Et qu’il eût mieux valu pour moi, pour mon estime,
Suivre les mouvements d’une peur légitime.
(Dép. am. III. 3.)

C’est-à-dire, pour l’estime qu’on fera de moi, dans l’intérêt de ma réputation. Mon estime est ici comme mon honneur.

MONSTRE PLEIN D’EFFROI. (Voyez PLEIN D’EFFROI.)

MONTRE, substantif féminin au sens d’exposition:

Conserve à nos neveux une montre fidèle
Des exquises beautés que tu tiens de son zèle.
(La Gloire du Val-de-Grâce.)

Montre s’employait autrefois au sens de revue: la montre des soldats; passer à la montre, c’est passer à la revue:

«Ainsi Richard jouit de ses amours,
«Vécut content, et fit force bons tours,
«Dont celui-ci peut passer à la montre
(La Font. Richard Minutolo.)

MONTRER A QUELQU’UN, absolument, pour donner des leçons:

Outre le maître d’armes qui me montre, j’ai arrêté encore un maître de philosophie.

(B. gent. I. 2.)

Votre maître de musique est allé aux champs, et voilà une personne qu’il envoie à sa place pour vous montrer.

(Mal. im. II. 4.)
«Son maître tous les jours vient pourtant lui montrer
(Regnard. Le Distrait.)

Bossuet emploie de la même façon enseigner, comme verbe actif; enseigner quelqu’un:

«J’ai déjà dit que ce grand Dieu les enseigne, et en leur donnant et en leur ôtant le pouvoir.»

(Or. fun. d’Henr. d’A.)

MONTRER DE (un infinitif):

Vous buviez sur son reste, et montriez d’affecter
Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.
(L’Ét. IV. 5.)

MOQUER; SE MOQUER DE (un infinitif), dans le sens de ne pas vouloir, se mettre peu en peine de, non curare de:

Je me moquerois fort de prendre un tel époux!
(Tart. II. 2.)

Je veux lui donner pour époux un homme aussi riche que sage; et la coquine me dit au nez qu’elle se moque de le prendre.

(L’Av. I. 7.)

C’est-à-dire, non pas qu’elle est indifférente à le prendre ou non, mais qu’elle se moque de la volonté de son père de le lui faire prendre.

On sait leur rendre justice (à certains maris), et l’on se moque fort de les considérer au delà de ce qu’ils méritent.

(G. D. III. 5.)
Quand l’amour à vos yeux offre un choix agréable,
Jeunes beautés, laissez-vous enflammer:
Moquez-vous d’affecter cet orgueil indomptable
Dont on vous dit qu’il est beau de s’armer.
(Prol. de la pr. d’Élide. I.)

C’est que les filles bien sages et bien honnêtes comme vous se moquent d’être obéissantes et soumises aux volontés de leur père.

(Mal. im. II. 7.)

MORCEAU DE JUDICIAIRE. (Voyez JUDICIAIRE.)

MORGUER QUELQU’UN, le braver insolemment:

Et de son large dos morguant les spectateurs.
(Fâcheux. I. 1.)
«...... tous ces vaillants, de leur valeur guerrière,
«Morguent la destinée et gourmandent la mort.»
(Regnier. Sat. VI.)

MOUCHE; LA MOUCHE MONTE A LA TÊTE:

Ah! que vous êtes prompte!
La mouche tout à coup à la tête vous monte.
(L’Ét. I. 10.)

C’est une autre forme de la locution proverbiale, prendre la mouche. On dit en italien, la mosca vi salta al naso.

MOUCHER DU PIED (SE):

DORINE.
Certes, monsieur Tartufe, à bien prendre la chose,
N’est pas un homme, non, qui se mouche du pied!
(Tart. II. 3.)

Se moucher avec le pied était un tour d’agilité des saltimbanques. De là cette expression ironiquement familière en parlant d’un homme grave et considérable: Il ne se mouche pas du pied! ou, comme dit Mascarille: Il tient son quant-à-moi!

MOUSTACHE; SUR LA MOUSTACHE, à la barbe:

Afin qu’un jeune fou dont elle s’amourache
Me la vienne enlever jusque sur la moustache.
(Éc. des fem. IV. 1.)

MOUVEMENT; DE SON MOUVEMENT, proprio motu:

S’il s’attache à me voir, et me veut quelque bien,
C’est de son mouvement; je ne l’y force en rien.
(Mélicerte. II. 4.)

MYSTÈRE; FAIRE GRAND MYSTÈRE, c’est-à-dire, grand embarras de quelque chose:

Du nom de philosophe elle fait grand mystère,
Mais elle n’en est pas pour cela moins colère.
(Fem. sav. II. 8.)

NE, supprimé; dans une formule interrogative:

De quoi te peux-tu plaindre? ai-je pas réussi?
(L’Ét. IV. 5.)
Mais suis-je pas bien fat de vouloir raisonner....
(Sgan. 1.)
Les querelles, procès, faim, soif et maladie,
Troublent-ils pas assez le repos de la vie?
(Ibid. 17.)
Et tu trembles de peur qu’on t’ôte ton galant.
(Ibid. 22.)
Dis-tu pas qu’on t’a dit qu’il s’appelle Valère?
(Éc. des mar. II. 1.)
...... Valère est-il pas votre nom?
(Ibid. II. 3.)
L’amour sait-il pas l’art d’aiguiser les esprits?
(Éc. des fem. III. 4.)
Trouvez-vous pas plaisant de voir quel personnage
A joué mon jaloux dans tout ce badinage?
(Ibid.)
Pour dresser un contrat m’a-t-on pas fait venir?
(Ibid. IV. 2.)
M’êtes-vous pas venu querir pour votre maître?
(Ibid. IV. 3.)
T’ai-je pas là-dessus ouvert cent fois mon cœur?
Et sais-tu pas pour lui jusqu’où va mon ardeur?
(Tart. II. 3.)

Pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit?

(Impromptu. 1.)

Il aura un pied de nez avec sa jalousie, est-ce pas?

(G. D. I. 2.)

Pourrois-je point m’éclaircir doucement s’il y est encore?

(Ibid. II. 8.)

Est-ce pas vous, Clitandre?

(Ibid. III. 2.)

—Après à moins que:

La maîtresse ne peut abuser votre foi,
A moins que la maîtresse en fasse autant de moi.
(Dép. am. I. 1.)
A moins que Valère se pende,
Bagatelle; son cœur ne s’assurera point.
(Dép. am. I. 2.)
A moins que le ciel fasse un grand miracle en vous.
(Ibid. II. 2.)
Et moi, je ne puis vivre à moins que vos bontés
Accordent un pardon à mes témérités.
(D. Garcie. II. 6.)

On ne saurait dire que, dans ce dernier exemple, Molière ait cédé aux besoins de la mesure, car il ne lui en coûtait rien de Mettre: N’accordent un pardon.

Et moi, je ne puis vivre à moins que vous quittiez
Cette colère qui m’accable.
(Amph. II. 6.)
Et l’on en est réduite à n’espérer plus rien,
A moins que l’on se jette à la tête des hommes.
(Psyché. I. 1.)

Si cette suppression avait eu quelque importance dans la coutume du langage du temps, il eût été facile à Molière de mettre:

A moins qu’on ne se jette à la tête des hommes.

Je lui ai défendu de bouger, à moins que j’y fusse moi-même, de peur de quelque fourberie.

(Pourc. I. 6.)

—Après AVANT QUE:

Avant que vous parliez, je demande instamment
Que vous daigniez, seigneur, m’écouter un moment.
(D. Garcie. V. 5.)
Allons, courons avant que d’avec eux il sorte.
(Amph. III. 5.)

«Avant qu’on l’ouvrît (la cédule), les amis du prince soutinrent que, etc.»

(La Fontaine. Vie d’Ésope.)

«Toutes vos fables pouvoient vous servir avant qu’on sût vos principes.»

(Pascal. 15e Prov.)

—Après AVOIR PEUR QUE:

J’ai bien peur que ses yeux resserrent votre chaîne.
(Dép. am. IV. 2.)

—D’abord exprimé, puis supprimé après AVOIR PEUR QUE:

J’ai peur qu’elle ne soit mal payée de son amour, que son voyage en cette ville produise peu de fruit, et que vous eussiez autant gagné à ne bouger de là.

(D. Juan. I. 1.)

—Après CRAINDRE QUE:

Mais, hélas! je crains bien que j’y perde mes soins.
(D. Garcie. II. 6.)
Je craindrois que peut-être
A quelques yeux suspects tu me fisses connoître.
(Fâcheux. III. 1.)
..... Oui, mais qui rit d’autrui
Doit craindre qu’à son tour on rie aussi de lui.
(Éc. des fem. I. 1.)

Peut-on craindre que des choses si généralement détestées fassent quelque impression dans les esprits?

(Préf. de Tartufe.)

—Après EMPÊCHER QUE:

Si son cœur m’est volé par ce blondin funeste,
J’empêcherai du moins qu’on s’empare du reste.
(Éc. des fem. IV. 7.)

Molière l’a exprimé ailleurs:

Cela n’empêchera pas que je ne conserve pour vous ces sentiments d’estime.....

(Pourc. III. 9.)

Mais il l’a encore supprimé dans ce passage:

Le choix qui m’est offert s’oppose à votre attente,
Et peut seul empêcher que mon cœur vous contente.
(Mélicerte. I. 5.)

Je crois qu’ici Molière a cédé à la contrainte de la mesure. Pascal exprime ne:

«M. le premier président a apporté un ordre pour empêcher que certains greffiers ne prissent de l’argent pour cette préférence.»

(18e Prov.)

Au surplus, il est vraisemblable que Molière n’attachait aucune importance à exprimer ou retrancher le ne; son habitude paraît avoir été pour la suppression. Pascal, au contraire, est pour l’expression.

—Après DE PEUR QUE:

De peur que ma présence encor soit criminelle.
(L’Ét. I. 5.)
De peur qu’elle revînt, fermons à clef la porte.
(Éc. des mar. III. 2.)

Ailleurs Molière l’a exprimé:

Ah! Myrtil, levez-vous, de peur qu’on ne vous voie.
(Mélicerte. II. 3.)

—Après DEVANT ou AVANT QUE:

Devant que les chandelles soient allumées.

(Préc. rid. 10.)

—Après GARDER QUE:

Gardons bien que par nulle autre voie elle en apprenne jamais rien.

(Am. magn. I. 1.)

—Après MIEUX QUE, précédé d’une négation:

Je ne crois pas qu’on puisse mieux danser qu’ils dansent.

(Am. magn. II. 1.)

Chacun demeura d’accord qu’on ne pouvoit pas mieux jouer qu’il fit.

(Crit. de l’Éc. des fem. 6.)

NE, exprimé; après NE DOUTER POINT QUE:

Oui, je ne doute point que l’hymen ne vous plaise.
(Éc. des fem. II. 7.)

Je ne doute point que vos paroles ne soient sincères.

(Scapin. I. 3.)

Bossuet a dit:

«Je ne crois pas qu’on puisse douter que Ninus ne se soit attaché à l’Orient.»

(Hist. Un. IIIe p. § 4.)

Ici pourtant l’expression est différente de celle de Molière, en ce que le premier ne s’attache, non pas au verbe douter, mais au verbe croire. Il paraît que le XVIIe siècle tenait pour règle invariable d’exprimer ne après douter que, quel que fût d’ailleurs le sens de la phrase, affirmatif ou négatif. Ninus s’était attaché à l’Orient, je ne crois pas qu’on en puisse douter; c’est ce que veut dire Bossuet, et il met deux négations. Il me semble que dans cet exemple la seconde est de trop, mais on observait encore certaines lois de symétrie, tradition de la vieille langue, qu’aujourd’hui nous qualifions pléonasmes.

(Voyez plus bas NE répété par pléonasme.)

—Après IL ME TARDE QUE:

Il me tarde que je ne goûte le plaisir de la voir.

(Sicilien. 10.)

—Après PRENDRE GARDE QUE....:

On m’a chargé de prendre garde que personne ne me vît.

(G. D. I. 2.)

—Après NE TENIR QU’A:

Il ne tiendra qu’à elle que nous ne soyons mariés ensemble.

(G. D. I. 2.)

—Après METTRE EN DOUTE QUE:

Il n’y aura personne qui mette en doute que ce ne soit vous qui m’aurez tuée.

(G. D. III. 8.)

NE, répété par pléonasme:

Je ne puis pas nier qu’il n’y ait eu des Pères de l’Église qui ont condamné la comédie; mais on ne peut pas me nier aussi qu’il n’y en ait eu quelques-uns qui l’ont traitée un peu plus doucement.

(Préf. de Tartufe.)

Je ne doute point, sire, que les gens que je peins dans ma comédie ne remuent bien des ressorts auprès de Votre Majesté, et ne jettent dans leur parti....

(2me Placet au Roi.)

On pourrait supprimer chaque fois le second ne; la phrase n’en serait pas moins claire, ni l’expression moins complète; mais je crois que le génie de la langue française préfère cette répétition, qui a une foule d’analogues: c’est à vous à parler,—c’est à vous à qui je m’adresse;—c’est de vous dont je m’occupe.—C’est là où vous verrez la bénignité de nos pères.

NE, ni:

Un mari qui n’ait pas d’autre livre que moi,
Qui ne sache A ne B, n’en déplaise à madame.
(Fem. sav. V. 3.)

C’est un archaïsme. Thomas Diafoirus s’en sert également: «Ne plus ne moins que la fleur que les anciens nommoient héliotrope...» (Mal. im. II. 6.) Cette forme, jadis seule en usage, était commode pour l’élision:

«Onc n’avoit vu, ne lu, n’ouï conter....»
(La Font. Le Diable de Papefig.)

On disait de même se pour si: se non, sinon. Malgré des réclamations réitérées, certains éditeurs de textes du moyen âge impriment encore avec un accent aigu , , qué, , pour ne, se, que, ce; l’élision même de cet e n’a pu leur persuader qu’il n’y faut point mettre d’accent. C’est une obstination bien étrange!

NÉCESSITANT, nécessiteux:

Aussi est-ce à vous seule qu’on voit avoir recours toutes les muses nécessitantes.

(Am. magn. I. 6.)

NÉGATION; DEUX NÉGATIONS REDOUBLÉES. (Voy. à la fin de l’article PAS.)

NEIGE; DE NEIGE, expression de mépris:

Tiens, tiens, sans y chercher tant de façons, voilà
Ton beau galant de neige avec ta nonpareille.
(Dép. am. IV. 4.)

Cette expression rappelle le floccifacere et floccipendere des Latins.

«Ah le beau médecin de neige avec ses remèdes!»
(Destouches. Le Tambour nocturne.)

NE M’EN PARLEZ POINT, incidemment, dans un sens affirmatif et laudatif:

Il y a plaisir, ne m’en parlez point, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses de l’art.

(B. gent. I. 1.)

N’EN EST-CE PAS FAIT?

Nous rompons?—Oui, vraiment! Quoi? n’en est-ce pas fait?
(Dép. am. IV. 3.)

En, figure ici au même titre que dans c’en est fait; c’est fait de moi, de cela.

NE PERDRE QUE L’ATTENTE DE QUELQUE CHOSE:

Tu n’en perds que l’attente, et je te le promets.
(Dép. am. III. 10.)

On dit dans le même sens, et avec des termes contraires: Tu n’y perdras rien pour attendre.

NE QUE, faisant pléonasme avec seulement. (Voy. SEUL.)

NET, adverbialement:

Madame, voulez-vous que je vous parle net?
De vos façons d’agir je suis mal satisfait.
(Mis. II. 1.)

(Voyez PREMIER QUE, FERME, FRANC.)

NET, adjectif, au sens moral: loyal, sans détour; AME FRANCHE ET NETTE:

Et j’avouerai tout haut, d’une âme franche et nette.....
(Fem. sav. I. 1.)

NEZ; DONNER PAR LE NEZ, au figuré:

Ils nous donnent encore, avec leurs lois sévères,
De cent sots contes par le nez.
(Amph. II. 3.)

Par est ici abrégé de parmi; parmi le nez, au milieu du visage.

C’EST POUR TON NEZ, ironiquement:

C’est pour ton nez, vraiment! cela ce fait ainsi.
(Amph. II. 7.)
«Mais c’est pour leur beau nez! le puits n’est pas commun;
Et si j’en avois cent, ils n’en auroient pas un.»
(Regnier. Macette.)

NI, exprimé seulement au dernier terme de l’énumération:

Dans ses meubles, dût-elle en avoir de l’ennui,
Il ne faut écritoire, encre, papier, ni plumes.
(Éc. des fem. III. 2.)

—Exprimé devant chaque terme:

Elle n’a ni parents, ni support, ni richesse.
(Ibid. III. 5.)

NI, répété après la négation:

Cela n’est pas capable, ni de convaincre mon esprit, ni d’ébranler mon âme.

(D. Juan. V. 2.)

NI, supprimé. (Voyez L’UN NI L’AUTRE.)

NIER, dénier, refuser:

Et je n’ai pu nier au destin qui le tue
Quelques moments secrets d’une si chère vue.
(D. Garcie. III. 2.)
Et tâcher, par des soins d’une très-longue suite,
D’obtenir ce qu’on nie à leur peu de mérite.
(Mis. III. 1.)
Imitant en vigueur les gestes des muets,
Qui veulent réparer la voix que la nature
Leur a voulu nier, ainsi qu’à la peinture.
(La Gloire du Val-de-Grâce.)

Nous n’employons plus que le composé dénier, et encore il devient rare:

«Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie,
«Sacrifiez Iphigénie.»
(Racine. Iphig. I. 1.)

NOIRCIR QUELQU’UN ENVERS UN AUTRE. (Voyez ENVERS.)

