(Fem. sav. IV. 3.)

Saison pour temps était fort usité au XVIIe siècle.

«Soit; mais il est saison que nous allions au temple.»
(Corn. Le Menteur.)
«Un homme entre les deux âges,
«Et tirant sur le grison,
«Jugea qu’il étoit saison
«De songer au mariage.»
(La Fontaine. L’Homme entre deux âges.)

L’usage a maintenu hors de saison pour déplacé, mal à propos.

SALIR L’IMAGINATION, expression nouvelle en 1663, et raillée par Molière:

CLIMÈNE (précieuse ridicule). Peut-on, ayant de la vertu, trouver de l’agrément dans une pièce qui tient sans cesse la pudeur en alarme, et salit à tout moment l’imagination?

ÉLISE. Les jolies façons de parler que voilà!

(Crit. de l’Éc. des fem. 3.)

SANGLIER, dissyllabe:

Partout, dans la Princesse d’Élide:

Où pourrai-je éviter ce sanglier redoutable?
(I. 2.)
J’ai donc vu ce sanglier, qui par nos gens chassé.....
(Ibid.)
Fuir devant un sanglier, ayant de quoi l’abattre!
(Ibid.)

(Voyez la remarque sur le mot OUVRIER, p. 276.)

SANS QUE (l’indicatif), archaïsme, pour si (un substantif) ne, suivi du conditionnel:

Sans que mon bon génie au-devant m’a poussé,
Déjà tout mon bonheur eût été renversé.
(L’Ét. I. 11.)

Si mon bon génie ne m’eût poussé au-devant...

«Sans que je crains de commettre Géronte,
«Je poserois tantôt un si bon guet,
«Qu’il seroit pris ainsi qu’au trébuchet.»
(La Fontaine. La Confidente sans le savoir.)

Sans cette circonstance, savoir, que je crains, etc. Sans cette circonstance, que mon bon génie m’a poussé au-devant.... On doit regretter la perte de cette ellipse, pleine de naturel et de vivacité. Aujourd’hui l’on serait obligé de dire: Si je ne craignois de commettre Géronte, si mon bon génie ne m’eût poussé au-devant. Quand il n’existe qu’une seule tournure pour exprimer les choses, la prose encore s’en accommode, étant tout à fait libre de ses allures; mais, par la suppression des doubles formes et de certains idiotismes, c’est la poésie qu’on ruine, ou, si l’on veut, l’art de la versification.

SATISFAIRE A:

Je ne prétends point qu’il se marie, qu’au préalable il n’ait satisfait à la médecine.

(Pourc. II. 2.)

«Notre grand Hurtado de Mendoza, dit le père, vous y satisfera sur l’heure.»

(Pascal, 7e Prov.)

SAVANTAS:

Et des gens comme vous devroient fuir l’entretien
De tous ces savantas qui ne sont bons à rien.
(Fâcheux. III. 3.)

«Injure gasconne. Le baron de Fæneste se moquoit de tous les savantas

(Furetière.)

SAVOIR ENROUILLÉ:

On s’y fait (à la cour) une manière d’esprit qui, sans comparaison, juge plus finement des choses que tout le savoir enrouillé des pédants.

(Crit. de l’Éc. des f. 7.)

NOUS SAVONS CE QUE NOUS SAVONS:

SGANARELLE. Il suffit que nous savons ce que nous savons, et que tu fus bien heureuse de me trouver.

(Méd. m. lui. I. 1.)

Formule de réticence du style familier; espèce de dicton populaire. (Voyez SUFFIT QUE.)

SAVOIR QUELQU’UN, connaître quelqu’un:

Je sais un paysan qu’on appeloit Gros-Pierre.
(Éc. des fem. I. 1.)

SAVOIR SA COUR:

Laissez-moi faire: je suis homme qui sais ma cour.

(Am. magn. II. 2.)

SCANDALE, au sens d’affront, esclandre; FAIRE UN SCANDALE A QUELQU’UN, lui faire un esclandre:

Trouves-tu beau, dis-moi, de diffamer ma fille,
Et faire un tel scandale à toute une famille?
(Dép. am. II. 8.)

Scandale, outre le sens qu’il porte aujourd’hui, avait encore celui d’outrage. Nicot cite, au mot Scandaliser, cette explication de Budée: «Le peuple exprime quelquefois, par scandaliser quelqu’un, ce que les gens bien élevés rendent par reprocher à quelqu’un une faute.» Le Dictionnaire de l’Académie de 1694 consacre les deux acceptions de scandale et scandaliser; Trévoux les maintient encore en 1740.

Scandale est de formation moderne, c’est-à-dire, du XVIe siècle, lorsque l’oreille ne craignait plus les doubles consonnes. Le moyen âge avait tiré de scandalum, esclande, qu’on prononçait éclande, et qui persiste sous cette forme esclandre. L’usage s’est chargé d’attribuer à chacun de ces deux mots une nuance de signification qui rend l’un et l’autre utile; mais c’est une occasion de remarquer: 1o qu’en augmentant le nombre des mots, il a fallu restreindre leur signification, et faire aux nouveaux un apanage aux dépens des anciens; 2o que, selon les époques où ils ont passé dans notre langue, les mots latins ont subi l’empire d’une loi différente. De spatium, spongium, spiritus, le moyen âge avait fait les substantifs espace, esponge, esprit (l’s ne sonnant point); plus tard, après la perte de la tradition primitive, et sous l’influence du pédantisme de la renaissance, on créa les adjectifs spacieux, spongieux, spirituel, qui serrent de plus près la forme latine. Au lieu de spirituel, le moyen âge disait espiritable.

On peut à ce signe reconnaître tout d’abord si tel mot français est antérieur ou postérieur à la renaissance, car le moyen âge n’en avait pas un seul qui commençât par deux consonnes consécutives[77].

SE JOUER, sans complément, pour jouer:

On n’est point capable de se jouer longtemps, lorsqu’on a dans l’esprit une passion aussi sérieuse.....

(Comtesse d’Esc. 1.)

On disait, avec ou sans la forme réfléchie, jouer, ou se jouer, comme combattre, ou se combattre; fuir, dormir, dîner, mourir, ou se fuir, se dormir, se dîner, se mourir.

(Voyez ARRÊTER.)

SE METTRE SUR L’HOMME D’IMPORTANCE, sur le ton ou sur le pied d’homme d’importance:

Je veux me mettre un peu sur l’homme d’importance,
Et jouir quelque temps de votre impatience.
(Mélicerte. I. 3.)

SE... NOUS, corrélatifs:

Se dépouiller entre les mains d’un homme qui ne nous touche de rien.

(Am. méd. I. 5.)

SECOURS, au singulier, les auxiliaires:

Ah, tête! ah, ventre! que ne le trouvé-je tout à l’heure avec tout son secours! que ne paroît-il à mes yeux au milieu de trente personnes!

(Scapin. II. 9.)

SEMBLANT DE RIEN (FAIRE, NE PAS FAIRE). Voyez à la fin de l’article PAS.

SEMBLER DE (un infinitif):

Quand il m’a dit ces mots, il m’a semblé d’entendre:
Va-t’en vite chercher un licou pour te pendre.
(Dép. am. V. 1.)

Pourquoi cette préposition? Commencer de est, par euphonie, pour commencer à, afin d’éviter quelque hiatus; mais sembler se construit avec un second verbe, sans préposition intermédiaire.

Cependant c’est encore la raison d’euphonie qui lui a donné celle-ci; ou, pour mieux dire, il n’y a pas réellement de préposition: il n’y a qu’un d euphonique, vestige de la prononciation primitive. Ce d ou t final armait autrefois toutes les terminaisons en é, soit des substantifs, soit du participe, comme on peut s’en convaincre en jetant les yeux sur les plus anciens monuments de notre langue. «J’ai peched à lui seul,» qu’on lit dans saint Bernard, est comme «il m’a sembled entendre.»

Que l’oreille ait ensuite causé l’erreur de la main, et qu’on ait écrit: il me semble de voir, d’entendre, c’est ce qui est arrivé mainte autre fois. Par exemple, lorsqu’on a mis: Il y en a d’aucuns, pour il y en ad aucuns;—Ma tante pour mat ante; Ante, d’amita, conservé dans l’anglais aunt.

(Voyez D euphonique.)

SEMENCES, figurément, principes; SEMENCES D’HONNEUR:

Isabelle pourroit perdre dans ces hantises
Les semences d’honneur qu’avec nous elle a prises.
(Éc. des mar. I. 4.)

SEMONDRE, exhorter par un sermon, un avis:

De peur que cet objet qui le rend hypocondre
A faire un vilain coup ne me l’allât semondre.
(L’Ét. II. 3.)

M. Auger dérive semondre de submonere, à tort, selon moi. Il a pris cette étymologie dans Nicot, où il aurait fallu la laisser cachée.

La racine de semondre me paraît être sermo; semondre serait alors une forme primitive de sermonner. L’r s’éteignait dans la prononciation, pour éviter deux consonnes consécutives: sermonner, semoner, semonre, enfin semondre, avec un d euphonique, comme dans pondre tiré de ponere, dans moudre, de molere (moul(d)re). Si l’on veut que semondre vienne de monere, il faudra expliquer d’où vient la syllabe initiale se. On ne peut admettre qu’elle représente le latin sub; il n’y en aurait pas d’autre exemple.

On trouve dans Nicot SEMONNEUR, vocator, monitor; n’est-ce pas le même mot que SERMONNEUR? Celui qui fait des sermons et celui qui donne des semonces, n’est-ce pas tout un?

Nous doutons, et nous soumettons nos doutes aux doctes capables de les dissiper.

S’EN RETOURNER, avec la tmèse de en:

Et, dès devant l’aurore,
Vous vous en êtes retourné.
(Amph. II. 2.)

(Voyez EN construit avec un verbe, p. 150.)

SENS, au pluriel; le sens, la signification:

Et les sens imparfaits de cet écrit funeste
Pour s’expliquer à moi n’ont pas besoin du reste.
(D. Garcie. II. 4.)

Les sens imparfaits d’un écrit funeste qui n’ont pas besoin du reste pour s’expliquer, c’est là sans doute ce que la Bruyère appelait du jargon, et il n’y a pas moyen d’y contredire. Hormis quelques fragments, comme la scène de jalousie du IVe acte, cette malheureuse pièce de Don Garcie est entièrement de ce style. Molière, pour cette fois, était sorti de son domaine habituel, la vérité, et il ne pouvait pas mettre un style vrai sur un sujet faux et romanesque.

SENSIBLE, clair, intelligible, qui tombe sous le sens:

Mon malheur m’est visible,
Et mon amour en vain voudroit me l’obscurcir;
Mais le détail encor ne m’en est pas sensible.
(Amph. II. 2.)

SENTIMENTS OUVERTS; PARLER A SENTIMENTS OUVERTS:

Et je crois, à parler à sentiments ouverts,
Que nous ne nous en devons guères.
(Amph. prol.)

SENTIR, construit avec un pronom possessif, suivi d’un substantif; SENTIR SON BIEN:

A l’heure que je parle, un jeune Égyptien,
Qui n’est pas noir pourtant et sent assez son bien,
Arrive, accompagné d’une vieille fort hâve.
(L’Ét. IV. 9.)

Bien, dans cette locution, signifie bonne extraction; sentir son bien né, son homme bien né:

SENTIR SON VIEILLARD, SON HOMME QUI...:

Cela sent son vieillard qui, pour en faire accroire,
Cache ses cheveux blancs d’une perruque noire.
(Éc. des mar. I. 1.)

Votre conseil sent son homme qui a envie de se défaire de sa marchandise.

(Am. méd. I. 1.)

«Mon languaige françois est altéré, et en la prononciation et ailleurs, par la barbarie de mon creu. Je ne veis jamais homme des contrées de deçà qui ne sentist bien evidemment son ramage, et qui ne bleceast les aureilles pures françoises.»

(Montaigne. II. 17.)

«Il y a trop de somptuosité à votre habit: cela ne sent pas sa criminelle assez repentante.»

(La Fontaine. Psyché. II.)

«Cybèle est vieille, Junon de mauvaise humeur; Cérès sent sa divinité de province, et n’a nullement l’air de cour.»

(Id. Ibid.)

SENTIR LE BATON, impersonnel:

C’est qu’il sent le bâton du côté que voilà.
(Dép. am. V. 4.)

SENTIR (SE), avoir la conscience de son être:

Petit serpent que j’ai réchauffé dans mon sein,
Et qui dès qu’il se sent, par une humeur ingrate,
Cherche à faire du mal à celui qui le flatte!
(Éc. des fem. V. 4.)

SERRER, verbe actif, en parlant d’une maladie, peste, fièvre, etc:

Que la fièvre quartaine puisse serrer bien fort le bourreau de tailleur!

(B. gent. II. 7.)

(Voyez FIÈVRE.)

SERVIR SUR TABLE:

GALOPIN. Madame, on a servi sur table.

(Crit. de l’Éc. des fem. 8.)

C’était l’expression consacrée:

«Ainsi dit Gilotin, et ce ministre sage
«Sur table au même instant fait servir le potage.»
(Boileau. Le Lutrin.)

SERVIR DE QUELQUE CHOSE:

Et voilà de quoi sert un sage directeur.
(Éc. des fem. III. 1.)
L’un fait beaucoup de bruit qui ne lui sert de guères.
(Ibid. I. 1.)

—Dans cette façon de parler, NE SERVIR DE RIEN, on usait d’une inversion au participe passé:

Tout cela n’a de rien servi.

(Préf. de Tartufe et 2e Placet au roi.)

SES, pluriel, précédant deux substantifs au singulier:

Chacun, à ses péril et fortune, peut croire tout ce qu’il lui plaît.

(Mal. im. III. 3.)

Cette façon de parler est tout à fait conforme à l’ancienne langue. Aussi je ne crois pas que la vraie locution soit: à ses risques et périls, mais à ses risque et péril, au singulier.

SEUL, faisant pléonasme avec ne que:

Notre sort ne dépend que de sa seule tête.
(Éc. des fem. III. 1.)
Mais j’entends que la mienne
Vive à ma fantaisie, et non pas à la sienne;
Que d’une serge honnête elle ait son vêtement,
Et ne porte le noir qu’aux bons jours seulement.
(Éc. des mar. I. 2.)
Ce n’est qu’après moi seul que son âme respire.
(Ibid. II. 14.)
Et je n’ai seulement qu’à vous dire deux mots.
(Tart. III. 2.)

Ce n’est que la seule considération que j’ai pour monsieur votre père.

(Pourc. III. 9.)
Ce n’est qu’à l’esprit seul que vont tous les transports.
(Fem. sav. IV. 2.)

Ce tour, qu’on appellerait aujourd’hui un pléonasme, est très-familier aux écrivains du XVIIe siècle:

«Le roi son mari lui a donné jusqu’à la mort ce bel éloge, qu’il n’y avoit que le seul point de la religion où leurs cœurs fussent désunis.»

(Bossuet. Or. f. de la r. d’A.)

SI, pris substantivement; UN SI, une condition:

Ces protestations ne coûtent pas grand’chose,
Alors qu’à leur effet un pareil si s’oppose.
(Dép. am. II. 2.)
«Je te la rends dans peu, dit Satan, favorable;
Mais par tel si, qu’au lieu qu’on obéit au diable
Quand il a fait ce plaisir-là,
A tes commandements le diable obéira.»
(La Fontaine. La Chose impossible.)

Cette locution est très-fréquente dans les poëtes du XIIIe siècle: Le comte de Forest, le fanfaron Lisiard, se vante de faire en moins de huit jours la conquête de la belle Euriant, à condition qu’elle ne sera de rien prévenue:

«Et par si qu’on ne li voist dire.»
(Gibert de Montreuil. La Violette. p. 17.)

Par tel si qu’on n’aille le lui dire, la mettre sur ses gardes.

Il est très-important d’observer que nos pères avaient se et si; se exprimait seul un sens dubitatif, et venait du latin si; au contraire, si n’était jamais dubitatif, aussi venait-il de sic. Cette distinction est essentielle pour l’intelligence de certains archaïsmes.

Plus loin, Lisiard propose à Gérard un défi; Gérard l’accepte, mais en dicte les conditions, et les soumet à la demoiselle affligée qu’il s’agit de venger:

«Et par si soit fait li recors,
S’il me puet ocire et conquerre,
Que vous et toute vostre terre
Serez à son comandement;
Et se je le conquiers, ensement.»
(La Violette. p. 84.)

«Et soit fait notre accord par tel si, que s’il me peut tuer et conquérir, vous lui appartiendrez avec toute votre terre; et de même, si c’est moi qui le conquiers.»

SI (sic), toutefois; ET SI, et pourtant, et encore:

J’ai la tête plus grosse que le poing, et si elle n’est pas enflée.

(B. gent. III. 5.)

SI FAUT-IL, encore faut-il:

MORON. Si faut-il tenter toute chose, et éprouver si son âme est entièrement insensible.

(Pr. d’Él. III. 5.)

Si faut-il bien pourtant trouver quelque moyen.... pour attraper notre brutal.

(Sicilien. 5.)
«On m’a pourvu d’un cœur peu content de soi-même,
«Inquiet, et fécond en nouvelles amours:
«Il aime à s’engager, mais non pas pour toujours;
«Si faut-il une fois brûler d’un feu durable.»
(La Font. Elég. III.)

SI... COMME (sic ut):

Je vous félicite, vous, d’avoir une femme si belle, si sage, si bien faite, comme elle est.

(Méd. m. lui. II. 4.)

Sic pulchra ut est.

Comme, dans l’origine, était le complément naturel de si, aussi, tant.

«Li reis jurad: Si veirement cume Deus vit, David ne murrad.»

(Rois. p. 74.)

«Ki, entre tute ta gent, est si fidel cume David vostre gendre est?»

(Ibid. p. 87.)

Ou sans séparation, sicume (italien, siccome):

«E fud a curt sicume il out ested devant.»

(Rois. p. 74.)

Comme se construisait de même avec tel:

«Deus te face tel merci cume tu m’as mustred ici.»

(Ibid. p. 95.)

«Vous voulez vous guérir de l’infidélité, et vous en demandez les remèdes? Apprenez-les de ceux qui ont été tels comme vous

(Pascal. Pensées. p. 272.)

Comme suppléait que, au grand avantage de l’euphonie:

«Peut-être que tu mens aussi bien comme lui.»
(Corneille. Le Menteur. IV. 7.)
«Qu’il fasse autant pour soi comme je fais pour lui.»
(Id. Polyeucte. III. 3.)

Sur quoi Voltaire dit: «Ce vers est un solécisme; on dit autant que, et non pas autant comme.» Mais pourquoi pas? L’usage? Il était du temps de Corneille en faveur d’autant comme. La logique? C’est un pur latinisme. Les Latins faisaient donc aussi un solécisme, de dire:

Haud ita vitam agerent ut nunc plerumque videmus?
(Lucrèce. III.)

Il est fâcheux que Voltaire ait appuyé une réforme sans motif, qui appauvrit la langue, surtout celle des poëtes, et envieillit les écrivains faits pour rester modèles. J’ai dit que l’emploi de comme relatif avait jadis pour soi l’autorité de l’usage; voici en preuve quelques exemples:

Marot demandant une haquenée à François Ier:

«Savez comment Marot l’acceptera?
«D’aussi bon cueur comme la sienne il donne
«Au fin premier qui la demandera.»
«Ma foi seule, aussi pure et belle
«Comme le sujet en est beau.....»
«Il n’est rien de si beau comme Calixte est belle.»
(Malherbe.)
«Tant qu’a duré la guerre, on m’a vu constamment
«Aussi bon citoyen comme parfait amant.»
(Corneille. Horace.)

Mais tout à coup cette façon de parler a déplu aux grammairiens-jurés de la fin du XVIIe siècle: ils l’ont réprouvée d’un commun accord. Ménage donne pour raison qu’«elle n’est pas naturelle.» (Obs. p. 348.) La nature est ici invoquée bien à propos! Mais est-il prouvé que ce mot que soit plus rapproché de la nature que le mot comme? Est-il sûr que l’usage consacré par une longue suite de siècles, appuyé sur la logique, sur l’étymologie, et fortifié par l’exemple des meilleurs écrivains, doive céder au caprice de trois ou quatre pédants sans autorité que celle qu’ils s’arrogent avec insolence? Cela n’est pas naturel non plus, et pourtant, hélas! cela se voit tous les jours.

Comme, à la place de que, est un archaïsme qui a de la grâce et de la naïveté:

«Catin veut espouser Martin;
«C’est une très-fine femelle!
«Martin ne veut pas de Catin:
«Je le trouve aussi fin comme elle.»
(Marot.)

SI dubitatif (si),... ET QUE...:

S’il ne vous suffit pas de toute l’assurance
Que vous peuvent donner mon cœur et ma puissance,
Et que de votre esprit les ombrages puissants
Forcent mon innocence à convaincre vos sens...
(D. Garcie. IV. 8.)

Ce seroit une chose plaisante si les malades guérissoient, et qu’on m’en vînt remercier!

(D. Juan. III. 1.)

«Si Babylone eût pu croire qu’elle eût été périssable comme toutes les choses humaines, et que une confiance insensée ne l’eût pas jetée dans l’aveuglement.....»

(Bossuet. Hist. un. IIIe p.)

SI, répondant au latin an, utrum:

Et je suis en suspens si, pour me l’acquérir,
Aux extrêmes moyens je ne dois point courir.
(L’Ét. III. 2.)

Je suis dans l’incertitude si je dois me battre avec mon homme, ou bien le faire assassiner.

(Sicilien. 13.)

SI C’ÉTAIT QUE:

Et si c’étoit qu’à moi la chose pût tenir...
(Mis. IV. 1.)

SI (un adjectif) QUE DE (adeò... ut...); tant ou tellement... que de...:

Et j’ai eu un aïeul, Bertrand de Sotenville, qui fut si considéré en son temps que d’avoir permission de vendre tout son bien pour le voyage d’outre-mer.

(G. D. I. 5.)

S’il étoit si hardi que de me déclarer son amour, il perdroit pour jamais ma présence et mon estime.

(Am. magn. II. 3.)

Ouais! je ne croyois pas que ma fille fût si habile que de chanter ainsi à livre ouvert.

(Mal. im. II. 6.)

«Celui-ci le paya d’ingratitude, et fut si méchant que d’oser souiller le lit de son bienfaiteur.»

(La Font. Vie d’Ésope.)

SIÈCLE D’AUJOURD’HUI (AU):

C’est une chose rare au siècle d’aujourd’hui.
(Mis. IV. 1.)

SINGULIER; SINGULIER A, particulier à:

Cette fermeté d’âme, à vous si singulière.
(Fem. sav. V. 1.)

«On dit d’une chose qu’elle est particulière à quelqu’un, mais non pas qu’elle lui est singulière.» (M. Auger.)

Et pourquoi ne le dirait-on pas? On dit bien singulier, sans complément, pour particulier. M. Auger n’a rien repris à ces vers:

Et je ne veux aussi, pour grâce singulière,
Que montrer à vos yeux mon âme tout entière.
(Tart. III. 3.)

Grâce singulière est pourtant bien là pour grâce particulière. Si on laisse au mot singulier le sens de singularis dans un cas, pourquoi ne pas le lui laisser dans l’autre? Pourquoi le permettre sans complément et le défendre, avec un complément?

En général, on critique beaucoup trop par cette formule: cela ne se dit pas. Ce qu’il faut montrer, c’est que cela ne doit pas, ne peut pas se dire, surtout quand cela a été dit par des gens comme Molière, Pascal ou Bossuet.

SINGULIER (verbe au) après un nombre pluriel:

Quatre ou cinq mille écus est un denier considérable.

(Pourc. III. 9.)
Et deux ans, dans le sexe, est une grande avance.
(Mélicerte. I. 4.)

(Voyez C’EST ou EST en accord avec un pluriel, et CE SONT.)

SI PEU QUE DE (un infinitif):

Vous êtes-vous mis dans la tête qu’un homme de soixante-trois ans.... considère si peu sa fille que de la marier avec un homme qui a ce que vous savez?

(Pourc. II. 7.)

(Voyez SI (un adjectif) QUE DE, p. 375.)

SIQUENILLES (sic dans l’édition originale; Ribou, 1669), souquenilles:

Quitterons-nous nos siquenilles, monsieur?

(L’Av. III. 2.)

SITUÉ; AME BIEN SITUÉE:

Non, non, il n’est point d’âme un peu bien située
Qui veuille d’une estime ainsi prostituée.
(Mis. I. 1.)

L’expression est insolite; cependant nous disons chaque jour, avec l’autorité de l’usage: Avoir le cœur bien placé. C’est la même figure.

SŒURS D’INFORTUNE, comme frères d’armes:

Nous nous voyons sœurs d’infortune.
(Psyché. I. 1.)

SOI, où l’usage moderne emploie lui, elle, eux:

Bien que de vous mon cœur ne prenne point de loi,
Et ne doive en ces lieux aucun compte qu’à soi...
(D. Garcie. II. 5.)
C’est une fille à nous, que, sous un don de foi,
Un Valère a séduite et fait entrer chez soi.
(Éc. des mar. III. 5.)

Apud se, et non apud illum.

Agnès, dit Horace,