Partager est construit ici comme le latin impertire, dispertire et dispertiri.
PARTI; FAIRE PARTI, monter un coup:
PARTICIPE PRÉSENT mis au lieu de si, suivi d’un conditionnel:
Si Trufaldin trouvait son argent.
Si je n’en étais pas aimé.
Pascal se sert aussi de cette espèce de participe absolu:
«Quand on auroit décidé qu’il faut prononcer les syllabes pro chain, qui ne voit que, n’ayant point été expliquées, chacun de vous voudra jouir de la victoire?»
Ces syllabes n’ayant point été expliquées; si elles n’ont pas été expliquées.
—PARTICIPE PRÉSENT qui s’accorde:
On veut que pendant s’accorde, parce qu’il est, dit-on, adjectif verbal: une manche pendante; mais on commande de laisser se perdant invariable, parce qu’il est participe. Cette distinction toute moderne a bien l’air d’une chimère et d’un raffinement sophistique; le XVIIe siècle n’en avait nulle idée, et moins encore les siècles précédents:
1er MÉDECIN. Cette maladie procédante du vice des hypocondres.
Pour remédier à cette pléthore obturante, et à cette cacochymie luxuriante par tout le corps...
Une jeune fille toute fondante en larmes.
Boileau, tout sévère grammairien qu’il était, a dit:
Et Racine:
Et Voltaire:
Ce sont vestiges de l’ancienne langue. Dans l’origine, le participe présent, placé après son substantif, s’y accordait, comme fait encore le participe passé:
«Les femmes et les meschines vindrent encuntre le rei Saul... charolantes, e juantes, e chantantes que Saul out ocis mille David dis mille.»
«Et ele descirad sa gunelle... si s’en alad criante e plurante.»
«Li fiz le rei entrerent, et vindrent devant le rei crianz e pluranz.»
Je trouve, à la vérité, un exemple du participe présent invariable dans le Merlin de Robert de Bouron, écrit au XVe siècle:
«Il voit issir fors bien cent damoiselles et plus, qui viennent carolant et dansant et chantant.»
Peut-être est-ce à cause de l’intermédiaire qui viennent; et puis sur quel manuscrit Du Cange ou ses continuateurs ont-ils pris ce texte?
Ce qui est certain, c’est que Montaigne fait accorder le participe présent, même des auxiliaires être et avoir:
«Aulcuns choisissants plustost de se laisser desfaillir par faim et par jeusne, estants prins... Combien il eust esté aysé de faire son proufit d’ames si neufves, si affamées d’apprentissage, ayants pour la pluspart de si beaux commencements naturels!»
Mais, comme dans le passage de Robert de Bouron, il tient le participe invariable construit avec un autre verbe:
«Ceulx qui, pour le miracle de la lueur d’ung mirouer ou d’un coulteau, alloient eschangeant une grande richesse en or et en perles.»
Cette méthode de l’accord n’était pas sans avantages; par exemple, Montaigne dit des Espagnols qui torturèrent Guatimozin:
«Ils le pendirent depuis, ayant courageusement entreprins de se deslivrer par armes d’une si longue captivité et subjection.»
Ayant, au singulier, fait voir que la phrase se rapporte au cacique, et non à ses bourreaux, qui sont le sujet de la phrase. Si c’étaient les Espagnols qui eussent entrepris, Montaigne eût écrit ayants, avec une s. C’est au reste l’usage latin; voilà pourquoi il a passé dans notre langue: Occiderunt eum luctantem et conantem plurima frustra.
La grammaire de Sylvius, ou Jacques Dubois, rédigée en latin en 1531, ne pose point de règles particulières pour le participe présent; mais, en conjuguant le verbe avoir, elle dit, p. 132:—«habens, habentis; haiant, haiante;» et dans la conjugaison du verbe aimer: «amans, aimant, aimante.»
Jehan Masset, dont l’Acheminement à la langue françoyse est imprimé à la suite du dictionnaire de Nicot (1606), ne dit rien non plus du participe; mais, dans les modèles de conjugaison, il le met aussi variable. Page 15: «habens; masculin ayant, féminin ayante.»