NOMBRE; QUELQUE NOMBRE DE, pour quelques:

Je veux jouir, s’il vous plaît, de quelque nombre de beaux jours que m’offre la jeunesse.

(G. D. II. 4.)

NOMPAREIL:

J’ai souhaité un fils avec des ardeurs nompareilles.

(D. Juan. IV. 6.)
«Colette entra dans des peurs nompareilles
(La Font. Le Berceau.)

Boileau s’est moqué de cette expression, déjà surannée de son temps, aujourd’hui tout à fait hors d’usage:

«Si je voulois vanter un objet nompareil,
«Je mettrais à l’instant: Plus beau que le soleil.»
(Sat. II.)

NON CONTENT, employé comme adverbe:

Et, non content encor du tort que l’on me fait,
Il court parmi le monde un livre abominable.
(Mis. V. 1.)

Non content ne se rapporte à personne, comme s’il y avait, par exemple, nonobstant...

Et, nonobstant encor le tort que l’on me fait,
Il court.....

NOUS, indéterminé, construit avec on:

Au moins, en pareil cas, est-ce un bonheur bien doux
Quand on sait qu’on n’a point d’avantage sur nous.
(Dép. am. II. 4.)
Et qu’on s’aille former un monstre plein d’effroi
De l’affront que nous fait son manquement de foi?
(Éc. des fem. IV. 8.)

(Voyez VOUS.)

NOUVEAUTÉS, nouvelles:

Je demeure immobile à tant de nouveautés.
(L’Ét. V. 15.)
Seigneur, ces nouveautés ont droit de me confondre.
(D. Garcie.)

NOUVEAUX YEUX: JETER DE NOUVEAUX YEUX SUR..., de nouveaux regards:

Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle...
(Pr. d’Él. I. 1.)

Un esprit qui jette de nouveaux yeux, est apparemment une de ces expressions qui semblaient du jargon à la Bruyère.

NUAGE DE COUPS DE BATONS:

Je vois se former de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules.

(Scapin, I. 1.)

OBJET par excellence, objet aimé:

LA MONTAGNE.
Si ce parfait amour que vous prouvez si bien
Se fait vers votre objet un grand crime de rien.
(Fâcheux. I. 1.)

Mon objet, son objet, votre objet, est une expression à l’usage du peuple, comme mon époux, mon épouse, pour mon mari, ma femme. Le ridicule s’y est attaché à cause de l’emphase. Aussi est-ce un valet à qui Molière prête cette façon de parler, Éliante ne s’exprime point comme la Montagne: elle dit, l’objet aimé:

Et dans l’objet aimé tout lui paroît aimable.
(Mis. II. 5.)

Le génie observateur de Molière recueille jusqu’aux nuances de vérité les plus fines et les plus fugitives. On ne le surprend jamais en défaut.

OBLIGER, absolument, dans le sens du latin obligare, lier:

Mes plus ardents respects n’ont pu vous obliger;
Vous avez voulu rompre: il n’y faut plus songer.
(Dép. am. IV. 3.)

OBLIGER A, forcer à:

Je me retire pour ne me voir point obligée à recevoir ses compliments.

(G. D. II. 11.)

«Quoique personne n’ignore les grandes qualités d’une reine dont l’histoire a rempli l’univers, je me sens obligé d’abord à les rappeler à votre mémoire.»

(Bossuet. Or. fun. d’Henr. d’Angl.)

«Mais je suis obligé à me contraindre.»

(Pascal. 8e Prov.)

«C’est pourquoi on n’est pas obligé à s’en confesser.»

(Id. 10e Prov.)

Pascal, bien qu’il paraisse préférer obliger à, emploie aussi obliger de:

«Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre juges de la disposition de leurs pénitents, puisqu’ils sont obligés de les en croire sur leur parole.»

(10e Prov.)

Au XVIIe siècle, obliger de paraît avoir été réservé pour signifier rendre le service de:

«Obligez-moi de n’en rien dire.»
(La Font. Fables, III. 6.)

C’est-à-dire, rendez-moi le service de n’en rien dire; faites que je vous aie cette obligation.

«Il y a des âmes basses qui se tiennent obligées de tout, et il y a des âmes vaines qui ne se tiennent obligées de rien

(Saint-Évremond.)

«L’abbesse lui fit réponse qu’elle et ses filles se sentoient infiniment obligées de ses bontés

(Patru.)

Obligées par ses bontés.

S’OBLIGER DE, s’obliger à..., prendre l’engagement de...:

Un fort honnête médecin..... veut s’obliger de me faire vivre encore trente années.