Il m’est, lorsque j’y pense, avantageux sans doute
D’avoir perdu ses pas et pu manquer sa route.
(Éc. des f. II. 1.)

PERDRE TEMPS:

Monsieur, j’ai perdu temps, votre homme se dédit.
(L’Ét. III. 2.)
«Je vais, sans perdre temps, y disposer Oronte.»
(Corneille. La Galerie du Palais.)

M. Auger blâme cette locution comme équivoque: est-ce perdre du temps, ou perdre son temps? La critique est bien vétilleuse, et l’équivoque du sens, argument spécieux auquel on recourt beaucoup trop souvent, n’est presque jamais à craindre.

PÉRICLITER, absolument, courir un danger, risquer:

Mais croyez-vous, maître Simon, qu’il n’y ait rien à péricliter?

(L’Av. II. 1.)

Rien à risquer en faisant cette affaire? croyez-vous que je n’expose rien?

PERSONNE, suivi d’un adjectif, d’un pronom ou d’un participe au masculin:

Personne ne t’est venu rendre visite?

(Crit. de l’Éc. des fem. 1.)

La complaisance est trop grande, de souffrir indifféremment toutes sortes de personnes.—Je goûte ceux qui sont raisonnables, et me divertis des extravagants.

(Ibidem.)

Jamais je n’ai vu deux personnes être si contents l’un de l’autre.

(Don Juan. I. 2.)

Il s’agit d’un amant et de sa fiancée.

Des vers tels que la passion et la nécessité peuvent faire trouver à deux personnes qui disent les choses d’eux-mêmes et parlent sur-le-champ.

(Mal. im. II. 6.)

PERSONNE DU MONDE, personne absolument:

Quoi, cousine, personne ne t’est venu rendre visite?—Personne du monde.

(Crit. de l’Éc. des femmes. 1.)

On observera que le mot personne est affirmatif de soi; il sert ici à nier, parce que la pensée le rattache à la négation renfermée dans l’ellipse: personne n’est venu me rendre visite.

PERSONNE. Verbe à une autre personne que son sujet:

VALÈRE. Je vous demande si ce n’est pas vous qui se nomme Sganarelle.

SGAN. En ce cas, c’est moi qui se nomme Sganarelle.

(Méd. m. lui. I. 6.)

Plus loin, Molière a mis, en observant le rapport des personnes:

Ouais! seroit-ce bien moi qui me tromperois?

(Ibid.)
Et que me diriez-vous, monsieur, si c’était moi
Qui vous eût procuré cette bonne fortune?
(Dépit am. III. 7.)
Ce ne seroit pas moi qui se feroit prier.
(Sgan. 2.)

Racine a dit pareillement:

«Il ne voit dans son sort que moi qui s’intéresse
(Britannicus.)

Les grammairiens, depuis Vaugelas, ont décidé qu’il faut toujours le verbe à la première personne, parce que le pronom y est. La raison paraît douteuse, car il y a aussi un autre verbe qui est placé le premier, et qui est à la troisième personne. Pourquoi l’accord ne se ferait-il pas aussi bien avec ce premier verbe qu’avec le pronom qui le suit?

Celui qui se nomme Sganarelle, c’est moi;—celui qui vous a procuré cette bonne fortune, c’est moi;—celle qui se ferait prier, ce ne serait pas moi:—voilà comme on serait obligé de parler pour satisfaire la logique. Et parce que l’ordre des mots est renversé, le rapport des termes de l’idée change-t-il aussi? Non sans doute. La facilité que laissait l’usage du XVIIe siècle me semble donc, en principe, plus raisonnable que la loi étroite du XIXe. Il est certain d’ailleurs que cette rigueur ne produirait pas toujours un bon effet dans l’application. Par exemple, il n’en coûtait pas davantage, à Racine de mettre:

Il ne voit dans ses pleurs que moi qui m’intéresse.

Mais la pensée ne se présente plus du tout de même. Junie ne veut pas dire: Moi seule je m’intéresse dans ses pleurs; mais: Qui est-ce qui s’intéresse dans ses pleurs?—Moi seule. Dans la première tournure, l’idée qui frappe d’abord, c’est la personne de Junie; dans la seconde, c’est l’isolement et l’abandon de Britannicus. L’une est propre à irriter Néron, l’autre à le désarmer.

Ces délicatesses font le caractère des grands écrivains; et les despotes de la grammaire, avec leur précision géométrique, tendent à les rendre impossibles: ils matérialisent la langue.

PESTE; LA PESTE SOIT, LA PESTE SOIT FAIT; exclamation, suivie du nominatif; LA PESTE DE:

La peste le coquin! La peste le benêt!

(Don Juan. III. 6. et V. 2.)

Peste soit le coquin, de battre ainsi sa femme!

(Méd. m. l. I. 2.)

C’est une inversion: que le coquin soit la peste, c’est-à-dire, soit empesté, devienne la peste elle-même.

La peste soit fait l’homme et sa chienne de face!
(Éc. des f. IV. 2.)
La peste de ta chute, empoisonneur au diable!
(Mis. I. 2.)

Peste du fou fieffé!—Peste de la carogne!

(Méd. m. lui. I. 1.)

PÉTAUD; la cour du roi Pétaud:

Et c’est tout justement la cour du roi Pétaud.
(Tart. I. 1.)

Les commentateurs, avec assez d’apparence, veulent que ce soit la cour du roi Peto, du roi des mendiants, où règnent le désordre et la confusion. Le mot pétaudière confirme l’autre orthographe.

PETITE OIE, terme de toilette:

MASCARILLE. Que vous semble de ma petite oie? la trouvez-vous congruante à l’habit?

(Préc. rid. 10.)

«Petite oye est ce qu’on retranche d’une oye quand on l’habille pour la faire rostir, comme les pieds, les bouts d’aile, le cou, le foye, le gesier.» (Trévoux.) C’est ce qu’on appelle aujourd’hui un abatis.

Par une métaphore facile à comprendre, petite oie a désigné les accessoires de la toilette, plumes, rubans, dentelles, dont à cette époque le costume masculin était fort chargé:

«Ne vous vendrai-je rien, monsieur? des bas de soie,
«Des gants en broderie, ou quelque petite oie
(Corneille. La Galerie du Palais.)

La petite oie signifiait aussi, par une métaphore analogue, les plus légères faveurs de l’amour.

PETONS, diminutif de pieds:

Ah! que j’en sais, belle nourrice,.... qui se tiendroient heureux de baiser seulement les petits bouts de vos petons!

(Méd. m. l. III. 3.)

(Voyez BOUCHON.)

PEU pour un peu:

Vous le voyez: sans moi vous y seriez encore,
Et vous aviez besoin de mon peu d’ellébore.
(Sgan. 22.)

La suivante veut dire: Vous aviez besoin de ce peu de jugement que m’a départi le ciel. Mais, à prendre sa phrase dans le sens ordinaire de cette tournure, elle dirait: Vous aviez besoin que j’eusse peu de jugement.

Votre peu de foi vous a perdu.—Vous êtes perdu pour avoir eu trop peu de foi. C’est le sens régulier.

Votre peu de foi vous a sauvé. C’est-à-dire, il vous a suffi d’un peu de foi pour être sauvé. C’est le sens exceptionnel que donne ici Molière à cette façon de parler. L’équivoque, sans compter l’usage, ne permet pas de l’admettre.

Voltaire parle plus correctement que Molière, quand il fait dire à Omar:

«Je voulus le punir, quand mon peu de lumière
«Méconnut ce grand homme entré dans la carrière.»
(Mahomet. I. 4.)

QUELQUE PEU:

J’en avois fait à sa mère quelque peu d’ouverture.
(L’Av. II. 3.)

PEUR DE, adverbialement, de peur de:

ALAIN.
J’empêche, peur du chat, que mon moineau ne sorte.
(Éc. des fem. I. 2.)

On dit de même, mais légitimement, faute de, crainte de.—Manque de, souvent employé par Pascal, est aujourd’hui hors d’usage. Toutes ces locutions sont autant d’accusatifs ou d’ablatifs absolus. Si l’on admet les unes, il paraît inconséquent de rejeter les autres, d’approuver faute de, et de blâmer peur de. On allègue l’usage; mais, en bonne grammaire, l’usage nouveau ne devrait point établir de prescription définitive, surtout contre la logique appuyant l’ancien usage.

PEUT-ÊTRE... ET QUE:

Peut-être a-t-il dans l’âme autant que moi de crainte,
Et que le drôle parle ainsi,
Pour me cacher sa peur sous une audace feinte.
(Amph. I. 2.)

PHILOSOPHE, adjectif comme philosophique:

Ce chagrin philosophe est un peu trop sauvage.
(Mis. I. 1.)
Et je crois qu’à la cour, aussi bien qu’à la ville,
Mon flegme est philosophe autant que votre bile.
(Ibid.)
Qu’il a bien découvert ici son caractère,
Et que peu philosophe est ce qu’il vient de faire.
(Fem. sav. V. 5.)

«C’étoit la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie.»

(Pascal. Pensées.)

«Le plus philosophe étoit de vivre simplement.»

(Id. Ibid.)

PHILOSOPHE, substantif féminin:

C’est une philosophe enfin; je n’en dis rien.
(Fem. sav. II. 8.)

PHLÉBOTOMISER, archaïsme, pour saigner:

1er MÉDECIN. Je suis d’avis qu’il soit phlébotomisé libéralement.

(Pourc. I. 11.)

PIC ou PIQUE, aux cartes:

Molière écrit les deux:

O la fine pratique!
Un mari confident!—Taisez-vous, as de pique!
(Dép. am. V. 9.)
Dame et roi de carreau, dix et dame de pique.
(Fâcheux. II. 2.)
Mais lui fallant un pic, je sortis hors d’effroi.
(Ibid.)
Il ne m’en faut que deux, l’autre a besoin d’un pic.
(Ibid.)

Molière altère ici l’orthographe pour le besoin de la rime. Pic, ainsi figuré, signifie autre chose que pique: c’est un terme du jeu de piquet: pic, repic et capot:

Vous allez faire pic, repic et capot tout ce qu’il y a de galant dans Paris.

(Préc. rid. 10.)
«Philis, contre la mort vainement on réclame:
«Tôt ou tard qui s’y joue est fait pic et capot
(Benserade.)

PIÈCE; BONNE PIÈCE, ironiquement:

Taisez-vous, bonne pièce!

(G. D. I. 6.)

(Voyez BON.)

FAIRE UNE PIÈCE, jouer un tour:

Cet homme-là est un fourbe qui m’a mis dans une maison pour se moquer de moi, et me faire une pièce.

(Pourc. II. 4.)

C’est une pièce que l’on m’a faite, et je n’ai aucun mal.

(Ibid. I. 7.)

Ce sont des pièces qu’on lui fait.

(Ibid. III. 9.)

«Ce ne fut pas sans la garder bonne à Ésope, qui tous les jours faisoit de nouvelles pièces à son maître

(La Font. Vie d’Ésope.)

PIED; METTRE SOUS LES PIEDS, pour mépriser, négliger:

Moquons-nous de cela, méprisons les alarmes,
Et mettons sous nos pieds les soupirs et les larmes.
(Sgan. 18.)

PIED A PIED, pas à pas, petit à petit:

Pied à pied vous gagnez mes résolutions.

(B. Gent. III. 18.)

PILULE; DORER LA PILULE:

Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule.
(Amph. III. 11.)

PIMPESOUÉE:

Voilà une belle mijaurée, une pimpesouée bien bâtie, pour vous donner tant d’amour!

(B. gent. III. 9.)

«Pimpesouée, femme qui montre des prétentions, avec de petites manières affectées et ridicules. Pimpesouée vient probablement du vieux verbe pimper, qui signifie parer, attifer, dont il nous reste pimpant, et du vieil adjectif souef, souefve, qui voulait dire doux, agréable.

(M. Auger.)

Cette étymologie ne manque pas de vraisemblance; il ne reste plus qu’à trouver quelque part le vieux verbe pimper. J’avoue que, pour moi, je ne l’ai jamais rencontré; mais c’est un mot vraisemblable.

Ménage veut que pimpant soit dit pour pompant. Il est certain qu’on disait, dans le latin du moyen âge, pompare, pour superbire, gloriari:

«Grandisonis pompare modis tragicoque boatu.»
(Sedulius.)

(Voyez Du Cange au mot POMPARE.)

Sur l’étymologie de mijaurée, je ne trouve rien de satisfaisant.

PIQUÉ, au figuré; AVOIR L’AME PIQUÉE DE QUELQUE CHOSE:

Pour mettre en mon pouvoir certaine Égyptienne
Dont j’ai l’âme piquée, et qu’il faut que j’obtienne.
(L’Ét. V. 6.)

PIS, au neutre, quelque chose de pis:

La prose est pis que les vers.

(Impromptu de Versailles. 1.)

Il s’agit de savoir, de la prose ou des vers, quel est le plus difficile à retenir par cœur; Molière décide que la prose est, à cet égard, pis que les vers.

Pire que les vers, marquerait la prééminence relative de la prose, ce dont il n’est pas question. Pire s’accorderait avec prose; pis, au neutre, se rapporte, à l’idée de retenir par cœur.

C’est l’observation encore plus instinctive que raisonnée de ces nuances délicates qui fait l’habile écrivain.

PLAIDERIE:

Je verrai dans cette plaiderie
Si les hommes auront assez d’effronterie...
(Mis. I. 1.)

La racine est plaid:

«Tous les jours le premier aux plaids, et le dernier!»
(Racine. Les Plaideurs.)

On ne dit plus que plaidoirie.

PLAINTE; MURMURER A PLAINTE COMMUNE, murmurer ensemble, pour le même sujet:

Nous nous voyons sœurs d’infortune;
Et la vôtre et la mienne ont un si grand rapport,
Que nous pouvons mêler toutes les deux en une,
Et dans notre juste transport
Murmurer à plainte commune.
(Psyché. I. 1.)

A plainte commune est dit comme à frais communs.

PLAISANT, qui plaît, agréable. Archaïsme:

AGNÈS.
C’est une chose, hélas! si plaisante et si douce!
(Éc. des fem. II. 6.)

«Le plaisant dialogue du legislateur de Platon, avecques ses concitoyens, fera honneur à ce passage.»

(Montaigne. II. 7.)

«Entre les livres simplement plaisants, je treuve des modernes le Decameron de Boccace, etc...»

(Id. Ibid. 10.)

Livres plaisants, c’est-à-dire qui n’apportent que du plaisir, de l’agrément, qu’on lit uniquement pour s’amuser.

«...... Une perception soudaine et vive qui se fait d’abord en nous, à la présence des objets plaisants et fâcheux.»

(Bossuet. Connaissance de Dieu.)

On s’est permis, dans l’édition in-12 de 1846, de substituer «objets agréables ou déplaisants.» On ne saurait trop vivement blâmer ces témérités, qui n’iraient pas à moins qu’à transformer tous les dix ans les textes les plus précieux et vénérables.

PLANTUREUX, archaïsme, abondant:

Que les saignées soient fréquentes et plantureuses.

(Pourc. I. 11.)

On devrait écrire plentureuses par un e, la racine de ce mot étant, non pas plante, mais plenté, syncopé de plenitatem:

«Vous aurez du foin assez,
«Et de l’avoine à plenté
(Prose de l’Asne.)

Et non à planter, comme je l’ai vu imprimé. Les ânes mangent de l’avoine, mais ils n’en plantent point; au rebours des hommes.

PLATRER, métaphoriquement, dans le sens où nous disons aujourd’hui replâtrer, dissimuler:

Jusqu’ici vous avez joué mes accusations, ébloui vos parents, et plâtré vos malversations.

(G. D. III. 8.)
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
Que le dehors plâtré d’un zèle spécieux.
(Tart. I. 6.)

Boileau se sert pareillement du substantif plâtre, au figuré:

«Ses bons mots ont besoin de farine et de plâtre

PLEIN, complet:

Il est bien des endroits où la pleine franchise
Deviendroit ridicule, et seroit peu permise.
(Mis. I. 1.)
Cette pleine droiture où vous vous renfermez.
(Ibid.)

C’est un haut étage de vertu que cette pleine insensibilité où ils veulent faire monter notre âme.

(Préf. de Tartufe.)

«Que l’homme contemple donc la nature dans sa haute et pleine majesté

(Pascal. Pensées.)

«La promesse que J. C. nous a faite de rendre sa joie pleine en nous.»

(Id. Ibid.)

(Voyez A PLEIN.)

PLEIN D’EFFROI, au sens actif, c’est-à-dire qui remplit d’effroi:

Et qu’on s’aille former un monstre plein d’effroi
De l’affront que nous fait son manquement de foi?
(Éc. des fem. IV. 8.)

PLUS pour le plus, au superlatif:

Mais je vais employer mes efforts plus puissants,
Remuer terre et ciel, m’y prendre de tous sens...
(L’Ét. V. 12.)
Si vous leur dérobez leurs conquêtes plus belles,
Et de tous leurs amants faites des infidèles.
(Ibid. V. 13.)
Le remède plus prompt où j’ai su recourir.
(Dép. am. III. 1.)
Mais ce qui plus me plaît d’une attente si chère...
(D. Garcie. I. 3.)
C’est lors que plus il m’aime.
(Ibid. II. 1.)

Qui est plus criminel à votre avis, ou celui qui achète un argent dont il a besoin, ou bien celui qui vole un argent dont il n’a que faire?

(L’Avare. II. 3.)

«Quatre cent mille soldats qu’elle entretenoit étoient ceux de ses citoyens qu’elle (l’Égypte) exerçoit avec plus de soin.»

(Bossuet, Hist. un. IIIe partie.)
«Chargeant de mon débris les reliques plus chères
(Racine. Bajazet.)

Cette façon de parler commençait dès lors à vieillir, et l’on ne tarda pas à la proscrire; mais au XVIe siècle, et surtout au moyen âge, on ne s’en faisait aucun scrupule:

«L’honneur, qui sous faux titre habite avecque nous,
Qui nous ôte la vie et les plaisirs plus doux
(Regnier. Sat. VI.)
«Estant là, je furète aux recoins plus cachés
(Ibid.)

«Les gens du monde pour la santé où il avoit plus de fiance (Charles V), c’estoit en bons maistres medecins.»

(Froissart. Chron. II. 70.)
«Gentis rois, dit la dame, par Deu qui maint la sus,
Je vos commant la rien el monde que j’aim plus
(Chans. des Saxons. I. 85.)

Je vous recommande la chose que j’aime le plus au monde.

«Donez l’or et l’argent, et le vair et le gris;
Car doner est la rien qui plus monte à haut pris.»
(Ibid. I. 85.)
«Vous estes, fais-je, du lignage
«D’icy entour plus à louer.»
(Pathelin.)

Du lignage des environs le plus à louer.

PLUT A DIEU, suivi de l’infinitif:

Plût à Dieu l’avoir tout à l’heure, devant tout le monde (le fouet), et savoir ce qu’on apprend au collége!

(B. gent. III. 3.)

POIDS; LE POIDS D’UNE GRIMACE:

Le poids de sa grimace, où brille l’artifice,
Renverse le bon droit et tourne la justice.
(Mis. V. 1.)

(Voyez TOURNER LA JUSTICE, et MÉTAPHORES VICIEUSES.)

LE POIDS D’UNE CABALE:

Et, pour moins que cela, le poids d’une cabale
Embarrasse les gens dans un fâcheux dédale.
(Tart. V. 3.)

Pascal a dit, le poids de la vérité:

«Il est sans doute que le poids de la vérité les déterminera incontinent à ne plus croire à vos impostures.»

(15e Prov.)

La métaphore d’un poids qui détermine la balance à pencher à droite ou à gauche, est juste; celle d’un poids qui embarrasse dans un dédale, ne l’est pas.

METTRE DU POIDS A QUELQUE CHOSE, y attacher de l’importance:

Mon père est d’une humeur à consentir à tout;
Mais il met peu de poids aux choses qu’il résout.
(Fem. sav. I. 3.)

POINT, surabondant avec aucun:

On ne doit point songer à garder aucunes mesures.

(D. Juan. III. 5.)

Aucun étant exactement synonyme de quelque, il n’y a pas ici de faute contre le génie de la langue; mais j’avoue qu’il y en a une contre l’usage, qui est vicieux, de considérer aucun comme renfermant une négation.

(Voyez PAS.)

POINT D’AFFAIRES, exclamation elliptique dont le sens est sans doute celui-ci: Point d’affaires entre nous! je ne vous écoute pas:

Point d’affaires! je suis inexorable.

(G. D. III. 8.)

De la louange, de l’estime, de la bienveillance en paroles, et de l’amitié, tant qu’il vous plaira; mais de l’argent, point d’affaires.

(L’Av. II. 5.)

POMMADER, faire de la pommade:

Que font-elles?—De la pommade pour leurs lèvres.—C’est trop pommadé. Dites-leur qu’elles descendent.

(Préc. rid. 3.)

Cet emploi du participe passé, avec trop et assez, est remarquable, encore que très-usuel: c’est assez bu; c’est assez causé; c’est trop pommadé.

PORTE; ENTRER DANS UNE PORTE:

Entrez dans cette porte, et laissez-vous conduire.
(Éc. des fem. V. 3.)

Il est incommode et fâcheux que nous soyons réduits à un seul mot pour exprimer l’ouverture pratiquée dans la muraille et la pièce de menuiserie destinée à la fermer. Les Latins avaient porta et janua, auxquels correspondaient, dans notre vieille langue, porte et huis[68]. Mais depuis qu’on a banni le second, il faut bien que l’autre fasse un double service, et désigne à la fois les deux choses contraires.

LA PORTE DES RESSORTS. (Voyez RESSORTS à l’article MÉTAPHORES VICIEUSES.)

PORTE-RESPECT:

Foin! que n’ai-je avec moi pris mon porte-respect!
(L’Ét. III. 9.)

Je ne sais trop ce qu’entend Lélie par ce terme, si ce n’est un bâton; mais comment la défense d’un bâton est-elle regrettable à qui porte deux pistolets et une épée?

Mais vienne qui voudra contre notre personne:
J’ai deux bons pistolets, et mon épée est bonne.
(Ibid.)

PORTER, pour porter en soi, avec soi:

Un dieu qui porte les excuses de tout ce qu’il fait: l’Amour.

(L’Av. V. 3.)

PORTER DU CRIME DANS..., en mettre où il n’y en a pas:

Il n’y a chose si innocente où les hommes ne puissent porter du crime.

(Préf. de Tartufe.)

PORTER DU SCANDALE, causer, entraîner du scandale:

Après son action, qui n’eut jamais d’égale,
Le commerce entre nous porteroit du scandale.
(Tart. IV. 1.)

PORTER UN AIR:

Et partout porte un air qui saute aux yeux d’abord.
(Mis. I. 1.)
Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal!
(Tart. V. 4.)

PORTEUR DE HUCHET:

Dieu préserve, en chassant, toute sage personne
D’un porteur de huchet qui mal à propos sonne!
(Fâcheux. II. 7.)

Le huchet est un petit cor de chasseur ou de postillon, qui sert à hucher (appeler) les chiens.

PORTRAIT, pour peinture, tableau, LE PORTRAIT D’UN COMBAT:

Je dois aux yeux d’Alcmène un portrait militaire
Du grand combat qui met nos ennemis à bas.
(Amph. I. 1.)

(Voyez PEINTURE pour portrait.)

PORTRAIT D’UN CŒUR:

Nous allons en tous lieux
Montrer de votre cœur le portrait glorieux.
(Mis. V. 4.)

POSSIBLE, adverbe, peut-être:

Son heure doit venir, et c’est à vous, possible,
Qu’est réservé l’honneur de la rendre sensible.
(Pr. d’Él. I. 4.)

Primitivement tous les adjectifs s’employaient aussi comme adverbes; notre langue en a conservé de nombreux exemples: voir clair; frapper fort; tenir ferme; partir soudain, etc. Il n’y a aucune raison pour que possible soit exclu de ce privilége. La Fontaine l’y maintenait:

«Ils ne cédoient à pas une nonnain
«Dans le désir de faire que madame
«Ne fût honteuse, ou bien n’eût dans son âme
«Tel récipé, possible, à contre-cœur.»