C’est-à-dire, d’aventure galante.
«Tu portes César et sa fortune.» Il serait ridicule d’entendre: Tu portes César et ses trésors.
—PAR FORTUNE, par hasard:
La Fontaine dit de fortune:
FORTUNES, au pluriel, même sens:
Les Anglais ont retenu ce sens: the fortunes of Nigel, sont les aventures de Nigel.
Horace dit aussi, au pluriel:
Si le langage ne convient pas à la position du personnage, à sa fortune, ou à ses fortunes.
FOUDRE PUNISSEUR. Voyez PUNISSEUR.
FOURBER QUELQU’UN:
—Vous vous êtes accordés, Scapin, vous et mon fils, pour me fourber.
—Ma foi, monsieur, si Scapin vous fourbe, je m’en lave les mains.
FOURBISSIME:
La forme en issime fut naturellement la forme primitive de notre superlatif. La traduction des Rois, la chanson de Roland, saint Bernard, l’emploient constamment; d’ordinaire elle est contractée en isme: saintisme, grandisme, altisme, cherisme, etc., y sont pour saintissime, grandissime, etc. On disait même bonisme, et non optime, formé de bon, par analogie.
C’est donc à tort que le P. Bouhours (Entretiens d’Ariste et Eugène) prétend ces superlatifs contraires au génie de notre langue.
En 1607, Malherbe, dans ses lettres, se sert fréquemment de grandissime; et Perrot d’Ablancourt, dans sa traduction de César: «Il y avait un grandissime nombre de villes.» Mais on les en a repris l’un et l’autre. Par conséquent, c’est du commencement du XVIIe siècle qu’il faut dater dans notre langue la déchéance de l’ancienne forme latine, et l’emploi exclusif de très pour marquer le superlatif.
Les Latins, outre la forme en issimus, formaient aussi le superlatif par le mot ter, soit séparé, soit en composition. Ils avaient emprunté cela des Grecs, qui disaient τρισόλβιος, τρισευδαίμων, τρισκατάρατος, etc.
Plaute dit de même, trifur, triveneficus, tricerberus.
Et Virgile: «O ter quaterque beati!»
Très-docte, en français, est donc comme tridoctus, et nous avons eu, à l’instar des Latins, deux manières de former les superlatifs; seulement la forme grecque, chez les Latins la moins usitée, a fini par l’emporter chez nous, et par étouffer complétement la forme latine.
FOURNIR A, suffire à:
FRAIS; PRENDRE LE FRAIS, c’est-à-dire, choisir l’heure du frais, le soir ou le matin:
FRANC, adverbialement:
Tout franchement, comme tout net est pour tout nettement.
(Voyez PREMIER QUE, FERME, NET.)
FRÉQUENTER CHEZ QUELQU’UN:
Les Latins employaient frequentare sans apud, comme aujourd’hui nous faisons. Dans Cicéron: Qui domum meam frequentant, ceux qui fréquentent ma maison; et dans Phèdre: Aras frequentas, tu fréquentes les autels.
FRICASSER, métaphoriquement:
Observez que c’est Marinette qui parle.
FRIPERIE; NOTRE FRIPERIE, notre personne:
C’est un valet qui parle.
FROTTER SON NEZ AUPRÈS DE LA COLÈRE DE QUELQU’UN:
FUIR DE (un infinitif), comme éviter de....:
Il ne fuit rien tant tous les jours que d’exercer les merveilleux talents qu’il a eus du ciel pour la médecine.
C’est le fuge quærere d’Horace.
De, dans l’expression française, est la marque de l’ablatif employé dans ce vers de Virgile:
«Mon esprit recule d’horreur à ces images de deuil, et fuit de s’en souvenir.»
—«J’ay monstré, en la conduite de ma vie et de mes entreprinses, que j’ay plustost fuy qu’aultrement d’enjamber par dessus le degré de fortune auquel Dieu logea ma naissance.»
FULIGINES, terme technique:
Beaucoup de fuligines épaisses et crasses, etc.
FURIEUX, dans le sens d’extrême:
Voilà une furieuse imprudence, que de nous envoyer querir.
FUSEAUX; FAIRE BRUIRE SES FUSEAUX. Voyez BRUIRE.
FUTURS (DEUX), commandés l’un par l’autre:
Cette symétrie des temps, empruntée du latin, est aussi négligée au XIXe siècle qu’elle était soigneusement observée au XVIIe. On dirait aujourd’hui sans scrupule: Ce n’est pas là qu’il viendra.
Je reviendrai voir sur le soir en quel état elle sera.
Et non: en quel état elle est.
Lorsqu’on me trouvera morte, il n’y aura personne qui mette en doute que ce ne soit vous qui m’aurez tuée.
Et non: qui m’avez.
Cette symétrie des temps s’observait aussi pour le conditionnel.
(Voyez CONDITIONNELS.) (DEUX.)
—Futur suivi d’un présent de l’indicatif:
L’exigence du mètre, et la nécessité de rimer à philosophie, ont apparemment ici forcé la main à Molière, dont l’usage constant est de mettre les deux futurs, même en des cas où ils sont bien moins nécessaires.
GAGE QUE...., adverbialement, ou par une sorte d’ellipse pour je gage que:
GAGER QUELQU’UN POUR (un substantif), c’est-à-dire, en qualité de:
(Voyez POUR, en qualité de.)
GAGNER; GAGNER AU PIED, s’enfuir:
Ah! par ma foi, je m’en défie, et je m’en vais gagner au pied.
La Fontaine a dit, dans le même sens, gagner au haut:
Nicot et Trévoux ne donnent que gagner le haut.
(Voyez HAUT.)
—GAGNER DE (un infinitif), obtenir:
—GAGNER LE TAILLIS, fuir, s’évader:
—GAGNER LES RÉSOLUTIONS de quelqu’un, les surmonter:
Pied à pied vous gagnez mes résolutions.
GALANT, substantif, un nœud de rubans:
GALANT, adjectif, au sens d’élégant, distingué:
Il me montra toute l’affaire, exécutée d’une manière, à la vérité, beaucoup plus galante et plus spirituelle que je ne puis faire.
GALANTERIE, FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif):
N’a-t-il pas (Molière), ceux...... qui, le dos tourné, font galanterie de se déchirer l’un l’autre?
Rien n’a remplacé cette excellente expression; il faut, pour en rendre le sens, recourir à une longue périphrase.
GALIMATIAS au pluriel:
Mon Dieu, prince, je ne donne point dans tous ces galimatias où donnent la plupart des femmes.
GARANT; ÊTRE GARANT DE QUELQUE CHOSE, en fournir la garantie, la preuve:
GARD’, en style familier, pour garde:
GARDE; SE DONNER DE GARDE DE.... Voyez à DONNER.
GARDER DE (un infinitif), se garder de, prendre garde de:
Mon Dieu, Éraste, gardons d’être surpris.
Gardez de vous tromper!
Molière emploie indifféremment, et selon le besoin de la circonstance, garder ou se garder de:
—GARDER QUE (sans ne):
Gardons bien que, par nulle autre voie, elle en apprenne jamais rien.
(Voyez DONNER DE GARDE (SE).)
GARDIEN, en trois syllabes:
Il est probable que plus tard Molière eût écrit: Suis-je donc le gardien.....
GATER QUELQU’UN DE, c’est-à-dire, à l’aide, par le moyen de....:
Cette tournure se rapporte à DE, exprimant la cause, la manière.
—GATER (SE) SUR L’EXEMPLE D’AUTRUI; par l’exemple, d’après l’exemple d’autrui:
GAUCHIR, aller à gauche; GAUCHIR DE QUELQUE CHOSE, s’en écarter:
GAULIS, terme technique, branche d’arbre:
«Les gaulis, dit Trévoux, sont, en terme de vénerie, des branches d’arbre qu’il faut que les veneurs plient ou détournent pour percer dans un bois.»
Gault, en vieux français, est une forêt:
«Gault paraît venir du bas latin caula, d’où s’est formé gaule, par l’adoucissement du c en g. Dans un compte de 1202: «pro perticis et caulis.... pro L caulis.» Pour des perches et des gaules..... pour 50 gaules.» (Du Cange, au mot CAULA.)
J’avoue que j’aimerais mieux dériver gault de saltus, et gaule de caula. Le nom propre Gault de Saint-Germain signifie Bois de Saint-Germain.
GAYETÉ, en trois syllabes:
GENDARMÉ CONTRE...:
GÊNER (gehenner) QUELQU’UN, le torturer, lui faire violence:
Racine a dit de même:
Ah, que vous torturez mon cœur!
Ce mot a perdu aujourd’hui toute l’énergie de son acception primitive; c’était même déjà un archaïsme dans Racine et dans Molière. On voit par cet exemple combien les mœurs influent sur le langage: à mesure que l’usage de la torture ou de la gene s’éloignait, la valeur du mot s’affaiblissait comme le souvenir de la chose. Il est gêné dans ses habits eût été, au XIIe siècle, une hyperbole violente; aujourd’hui, cela signifie simplement, il n’y est pas à son aise; c’est l’expression la plus douce qu’on puisse employer.
GÊNES, au pluriel, dans le sens du latin gehenna, torture:
GENS masculin:
La délicatesse est trop grande, de ne pouvoir souffrir que des gens triés.
—GENS avec un nom de nombre déterminé:
Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n’entrer point.
Et jamais il ne parut si sot que parmi une demi-douzaine de gens à qui elle avoit fait fête de lui.
A l’origine de la langue il a été souvent employé ainsi:
—GENS DE BIEN A OUTRANCE:
Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance.
—GENS DE DIFFICULTÉS:
Ce sont (les avocats) gens de difficultés.
—GENS DE NOM:
Toute mon ambition est de rendre service aux gens de nom et de mérite.
GENTILLESSE, dans le sens de l’italien gentilezza, noblesse:
Ce sont des brutaux, ennemis de la gentillesse et du mérite des autres villes.
GLOIRE, considération personnelle, mérite:
Je mets ma gloire, je fais consister mon mérite principal à vous satisfaire.
GOBER LE MORCEAU, se laisser prendre, duper tranquillement:
Métaphore prise de la pêche à la ligne.
GOGUENARDERIE:
Oui, mais je l’enverrois promener avec ses goguenarderies.
GRACE; DONNER GRACE, pardonner:
GRAIS, Grec:
C’est l’ancienne et légitime prononciation, comme dans échecs, legs. Ce passage nous montre que, du temps de Molière, le peuple la retenait encore.
GRAND invariable en genre:
Dans l’origine de la langue, tout adjectif dérivé d’un adjectif latin en is, grandis, qualis, regalis, viridis, etc., ne changeait pas non plus en français pour le féminin.
Il nous reste encore de cet usage, grand messe, grand mère, grand route, etc., et, dans le langage du palais, lettres royaux.
C’est donc une véritable faute de mettre une apostrophe après grand, comme si l’e s’élidait.
(Voyez des Variations du langage français, p. 226.)
—GRAND LATIN, grand latiniste, comme on dit grand grec pour grand helléniste:
—GRAND SEIGNEUR (LE), pour l’aristocratie, la noblesse:
De même le marquis, pour la classe des marquis.
(Voyez MARQUIS.)
GRIMACIERS, hypocrites:
Ils donnent bonnement (les hommes sincèrement vertueux) dans le panneau des grimaciers, et appuient aveuglément les singes de leurs actions.
(Voyez FAÇONNIER.)
GROUILLER:
Comme grouiller est devenu, l’on ne sait pourquoi, un terme bas, les éditeurs de 1682 ont jugé qu’il était mal séant dans la bouche de Célimène, et ils ont fait à Molière l’aumône d’une correction que les comédiens se sont empressés d’adopter:
M. Auger observe qu’il fallait au moins mettre se meut ou remue, car c’est de cela qu’il s’agit, et non de s’émouvoir.
Ces corrections, faites au texte d’un écrivain comme Molière, sont autant d’impertinences.
Est-ce que madame Jourdain est décrépite? et la tête lui grouille-t-elle déjà?
Grouiller est une forme de crouller. La prononciation les confondait. Crouller, verbe actif ou verbe neutre, trembler, agiter, ébranler; en italien, crollare: crollare il capo, secouer la tête: «Les fundemens des munz sunt emeuz et crollez, kar nostre sire est curuciez.» (Rois, p. 205.) Les fondements des monts sont émus et ébranlés, concussa et conquassata.
Baucent grouille la tête, secoue la tête.
Il peut être intéressant, pour l’histoire de la langue, d’observer que nos pères avaient à la fois crouler et trembler, et qu’ils distinguaient fort bien l’un de l’autre. En voici un exemple, tiré du roman d’Alexandre; il s’agit des prodiges qui signalèrent la naissance de ce héros:
«Dieu demonstra par signe qu’il (Alexandre) se feroyt cremir[57], car l’on vit l’aer muer, le firmament croissir[58], et la terre crouler; la mer par lieus rougir, et les bestes trembler, et les hommes fremir.»
Ces finesses de nuances n’indiquent pas une langue barbare.
«Quand le souldich l’eut entendu, si crolla la teste et le regarda fellement, et dist: Tu has murdry!»
GUÉRIR, au sens figuré:
NICOLE.
De quoi est-ce que tout cela guérit?
A quoi tout cela sert-il?
GUEUSER DES ENCENS:
GUEUX COMME DES RATS:
Tous ces blondins sont agréables.... mais la plupart sont gueux comme des rats.
L’expression complète eût été: Comme des rats d’église, qui n’y trouvent rien à manger. Mais, du temps de Molière, on n’osait pas prononcer sur le théâtre le mot église; quand on y était réduit, on disait le temple. (Voyez TEMPLE.)
—GUEUX D’AVIS: