—PRENDRE VISÉE QUELQUE PART, diriger là son attention et ses efforts:
—SE PRENDRE A QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire, s’y prendre pour la faire:
Elle se prend d’un air le plus charmant du monde aux choses qu’elle fait.
—SE PRENDRE A QUELQU’UN DE, s’en prendre à lui, l’en accuser:
PRÉPOSITION supprimée, où l’usage moderne est de la répéter, soit devant un nom, soit devant un infinitif:
Nous dirions: à Léandre et à Lélie.
Il n’y a dans Molière qu’un second exemple pareil à celui-ci, c’est-à-dire, où la préposition soit supprimée devant un substantif:
Et de sa chienne de face.
A y décider.
Et à souffrir, et à tâcher.
A essuyer la cervelle de nos marquis.
A faire cocus les gens.
Comme si j’étois femme à violer la foi que j’ai donnée à un mari, et m’éloigner jamais de la vertu que mes parents m’ont enseignée!
Employons ce temps à répéter notre affaire, et voir la manière dont il faut jouer les choses.
On sait qu’une épître dédicatoire dit tout ce qu’il lui plaît, et qu’un auteur est en pouvoir d’aller saisir les personnes les plus augustes, et de parer de leurs grands noms les premiers feuillets de son livre; qu’il a la liberté de s’y donner autant qu’il veut l’honneur de leur estime, et se faire des protecteurs qui n’ont jamais songé à l’être.
Cette tournure est ici d’autant plus remarquable, que l’épître est écrite avec un soin particulier, comme adressée au prince de Condé, aussi fin connaisseur dans les choses d’esprit que grand capitaine.
Il me prend des tentations d’accommoder son visage à la compote, et le mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes.
La multiplicité de ces exemples, tant en vers qu’en prose, fait assez voir que Molière, en supprimant en poésie la préposition une fois exprimée, ne cédait pas à la contrainte de la mesure; il suit la coutume de tous les écrivains du XVIIe siècle. Je n’en apporterai qu’un exemple; il est de la Fontaine, et curieux à cause de la longueur de la période, et du nombre de verbes devant lesquels il faut suppléer le de mis au commencement.
«Ésope, pour toute punition, lui recommanda d’honorer les dieux et son prince; se rendre terrible à ses ennemis, facile et commode aux autres; bien traiter sa femme, sans pourtant lui confier son secret; parler peu, et chasser de chez soi les babillards; ne se point laisser abattre au malheur; avoir soin du lendemain....... surtout n’être point envieux du bonheur ni de la vertu d’autrui.......»
PRESCRIT, fixé, déterminé d’avance, et non pas ordonné:
C’est le sens du latin præscriptus, écrit d’avance.
PRÉSENT DU SUBJONCTIF, en relation avec l’imparfait:
Ici l’imparfait serait-ce est une forme convenue pour représenter le présent est-ce: Est-ce quelque chose où je vous puisse aider? Ainsi, la correspondance des temps n’est réellement pas troublée.
PRESSER QUELQU’UN D’UNE COURTOISIE:
PRÊT A, près de, sur le point de:
—PRÊT DE, disposé à, sur le point de:
Molière, en ce sens, a dit deux fois prêt à:
Mais son habitude est prêt de:
Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger.
Et il n’y a pas quatre mois encore, qu’étant toute prête d’être mariée, elle rompit tout net le mariage....
Je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit.
Est-il l’heure de revenir chez soi quand le jour est prêt de paroître?
Quelques éditions modernes ont imprimé ici près de; cette correction, ou plutôt cette infidélité, est impossible dans les exemples qui précèdent.
Tous les grands écrivains du XVIIe siècle ont employé prêt de pour disposé à:
Le bon usage donnait même la préférence à prêt de: «Lorsque prêt signifie sur le point, prêt de est beaucoup meilleur.»
«Elle estoit preste d’accoucher.»
«Je le vis tout prest d’abandonner son bucéphale, pour marcher à pied à la teste des fantassins.»
«Ce peuple, qui tant de fois a répandu son sang pour la patrie, est encore prêt de suivre les consuls.»
«Ils coururent chez un de ses oncles où il s’étoit retiré, et d’où il étoit prêt de sortir pour aller se battre.»
«Elle (Psyché) étoit honteuse de son peu d’amour, toute prête de réparer cette faute si son mari le souhaitoit, et quand même il ne le souhaiteroit pas.»
C’est paratus de au lieu de paratus ad. La première forme était celle qu’avait choisie le moyen âge:
Les grammairiens modernes reconnaissent l’emploi de prêt de dans tous les écrivains du XVIIe siècle, et, en le tolérant comme un archaïsme, ils s’avisent d’une distinction subtile autant qu’elle est chimérique: Prêt de, disent-ils, s’employait pour disposé à, mais non jamais pour signifier sur le point de, car il fallait toujours alors mettre l’adverbe près de.
On voit par les exemples de Molière la vanité de cette règle. Ma mort est prête d’expier ce transport;—étant toute prête d’être mariée....;—le jour est prêt de paroître; ne sont pas des phrases où l’on puisse substituer disposé à.
La distinction rigoureuse et constante entre l’adverbe près (presso) et l’adjectif prêt (paratus) paraît être venue tard: c’est un des résultats heureux, je crois, de l’analyse moderne. Auparavant on ne distinguait pas entre deux mots que l’oreille identifie; et quant aux compléments à ou de, comme ils s’employaient sans cesse et correctement l’un pour l’autre, ils ne pouvaient qu’entretenir la confusion, loin de l’empêcher.
PRÊTE-JEAN:
C’est ainsi que Molière écrit, et non prêtre Jean, personnage qui est appelé, dans les chroniques latines, presbyter Joannes, et pretiosus Joannes. J. Scaliger était pour le dernier.
Ce qui s’agite dans les conseils du prête-Jean ou du Grand Mogol.
«On appela d’abord prêtre Jean un prince tartare qui combattit Gengis. Des religieux envoyés auprès de lui prétendirent qu’ils l’avaient converti, l’avaient nommé Jean au baptême, et même lui avaient conféré le sacerdoce: de là cette qualification de prêtre Jean, qui est devenue depuis, on ne sait pourquoi, celle d’un prince nègre, moitié chrétien schismatique et moitié juif. C’est de ce dernier qu’il est question ici.»
Voici à présent l’explication de Trévoux:
«Prestre Jean. On appelle ainsi l’empereur des Abyssins, parce que autrefois les princes de ce pays étoient réellement prestres, et que le mot Jean, en leur langue, veut dire Roi.
«..... Le nom de prestre Jean est tout à fait inconnu en Éthiopie; et cette erreur vient de ce que ceux d’une province où ce prince réside souvent, quand ils lui veulent demander quelque chose, crient Jean coi, c’est-à-dire, mon roi.»
C’est le cas de s’écrier aussi, avec le bonhomme Trufaldin:
Ceux qui voudront en lire davantage sur le prêtre ou prête Jean, peuvent consulter Du Cange au mot Presbyter Joannes.
PRÉTENDRE QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE:
Toutes vos poursuites auprès d’une personne que je prétends pour moi.
Molière a dit aussi PRÉTENDRE A QUELQU’UN:
Il ne prétend à vous qu’en tout bien et en tout honneur.
Et PRÉTENDRE SUR QUELQUE CHOSE:
—A CE QUE JE PRÉTENDS, j’espère:
PRÊTER LA MAIN A...:
Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de prêter la main, comme vous faites, aux sottises de mon mari.
(Voyez au mot DONNER, DONNER LA MAIN ou LES MAINS.)
—PRÊTER LE COLLET, soutenir une lutte:
PRÉTEXTE A (un infinitif):
PRIER D’UNE FÊTE, y inviter:
PRINCIPAUTÉ; SA PRINCIPAUTÉ, comme sa majesté, son altesse, ou bien sa qualité de prince:
MORON. Je l’ai trouvé un peu impertinent, n’en déplaise à sa principauté.
PRISES; EN ÊTRE AUX PRISES, être près d’en venir aux prises:
PRODUIRE A QUELQU’UN, lui montrer, lui présenter:
—SE PRODUIRE, se montrer:
PROMENER, verbe neutre, sans le pronom réfléchi:
Qu’on me laisse ici promener toute seule.
Sur la suppression du pronom, voyez ARRÊTER.
—PROMENER QUELQU’UN SUR.... au figuré:
Ramène ma pensée sur ma disgrâce.
PROMETTRE, assurer:
Je vous promets que je ne saurois les donner à moins.
PRONOM DE LA PREMIÈRE PERSONNE, construit avec un verbe à la troisième:
Cette tournure ne choque pas, parce que eût figure avec c’était, et non pas avec moi. Au reste, Molière a donné cela au besoin de la mesure, car, deux vers plus loin, il rentre dans la forme ordinaire:
Molière a employé encore ailleurs cette discordance de personnes:
En ce cas, c’est moi qui se nomme Sganarelle.
Molière mettait ici le verbe en accord avec le pronom relatif, qui désigne en effet la 3e personne. L’usage prescrit absolument aujourd’hui le verbe à la 1re personne, qui sachions. Au surplus, comme la mesure eût été la même, on est induit à penser que du temps de Molière la règle n’était pas encore fixée sur ce point.
PRONOM RÉFLÉCHI, supprimé:
Je ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait connoître il y a six jours.
Molière a voulu fuir le mauvais effet de la répétition nous a fait nous connoître; me feroient me retirer. Il pouvait dire, nous a fait connoître l’un à l’autre; mais il a pensé que la rapidité de l’expression ne faisait ici rien perdre à la clarté, et pour un dialogue était assez correcte.
J’observe que les bons écrivains du XVIIe siècle n’expriment jamais qu’une fois le pronom personnel, quand la tournure de la phrase et l’emploi d’un verbe réfléchi sembleraient, comme ici, exiger qu’il fût exprimé deux fois.
PRONOM RELATIF, séparé de son substantif:
Ce tour est si fréquent dans Molière et dans tous les écrivains du XVIIe siècle, qu’il a paru superflu d’en rassembler ici d’autres exemples.
PROPOS; METTRE DANS LE PROPOS:
PROPRE, au sens d’élégant, paré:
DORANTE. Comment, monsieur Jourdain, vous voilà le plus propre du monde!
PROU, adverbe, beaucoup; archaïsme:
Prou, par apocope de proufit (profit). En italien, pro n’est que substantif: Buon pro vi faccia.—Bon prou vous fasse.
La Civilité puérile et honnête apprenait aux enfants à dire à leurs père et mère, après les grâces, prouface, c’est-à-dire, bon prou vous fasse; que ce repas vous profite.
En français, prou fait aussi l’office d’adverbe, comme ces autres substantifs monosyllabes, pas, point, mie, trop, rien.
PRUNES; POUR DES PRUNES, pour rien:
CLIMÈNE. Ce le, où elle s’arrête, n’est pas mis pour des prunes.
Molière prête à Climène cette trivialité, pour faire un contraste plaisant avec le superbe néologisme de cette précieuse, et l’importance qu’elle attache à ce le.
La même intention paraît dans Sganarelle, qui, interrogé au plus fort de son chagrin, répond:
PUBLIER POUR (un adjectif), faire passer publiquement pour...:
Et que direz-vous de la marquise Araminte, qui la publie partout pour épouvantable? (la comédie de l’École des femmes).
PUER SON ANCIENNETÉ:
Ce présent se dérive de la forme puir, qui est la primitive; puer est moderne. «C’est puir que sentir bon.» (Montaigne.)
«Puer ou PUÏR, verbe neutre. L’Académie ne parle que de puer, et point du tout de puir. Danet en parle comme l’Académie; mais Richelet, aussi bien que Furetière, les admet tous deux, en disant que ce sont deux verbes défectueux; que puïr ne se dit point à l’infinitif, mais seulement puer, et qu’ils empruntent l’un de l’autre quelques temps. Quoi qu’il en soit, on ne conjugue point je pue, ni je puïs, comme il semble qu’on devroit conjuguer; mais je pus, tu pus, il put.» (Trévoux.)
L’exemple tiré de Montaigne, auquel on en pourrait ajouter mille autres, prouve l’erreur de Richelet et de Furetière quant à l’infinitif puïr: ils ont pris pour défectueux deux verbes très-complets chacun de sa part, mais différents d’âge. Les dernières lignes de Trévoux prouvent qu’en 1740 la forme moderne n’avait pas encore supplanté l’ancienne complétement, et que puïr subsistait toujours dans le présent de l’indicatif. A plus forte raison, en 1672 Molière ne pouvait-il écrire, comme le mettent certaines éditions: «Il pue étrangement.....» (Voyez SENTIR.)
PUNISSEUR; FOUDRE PUNISSEUR:
PUNITION; FAIRE LA PUNITION DE... SUR...:
Ils en feront sur votre personne toute la punition que leur pourront offrir et les poursuites de la justice, et la chaleur de leur ressentiment.
Molière dit de même, faire la justice d’un crime.
PURGER (SE) DE SA MAGNIFICENCE, l’expliquer, la justifier: