Malaisance.—Difficulté d’avoir les choses.
2, Remaschois.—Au figuré, remâcher, c’est repasser à diverses reprises dans son esprit.
2, Mot.—Les éd. ant. aj.: et tres veritable.—Cet ancien, c’est Sénèque, Epist. 4.
5, Preparez.—Sénèque, Epist. 4.
6, Fruition.—Jouissance; mot forgé, par Montaigne, du latin frui, jouir.
9, Estroict.—Les éd. ant. port.: ferme.
15, Parens.—Danaé, fille d’Acrisius, roi d’Argos (Grèce), fut enfermée dans une tour d’airain par son père, auquel l’oracle avait prédit qu’il serait tué par l’enfant qui naîtrait d’elle. Jupiter pénétra dans cette tour sous forme d’une pluie d’or (la toute-puissance de l’argent a été connue de tous temps), et séduisit Danaé. De cette union naquit Persée, qui plus tard, en effet, fut, par accident, le meurtrier d’Acrisius. Myth.
24, D’autre.—Plutarque, Lycurgue, 11.
28, Sauce.—Dans son poème Les filles de Minée, La Fontaine dit:
34, Morsures.—Plutarque, Pompée, 1.
6, Ancone.—La marche d’Ancône, province de l’Italie centrale, où est le sanctuaire de N.-D. de Lorette en qui l’on croit posséder la Santa Casa ou maison de la S. Vierge et une statue d’elle, en bois de cèdre, sculptée par l’apôtre S. Luc. Cette maison de la Vierge aurait été transportée par les saints Anges de Nazareth à Lorette; à l’encontre de cette tradition un érudit, le chanoine Ulysse Chevalier, a publié en 1906 que, d’après ses études, elle a tout simplement été construite avec les pierres d’une carrière voisine, par des architectes nommés Anges.
7, Sainct Iaques.—S.-Jacques de Compostelle à Santiago en Galice (Espagne), où se trouvait le corps de l’apôtre S. Jacques.
8, Liege.—A Liège (Belgique). Non loin de là se trouvent les eaux de Spa, appelées ici, par Montaigne, les bains d’Aspa.
10, François.—Par application du proverbe: «Nul n’est prophète en son pays.»
12, Autre.—Plutarque, Caton d’Utique, 7.—Caton, qui avait deux enfants d’un mariage antérieur, avait consenti à se séparer de sa femme Martia, dont il n’en avait pas, pour la céder à Hortensius son ami, qui n’en avait pas non plus, ce qui était admis par les mœurs romaines. A la mort d’Hortensius, autant par affection que pour ne pas la laisser dans une position difficile, Caton reprit Martia par un second mariage en règle, toutes choses qu’autorisait à Rome la faculté illimitée du divorce; César néanmoins lui en faisait de vifs reproches dans son Anti-Caton: «S’il avait besoin de femme, disait-il, pourquoi céder la sienne à un autre; et, s’il n’en avait pas besoin, pourquoi la reprendre? Cela ne montre-t-il pas une arrière-pensée: on prêtait une femme pauvre à Hortensius, on espérait la retrouver riche». V. N. II, 586: Ieune Caton.
28, Plus.—La Fontaine disait à une courtisane chez laquelle il était entré un jour par hasard et qui se laissait doucement caresser, sans opposer la moindre résistance à ses désirs: «Je t’en prie, repousse-moi un peu.»
37, Amants.—Tacite, Ann., XIII, 45.—Chez les Lacédémoniens, les filles sortaient en public à visage découvert et les femmes voilées, parce qu’il faut, disaient-ils, que les filles trouvent mari et que les femmes gardent celui qu’elles ont; comme quoi, une même chose peut être envisagée à deux points de vue complètement opposés.
41, Bastions.—Au propre, saillants de fortification; ici, pris au figuré, allusion aux vertugadins, paniers dont les dames faisaient alors usage dans leur toilette, sorte de jupons garnis de cercles de baleine, assez analogues aux crinolines du second empire, soutenant les jupes et rendant les robes bouffantes.
43, Appetit.—Par la difficulté, aj. l’éd. de 88.
8, Desbaucher.—Porter à une gaîté licencieuse.
10, Triompher.—Add. de l’éd. de 88 et de l’ex. de Bord.: de la rigueur.
14, Haissent.—Add. de l’éd. de 88: mortellement.
30, Seruist.—Valère Maxime, II, 1, 4.—Cette assertion est-elle exacte? ce qu’il y a de certain, c’est qu’à Rome les femmes étaient assez libres et le divorce appliqué pour la moindre cause.—Toujours est-il que son introduction en France est loin de confirmer la thèse de Montaigne. Il y a été autorisé en 1884; de 1885 à 1890, la moyenne annuelle des demandes a été de 9.300, suivant d’année en année une progression ascendante constante. En 1901, 10.500 instances ont été introduites se répartissant à peu près également entre gens ayant des enfants et gens n’en ayant pas, 9.000 ont été accordées, à quoi il convient d’ajouter plus de 2.000 séparations de corps. En 1904, il y en a eu 9.860 prononcés en dehors des séparations de corps; en 1905, 10.019.—Il est à observer que les divorces pour cause d’adultère sont presque en nombre double pour adultère de la femme, que pour cette même faute commise par l’homme; ce n’est pas que celui-ci soit plus respectueux de la foi conjugale, mais outre que dans son cas il n’y a pas risque d’un enfant pouvant en résulter, cela tient encore à ce que pour des raisons diverses la femme supporte plus facilement d’être trompée et aussi qu’elle est plus facile à l’être. Et aujourd’hui que le divorce est passé dans les mœurs, l’idée gagne de l’affranchir des fictions judiciaires qui en restreignent l’obtention: les motifs légaux n’existant pas, on les suppose, on va jusqu’à en créer les apparences de commun accord; d’où la tendance à l’admettre par consentement mutuel, et même sur la volonté d’un seul avec conditions de délai; il y a bien la question des enfants, mais n’a-t-on pas déjà passé outre! C’est là le seul point intéressant; et à l’encontre de ce qui se pratique, il semble qu’il vaudrait mieux pour eux, quel que soit le motif du divorce, au lieu d’être attribués à l’un, sous réserve de certains droits concédés à l’autre, que celui auquel ils sont laissés, les ait sans restriction ni obligation vis-à-vis de la partie adverse; les obtiendrait celui en faveur duquel le divorce serait prononcé dans les cas d’indignité, d’inconduite, de sévices et injures graves; celui contre lequel la demande en divorce aurait été introduite dans le cas d’incompatibilité d’humeur quand il sera admis, ce qui avec les idées actuelles ne saurait tarder beaucoup.—Du reste, le mariage lui-même tend à être réduit à sa plus simple expression. On voudrait le rendre aussi facile que possible à contracter, ne le subordonner à aucun consentement autre que celui de ceux qui veulent s’unir; supprimer la puissance maritale, chacun des conjoints ayant mêmes droits, toute liberté et toute indépendance; le régime de la séparation de biens deviendrait la règle unique; l’adultère cessant d’être un délit ne serait plus qu’une cause de divorce, dont l’obtention serait du reste grandement facilitée, si bien que les seules différences qui subsisteraient encore entre le mariage et l’union libre, se réduiraient à la publicité donnée à l’union contractée, l’octroi de la légitimité aux enfants nés pendant sa durée et la possibilité de liquider les intérêts matériels de chacun après sa dissolution.
5, Serpunt.—L’auteur parle ici des Juifs et de leur religion; Montaigne applique son dire à un sujet tout autre.
8, Moyen.—Peut-être; mais l’excès contraire a plus d’inconvénients encore; et, à notre époque, la peine de mort est tellement atténuée, la prison si bénigne à tous ses degrés, la grâce et les réductions de peine sont tellement passées dans les habitudes, que les malfaiteurs, dont le nombre, ainsi que l’audace et la fréquence des méfaits, vont croissant en proportion du besoin de bien-être et de luxe, conséquence des progrès de la civilisation, s’en donnent à cœur joie. La publicité des exécutions n’a plus de raison d’être, n’amenant plus chez le spectateur que cette simple remarque: «Tiens! ce n’est que cela!» En la supprimant, on ferait cette peine un peu plus redoutée; en n’abusant pas du droit de grâce, en n’en usant que lorsqu’il y a des circonstances atténuantes dont il n’a pas été tenu compte, ou qu’un doute peut exister sur la culpabilité, en un mot comme correctif d’une erreur possible du jury; en rendant beaucoup plus pénibles les divers genres d’emprisonnement et réduisant d’autant la durée des condamnations, on modifierait rapidement l’état d’esprit de nombre de criminels qui, actuellement, se disent que ce qui peut leur arriver de pis, c’est de vivre sans rien faire aux dépens de la société, dans des conditions bien moins pénibles que s’il leur fallait gagner leur vie par le travail, ce qui est bon seulement pour les honnêtes gens.—Et pourtant, l’expérience est faite: Pour parer aux recrudescences de crimes à certaines époques contemporaines, les Anglais, qui cependant ont beaucoup plus que nous le respect de la liberté individuelle, n’ont pas hésité à rétablir temporairement des moyens de répression tombés en désuétude: le «Treadmill» où le condamné est mis automatiquement dans l’obligation de coopérer, à l’aide des mains et des pieds, à faire tourner une roue; le Cat (le chat à neuf queues) qui consiste à infliger matin et soir, pendant un nombre de jours déterminé, un certain nombre de coups de fouet; ces procédés depuis mis de côté, sans cesser d’être légaux pour le cas où le besoin s’en ferait de nouveau sentir, eurent vite raison de ces associations de bandits qui terrorisaient Londres en étranglant les passants, etc., tout comme nos apaches parisiens en agissent actuellement avec le couteau et le revolver. Mais, chez nous, gouvernants et législateurs ont plus souci de jouir de la situation à laquelle ils sont arrivés, d’assurer leur réélection pour continuer à vivre aux dépens de la chose publique, que de satisfaire à leurs devoirs essentiels, faire régner la liberté et refréner la licence, favoriser le bien, poursuivre et punir le mal; assoiffés de popularité, imbus par calcul d’idées soi-disant humanitaires, leurs actes démentent leurs paroles, leurs sympathies vont de fait aux scélérats bien plus qu’à leurs victimes.
9, Argippées.—Hérodote, IV, 23, dit qu’il ne les connaît que par ouï-dire; qu’ils sont chauves, ont le nez aplati et ne se nourrissent que de fruits et de lait. Chacun habite sous un arbre que, l’hiver, il recouvre d’une étoffe de laine blanche, qu’il a soin d’ôter l’été. Personne ne les insulte, ils n’ont pas d’armes et sont considérés comme sacrés.
19, Violence.—C.-à-d. peut-être la facilité qu’on a d’entrer dans ma maison, contribue-t-elle à la mettre à l’abri de la violence.
32, Frontieres.—Ce n’est pas en effet des places frontières qui sont à construire. La défense des frontières d’un état est le propre des armées elles-mêmes; les fortifications ne devraient être employées que pour couvrir certains points en nombre très restreint, particulièrement importants en vue de l’offensive beaucoup plus qu’en vue de la défensive, ceux où sont nos approvisionnements, et aussi les grandes agglomérations plus particulièrement menacées dont il importe, en raison des ressources qu’elles présentent, de ne pas laisser l’ennemi s’emparer dès le début sans coup férir. Les murailles de Chine n’ont jamais dans le passé satisfait à ce qu’on en attendait, et y satisferont moins encore dans l’avenir, étant donnés les moyens actuellement mis en œuvre, au nombre desquels il faut compter l’envahissement du territoire de l’adversaire sans déclaration de guerre préalable. Vauban, qui à l’époque de Louis XIV avait organisé la défense de nos frontières sous l’empire de ces idées, reconnut, sur la fin de sa vie, cette erreur, qu’après 1870 ses élèves, héritiers de sa science mais non de son génie, ont commise à nouveau, nous amenant à fortifier, une fois encore, outre mesure notre frontière de l’Est au lieu de renforcer ses effectifs dans toute la limite du possible, avec ceux qui, pour des raisons de clocher, demeurent disséminés dans le reste de la France où ils n’ont que faire. S’il en eût été ainsi, Nancy, bien que sans fortifications, serait à l’abri d’un coup de main; et, ayant ces troupes stationnées ailleurs, on n’aurait pas été tenté de les employer abusivement à des œuvres de police, pour lesquelles l’armée n’est point faite, qui la discréditent, où se perd la notion du devoir, auxquelles la nécessité fait que la masse se prête à contre-cœur, non sans que cependant se produisent quelques rares protestations, qui honorent leurs auteurs, mais ruinent leur carrière.
36, Riches.—Pauvres et riches s’intéressent au pillage que promet une incursion sur un territoire étranger; les riches seuls le sont à s’en défendre sur leur propre territoire.
37, Faitte.—Le père de Montaigne avait, en 1554, réédifié sa maison, en la fortifiant selon les habitudes et les nécessités de l’époque; Montaigne nous fait connaître ici que lui-même ne jugea pas à propos de tirer parti de ces dispositions défensives. Cette maison demeura telle jusqu’en 1859, où ses descendants s’en défirent. Déjà en partie transformée par les changements que les acquéreurs y avaient apportés, elle devint la proie des flammes en 1885, à l’exception de la grosse tour et de quelques communs qui furent épargnés; elle a été reconstruite depuis, mais sur un plan notablement différent: seules la tour et la pièce constituant la bibliothèque de Montaigne qu’il décrit III, 156, ont été maintenues dans leur état primitif.
2, Defortifié.—Henri IV et surtout Richelieu firent en effet démanteler quantité de ces forteresses particulières.
3, Dangereux.—Regrettable, triste, fâcheux.
6, Infiables.—Suspectes.
12, Improuidence.—Votre défaut de vigilance et de prévoyance à pourvoir à votre sûreté.—Montaigne affectionne ces mots négatifs formés avec un préfixe (dé, il, im, in, ir, suivant le cas), et les forge fréquemment quand ils n’existent pas.
29, Enregistrable.—La maison de Montaigne, épargnée jusque-là, finit par être pillée.
29, Ans.—Ces troubles avaient commencé en 1560.
19, Hominibus.—Dans l’Évangile de S. Luc, d’où cette citation est tirée, la phrase est complétée par ces mots: bonæ voluntatis (aux hommes de bonne volonté).
23, Diogenes.—Cicéron, De Fin., III, 17.
32, Loüanges.—«L’art de louer commença l’art de plaire.» Voltaire.
36, Fleurisse.—Traduction d’un vers d’Homère, que Cicéron a également traduit, De Fin., V, 18.
39, Acquerir.—Cicéron, De Fin., III, 17.
5, Cache ta vie.—Ce précepte, dû à Nicoclès frère d’Épicure, devint un des principes fondamentaux de l’école. Dans un de ses traités, intitulé: Si ce mot commun «cache ta vie» est bien dit? Plutarque s’élève avec force contre cette maxime qu’il considère comme destructive de tous intérêts sociaux, en détournant de se mêler des affaires publiques, dont le tracas est incompatible avec la tranquillité; elle est plutôt à entendre comme signifiant qu’exposés à l’envie comme nous le sommes, il est prudent de cacher ses avantages pour pouvoir en jouir à l’aise.
8, Celuy.—Épicure.
23, Hermachus.—Cette lettre d’Épicure est dans Cicéron, De Fin., II, 30, qui dit Hermarchus; Diogène Laerce, X, 22, la donne comme adressée à Idoménée, autre disciple de ce philosophe.
1, Metrodorus.—Cicéron, De Fin., II, 31.
2, Desirable.—Cicéron, De Fin., III, 17, attribue cette doctrine aux Stoïciens, et ajoute qu’ils ne l’ont admise que parce que, sur ce point, ils n’ont pu répondre à Carnéade.—Carnéade, député à Rome par ses concitoyens, s’y était fait remarquer par son éloquence; mais une fois, ayant parlé au Sénat avec un égal talent pour et contre une même question, Caton fit décider de renvoyer au plus tôt un sophiste aussi dangereux.
8, Fuyr.—Aristote, Morale à Nicomède.
10, Subiect.—Ce traité de Cicéron sur la gloire est aujourd’hui perdu; Pétrarque semble l’avoir possédé. C. de M.
13, Suitte.—Marcellus avait élevé un temple à la Vertu, un autre à l’Honneur, et il fallait passer par le premier pour arriver au second, symbolisant ainsi que la vertu est le principe même de l’honneur.
18, Philosophe.—Montaigne, dont les critiques à l’égard de Cicéron sont jusqu’ici pour la plupart justifiées, en arrive à l’exagération et à l’injustice. Cicéron aimait passionnément la gloire, comme il aimait la justice et aussi la liberté à laquelle il a fait le sacrifice de sa vie. Il n’a pas dit que la gloire fût préférable à la vertu: «Si la vertu, lit-on dans son Discours pour Milon, pouvait envisager un prix, le plus haut de tous serait la gloire; elle seule nous console de la brièveté de la vie par les longs ressouvenirs de la postérité; elle nous rend présent où nous ne sommes point, elle nous fait vivre même après la mort.»
26, Toy.—Cicéron, De Fin., II, 18.
31, Richesses.—Plotius avait légué toute sa fortune à Peduceus, à l’insu de sa veuve, à laquelle celui-ci la restitua. Cicéron, De Fin., II, 18.
34, Cicero.—De Fin., II, 18.—Un nommé Fadius Gallus, homme extrêmement riche, pour éluder une loi qui limitait ce dont pouvaient hériter les femmes, avait institué comme son légataire S. Rufus, mais en le priant de transporter tout son héritage à sa fille Fadia. S. Rufus nia cette clause, et, se retranchant derrière la loi, se borna à abandonner à Fadia ce à quoi elle avait légalement droit.
36, Hortensius.—Quelques intrigants avaient apporté de Grèce à Rome un faux testament d’un nommé Minucius Balbus, homme fort riche. Afin de recueillir plus facilement la succession, ils s’étaient donné pour cohéritiers Crassus et Hortensius, deux des hommes les plus puissants de l’époque. Ceux-ci soupçonnaient bien la fausseté de l’acte, mais ils n’y avaient pas trempé et ils ne se refusèrent pas à profiter du crime d’autrui. Cicéron, De off., III, 18.
16, Vouloit.—«La gloire suit la vertu, comme l’ombre suit le corps.» Cicéron.
4, Blessé.—L’éd. de 88 aj.: mais d’Hannibal ie sçay bien qu’on le dit, et de Scanderberg.—Alexandre l’a été maintes et maintes fois (V. N. I, 486), parfois assez grièvement, notamment au siège de Tyr, et dans son expédition contre les Malliens Oxydraques, peuplade du bassin de l’Indus. Napoléon l’a été une fois à la cuisse au siège de Toulon, une autre fois au talon à Ratisbonne, chaque fois sans gravité.—Une blessure à la guerre ne prouve généralement pas grand’chose, sinon qu’on y était, surtout actuellement avec la longue portée des armes; bien rares sont celles reçues dans l’accomplissement d’un fait méritant une mention personnelle. Napoléon, à Waterloo, avait un guide pris sur place, suivant son habitude, les cartes n’indiquant que d’une façon générale et sommaire les mouvements de terrain; ce guide, lié sur son cheval, faisait mauvaise figure aux balles et aux boulets, il s’agitait sur sa selle, détournait la tête, se courbait sur l’encolure de sa monture, si bien que l’empereur lui dit à un moment: «Mais, mon ami, ne remuez pas tant; un coup de fusil vous tuera aussi bien par derrière que par devant et vous fera une plus vilaine blessure.» H. Houssaye. Dans ma jeunesse, un de mes camarades, fort brave du reste, qui depuis a été tué en 1870 à Frœschviller, et qui avait fait ses premières armes en Crimée où il avait été blessé deux fois et avait été décoré de la médaille militaire, nous contait, en toute franchise, que sa première blessure, il l’avait reçue alors que derrière une haie il mettait culotte bas, et la seconde, alors que surpris par les Russes dans une embuscade il fuyait à toutes jambes; pas plus dans un cas que dans l’autre, il ne faisait face à l’ennemi.
40, Faire.—C’est-à-dire la satisfaction du devoir accompli. Mais l’homme est homme; et, outre qu’il y en a peu qui n’aient besoin d’être encouragés dans la voie du bien, c’est un impérieux devoir pour ceux auxquels cela incombe, que de rechercher et récompenser ceux qui demeurent ainsi dans l’ombre et de ne pas s’en laisser imposer par ces autres, toujours prêts à se faire valoir, soit en s’exaltant eux-mêmes, soit en recourant à autrui à charge de revanche; les sociétés d’admiration mutuelle sont un des plus grands obstacles que le vrai mérite rencontre sur sa route.
18, Demetrius.—Sénèque, Epist. 91.
1, Timon.—Passage de Sénèque, Epist. 85, que Montaigne paraphrase.
7, Absence.—Tite-Live, XLIV, 22.—En 168.—«N’ajoutez foi, dit en substance Paul-Émile au peuple romain, qu’à ce que je vous écrirai; n’accréditez pas, par votre crédulité, des rumeurs vaines et sans fondement. Il y a des gens qui s’érigent en maîtres, critiquent tout ce qui n’est pas conforme à leur manière de voir; cette habitude est funeste. Je ne me crois pas infaillible, mais c’est de ceux qui ont de l’expérience, qui sont sur les lieux et connaissent la situation, que je prends avis. Si donc il est quelqu’un parmi vous qui se croit à même de me donner quelque conseil utile, qu’il vienne avec moi, je le défrayerai de tout; autrement qu’il se taise et sache que les avis de mes compagnons d’armes me suffisent.»—Semblable propos serait également de mise aujourd’hui en France; mais ce n’est pas à un personnage ayant le courage de le tenir que l’on confierait le commandement de nos armées; et en tout cas, si, y étant nommé, il se révélait tel, de semblables exhortations de sa part demeureraient lettre morte, et le premier prétexte venu, le moindre échec sans conséquence, toujours possible, le feraient indubitablement tomber en disgrâce.—Ce discours de Paul-Émile est donné par l’avant-dernier chapitre de Tite-Live qui nous ait été conservé, car nous ne possédons qu’une faible partie de son Histoire qui allait jusqu’à l’ère chrétienne, et ce qui nous en reste s’arrête à l’an 166. Le pape Grégoire, vers la fin du VIe siècle, le jugeant dangereux en raison des fréquents prodiges qu’il rapporte, le comprit dans la proscription des livres profanes qui lui est attribuée et fit brûler tous les manuscrits qu’il en put découvrir.
8, Destourbier.—Trouble, obstacle, empêchement; du latin disturbare, empêcher.
12, Consentement.—Fabius, par sa prudence, s’étant attiré beaucoup de critiques et Minutius, son chef de cavalerie, ayant obtenu quelques légers succès en combattant contre la défense qu’il lui en avait faite, avait vu son autorité répartie entre eux deux, et pour ne pas l’affaiblir avait proposé à son ancien lieutenant de commander à tour de rôle. Celui-ci, pour rester maître de ses actions, avait préféré répartir les troupes entre eux. Peu après, il se faisait battre et n’était sauvé que par Fabius, auquel spontanément il fit amende honorable, en même temps qu’il se replaçait sous ses ordres (217).
34, Main.—Il est ici question de l’anneau de Gygès. Platon, République, II, 3; Cicéron, De Off., III, 9.—Gygès était le favori de Candaule, roi de Lydie (Asie Mineure). Candaule, fier de la beauté de sa femme, la lui fit voir toute nue; celle-ci, outragée, mit Gygès dans l’alternative de périr lui-même ou de tuer le roi; il prit ce dernier parti et épousa la reine et monta lui-même sur le trône (VIIe). Platon fait de Gygès un berger et raconte qu’ayant trouvé dans les flancs d’un cheval d’airain un anneau ou bague merveilleuse qui, en tournant le chaton à l’intérieur de la main, rendait invisible celui qui le portait, il en profita pour séduire la reine et assassiner le roi; et il ajoute que si un tel anneau était en la possession d’un sage, il ne s’en prévaudrait pas pour faire le mal, les honnêtes gens considérant si une chose est honnête et non si elle est ignorée.
17, Herostratus.—Le temple de Diane à Éphèse (Asie Mineure), qu’Érostrate brûla (356), dans le but de s’illustrer par quelque moyen que ce fût, était regardé comme une des sept merveilles du monde. (On désigne communément sous ce nom, sans toutefois que l’accord existe à cet égard: 1o les jardins suspendus et les murs de Babylone; 2o les pyramides d’Égypte; 3o le phare d’Alexandrie; 4o le colosse de Rhodes; 5o le Jupiter Olympien de Phidias; 6o le tombeau de Mausole; 7o le temple d’Éphèse). L’incendie de ce temple eut lieu la nuit même de la naissance d’Alexandre le Grand. Les Éphésiens, pour déjouer les calculs du fou qui en était l’auteur, rendirent un décret qui défendait sous peine de mort de prononcer son nom; c’était le meilleur moyen de les réaliser.—La réflexion que relate Montaigne à son sujet, émane de Valère Maxime, VIII, 14, et non de Trogue-Pompée.
17, Capitolinus.—Tite-Live, VI, 11.—Après la bataille de l’Allia, Manlius, voyant Rome au pouvoir des Gaulois, se jeta dans le Capitole. Cette forteresse elle-même allait tomber aux mains des Barbares qui déjà en escaladaient les murs, lorsque Manlius, éveillé par le cri des oies sacrées que l’on y nourrissait, prit les armes et précipita l’ennemi du haut des murailles, ce qui lui valut le nom de Capitolinus (390). Dans la suite, aspirant à la tyrannie et accusé devant le peuple, il sut se faire absoudre en montrant le Capitole qu’il avait sauvé; mais une autre fois l’assemblée s’étant réunie dans un autre lieu d’où on ne pouvait apercevoir ce théâtre de ses exploits, il fut condamné à être précipité du haut de la roche Tarpéienne (384).
20, Parle.—Nous avons plus de souci qu’on parle de nous, que de la façon dont on en parle.
23, Autruy.—Il semble que pour être connu, il faille en quelque sorte commettre sa vie...
26, Fantastique.—Boileau, dans une de ses épîtres, blâme également cette tendance à trop agir avec la préoccupation de ce que les autres pourront en penser:
1, Surnom.—Ce nom d’Eyquem, que l’auteur qualifie de surnom (mais au XVIe siècle, surnom s’employait souvent comme synonyme de nom), était bel et bien son nom de famille, et il est le premier qui l’ait abandonné.—Son bisaïeul, Ramon Eyquem, habitait le village de Blanquefort en Médoc, à quelques kil. N.-O. de Bordeaux, et avait dans cette dernière ville une maison de commerce de vins, de pastels et de poissons salés, située près du fort du Ha (actuellement le palais de justice), dans l’espace existant entre ce fort et l’église cathédrale de Saint-André. Ce Ramon acheta, en 1478, la maison noble de Montaigne (à environ cinq lieues en aval de Bergerac), dont son arrière-petit-fils prit le nom à l’exclusion du sien, ce qui se faisait et se fait encore communément.—Ce nom d’Eyquem, il est vraisemblable que Montaigne ne l’a supprimé qu’après la mort de son père et après avoir quitté ses fonctions de conseiller, car on trouve encore les deux noms accolés dans le passage du testament de La Boétie où celui-ci lègue ses livres et papiers à M. Michel Ayquem de Montaigne, conseiller, etc.—Ce nom, qui semble venir du flamand Ecke (chêne) et du germain Heim (hameau, habitation), existant en Gascogne et se retrouvant en Angleterre, il est probable que c’est le fait des alliances contractées entre Gascons et Anglais durant les trois siècles pendant lesquels la domination étrangère s’est maintenue dans cette partie du midi de la France.
4, Place.—L’autre nom de Montaigne, c’est Michel, son prénom qui, en effet, pouvait et a dû être attribué à bien d’autres.
6, Fauorir.—Favoriser, donner du relief; du latin favere qui a le même sens; c’est un mot que comme un certain nombre d’autres Montaigne a fait passer de son chef dans notre langue. Favorir l’inanité, c’est favoriser le néant, donner de l’importance à ce qui n’est pas.
7, Inanité.—L’éd. de 88 aj.: quel proufit m’en reuient-il?
9, Violæ.—Montaigne change ici le sens de la citation, où, en outre, il substitue les mots Laudat posteritas à Laudant convivæ.
34, Nous.—Combien peu de Grecs et même de Romains, malgré tant d’écrivains... dont les noms sont parvenus jusqu’à nous!
37, France.—Montaigne ne prévoyait pas les progrès que devait faire l’imprimerie et le développement que prendraient ses moyens de vulgarisation.—Une autre raison du reste qui a fait qu’à rencontre de ses prévisions, le souvenir de ces temps troublés est de ceux de notre histoire qui se sont le moins effacés, c’est qu’un des effets des guerres civiles est de faire que plus qu’en toute autre situation, chacun se montre à découvert, avec ses talents et ses vices prédominants, et que les bouleversements profonds et imprévus qui en résultent, modifient souvent du tout au tout la fortune des individus et parfois aussi celle des classes de la société et des partis qui la divisent. Qui connaîtrait Cromwell, sans la révolution de 1649; Napoléon, sans celle de 1793; Gambetta, sans celle de 1870?—Nonobstant, l’observation de Montaigne est très juste; aujourd’hui les noms d’un beaucoup plus grand nombre reçoivent de la publicité, mais combien éphémère! Bientôt enfouis dans les bibliothèques, ils y dorment du plus profond sommeil, à jamais ignorés tout comme avant, en dépit des efforts, pour de bien rares exceptions, de quelque érudit en mal de réputation pour lui-même; on peut même dire plus: notre époque, avec ses idées utilitaires, plus préoccupée du présent et de l’avenir que ses devancières, en dehors de ceux qui y ont un intérêt direct, se soucie au fond beaucoup moins qu’elles du passé.
38, Muses.—Elles étaient au nombre de neuf, et présidaient: Clio, à l’histoire; Euterpe, à la musique; Thalie, à la comédie; Melpomène, à la tragédie; Terpsichore, à la danse; Erato, à l’élégie; Polymnie, à la poésie lyrique; Uranie, à l’astronomie; et Calliope, à l’éloquence et à la poésie héroïque.
38, Battaille.—Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
8, Faueur.—C’est ce qu’un poète latin a rendu: «Habent sua fata libelli (Les livres ont leur destinée).» Cet aphorisme, après avoir été attribué aux plus célèbres poètes latins, se trouve être d’un des plus obscurs, Terentianus Maurus; il est lui-même un exemple de la vérité de sa réflexion, car on ne cite guère de lui que ce fragment de vers, et encore en le croyant d’un autre (Larousse).—Ceux qui suivent, assez médiocres, du reste, d’un auteur non moins inconnu, expriment cette même idée, en la développant davantage:
12, Assignées.—Rangées.
40, Traian.—Fils d’un soldat de fortune élevé aux honneurs par Vespasien, Trajan se montra lui-même brave et habile. Élevé à l’empire, il refréna les Daces et les Parthes, qui le menaçaient; à l’intérieur, il fit fleurir la justice, cesser les délations, s’environna de capacités de tous genres, allégea les impôts et mérita, au moins par sa vie publique, d’être considéré comme le meilleur des empereurs romains.
40, Neron.—Empereur grâce aux intrigues d’Agrippine sa mère qui l’avait fait adopter par Claude, au détriment de son propre fils, il affecta beaucoup de douceur au début de son règne, mais bientôt se montra cruel et débauché, s’entoura de courtisanes, d’histrions, prit part aux jeux du cirque et finit par se livrer aux pires atrocités, ne reculant devant aucun crime, assassinant successivement Britannicus, sa mère, sa femme; accusé d’un incendie qui consuma la moitié de Rome, il en rejeta l’accusation sur les chrétiens et ouvrit contre eux une ère de persécutions qui fut des plus violentes; fit périr quiconque lui déplaisait ou le gênait, et lui-même, renversé par une conspiration amenée par ses excès, eut à peine le courage de se tuer. Il demeure, dans l’histoire, le type le plus accompli d’un tyran exécrable, d’un monstre de cruauté.
4, Platon.—Lois, XII.
9, Pedagogue.—Platon et Socrate.—La plupart des ouvrages de Platon sont présentés sous forme de dialogues. Le personnage principal expose le fond du sujet; ses auditeurs, par leurs questions et leurs objections, aident à son développement. Dans presque tous, c’est Socrate qui est ce personnage principal; dans les Lois, c’est Platon lui-même qui, par modestie, dissimule sa personnalité sous celle d’un Athénien étranger.
13, Miracles.—Diogène Laerce, Platon, III, 26.
23, Numa.—V. N. II, 252: Numa.
23, Sertorius.—Avait, dans la guerre civile entre Sylla et Marius, embrassé le parti de ce dernier; quand il fut vaincu, Sertorius passa en Espagne (84), s’y rendit indépendant et se maintint tel jusqu’à sa mort. Il avait établi dans son armée un simulacre de Rome: un sénat, des consuls, etc...; il inspirait à ses soldats une confiance aveugle et leur avait persuadé qu’il était en commerce avec les dieux, par l’entremise d’une biche blanche dont il se faisait suivre partout; il fut assassiné par un de ses lieutenants jaloux de sa supériorité.
27, Zoroastre.—V. N. II, 362: Zoroastre.
29, Oromazis.—Principe du bien, comme Ahriman était celui du mal, c’est lui qui avait créé le monde, la lumière, la chaleur, les puissances bienfaisantes; il est constamment en lutte contre l’esprit des ténèbres.
29, Trismegiste.—Trismégiste, législateur des Égyptiens, leur donna des lois au nom de Mercure; cette double élision se reproduit dans les membres de phrase qui suivent.
30, Zamolxis.—V. Lexique.
30, Charondas.—Se perça, dit-on, de son épée, parce qu’il avait enfreint par mégarde une loi qu’il avait portée lui-même, qui défendait de se présenter en armes dans l’assemblée du peuple; à celui qui lui faisant observer qu’il était en défaut en enfreignant sa loi: «Non, dit-il en se tuant, je la confirme.»
31, Minos.—Gouverna avec tant de sagesse, que les poètes en ont fait un des trois juges des enfers avec Rhadamante, son frère, et Éaque, roi d’Égine.
31, Lycurgus.—V. N. II, 220: Lycurgus.
32, Dracon.—Ses lois criminelles étaient si rigoureuses qu’on alla jusqu’à dire qu’elles étaient écrites avec du sang; aussi ne tardèrent-elles pas à tomber en désuétude.
32, Solon.—Un des sept sages de la Grèce; reçut mission vers l’an 593, des Athéniens, de leur donner des lois au lieu et place de celles qu’ils avaient reçues de Dracon; y substitua un code sage, humain; établit en même temps une constitution qui était un mélange habile de démocratie et d’aristocratie, et calma ainsi momentanément les troubles violents dont la ville était l’objet incessant et qui reprirent de plus belle moins de dix ans après, pour aboutir à la tyrannie de Pisistrate.
34, Moïse.—Né en Égypte, où les Hébreux étaient en quelque sorte captifs, Moïse fut exposé dès sa naissance sur le Nil, en vertu des ordres de Pharaon, roi d’Égypte, qui voulait faire périr tous les enfants mâles de cette race; il fut sauvé par la fille même du roi, élevé à la cour et instruit dans les sciences des Égyptiens. Informé de sa naissance, il s’enfuit au désert et reçut, de Dieu, mission de délivrer les Israélites de la servitude; il y parvint (1645), et mourut, les ayant amenés jusque sur les confins de la terre de Judée, et leur ayant donné, dans l’intervalle, les tables de la loi que lui-même avait reçues de Dieu, sur le mont Sinaï. Moïse est l’auteur du Pentateuque, c’est-à-dire des cinq premiers livres de l’Ancien Testament, qui renferment l’histoire sacrée depuis la création du monde jusqu’à l’entrée des Hébreux dans la Terre promise, un code de lois et un recueil de prescriptions religieuses.—Il est à observer que le moyen employé par Moïse pour faire accepter ses lois, est analogue à celui dont ont usé les législateurs dont Montaigne vient de parler: Il s’entretenait seul à seul sur le Sinaï avec Dieu, par des temps d’orage et de brouillard, le peuple étant consigné à distance (Exode, XIX).
35, Bedoins.—L’islamisme.
35, Iouinuille.—Dans ses Mémoires, 58.
6, Escorce.—V. N. I, 62: Tout.
Presumption.—Dans ce chapitre, Montaigne dit d’excellentes choses et donne des détails sur son caractère et la nature de son esprit, sur sa personne, ses écrits, son style, son défaut de mémoire, son ignorance des choses les plus communes, sur son irrésolution qu’il appelle une cicatrice bien mal propre à produire en public.
21, Valeur.—De notre mérite.