit. Le Roy fut ravy de ce que Monseigneur n’eust pas la pensée de voir Monsieur. En parlant à Monsieur de La Rivière, je l’ai fait tomber insensiblement dans le dessein de proposer à Monsieur qu’il confesse ingénuëment toutes les choses par un escrit qu’il envoyera au Roy; pour après avoir vu Sa Majesté, s’en aller pendant un temps hors du royaume, avec ses bonnes grâces, et celles de Son Eminence.
Il m’a dit qu’il feroit cette proposition à Monseigneur, et qu’il luy demanderoit sa parole, pour la seureté de Monsieur, au cas qu’en confessant toutes choses par escrit, il vinst trouver le Roy, pour s’en aller par après hors de France.
En ce cas, Son Éminence aura agréable de faire sçavoir à ses créatures si Venise n’est pas le meilleur lieu où puisse aller Monsieur, et quelle somme elle estime qu’on puisse lui accorder par an.
J’envoye à Monseigneur la réponse du Roy, qui doit estre mise au pied de la déclaration de La Rivière, afin qu’elle soit corrigée comme il lui plaira, et de la mettre entre ses mains quand il passera.
Je seray jusques à la mort, sa très-humble, très-obligée et très-fidèle créature.
Chavigny.
A Montfrin, le dernier juin 1642.
Le Cardinal permet à Monsieur de sortir du royaume et aller à Venise, et stipule la pension qu’il aura, de façon à le rendre sage.
Mémoires de MM. de Chavigny et des Noyers.
Je ne fais point de difficulté, si le Roy le trouve bon, de donner parole à M. de La Rivière que, Monsieur, déclarant au Roy tout ce qu’il sait par escrit, sans réserve, venant voir Sa Majesté avant que de sortir du royaume, selon la proposition que nous en a fait ledit sieur de La Rivière, Sa Majesté le laissera aller librement, sans qu’il reçoive mal, s’il sort du consentement du Roy. Venise est une bonne demeure, et en ce cas, il faut que la permission qu’il demandera au Roy de sortir porte: «Pour ne revenir en France que lorsqu’il plaira au Roy nous le permettre et nous l’ordonner.»
Quant à l’argent, je crois qu’il se doit contenter de ce que le Roy d’Espagne luy devoit donner, sçavoir: dix mille écus par mois. Car luy donner plus, c’est luy donner moyen de mal faire; et le Roy ne pouvant consentir qu’il meine avec luy les mauvais esprits qui l’ont perdu, il n’a pas besoin davantage pour luy et pour les gens de bien. Cependant, s’il faut passer jusqu’à quatre cent mille livres, je ne crois pas qu’il faille s’arrester pour peu de chose. Je suis entièrement à ceux qui m’aiment comme vous.
Le cardinal de Richelieu.
De Tarascon, ce dernier juin 1642.
Ou monsieur de La Rivière vient avec un simple compliment de parole et une confession de faute déguisée, ou il vient avec charge de descouvrir une partie de ce qui a esté fait.
Si le premier, le Roi doit adjouster foi (ou le témoigner) à ce qu’il dit, et respondre qu’il pardonne volontiers à Monsieur, et que M. de La Rivière luy rapporte ce qu’il a sur la conscience, qu’il n’en doit pas estre en peine:
Si le second, il doit encore lui tesmoigner de croire que tout ce qu’il dit est tout, et respondre: «Ce que vous venez de descouvrir me surprend et ne me surprend pas.
«Il me surprend, parce que je n’eusse pas attendu ce nouveau tesmoignage de manque d’affection de mon Frère. Il ne me surprend pas, parce que M. le Grand, estant pris, s’enquiert fort si on ne l’accuse point d’intelligence avec Monsieur.
«Monsieur de La Rivière, je vous parleray franchement: ceux qui ont donné ces mauvais conseils à mon Frère ne doivent rien attendre de moi, que la rigueur de la justice: pour mon Frère, s’il me descouvre tout ce qu’il a fait sans réserve, il recevra des effets de ma bonté, comme il en a déjà receu plusieurs fois par le passé.»
Quelque instance que La Rivière fasse d’avoir promesse d’un pardon général, sans obligation de descouvrir tout ce qui s’est passé, le Roy demeurera dans sa dernière response, luy disant qu’il ne voudroit pas luy-mesme le conseiller de faire plus que Dieu, qui requiert un vrai repentir et une ingénue reconnoissance pour pardonner;
Qu’il luy doit suffire qu’il l’asseure que Monsieur recevra les effets de sa bonté, s’il se gouverne envers Sa Majesté comme il doit, c’est-à-dire ainsi qu’il est dit cy-dessus.
On voit que les rôles sont écrits mot pour mot, et que le Roi ne doit rien ajouter ni retrancher. Aussitôt l’agent de Monsieur (La Rivière) accourt, et le Cardinal l’envoie au Roi d’avance dicter sa réponse. Avec quelle souplesse chaque personnage obéit au directeur de cette sanglante comédie!
Les observateurs politiques ne s’endorment pas: ils excitent Louis XIII par tous les moyens possibles contre le bouc émissaire sur qui tout péché doit retomber. On redouble de rigueurs avec le prisonnier.
Des Noyers écrit, le 30 juin 1642, au Cardinal:
Le Roy m’a dit qu’il croit que M. le Grand eût été capable de se faire huguenot. J’y ai adjousté qu’il se fût fait Turc pour régner et oster à Sa Majesté ce que Dieu luy a si légitimement donné. Sur quoi le Roy m’a dit:
—Je le crois...
Sa Majesté m’a dit ce matin que Treville avoit entretenu M. le Marquis sur l’arrivée de M. le Grand à Montpellier, et qu’en entrant dans la citadelle il avoit dit:
—Ah! Faut-il mourir à vingt-deux ans! Faut-il conspirer contre la patrie d’aussi bonne heure! Ce qu’elle avoit très-bien reçeu.
M. des Noyers à Son Éminence.
Paris, le 1er juillet.
Sa Majesté est échauffée plus que jamais contre M. le Grand, car elle a seu que, durant sa maladie, ce misérable, que M. le premier-président nomme fort bien le perfide public, avait dit du Roy:
—Il traînera encore!
Rien n’est oublié pour irriter Louis XIII, quoiqu’il nous soit difficile de sentir le sel du bon mot du premier-président.
Le même homme (des Noyers) écrit encore le 1er juillet 1642, de Pierrelatte:
Sa Majesté continue dans de très grandes démonstrations d’amour pour Monseigneur, et dans une exécration non pareille pour ce malheureux perfide public.
Ainsi le bulletin de la colère royale est envoyé au Cardinal heure par heure, et l’on a soin que la fièvre ne cesse pas. Les parents des deux jeunes gens veulent supplier, on les arrête. M. de Chavigny écrit le 3 juillet 1642:
L’abbé d’Effiat et l’abbé de Thou venoient trouver le Roy, à ce qu’on nous avoit assuré. Sa Majesté a trouvé bon qu’on envoyast au-devant d’eux pour leur recommander de se retirer.
La correspondance est pressante. Le lendemain (4 juillet 1642), le Cardinal écrit de Tarascon:
Les énigmes les plus obscures commencent à s’expliquer: le perfide public, confessant au lieu où il est, qu’il a eu de mauvais desseins contre la personne de M. le Cardinal, mais qu’il n’en a point eu que le Roy n’y ait consenti; le mal est que la liberté qu’il a eue jusques à présent de se promener deux fois le jour, fait que ce discours commence d’être bien espandu en cette province, ce qui peut faire beaucoup de mauvais effets.
Une crainte mortelle agite le Cardinal qu’on ne vienne à savoir que le Roi a été de la conjuration: il rend la prison plus sévère. Il ajoute:
Ceton, lieutenant des gardes écossaises, âgé de soixante-six ans, a laissé promener M. le Grand deux fois le jour. Il n’y a que trois jours qu’il en usoit encore ainsi, ce qui me feroit croire que les premiers ordres ont été perdus.
M. de Bouillon n’a demandé qu’un médecin et deux valets de chambre; le perfide public a six personnes qui doivent être retranchées. Autrement, il est impossible qu’il ne fasse sçavoir tout ce qu’il voudra; jamais prince n’en eut davantage.
Vous parlerez adroitement de ce que dessus, sans me mettre en jeu aucunement.
Comme il attend avec impatience un bon commissaire, il dit:
J’attends M. de Chazé, que nous essayerons par M. de Thou.—Faites-le hâter par le Rhône, car le temps nous presse, et il est nécessaire que je sois icy pour l’aider à ses interrogations, que je lui donnerai toutes digérées.
Comme il faut envenimer la plaie du cœur royal, il n’oublie pas un trait qui puisse porter:
Il est bon que le fidèle marquis de Mortemar dise au Roy comme le perfide public disait que Fontrailles avoit dit un bon mot sur ses maladies, sçavoir, est:
—Il n’est pas encore assez mal.
Pour montrer comme le perfide et ses principaux confidents estoient mal intentionnez vers le Roy.
On voit que nulle légèreté de propos, nulle étourderie du jeune favori, vraie ou supposée, n’est omise par le rusé politique. Chavigny répond sur-le-champ et dans les mêmes termes:
Le fidèle marquis n’a pu encore prendre son temps pour dire ce que M. le Cardinal a mandé: ce sera pour demain; nous verrons ce que le Roy en dira.
Puis, le lendemain, le même Chavigny écrit à la hâte:
Mortemar a dit tout au long au Roy le mot de M. le Grand. Le Roy n’a pas manqué, aussitôt ouy ce discours, de le rapporter à Chavigny.
C’est-à-dire à lui-même: Il persifle ainsi Louis XIII sur sa docilité!
Et je crois qu’il en fait de même à M. des Noyers.
Le Roy m’a commandé expressément de le faire sçavoir à Son Eminence, et lui dire qu’il croyoit M. le Grand assez détestable pour avoir eu une si horrible pensée, et qu’il se souvient qu’il avoit à Lyon plus de cinquante gentilshommes qui dépendoient de luy.
On n’a rien oublié pour entretenir Sa Majesté en belle humeur. Le Roy a répété plusieurs fois que M. le Grand estoit le plus grand menteur du monde. Ainsi on peut espérer que l’amitié est bien usée dans le cœur de Louis XIII.
Le 6 juillet 1642 (que l’on remarque cette rapidité), les deux créatures du Cardinal-Duc, Chavigny et des Noyers lui disaient le résultat de leurs insinuations:
Nous supplions très humblement Monseigneur de se mettre l’esprit en repos, et croire qu’il ne fut jamais si puissant auprès du Roy qu’il est, que sa présence opérera tout ce qu’elle voudra.
Le même jour, le Cardinal-Duc écrit au Roi très humblement et sur le ton d’une victime et d’un prêtre candide que le Roi défend.
Son Éminence au Roy.
Ayant sçeu, dit-il, la nouvelle descouverte qu’il a pleu au Roy faire du mauvais dessein qu’avoit M. le Grand contre moy, contre un Cardinal, qui depuis vingt-cinq ans a, par la permission de Dieu, assez heureusement servi son maistre; plus la malice de ce malheureux est grande, plus la bonté de Sa Majesté paroist. Du septiesme juillet 1642.
Et le 7, il fait venir M. de Thou dans sa chambre, l’envoyant chercher dans la prison de Tarascon. J’ai sous les yeux ce curieux interrogatoire, et le donne tel qu’il a été conservé mot pour mot. Il n’est pas superflu de faire remarquer le ton de politesse exquise des deux personnages, dont aucun n’oublie le rang et le caractère de l’autre, et qui semblent toujours avoir dans la pensée leur vieil adage: Un gentilhomme en vaut un autre.
Interrogatoire et réponse de M. de Thou à Monseigneur le Cardinal-Duc, qui l’envoya querir en la prison du chasteau de Tarascon. (Journal de M. le cardinal de Richelieu, qu’il a fait durant le grand orage de la cour, en l’année 1642, et tiré des Mémoires qu’il a escrits de sa main M. DC. XLVIII.)
M. le Cardinal. Monsieur, je vous prie de m’excuser de vous avoir donné la peine de venir icy.
M. de Thou. Monseigneur, je la reçois avec honneur et faveur.
Après, il lui fit donner une chaise près de son lit.
M. le Cardinal. Monsieur, je vous prie de me dire l’origine des choses qui se sont passées cy-devant.
M. de Thou. Monseigneur, il n’y a personne qui le puisse mieux sçavoir que Votre Eminence.
M. le Cardinal. Je n’ai point d’intelligence en Espagne pour le sçavoir.
M. de Thou. Le Roy en ayant donné l’ordre, Monseigneur, cela n’a peu estre sans vous l’avoir fait connoistre.
M. le Cardinal. Avez-vous escrit à Rome et en Espagne?
M. de Thou. Ouy, Monseigneur, par le commandement du Roy.
M. le Cardinal. Estes-vous secrétaire d’Etat pour l’avoir fait?
M. de Thou. Non, Monseigneur; mais le Roy me l’avait commandé, je n’ai peu faillir de le faire.
M. le Cardinal. Avez-vous quelque pouvoir de cela?
M. de Thou. Ouy, Monseigneur, la parole du Roy, et un commandement de le faire par escrit.
M. le Cardinal. Si est-ce que M. de Cinq-Mars n’en a rien dit?
M. de Thou. Il a eu tort, Monseigneur, de ne l’avoir dit; car il a receu le commandement aussi bien que moi.
M. le Cardinal. Où sont ces commandements?
M. de Thou. Ils sont en bonnes mains, pour les produire quand il en sera besoin.
Mais c’est là ce qu’il faut éviter. Le Cardinal ne veut pas savoir que le Roi a donné des ordres contre lui. Il demande à Paris des commissaires, un surtout qu’il désigne, M. de Lamon, pour aider M. de Chazé à de nouveaux interrogatoires dirigés contre ce de Thou si imposant, si ferme, si grave, si loyal et si redoutable par sa vertu.
Tandis que ce jeune magistrat parle ainsi, Gaston d’Orléans, Monsieur, le frère du Roi, envoie sa confession et se met à genoux, en ces termes:
Gaston, fils de France, frère unique du Roy, estant touché d’un véritable repentir d’avoir encore manqué à la fidélité que je dois au Roy mon seigneur, et désirant me rendre digne de la grâce et du pardon, j’avoue sincèrement toutes les choses dont je suis coupable.
Suivent les accusations contre M. le Grand, sur qui il rejette noblement toute l’affaire.
Puis une seconde confession accompagne la première, touchant l’autre péché:
Monsieur, frère du Roy, à Son Éminence.
D’Aigueperce, le 7 juillet.
Gaston, etc. Ne pouvant assez exprimer à mon cousin le Cardinal de Richelieu quelle est mon extrême douleur d’avoir pris des liaisons et correspondances avec ses ennemis... je proteste devant Dieu, et prie M. le Cardinal de croire que je n’ai pas eu plus grande connoissance de ce qui peut regarder sa personne, et que, pour mourir, je n’aurois jamais presté ny l’oreille ny le cœur à la moindre proposition qui eust esté contre elle, etc., etc.
La politesse de la frayeur ne peut aller plus loin et plus bas assurément.
Mais le maître n’est pas content encore de ces mensonges et de ces humiliations.
Il envoie ses ordres sur ce qui doit être dit par Monsieur, s’il veut qu’on lui permette de rester dans le royaume et qu’on lui donne de quoi vivre.
On confrontera Monsieur et M. de Cinq-Mars.
Instructions de Son Éminence.
Quand on amènera M. le Grand au lieu où sera la personne de Monsieur, Monsieur lui doit dire:
«Monsieur le Grand, quoyque nous soyons de différente qualité, nous nous trouvons en mesme peine, mais il faut que nous ayons recours à mesme remède. Je confesse notre faute et supplie le Roy de la pardonner.»
