(Le Ment. V. 3.)

RELEVÉ; de fortune relevée:

Elle n’a pas toujours été si relevée que la voilà!

(B. gent. III. 12.)

REMENER:

Remenez-moi chez nous.
(Dép. am. IV. 3.)

Et non pas ramenez-moi, comme on parle aujourd’hui. Le simple est menez-moi, et non amenez-moi.

Raconter, rapporter, et plusieurs autres, sont dans le même cas que ramener; c’était autrefois reconter, reporter, etc.

«Si i alad, e remenad ses serfs.»

(Rois. p. 232.)

«Et li poples recontad que li reis ço e ço durreit a celi ki l’ociereit.»

(Ibid. p. 64.)

REMERCIER L’AVANTAGE, rendre grâce à l’avantage:

Certes, il peut remercier l’avantage qu’il a de vous appartenir.

(G. D. I. 5.)

REMETTRE (SE), verbe actif, pour reconnaître, se rappeler:

Vous ne vous remettez point mon visage?

(Pourc. I. 6.)

Vous ne vous remettez pas tout cela?—Excusez-moi, je me le remets.

(Ibid.)

REMONTRER A QUELQU’UN, lui en remontrer:

Que les jeunes enfants remontrent aux vieillards.
(Dép. am. II. 7.)

REMPLACER DE QUELQUE CHOSE, avec quelque chose, par quelque chose:

Elle a suivi le mauvais exemple de celles qui, étant sur le retour de l’âge, veulent remplacer de quelque chose ce qu’elles voient qu’elles perdent.

(Crit. de l’Éc. des fem. 6.)

RENCHÉRI, adjectif, prude, austère:

Vous avez dans le monde un bruit
De n’être pas si renchérie.
(Amph. prol.)

RENDRE (SE) construit avec un adjectif, se montrer, devenir:

Bon! voyons si son feu se rend opiniâtre.
(L’Ét. III. 1.)

Je les dauberai tant en toutes rencontres, qu’à la fin ils se rendront sages.

(Crit. de l’Éc. des fem. 6.)
Il se rend complaisant à tout ce qu’elle dit.
(Tart. III. 1.)
Non, Damis, il suffit qu’il se rende plus sage.
(Ibid. III. 4.)
Elle se rendra sage; allons, laissons-la faire.
(Fem. sav. III. 6.)

RENDRE DES CIVILITÉS:

Mais du moins sois complaisante aux civilités qu’on te rend.

(Pr. d’Él. II. 4.)

RENDRE DES DEHORS, observer les bienséances:

Mais quand on est du monde, il faut bien que l’on rende
Quelques dehors civils que l’usage demande.
(Mis. I. 1.)

RENDRE GRACE SUR QUELQUE CHOSE:

Et le mari benêt, sans songer à quel jeu,
Sur les gains qu’elle fait rend des grâces à Dieu.
(Éc. des fem. I. 1.)

RENDRE INSTRUIT, instruire:

Vous me direz: Pourquoi cette narration?
C’est pour vous rendre instruit de ma précaution.
(Éc. des fem. I. 1.)

L’emploi de ce tour est fréquent dans Bossuet: «Plusieurs, dans la crainte d’être trop faciles, se rendent inflexibles à la raison.»

(Oraison fun. de la duchesse d’Orléans.)

RENDRE OBÉISSANCE A QUELQU’UN, lui obéir:

Nous vous avons rendu, monsieur, obéissance.
(Ibid. V. 1.)

RENFORT DE POTAGE:

NICOLE. J’ai encore ouï dire, madame, qu’il a pris aujourd’hui, pour renfort de potage, un maître de philosophie.

(B. gent. III. 3.)

«Le peuple dit d’un écornifleur, que c’est un renfort-potage

(Trévoux.)

Cette figure est naturellement de la rhétorique de Nicole, qui est cuisinière.

RENGAINER UN COMPLIMENT:

Hé! monsieur, rengaînez ce compliment.

(Mar. for. 16.)

Cette expression existait avant Molière:

«Le compliment fut court, le maire le rengaîne
(Senecé.)

Pascal a dit RENGAîNER absolument, pour cesser d’attaquer, abandonner une manœuvre, une intrigue commencée:

«On rengaîna, et promptement.»

(Pensées.)[76]

RENGAÎNER UNE NOUVELLE:

CLITIDAS (bouffon.)

Puisque cela vous incommode, je rengaîne ma nouvelle, et m’en retourne droit comme je suis venu.

(Am. magn. V. 1.)

RENGRÉGEMENT, archaïsme:

Rengrégement de mal, surcroît de désespoir!

(L’Av. V. 3.)

La racine de ce mot est l’ancien comparatif de grand, greignour. Il y avait aussi le verbe rengréger (re-en-greger.)

«Chacun rendit par là sa douleur rengrégée
(La Font. La Matrone d’Éphèse.)

Rengrégement, rengréger, n’ont point d’équivalents dans la langue moderne. Accroître, empirer, remplacent mal le verbe; accroissement est plus faible et moins harmonieux que rengrégement; empirement, bien qu’il se trouve dans Montaigne, n’est pas français, et agrandissement blesserait l’usage dans cette acception, un agrandissement de chagrin.

RENTRER AU DEVOIR, dans le devoir:

Pour rentrer au devoir je change de langage.
(Mélicerte. II. 5.)

RENTRER DANS SON AME:

Rappelle tous tes sens, rentre bien dans ton âme.
(Amph. II. 1.)

REPAITRE, verbe neutre, manger:

—Mais, seigneur Trufaldin, songez-vous que peut-être
Ce monsieur l’étranger a besoin de repaître?
(L’Ét. IV. 3.)

REPAÎTRE, verbe actif, pris au sens figuré:

Pour souffrir qu’un valet de chansons me repaisse.
(Amph. II. 1.)

RÉPANDRE, distribuer:

Aux pauvres, à mes yeux, il alloit le répandre.
(Tart. I. 6.)

RÉPANDRE (SE) DANS LES VICES:

C’est ainsi qu’aux flatteurs on doit partout se prendre
Des vices où l’on voit les humains se répandre.
(Mis. II. 5.)

RÉPARER, restituer, rendre, et construit de même avec le datif:

Je veux jusqu’au trépas incessamment pleurer
Ce que tout l’univers ne peut me réparer.
(Psyché. II. 1.)

REPART, substantif masculin, repartie:

Il a le repart brusque et l’accueil loup-garou.
(Éc. des mar. I. 6.)

RÉPONSE DE... réponse à...:

J’attends avec un peu d’espérance respectueuse la réponse de mon placet.

(3e Placet au roi.)

REPROCHE, tache, sujet de reproche:

Si je ne suis pas né noble, au moins suis-je d’une race où il n’y a point de reproche.

(G. D. II. 3.)

RÉPRÉHENSION, dans le sens de réprimande, mais d’une nuance moins forte:

On souffre aisément des répréhensions, mais on ne souffre pas la raillerie.

(Préf. de Tartufe.)

On dit reprendre et répréhensible; pourquoi ne dirait-on pas répréhension, comme l’on dit comprendre, compréhensible, compréhension?

RÉPUGNANCE AVEC (AVOIR), se mal accorder avec, répugner à:

Une passion...... dont tous les désordres ont tant de répugnance avec la gloire de votre sexe.

(Pr. d’Él. II. 1.)

RÉPUGNER; LE TEMPS RÉPUGNE A...:

M. CARITIDÈS.
Monsieur, le temps répugne à l’honneur de vous voir.
(Fâcheux. III. 2.)

Bien que M. Caritidès s’exprime en général correctement, il est probable que Molière a l’intention de lui prêter ici une expression ridicule par le pédantisme.

REQUÉRIR, querir de nouveau:

Va, va vite requérir mon fils.

(Scapin. II. 11.)

RÉSOUDRE; SE RÉSOUDRE DE (un infinitif), se résoudre à:

Sus, sans plus de discours, résous-toi de me suivre.
(Dép. am. V. 4.)
Il faut attendre
Quel parti de lui-même il résoudra de prendre.
(Ibid.)
La haine que pour vous il se résout d’avoir.
(D. Garcie. II. 6.)

Je serois fâché d’être ingrat, mais je me résoudrois plutôt de l’être que d’aimer.

(Pr. d’Él. III. 4.)

RESPIRER LE JOUR, latinisme, vivre:

Je n’entreprendrai point de dire à votre amour
Si done Ignès est morte, ou respire le jour.
(D. Garcie. V. 5.)

RESSENTIMENT, en bonne part, sentiment profond, reconnaissance:

Mais apprenez. . . . . .
Que je garde aux ardeurs, aux soins qu’il me fait voir,
Tout le ressentiment qu’une âme puisse avoir.
(D. Garcie. III. 3.)

Madame, je viens... vous témoigner avec transport le ressentiment où je suis des bontés surprenantes dont vous daignez favoriser le plus soumis de vos captifs.

(Pr. d’Él. IV. 4.)

Je n’ai point connu qu’elle ait dans l’âme aucun ressentiment de mon ardeur.

(Am. magn. I. 2.)

ARISTIONE. En vérité, ma fille, vous êtes bien obligée à ces princes, et vous ne sauriez assez reconnoître tous les soins qu’ils prennent pour vous.

ÉRIPHILE. J’en ai, madame, tout le ressentiment qu’il est possible.

(Ibid. III. 1.)

Souffrez, mon père, que je vous en donne ici ma parole, et que je vous embrasse pour vous témoigner mon ressentiment.

(Mal. im. III. 21.)

Ce mot, dont l’usage a déterminé l’acception en mauvaise part, ne signifiait jadis que sentiment avec plus de force, comme le ressouvenir exprime un souvenir qui date de plus loin.

RESSENTIR (SE) D’UNE OFFENSE, la sentir vivement:

Une offense dont nous devons toutes nous ressentir.

(Pr. d’Él. III. 4.)

RESSORT qu’on ne comprend pas, et qui sème un embarras:

Oui, c’est elle, en un mot, dont l’adresse subtile,
La nuit, reçut ta foi sous le nom de Lucile,
Et qui, par ce ressort qu’on ne comprenoit pas,
A semé parmi vous un si grand embarras.
(Dép. am. V. 9.)

Il faut avouer que ce passage, et quelques autres pareils, justifieraient l’accusation de jargon et de galimatias portée par la Bruyère contre Molière, s’il était loyal ou seulement permis de caractériser le style d’un écrivain d’après quelques taches perdues au milieu de beautés excellentes.

(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.)

RESSOUVENIR; SE RESSOUVENIR, pour se souvenir:

De cet exemple-ci ressouvenez-vous bien;
Et quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.
(Sgan. 24.)

Ressouvenez-vous que, hors d’ici, je ne dois plus qu’à mon honneur.

(D. Juan. III. 5.)

Ah! je suis médecin sans contredit. Je l’avois oublié, mais je m’en ressouviens.

(Méd. m. lui. I. 6.)

Attendez qu’on vous en demande plus d’une fois, et vous ressouvenez de porter toujours beaucoup d’eau.

(L’Av. III. 2.)

Laissez-moi faire: je viens de me ressouvenir d’une de mes amies qui sera notre fait.

(Ibid. IV. 1.)

Vous ne vous ressouvenez pas que j’ai eu le bonheur de boire avec vous, je ne sais combien de fois?

(Pourc. I. 6.)

Molière emploie partout se ressouvenir, au lieu de se souvenir. C’est la même prédilection que pour s’en aller au lieu d’aller; par exemple: il s’en va faire jour.

(Voyez EN construit avec ALLER.)

RESTE; DONNER SON RESTE A QUELQU’UN:

Monsieur est frais émoulu du collége: il vous donnera toujours votre reste.

(Mal. im. II. 7.)

Métaphore empruntée au jeu, où le plus fort, sûr de triompher, est toujours en mesure d’offrir à l’autre de jouer son reste.

RETATER QUELQU’UN SUR.... figurément comme sonder:

Je veux la retâter sur ce fâcheux mystère.
(Amph. III. 1.)

RETENIR EN BALANCE, comme tenir en balance:

Oui, rien n’a retenu son esprit en balance.
(Fem. sav. IV. 1.)

RÉTIF A (un substantif):

Vous êtes rétive aux remèdes, mais nous saurons vous soumettre à la raison.

(Méd. m. lui. II. 7.)

RETIRER, se retirer:

Les mauvais traitements qu’il me faut endurer
Pour jamais de la cour me feroient retirer.
(Fâcheux. III. 2.)

Retirez-vous d’ici, ou je vous en ferai retirer d’une autre manière.

(Pr. d’Él. IV. 6.)

Molière a supprimé la seconde fois le pronom réfléchi, pour n’avoir pas à mettre deux me ou deux vous, dont le rapprochement eût alourdi sa phrase: me feraient me retirer; je vous ferai vous retirer. (Voyez PRONOM RÉFLÉCHI supprimé.)

RETRANCHER (un substantif) A, pour borner, réduire à:

Je retranche mon chagrin aux appréhensions du blâme qu’on pourra me donner.

(L’Av. I. 1.)

RÉUSSIR, sans impliquer l’idée de bon ou de mauvais succès:

Et comme ton ami, quoi qu’il en réussisse,
Je te viens contre tous faire offre de service.
(Fâcheux. III. 4.)
Voyons ce qui pourra de ceci réussir.
(Tart. II. 4.)

M. Auger blâme cet emploi de réussir pour résulter, en se fondant sur l’usage. Il paraît se tromper. On dit: une réussite bonne ou mauvaise; pourquoi le verbe n’aurait-il pas la même ampleur de sens que son substantif? Il a bien réussi, il a mal réussi, personne ne songeait à blâmer cette manière de s’exprimer; preuve que réussir n’emporte pas nécessairement l’idée d’heureux succès. Il reçoit souvent et très-bien cette dernière valeur, mais c’est par extension de sens. Il en est de même des mots heur, succès, fortune, ressentiment, qui sont indifférents par eux-mêmes et indéterminés.

REVENIR AU CŒUR, au sens figuré:

Ces coups de bâton me reviennent au cœur; je ne les saurois digérer.

(Méd. m. lui. I. 5.)

RÉVÉRENCE; PARLANT PAR RÉVÉRENCE pris adverbialement:

Ce damoiseau, parlant par révérence,
Me fait cocu, madame, avec toute licence.
(Sgan. 16.)

RÉVÉRENCE PARLER, comme parlant par révérence:

.... Que j’ai mon haut-de-chausses tout troué par derrière, et qu’on me voit, révérence parler....

(L’Av. III. 2.)

REVERS DE SATIRE, un revirement, un retour de satire:

Pourtant je n’ai jamais affecté de le dire;
Car enfin il faut craindre un revers de satire.
(Éc. des fem. I. 1.)

REVOULOIR:

Mais si mon cœur encor revouloit sa prison?
(Dép. am. IV. 3.)

RHABILLER, figurément rajuster, couvrir, déguiser:

Combien crois-tu que j’en connoisse qui, par ce stratagème (l’hypocrisie), ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse.....?

(D. Juan. V. 2.)

RIDICULE, substantif; UN RIDICULE:

Et l’on m’en a parlé comme d’un ridicule.
(Éc. des fem. I. 6.)

Ne voyez-vous pas bien que c’est un ridicule qu’il fait parler?

(Crit. de l’Éc. des fem. 7.)

La constance n’est bonne que pour des ridicules.

(D. Juan. I. 2.)
Parbleu, je viens du Louvre, où Cléonte, au levé,
Madame, a bien paru ridicule achevé.
(Mis. II. 5.)

Dans une bourde que je veux faire à notre ridicule.

(B. gent. III. 14.)

RIEN, mot positif; quelque chose:

..... Contre la coutume de France, qui ne veut pas qu’un gentilhomme sache rien faire.

(Sicilien. 10.)

C’est-à-dire, qui ne veut pas qu’un gentilhomme sache faire quelque chose.

Il ne sera pas dit que je ne serve de rien dans cette affaire-là.

(Ibid.)

Que je n’y serve de quelque chose.

Pourquoi consentiez-vous à rien prendre de lui?
(Tart. V. 7.)

A prendre quelque chose.

Allons, vous dis-je, il n’y a rien à balancer.

(G. D. I. 8.)

Il n’y a chose à balancer, il n’y a pas à balancer.

C’est le sens conforme à l’étymologie rem. (Voy. des Var. du lang. fr., p. 500.)

RIEN, négatif:

Et sa morale, faite à mépriser le bien,
Sur l’aigreur de sa bile opère comme rien.
(Fem. sav. II. 8.)

C’est que la négation est ici renfermée dans l’ellipse: sa morale opère comme rien (n’opère), comme chose qui n’opère pas.

RIEN, surabondant, NE FAIRE RIEN QUE:

Et plusieurs qui tantôt ont appris mon martyre,
Bien loin d’y prendre part, n’en ont rien fait que rire.
(Sgan. 16.)

N’en ont fait chose ou autre chose que rire.

RIEN MOINS:

Ma comédie n’est rien moins que ce qu’on veut qu’elle soit.

(1er Placet au roi.)

Elle est tout, plutôt que ce qu’on veut qu’elle soit. Et les ennemis de Molière soutenaient qu’elle n’était rien de moins que ce qu’ils disaient.

Un pédant qu’à tout coup votre femme apostrophe
Du nom de bel esprit et de grand philosophe,
D’homme qu’en vers galants jamais on n’égala,
Et qui n’est, comme on sait, rien moins que tout cela?
(Fem. sav. II. 9.)

Il n’est rien moins qu’homme d’esprit, c’est-à-dire qu’il ne l’est pas du tout.—Homme d’esprit? il n’est rien moins que cela; il est tout, plus que cela. S’il l’était, il faudrait dire: Il n’est rien de moins qu’homme d’esprit.

RIEN QU’A; N’AVOIR RIEN QU’A DIRE:

Monsieur, vous n’avez rien qu’à dire:
Je mentirai, si vous voulez.
(Amph. II. 1.)

Expression elliptique: vous n’avez rien (à faire) qu’à dire, qu’à parler; il suffira d’un mot de vous.

RIRE A QUELQU’UN:

On l’accueille, on lui rit, partout il s’insinue.
(Mis. I. 1.)

RIRE A SON MÉRITE:

Cet indolent état de confiance extrême,
Qui le rend en tout temps si content de soi-même,
Qui fait qu’à son mérite incessamment il rit.
(Fem. sav. I. 3.)

RISÉE, rire. (Voyez ÉCLAT DE RISÉE.)

ROBINS, gens en robe, terme de mépris:

O les plaisants robins, qui pensent me surprendre!
(L’Ét. III. 11.)

Trufaldin s’adresse à une troupe de masques en dominos.

ROIDEUR DE CONFIANCE. (Voyez BRUTALITÉ.)

ROIDIR; SE ROIDIR CONTRE UN CHEMIN:

Des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours se roidissent contre le droit chemin de la raison.

(L’Av. I. 8.)

Cette métaphore représente le chemin de la raison comme escarpé et difficile à gravir.

ROMPRE, interrompre, empêcher; ROMPRE UN ACHAT, DES ATTENTES:

Je sais un sûr moyen
Pour rompre cet achat où tu pousses si bien.
(L’Ét. I. 10.)
Je ne m’étonne pas si je romps tes attentes.
(Ibid. III. 5.)

ROMPRE L’ORDRE COMMUN:

Il rompt l’ordre commun, et devance le temps.
(Mélicerte. I. 4.)

ROMPRE TOUT A QUELQU’UN, traverser toutes ses entreprises:

Cet homme me rompt tout!
(Éc. des f. III. 4.)

ROMPRE UN DÉPART, UN DESSEIN, UNE PENSÉE:

Elle vint me prier de souffrir que sa flamme
Puisse rompre un départ qui lui perceroit l’âme.
(Éc. des mar. III. 2.)
Et vous avez bien vu que j’ai fait mes efforts
Pour rompre son dessein et calmer ses transports.
(Tart. IV. 5.)

J’en suis fâché, car cela rompt une pensée qui m’étoit venue dans l’esprit.

(L’Av. IV. 3.)

ROMPRE LA PAILLE:

Pour couper tout chemin à nous rapatrier,
Il faut rompre la paille. Une paille rompue
Rend entre gens d’honneur une affaire conclue.
(Dép. am. IV. 4.)

Sur l’emploi d’un fétu de paille comme symbole, voyez Du Cange, aux mots festuca, infestucare, exfestucare.

ROUGE; UN ROUGE, substantif, une rougeur:

Au visage sur l’heure un rouge m’est monté.
(Fâch. I. 1.)

RUDANIER:

LUBIN. Adieu, beauté rudanière.

(G. D. II. 1.)

La première édition écrit en deux mots rude asnière.

«Terme populaire qui se dit des gens grossiers, qui rabrouent fortement les autres. Il est composé de rude et ânier, comme qui dirait un ânier qui est trop rude à ses ânes.»

(Trévoux.)

RUER, verbe actif, prenant un régime:

Ah! je devois du moins lui jeter son chapeau,
Lui ruer quelque pierre, ou crotter son manteau.
(Sgan. 16.)

On dirait ces vers composés tout exprès pour nous faire comprendre la différence entre jeter et ruer, et notre misère d’être aujourd’hui réduits exclusivement au premier. On jetait à quelqu’un son chapeau à bas, mais on lui ruait une pierre.

Cette nuance existait dès l’origine de la langue. Absalon percé par Joab, les soldats du parti de David décrochent son cadavre de l’arbre:

«Pois ruerent Absalon en une grant fosse de cele lande, e jeterent pierres sur lui.»

(Rois. p. 187.)

Ils ruèrent le cadavre du fils rebelle avec passion, et jetèrent avec indifférence des pierres dessus pour le couvrir.

Plus loin, Joab assiége Abelmacha. Une sage dame vient parlementer aux créneaux, et, voyant qu’il ne s’agit que de livrer le révolté Siba, dit au capitaine:

«Nus vus frum ruer son chief aval del mur.»

(Rois. p. 200.)

Nous dirions sans énergie: jeter sa tête du haut des murailles.

SABOULER:

Comme vous me saboulez la tête avec vos mains pesantes!

(Comtesse d’Esc. 3.)

SAGES PROUESSES, prouesses de vertu:

Ces honnêtes diablesses
Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses.
(Éc. des fem. IV. 8.)

SAISIR LES GENS PAR LEURS PAROLES, les prendre au mot:

Je suis homme à saisir les gens par leurs paroles.
(Éc. des f. I. 6.)

SAISON; temps, moment:

En une autre saison, cette naïveté
Dont vous accompagnez votre crédulité,
Anselme, me seroit un charmant badinage.
(L’Ét. II. 5.)
........ Ce n’est pas la saison
De m’expliquer, vous dis-je.
(Dép. am. II. 2.)
La lettre que je dis a donc été remise;
Mais sais-tu bien comment? En saison si bien prise,
Que le porteur m’a dit que, sans ce trait falot,
Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.
(L’Ét. II. 14.)
Remettons ce discours pour une autre saison;
Monsieur n’y trouveroit ni rime ni raison.