Le langage du palais, qui est un témoin si fidèle, fait le participe présent variable. Regnard, dans le Joueur, a reproduit la formule exacte:
En somme, on trouve que l’invariabilité absolue du participe présent ne s’est guère établie que dans le courant du XVIIIe siècle, et que la distinction entre ce participe et l’adjectif verbal est du XIXe. Jusque-là, on ne savait ce que c’était que l’adjectif verbal.
Ce sont les grammairiens très-modernes qui ont enrichi notre langue de ces distinctions souvent insaisissables, et de ces difficultés de participes parfois insolubles.
—PARTICIPE PRÉSENT rapporté par syllepse à un sujet autre que le sujet de la phrase:
Venant au logis, lorsqu’il viendra au logis, vous lui fermiez, etc...
Et lui jetant: ce second participe se rapporte régulièrement à Agnès, et rend plus sensible l’incorrection du premier.
Aglaure veut dire à sa sœur: Comme nous n’avons ni beauté ni naissance, ils, les princes, nous favorisent...
On peut hardiment proscrire cette tournure, parce qu’elle prête à l’équivoque; il semble ici que ce soient les deux princes qui, sans avoir ni beauté ni naissance, favorisent Aglaure et Cydippe...
PARTICIPE ABSOLU, comme en latin:
La plupart des exemples de l’article précédent, où l’on voit le participe présent employé d’une manière sujette à l’équivoque, peuvent se rapporter au participe absolu, que les Latins mettaient à l’ablatif.
On connoîtra sans doute que, n’étant autre chose qu’un poëme ingénieux,... on ne sauroit la censurer sans injustice.
N’étant autre chose, se rapporte à la comédie dont le nom ne se trouve pas dans cette phrase, mais seulement dans la précédente.
Je l’ai vue..., je voulois, se rapportent à Mascarille, et m’ayant fait connaître, à elle, à Célie, qui n’est désignée qu’après. En sorte que le nominatif est changé, avant que l’auditeur ou le lecteur en puisse être prévenu.
Savez-vous, Valère, que moi, Sganarelle, lui trouvant des appas, sa personne me touche autrement qu’en tuteur?
Ces tournures sont fréquentes dans Molière.
Isabelle n’étant plus occupée, quand Isabelle ne sera plus occupée.
PARTICIPE PASSÉ invariable en genre:
Il ne faut pas douter que ce ne soient là des fautes de français. Si Corneille a fait rimer, dans le Menteur, ceux que le ciel a joint avec point, Corneille a eu tort; et tort qui voudrait s’autoriser là-dessus des exemples de Corneille et de Molière.
PARTICULIER (LE), substantif:
PAR TROP; par donne à trop la force du superlatif:
On trouve dans Térence et dans Priscien, pernimium.
Par, dans la vieille langue, se composait avec les noms, les verbes, les adjectifs et les adverbes, pour leur communiquer la valeur superlative. Pardon (summum donum); paramer (peramare);—parhardi (peraudax);—partrop (pernimium.)
Trop est le substantif trope (troupe), pris adverbialement (turba, truba, trupa); comme mie, pas, point, peu, prou.
(Voyez des Variations du langage français, p. 235.)
PAS, surabondant, pour nier, avec aucun, ni, ne:
Molière a traité aucun absolument comme quelque:
Et véritablement c’est la valeur de aucun, dérivé de aliquis: alque, auque, auque un (aliquis unus.) Ainsi le mot aucun est par lui-même affirmatif.
Est-il possible que ce même Sostrate, qui n’a pas craint ni Brennus, ni tous les Gaulois....
Ne est l’unique négation que possède la langue française.
Pour l’aider en quelque sorte dans son office, on a déterminé un certain nombre de substantifs monosyllabes, exprimant des objets minimes, des quantités réduites, qui servent de terme de comparaison, et, construits avec ne, semblent prendre à son contact la qualité d’adverbes et de négations; mais il ne faut pas s’y tromper. Ces mots sont: pas, point, rien, mie; ce sont de vrais substantifs à l’accusatif, complément d’un verbe qui se place entre ne et son adjoint. Je ne dis rien; il ne vient pas; ne mentez point[66].
Maintenant il faut savoir que l’on ne donne à ne qu’un seul de ces adjoints, de ces adverbes artificiels: ne pas;—ne point;—ne mie;—ne... rien. La faute de Martine, dans les Femmes savantes, est de joindre à la négation deux de ces suppléments:
«Et tous vos biaux dictons ne servent pas de rien.» Le vice d’oraison ne consiste donc pas à joindre pas avec rien, comme le prétend Philaminte, mais à joindre pas et rien avec ne.
Cela est si vrai, que Molière a très-souvent fait cette réunion de ne... pas... rien. Mais alors il y a toujours deux verbes, l’un qui supporte l’action négative de ne pas; l’autre qui commande rien.
Les exemples suivants, qui semblent au premier coup d’œil choquer la règle posée par Molière lui-même, analysés d’après ce principe, n’ont plus rien que de très-régulier. On y trouvera partout deux verbes pour les trois mots ne, pas, rien, que la bonne Martine accumulait tous trois sur l’unique verbe servir.
Ce n’est pas ma coutume que de rien blâmer.
Ce n’est pas mon dessein de me faire épouser par force, et de rien prétendre à un cœur qui se seroit donné.
Je ne suis point un homme à rien craindre.
Il ne faut pas qu’il sache rien de tout ceci.
Mon intention n’est pas de vous rien déguiser.
Je ne veux point qu’il me dise rien.
Ne faites point semblant de rien.
Dans ce dernier exemple, rien est visiblement un substantif au génitif, gouverné par un substantif qui le précède, semblant. Ne faites pas semblant de quelque chose, ou qu’il y ait quelque chose.
—PAS, supprimé:
A l’occasion de ce vers, j’observe que du tout, au sens de absolument, complétement, ne sert plus que dans les formules négatives; mais que, dans l’origine, on l’employait également pour affirmer:
—Servite Domino in omni corde vestro. «Nostre Seigneur Deu del tut (du tout) siwez, e de tut vostre quer servez.»
PAS, substantif; PAS A PAS, posément:
—PAS DEVANT (LE), substantif composé, PRENDRE LE PAS DEVANT:
Devant n’est pas ici une préposition qui ferait double emploi avec sur; pas-devant est un mot composé, comme qui dirait le pas antérieur. N’a-t-on pas eu tort de laisser perdre cette expression qui n’a aucun équivalent, et dont l’absence oblige à une périphrase?
(Voyez PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN.)
—PASSE; ÊTRE EN PASSE DE:
Nous ne sommes pas encore connues, mais nous sommes en passe de l’être.
Passe s’appelait autrefois, au jeu de mail et de billard, une porte ou arc de fer, par où la boule ou la bille devait passer. Le joueur assez adroit pour s’être placé le plus près de cet arc était en passe, c’est-à-dire, sur le point de passer. De là l’expression figurée en parlant d’un homme en mesure de réussir. C’est l’explication de Trévoux, qui cite à l’appui les vers du Misanthrope.
PASSER; FAIRE PASSER A QUELQU’UN LA PLUME PAR LE BEC, l’attraper, le duper, sans qu’il puisse se plaindre:
Nous verrons cette affaire, pendard, nous verrons cette affaire. Je ne prétends pas qu’on me fasse passer la plume par le bec.
«Pour empêcher les oisons de traverser les haies et d’entrer dans les jardins qu’elles entourent, on passe une plume par les deux ouvertures qui sont à la partie supérieure de leur bec. De là le proverbe passer la plume par le bec; de là vient aussi l’expression proverbiale d’oison bridé.»
Ainsi, passer à quelqu’un la plume par le bec, signifie le traiter comme un oison.
—PASSER, se passer:
—PASSER DE, pour sortir de:
Il y a cent choses comme cela qui passent de la tête.
—PASSER (SE) DE, se contenter de, et non se priver:
Ce que je trouve admirable, c’est qu’un homme qui s’est passé durant sa vie d’une assez simple demeure en veuille avoir une si magnifique pour quand il n’en a plus que faire.
PATINEURS:
CLAUDINE.—Ah! doucement. Je n’aime pas les patineurs.
La racine de ce mot est patte, pour main.
«Patiner, manier malproprement.»
PATROCINER, du latin patrocinari, faire l’avocat:
PAYER; PAYER UN PRIX DE QUELQUE CHOSE:
Non, en conscience, vous en payerez cela.
—PAYER DE, alléguer pour excuse:
«Je le croiray volontiers, pourveu qu’il ne me donne pas en payement une doctrine beaucoup plus difficile et fantastique que n’est la chose mesme.»
—PAYER POUR (un substantif), payer en qualité de. (Voyez GAGER POUR.)
—PAYEROIT, PAYEREZ, de trois syllabes:
Molière, s’il eût été d’usage alors de syncoper les mots, eût mis facilement que vous paîrez après.
PAYSANNE, de trois syllabes:
—de quatre syllabes:
—PAYSAN, de trois syllabes:
—de deux:
PAYSANNERIE comme bourgeoisie:
J’aurois bien mieux fait...... de m’allier en bonne et franche paysannerie.
L’Académie dit qu’il est peu usité.
PECQUES:
A-t-on jamais vu, dis-moi, deux pecques provinciales faire plus les renchéries que celles-là?
Molière avait rapporté cette expression du Midi, où l’on dit d’un fâcheux dont on ne peut se débarrasser, que c’est un morceau de poix: es una pegue.
A moins que pecque ne soit une abréviation de pécore, ce qui conviendrait mieux au sens de ce passage.
Trévoux dit que pecq, en vieux français, signifiait un mauvais cheval. Il aurait bien dû en citer des exemples, s’il en connaissait: pour moi, je ne l’ai jamais vu.
PEINDRE EN ENNEMIS, c’est-à-dire, sous les traits d’ennemis:
Un titre qui peint ne paraît pas une métaphore heureuse.
PEINE; ÊTRE EN PEINE OÙ...:
De savoir où je vous mènerai.
—AVOIR PEINE A, pour avoir de la peine à...:
Comment! il semble que vous ayez peine à me reconnoître!
«J’ai peine à contempler son grand cœur dans ces dernières épreuves.»
Pascal dit pareillement faire peine, pour faire de la peine:
«La seule comparaison que nous faisons de nous au fini fait peine.»
PEINTURE, au lieu de portrait:
Sa peinture ne peut signifier que la peinture dont il est l’auteur, et non la peinture où il a servi de modèle.
(Voyez PORTRAIT, pour peinture, tableau.)
PÈLERIN, CONNAÎTRE LE PÈLERIN:
Si tu connoissois le pèlerin, tu trouverois la chose assez facile pour lui.
PENSER, substantif masculin:
Dans l’origine, tous les infinitifs pouvaient jouer le rôle de substantifs, moyennant l’addition de l’article, comme tout adjectif pouvait faire l’office d’adverbe:
«Tous les marchers, toussers, mouchers, éternuers, sont différents.»
Il est évidemment impossible de substituer ici démarche, toux, éternument; et nous n’avons aucun substantif, même approximatif, pour dire le moucher.
—PENSER (verbe) suivi d’un infinitif, pour être près de:
Nous avons aussi mon neveu le chanoine, qui a pensé mourir de la petite vérole.
PENTE, penchant; AVOIR PENTE A...:
PERDRE FORTUNE:
Perdre toute fortune. Fortune est ici pris au sens le plus large du latin fortuna; il ne s’agit pas seulement des biens de la fortune, mais de tout ce qui constitue ici-bas la félicité. C’est en quoi l’expression perdre fortune diffère de perdre sa fortune.
—PERDRE L’ATTENTE de quelque chose. (Voyez NE PERDRE QUE L’ATTENTE.)
—PERDRE LES PAS DE QUELQU’UN, perdre sa trace: