Vous est-il point encore arrivé de fortune?
(Éc. des fem. I. 6.)

C’est-à-dire, d’aventure galante.

«Tu portes César et sa fortune.» Il serait ridicule d’entendre: Tu portes César et ses trésors.

PAR FORTUNE, par hasard:

Je l’avois sous mes pieds rencontré par fortune.
(Sgan. 22.)

La Fontaine dit de fortune:

«Comme elle disoit ces mots,
«Le loup, de fortune, passe.»
(La Chèvre, le Chevreau et le Loup.)

FORTUNES, au pluriel, même sens:

..... Nous parlions des fortunes d’Horace.
(L’Ét. IV. 6.)
«Quant au surplus des fortunes humaines,
Les biens, les maux, les plaisirs et les peines...»
(La Fontaine. Belphégor.)

Les Anglais ont retenu ce sens: the fortunes of Nigel, sont les aventures de Nigel.

Horace dit aussi, au pluriel:

«Si dicentis erunt fortunis absona dicta....»

Si le langage ne convient pas à la position du personnage, à sa fortune, ou à ses fortunes.

FOUDRE PUNISSEUR. Voyez PUNISSEUR.

FOURBER QUELQU’UN:

—Vous vous êtes accordés, Scapin, vous et mon fils, pour me fourber.

—Ma foi, monsieur, si Scapin vous fourbe, je m’en lave les mains.

(Scapin. III. 6.)

FOURBISSIME:

Mascarille est un fourbe, et fourbe fourbissime.
(L’Ét. II. 5.)

La forme en issime fut naturellement la forme primitive de notre superlatif. La traduction des Rois, la chanson de Roland, saint Bernard, l’emploient constamment; d’ordinaire elle est contractée en isme: saintisme, grandisme, altisme, cherisme, etc., y sont pour saintissime, grandissime, etc. On disait même bonisme, et non optime, formé de bon, par analogie.

C’est donc à tort que le P. Bouhours (Entretiens d’Ariste et Eugène) prétend ces superlatifs contraires au génie de notre langue.

En 1607, Malherbe, dans ses lettres, se sert fréquemment de grandissime; et Perrot d’Ablancourt, dans sa traduction de César: «Il y avait un grandissime nombre de villes.» Mais on les en a repris l’un et l’autre. Par conséquent, c’est du commencement du XVIIe siècle qu’il faut dater dans notre langue la déchéance de l’ancienne forme latine, et l’emploi exclusif de très pour marquer le superlatif.

Les Latins, outre la forme en issimus, formaient aussi le superlatif par le mot ter, soit séparé, soit en composition. Ils avaient emprunté cela des Grecs, qui disaient τρισόλβιος, τρισευδαίμων, τρισκατάρατος, etc.

Plaute dit de même, trifur, triveneficus, tricerberus.

Et Virgile: «O ter quaterque beati!»

Très-docte, en français, est donc comme tridoctus, et nous avons eu, à l’instar des Latins, deux manières de former les superlatifs; seulement la forme grecque, chez les Latins la moins usitée, a fini par l’emporter chez nous, et par étouffer complétement la forme latine.

FOURNIR A, suffire à:

Ma foi, me trouvant las pour ne pouvoir fournir
Aux différents emplois où Jupiter m’engage......
(Amph. Prol.)

FRAIS; PRENDRE LE FRAIS, c’est-à-dire, choisir l’heure du frais, le soir ou le matin:

Pour arriver ici, mon père a pris le frais.
(Éc. des fem. V. 6.)

FRANC, adverbialement:

Je vous parle un peu franc; mais c’est là mon humeur.
(Tart. I. 1.)
Je vous dirai tout franc que c’est avec justice.
(Ibid. I. 6.)
C’est de presser tout franc, et sans nulle chicane,
L’union de Valère avecque Marianne.
(Ibid. III. 3.)
Je vous dirai tout franc que cette maladie,
Partout où vous allez, donne la comédie.
(Mis. I. 1.)

Tout franchement, comme tout net est pour tout nettement.

(Voyez PREMIER QUE, FERME, NET.)

FRÉQUENTER CHEZ QUELQU’UN:

Sans doute; et je le vois qui fréquente chez nous.
(Fem. sav. II. 1.)

Les Latins employaient frequentare sans apud, comme aujourd’hui nous faisons. Dans Cicéron: Qui domum meam frequentant, ceux qui fréquentent ma maison; et dans Phèdre: Aras frequentas, tu fréquentes les autels.

FRICASSER, métaphoriquement:

MARINETTE.
Moi, je te chercherois! Ma foi, l’on t’en fricasse,
Des filles comme nous!.....
(Dép. am. IV. 4.)

Observez que c’est Marinette qui parle.

FRIPERIE; NOTRE FRIPERIE, notre personne:

Gare une irruption sur notre friperie!
(Dép. am. III. 1.)

C’est un valet qui parle.

FROTTER SON NEZ AUPRÈS DE LA COLÈRE DE QUELQU’UN:

GROS-RENÉ.
Viens, viens frotter ton nez auprès de ma colère!
(Dép. am. IV. 4.)

FUIR DE (un infinitif), comme éviter de....:

Si votre âme les suit, et fuit d’être coquette....
(Éc. des fem. III. 2.)

Il ne fuit rien tant tous les jours que d’exercer les merveilleux talents qu’il a eus du ciel pour la médecine.

(Méd. m. lui. I. 5.)

C’est le fuge quærere d’Horace.

De, dans l’expression française, est la marque de l’ablatif employé dans ce vers de Virgile:

Quanquam animus meminisse horret, luctuque refugit.
(Æneid. II.)

«Mon esprit recule d’horreur à ces images de deuil, et fuit de s’en souvenir

—«J’ay monstré, en la conduite de ma vie et de mes entreprinses, que j’ay plustost fuy qu’aultrement d’enjamber par dessus le degré de fortune auquel Dieu logea ma naissance.»

(Mont. III. 7.)

FULIGINES, terme technique:

Beaucoup de fuligines épaisses et crasses, etc.

(Pourc. I. 11.)

FURIEUX, dans le sens d’extrême:

Voilà une furieuse imprudence, que de nous envoyer querir.

(G. D. III. 12.)

FUSEAUX; FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX. Voyez BRUIRE.

FUTURS (DEUX), commandés l’un par l’autre:

Ce ne sera pas là qu’il viendra la chercher.
(Éc. des fem. V. 4.)

Cette symétrie des temps, empruntée du latin, est aussi négligée au XIXe siècle qu’elle était soigneusement observée au XVIIe. On dirait aujourd’hui sans scrupule: Ce n’est pas là qu’il viendra.

Je reviendrai voir sur le soir en quel état elle sera.

(Méd. m. l. II. 6.)

Et non: en quel état elle est.

Lorsqu’on me trouvera morte, il n’y aura personne qui mette en doute que ce ne soit vous qui m’aurez tuée.

(G. D. III. 8.)

Et non: qui m’avez.

J’ai des raisons à faire approuver ma conduite,
Et je connoîtrai bien si vous l’aurez instruite.
(Fem. sav. II. 8.)

Cette symétrie des temps s’observait aussi pour le conditionnel.

(Voyez CONDITIONNELS.) (DEUX.)

Futur suivi d’un présent de l’indicatif:

Ce ne sera point vous que je leur sacrifie.
(Ibid. V. 5.)

L’exigence du mètre, et la nécessité de rimer à philosophie, ont apparemment ici forcé la main à Molière, dont l’usage constant est de mettre les deux futurs, même en des cas où ils sont bien moins nécessaires.

GAGE QUE...., adverbialement, ou par une sorte d’ellipse pour je gage que:

Gage qu’il se dédit.—Et moi, gage que non.
(L’Ét. III. 3.)

GAGER QUELQU’UN POUR (un substantif), c’est-à-dire, en qualité de:

Je suis auprès de lui gagé pour serviteur:
Vous me voudriez encor payer pour précepteur.
(L’Ét. I. 9.)

(Voyez POUR, en qualité de.)

GAGNER; GAGNER AU PIED, s’enfuir:

Ah! par ma foi, je m’en défie, et je m’en vais gagner au pied.

(Préc. rid. 10.)

La Fontaine a dit, dans le même sens, gagner au haut:

«. . . . . . . . . . . . Le galant aussitôt
«Tire ses grègues, gagne au haut.
(Le Renard et le Coq.)

Nicot et Trévoux ne donnent que gagner le haut.

(Voyez HAUT.)

GAGNER DE (un infinitif), obtenir:

Et qu’il n’est repentir ni suprême puissance
Qui gagnât sur mon cœur d’oublier cette offense.
(D. Garcie. V. 5.)

GAGNER LE TAILLIS, fuir, s’évader:

Tant pis!
J’en serai moins léger à gagner le taillis.
(Dép. am. V. 1.)

GAGNER LES RÉSOLUTIONS de quelqu’un, les surmonter:

Pied à pied vous gagnez mes résolutions.

(B. gent. III. 18.)

GALANT, substantif, un nœud de rubans:

Voilà
Ton beau galant de neige, avec ta nonpareille:
Il n’aura plus l’honneur d’être sur mon oreille.
(Dép. am. IV. 4.)

GALANT, adjectif, au sens d’élégant, distingué:

Il me montra toute l’affaire, exécutée d’une manière, à la vérité, beaucoup plus galante et plus spirituelle que je ne puis faire.

(Préf. de la Crit. de l’Éc. des fem.)

GALANTERIE, FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif):

N’a-t-il pas (Molière), ceux...... qui, le dos tourné, font galanterie de se déchirer l’un l’autre?

(Impromptu. 3.)

Rien n’a remplacé cette excellente expression; il faut, pour en rendre le sens, recourir à une longue périphrase.

GALIMATIAS au pluriel:

Mon Dieu, prince, je ne donne point dans tous ces galimatias où donnent la plupart des femmes.

(Am. magn. I. 1.)

GARANT; ÊTRE GARANT DE QUELQUE CHOSE, en fournir la garantie, la preuve:

Moi, je lui couperois sur-le-champ les oreilles,
S’il n’étoit pas garant de tout ce qu’il m’a dit.
(L’Ét. III. 3.)

GARD’, en style familier, pour garde:

Dieu te gard’, Cléanthis!
(Amph. II. 3.)

GARDE; SE DONNER DE GARDE DE.... Voyez à DONNER.

GARDER DE (un infinitif), se garder de, prendre garde de:

Mon Dieu, Éraste, gardons d’être surpris.

(Pourc. I. 3.)
Rentrez donc, et surtout gardez de babiller.
(Éc. des fem. IV. 9.)
Rentrez dans la maison, et gardez de rien dire.
(Ibid. V. 1.)

Gardez de vous tromper!

(Georg. D. II. 9.)

Molière emploie indifféremment, et selon le besoin de la circonstance, garder ou se garder de:

Et surtout gardez-vous de la quitter des yeux.
(Éc. des fem. V. 5.)

GARDER QUE (sans ne):

Gardons bien que, par nulle autre voie, elle en apprenne jamais rien.

(Am. magn. I. 1.)

(Voyez DONNER DE GARDE (SE).)

GARDIEN, en trois syllabes:

Suis-je donc gardien, pour employer ce style,
De la virginité des filles de la ville?
(Dép. am. V. 3.)

Il est probable que plus tard Molière eût écrit: Suis-je donc le gardien.....

GATER QUELQU’UN DE, c’est-à-dire, à l’aide, par le moyen de....:

Je veux être pendu, si nous ne les verrions
Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,
Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes
Les gâtent tous les jours, dans le siècle où nous sommes.
(Dép. am. IV. 2.)

Cette tournure se rapporte à DE, exprimant la cause, la manière.

GATER (SE) SUR L’EXEMPLE D’AUTRUI; par l’exemple, d’après l’exemple d’autrui:

Mais ne vous gâtez pas sur l’exemple d’autrui.
(Éc. des fem. III. 2.)

GAUCHIR, aller à gauche; GAUCHIR DE QUELQUE CHOSE, s’en écarter:

Notre sort ne dépend que de sa seule tête;
De ce qu’elle s’y met, rien ne la fait gauchir.
(Éc. des fem. III. 3.)

GAULIS, terme technique, branche d’arbre:

Je pousse mon cheval et par haut et par bas,
Qui plioit des gaulis aussi gros que le bras.
(Fâcheux. II. 7.)

«Les gaulis, dit Trévoux, sont, en terme de vénerie, des branches d’arbre qu’il faut que les veneurs plient ou détournent pour percer dans un bois.»

Gault, en vieux français, est une forêt:

«Onc charpentier en bos ne sot si charpenter,
«Ne mena telle noise en parfont gault ramé.»
(Renaut de Montauban.)
«Que florissent cil prez, e cil gault sont foilli.»
(Rom. d’Aïe d’Avig.)
«Cerchant prés et jardins et gaults
(Rom. de la Rose.)

«Gault paraît venir du bas latin caula, d’où s’est formé gaule, par l’adoucissement du c en g. Dans un compte de 1202: «pro perticis et caulis.... pro L caulis.» Pour des perches et des gaules..... pour 50 gaules.» (Du Cange, au mot CAULA.)

J’avoue que j’aimerais mieux dériver gault de saltus, et gaule de caula. Le nom propre Gault de Saint-Germain signifie Bois de Saint-Germain.

GAYETÉ, en trois syllabes:

Mais je vous avouerai que cette gayeté
Surprend au dépourvu toute ma fermeté.
(D. Garcie. V. 6.)
Mais que de gayeté de cœur
On passe aux mouvements d’une fureur extrême....
(Amph. II. 6.)

GENDARMÉ CONTRE...:

Cet homme gendarmé d’abord contre mon feu.
(Éc. des f. III. 4.)

GÊNER (gehenner) QUELQU’UN, le torturer, lui faire violence:

Et pour tout dire enfin, jaloux ou non jaloux,
Mon roi sans me gêner peut me donner à vous.
(D. Garcie. V. 6.)

Racine a dit de même:

«Et le puis-je, madame? Ah, que vous me gênez
(Androm. I. 4.)

Ah, que vous torturez mon cœur!

Ce mot a perdu aujourd’hui toute l’énergie de son acception primitive; c’était même déjà un archaïsme dans Racine et dans Molière. On voit par cet exemple combien les mœurs influent sur le langage: à mesure que l’usage de la torture ou de la gene s’éloignait, la valeur du mot s’affaiblissait comme le souvenir de la chose. Il est gêné dans ses habits eût été, au XIIe siècle, une hyperbole violente; aujourd’hui, cela signifie simplement, il n’y est pas à son aise; c’est l’expression la plus douce qu’on puisse employer.

GÊNES, au pluriel, dans le sens du latin gehenna, torture:

Je sens de son courroux des gênes trop cruelles.
(Dép. am. V. 2.)

GENS masculin:

Ma langue est impuissante, et je voudrois avoir
Celle de tous les gens du plus exquis savoir.
(L’Ét. II. 14.)

La délicatesse est trop grande, de ne pouvoir souffrir que des gens triés.

(Crit. de l’Éc. des fem. I.)
Et qu’en n’approuvant rien des ouvrages du temps,
Il se met au-dessus de tous les autres gens.
(Mis. II. 5.)
Et qu’avecque le cœur d’un perfide vaurien
Vous confondiez les cœurs de tous les gens de bien.
(Tart. V. 1.)
Pour tous les gens de bien j’ai de grandes tendresses.
(Ibid. V. 4.)
Cependant noire âme insensée
S’acharne au vain honneur de demeurer près d’eux,
Et s’y veut contenter de la fausse pensée
Qu’ont tous les autres gens que nous sommes heureux.
(Amph. I. 1.)
Combien de gens font-ils des récits de bataille,
Dont ils se sont tenus loin!
(Ibid.)

GENS avec un nom de nombre déterminé:

Et je connois des gens à Paris, plus de quatre,
Qui, comme ils le font voir, aiment jusques à battre.
(Fâcheux. II. 4.)
Moi, je serois cocu?—Vous voilà bien malade!
Mille gens le sont bien qui de rang et de nom
Ne feroient avec vous nulle comparaison.
(Éc. des fem. IV. 8.)
Un de mes gens la garde au coin de ce détour.
(Ibid. V. 2.)

Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n’entrer point.

(Impr. 3.)

Et jamais il ne parut si sot que parmi une demi-douzaine de gens à qui elle avoit fait fête de lui.

(Critique de l’Éc. des fem. sc. 2.)

A l’origine de la langue il a été souvent employé ainsi:

«Pour ces trois gens qui ont pel de beste afublée.»
(Le dit du Buef.)

GENS DE BIEN A OUTRANCE:

Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance.

(1er Placet au Roi.)

GENS DE DIFFICULTÉS:

Ce sont (les avocats) gens de difficultés.

(Mal. im. I. 9.)

GENS DE NOM:

Toute mon ambition est de rendre service aux gens de nom et de mérite.

(Sicilien. 11.)

GENTILLESSE, dans le sens de l’italien gentilezza, noblesse:

Ce sont des brutaux, ennemis de la gentillesse et du mérite des autres villes.

(Pourc. III. 2.)

GLOIRE, considération personnelle, mérite:

Pourquoi voulez-vous croire
Que de ce cas fortuit dépende notre gloire?
(Éc. des fem. IV. 8.)
C’est où je mets aussi ma gloire la plus haute.
(Tart. II. 1.)

Je mets ma gloire, je fais consister mon mérite principal à vous satisfaire.

GOBER LE MORCEAU, se laisser prendre, duper tranquillement:

Mais je ne suis pas homme à gober le morceau.
(Éc. des f. II. 1.)

Métaphore prise de la pêche à la ligne.

GOGUENARDERIE:

Oui, mais je l’enverrois promener avec ses goguenarderies.

(Méd. m. lui. II. 3.)

GRACE; DONNER GRACE, pardonner:

Et l’on donne grâce aisément
A ce dont on n’est pas le maître.
(Amph. II. 6.)

GRAIS, Grec:

MARTINE.
Et, ne voulant savoir le grais ni le latin....
(Fem. sav. V. 3.)

C’est l’ancienne et légitime prononciation, comme dans échecs, legs. Ce passage nous montre que, du temps de Molière, le peuple la retenait encore.

GRAND invariable en genre:

Le bal et la grand bande, assavoir deux musettes.
(Tart. II. 3.)
Vous n’aurez pas grand peine à le suivre, je crois.
(Ibid. II. 4.)
Il porte une jaquette à grands basques plissées.
(Mis. II. 6.)

Dans l’origine de la langue, tout adjectif dérivé d’un adjectif latin en is, grandis, qualis, regalis, viridis, etc., ne changeait pas non plus en français pour le féminin.

Il nous reste encore de cet usage, grand messe, grand mère, grand route, etc., et, dans le langage du palais, lettres royaux.

C’est donc une véritable faute de mettre une apostrophe après grand, comme si l’e s’élidait.

(Voyez des Variations du langage français, p. 226.)

GRAND LATIN, grand latiniste, comme on dit grand grec pour grand helléniste:

Je vous crois grand latin et grand docteur juré.
(Dép. am. II. 7.)

GRAND SEIGNEUR (LE), pour l’aristocratie, la noblesse:

O l’ennuyeux conteur!
Jamais on ne le voit sortir du grand seigneur.
(Mis. II. 5.)

De même le marquis, pour la classe des marquis.

(Voyez MARQUIS.)

GRIMACIERS, hypocrites:

Ils donnent bonnement (les hommes sincèrement vertueux) dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions.

(D. Juan. V. 2.)

(Voyez FAÇONNIER.)

GROUILLER:

Et l’on demande l’heure, et l’on bâille vingt fois,
Qu’elle grouille aussi peu qu’une pièce de bois.
(Mis. II. 5.)

Comme grouiller est devenu, l’on ne sait pourquoi, un terme bas, les éditeurs de 1682 ont jugé qu’il était mal séant dans la bouche de Célimène, et ils ont fait à Molière l’aumône d’une correction que les comédiens se sont empressés d’adopter:

Qu’elle s’émeut autant qu’une pièce de bois.

M. Auger observe qu’il fallait au moins mettre se meut ou remue, car c’est de cela qu’il s’agit, et non de s’émouvoir.

Ces corrections, faites au texte d’un écrivain comme Molière, sont autant d’impertinences.

Est-ce que madame Jourdain est décrépite? et la tête lui grouille-t-elle déjà?

(B. gent. III. 5.)

Grouiller est une forme de crouller. La prononciation les confondait. Crouller, verbe actif ou verbe neutre, trembler, agiter, ébranler; en italien, crollare: crollare il capo, secouer la tête: «Les fundemens des munz sunt emeuz et crollez, kar nostre sire est curuciez.» (Rois, p. 205.) Les fondements des monts sont émus et ébranlés, concussa et conquassata.

«Baucent l’oï, si a froncie le nez;
«La teste croule si a des piez houez.»
(La bataille d’Arlescamp.)

Baucent grouille la tête, secoue la tête.

Il peut être intéressant, pour l’histoire de la langue, d’observer que nos pères avaient à la fois crouler et trembler, et qu’ils distinguaient fort bien l’un de l’autre. En voici un exemple, tiré du roman d’Alexandre; il s’agit des prodiges qui signalèrent la naissance de ce héros:

«Dieu demonstra par signe qu’il (Alexandre) se feroyt cremir[57], car l’on vit l’aer muer, le firmament croissir[58], et la terre crouler; la mer par lieus rougir, et les bestes trembler, et les hommes fremir.»

(Préf. de la Ch. des Saxons. p. 22.)

Ces finesses de nuances n’indiquent pas une langue barbare.

«Quand le souldich l’eut entendu, si crolla la teste et le regarda fellement, et dist: Tu has murdry!»

(Froissart. Chron. II. ch. 30.)

GUÉRIR, au sens figuré:

NICOLE.

De quoi est-ce que tout cela guérit?

(B. gent. III. 3.)

A quoi tout cela sert-il?

GUEUSER DES ENCENS:

Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens,
Qu’un auteur qui partout va gueuser des encens.
(Fem. sav. III. 5.)

GUEUX COMME DES RATS:

Tous ces blondins sont agréables.... mais la plupart sont gueux comme des rats.

(L’Av. III. 8.)

L’expression complète eût été: Comme des rats d’église, qui n’y trouvent rien à manger. Mais, du temps de Molière, on n’osait pas prononcer sur le théâtre le mot église; quand on y était réduit, on disait le temple. (Voyez TEMPLE.)

GUEUX D’AVIS: