C’est-à-dire, pour l’estime qu’on fera de moi, dans l’intérêt de ma réputation. Mon estime est ici comme mon honneur.
MONSTRE PLEIN D’EFFROI. (Voyez PLEIN D’EFFROI.)
MONTRE, substantif féminin au sens d’exposition:
Montre s’employait autrefois au sens de revue: la montre des soldats; passer à la montre, c’est passer à la revue:
MONTRER A QUELQU’UN, absolument, pour donner des leçons:
Outre le maître d’armes qui me montre, j’ai arrêté encore un maître de philosophie.
Votre maître de musique est allé aux champs, et voilà une personne qu’il envoie à sa place pour vous montrer.
Bossuet emploie de la même façon enseigner, comme verbe actif; enseigner quelqu’un:
«J’ai déjà dit que ce grand Dieu les enseigne, et en leur donnant et en leur ôtant le pouvoir.»
—MONTRER DE (un infinitif):
MOQUER; SE MOQUER DE (un infinitif), dans le sens de ne pas vouloir, se mettre peu en peine de, non curare de:
Je veux lui donner pour époux un homme aussi riche que sage; et la coquine me dit au nez qu’elle se moque de le prendre.
C’est-à-dire, non pas qu’elle est indifférente à le prendre ou non, mais qu’elle se moque de la volonté de son père de le lui faire prendre.
On sait leur rendre justice (à certains maris), et l’on se moque fort de les considérer au delà de ce qu’ils méritent.
C’est que les filles bien sages et bien honnêtes comme vous se moquent d’être obéissantes et soumises aux volontés de leur père.
MORCEAU DE JUDICIAIRE. (Voyez JUDICIAIRE.)
MORGUER QUELQU’UN, le braver insolemment:
MOUCHE; LA MOUCHE MONTE A LA TÊTE:
C’est une autre forme de la locution proverbiale, prendre la mouche. On dit en italien, la mosca vi salta al naso.
MOUCHER DU PIED (SE):
Se moucher avec le pied était un tour d’agilité des saltimbanques. De là cette expression ironiquement familière en parlant d’un homme grave et considérable: Il ne se mouche pas du pied! ou, comme dit Mascarille: Il tient son quant-à-moi!
MOUSTACHE; SUR LA MOUSTACHE, à la barbe:
MOUVEMENT; DE SON MOUVEMENT, proprio motu:
MYSTÈRE; FAIRE GRAND MYSTÈRE, c’est-à-dire, grand embarras de quelque chose:
NE, supprimé; dans une formule interrogative:
Pouvez-vous pas y suppléer de votre esprit?
Il aura un pied de nez avec sa jalousie, est-ce pas?
Pourrois-je point m’éclaircir doucement s’il y est encore?
Est-ce pas vous, Clitandre?
—Après à moins que:
On ne saurait dire que, dans ce dernier exemple, Molière ait cédé aux besoins de la mesure, car il ne lui en coûtait rien de Mettre: N’accordent un pardon.
Si cette suppression avait eu quelque importance dans la coutume du langage du temps, il eût été facile à Molière de mettre:
Je lui ai défendu de bouger, à moins que j’y fusse moi-même, de peur de quelque fourberie.
—Après AVANT QUE:
«Avant qu’on l’ouvrît (la cédule), les amis du prince soutinrent que, etc.»
«Toutes vos fables pouvoient vous servir avant qu’on sût vos principes.»
—Après AVOIR PEUR QUE:
—D’abord exprimé, puis supprimé après AVOIR PEUR QUE:
J’ai peur qu’elle ne soit mal payée de son amour, que son voyage en cette ville produise peu de fruit, et que vous eussiez autant gagné à ne bouger de là.
—Après CRAINDRE QUE:
Peut-on craindre que des choses si généralement détestées fassent quelque impression dans les esprits?
—Après EMPÊCHER QUE:
Molière l’a exprimé ailleurs:
Cela n’empêchera pas que je ne conserve pour vous ces sentiments d’estime.....
Mais il l’a encore supprimé dans ce passage:
Je crois qu’ici Molière a cédé à la contrainte de la mesure. Pascal exprime ne:
«M. le premier président a apporté un ordre pour empêcher que certains greffiers ne prissent de l’argent pour cette préférence.»
Au surplus, il est vraisemblable que Molière n’attachait aucune importance à exprimer ou retrancher le ne; son habitude paraît avoir été pour la suppression. Pascal, au contraire, est pour l’expression.
—Après DE PEUR QUE:
Ailleurs Molière l’a exprimé:
—Après DEVANT ou AVANT QUE:
Devant que les chandelles soient allumées.
—Après GARDER QUE:
Gardons bien que par nulle autre voie elle en apprenne jamais rien.
—Après MIEUX QUE, précédé d’une négation:
Je ne crois pas qu’on puisse mieux danser qu’ils dansent.
Chacun demeura d’accord qu’on ne pouvoit pas mieux jouer qu’il fit.
—NE, exprimé; après NE DOUTER POINT QUE:
Je ne doute point que vos paroles ne soient sincères.
Bossuet a dit:
«Je ne crois pas qu’on puisse douter que Ninus ne se soit attaché à l’Orient.»
Ici pourtant l’expression est différente de celle de Molière, en ce que le premier ne s’attache, non pas au verbe douter, mais au verbe croire. Il paraît que le XVIIe siècle tenait pour règle invariable d’exprimer ne après douter que, quel que fût d’ailleurs le sens de la phrase, affirmatif ou négatif. Ninus s’était attaché à l’Orient, je ne crois pas qu’on en puisse douter; c’est ce que veut dire Bossuet, et il met deux négations. Il me semble que dans cet exemple la seconde est de trop, mais on observait encore certaines lois de symétrie, tradition de la vieille langue, qu’aujourd’hui nous qualifions pléonasmes.
(Voyez plus bas NE répété par pléonasme.)
—Après IL ME TARDE QUE:
Il me tarde que je ne goûte le plaisir de la voir.
—Après PRENDRE GARDE QUE....:
On m’a chargé de prendre garde que personne ne me vît.
—Après NE TENIR QU’A:
Il ne tiendra qu’à elle que nous ne soyons mariés ensemble.
—Après METTRE EN DOUTE QUE:
Il n’y aura personne qui mette en doute que ce ne soit vous qui m’aurez tuée.
—NE, répété par pléonasme:
Je ne puis pas nier qu’il n’y ait eu des Pères de l’Église qui ont condamné la comédie; mais on ne peut pas me nier aussi qu’il n’y en ait eu quelques-uns qui l’ont traitée un peu plus doucement.
Je ne doute point, sire, que les gens que je peins dans ma comédie ne remuent bien des ressorts auprès de Votre Majesté, et ne jettent dans leur parti....
On pourrait supprimer chaque fois le second ne; la phrase n’en serait pas moins claire, ni l’expression moins complète; mais je crois que le génie de la langue française préfère cette répétition, qui a une foule d’analogues: c’est à vous à parler,—c’est à vous à qui je m’adresse;—c’est de vous dont je m’occupe.—C’est là où vous verrez la bénignité de nos pères.
—NE, ni:
C’est un archaïsme. Thomas Diafoirus s’en sert également: «Ne plus ne moins que la fleur que les anciens nommoient héliotrope...» (Mal. im. II. 6.) Cette forme, jadis seule en usage, était commode pour l’élision:
On disait de même se pour si: se non, sinon. Malgré des réclamations réitérées, certains éditeurs de textes du moyen âge impriment encore avec un accent aigu né, sé, qué, cé, pour ne, se, que, ce; l’élision même de cet e n’a pu leur persuader qu’il n’y faut point mettre d’accent. C’est une obstination bien étrange!
NÉCESSITANT, nécessiteux:
Aussi est-ce à vous seule qu’on voit avoir recours toutes les muses nécessitantes.
NÉGATION; DEUX NÉGATIONS REDOUBLÉES. (Voy. à la fin de l’article PAS.)
NEIGE; DE NEIGE, expression de mépris:
Cette expression rappelle le floccifacere et floccipendere des Latins.
NE M’EN PARLEZ POINT, incidemment, dans un sens affirmatif et laudatif:
Il y a plaisir, ne m’en parlez point, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses de l’art.
N’EN EST-CE PAS FAIT?
En, figure ici au même titre que dans c’en est fait; c’est fait de moi, de cela.
NE PERDRE QUE L’ATTENTE DE QUELQUE CHOSE:
On dit dans le même sens, et avec des termes contraires: Tu n’y perdras rien pour attendre.
NE QUE, faisant pléonasme avec seulement. (Voy. SEUL.)
NET, adverbialement:
(Voyez PREMIER QUE, FERME, FRANC.)
—NET, adjectif, au sens moral: loyal, sans détour; AME FRANCHE ET NETTE:
NEZ; DONNER PAR LE NEZ, au figuré:
Par est ici abrégé de parmi; parmi le nez, au milieu du visage.
—C’EST POUR TON NEZ, ironiquement:
NI, exprimé seulement au dernier terme de l’énumération:
—Exprimé devant chaque terme:
—NI, répété après la négation:
Cela n’est pas capable, ni de convaincre mon esprit, ni d’ébranler mon âme.
—NI, supprimé. (Voyez L’UN NI L’AUTRE.)
NIER, dénier, refuser:
Nous n’employons plus que le composé dénier, et encore il devient rare:
NOIRCIR QUELQU’UN ENVERS UN AUTRE. (Voyez ENVERS.)
NOMBRE; QUELQUE NOMBRE DE, pour quelques:
Je veux jouir, s’il vous plaît, de quelque nombre de beaux jours que m’offre la jeunesse.
NOMPAREIL:
J’ai souhaité un fils avec des ardeurs nompareilles.
Boileau s’est moqué de cette expression, déjà surannée de son temps, aujourd’hui tout à fait hors d’usage:
NON CONTENT, employé comme adverbe:
Non content ne se rapporte à personne, comme s’il y avait, par exemple, nonobstant...
NOUS, indéterminé, construit avec on:
(Voyez VOUS.)
NOUVEAUTÉS, nouvelles:
NOUVEAUX YEUX: JETER DE NOUVEAUX YEUX SUR..., de nouveaux regards:
Un esprit qui jette de nouveaux yeux, est apparemment une de ces expressions qui semblaient du jargon à la Bruyère.
NUAGE DE COUPS DE BATONS:
Je vois se former de loin un nuage de coups de bâton qui crèvera sur mes épaules.
OBJET par excellence, objet aimé:
Mon objet, son objet, votre objet, est une expression à l’usage du peuple, comme mon époux, mon épouse, pour mon mari, ma femme. Le ridicule s’y est attaché à cause de l’emphase. Aussi est-ce un valet à qui Molière prête cette façon de parler, Éliante ne s’exprime point comme la Montagne: elle dit, l’objet aimé:
Le génie observateur de Molière recueille jusqu’aux nuances de vérité les plus fines et les plus fugitives. On ne le surprend jamais en défaut.
OBLIGER, absolument, dans le sens du latin obligare, lier:
—OBLIGER A, forcer à:
Je me retire pour ne me voir point obligée à recevoir ses compliments.
«Quoique personne n’ignore les grandes qualités d’une reine dont l’histoire a rempli l’univers, je me sens obligé d’abord à les rappeler à votre mémoire.»
«Mais je suis obligé à me contraindre.»
«C’est pourquoi on n’est pas obligé à s’en confesser.»
Pascal, bien qu’il paraisse préférer obliger à, emploie aussi obliger de:
«Les confesseurs n’auront plus le pouvoir de se rendre juges de la disposition de leurs pénitents, puisqu’ils sont obligés de les en croire sur leur parole.»
Au XVIIe siècle, obliger de paraît avoir été réservé pour signifier rendre le service de:
C’est-à-dire, rendez-moi le service de n’en rien dire; faites que je vous aie cette obligation.
«Il y a des âmes basses qui se tiennent obligées de tout, et il y a des âmes vaines qui ne se tiennent obligées de rien.»
«L’abbesse lui fit réponse qu’elle et ses filles se sentoient infiniment obligées de ses bontés.»
Obligées par ses bontés.
—S’OBLIGER DE, s’obliger à..., prendre l’engagement de...:
Un fort honnête médecin..... veut s’obliger de me faire vivre encore trente années.