Cornettiste.—Anglicisme (cornettist); n’est pas français. Dites cornet pour désigner la personne qui joue le cornet. De même on dit: un cor, un tambour, une trompette, une clarinette pour celui qui joue ces instruments.
Corn-starch.—Terme anglais. Se traduit par amidon de maïs.
Corporation.—Une corporation est une communauté civile composée des habitants d’une localité, et qui existe légalement en vertu d’une charte émanant de la couronne ou de nos législateurs. C’est un anglicisme de donner à corporation le sens de municipalité (signifiant le territoire administré par des officiers municipaux); ou de désigner ainsi le corps des officiers qui administrent une municipalité. Il faut dire: La municipalité de Québec renferme maintenant St. Sauveur, et non la corporation.... La municipalité de Montréal a décidé que.... et non la corporation de Montréal... L’hôtel de ville est appelé, mais à tort, corporation.
Corporence.—N’est pas français. Corruption de corpulence.
Corps.—On dit, à tort, un corps de flanelle, un corps de laine, ou simplement un corps pour désigner le vêtement que l’on porte sous la chemise. L’expression française est gilet (de flanelle, de coton, ou de laine, selon le cas). On dit quelquefois aussi tricot et camisole, en français.
C’est une faute d’appeler corps mort un tronc d’arbre étendu par terre dans une forêt. Corps mort désigne en français des poutrelles enterrées au bord d’une rivière où l’on construit un port, et aussi une espèce de bouée.
Corvée.—Cette journée de travail que se prêtent mutuellement nos cultivateurs, dans un moment de besogne pressante, ne peut s’appeler corvée, car ce mot implique non un travail volontaire, mais un travail obligatoire. Les seules expressions françaises qui me paraissent rendre l’idée sont journée d’aide, ou simplement coup de main. (M. Fréchette, Patrie du 9 mars 1895). Il lui a donné un coup de main, pour ramasser ses récoltes.
Costume.—Le costume est l’habillement qui distingue les personnes constituées en dignité ou chargées de fonctions publiques. Le costume de ministre. Mais il faut dire uniforme, et non costume, pour désigner l’habillement porté par les élèves d’un collège ou d’un pensionnat de jeunes filles, et celui des militaires.
Côté.—Ne dites pas: à chaque côté, ni chaque côté du chemin, mais de chaque côté du chemin. Ne dites pas: dans l’autre côté, mais de l’autre côté (dans la chambre voisine).
Coteau.—Ecrivez coteau, sans accent circonflexe, et non côteau.
Côtelettes de veau.—Ne doit s’employer que pour les côtelettes du veau, et non pour traduire veal cutlets (qui se dit en français: tranches de veau).
Coti.—Ce qu’on appelle ici à tort bois coti, se nomme, en français, bois échauffé, pouilleux, malandre ou cani, c’est-à-dire, du bois qui commence à pourrir. Coti est français, mais populaire, et signifie meurtri; ne se dit que des fruits: pomme cotie.
Cotir.—Se cotir ne se dit en français que des fruits; signifie se meurtrir, s’écraser en tombant. Au lieu de dire: ce bois cotit, dites s’échauffe, commence à pourrir. V. Coti.
Cotiseur.—N’est pas français, dites estimateur.
Coton.—Ne dites pas: coton de feuille, mais nervure de feuille ou côte de feuille; ne dites pas: coton de blé d’Inde, mais râpe, rachis ou râfle de maïs; ne dites pas coton de chou, mais trognon de chou.
Cotonné.—N’est pas français dans le sens de mêlé, pris en paquet, comme dans l’expression: cheveux cotonnés. Cette dernière expression signifie en français: cheveux courts, frisés, comme ceux des nègres.
Cotonnier.—Désigne en français l’arbuste qui produit le coton. Il ne faut pas traduire cotton-wood, cotton-tree par cotonnier, mais par liard ou peuplier du Canada.
Cotton-waste.—Terme anglais. Se traduit par déchet de coton, bourre de coton, ou simplement par bourre (féminin).
Couac.—Est, en français, un son faux et discordant d’un instrument ou d’un chanteur. Faire un couac. N’est pas français pour désigner le butor: échassier du genre héron; ni le charlatan. Ce dernier sens est un anglicisme (quack).
Couche-chaude.—Est, en français, une couche dressée avec du fumier de cheval en fermentation. Dites bâche, abri ordinairement vitré sous lequel on cultive des plantes délicates ou des primeurs. Ce qui recouvre la bâche est un châssis et non des vitraux. V. Vitraux.
Couette.—C’est une faute de donner à l’expression: couette de cheveux, qui n’est pas française, les divers sens de tresse, de natte, de bande, de cadenette de cheveux.
Coulée.—N’est pas français dans le sens de ravin, petite gorge.
Coup.—Un coup que n’est pas français. Dites: Dès que, du moment que. Dès que, du moment que la pluie est finie, et non un coup que la pluie...
Coupant.—L’expression au plus coupant est incorrecte. Dites: au plus court, le plus vite possible.
Coupe.—Dites tranchée ou coupée et non coupe pour désigner l’excavation au fond de laquelle passe le chemin de fer.
Couper.—L’expression couper les gages n’est pas française. Dites: réduire les gages.
Ne dites pas couper l’eau à un cheval, pour rompre l’eau à un cheval: interrompre un cheval pour qu’il boive à plusieurs reprises, surtout quand il a trop chaud; couper l’eau à un cheval, en français, c’est y ajouter du son pour qu’elle soit moins dure.
Cour.—Il ne faut pas donner à ce mot le sens de tribunal ou d’audience. Au lieu de: ce procès a passé par toutes les cours; j’ai assisté à la cour de ce matin, il faut: ce procès a passé par tous les tribunaux; j’étais à l’audience de ce matin.
Courant.—Au lieu de: Le dix courant, dites plutôt le dix du courant, c’est-à-dire: Le dix du mois courant.
Courir.—Courir comme, courir pour, dans le sens d’être candidat, se porter ou se présenter comme candidat sont des anglicismes.
Ne dites pas: courir les campagnes, les champs: mais courir à travers, parcourir les campagnes, les champs.
Course.—Tirer une course n’est pas français. Dites: prendre part à une course, ou simplement courir.
La trace circulaire que suivent les chevaux dans un champ de courses, s’appelle la piste et non la course. La piste a un quart de mille de long.
Au lieu de course sur une banque, qui est un anglicisme, dites: demande de remboursements.
Court.—L’on peut être court d’argent, mais l’on ne peut être de court d’argent.
Court, dans ce genre de phrase, est adverbe: Il coupe les cheveux court. Elle demeura court après les premières paroles.
Coûtances, Coûtements.—Ne sont pas français. Dites coût, dépense.
Couteau à poisson.—L’espèce de couteau qui sert à dépecer le poisson s’appelle truelle.
Coûter.—Il faut écrire: Les douze cents dollars que cette maison m’a coûté, et non coûtée, ni coûtés, parce que coûter est neutre.
Couvé.—Ne dites pas: un œuf couvé, mais couvi (à demi gâté). Des œufs couvis.
Couvert.—L’expression à couvert signifie en français, à l’abri des intempéries. Il s’est mis à couvert. Ne dites pas: Demander, donner à couvert mais le couvert: On lui donne le vivre et le couvert pour la nuit.
Ne dites pas le couvert d’un livre, mais la couverture d’un livre; ni le couvert d’une boîte, d’un vase, mais le couvercle. Le couvert d’une montre se dit, en français, la boîte d’une montre.
Couvert, adjectif. Montre couverte est une expression vicieuse. Dites savonnette, montre à savonnette, montre à double boîtier.
Couverte.—Il faut dire une couverture de lit, et non une couverte. La couverture dont se servent les militaires s’appelle cependant couverte.
Couverture.—Le mot couverture, en matière de construction, ne doit pas être confondu, comme il arrive souvent, avec les mots toit, toiture ou comble. Ceux-ci désignent tout ce qui recouvre une maison, un édifice, charpente et le reste. La couverture spécifie simplement l’assemblage d’ardoises, de tuiles, de zinc, de plomb on de bois qui recouvre la charpente. Toit plat, comble en croupe, couverture d’ardoise.
Cow-catcher.—Terme anglais. Se traduit par chasse-pierres, bien que l’appareil employé en France pour débarrasser la voie ne soit pas fait exactement comme notre cow-catcher.
Cracker.—Terme anglais. Se traduit par craquelin, biscotin.
Crampe.—Dites crampon, pour désigner cette pièce de métal recourbé et à pointes parallèles, et non crampe. L’espèce de crampon qui attache et lie deux pièces de bois ensemble s’appelle happe et non crampe.
Cran.—Ce mot n’est pas français pour désigner un roc vertical, à pic, une côte raide et élevée, une falaise.
Crane.—Terme anglais. Se traduit littéralement. On dit: une grue.
Craque.—Est français comme terme de minéralogie: cavité pleine de cristaux dans une roche. Signifie aussi menterie, mensonge, en terme populaire. C’est une faute de dire craque pour fissure, fêlure (d’un vase); fente (entre deux planches); crevasse (d’un mur, de la terre).
Craqué.—N’est pas français. Dites: terre, mur cravassé, planche fendue, sol fendillé, vase fêlé, peinture craquelée; poutre à demi cassée, bonnet, dentelle tuyautée.
Craquer.—Ne dites pas: Craquer une ruche, un bonnet, une dentelle, mais tuyauter.
Crasse.—Les expressions: Il est crasse, c’est une crasse, sont incorrectes; il faut: Il est canaille, fripon; c’est un coquin.
Crasserie.—Signifie, en français: avarice sordide. C’est une faute de lui donner le sens de coquinerie, malhonnêteté.
Crasseux.—Signifie en français: sale, avare, sordide. C’est une faute de lui donner le sens de canaille.
Créature.—Il ne faut pas donner à ce mot le sens de femme. Dans cette réunion il n’y avait pas d’hommes, il n’y avait que des femmes, et non des créatures.
Crédit.—Il faut dire: Donner à quelqu’un crédit de quelque chose, et non le crédit de quelque chose.
Crème.—Ce mot s’écrit avec un accent grave: crème; et non avec un accent circonflexe: crême.
Crémone.—La crémone en français est une ferrure à poignée servant à fermer les fenêtres. C’est une faute de dire crémone pour désigner la grosse cravate dont on se couvre le cou et la bouche pour se garantir du froid; il faut dire cache-nez.
Crest.—Ce mot anglais, que l’on entend souvent, se traduit par armes. Famille qui a des armes. Voici en quoi consiste ses armes.
Crever.—Se crever, être crevé; dans le sens de contracter, avoir contracté une hernie; se percer, s’être percé le ventre, n’est pas français.
Cri.—Dites: Le sifflet de la locomotive, du bateau à vapeur, et non le cri. Entendre le sifflet du bateau.
Crib.—V. Cage.
Crible.—Le crible est un instrument percé de trous pour nettoyer le grain; Il s’appelle aussi sasseur. Mais il faut dire tarare (masc.) pour désigner cette machine qui sert à vanner et à nettoyer le grain. Le crible est une partie du tarare.
Crier.—Il faut dire siffler et non crier en parlant du bruit que fait entendre une locomotive, un bateau à vapeur. La locomotive siffle près de chaque chemin que la voie traverse.
Crieur.—Anglicisme (crier); dites audiencier ou huissier audiencier: celui qui appelle les causes à la cour.
Crigne.—Corruption de crinière.
Criminel.—Cour criminelle est un anglicisme (criminal court). Dites cour d’assises.
Crique.—Est du féminin; signifie petite baie. C’est un anglicisme (creek) de lui donner le sens de ruisseau, petite rivière.
Criquet.—Dites grillon et non criquet, pour désigner le petit insecte qui se tient dans les lieux chauds et qui fait entendre un cri aigu et perçant. Cri-cri est le nom vulgaire du grillon.
Croche.—Les jambes courbées en arc s’appellent en français jambes arquées, et non jambes croches. Celui qui a des jambes arquées est bancal. On appelle cagneux celui dont les jambes sont tournées en dedans.
Idée croche, raisonnement croche. Ces expressions ne sont pas françaises. On peut dire: Idée fausse, folle; raisonnement mal fondé, erroné, faux, absurde, suivant les cas.
Crochet.—L’instrument qui sert à boutonner les gants, les bottines, ne s’appelle pas crochet, mais tire-boutons.
Crochi.—N’est pas français; dites crochu.
Crochir.—N’est pas français. Dites: courber, recourber, plier, fausser.
Croc.—(prononcez cro). On donne, à tort, à ce mot le sens de favoris. Mais il est correct de dire: Les crocs de la moustache, lorsqu’elle est relevée et courbée en croc.
Croire.—Il faut écrire à l’imparfait de l’indicatif: nous croyions, vous croyiez, et au subjonctif: que nous croyions, que vous croyiez, et non croyons, croyez.
Dites: Je crois bien faire, et non, je crois de bien faire.
Croire quelqu’un, c’est ajouter foi à ce qu’il dit. Croire à quelqu’un c’est croire à son existence. Croire aux sorciers, aux revenants.
Croquignole.—Est du féminin: Une croquignole. Désigne en français une pâtisserie sèche et croquante. Pour la correction, v. Beignet.
Crouston.—Corruption de croûton (de pain).
Croûte.—Dosse, et non croûte, est le mot français pour désigner la première et la dernière planche qu’on lève en sciant le bois en grume ou les billes. V. Slab.
Crow-bar.—Terme anglais, qui se traduit par pince: barre de fer aplatie par un bout, et dont on se sert comme d’un levier.
Cru.—Ne dites pas de la toile crue, mais de la toile écrue: qui n’a pas subi la préparation du blanchiment. On dit indifféremment de la soie crue ou écrue (qui n’a été ni lavée, ni teinte).
Ne dites pas: Le temps est cru, mais il est froid, humide.
Cruche.—Ne dites pas: cruche empaillée, mais dame-jeanne. On dit généralement, en français, dame-jeanne tout court, et non dame-jeanne clissée, lorsque la bouteille est recouverte de paille, et bonbonne lorsqu’elle est en verre ou en grès.
Cruel.—Enfant cruel. Cette expression est vicieuse pour désigner un enfant qui pleure beaucoup et cause de la fatigue à ceux qui en prennent soin.
Cueillir.—Le futur et le conditionnel sont: je cueillerai, je cueillerais, et non je cueillirai, je cueillirais.
Cuiller.—Cuiller à chaussures n’est pas français; il faut dire chausse-pieds. On dit aussi par altération et dans le langage populaire, corne, si ce chausse-pied est en corne.
Cuiller à poisson. Cette expression n’est pas correcte. La cuiller qui est employée pour servir le poisson s’appelle truelle, parce qu’elle a la forme de cet instrument.
Cuir.—Cuir à patente ou cuir patent. Ces expressions ne sont pas françaises; dites cuir verni.
Culvert.—Terme anglais. Se traduit par ponceau ou dalot.
Custard.—Terme anglais. Se traduit par œufs au lait, et aussi par flan.
Cut.—Terme anglais. Se traduit par vignette, et aussi par planche gravée (avec laquelle on tire des épreuves et qui sert de cliché pour imprimer).
Cuvot, Cuvotte.—Ne sont pas français. Il faut se servir des mots: cuveau, baquet, petite cuve.
Dalle.—Mot impropre pour désigner la construction qui sert à conduire et laisser tomber l’eau sur la roue d’un moulin. Dites: auge (féminin).
Dalot.—Désigne, en français, une ouverture pour faire écouler l’eau hors d’un navire. On donne à tort ce nom au tuyau qui reçoit l’eau de la gouttière et qui la conduit à terre. Il faut dire: tuyau de descente.
Dalton.—Corruption des mots de laiton. Dites: fil de laiton, et non fil dalton.
Dame.—Ne dites pas: Il est venu avec sa dame, mais avec sa femme; ni: Comment se porte votre dame? mais, comment se porte madame? Il vaut mieux cependant ajouter le nom propre, et dire: Comment se porte madame X..?
Ne dites pas dame mais barrage: digue formant obstacle à l’écoulement de l’eau d’une rivière, d’un ruisseau. Dame est un anglicisme (Dam).
Dangereux.—Dites dangereux et non dangéreux.
Dans.—Dans mon opinion est un anglicisme. On dit en français selon moi, à mon avis. Dites: Deux hommes peuvent faire cet ouvrage en trois jours, et non dans trois jours. Au lieu de: Vêtements faits dans les derniers patrons, dites: sur les derniers patrons. Ne dites pas: Dix heures dans un quart, mais moins un quart. L’expression: Cinquante sous dans le dollar est vicieuse; il faut: cinquante pour cent. Un failli qui paie soixante pour cent.
Ne dites pas: Dans par la moitié, mais par la moitié.
Par dans est une expression vicieuse qui était française autrefois. Au lieu de: Il a passé par dans le champ, dites: il a passé par le champ, à travers le champ.
Dans mes pieds est une expression incorrecte. Dites: J’ai mes pantoufles, ou je porte mes pantoufles; j’ai mes pantoufles à mes pieds, et non dans mes pieds.
Danse-vive.—Anglicisme (fast dance). Dites danse tournante, danse à deux.
Darder (se).—N’est pas français dans le sens de s’élancer, se jeter sur. Ce chien se jette, s’élance sur les passants, et non se darde...
Darte.—Corruption de dartre.
Date.—Dites: En date du quinze décembre, et non à la date du quinze décembre.
Dater.—Dites: Daté du cinq mars, et non daté le cinq mars.
De.—De se contracte en des avec l’article les, mais non avec le pronom les. Je viens de les voir passer, et non: des voir passer. Dites: à part cela, et non à part de cela; augmenter en volume, et non de volume; marcher à reculons, et non de reculons; j’ai reçu un acompte sur ce qu’il me doit, et non de ce qu’il me doit; il est connaisseur en tableaux, et non de tableaux; la maison en face, et non d’en face.
Sac à sel, sac de sel; un panier à fruits, un panier de fruits. Il ne faut pas, comme il arrive souvent, confondre ce genre d’expressions. Un sac à sel est un sac servant à contenir du sel; mais sac de sel est un sac plein de sel, désignant aussi la quantité contenue dans un sac à sel.
Ne dites pas: Il est arrivé de la semaine dernière, il est mort de la semaine dernière; mais il est arrivé, il est mort la semaine dernière.
Il faut dire: Otez-vous de là, et non de delà.
Débagager.—N’est pas français; dites: déménager.
Débarquement.—Il ne faut pas employer ce mot pour désigner l’endroit où l’on débarque d’un bac. Dites: débarcadère. Quelques-uns disent par erreur: débarque-à-terre.
Débarquer.—Est un terme de marine. C’est une faute de donner à ce mot le sens de descendre de voiture, de chemin de fer, de tramway.
Débarrer.—V. Barrer.
Débenture.-Est un anglicisme. Dites obligation. Les obligations de la ville de Montréal, de la compagnie des Tramways.
Débiter.—Se dit à tort pour dépecer (une volaille), découper (des viandes). Débiter un bœuf signifie en français: le découper en morceaux pour le vendre.
Débouler.—C’est une faute de donner à ce mot le sens d’ébouler. Ebouler se dit de certaines constructions, d’amas de terre qui tombent, qui glissent. Débouler signifie, en français: partir subitement, en termes de chasse; et par extension, s’applique aux personnes.
Décager.—N’est pas français. Dites: défaire un train de bois, en retirer le bois.
Décapoter (se).—N’est pas français. Doit se dire: ôter, enlever, quitter son pardessus. V. Capot.
Décarcaner.—N’est pas français. Dites: ôter le carcan.
Décharge.—N’est pas français dans le sens de libération (d’un prisonnier). C’est un anglicisme.
Déchargeage.—N’est pas français. Dites déchargement: action de décharger un vaisseau, une voiture, etc.
Décharger.—C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens de libérer (un accusé); de congédier (un employé).
Déchets.—Déchets de charbon n’est pas l’expression propre pour désigner les morceaux de charbon imparfaitement brûlés et mêlés aux cendres. Il faut dire escarbilles (fém.).
Déclin.—N’est pas français pour désigner une certaine manière de lambrisser les maisons: lambrisser en déclin; pour désigner la planche qui sert à faire ce lambrissage: acheter du déclin pour lambrisser. Déclin vient sans doute du terme de marine clin, qui est la disposition des planches qui se joignent à recouvrement pour former le bordage d’une embarcation. Il faudrait dire: lambrisser à clin, avec de la planche à clin, au lieu de lambrisser en déclin, avec du déclin.
Décolleter.—Il faut dire: Cette femme se décollète, se décollètera, et non, se décolte, se décoltera.
