Ne faites point languir deux amants davantage,
Et nous dites quel sort votre cœur nous partage.
(Mélicerte. II. 6.)

Partager est construit ici comme le latin impertire, dispertire et dispertiri.

PARTI; FAIRE PARTI, monter un coup:

Léandre fait parti
Pour enlever Célie.
(L’Ét. III. 6.)

PARTICIPE PRÉSENT mis au lieu de si, suivi d’un conditionnel:

Et trouvant son argent, qu’ils lui font trop attendre,
Je sais bien qu’il seroit très-ravi de la vendre.
(L’Ét. I. 2.)

Si Trufaldin trouvait son argent.

Le plus parfait objet dont je serois charmé
N’auroit pas mes tributs, n’en étant point aimé.
(Dép. am. I. 3.)

Si je n’en étais pas aimé.

Pascal se sert aussi de cette espèce de participe absolu:

«Quand on auroit décidé qu’il faut prononcer les syllabes pro chain, qui ne voit que, n’ayant point été expliquées, chacun de vous voudra jouir de la victoire?»

(Pascal. 1re Prov.)

Ces syllabes n’ayant point été expliquées; si elles n’ont pas été expliquées.

PARTICIPE PRÉSENT qui s’accorde:

De ces petits pourpoints sous les bras se perdants,
Et de ces grands collets jusqu’au nombril pendants.
(Éc. des mar. I. 1.)

On veut que pendant s’accorde, parce qu’il est, dit-on, adjectif verbal: une manche pendante; mais on commande de laisser se perdant invariable, parce qu’il est participe. Cette distinction toute moderne a bien l’air d’une chimère et d’un raffinement sophistique; le XVIIe siècle n’en avait nulle idée, et moins encore les siècles précédents:

Si quatre mille écus de rente bien venants,
Une grande tendresse et des soins complaisants...
(Éc. des mar. I. 2.)
De ces brutaux fieffés, qui sans raison ni suite
De leurs femmes en tout contrôlent la conduite,
Et, du nom de maris fièrement se parants,
Leur rompent en visière aux yeux des soupirants.
(Ibid. I. 6.)

1er MÉDECIN. Cette maladie procédante du vice des hypocondres.

(Pourc. I. 11.)

Pour remédier à cette pléthore obturante, et à cette cacochymie luxuriante par tout le corps...

(Ibid.)

Une jeune fille toute fondante en larmes.

(Scapin. I. 2.)

Boileau, tout sévère grammairien qu’il était, a dit:

«Et plus loin des laquais, l’un l’autre s’agaçants,
«Font aboyer les chiens et jurer les passants.»
(Sat. VI.)
«Entendra les discours sur l’amour seul roulants,
«Ces doucereux Renauds, ces insensés Rolands.»
(Sat. X.)
«Cent mille faux zélés, le fer en main courants,
«Allèrent attaquer leurs amis, leurs parents.»
(Sat. XII.)
«Infâmes scélérats à sa gloire aspirants,
«Et voleurs revêtus du nom de conquérants.»
(Ibid.)

Et Racine:

«Les ennemis, offensés de la gloire,
«Vaincus cent fois et cent fois suppliants,
«En leur fureur de nouveau s’oubliants[65]
(Idylle sur la Paix.)

Et Voltaire:

«De deux alexandrins côte à côte marchants,
«Que l’un est pour la rime et l’autre pour le sens.»
(Ép. au roi de la Chine.)

Ce sont vestiges de l’ancienne langue. Dans l’origine, le participe présent, placé après son substantif, s’y accordait, comme fait encore le participe passé:

«Les femmes et les meschines vindrent encuntre le rei Saul... charolantes, e juantes, e chantantes que Saul out ocis mille David dis mille.»

(Rois. p. 70.)

«Et ele descirad sa gunelle... si s’en alad criante e plurante

(Ibid. p. 164.)

«Li fiz le rei entrerent, et vindrent devant le rei crianz e pluranz

(Ibid. p. 167.)

Je trouve, à la vérité, un exemple du participe présent invariable dans le Merlin de Robert de Bouron, écrit au XVe siècle:

«Il voit issir fors bien cent damoiselles et plus, qui viennent carolant et dansant et chantant

(Du Cange, in Charolare.)

Peut-être est-ce à cause de l’intermédiaire qui viennent; et puis sur quel manuscrit Du Cange ou ses continuateurs ont-ils pris ce texte?

Ce qui est certain, c’est que Montaigne fait accorder le participe présent, même des auxiliaires être et avoir:

«Aulcuns choisissants plustost de se laisser desfaillir par faim et par jeusne, estants prins... Combien il eust esté aysé de faire son proufit d’ames si neufves, si affamées d’apprentissage, ayants pour la pluspart de si beaux commencements naturels!»

(Essais. III. 6.)

Mais, comme dans le passage de Robert de Bouron, il tient le participe invariable construit avec un autre verbe:

«Ceulx qui, pour le miracle de la lueur d’ung mirouer ou d’un coulteau, alloient eschangeant une grande richesse en or et en perles.»

(Ibid.)

Cette méthode de l’accord n’était pas sans avantages; par exemple, Montaigne dit des Espagnols qui torturèrent Guatimozin:

«Ils le pendirent depuis, ayant courageusement entreprins de se deslivrer par armes d’une si longue captivité et subjection.»

(Essais, III. 6.)

Ayant, au singulier, fait voir que la phrase se rapporte au cacique, et non à ses bourreaux, qui sont le sujet de la phrase. Si c’étaient les Espagnols qui eussent entrepris, Montaigne eût écrit ayants, avec une s. C’est au reste l’usage latin; voilà pourquoi il a passé dans notre langue: Occiderunt eum luctantem et conantem plurima frustra.

La grammaire de Sylvius, ou Jacques Dubois, rédigée en latin en 1531, ne pose point de règles particulières pour le participe présent; mais, en conjuguant le verbe avoir, elle dit, p. 132:—«habens, habentis; haiant, haiante;» et dans la conjugaison du verbe aimer: «amans, aimant, aimante

Jehan Masset, dont l’Acheminement à la langue françoyse est imprimé à la suite du dictionnaire de Nicot (1606), ne dit rien non plus du participe; mais, dans les modèles de conjugaison, il le met aussi variable. Page 15: «habens; masculin ayant, féminin ayante

Le langage du palais, qui est un témoin si fidèle, fait le participe présent variable. Regnard, dans le Joueur, a reproduit la formule exacte:

«. . . . . . . . . . . . . . . . . . A Margot de la Plante,
«Majeure, et de ses droits usante et jouissante

En somme, on trouve que l’invariabilité absolue du participe présent ne s’est guère établie que dans le courant du XVIIIe siècle, et que la distinction entre ce participe et l’adjectif verbal est du XIXe. Jusque-là, on ne savait ce que c’était que l’adjectif verbal.

Ce sont les grammairiens très-modernes qui ont enrichi notre langue de ces distinctions souvent insaisissables, et de ces difficultés de participes parfois insolubles.

PARTICIPE PRÉSENT rapporté par syllepse à un sujet autre que le sujet de la phrase:

Je prétends, s’il vous plaît,
Dût le mettre au tombeau le mal dont il vous berce,
Qu’avec lui désormais vous rompiez tout commerce;
Que, venant au logis, pour votre compliment,
Vous lui fermiez au nez la porte honnêtement.
(Éc. des fem. II. 6.)

Venant au logis, lorsqu’il viendra au logis, vous lui fermiez, etc...

Et lui jetant, s’il heurte, un grès par la fenêtre,
L’obligiez tout de bon à ne plus y paroître.
(Ibid. II. 6.)

Et lui jetant: ce second participe se rapporte régulièrement à Agnès, et rend plus sensible l’incorrection du premier.

N’ayant ni beauté ni naissance
A pouvoir mériter leur amour et leurs soins,
Ils nous favorisent au moins
De l’honneur de la confidence.
(Psyché. I. 3.)

Aglaure veut dire à sa sœur: Comme nous n’avons ni beauté ni naissance, ils, les princes, nous favorisent...

On peut hardiment proscrire cette tournure, parce qu’elle prête à l’équivoque; il semble ici que ce soient les deux princes qui, sans avoir ni beauté ni naissance, favorisent Aglaure et Cydippe...

PARTICIPE ABSOLU, comme en latin:

Le bon Dieu fasse paix à mon pauvre Martin!
Mais j’avois, lui vivant, le teint d’un chérubin.
(Sgan. 2.)

La plupart des exemples de l’article précédent, où l’on voit le participe présent employé d’une manière sujette à l’équivoque, peuvent se rapporter au participe absolu, que les Latins mettaient à l’ablatif.

On connoîtra sans doute que, n’étant autre chose qu’un poëme ingénieux,... on ne sauroit la censurer sans injustice.

(Préf. de Tartufe.)

N’étant autre chose, se rapporte à la comédie dont le nom ne se trouve pas dans cette phrase, mais seulement dans la précédente.

Mais je l’ai vue ailleurs, où m’ayant fait connoître
Les grands talents qu’elle a pour savoir l’avenir,
Je voulois sur un point un peu l’entretenir.
(L’Ét. I. 4.)

Je l’ai vue..., je voulois, se rapportent à Mascarille, et m’ayant fait connaître, à elle, à Célie, qui n’est désignée qu’après. En sorte que le nominatif est changé, avant que l’auditeur ou le lecteur en puisse être prévenu.

Mais savez-vous aussi, lui trouvant des appas,
Qu’autrement qu’en tuteur sa personne me touche...
(Éc. des mar. II. 3.)

Savez-vous, Valère, que moi, Sganarelle, lui trouvant des appas, sa personne me touche autrement qu’en tuteur?

Ces tournures sont fréquentes dans Molière.

J’ai voulu l’acheter, l’édit, expressément,
Afin que d’Isabelle il soit lu hautement;
Et ce sera tantôt, n’étant plus occupée,
Le divertissement de notre après-soupée.
(Ibid. II. 9.)

Isabelle n’étant plus occupée, quand Isabelle ne sera plus occupée.

PARTICIPE PASSÉ invariable en genre:

HIPPOLYTE.
Si, lorsque mes amants sont devenus les vôtres,
Un seul m’eût consolé de la perte des autres.
(L’Ét. V. 13.)
ARNOLPHE (à Agnès):
L’air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre...
(Éc. des fem. III. 1.)
ELMIRE.
Aurois-je pris la chose ainsi qu’on m’a vu faire?
(Tart. IV. 5.)

Il ne faut pas douter que ce ne soient là des fautes de français. Si Corneille a fait rimer, dans le Menteur, ceux que le ciel a joint avec point, Corneille a eu tort; et tort qui voudrait s’autoriser là-dessus des exemples de Corneille et de Molière.

PARTICULIER (LE), substantif:

Dans le particulier elle oblige sans peine.
(L’Ét. III. 2.)

PAR TROP; par donne à trop la force du superlatif:

Tu m’obliges par trop avec cette nouvelle.
(L’Étourdi. III. 8.)

On trouve dans Térence et dans Priscien, pernimium.

Par, dans la vieille langue, se composait avec les noms, les verbes, les adjectifs et les adverbes, pour leur communiquer la valeur superlative. Pardon (summum donum); paramer (peramare);—parhardi (peraudax);—partrop (pernimium.)

Trop est le substantif trope (troupe), pris adverbialement (turba, truba, trupa); comme mie, pas, point, peu, prou.

(Voyez des Variations du langage français, p. 235.)

PAS, surabondant, pour nier, avec aucun, ni, ne:

Autrefois j’ai connu cet honnête garçon,
Et vous n’avez pas lieu d’en prendre aucun soupçon.
(L’Étourdi. I. 4.)
Les bruits que j’ai faits
Des visites qu’ici reçoivent vos attraits,
Ne sont pas envers vous l’effet d’aucune haine.
(Tart. III. 3.)

Molière a traité aucun absolument comme quelque:

Ne sont pas envers vous l’effet de quelque haine.

Et véritablement c’est la valeur de aucun, dérivé de aliquis: alque, auque, auque un (aliquis unus.) Ainsi le mot aucun est par lui-même affirmatif.

Est-il possible que ce même Sostrate, qui n’a pas craint ni Brennus, ni tous les Gaulois....

(Am. magn. I. 1.)
Ah! vous avez plus faim que vous ne pensez pas!
(L’Ét. IV. 3.)

Ne est l’unique négation que possède la langue française.

Pour l’aider en quelque sorte dans son office, on a déterminé un certain nombre de substantifs monosyllabes, exprimant des objets minimes, des quantités réduites, qui servent de terme de comparaison, et, construits avec ne, semblent prendre à son contact la qualité d’adverbes et de négations; mais il ne faut pas s’y tromper. Ces mots sont: pas, point, rien, mie; ce sont de vrais substantifs à l’accusatif, complément d’un verbe qui se place entre ne et son adjoint. Je ne dis rien; il ne vient pas; ne mentez point[66].

Maintenant il faut savoir que l’on ne donne à ne qu’un seul de ces adjoints, de ces adverbes artificiels: ne pas;—ne point;—ne mie;—ne... rien. La faute de Martine, dans les Femmes savantes, est de joindre à la négation deux de ces suppléments:

«Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.» Le vice d’oraison ne consiste donc pas à joindre pas avec rien, comme le prétend Philaminte, mais à joindre pas et rien avec ne.

Cela est si vrai, que Molière a très-souvent fait cette réunion de ne... pas... rien. Mais alors il y a toujours deux verbes, l’un qui supporte l’action négative de ne pas; l’autre qui commande rien.

Les exemples suivants, qui semblent au premier coup d’œil choquer la règle posée par Molière lui-même, analysés d’après ce principe, n’ont plus rien que de très-régulier. On y trouvera partout deux verbes pour les trois mots ne, pas, rien, que la bonne Martine accumulait tous trois sur l’unique verbe servir.

. . . . . . . . . . . . . . . Il la gardera bien,
Et je ne vois pas lieu d’y prétendre plus rien.
(L’Ét. III. 2.)
Et tu n’as pas sujet de rien appréhender.
(Ibid. V. 7.)
Albert n’est pas un homme à vous refuser rien.
(Dép. am. I. 2.)
Et mon dessein n’est pas de leur rien opposer.
(D. Garcie. V. 6.)

Ce n’est pas ma coutume que de rien blâmer.

(Crit. de l’Éc. des fem. 7.)
Nous n’avons pas envie aussi de rien savoir.
(Mélicerte. I. 3.)
Auprès de cet objet mon sort est assez doux,
Pour ne pas consentir à rien prendre de vous.
(Ibid. II. 6.)

Ce n’est pas mon dessein de me faire épouser par force, et de rien prétendre à un cœur qui se seroit donné.

(L’Av. V. 5.)

Je ne suis point un homme à rien craindre.

(Ibid.)

Il ne faut pas qu’il sache rien de tout ceci.

(G. D. I. 2.)

Mon intention n’est pas de vous rien déguiser.

(Ibid. III. 8.)

Je ne veux point qu’il me dise rien.

(Ibid.)

Ne faites point semblant de rien.

(G. D. I. 2. et B. gent. V. 7.)

Dans ce dernier exemple, rien est visiblement un substantif au génitif, gouverné par un substantif qui le précède, semblant. Ne faites pas semblant de quelque chose, ou qu’il y ait quelque chose.

PAS, supprimé:

Non, je ne veux du tout vous voir ni vous entendre.
(Amph. II. 6.)

A l’occasion de ce vers, j’observe que du tout, au sens de absolument, complétement, ne sert plus que dans les formules négatives; mais que, dans l’origine, on l’employait également pour affirmer:

Servite Domino in omni corde vestro. «Nostre Seigneur Deu del tut (du tout) siwez, e de tut vostre quer servez.»

(Rois. p. 41.)

PAS, substantif; PAS A PAS, posément:

Vous achèverez seule; et, pas à pas, tantôt
Je vous expliquerai ces choses comme il faut.
(Éc. des fem. III. 2.)

PAS DEVANT (LE), substantif composé, PRENDRE LE PAS DEVANT:

Du pas devant sur moi tu prendras l’avantage.
(Amph. III. 7.)
L’esprit doit sur le corps prendre le pas devant.
(Fem. sav. II. 7.)

Devant n’est pas ici une préposition qui ferait double emploi avec sur; pas-devant est un mot composé, comme qui dirait le pas antérieur. N’a-t-on pas eu tort de laisser perdre cette expression qui n’a aucun équivalent, et dont l’absence oblige à une périphrase?

(Voyez PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN.)

PASSE; ÊTRE EN PASSE DE:

Nous ne sommes pas encore connues, mais nous sommes en passe de l’être.

(Préc. rid. 10.)
J’ai servi quatorze ans, et je crois être en passe
De pouvoir d’un tel pas me tirer avec grâce.
(Fâcheux. I. 10.)
Et je crois, par le rang que me donne ma race,
Qu’il est fort peu d’emplois dont je ne sois en passe.
(Mis. III. 1.)

Passe s’appelait autrefois, au jeu de mail et de billard, une porte ou arc de fer, par où la boule ou la bille devait passer. Le joueur assez adroit pour s’être placé le plus près de cet arc était en passe, c’est-à-dire, sur le point de passer. De là l’expression figurée en parlant d’un homme en mesure de réussir. C’est l’explication de Trévoux, qui cite à l’appui les vers du Misanthrope.

PASSER; FAIRE PASSER A QUELQU’UN LA PLUME PAR LE BEC, l’attraper, le duper, sans qu’il puisse se plaindre:

Nous verrons cette affaire, pendard, nous verrons cette affaire. Je ne prétends pas qu’on me fasse passer la plume par le bec.

(Scapin. III. 6.)

«Pour empêcher les oisons de traverser les haies et d’entrer dans les jardins qu’elles entourent, on passe une plume par les deux ouvertures qui sont à la partie supérieure de leur bec. De là le proverbe passer la plume par le bec; de là vient aussi l’expression proverbiale d’oison bridé

(Note de M. Auger.)

Ainsi, passer à quelqu’un la plume par le bec, signifie le traiter comme un oison.

PASSER, se passer:

Vous savez que dans celle[67]passa mon bas âge...
(Dép. am. II. 1.)

PASSER DE, pour sortir de:

Il y a cent choses comme cela qui passent de la tête.

(Pourc. I. 6.)

PASSER (SE) DE, se contenter de, et non se priver:

Ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme qui s’est passé durant sa vie d’une assez simple demeure en veuille avoir une si magnifique pour quand il n’en a plus que faire.

(D. Juan. III. 6.)

PATINEURS:

CLAUDINE.—Ah! doucement. Je n’aime pas les patineurs.

(G. D. II. 1.)

La racine de ce mot est patte, pour main.

«Les patineurs sont gens insupportables,
«Même aux beautés qui sont très-patinables.»
(Scarron.)

«Patiner, manier malproprement.»

(Trévoux.)

PATROCINER, du latin patrocinari, faire l’avocat:

Prêchez, patrocinez jusqu’à la Pentecôte.
(Éc. des fem. I. 1.)

PAYER; PAYER UN PRIX DE QUELQUE CHOSE:

Non, en conscience, vous en payerez cela.

(Méd. m. lui. I. 6.)

PAYER DE, alléguer pour excuse:

Tantôt vous payerez de quelque maladie
Qui viendra tout à coup, et voudra des délais;
Tantôt vous payerez de présages mauvais.
(Tart. II. 4.)
Vous nous payez ici d’excuses colorées.
(Ibid. IV. 1.)

«Je le croiray volontiers, pourveu qu’il ne me donne pas en payement une doctrine beaucoup plus difficile et fantastique que n’est la chose mesme.»

(Montaigne. II. 37.)

PAYER POUR (un substantif), payer en qualité de. (Voyez GAGER POUR.)

PAYEROIT, PAYEREZ, de trois syllabes:

Fût-ce mon propre frère, il me la payeroit.
(L’Ét. III. 4.)
Tantôt vous payerez de quelque maladie.
(Tart. II. 4.)
Et l’on m’a mis en main une bague à la mode,
Qu’après vous payerez, si cela l’accommode.
(L’Ét. I. 6.)

Molière, s’il eût été d’usage alors de syncoper les mots, eût mis facilement que vous paîrez après.

PAYSANNE, de trois syllabes:

Et la bonne paysanne, apprenant mon désir....
(Éc. des fem. I. 1.)

—de quatre syllabes:

Et cette paysanne a dit, avec franchise,
Qu’en vos mains à quatre ans elle l’avoit remise.
(Éc. des f. V. 9.)

PAYSAN, de trois syllabes:

Je sais un paysan qu’on appeloit Gros-Pierre....
(Ibid. I. 1.)

—de deux:

«Que le paysan recueille, emplissant à milliers
«Greniers, granges, chartis, et caves, et celiers.»
(Regnier. Sat. XV.)

PAYSANNERIE comme bourgeoisie:

J’aurois bien mieux fait...... de m’allier en bonne et franche paysannerie.

(G. D. I. 1.)

L’Académie dit qu’il est peu usité.

PECQUES:

A-t-on jamais vu, dis-moi, deux pecques provinciales faire plus les renchéries que celles-là?

(Préc. rid. 1.)

Molière avait rapporté cette expression du Midi, où l’on dit d’un fâcheux dont on ne peut se débarrasser, que c’est un morceau de poix: es una pegue.

A moins que pecque ne soit une abréviation de pécore, ce qui conviendrait mieux au sens de ce passage.

Trévoux dit que pecq, en vieux français, signifiait un mauvais cheval. Il aurait bien dû en citer des exemples, s’il en connaissait: pour moi, je ne l’ai jamais vu.

PEINDRE EN ENNEMIS, c’est-à-dire, sous les traits d’ennemis:

Et me jeter au rang de ces princes soumis,
Que le titre d’amants lui peint en ennemis.
(Pr. d’Él. I. 1.)

Un titre qui peint ne paraît pas une métaphore heureuse.

PEINE; ÊTRE EN PEINE OÙ...:

Ne soyez point en peine où je vous mènerai.
(Éc. des fem. II. 6.)

De savoir où je vous mènerai.

AVOIR PEINE A, pour avoir de la peine à...:

Comment! il semble que vous ayez peine à me reconnoître!

(Pourc. I. 6.)

«J’ai peine à contempler son grand cœur dans ces dernières épreuves.»

(Bossuet. Or. fun. de la R. d’A..)

Pascal dit pareillement faire peine, pour faire de la peine:

«La seule comparaison que nous faisons de nous au fini fait peine

(Pensées. p. 122, 298.)

PEINTURE, au lieu de portrait:

Je n’ai pas reconnu les traits de sa peinture.
(Sgan. 22.)

Sa peinture ne peut signifier que la peinture dont il est l’auteur, et non la peinture où il a servi de modèle.

(Voyez PORTRAIT, pour peinture, tableau.)

PÈLERIN, CONNAÎTRE LE PÈLERIN:

Si tu connoissois le pèlerin, tu trouverois la chose assez facile pour lui.

(Don Juan. I. 1.)

PENSER, substantif masculin:

Le seul penser de cette ingratitude
Fait souffrir à mon âme un supplice si rude....
(Tart. III. 7.)
Ah! fasse le ciel équitable
Que ce penser soit véritable!
(Amph. III. 1.)

Dans l’origine, tous les infinitifs pouvaient jouer le rôle de substantifs, moyennant l’addition de l’article, comme tout adjectif pouvait faire l’office d’adverbe:

«Tous les marchers, toussers, mouchers, éternuers, sont différents.»

(Pascal. Pensées. p. 213.)

Il est évidemment impossible de substituer ici démarche, toux, éternument; et nous n’avons aucun substantif, même approximatif, pour dire le moucher.

PENSER (verbe) suivi d’un infinitif, pour être près de:

Nous avons aussi mon neveu le chanoine, qui a pensé mourir de la petite vérole.

(Pourc. I. 6.)

PENTE, penchant; AVOIR PENTE A...:

La pente qu’a le prince à de jaloux soupçons.
(Don Garcie. II. 1.)
Un sort trop plein de gloire à nos yeux est fragile,
Et nous laisse aux soupçons une pente facile.
(Ibid. II. 6.)

PERDRE FORTUNE:

Et les premières flammes
S’établissent des droits si sacrés sur les âmes,
Qu’il faut perdre fortune, et renoncer au jour,
Plutôt que de brûler des feux d’un autre amour.
(Fem. sav. IV. 2.)

Perdre toute fortune. Fortune est ici pris au sens le plus large du latin fortuna; il ne s’agit pas seulement des biens de la fortune, mais de tout ce qui constitue ici-bas la félicité. C’est en quoi l’expression perdre fortune diffère de perdre sa fortune.

PERDRE L’ATTENTE de quelque chose. (Voyez NE PERDRE QUE L’ATTENTE.)

PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN, perdre sa trace: