C’est un étrange fait du soin que vous prenez,
A me venir toujours jeter mon âge au nez.
(Éc. des mar. I. 1.)

PRENDRE VISÉE QUELQUE PART, diriger là son attention et ses efforts:

Elle est sage, elle m’aime, et votre amour l’outrage.
Prenez visée ailleurs, et troussez-moi bagage.
(Ibid. II. 9.)

SE PRENDRE A QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire, s’y prendre pour la faire:

Elle se prend d’un air le plus charmant du monde aux choses qu’elle fait.

(L’Av. I. 2.)

SE PRENDRE A QUELQU’UN DE, s’en prendre à lui, l’en accuser:

C’est ainsi qu’aux flatteurs on doit partout se prendre
Des vices où l’on voit les humains se répandre.
(Mis. II. 5.)

PRÉPOSITION supprimée, où l’usage moderne est de la répéter, soit devant un nom, soit devant un infinitif:

. . . . . . . . . . . . On sait bien que Célie
A causé des désirs à Léandre et Lélie.
(L’Ét. V. 13.)

Nous dirions: à Léandre et à Lélie.

Il n’y a dans Molière qu’un second exemple pareil à celui-ci, c’est-à-dire, où la préposition soit supprimée devant un substantif:

La peste soit de l’homme et sa chienne de face!
(Éc. des fem. IV. 2.)

Et de sa chienne de face.

Pour de l’esprit, j’en ai sans doute, et du bon goût
A juger sans étude et raisonner de tout;
A faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,
Figure de savant sur les bancs d’un théâtre;
Y décider en chef, et faire du fracas
A tous les beaux endroits qui méritent des ah!
(Mis. III. 1.)

A y décider.

C’est aux gens mal tournés, aux mérites vulgaires,
A brûler constamment pour des beautés sévères;
A languir à leurs pieds et souffrir leurs rigueurs;
A chercher le secours des soupirs et des pleurs,
Et tâcher, par des soins d’une très-longue suite,
D’obtenir ce qu’on nie à leur peu de mérite.
(Ibid.)

Et à souffrir, et à tâcher.

On n’a point à louer les vers de messieurs tels,
A donner de l’encens à madame une telle,
Et de nos francs marquis essuyer la cervelle.
(Ibid. III. 7.)

A essuyer la cervelle de nos marquis.

Vous apprendrez, maroufle, à rire à nos dépens,
Et sans aucun respect faire cocus les gens!
(Sgan. 8.)

A faire cocus les gens.

Comme si j’étois femme à violer la foi que j’ai donnée à un mari, et m’éloigner jamais de la vertu que mes parents m’ont enseignée!

(G. D. II. 10.)
Le remède plus prompt où j’ai su recourir,
C’est de pousser ma pointe et dire en diligence
A notre vieux patron toute la manigance.
(Dép. am. III. 1.)
Trouves-tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille,
Et faire un tel scandale à toute une famille?
(Ibid. III. 8.)
Loin d’assurer une âme, et lui fournir des armes....
(Ibid. IV. 2.)
Peux-tu me conseiller un semblable forfait,
D’abandonner Lélie et prendre ce malfait?
(Sgan. 2.)
Et les plus prompts moyens de gagner leur faveur,
C’est de flatter toujours le foible de leur cœur,
D’applaudir en aveugle à ce qu’ils veulent faire,
Et n’appuyer jamais ce qui peut leur déplaire.
(D. Garcie. II. 1.)
Et voulez-vous, charmé de ses rares mérites,
M’obliger à l’aimer, et souffrir ses visites?
(Éc. des mar. II. 14.)
En quelle impatience
Suis-je de voir mon frère et lui conter sa chance!
(Ibid. III. 2.)
Mais je ne suis pas homme à gober le morceau,
Et laisser le champ libre aux yeux d’un damoiseau.
(Éc. des fem. II. 1.)
Il ne veut obtenir
Que le bien de vous voir et vous entretenir.
(Ibid. II. 6.)

Employons ce temps à répéter notre affaire, et voir la manière dont il faut jouer les choses.

(Impromptu. 1.)
C’est de ne plus souffrir qu’Alceste vous prétende;
De le sacrifier, madame, à mon amour;
Et de chez vous enfin le bannir sans retour.
(Mis. V. 2.)
Je vous promets ici d’éviter sa présence,
De faire place au choix où vous vous résoudrez,
Et ne souffrir ses vœux que quand vous le voudrez.
(Mélicerte. II. 4.)
Mais mon secours pourra lui donner les moyens
De sortir d’embarras et rentrer dans ses biens.
(Tart. II. 2.)
Pour m’ouvrir une voie à prendre la vengeance
De son hypocrisie et de son insolence,
A détromper un père, et lui mettre en plein jour
L’âme d’un scélérat qui vous parle d’amour.
(Ibid. III. 4.)
Ce seroit mériter qu’il me la vînt ravir (l’occasion),
Que de l’avoir en main, et ne m’en pas servir.
(Ibid.)
Un ordre de vider d’ici, vous et les vôtres,
Mettre vos meubles hors, et faire place à d’autres.
(Ibid. V. 4.)

On sait qu’une épître dédicatoire dit tout ce qu’il lui plaît, et qu’un auteur est en pouvoir d’aller saisir les personnes les plus augustes, et de parer de leurs grands noms les premiers feuillets de son livre; qu’il a la liberté de s’y donner autant qu’il veut l’honneur de leur estime, et se faire des protecteurs qui n’ont jamais songé à l’être.

(Ép. déd. d’Amphitryon.)

Cette tournure est ici d’autant plus remarquable, que l’épître est écrite avec un soin particulier, comme adressée au prince de Condé, aussi fin connaisseur dans les choses d’esprit que grand capitaine.

Qui donc est ce coquin qui prend tant de licence
Que de chanter et m’étourdir ainsi?
(Amph. I. 2.)

Il me prend des tentations d’accommoder son visage à la compote, et le mettre en état de ne plaire de sa vie aux diseurs de fleurettes.

(G. D. II. 4.)
J’aime bien mieux, pour moi, qu’en épluchant ses herbes
Elle accommode mal les noms avec les verbes,
Et redise cent fois un bas ou méchant mot,
Que de brûler ma viande, ou saler trop mon pot.
(Fem. sav. II. 7.)
Et je veux nous venger, toutes tant que nous sommes,
De cette indigne classe où nous rangent les hommes,
De borner nos talents à des futilités,
Et nous fermer la porte aux sublimes clartés.
(Ibid. III. 2.)
Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux contraire,
Que de leur arracher ce qu’ils ont de vulgaire,
Et vouloir les réduire à cette pureté.....
(Ibid. IV. 2.)

La multiplicité de ces exemples, tant en vers qu’en prose, fait assez voir que Molière, en supprimant en poésie la préposition une fois exprimée, ne cédait pas à la contrainte de la mesure; il suit la coutume de tous les écrivains du XVIIe siècle. Je n’en apporterai qu’un exemple; il est de la Fontaine, et curieux à cause de la longueur de la période, et du nombre de verbes devant lesquels il faut suppléer le de mis au commencement.

«Ésope, pour toute punition, lui recommanda d’honorer les dieux et son prince; se rendre terrible à ses ennemis, facile et commode aux autres; bien traiter sa femme, sans pourtant lui confier son secret; parler peu, et chasser de chez soi les babillards; ne se point laisser abattre au malheur; avoir soin du lendemain....... surtout n’être point envieux du bonheur ni de la vertu d’autrui.......»

(La Fontaine. Vie d’Ésope.)

PRESCRIT, fixé, déterminé d’avance, et non pas ordonné:

Pensez-vous qu’à choisir de deux choses prescrites,
Je n’aimasse pas mieux être ce que vous dites.....
(Éc. des fem. IV. 8.)

C’est le sens du latin præscriptus, écrit d’avance.

PRÉSENT DU SUBJONCTIF, en relation avec l’imparfait:

Seroit-ce quelque chose où je vous puisse aider?
(Méd. m. l. I. 5.)

Ici l’imparfait serait-ce est une forme convenue pour représenter le présent est-ce: Est-ce quelque chose où je vous puisse aider? Ainsi, la correspondance des temps n’est réellement pas troublée.

PRESSER QUELQU’UN D’UNE COURTOISIE:

Toute la courtoisie enfin dont je vous presse.
(Éc. des fem. IV. 4.)

PRÊT A, près de, sur le point de:

Je vous vois prêt, monsieur, à tomber en foiblesse.
(Sgan. 11.)
Si c’est vous offenser,
Mon offense envers vous n’est pas prête à cesser.
(Fem. sav. V. 1.)

PRÊT DE, disposé à, sur le point de:

Ajoute que ma mort
Est prête d’expier l’erreur de ce transport.
(Dép. am. I. 2.)

Molière, en ce sens, a dit deux fois prêt à:

Le voilà prêt à faire en tout vos volontés.
(Ibid. III. 8.)
Et que me sert d’aimer comme je fais, hélas!
Si vous êtes si prête à ne le croire pas?
(Mélicerte. II. 3.)

Mais son habitude est prêt de:

Que si cette feinte, madame, a quelque chose qui vous offense, je suis tout prêt de mourir pour vous en venger.

(Pr. d’Él. V. 2.)
Vous n’avez qu’à parler, je suis prêt d’obéir.
(Mélicerte. II. 5.)

Et il n’y a pas quatre mois encore, qu’étant toute prête d’être mariée, elle rompit tout net le mariage....

(L’Av. II. 7.)

Je suis prêt de soutenir cette vérité contre qui que ce soit.

(Ibid. V. 5.)

Est-il l’heure de revenir chez soi quand le jour est prêt de paroître?

(G. D. III. 11.)

Quelques éditions modernes ont imprimé ici près de; cette correction, ou plutôt cette infidélité, est impossible dans les exemples qui précèdent.

Tous les grands écrivains du XVIIe siècle ont employé prêt de pour disposé à:

«Qu’on rappelle mon fils, qu’il vienne se défendre;
«Qu’il vienne me parler, je suis prêt de l’entendre
(Racine. Phèdre. V. 5.)

Le bon usage donnait même la préférence à prêt de: «Lorsque prêt signifie sur le point, prêt de est beaucoup meilleur.»

(Bouhours, Rem. nouv.)

«Elle estoit preste d’accoucher

(Scarron. Rom. com. I. 13.)

«Je le vis tout prest d’abandonner son bucéphale, pour marcher à pied à la teste des fantassins.»

(St.-Évremond. Conv. du P. Canaye. éd. de Barbin, 1697.)
LA SERRE.
«Es-tu si prêt d’écrire?
CASSAIGNE.
Es-tu las d’imprimer?»
(Boileau.)
«Dites un mot, seigneur, soldats et matelots
«Seront prêts avec vous de traverser les flots.»
(Crébillon. Electre.)

«Ce peuple, qui tant de fois a répandu son sang pour la patrie, est encore prêt de suivre les consuls.»

(Vertoy.)

«Ils coururent chez un de ses oncles où il s’étoit retiré, et d’où il étoit prêt de sortir pour aller se battre.»

(Fléchier. Les Grands Jours, p. 194.)

«Elle (Psyché) étoit honteuse de son peu d’amour, toute prête de réparer cette faute si son mari le souhaitoit, et quand même il ne le souhaiteroit pas.»

(La Font. Psyché. l. 1.)

C’est paratus de au lieu de paratus ad. La première forme était celle qu’avait choisie le moyen âge:

«S’il y est, il sera tout prest
«De vous payer à la raison.»
(Le Nouv. Pathelin.)
«Ouy, mon amy, je suis prest
«De vous despescher vistement.»
(Ibid.)
«Je suis tout prest de recevoir
(Ibid.)

Les grammairiens modernes reconnaissent l’emploi de prêt de dans tous les écrivains du XVIIe siècle, et, en le tolérant comme un archaïsme, ils s’avisent d’une distinction subtile autant qu’elle est chimérique: Prêt de, disent-ils, s’employait pour disposé à, mais non jamais pour signifier sur le point de, car il fallait toujours alors mettre l’adverbe près de.

On voit par les exemples de Molière la vanité de cette règle. Ma mort est prête d’expier ce transport;—étant toute prête d’être mariée....;—le jour est prêt de paroître; ne sont pas des phrases où l’on puisse substituer disposé à.

La distinction rigoureuse et constante entre l’adverbe près (presso) et l’adjectif prêt (paratus) paraît être venue tard: c’est un des résultats heureux, je crois, de l’analyse moderne. Auparavant on ne distinguait pas entre deux mots que l’oreille identifie; et quant aux compléments à ou de, comme ils s’employaient sans cesse et correctement l’un pour l’autre, ils ne pouvaient qu’entretenir la confusion, loin de l’empêcher.

PRÊTE-JEAN:

C’est ainsi que Molière écrit, et non prêtre Jean, personnage qui est appelé, dans les chroniques latines, presbyter Joannes, et pretiosus Joannes. J. Scaliger était pour le dernier.

Ce qui s’agite dans les conseils du prête-Jean ou du Grand Mogol.

(Comtesse d’Escarb. 1.)

«On appela d’abord prêtre Jean un prince tartare qui combattit Gengis. Des religieux envoyés auprès de lui prétendirent qu’ils l’avaient converti, l’avaient nommé Jean au baptême, et même lui avaient conféré le sacerdoce: de là cette qualification de prêtre Jean, qui est devenue depuis, on ne sait pourquoi, celle d’un prince nègre, moitié chrétien schismatique et moitié juif. C’est de ce dernier qu’il est question ici.»

(M. Auger.)

Voici à présent l’explication de Trévoux:

«Prestre Jean. On appelle ainsi l’empereur des Abyssins, parce que autrefois les princes de ce pays étoient réellement prestres, et que le mot Jean, en leur langue, veut dire Roi.

«..... Le nom de prestre Jean est tout à fait inconnu en Éthiopie; et cette erreur vient de ce que ceux d’une province où ce prince réside souvent, quand ils lui veulent demander quelque chose, crient Jean coi, c’est-à-dire, mon roi

C’est le cas de s’écrier aussi, avec le bonhomme Trufaldin:

Oh! oh! qui des deux croire?
Ce discours au premier est fort contradictoire.

Ceux qui voudront en lire davantage sur le prêtre ou prête Jean, peuvent consulter Du Cange au mot Presbyter Joannes.

PRÉTENDRE QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE:

C’est inutilement qu’il prétend done Elvire.
(D. Garcie. I. 1.)
Donnez-en à mon cœur les preuves qu’il prétend.
(Ibid. I. 5.)
Quoi! si vous l’épousez, elle pourra prétendre
Les mêmes libertés que fille on lui voit prendre?
(Éc. des mar. I. 2.)
Et par de prompts transports donne un signe éclatant
De l’estime qu’il fait de celle qu’il prétend.
(Fâcheux. II. 4.)
Et la preuve après tout que je vous en demande,
C’est de ne plus souffrir qu’Alceste vous prétende.
(Mis. V. 2.)
Ces deux nymphes, Myrtil, à la fois te prétendent.
(Mélicerte. I. 5.)

Toutes vos poursuites auprès d’une personne que je prétends pour moi.

(L’Av. IV. 3.)

Molière a dit aussi PRÉTENDRE A QUELQU’UN:

Il ne prétend à vous qu’en tout bien et en tout honneur.

(Scapin. III. 1.)

Et PRÉTENDRE SUR QUELQUE CHOSE:

Moi, madame? Et sur quoi pourrois-je en rien prétendre?
(Mis. III. 7.)

A CE QUE JE PRÉTENDS, j’espère:

Et vous n’y montez pas[72], à ce que je prétends,
Pour être libertine et prendre du bon temps.
(Éc. des fem. III. 2.)

PRÊTER LA MAIN A...:

Cela est fort vilain à vous, pour un grand seigneur, de prêter la main, comme vous faites, aux sottises de mon mari.

(B. gent. IV. 2.)

(Voyez au mot DONNER, DONNER LA MAIN ou LES MAINS.)

PRÊTER LE COLLET, soutenir une lutte:

Je vous prêterai le collet en tout genre d’érudition.
(Am. méd. II. 4.)

PRÉTEXTE A (un infinitif):

Henriette, entre nous, est un amusement,
Un voile ingénieux, un prétexte, mon frère,
A couvrir d’autres feux dont je sais le mystère.
(Fem. sav. II. 3.)

PRIER D’UNE FÊTE, y inviter:

Pressez vite le jour de la cérémonie;
J’y prends part, et déjà moi-même je m’en prie.
(Éc. des f. V. 8.)

PRINCIPAUTÉ; SA PRINCIPAUTÉ, comme sa majesté, son altesse, ou bien sa qualité de prince:

MORON. Je l’ai trouvé un peu impertinent, n’en déplaise à sa principauté.

(Princ. d’Él. III. 3.)

PRISES; EN ÊTRE AUX PRISES, être près d’en venir aux prises:

Souvent nous en étions aux prises;
Et vous ne croiriez point de combien de sottises....
(Fem. sav. IV. 2.)

PRODUIRE A QUELQU’UN, lui montrer, lui présenter:

Quoi! deux Amphitryons ici nous sont produits!
(Amph. III. 5.)
Voici l’homme qui meurt du désir de vous voir.
En vous le produisant, je ne crains point le blâme
D’avoir admis chez vous un profane, madame.
(Fem. sav. III. 5.)

SE PRODUIRE, se montrer:

Ah, ah! cette impudente ose encor se produire?
(Ibid. V. 3.)

PROMENER, verbe neutre, sans le pronom réfléchi:

Qu’on me laisse ici promener toute seule.

(Am. magn. I. 6.)

Sur la suppression du pronom, voyez ARRÊTER.

PROMENER QUELQU’UN SUR.... au figuré:

Ma jalousie à tout propos
Me promène sur ma disgrâce.
(Amph. III. 1.)

Ramène ma pensée sur ma disgrâce.

PROMETTRE, assurer:

Je vous promets que je ne saurois les donner à moins.

(Méd. m. l. I. 6.)

PRONOM DE LA PREMIÈRE PERSONNE, construit avec un verbe à la troisième:

Et que me diriez-vous, monsieur, si c’étoit moi
Qui vous eût procuré cette bonne fortune?
(Dép. am. III. 7.)

Cette tournure ne choque pas, parce que eût figure avec c’était, et non pas avec moi. Au reste, Molière a donné cela au besoin de la mesure, car, deux vers plus loin, il rentre dans la forme ordinaire:

C’est moi, vous dis-je, moi, dont le patron le sait,
Et qui vous ai produit ce favorable effet.
(Ibid. III. 7.)

Molière a employé encore ailleurs cette discordance de personnes:

Ce ne seroit pas moi qui se feroit prier.
(Sgan. 2.)

En ce cas, c’est moi qui se nomme Sganarelle.

(Méd. m. lui. I. 6.)
Nous chercherons partout à trouver à redire,
Et ne verrons que nous qui sachent bien écrire.
(Fem. sav. III. 2.)

Molière mettait ici le verbe en accord avec le pronom relatif, qui désigne en effet la 3e personne. L’usage prescrit absolument aujourd’hui le verbe à la 1re personne, qui sachions. Au surplus, comme la mesure eût été la même, on est induit à penser que du temps de Molière la règle n’était pas encore fixée sur ce point.

PRONOM RÉFLÉCHI, supprimé:

Les mauvais traitements qu’il me faut endurer
Pour jamais de la cour me feroient retirer.
(Fâcheux. III. 2.)

Je ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait connoître il y a six jours.

(Mal. im. I. 5.)

Molière a voulu fuir le mauvais effet de la répétition nous a fait nous connoître; me feroient me retirer. Il pouvait dire, nous a fait connoître l’un à l’autre; mais il a pensé que la rapidité de l’expression ne faisait ici rien perdre à la clarté, et pour un dialogue était assez correcte.

J’observe que les bons écrivains du XVIIe siècle n’expriment jamais qu’une fois le pronom personnel, quand la tournure de la phrase et l’emploi d’un verbe réfléchi sembleraient, comme ici, exiger qu’il fût exprimé deux fois.

PRONOM RELATIF, séparé de son substantif:

Et j’ai des gens en main que j’emploierai pour vous.
(Mis. III. 5.)
Tandis que Célimène en ses liens s’amuse,
De qui l’humeur coquette et l’esprit médisant
Semblent donner si fort dans les mœurs d’à présent.
(Ibid. I. 1.)

Ce tour est si fréquent dans Molière et dans tous les écrivains du XVIIe siècle, qu’il a paru superflu d’en rassembler ici d’autres exemples.

PROPOS; METTRE DANS LE PROPOS:

Et, pour ne vous point mettre aussi dans le propos...
(Fem. sav. IV. 3.)

PROPRE, au sens d’élégant, paré:

DORANTE. Comment, monsieur Jourdain, vous voilà le plus propre du monde!

(B. gent. III. 4.)

PROU, adverbe, beaucoup; archaïsme:

J’ai prou de ma frayeur en cette conjecture.
(L’Ét. II. 5.)

Prou, par apocope de proufit (profit). En italien, pro n’est que substantif: Buon pro vi faccia.—Bon prou vous fasse.

La Civilité puérile et honnête apprenait aux enfants à dire à leurs père et mère, après les grâces, prouface, c’est-à-dire, bon prou vous fasse; que ce repas vous profite.

En français, prou fait aussi l’office d’adverbe, comme ces autres substantifs monosyllabes, pas, point, mie, trop, rien.

(Voyez PAS; RIEN.)

«L’un jura foi de roi, l’autre foi de hibou,
«Qu’ils ne se goberoient leurs petits peu ni prou
(La Font. L’Aigle et le Hibou.)

PRUNES; POUR DES PRUNES, pour rien:

CLIMÈNE. Ce le, où elle s’arrête, n’est pas mis pour des prunes.

(Crit. de l’Éc. des fem. 3.)

Molière prête à Climène cette trivialité, pour faire un contraste plaisant avec le superbe néologisme de cette précieuse, et l’importance qu’elle attache à ce le.

La même intention paraît dans Sganarelle, qui, interrogé au plus fort de son chagrin, répond:

Si je suis affligé, ce n’est pas pour des prunes.
(Sgan. 16.)
ARNOLPHE.
Diantre, ce ne sont pas des prunes que cela!
(Éc. des fem. III. 4.)

PUBLIER POUR (un adjectif), faire passer publiquement pour...:

Et que direz-vous de la marquise Araminte, qui la publie partout pour épouvantable? (la comédie de l’École des femmes).

(Crit. de l’Éc. des fem. 6.)

PUER SON ANCIENNETÉ:

... Ah! sollicitude à mon oreille est rude;
Il put étrangement son ancienneté.
(Fem. sav. II. 7.)

Ce présent se dérive de la forme puir, qui est la primitive; puer est moderne. «C’est puir que sentir bon.» (Montaigne.)

«Puer ou PUÏR, verbe neutre. L’Académie ne parle que de puer, et point du tout de puir. Danet en parle comme l’Académie; mais Richelet, aussi bien que Furetière, les admet tous deux, en disant que ce sont deux verbes défectueux; que puïr ne se dit point à l’infinitif, mais seulement puer, et qu’ils empruntent l’un de l’autre quelques temps. Quoi qu’il en soit, on ne conjugue point je pue, ni je puïs, comme il semble qu’on devroit conjuguer; mais je pus, tu pus, il put.» (Trévoux.)

L’exemple tiré de Montaigne, auquel on en pourrait ajouter mille autres, prouve l’erreur de Richelet et de Furetière quant à l’infinitif puïr: ils ont pris pour défectueux deux verbes très-complets chacun de sa part, mais différents d’âge. Les dernières lignes de Trévoux prouvent qu’en 1740 la forme moderne n’avait pas encore supplanté l’ancienne complétement, et que puïr subsistait toujours dans le présent de l’indicatif. A plus forte raison, en 1672 Molière ne pouvait-il écrire, comme le mettent certaines éditions: «Il pue étrangement.....» (Voyez SENTIR.)

PUNISSEUR; FOUDRE PUNISSEUR:

Il ne veut le montrer qu’en tête d’une armée,
Et tout prêt à lancer le foudre punisseur.
(D. Garcie. I. 2.)

PUNITION; FAIRE LA PUNITION DE... SUR...:

Ils en feront sur votre personne toute la punition que leur pourront offrir et les poursuites de la justice, et la chaleur de leur ressentiment.

(G. D. III. 8.)

Molière dit de même, faire la justice d’un crime.

PURGER (SE) DE SA MAGNIFICENCE, l’expliquer, la justifier:

L’autre, pour se purger de sa magnificence,
Dit qu’elle gagne au jeu l’argent qu’elle dépense.