[470-A] La Symphonie de la Forêt reprend. (Partition, p. 195.)—C'est alors que sur les ondes bruissantes de l'orchestre l'Oiseau de la Forêt perle son adorable chant. (Partition, pages 196, 197.)—A signaler l'accord particulier, d'un effet si pittoresque, qui revient, parmi les traînées murmurantes de l'orchestre, à chaque phrase du Chant de l'Oiseau.—Ce Chant, avons-nous vu, reproduit presque identiquement la Mélodie de Woglinde. La seule différence, c'est que cette mélodie reparaît ici en mi-majeur, au lieu d'être, comme dans Rheingold, en mi-bémol majeur; le rythme en serait aussi peut-être un peu plus vif.
Puis sous les traînées murmurantes de l'orchestre, et tandis que l'Oiseau, par dessus, dit son chant, se déroule le motif mélancolique des Wälsungen, «comme si, dit judicieusement M. Ernst, l'âme de Sieglinde errait à l'entour de son fils très aimé.» (Voyez à ce propos la note de mon collaborateur, touchant Sieglinde page 463.) «Non moins reconnaissable, dans ce Chant de l'Oiseau, remarque le même auteur, est l'élément caractéristique du Sommeil de Brünnhilde. Le thème des Walkyries s'y trouve également: ces deux points fixent la nature prophétique de ce chant qui doit annoncer à Siegfried qu'une fiancée l'attend au faîte de la montagne.» (Voy. dans la partition pour tout le Chant de l'Oiseau, indépendamment du passage cité ci-dessus, les pages 208, 230, 231, 232, 233 et 234.)
[471-1] Ces dialogues entre des oiseaux et des héros sont assez fréquents dans l'Edda, comme dans tous les chants primitifs, du reste. Ils contribuent à signifier la communion, l'intimité de l'homme enfant avec la Nature: cette signification, c'est encore l'une de celles qu'il importe d'attribuer au présent épisode de la Tétralogie.
[471-2] «SEPTIÈME AIGLE: «Qu'il coupe la tête à ce Jote au cœur froid, et qu'il lui enlève ses richesses. Alors tout le trésor que possédait Fafnir sera à lui seul....»—«.... Sigurd suivit la trace de Fafnir vers sa demeure. Elle était ouverte, mais la porte et les linteaux étaient en fer. Toute la charpente était aussi de fer et l'or était caché sous terre....» (Fafnismal.)
[474-1] «Cette querelle entre Mime et Alberich reproduit bien les aigres disputes (observe avec justesse M. Ernst) et les glapissements—comme de furieuses voix de vieilles femmes,—entendus, selon maint conte, au voisinage des endroits hantés par les nains.»
[475-1] «Sigurd trouva là un énorme trésor, et il en remplit deux coffres. Il prit le casque d'Œgir» (analogue au Tarnhelm), «la cotte de mailles d'or et l'épée Hroth et beaucoup de choses précieuses...» (Fafnismal.)
[475-2] «DEUXIÈME AIGLE: Voilà Regin couché songeant comment il trompera l'homme qui se confie en lui....»—«SIXIÈME AIGLE: Il»(Sigurd) «me paraît très imprudent s'il épargne plus longtemps ce dangereux ennemi. Regin qui le trahit est couché là-bas, et Sigurd ne sait pas comment il doit se défendre contre lui.»—... «SIGURD: Le sort n'a pas décidé que Regin parviendrait à me tuer. Bientôt les deux frères descendront vers Hel.» (Fafnismal. Se rappeler que dans les sources mythiques, Fafner est un frère de Regin, qui a mené Sigurd contre lui.)
[476-1]«Regin s'était éloigné tandis que Sigurd tuait Fafnir. Il revint au moment où Sigurd essuyait le sang de son épée. Regin dit: «Salut à toi, Sigurd! tu as remporté la victoire et tué Fafnir. De tous les hommes qui existent sur la terre, tu es le plus vaillant.... Tu es fier, Sigurd, et heureux de ta victoire, et tu essuies ton épée Gram dans l'herbe....» (Fafnismal.)
[476-2] «Ne t'ai-je point parlé déjà, une autre fois, d'un sujet gai? C'était l'histoire du garçon qui s'en va par le monde «pour apprendre la peur» et qui est assez niais pour ne jamais la connaître. Pense à mon effroi, lorsque j'ai tout à coup reconnu que ce garçon n'est autre que le jeune Siegfried, qui conquiert le trésor et réveille Brünnhilde.» (Lettre de Wagner à Uhlig, datée de Zurich, 10 mai 1831.) M. Ernst cite ce document à l'appui de son affirmation que l'idée de la peur, et de l'impossibilité où Siegfried est de la ressentir, vient surtout du nº4 du recueil populaire des Kindermärchen. Affirmation sans doute, ai-je dit déjà, trop exclusive: je crois l'avoir assez démontré par deux citations de l'Edda de Sœmund. (Voir La Walküre, p. 403, note (1), auxquelles je renvoie.)
[477-1] «SIGURD: «Tu m'as conseillé de chevaucher par delà la montagne sacrée. Si tu ne m'avais poussé à l'action, le Dragon aux écailles brillantes jouirait encore de la vie et de son trésor...» (Fafnismal). «En luttant contre la mort, le Dragon lui dit:... «Ecoute, Sjurd, ce que j'ai à te dire. Qui t'a suivi dans le chemin jusqu'ici?»—«C'est Regin ton frère, qui m'a montré le chemin. C'est le plus méchant des traîtres; il veut te faire périr.» (Chants des Iles Féroë).
[477-2] Souvenir du Nibelunge-nôt: «L'homme hardi (Siegfrid) n'avait pas l'âme faite de façon à deviner leur trahison. Plein de vertu, il était étranger à toute fausseté.» (XVI, 146).
[479-1] «TROISIÈME AIGLE: «Après lui avoir coupé la tête» (à Siegfried), «il» (Regin) «enverra vers Hel ce bavard aux longs cheveux; ainsi il possédera tout le trésor sur lequel Fafnir était couché.» (Fafnismal.)
[479-2] «Sigurd coupa la tête de Regin, mangea le cœur de Fafnir et but le sang de Regin et de Fafnir...» (Fafnismal)—«Regin se coucha à terre pour boire le sang vénéneux du Dragon. Pour boire le sang vénéneux du Dragon, Regin se coucha à terre. Sigurd lui donna le coup de la mort à l'endroit où il se tenait. Et c'était le jeune Sjurd qui brandissait son épée. Il coupa en deux le forgeron Regin.» (Chants des Iles Féroë).
[480-1] «Toi, Fafnir, tu exhales ton dernier souffle, tu vas descendre vers Hel.» (Fafnismal) «Tu étais effroyable, Dragon aux écailles brillantes, et tu avais un cœur impitoyable!» (Id.)
[481-1] «Alors Sigurd entendit ce que chantaient les aigles: «... Je connais une femme admirablement belle, toute brillante d'or: ah! si elle pouvait être à toi... Sur le haut sommet de Hindarhall s'élève un burg tout entouré de feu... Sur le rocher dort la vierge des combats, et le feu dompté la lèche doucement. Yggar» (Odin) «lui piqua une épine dans son voile, dans le voile de la jeune fille qui voulait tuer des hommes.» (Fafnismal) «Voici ce que lui dirent les oiseaux assis dans les arbres: «Brinhild est belle, la fille de Budli; elle attend ton arrivée.» Et les oiseaux sauvages assis sur les branches des chênes lui dirent: «Brinhild, la fille de Budli, est belle; elle attend ton amour.» Voilà ce qu'apprit Sjurd vers l'orient, dans son pays.» (Chants des Iles Féroë.)
[481-2] Les Aigles: «Tu peux, ô homme, contempler sous son heaume la vierge que le cheval Wings-Kornir» (Grane, dans la Tétralogie) «emporta hors de la mêlée. Nul guerrier ne peut interrompre le sommeil de Sigurdrifa» (Brünnhilde) «avant que les Nornes y consentent.» (Fafnismal.)—«Il» (Odin) «ordonna que celui-là seul m'éveillerait de mon sommeil, qui jamais n'aurait connu la crainte.» (Helreidh Brynhildar ou Descente de Brynhild vers Hel, dans l'Edda de Sœmund.)
[482-1] Littéralement: «le sot» (ou «naïf», ou «niais») «garçon».—Cf. p. 438, note (1).
[483-1] «Eveille-toi, Groa! éveille-toi, femme bonne! Je viens t'éveiller devant les portes de la mort.» (Evocation de Groa.) Mais c'est surtout d'un autre chant de l'Edda de Sœmund, Wegtams-Kvidha, que Wagner s'est ici souvenu. Dans ce poème de Vegtam, Odin, inquiet, comme tous les Ases, sur le sort de Balder, «Odin, le dominateur des peuples, se lève, il pose la selle sur Sleipner, et chevauche ensuite vers Niflhem. ... Odin avança: le chemin qui descendait de la terre retentit, et le père des Ases arriva dans la demeure de Hel. Il se dirigea vers la porte de l'Orient où était le tombeau de Vala. Odin chanta devant cette tombe l'évocation des morts, regarda le nord et traça des runes; il demanda une réponse. Vala se leva enfin, et chanta ces paroles de la mort: «Quel est, parmi les hommes, cet homme qui m'est inconnu et qui répand la tristesse dans mon esprit? J'étais enveloppée de neige, battue par la pluie et mouchetée par la rosée; j'étais morte depuis longtemps.» (Wegtams-Kvidha, 6, et 8-11.)—C'est d'abord pour rappeler cette source scandinave que Wagner fait paraître, ici, Erda «recouverte de givre». Pourquoi donc ne s'en soucia-t-il pas dans L'Or-du-Rhin, lorsque spontanément surgit Erda plus jeune? C'est que lointaine encore était, à ce moment, l'éventualité du Crépuscule-des-Dieux. Mais voici qu'il est proche, et Wagner n'oublie point qu'entre autres phénomènes avant-coureurs du Ragnarœcker, il y aura, suivant les Eddas, «il y aura d'abord un hiver...: la neige tombera dans toutes les directions, une gelée très rigoureuse et des vents piquants feront disparaître la chaleur du soleil. Cet hiver se composera de trois hivers pareils, qui se succéderont sans été» etc, etc. Détails très peu dramaturgiques, non utilisés par Wagner, mais consciencieusement suggérés—d'un mot.
[484-1] C'est l'une des préoccupations d'Odin dans les Eddas; celle de Snorro (Bragarodur) raconte longuement, entre autres choses, comment, déguisé en faucheur (on songe à mainte fable hellénique) il conquit l'hydromel de Sattung, «si parfait, que quiconque en boit devient poète et fort savant».
[484-2] «On me nomme Vegtam, et je suis le fils de Valtam. Parle-moi de l'abîme, et je te parlerai de la terre.» (Wegtams-Kvidha, 11)
[485-1] «Quel est, parmi les hommes, cet homme qui m'est inconnu et qui répand la tristesse dans mon esprit?» (Wegtams-Kvidha, 10.)
[485-2] Dans la Grepisspà de l'Edda de Sœmund, Brynhild est désignée par ces mots: «la voyante».—Pour les Chants des Iles Féroë, c'est «la jeune fille pleine de savoir». Comparez p. 520, n. (1), le prologue du Crépuscule-des-Dieux (scène entre Brünnhilde et Siegfried) et la scène finale du même drame.
[486-1] Streitvater, «le Père-du-Combat».
[486-2] «Sigurdrifa tua Hialmgunnar dans le combat; mais, pour la punir, Odin la piqua de l'épine du sommeil et décida qu'à partir de ce moment elle ne remporterait plus de victoire dans les combats, et qu'elle se marierait.» (Sigrdrifumal.)
[486-3] «J'ai parlé contre mon gré, maintenant je dois me taire,» répète à Vegtam plusieurs fois Vala. (Wegtams-Kvidha, 12, 14, 16.) Et Vegtam (Odin) lui réplique chaque fois: «Parle-moi, Vala! Il est des choses que je veux savoir, et je t'interrogerai jusqu'à ce que tu les aies dites.» (Id., 13. 15, 17.) Ou encore (17): «Dis-moi cette seule chose, tu ne dormiras pas auparavant.»
[487-1] «Mais les fils des Ases n'ont pas d'intelligence.» (Wegtams-Kvidha, 12.)—«Tu n'es point Vegtam, comme je l'ai cru; tu es Odin le chef des peuples.—Tu n'es pas Vala, tu n'es pas une savante femme, mais trois fois la mère des Thursars.» (Id., 18, 19.)
[487-2] «Retourne chez toi, Odin, et sois généreux. Les hommes ne viendront plus me trouver avant le temps où Loke brisera ses liens, avant le moment de la mort des Dieux.» (Wegtams-Kvidha, 20.)
[488-1] «Il passe devant la cour du roi Juki.» (Gibich) «Dehors se tient Grimhild entourée de maints guerriers...—Sjurd, suspends ta course, écoute et réponds-moi. J'ai une fille qui est belle et qui veut t'accorder son amour» (Gudrun) «—Jamais je ne suspends ma course... Je continue à gravir la montagne où brûle la Waberlohe... Je continue à gravir la montagne pour contempler une belle femme.» (Chants des Iles Féroë.)
[489-1] «Ecoute, Sjurd, qui t'a montré le chemin, quand tu chevauchais à travers la fumée et les flammes de la Waberlohe?—Deux oiseaux me dirent dans le bois verdoyant: Elle est belle, Brinhild, la fille de Budli, et elle attend ta venue. Voilà ce que me dirent deux oiseaux sur mon chemin, et c'est pour cela que j'ai chevauché jusqu'ici.» (Chants des Iles Féroë.)
[490-1] «Wagner n'a pas le moindre besoin d'une aride forme sentencieuse pour émettre de ces vues profondes.» Combien de fois l'aurai-je répété? Mais il le faut.
[491-1] Pour comprendre cette phrase obscure (en apparence), il suffirait, à la rigueur, de se rappeler qu'Odin étant un dieu borgne, l'œil qui lui manque n'est autre chose que le soleil,—disent les mythographes. «C'est grâce à» cet «œil» de Wotan que Siegfried peut voir l'autre œil, celui qui reste au Dieu.—Wagner, notais-je dans l'Or-du-Rhin, s'est servi çà et là de cette interprétation; mais il l'a, suivant l'habitude de son génie, enrichie d'un nouvel et profond sens philosophique, dont s'éclaire son quadruple Drame: si l'on veut bien prendre la peine de se reporter à cette même note (p. 218), et se rappeler dans quel but Wotan a «mis en gage» l'œil qui lui manque (pour épouser Fricka, la Sagesse incarnée), sans doute comprendra-t-on pourquoi, tout en recommandant comme utile, en raison de sa simplicité, la glose mythographique ci-dessus, je me rallie sans hésitation à celle de M. Alfred Ernst. L'énigmatique passage signifie, d'après lui, que l'œil auquel a renoncé Wotan (pour acquérir la froide Sagesse, qu'il a crue nécessaire au gouvernement du Monde) est «l'une de ses deux clairvoyances»: clairvoyance de l'instinct, ou, si l'on veut, du cœur. Et l'éminent critique ajoute: «Issu de la tendresse que Wotan eut pour les hommes, loin des dieux, contre les dieux même et les lois édictées» (cf. dans La Walküre, le rôle entier de Siegmund: le récit de Wotan à Brünnhilde; l'émotion de Brünnhilde, Wotan-féminin, devant la douleur du Héros), «Siegfried est», comme le fut Siegmund, «le représentant de cette clairvoyance sacrifiée; il en procède, et il regarde Wotan précisément avec l'œil qui manque à celui-ci, c'est-à-dire avec la lumineuse sûreté d'une libre nature, d'un cœur libre.»
[492-1] «Ma haine».—Neid pourrait encore («doit» diront certains) se traduire ici par: mon «envie».—Cf. p. 494, note (1).
[492-2] «Deux corbeaux, perchés sur ses épaules, lui racontent à l'oreille ce qu'ils ont vu et entendu. On les nomme Hugen et Munen. Ils partent à la pointe du jour, parcourent la terre et sont de retour pour le déjeuner. Odin sait ainsi tout ce qui se passe; on l'appelle le Dieu aux Corbeaux.» (Edda de Snorro, Gylfaginning.)—Grimm interprète ainsi les noms des deux corbeaux, d'après leur étymologie: Huginn de Hugr (animus, cogitatio); Muninn de munr (mens).
[493-1] «L'homme du guet a de la peine à se faire entendre; il dit: «Celui qui chevauchera à travers la Waberlohe obtiendra la jeune fille.» (Chants des Iles Féroë.)
[493-2] «La flamme s'élançait, la terre tremblait et les langues de feu s'élançaient jusqu'au ciel. Nul parmi les plus braves n'osait s'avancer au milieu des flammes.» (Brot af Brynhildarkvidhu.)
[493-3] «Jamais je ne suspends ma course...» etc. (Voir plus haut p. 488, note, l'extrait des Chants des Iles Féroë.)—«L'illustre Sjurd s'écrie, qu'on le sache au loin: «J'en porte le présage sur mon bouclier; je veux chevaucher à travers le feu.» (Id.)
[494-1] Pourquoi Wotan s'oppose au passage de Siegfried?—Un commentateur de Wagner, auteur d'un livre qui, hélas! fait autorité pour beaucoup, répondrait (p. 228): «Wotan craint que le Héros qu'il a suscité pour le salut des dieux ne cause leur perte définitive...» Comme cela est bien compris, n'est-ce pas? Comme l'on s'est bien donné la peine, je ne dirai pas d'approfondir, mais de lire, seulement, la scène précédente et ces paroles du Voyageur: «La fin des Dieux ne m'épouvante guère, depuis que j'y aspire, depuis que je la—veux!» Et encore: «Au divin Wälsung je veux léguer mon héritage... A l'éternellement Jeune le Dieu cède, avec joie...» Vraiment, conçoit-on bien, maintenant, telles phrases indignées de mon Avant-Propos? Mais songeons à donner nous-même une autre glose.—Lorsque Le Voyageur a dit, au Deuxième Acte, qu'il venait «pour voir, et non pour agir», j'ai noté que ce dégoût de l'action datait, chez lui, de la perte de son Désir, de son vivant Désir, Brünnhilde. J'ajoutais qu'à mesure que se développe le Drame, Wotan y «agit» de moins en moins, quoiqu'il en reste, au fond, le personnage unique. Hé bien! son attitude, en présence de Siegfried, n'est pas contradictoire de ces affirmations. Lorsque, dans La Walküre, le Dieu a «renoncé» pour la première fois («Soit, je te bénis, fils du Nibelung!») ce «renoncement» a été suivi, on se le rappelle, d'un accès de fureur motivé par la résistance de Brünnhilde (Désir personnifié de Wotan). Or, il vient de «renoncer» encore; et son nouvel accès de fureur, consécutif, de même, à ce nouveau «renoncement» paraît symétrique du premier: chaque fois que son Désir se réveille, résiste (comme dans La Walküre), ou va se réveiller (comme ici), le conflit moral doit éclater. Wotan, dans une partie de son rôle, n'étant, en somme, qu'un symbole incarné de notre Ame, de nos désirs humains d'agir et de posséder, il serait du reste bien humain qu'à l'instant de perdre tout pouvoir, le Dieu, même résigné, ne l'en défendît pas moins. Mais il me semble plus logique d'admettre que c'est la rigueur, d'une part,—d'un inéluctable destin, qui provoque cette suprême révolte, tandis que d'autre part Wotan fait une épreuve, non seulement de sa propre puissance, mais surtout de celle du Héros cherché: tel est le sens de toutes les questions qui finissent par lasser Siegfried; le Dieu ne les pose que pour se prouver à soi-même qu'il a bien devant lui le Héros remplissant toutes les conditions (d'ignorance, et de liberté) spécifiées, soit dans La Walküre, au Deuxième Acte, en la scène que Wagner nommait avec raison «la plus importante du quadruple Drame» (en est-on convaincu, maintenant?), soit, ci-dessus même, devant Erda, dans la deuxième scène culminante de l'œuvre. Ajoutons qu'au point de vue de la construction du Drame, il y a, dans la défaite de Wotan par Siegfried, une façon naturelle et merveilleusement franche de montrer le Dieu sortant de l'«action» (de l'«action» visible, du moins—puisque Le Crépuscule-des-Dieux, bien que Wotan n'y paraisse même plus, continue d'être, jusqu'au bout, «la figuration de sa Pensée»).
[494-A] Le thème de la Fin des Dieux s'élève significativement à la fin de cette scène. (Partition, pages 279 et 280.—Pour ce thème, cf. partition de Rheingold, page 74; voy. note de la page 269; même partition, page 194; voyez note de la page 302.)
[495-A] Surgit ici l'aveuglante symphonie de la Traversée du Feu. (Cf. Walküre, partition, page 303 et seq.—Voy. note de la page 402.) (Partition de Siegfried, pages 281 à 285.) «Les rapides batteries du Feu courent aux instruments à cordes; on se croit revenu à l'Incantation finale de la Walkyrie. Nous sommes en pleine traversée du Feu: dans l'étincellement du glockenspiel et du triangle, au milieu de la vibration des cymbales, des frémissantes traînées des cordes, des clairs dessins des flûtes, les cuivres proclament le thème de Siegfried, auquel répond l'allègre sonnerie de son cor d'argent. De grands traits de harpe mettent leur triomphante ivresse dans la magie de ce pittoresque tableau...»
Cette page instrumentale est, en comptant la symphonie des Murmures de la Forêt, la deuxième dans la série des grands morceaux d'orchestre affectés à Siegfried.—Les deux autres principales sont la symphonie du Voyage sur le Rhin et la Marche funèbre du Crépuscule des Dieux. Je crois que ces grandes pages musicales, qui accompagnent, à travers le Drame, le personnage de Siegfried, et où, à mesure qu'elles se succèdent, se retrouvent, de plus en plus nombreux, des thèmes importants entendus déjà, je crois, dis-je, que ces grands passages symphoniques ont pour but, ainsi constitués, de ramener peu à peu, condenser, résumer sur le personnage du Héros les principales idées, les principaux thèmes de la Tétralogie entière.—C'est par ces symphonies, habilement ménagées, que Siegfried est mêlé à l'universel concept du Drame; elles sont comme des chœurs l'accompagnant et le prolongeant dans l'infini frisson des choses:—le chœur des Tragédies grecques.—A ce propos, on lira avec fruit, page 264, la note de mon collaborateur sur l'Unité dans le Drame de Wagner. Il ne serait pas impossible que Wagner, dans ces commentaires symphoniques, eût vu, en dehors de leur éblouissant effet orchestral, un procédé de plus pour obtenir cette unité.
La Traversée du Feu est un mythe que l'on retrouve dans plusieurs religions. Tout près de nous, ce n'est autre que le Purgatoire. Voyez dans la Divine Comédie (Purgatoire), le passage où Dante traverse la flamme pour arriver à Béatrix.—Les deux religions chrétienne et scandinave, n'ont pas que ce point de commun.
[496-1] «Sigurd dirige Grani (son cheval) avec son épée. Le feu s'éloigne du chef; les flammes s'abaissent devant le héros.» (Brot af Brynhildarkvidhu.)
[497-1] «Nul n'osait s'avancer assez près pour contempler la Waberlohe... Nul ne chevauche sur le sommet de Brinhild, sauf Sjurd le rapide. Lui et son cheval Grani traversent la fumée et les flammes. ... Il était ardent, le feu qui brûlait les flancs de Sjurd. Sjurd gravit le sommet de Brinhild, ce que nul n'osa avant lui. D'un coup de son épée, il fend la haute porte. Avec sa bonne épée, il abat le bois des fenêtres. Il contemple alors la belle jeune fille couchée et revêtue de son armure. L'illustre Sjurd entre dans la salle et regarde autour de lui.» (Chants des Iles Féroë.) «Sjurd chevaucha vers Hindarfiall; il s'avança dans la direction du sud, du côté du pays des Francs. Sur la montagne il vit une vive lumière comme celle d'un feu qui brûle, et ses lueurs illuminaient le ciel. Quand il approcha il vit un château fort et sur ce château une bannière.» (Sigurdrifumàl.) Détails analogues dans l'Edda de Snorro, la Völsunga, etc.
[497-A] De flottantes suavités succèdent, dans l'orchestre, aux flamboyantes harmonies de la Traversée du Feu. Le thème amoureux de Freya reparaît, modifié, et, combinaison significative, le motif de Brünnhilde endormie y vient ajouter sa douceur. Nous voici transportés dans d'immenses profondeurs de souvenir, au soir serein de l'ensommeillement de la Vierge. Voici l'émouvante phrase des Adieux de Wotan. Le souvenir s'approfondit encore: voici, par nostalgiques bouffées, des sérénités plus lointaines: la mélodie de l'Enchaînement d'Amour! (Pour tous les passages cités ici, voir la partition de Siegfried de la page 285 à la page 296.)
[498-1] «Sigurd entra dans ce Burg et y vit un guerrier qui dormait armé de pied en cap.» (Sigurdrifumàl.)
[499-1] «Il voit la jeune fille couchée sur son lit. Il contemple la belle jeune fille, endormie sous son armure.» (Chants des Iles Féroë.)—«Il lui enleva d'abord le heaume de dessus la tête et alors il vit que c'était une femme. La cotte de mailles tenait si fort qu'on aurait dit qu'elle était entrée dans la chair. Avec son épée Gram il coupa la cotte de mailles du haut en bas, et il la coupa aussi aux deux bras. Puis il l'en dépouilla.» (Sigurdrifumàl.) Détail commun à toutes les sources scandinaves (Snorro; Völsunga; Iles Féroë).
[500-1] Dans le Heldenbuch de Simrock, c'est aussi d'un baiser que Brünnhilde est réveillée par le Héros. Wagner, s'assimilant l'idée, l'a seul enrichie d'une valeur humaine.
[500-A] «Ici, dit M. Ernst[500-A-a], la musique de Wagner semble reculer les limites du Sublime: une solennelle harmonie,—des plus simples en elle-même,—inaugure l'incomparable Réveil. Assise sur le tertre de mousse, ses longs cheveux dénoués flottant sur ses épaules, tandis qu'à ses pieds brillent ses armes éparses, Brünnhilde contemple autour d'elle la radieuse nature. Les yeux grands ouverts, les bras levés vers le ciel où le soleil flamboie, toute à l'immense félicité de son extase, elle reprend peu à peu conscience du monde et de la vie. De nouveau, les accords du Réveil sonnent majestueusement à l'orchestre. Brünnhilde salue le Jour, tandis que de religieux arpèges vont s'épanouir, à l'extrême aigu, en un trille aérien d'une sérénité infinie.—Il n'y a ici nul conflit de sentiments, mais lorsque la poésie atteint ce degré de grandeur, elle agit sur l'âme humaine tout entière. Je sais plus d'un spectateur qui a pleuré au réveil de Brünnhilde.» (Partition, pages 296 et 297.) Le thème héroïque de Siegfried répond solennellement à l'hymne de Brünnhilde (page 298).
[500-A-a] Partition, page 235—note.
[501-1] «Mais» (lorsque fut coupée sa cotte de mailles) «elle se réveilla, se souleva, vit Sigurd et dit: «Qui coupe ma cotte de mailles? Qui interrompt mon sommeil? Qui me délivre de ses sombres liens?» Sigurd: «C'est le fils de Sigmund. L'épée de Sigurd a coupé la cotte de mailles.» Sigurdrifa: «J'ai dormi longtemps; longtemps le sommeil m'a tenue captive. Longtemps durent les souffrances des humains. Odin a ordonné que je ne puisse secouer les runes du sommeil.» Sigurd s'assit et demanda son nom. Elle prit une corne pleine d'hydromel et lui donna la boisson de la bienvenue: «Salut, ô jour! salut ô fils du jour! Salut, ô nuit, et toi, terre nourricière, salut. Jetez sur nous des regards bienveillants et accordez-nous la victoire.—Salut à vous, Ases! Salut à vous, Asinies! Salut à toi, campagne féconde. Accordez-nous à nous deux, qui avons un noble cœur, la parole et la sagesse et des mains toujours pleines de guérisons.» (Sigurdrifumàl.) L'Edda de Snorro dit sèchement: «Elle s'éveilla et dit qu'elle s'appelait Hilde. Son nom était Brunhilde et c'était une Walkyrie. Sigurd s'en alla chevauchant et arriva près d'un roi, etc.» Les chants des Iles Féroë gardent un pâle, très pâle reflet du splendide réveil de Sigurdrifa dans le poème de l'Edda de Sœmund, plus haut cité.
[501-2] «Eveilleur de la vie, toi, victorieuse Lumière!» et, plus loin: «Joie du Monde»—«Splendide!»—«Trésor du Monde»—«Vie de la Terre»—«lumineux rejeton,» etc.—Force m'est bien de rappeler que, suivant la «science» moderne, Sigurd (Siegfried) est un «héros solaire».—«Ainsi Wagner ne néglige rien; il se garde bien de ramener étroitement toutes ces figures mythologiques à la météorologie, comme certaines écoles qu'on sait trop; mais il fait leur part à ces hypothèses, dont le naturisme, dépouillé de ses exagérations grotesques,—recèle une vérité relative.» Cette Note de L'Or-du-Rhin (p. 308), que je me permets de répéter, indique assez que le rôle du Siegfried de Wagner ne doit avoir et n'a qu'un sens purement humain. Néanmoins, par acquit de conscience, et pour préparer certaines Notes futures, je copie, de M. Max Muller, les phrases qui suivent: «[La nature entière était divisée en deux royaumes: l'un noir, froid, semblable à l'hiver et à la mort; l'autre brillant, chaud, plein de vie, comme l'été.] Sigurd, le héros solaire de l'Edda, le descendant d'Odin, tue le serpent Fafnir, et conquiert le trésor sur lequel Andvari, le nain, avait prononcé sa malédiction. C'est le trésor des Niflung's ou des Nibelung's, le trésor de la terre, que les sombres pouvoirs de la nuit et de l'obscurité avaient emporté comme des voleurs. Sigurd, qui représente ici le soleil du printemps, reprend le trésor, et, comme Déméter ayant recouvré sa fille, la terre s'enrichit pour un moment de tous les trésors du printemps. Puis, selon l'Edda, Sigurd délivre Brunhild, qui avait été condamnée à un sommeil magique, après qu'Odin l'eut blessée avec une épine, mais qui maintenant, comme le printemps après le sommeil de l'hiver, renaît à une nouvelle vie par l'amour de Sigurd.» (Mythologie comparée, traduction française, p. 140.)—Entre cette conception de Brunhild (Brynhildr) et celle de la Brünnhilde du Drame de Wagner, la différence est donc sensible. Je ferai remarquer toutefois avec quel art Wagner, ne pouvant sacrifier tout élément mythique, et transposant de l'Edda les premiers mots de Brünnhilde («Salut à toi, soleil! salut à toi, lumière! salut à toi, splendeur du jour!»), les lui fait prononcer de manière qu'ils puissent paraître s'adresser, soit réellement au jour, réellement au soleil; soit, symboliquement, à Siegfried. La chose est d'autant plus frappante que si, d'après les hypothèses (d'après les hypothèses seulement), Brynhildr, aux Chants de l'Edda, personnifiait la Terre,—ici Brünnhilde est, en effet, fille de la Terre-personnifiée. Mais, encore une fois, tout cela est bien vain, et, tout en nous montrant Wagner soigneux des plus minimes détails, ne doit point nous faire oublier qu'ici,—le profond sens humain des personnages importe seul.—Cf. p.588, n. (4).
Ineffable, la phrase de sérénité, qui, dans l'orchestre, soupire, à ces paroles. (Partition, page 302.)
[503-1] Dans les chants des Iles Féroë, Brinhild est fille d'un roi Budli. «Et dans les chants héroïques on disait d'elle qu'elle faisait pâlir l'éclat du jour.» Elle rayonne du poudroiement d'or d'un mythe en ruines: «Une vive lueur jaillissait de ses épaules et c'était comme si l'on avait vu du feu.» En vain son père la presse, elle ne veut point se marier: «Il n'est pas encore venu le vaillant guerrier que je puis prendre pour époux...—Vers l'est, au-delà de la forêt, mon cœur s'élance vers lui. Et cet homme s'appelle Sjurd, fils de Sigmund, et c'est la jeune Riördis» (Sieglinde) «qui le mit au monde... Ce sont les Nornes qui l'ont voulu ainsi. Cet amour emplit mon cœur. Il y a neuf hivers que j'aime Sjurd, et mes yeux ne l'ont jamais vu... Tu me permettras de préparer une salle dans la marche solitaire... Une flamme, la Waberlohe, et de la fumée entoureront cette salle. Cette flamme, la Waberlohe, me protégera; seul l'illustre Sjurd osera s'y attaquer.» Budli exauce sa fille. «Et il fit brûler une si grande flamme, la Waberlohe, que les nains ne pouvaient s'en approcher par trahison.» Et, nouvelle trace du mythe perdu, «et c'était de bon matin; le soleil rougissait les montagnes.» Puis «Brinhild est assise dans sa chaise d'or, la belle jeune fille. Elle attire de loin Sjurd vers elle pour son malheur.»
[504-1] Dans toutes les sources scandinaves, Grani est le cheval de Sigurd avant même la mort de Fafnir, avant même que Regin lui ait forgé l'épée. «Va,» dit à Sigurd la veuve de Sigmund, «va vers la cascade et jette une pierre dans le fleuve et prends le cheval qui ne recule pas devant toi.» Il alla vers la cascade, jeta une pierre dans le fleuve et prit le cheval qui ne recula pas devant lui. Il était choisi parmi tous ceux du royaume, et c'était le meilleur, et il fut appelé Grani, le cheval de Sjurd.» (Chants des Iles Féroë.) Le cheval de Sigurdrifa, celui qui «l'avait emportée hors de la mêlée», s'appelait d'autre part Wingskornir, d'après le Fafnismal de l'ancienne Edda.
[505-1] «Brinhild est assise à Hildarfiall, elle est rebelle à l'amour.» (Chants des Iles Féroë.) «Ecoute-moi, Sjurd, fils de Sigmund, ne sois point si prompt.» (Id.)
[507-1] «L'inclination du héros se tourna vers celle qui prétendait l'avoir aimé de tout son cœur avant de l'avoir vu.» (Le Poème Antique sur les Vœls, 2.) Il s'agit là de Helge, autre fils de Sigmund; et de Sigrun, autre Walkyrie. Mais la légende de leurs amours est si voisine de celle de Sigurd et Brynhild, qu'on peut véritablement croire à quelque identification.
[508-1] «Elle s'appelait Sigurdrifa et elle était Walkyrie. Elle raconta comment deux rois se faisaient la guerre.» etc. (Sigurdrifumàl. Voir l'annotation de la Walküre.) «Sigurd dit: «... Je le jure, je veux que tu sois à moi, car tu es comme je le désire.» Elle répondit: «C'est toi que je préfère et nul autre, quand j'aurais à choisir parmi tous les hommes.» Et leurs serments confirmèrent ces paroles.» (Id.) «Va d'abord à la cour de mon père et demande-lui conseil.» Sjurd, fils de Sigmund, parla; il était à la fois sage et beau: «Tu as reçu peu de bons avis de ton père, car tu as attendu longtemps ma venue. Je ne vais point vers ton père, afin de lui demander son conseil.» Les liens de l'amour l'attachèrent à la jeune fille pleine de savoir. ... Il se coucha dans les bras de Brinhild.» (Chants des Iles Féroë.)
[510-1] Ne nous refusons pas le triste plaisir d'indigner le lecteur, encore tout ému par cette scène sublime (sublime au sens concret du Drame, sublime et redoutable au sens symbolique,—puisqu'il s'agit de la fin d'un Monde!), en mettant sous ses yeux l'étonnant résumé qu'en trouva naguère—car c'est une trouvaille!—l'un des commentateurs qui le plus contribuèrent (avec les meilleures intentions, je me hâte de le reconnaître) à répandre chez nous l'idée que Richard Wagner, cet incomparable Poète! ne fut que son propre librettiste: «Après les amours de frère à sœur, ceux de tante à neveu!» (p. 237). Oui, ces sublimes symboles, voilà ce que c'est, lecteurs: n'est-il pas vrai que c'est à pleurer? car on ne peut rire de cela—qu'aux larmes!—Je ne multiplierai point des exemples pareils. Que celui-ci suffise, et celui de la page 494! En les fournissant, j'accomplis un devoir, qui m'est fort cruel, je puis le dire, car j'aimerais beaucoup mieux qu'on eût compris Wagner. Mais il faut avant tout démontrer au lecteur avec quelle prudence il importe de consulter certains livres, riches d'ailleurs de détails biographiques précieux quoique présentés sous un faux jour.
[510-A] Le thème qui domine, parmi toute l'ampleur fervente de ces dernières harmonies, est le thème de l'Amour de Siegfried et de Brünnhilde. Il s'avoisine de plus en plus, vers l'extrême fin, ayant accéléré son dessin, aux motifs d'impétuosité entendus, au début de l'acte, dans le tableau de l'enfance de Siegfried. Ce que certains wagnéristes, et non des moindres, ont regretté.—Pourquoi? Peut-être, au strict point de vue de l'expression musicale, ont-ils raison. Mais qu'on laisse revenir en sa mémoire d'autres harmonies d'amour, les motifs de l'Amour de Siegmund et Sieglinde.—Comparaison mélancolique! Alors, les Dieux fleurissaient encore. Ils mettaient dans l'âme de leurs enfants cet infini bercement, qui s'exhalait en vagues cantilènes parmi la religieuse sérénité des nuits de printemps.—Mais ici l'Humanité se lève, prompte, ivre d'elle-même,—ne voyant qu'elle. On saisit la nuance. (Partition, de la page 297 à la fin.)
[513-A] Prélude.—Après les harmonies du Réveil de Brünnhilde, voici, plus majestueusement réapparu[513-A-a], plus profond, le Thème de la Nature Eternelle. Par deux fois le rythme se gonfle; il demeure suspendu. Puis au bout d'un long, d'un morne silence, lorsqu'a surgi la formidable apparition des Nornes, il revient, s'étale en sombres ampleurs; et, après un accord formé du motif mélodique de la Nature, la première Norne commence son grave chant.
(Partition du Crépuscule-des-Dieux, pages 1 et 2.)