Dedans.—L’expression en dedans n’est pas française, dans le sens d’en moins de. Ne dites pas: Ce cheval court son mille en dedans de trois minutes, mais en moins de trois minutes.
Défalcataire.—N’est pas français. Dites: C’est un concussionnaire, il est coupable de détournement de fonds, et non, c’est un défalcataire.
Défalcation.—En français signifie: retranchement, déduction, soustraction. C’est un anglicisme de lui donner le sens de concussion, détournement de fonds.
Définitif (en).—Bescherelle donne cette expression, quoiqu’il lui préfère en définitive. L’Académie n’admet qu’en définitive.
Défranchiser.—N’est pas français. Anglicisme (disfranchise). Dites: priver des droits politiques. Il y a bien, en français, le verbe désaffranchir; mais il signifie: assujétir de nouveau, faire retomber dans la servitude.
Dégouttière.—N’est pas français. Dites gouttière. Etre sous les gouttières.
Dégrader.—Terme de marine. Se dit d’un vaisseau entraîné hors de sa route. Nous ne devons pas dire: Je me suis trouvé dégradé par la tempête de neige, mais retardé, arrêté en chemin... Ne dites pas: je l’ai dégradé, mais je l’ai distancé, je l’ai laissé en arrière (en allant plus vite que lui).
Degré.—Dites degré et non dégré.
Dégréer.—Est, en français, un terme de marine. Dégréer un bâtiment, c’est enlever les voiles, les cordages, les agrès. C’est une faute de donner à dégréer, se dégréer, le sens de se défaire, d’ôter son pardessus (dégréez-vous); d’ôter les meubles de (dégréer une chambre).
Déguenillé.—Dites déguenillé et non déguénillé.
Déjeté.—Signifie en français: courbé, tordu. Peu usité. Il ne faut pas donner à ce mot le sens de rejeté. Il est rejeté de tout le monde, et non déjeté.
Démancher.—Signifie en français: ôter le manche. Démancher une cognée. Ne dites pas: Il s’est démanché le bras, la jambe, mais: il s’est démis, disloqué le bras, la jambe.
Demander.—Demander une question est un anglicisme (to ask a question). Dites: faire, poser une question.
On ne doit pas dire: Il a été demandé pour cette soirée, mais il a été invité à cette soirée.
Faire demander quelque chose à quelqu’un signifie en français: faire poser une question à quelqu’un. J’ai fait demander à mon ami s’il viendrait. Il ne faut pas donner à cette expression le sens de: faire donner un ordre à quelqu’un. Dites: Mander quelque chose à quelqu’un. J’ai mandé à mon fermier de payer cette somme, et non: J’ai fait demander à...
Démarche.—L’expression prendre des démarches est un anglicisme (to take steps). Dites: Faire des démarches.
Démarrer.—Terme de marine: démarrer un bâtiment, un cordage. Ne dites pas démarrer, mais détacher des souliers, un cordon, un ruban, un cheval.
Démêler.—N’est pas français dans le sens de délayer dans un liquide. Dites: détremper de la farine, et non démêler de la farine. On dit en français: Démêler du fil, une affaire, le vrai du faux, etc.
Démence.—Signifie en français, folie, aveuglement. Ne dites pas: Maison en démence, mais: maison en ruine, qui tombe en ruine, qui s’en va en ruine.
Demeure, Résidence.—Ne pas confondre ces deux mots. Votre résidence est à Montréal ou à Saint-Henri, c’est-à-dire que vous demeurez dans l’une ou l’autre de ces deux villes; mais votre demeure ou domicile est dans telle rue, à tel numéro. C’est un anglicisme de donner à résidence la sens de demeure, domicile.
A demeure signifie en français, d’une manière stable, à n’être pas déplacé. Poser un châssis à demeure. Il ne faut pas donner à cette expression le sens d’entièrement, tout à fait. Il ne faut donc pas dire: Il est adroit à demeure, cet arbre est coupé à demeure, mais tout à fait, entièrement.
Demoiselle.—Ne dites pas: Comment se porte votre demoiselle? mais comment se porte mademoiselle votre fille, ou comment se porte votre fille? selon le degré d’intimité qui existe entre les interlocuteurs. Dites: Il a passé avec sa fille, et non avec sa demoiselle; comment se porte sa fille? et non sa demoiselle. L’abréviation est Mlle.
Démonstration.—On peut faire des démonstrations d’amitié, d’intérêt; mais lorsqu’il s’agit de désigner l’expression publique d’un sentiment, d’une opinion, il faut dire manifestation. Des manifestations bruyantes. Faire une manifestation en faveur de la France.
Dent.—Dites: Il n’y en a pas pour sa dent creuse, ou sa creuse dent, et non pour sa grosse dent.
Dentelé.—Signifie en français: découpé en manière de dent. Ne dites pas: Homme bien dentelé, mais bien endenté; ni bouche bien dentelée, mais bouche bien garnie de dents.
Dépareillé.—Signifie en français: ôté de son pareil, séparé de deux ou plusieurs autres choses pareilles. Cheval dépareillé, mouchoirs dépareillés. N’est pas français dans le sens d’extraordinaire, qui n’a pas son pareil. Cet homme a une force extraordinaire, peu commune, et non dépareillée.
Déparler.—Signifie: cesser de parler. Déparlera-t-il? (cessera-t-il de parler?). Il ne faut pas donner à ce mot le sens de divaguer. Ce malade a divagué dans un accès de fièvre, et non a déparlé.
Département.—C’est un anglicisme de dire: département des tailleurs, des modistes, pour désigner l’espace, dans un grand établissement de nouveautés, réservé aux tailleurs, aux modistes. Dites comptoir, rayon des tailleurs, des modistes.
Dépêche.—C’est un anglicisme de dire: Le parlement est convoqué pour la dépêche des affaires; dites: pour l’expédition des affaires.
Dépeindre.—Ne s’emploie plus littéralement, mais au figuré seulement. Dites: dessiner, peindre un oiseau, etc., et non dépeindre un oiseau.
Dépense.—On donne à ce mot dans les dictionnaires, entre autres significations, celle de: chambre où l’on serre les provisions, dans les grands établissements. Dites: office (féminin) ou garde-manger, et non dépense, et encore moins pantry, pour les maisons particulières.
Déposer.—Il ne faut pas employer déposer absolument, et dire: Je dépose à la caisse d’épargne; mais: Je dépose mon argent à la caisse d’épargne.
Dépôt.—C’est un anglicisme d’employer ce mot dans le sens de gare ou de station de chemin de fer.
Député.—Signifie, entre autres choses, en français: représentant du peuple, délégué, envoyé. Ce sont des anglicismes de dire député-ministre, pour sous-chef de ministère; député-greffier, pour greffier adjoint; député-shérif, pour sous-shérif. V. Membre.
Déqualification.—Signifie en français: perte d’une qualification, action de déqualifier. C’est une faute de donner à ce mot le sens de perte des droits politiques, d’inhabilité politique (perte du droit de voter et d’être candidat politique). Déqualification est peu usité, en français.
Déqualifier.—Signifie: dépouiller de sa qualification ou de sa qualité, déqualifier les nobles. On donne à tort à ce mot le sens de priver des droits politiques.
Déranger (se).—Signifie en français, entre autres choses: mener une vie peu réglée. Ce jeune homme se dérange depuis qu’il voit mauvaise compagnie (Acad.). Se déranger n’est pas français dans le sens de se griser, s’enivrer.
Dérêner.—N’est pas français. Dites: Relâcher la rêne d’un cheval.
Derrière.—Ne dites pas: vent derrière, mais: vent arrière, (aller vent arrière, et non le vent arrière). C’est une locution adverbiale.
Au lieu de: derrière de l’église, dites: bas de l’église (endroit qui se trouve à l’intérieur près des portes).
Des.—V. De.
Désabrier.—N’est pas français. Est employé à tort dans le sens de découvrir une personne, une chose (ôter ce qui couvre cette personne, cette chose).
Se désabrier n’est pas français non plus. Dites: Se découvrir, se débarrasser (au lit) de ses couvertures.
Désaccord.—Signifie en français manque d’accord. Etre en désaccord sur quelque chose. Ce mot n’est pas adjectif. On ne peut donc dire: Ce piano est désaccord; dites: ce piano n’est pas d’accord.