Ou M. le Grand prendra le mesme chemin et demeurera d’accord de ce qu’aura dit Monsieur, ou il voudra faire l’innocent; en quel cas Monsieur lui dira:
«Vous m’avez parlé en tel lieu, vous m’avez dit cela, vous vinstes à Saint-Germain me trouvez en mon escurie avec M. de Bouillon (tel et moy, tels et tels)»... Ensuite Monsieur dira le reste de l’histoire.
Il fera de même lorsqu’on luy amènera M. de Bouillon.
Il se contentera de la promesse de rester dans le royaume, sans jamais prétendre charge ny emploi.
Je dis ceci, après avoir bien philosophé sur cette affaire, qui peut estre celle de la plus grande importance qui soit jamais arrivée en ce royaume de cette nature.
Mais Monsieur fait beaucoup de difficulté de se laisser confronter aux accusés; il craint de manquer d’assurance devant eux. Le Roi n’ose l’exiger de son frère; il faut trouver un biais; le chancelier Séguier le trouve et l’envoie bien vite:
J’ai proposé au Roy de mander MM. Talon, conseiller d’Estat et advocat général, Le Bret et du Bignon, qui ont tous grande connoissance de matières criminelles, pour conférer avec moy sur toutes les propositions que je lui ferai.
Leur advis est que l’on peut dispenser Monsieur d’être présent à la lecture de sa déclaration aux accusés.
Cet advis est appuyé d’exemples et de raisons; quant aux exemples, nous avons la procédure faite de La Mole et de Coconas, accusés de lèze-majesté. En ce procès, les déclarations du Roy de Navarre et du duc d’Alençon furent receues et leues aux accusés sans confrontation, encore qu’ils l’eussent demandée.
... Une déposition d’un témoin avec des présomptions infaillibles servent de preuve et de conviction contre un accusé en crime de lèze-majesté: ce qui n’est pas aux autres crimes.
On voit que le chancelier y met fort bonne volonté.
Suit l’avis donné par Jacques Talon et Hierosme Bignon et Omer Talon, décidant «qu’aucun fils de France n’a esté ouy dans aucun procès, et que leur déclaration sert de preuve sans confrontation.»
Le chancelier reçoit la déclaration de Monsieur, en compagnie des juges, sieurs de Laubardemont, Marca, de Paris, Champigny, Miraumesnil, de Chazé et de Sève, dans laquelle le duc d’Orléans avoue: avoir donné deux blancs signés à Fontrailles pour traiter avec le roi d’Espagne, à l’instigation de M. le Grand; il le présente comme ayant séduit aussi M. de Bouillon.
Après ces écrits, le Cardinal est armé de toutes pièces, et, sûr du succès, il peut partir. Il se rend à Paris; et, tandis que l’on juge à Lyon Cinq-Mars et de Thou qu’il abandonne, il va remettre la main sur le Roi et faire grâce à Monsieur moyennant sa nullité politique, et à M. de Bouillon en échange de la place de Sedan.
Le rapport du procès est très curieux à lire et trop volumineux pour être copié ici; il se trouve à la suite des interrogatoires. Le rapporteur charge ainsi M. de Cinq-Mars après avoir passé légèrement sur Monsieur et le duc de Bouillon:
Quant à M. le Grand, il est chargé non-seulement d’estre complice de cette conjuration, mais ensuite d’en estre auteur et promoteur.
M. le Grand empoisonne l’esprit de Monsieur par des craintes imaginaires et supposées par lui. Voilà un crime.
Pour se garantir de ses terreurs, il le porte à faire un parti dans l’Estat. En voilà deux.
Il le porte à s’unir à l’Espagne. C’en est un troisième.
Il le porte à ruiner M. le Cardinal, et le faire chasser des affaires. C’en est un quatrième.
Il le porte à faire la guerre en France pendant le siége de Perpignan, pour interrompre le cours du bonheur de cet Estat. C’en est un cinquième.
Il dresse lui-même le traité d’Espagne. C’en est un sixième.
Il produit Fontrailles à Monsieur pour estre envoyé pour le traité, et envoyé à M. le comte d’Aubijoux. Ces suites peuvent être estimées un septième crime, ou au moins l’accomplissement de tous les autres.
Tous sont crimes de lèze-majesté, celuy qui touche la personne des ministres des princes estant réputé, par les lois anciennes et constitutions des empereurs, de pareil poids que ceux qui touchent leurs propres personnes.
Un ministre sert bien son prince et son Estat, on l’oste à tous les deux, c’est tout de mesme que qui priveroit le premier d’un bras et le second d’une partie de sa puissance.
Je livre ces arguments aux réflexions des jurisconsultes. Ils penseront peut-être qu’il y eût eu quelque réponse à faire si l’on eût regardé comme possible de répondre à ces absurdités d’un pouvoir sans contrôle. Le grand fait du traité d’Espagne suffisait, et je ne transcris ce que le rapporteur ajoute que pour montrer l’acharnement qui lui était prescrit contre l’ennemi, le rival de faveur du premier ministre[8].
Si M. de Cinq-Mars eût été moins ardent, moins hautain et plus habile, il ne devait pas se mettre dans son tort en traitant avec l’étranger. Il pouvait renverser le Cardinal à moins de frais et sans s’attacher au front l’écriteau d’allié de l’étranger, toujours détesté des nations monarchiques ou républicaines, celui du connétable de Bourbon et de Coriolan. Mais il avait vingt-deux ans et n’avait pas la tête tout entière aux grandes affaires. Il agissait trop vite, hâté par la passion, contre un homme d’expérience qui savait attendre avec froideur et mettre son ennemi dans son tort.
Sur l’interrogatoire secret.
(Extrait des registres.)
M. de Cinq-Mars advoua à M. le Chancelier que la plus forte passion qui l’avoit emporté à ce qu’il avoit fait estoit de mettre hors des affaires M. le Cardinal, contre lequel il avoit une adversion qu’il ne pouvoit vaincre ny modérer.
Il disoit que six choses lui avoient donné cette adversion.
1. La première, qu’après le siége d’Arras, à la fin duquel il s’estoit trouvé, M. le Cardinal avoit parlé de luy comme d’une personne qui n’avoit pas tesmoigné beaucoup de cœur.
2. Qu’après l’alliance de M. le marquis de Sourdis et de son frère, le Cardinal avoit dit que M. de Sourdis avoit faict honneur à sa maison.
3. Qu’ayant souhaité d’estre fait Duc et Pair, M. le Cardinal en avoit destourné le Roy.
4. Qu’il s’estoit senti obligé de prendre la protection de M. l’archevesque de Bordeaux, lequel il avoit cru qu’on vouloit perdre.
5. Que luy parlant de la princesse Marie, il dit que sa mère vouloit faire le mariage de luy avec elle; Son Eminence dict que sa mère, Mme d’Effiat, estoit une folle, et que si la princesse Marie avoit cette pensée, qu’elle estoit plus folle encore. Qu’ayant été proposée pour femme de Monsieur, il auroit bien de la vanité et de la présomption de la prétendre; que c’estoit ridicule.
6. Que le Cardinal avoit trouvé étrange que le Roy l’eust admis au conseil, et l’en avoit faict sortir.
| Réflexions sur la vérité dans l’art | 1 | |
| Chapitre I. | — Les adieux | 19 |
| Chapitre II. | — La rue | 63 |
| Chapitre III. | — Le bon prêtre | 85 |
| Chapitre IV. | — Le procès | 110 |
| Chapitre V. | — Le martyre | 131 |
| Chapitre VI. | — Le songe | 152 |
| Chapitre VII. | — Le cabinet | 171 |
| Chapitre VIII. | — L’entrevue | 218 |
| Chapitre IX. | — Le siège | 245 |
| Chapitre X. | — Les récompenses | 271 |
| Chapitre XI. | — Les méprises | 297 |
| Chapitre XII. | — La veillée | 319 |
| Chapitre XIII. | — L’Espagnol | 353 |
| Notes et documents historiques | 375 | |
Évreux, imprimerie de Ch. Hérissey