Marinade, Marinage.—V. Amariner.

Marmoussin.—Corruption de marmouset. Petit garçon; petit homme mal fait.

Marque.—L’expression faire sa marque est un anglicisme. Dites: fournir une belle carrière; compter pour quelqu’un.

Marquer.—Ne pas donner à ce mot le sens d’entrer, d’inscrire un achat dans un livre de compte. Ce que j’ai acheté est-il entré, inscrit? et non: est-il marqué?

Marraine.—V. Barrène.

Masse.—En masse signifie en français: tous ensemble, en totalité. Se porter en masse; faire une levée en masse. On fait un abus de cette locution adverbiale. Les expressions suivantes sont vicieuses: Il pleut en masse (à verse, abondamment); nous avons eu du plaisir en masse (beaucoup de plaisir); il a des amis en masse (un grand nombre d’amis); il y a de la terre en masse (tant qu’il faut) pour remplir cette dépression du terrain.

Matcher.—Tiré de l’anglais (to match), n’est pas français. Dites: assortir des couleurs l’une avec l’autre, et non les matcher; appareiller les chevaux d’un attelage, et non les matcher; mariage bien assorti, et non bien matché; X... ne peut lutter avec N... et non ne peut le matcher.

Matériel.—C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens de notable, essentiel, considérable, important. On dira: changement notable, essentiel; progrès considérable, important, et non matériel.

Matins, Soirs.—C’est une faute d’écrire: Nous paierons nos employés les vendredis soirs, les samedis matins. Soir et matin, en ce cas, ne prennent pas la marque du pluriel. On doit écrire: les vendredis soir, les samedis matin, comme si l’on disait: les vendredis au soir, les samedis au matin. Cette dernière formule est, du reste, considérée comme la plus correcte.

Maturité.—C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens d’échéance. On doit dire: Ce billet sera payé à son échéance, et non à sa maturité.

Mauvaiseté.—Vieux mot. Il est préférable de dire méchanceté.

M. D.—Cette abréviation est anglaise. Il faut écrire en français: D. M. (Docteur médecin).

Mean.—Ce mot anglais est employé par une foule de personnes qui savent cependant qu’il n’est pas français. Dites, suivant le cas: bas, vil, méprisable, mesquin, chiche, etc.

Méchant.—On emploie souvent, à tort, méchant dans le sens de mauvais. Ainsi les expressions suivantes sont vicieuses: méchant chemin, méchant temps, méchante santé, méchante habitude, méchante cause, méchante foi, méchants bruits, méchante compagnie. Dites: Mauvais chemin, mauvais temps, mauvaise santé, etc.

Mèche.—L’expression: en avoir pour une mèche n’est pas française. Dites: en avoir pour longtemps.

La mèche d’un fouet est, en français, le bout de ficelle qui termine le fouet. C’est une faute d’appeler mèche la lanière du fouet.

C’est encore une faute d’écrire ce mot avec un accent circonflexe. Mèche, et non mêche.

Médecin.—Ne dites pas le médecin de santé, mais le médecin hygiéniste de la ville.

Meeting.—Ce mot est francisé dans le sens d’assemblée politique, en Angleterre. Ne dites pas: meeting, mais prêche (masculin), pour désigner l’assemblée religieuse des protestants.

Mégard (par).—N’est pas français. Dites: par mégarde. Il a brisé ce verre par mégarde.

Meilleur.—L’expression au meilleur de ma connaissance est un anglicisme (to the best of my knowledge). Au lieu de: au meilleur de ma connaissance, il n’est pas arrivé; au meilleur de ma connaissance, il y a deux ans. Dites: il n’est pas arrivé, que je sache; il y a deux ans, si je me rappelle bien. Ou bien servez-vous de quelque autre tournure de phrase.

Melleton.—Corruption de molleton: étoffe tirée à poil, douce, chaude et mollette.

Membre.—On dit en français: Il est membre du Parlement; mais il ne faut pas dire: Il est membre de ou pour tel comté; c’est un anglicisme. L’expression française est: Il est député, ou représentant de tel comté; il fait partie de la Chambre des députés pour tel comté. V. Député.

Menoire.—V. Travail.

Menoque.—Corruption de manoque: petite botte de feuilles de tabac sèches et triées qu’on lie ensemble.

Menotte.—Signifie en français: un lien de fer ou de corde avec lequel on attache ensemble les mains d’un prisonnier. Dites mitaine, et non menotte, pour désigner le gant qui n’a qu’une division pour le pouce et ne couvre que la première phalange des doigts.

Mépris.—L’expression mépris de cour est un anglicisme (contempt of court). Il faut dire, suivant le cas, résistance ou injure au tribunal.

Merci.—C’est l’usage en France de répondre au mot merci par: Il n’y a pas de quoi. C’est un anglicisme de répondre: vous êtes bienvenu.

Mère.—Ne dites pas: Une mère d’ours, une mère moutonne, mais une ourse, une moutonne, ou plutôt une brebis.

Meris.—N’est pas français. Dites merisier pour désigner l’arbre qui produit la merise.

Mérite.—Plaidoyer, plaider au mérite sont des anglicismes; c’est plaidoyer, plaider au fond qu’il faut dire.

Messager.—Ne dites pas: Messager du bureau du gouvernement, mais: huissier du contingent administratif. Messager pris dans ce sens est un anglicisme.

Messire.—Ce titre qui s’appliquait autrefois aux médecins, aux avocats, aux prêtres, ne s’emploie plus que par ironie. Dites: Monsieur l’abbé A. C., si vous parlez d’un prêtre séculier; et le Révérend Père A. C., si vous parlez d’un membre d’un ordre religieux, ou d’un ministre protestant.

Mesure.—Ne dites pas: à la mesure que, mais à mesure que. A mesure que l’un avançait, l’autre reculait.

C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens de projet de loi. Au lieu de: Introduire une mesure, dites: soumettre à la Chambre un projet de loi.

Métail.—Désigne une composition formée de la combinaison de plusieurs métaux. Une porte de métail. (V. Hugo). C’est une faute d’employer le mot métail pour métal. Il avait autrefois ce sens.

Metre.—Terme anglais. Se traduit par compteur (à gaz, à eau, à électricité).

Meublier.—N’est pas français. Dites ébéniste pour désigner l’ouvrier qui fait des meubles; et marchand de meubles, pour celui qui les vend. On dit aussi: ouvrier ébéniste.

Midi.—Midi ne s’emploie point au pluriel. On doit dire: Je m’y rendrai sur le midi, et non sur les midi. Quoique midi soit l’équivalent de douze heures, on ne peut pas dire: Midi sont sonnés, car midi signifie plutôt le milieu du jour que le nombre d’heures écoulées depuis minuit. On dit: Midi est sonné. Au lieu de: Je sors tous les midis; dites: Je sors tous les jours à midi. Ne dites pas: Ce midi, mais à midi.

L’usage veut qu’on écrive midi et demi, et non midi et demie.

Mingler.—N’est pas français. Corruption de l’anglais (to mangle). Dites: calandrer, passer à la calandre (les draps, les étoffes), c’est-à-dire les presser, les lustrer.

Minoucheries.—N’est pas français. Dites: minauderies: mines et manières affectées dans l’intention de plaire.

Miret.—N’est pas français. Dites: milleret: agrément pour les bordures de robes de femmes.

Misdeal.—Terme anglais. Se traduit par maldonne: action de se tromper en donnant les cartes. Faire maldonne.

Mise.—Ne dites pas la mise, mais la lanière d’un fouet. V. Mèche.

Misère.—Il ne faut pas donner à misère le sens de peine, difficulté. Ne dites pas: J’ai eu beaucoup de misère à me rendre ici, mais: J’ai eu beaucoup de difficulté, de peine...

Mode.—Ne dites pas: Il est le médecin à la mode, c’est le jeu à la mode; mais le médecin en vogue, le jeu en vogue. Un homme fort à la mode, une femme fort à la mode signifient en français: un homme fort recherché, une femme beaucoup fêtée.

Modeuse.—Signifie en français: Ouvrière en dentelles d’Alençon. Ne pas lui donner le sens de modiste: ouvrière en modes; qui s’occupe principalement de tout ce qui concerne les ornements superficiels de l’habillement des femmes, et spécialement des chapeaux.

Modiste.—C’est à tort que l’on donne à ce mot le sens de tailleuse, couturière. Modiste signifie: qui fait ou vend des articles de mode, qui s’occupe surtout de faire et vendre des chapeaux. Tailleuse signifie: qui coupe les vêtements de femme; couturière: ouvrière en couture.

Moi.—L’expression: Moi pour un est un anglicisme (I for one). Dites: pour moi, quant à moi, en ce qui me regarde, en tant que ceci me concerne, etc.

Ne dites pas: donnez-moi-le, menez-moi z’y, mais donnez-le-moi, menez-y-moi.

Moindrement.—Dites: le moindrement, et non la moindrement. Pas le moindrement du monde, terme populaire.

Moine.—Dites: Toupie, et non moine, pour désigner le jouet en forme de poire que les enfants font tourner. On appelle aussi toupie, le jouet de forme à peu près semblable, mais qui est creux et percé de trous, et fait du bruit en tournant. Moine s’emploie en France, mais dans quelques départements seulement, pour toupie.

Moins.—Dites: Vous ne l’aurez pas à un sou, ou pour un sou de moins; et non: pas un sou à moins.

Money order.—Expression anglaise, qui se traduit par mandat de poste.

Monopoliseur.—N’est pas français. Anglicisme (monopolizer). Dites: monopoleur. Le verbe cependant est monopoliser, et non monopoler.

Montant.—Signifie en français: total d’un compte, d’une recette, d’une dépense. Montant de la recette, de la dépense. Il ne faut pas donner à ce mot le sens de somme. Dites: Il a reçu une forte somme; j’ai besoin d’une certaine somme; voici la somme qu’il doit; voilà le montant des sommes dépensées, et non: Il a reçu un fort montant; j’ai besoin d’un certain montant. Le montant qu’il doit, etc.

En montant. Ne dites pas: Un dollar en montant, mais un dollar et au-dessus.

Montrer.—Cela montre bien est un anglicisme (it shows well). Dites: cela paraît bien.

Monument national.—Est une expression ridicule pour désigner le grand édifice construit à Montréal par la Société Saint-Jean-Baptiste. Pourquoi ne pas se servir de Salle Saint-Jean-Baptiste, comme cela a déjà été suggéré plusieurs fois?

Mop.—Mot anglais, qui se traduit par balai à laver ou par tête de loup (balai a long manche), ou par flaubert.

Morfondu.—Signifie en français: qui a été saisi de froid après avoir eu chaud (en parlant des hommes, des chevaux). C’est une faute de donner à morfondu le sens de rendu, fourbu.

Morning coat.—Expression anglaise, qui se traduit par jaquette (vêtement qui descend jusqu’aux genoux).

Mortalité.—Est, en français, la condition de tous les êtres organisés d’être sujets à la cessation définitive de la vie. Ce mot signifie aussi: mort d’un grand nombre d’hommes ou d’animaux. Mais c’est une faute de dire: Il y a de la mortalité dans cette maison, pour indiquer que quelqu’un y est mort.

Morvaillon, Morvasson.—Ne sont pas français. Dites: morveux. Terme de mépris donné à un petit garçon ou à un jeune homme.

Moteur.—N’est pas français dans le sens d’auteur d’une proposition, de proposant, de proposeur.

Motivé.—Ne dites pas: le motivé d’un jugement, mais les motifs d’un jugement. Motivé est un participe passé seulement, et non un substantif.

Motor-man.—Terme anglais. Se traduit par mécanicien. Homme qui conduit un tramway électrique.

Motonné.—Corruption de moutonné (adj.): frisé et annelé comme la laine d’un mouton. Est aussi substantif. Du moutonné, et non du motonné.

Motto.—Mot anglais. Se traduit par papillote: dragée enveloppée d’un papier frisé. On dit aussi devise.

Cracking mottoes se traduit par papillotes à pétard.

Mou.—Bois mou opposé à bois dur, n’est pas français. Bois tendre est le mot employé par quelques auteurs et par la législation, en France.

Mouche.—Ne dites pas mouche à patate, mais punaise à pomme de terre.

Mouillasser.—N’est pas français. Dites: Il tombe une pluie fine, une petite pluie. Pluviner avait autrefois ce sens, mais n’est plus usité que dans quelques départements, en France.

Mouiller.—Signifie, en français, tremper, aussi jeter l’ancre, etc., mais n’a pas le sens de pleuvoir. Il pleut, et non il mouille. On dira: Il tombe une petite pluie qui mouille, fort; être mouillé par l’orage.

Ne dites pas pierre mouillée, mais pierre moyée (qui contient des couches tendres qui la font se déliter).

Moulange.—N’est pas français. Dites: meule de moulin, ou simplement meule.

Moulée.—Moulée de scie est une faute. Dites: bran de scie, ou sciure de bois. Moulée en français désigne, entre autres choses, le dépôt qui se trouve au fond de l’auge de la meule.

Moulin.—On dit bien: moulin à café, à fouler l’étoffe, à écosser, mais il faut dire, machine à coudre (et non moulin à coudre); faucheuse (et non moulin à faucher); moissonneuse (et non moulin à couper); machine à scier, ou scierie mécanique ou scierie de bois (et non moulin à scies).

Ne dites pas moulin à battre, mais batteuse ou machine à battre. La batteuse comprend le moteur, qu’il ne faut pas appeler horse-power, et le batteur, qu’il ne faut pas appeler batteux. V. Silon.

Ne dites pas moulin à cardes, mais moulin à carder. Dites: machine à tricoter, machine à laver ou laveuse, et non moulin à tricoter, à laver. Au lieu de moulin à farine, dites minoterie.

Mouver.—Est français. Signifie: remuer un liquide, un corps en fusion; remuer la terre d’un pot, etc.; mais ne signifie pas déménager. C’est un anglicisme de lui donner ce dernier sens.

Mule.—Ne dites pas mule, mais meule de foin, de paille. Mettre du foin en meule. Mulon est français, et signifie: grand tas de foin.

Mûre.—Désigne, en français, le fruit du mûrier. Il faut appeler meuron ou mûre sauvage le fruit de la ronce. C’est le seul que l’on trouve dans nos campagnes.

Musique.—Ce qu’on appelle à tort musique à bouche se nomme, en français, harmonica.

N

Naveau.—Larousse dit à ce mot: “nom vulgaire des navets dans quelques provinces.” Dites plutôt navet que naveau.

Navelure.—Corruption de nervure: petite bande de soie, de drap qui règne sur la couture d’un habit.

Neau.—Corruption de noue (féminin): entrailles, foie et langue d’une morue.

Net.—Mot anglais. Se traduit par résille (ré-zille, ll mouillées). Filet qui enveloppe les cheveux.

Niagara.—Dites la chute du Niagara, c’est-à-dire du fleuve Niagara, plutôt que la chute Niagara.

Nippe.—Signifie populairement, en France comme ici: vêtements vieux, sans valeur. Mais le sens propre est: L’ensemble des vêtements, des meubles, et de tout ce qui sert à l’ajustement et à la parure. Avoir de belles nippes.

Nom.—Ne dites pas: Donner des noms, mais donner des sobriquets.

Nombrer.—Est un verbe actif. Signifie: trouver le nombre, compter, relater, énumérer. C’est un anglicisme de dire: Les Acadiens nombrent (number) 108,655 âmes; Dites: sont au nombre de; la population des Acadiens est de, etc.

Non-résident.—Est un anglicisme. Désigne, en termes de répartition de taxes, etc.: celui qui ne demeure pas sur sa propriété. Il n’y a pas en français de mot équivalent. On peut donc se servir du mot non-résident. Le terme non-résidence est français, et signifie: absence du lieu où l’on devrait résider.

Notice.—Signifie en français: extrait raisonné d’un livre; courte description. Notice biographique, etc. C’est un anglicisme de donner à notice le sens d’avis public.

Notifier.—On notifie quelque chose à quelqu’un; on ne notifie jamais quelqu’un de quelque chose; c’est là un anglicisme.

Noyade.—Signifie: l’action de noyer une ou plusieurs personnes: le supplice de la noyade. Noyade ne signifie pas du tout le fait de se noyer accidentellement ou volontairement.

Nuage.—N’est pas français dans le sens de fichu de laine, qui sert aux femmes à s’envelopper le cou, la tête.

Nuit.—Dites: Partir, arriver, voyager, etc., de nuit, et non la nuit.

Nul.—Nul doute est un anglicisme (no doubt). Dites: Sans aucun doute. C’est un homme qui, sans aucun doute, atteindra son but; et non qui, nul doute, atteindra son but.

O

Obituaire.—Désigne, en français, le registre où l’on inscrit le nom des morts et la date de leur sépulture. C’est une faute de donner à ce mot le sens de nécrologie, comme en le voit quelquefois dans les journaux.

Objecter (s’).—On dit en français: Je me suis objecté la difficulté de l’entreprise. C’est-à-dire: Je me suis opposé, représenté à moi-même... mais s’objecter à une chose, est un anglicisme. Dites: s’opposer à une chose, se prononcer contre une chose.

Obtenir.—Ne dites pas: obtenir, mais atteindre un but.

Occuper.—L’emploi de ce mot donne lieu à des expressions vicieuses. Ne dites pas: Ce que je lui ai dit l’occupe, mais l’inquiète. Ne dites pas: Cela ne m’occupe pas, mais cela m’importe peu; m’est égal, indifférent.

Octroi.—Désigne en français: les taxes qui se perçoivent sur les objets de consommation à l’entrée des villes et à leur profit. C’est une faute de donner à octroi le sens de subvention, allocation faite par une ville, un gouvernement, pour favoriser une entreprise.

Office.—Ne dites pas l’office d’un notaire, mais l’étude; ni l’office d’un avocat, mais le cabinet. Office se dit quelquefois correctement, par imitation de l’anglais, pour bureau. Office de publicité, de correspondance. Ce mot est toujours du masculin; excepté lorsqu’il désigne une pièce généralement placée auprès de la salle à manger, où se prépare le service du dessert, où se gardent le linge de la table et la vaisselle. Ainsi office est du masculin dans le sens de service (rendre un bon office); de devoir (il s’acquitte bien de son office); de fonction (un office lucratif); de destination spéciale (le remède a fait son office); etc.

Officier.—Ce titre se donne bien, il est vrai, à toute personne qui a un service à remplir, une charge, une fonction à exercer; mais en français, pour désigner le président, le secrétaire et le trésorier d’une compagnie ou association, on dit le bureau, les membres du bureau, et non les officiers, qui est un anglicisme.

Officier rapporteur signifie, en français: rapporteur d’un conseil de guerre. L’expression, en termes d’élection, officier rapporteur, est une traduction littérale de l’anglais (returning officer). Président d’élection ferait mieux. Au lieu de sous-officier rapporteur, dites: président du scrutin.

Olivette.—Il faut dire godet, et non olivette, pour désigner l’auget qui est attaché à la noria, dans une minoterie, et qui sert à remonter le son, la farine. Olivette est en français un champ d’olives, un terme de joaillerie, etc.

Ombrageux.—Se dit, au propre, des animaux craintifs qu’effraye jusqu’à l’ombre des objets. Au figuré, signifie: soupçonneux, défiant: cheval ombrageux, caractère ombrageux. Il ne faut pas donner à ombrageux le sens d’ombreux: qui donne de l’ombre. Forêt ombreuse. Ombreux signifie aussi: qui est couvert d’un ombrage épais. Vallée ombreuse.

On.—On s’emploie constamment ici, mais à tort, pour nous. C’est peut-être la faute qui se commet le plus souvent. Ce sera peut-être aussi celle qui disparaîtra le plus difficilement. On va s’amuser ce soir signifie en français: certaines gens (dont vous parlez) vont s’amuser. On va s’amuser au carnaval de Québec, c’est-à-dire: les gens vont s’amuser, le monde va s’amuser. Mais c’est une faute de donner à cette phrase le sens de: nous allons nous amuser. On ne doit jamais être employé dans le sens de nous.

Il est vrai que la nuance entre les deux pronoms est tellement vague quelquefois, qu’ils peuvent s’employer indistinctement.

Ondain.—Dites andain, et non ondain, pour désigner le foin fauché en longues rangées. Laisser le foin en andain (ne pas l’étendre).

Opérateur.—L’expression opérateur de télégraphe est un anglicisme. On dit en français: un télégraphiste.

Opération (en).—L’expression en opération est vicieuse. Au lieu de dire que la loi, la fabrique, le chemin de fer, la banque, la compagnie d’assurance, la mine, la scierie, etc., sont en opération, dites: La loi est en vigueur; la fabrique est en activité; le chemin de fer marche, fait le service; la banque, la compagnie d’assurance commence, continue ses opérations; la scierie fonctionne; la mine est en exploitation. Le verbe fonctionner peut souvent remplacer cette expression impropre en opération.

Opinion.—L’expression: Je suis de votre opinion est française; mais c’est un anglicisme de dire: Je suis d’opinion que. Il faut: Je suis d’avis que.

Opposer.—On commet un anglicisme quand on dit: opposer un homme, un candidat, dans le sens de le combattre. On peut dire: opposer un candidat à un autre, pour signifier: susciter un adversaire à ce dernier; mais on ne peut pas dire: opposer une candidature, dans le sens de s’y opposer.

Opposer quelqu’un de faire quelque chose, dans le sens de l’en empêcher, est encore un anglicisme.

Opposition.—Est un anglicisme dans le sens de concurrence. Ces deux marchands se font une forte concurrence, et non une forte opposition. Les vins de Malte font concurrence aux spiritueux, et non font opposition.

Oppressé.—Ce mot ne s’emploie plus dans le sens d’opprimé. Prendre la défense des opprimés, et non des oppressés.

Ordonner.—Ordonner le dîner veut dire en français: prescrire l’ordre du dîner. Pour signifier faire servir, dites commander le dîner, et non ordonner, qui est un anglicisme. Commander un habit, et non ordonner un habit.

Ordre.—Est du masculin. Ne dites pas: J’ai ordre de... mais J’ai reçu ordre de...

C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens de commande. Au lieu de: J’ai donné l’ordre pour un pantalon dites: J’ai donné la commande pour un pantalon, je me suis commandé un pantalon.

Ordre en conseil est une expression vicieuse. C’est la traduction littérale de l’anglais (order in council). Il faut dire: arrêté du conseil, ou arrêté du conseil des ministres, ou arrêté de l’exécutif.

Il faut dire: l’ordre du jour, et non les ordres du jour qui est un anglicisme (orders of the day): travaux d’une assemblée délibérante réglés d’avance pour un jour déterminé.

Oreiller.—Est du masculin. Un oreiller blanc. Dites: coussin de voiture, de fauteuil, et non oreiller.

Orgueilleux.—N’est pas français pour désigner l’orgelet: petite tumeur inflammatoire, de la nature du furoncle, qui se développe près du bord libre des paupières, particulièrement vers l’angle interne, et qui a la forme d’un grain d’orge. Orgelet aigu, orgelet chronique. On dit aussi orgeolet.

Originer.—N’est pas français. C’est un anglicisme (to originate). Dites: Cette histoire a pris naissance, a commencé, et non a originé. On donne aussi, mais à tort, à ce barbarisme originer le sens de tirer son origine.

Oripiaux.—N’est pas français. Dites: oreillons (inflammation des glandes voisines de l’oreille).

Os.—C’est une faute d’appeler os, la cliquette: instrument fait de deux os, de deux morceaux de bois, etc., qu’on met entre les doigts et dont on tire des sons en les faisant frapper l’un contre l’autre. Elle diffère de la castagnette, qui est composée de deux petites pièces de bois en forme de coquille.

Ostination.—Corruption d’obstination. Ce mot signifie en français: opiniâtreté, entêtement. Il ne faut pas lui donner le sens d’affirmation ou de dénégation persistante en opposition aux assertions d’une autre personne; ni le sens de discussion, de prise de bec.

Ostiner.—Corruption d’obstiner. Il ne faut pas employer obstiner absolument. Au lieu de: Il obstine toujours, dites: Il contredit toujours; il ne veut jamais se rendre à l’opinion des autres.

.—Dites: C’est à Québec que Champlain est mort, et non où Champlain est mort. Cette expression: c’est à X... où, c’est là où, ne s’emploie plus.

Ouillé.—Se dit, en français, d’une barrique, d’un tonneau rempli jusqu’à la bonde. N’est pas français pour désigner un animal que l’on engraisse pour la boucherie, et qui ne peut plus manger parce qu’on lui a donné une trop grande quantité de nourriture.

Ouillé se dit encore, mais à tort, d’une personne fatiguée de la même nourriture.

Outrage.—Est du masculin. Signifie en français: violente injustice, grave injure. C’est un anglicisme de l’employer absolument comme dans cette phrase, cette transaction est un outrage. Pour que la phrase soit correcte, il faut dire: cette transaction est un outrage au bon sens, à la morale publique, etc.

Outre.—En outre de est une expression vicieuse. Ne dites pas: en outre de cela, en outre du rapport, mais: outre cela, outre le rapport. En outre doit toujours s’employer sans complément.

Ouvrier.—V. Bord.

Overall.—Mot anglais. Désigne une étoffe brune; s’emploie à tort pour salopette: pantalon que les ouvriers, et notamment les peintres en bâtiments, passent par-dessus leur pantalon ordinaire pour le protéger pendant les heures de travail.

P

Pad.—Mot anglais. Ce qu’on appelle à tort papier en pad, se nomme en français bloc-notes (assemblage de petites feuilles de papier réunies en bloc, et faciles à détacher, servant à prendre des notes). Ecrire sur un bloc-notes.

Pagée.—N’est pas français. Dites une travée de clôture, et non une pagée.

Paillasse.—L’expression: Paillasse à ressort est un anglicisme (spring mattress). Dites: sommier élastique, ou simplement sommier.

Pain.—L’expression: Pain brun est un anglicisme (brown bread); dites: pain bis.

L’expression: prendre, se prendre en pain n’est pas française. On peut dire: se coller; se coller ensemble; se prendre en une masse, former une masse, se réunir en une masse, se joindre en une masse, en parlant des grains, de la terre, des abeilles, du tabac, du sel, des atacas gelés, etc; et se coaguler, se figer, se cailler, en parlant du sang et de certaines autres matières liquides.

Pair.—Ne dites pas le pair, mais le pis d’une vache, d’une chèvre, etc.

Paire.—Ne dites pas: une paire de pantalons, de culottes, des pantalons, des culottes, si vous ne voulez désigner qu’un seul vêtement, mais un pantalon, une culotte. La culotte ne descend qu’au genou. Cependant l’usage permet d’appeler le pantalon, culotte.

Palette.—Ne dites pas: palette de casque, mais visière. (V. Casque.) Dites: garde-vue (masculin) ou abat-jour, et non palette, pour désigner l’espèce de visière qui sert à garantir la vue.

Dites: une tablette de chocolat, de sucre, de gomme, et non une palette. La partie de la rame et de l’aviron qui trempe dans l’eau s’appelle pale (féminin), et non palette.

Palissade.—Désigne en français: une clôture faite de pieux ou palis, ou d’arbustes taillés. C’est une faute d’appeler palissade la clôture ordinaire.

Palot.—Désigne en français: un villageois fort grossier. C’est une faute de donner à ce mot le sens de: lourd, au physique; qui manque d’agilité.

Panage.—Signifie en français: droit que l’on paie pour mettre dans une forêt les porcs qui s’y nourrissent de glands. Panage est une corruption de panache dans le sens de: cornes rameuses des bêtes fauves. Dites: bois, panache d’un cerf, d’un daim, d’un caribou, d’un orignal, d’un élan, d’un renne, etc., et non panage.

Panneau.—Ne dites pas panneau, mais abattant, pour désigner la partie mobile d’une table qui se lève et s’abaisse.

Le morceau détaché qui s’ajoute à une table pour l’allonger ne s’appelle pas un panneau, mais une rallonge.

Pantalon.—V. Paire.

Pantomine.—Corruption de pantomime: acteur qui exprime par des gestes les passions, les idées, sans recourir à la parole. On peut dire indifféremment un pantomime ou une pantomime, en parlant de cet acteur.

Pantomime est du féminin lorsqu’il désigne l’art d’exprimer par des gestes les passions, etc.

Pantry.—V. Dépense.

Pape.—Ne dites pas: les Etats du pape, mais les Etats de l’Eglise, ou Etats pontificaux, ou Etats romains.

Paper-clip.—Cette expression anglaise se traduit par pince-notes: pince à ressort servant à retenir ensemble des feuilles de papier.

Papier.—Ne dites pas: du papier sablé, qui est un anglicisme (sand paper), mais du papier de verre: papier enduit de poudre de verre, dont on se sert pour polir les pièces de bois ou de métal.

Paquet.—V. Poste.

Par.—Par ici signifie en français: par cet endroit-ci, vers cet endroit-ci, en parlant du lieu où l’on est. Passez par ici; venez par ici. C’est une faute de donner à cette locution adverbiale le sens de: dans cette localité. Ne pas dire: Les gens de par ici, mais les gens de l’endroit, de la localité, de cette localité.

Dites: Cinq pour cent, dix pour cent, et non cinq par cent.

Paraître.—Je l’ai paru belle est une expression vicieuse. C’est la corruption de: Je l’ai paré belle. Je l’ai échappé belle a le même sens.

Parapel.—N’est pas français. Corruption de parapet. Parapet est un terme de fortification, et veut aussi dire muraille ou garde-fou à hauteur d’appui sur les côtés d’un pont, d’un quai, etc. C’est donc une faute de donner à ce mot le sens de trottoir, perron, véranda. V. Galerie.