«Autrefois, dit-il (p. 33), la prononciation des mots et l’ortografe étoient conformes; la prononciation a changé, elle est devenuë plus douce et plus polie: l’ortografe est presque demeurée dans le même état; il faut donc l’ajuster à la prononciation peu à peu autant qu’il sera possible.»

Et plus loin (p. 55):

«On perfectionne tous les jours les sciences et les ars: pourquoi s’obstine-t-on à ne vouloir pas perfectionner l’ortografe francèse, qui est si nécessaire, si utile et si en usage? Tout le monde reçoit avidement toutes les modes nouvelles de s’abiller, de se meubler, de bâtir, d’agir, quoique mauvaises et embarassantes: pourquoi refuse-t-on de recevoir une nouvelle manière d’écrire plus raisonable et plus avantageuse que la vielle?»

Dans les Règles particulières de l’ortografe francèse, il s’attache au système proposé par Richelet, qu’il appelle le chef des réformateurs de l’ortografe, qui consulte plutôt la prononciation que l’étimologie.

A ce propos, il dit:

«Quant une coutume est mauvaise, pernicieuse, il faut la quitter, quoique cela soit difficile, parce que cette coutume est un abus; c’est là une maxime reçue de tous les omes.»

Il supprime les lettres doubles qu’on ne prononce pas; p. ex.: acabler, épé, aler, arèt.

Les consonnes finales muettes; p. ex.: blan, canar.

Il omet l’e devant l’a; p. ex.: bau, Jan, et o devant eu; p. ex.: euf, euvre.

Il retranche l’r final de tous les noms terminés en er et ier, sauf les verbes et les mots dont l’r final se lie au mot suivant commençant par une voyelle; p. ex.: charbonié, premier ome.

Il supprime à tort le s devant le c; p. ex.: acendant; il abandonne aussi le h étymologique et le trait d’union.

De Wailly. Principes généraux et particuliers de la langue française, avèc les moyéns de simplifier notre orthographe, des remarques sur les lètres, la prononciation, la prosodie, la ponctùation, l’orthographe et un abrégé de la versification française. Paris, 1754, in-12; 7e édit., ibid., J. Barbou, 1773, in-12 de 600 pp. (Souvent réimprimé.)—De l’Orthographe. Paris, 1771, in-12.—L’Orthographe des dames, ou l’orthographe fondée sur la bonne prononciation, démontrée la seule raisonnable, par une société de dames (sans nom d’auteur). Paris, Mérigot le jeune, 1782, in-12 de VIII et 360 pp.

Dans le petit traité anonyme de l’Orthographe des dames, de Wailly embrasse de la manière la plus nette toutes les parties de la réforme. Voici l’analyse de quelques-unes des critiques qu’il adresse à l’écriture de son temps.

«II. Dans un grand nombre de mots, dit-il, on double les consonnes contre l’étymologie et la prononciation

Ex. Candela, chandelle; (scala, échelle; (tutela, tutelle; (particula, parcelle; (crudelis, cruelle; (mortalis, mortelle; (donare, donner, donneur, s’adonner; (nominare, nommer, surnommer, dénommer; (butyrum, beurre; (batuere, battre.

Au contraire, à cause de l’étymologie, on écrit: égale d’(æqualis, capitale de (capitalis, vile de (vilis, subtile de (subtilis, puérile de (puerilis, crédule de (credulus, érysipèle d’(erysipelas, parallèle de (parallelus.

«III. Dans les dérivés de ces mots, on se conforme à l’étymologie et à la prononciation.»

«IV. Le sentiment des grammairiens qui disent que si l’on redouble la consonne, c’est pour avertir que la voyelle précédente est brève, nous paroît faux, inutile, déraisonnable.»

«1o Cette opinion est fausse, puisque nous avons beaucoup de syllabes longues, quoique la voyelle soit suivie d’une double consonne: ex., flamme, manne, condamne, barre, terre, squirre (sic), bataille, raille, baillon (sic), basse, que je donnasse, que je promisse, que je lusse, il cesse, etc.

«2o Elle est inutile, puisque nous avons un très-grand nombre de syllabes brèves, quoique la voyelle ne soit pas suivie d’une consonne redoublée: arabe, syllabe, robe, préface, audace, façade, carafe, rigole, ridicule, capitaine, phénomene, Rome, pape, etc.

«3o Elle est déraisonnable. La réduplication des consonnes auroit dû plutôt servir à allonger les syllabes. C’est ainsi que la réduplication des voyelles étoit autrefois un signe de longueur. On écrivoit aage, beeler, roole; on employoit aussi l’s pour le même usage: asne, feste, épistre, apostre, fluste. On écrit avec l’accent long âge, bêler, rôle, âne, fête, épître, apôtre, flûte. Nous espérons, Messieurs (ajoutent les dames), qu’en faveur de la prononciation et de l’uniformité, vous supprimerez de même une des deux consonnes, puisque la règle qui prescrivoit la réduplication est fausse, inutile, déraisonnable.

«Dans le latin, toute voyelle suivie d’une consonne redoublée est longue: ainsi la syllabe fe, qui est brève dans fero, aufero, devient longue dans ferre, auferre, etc.»

Wailly demande que l’on emploie exclusivement l’accent circonflexe à marquer la longueur des syllabes. On écrirait donc la tête et il tète, la pâte et la pate, occasionel, il occasione, la prune, il débute, il plaît, il paît. Toute voyelle non accentuée du circonflexe serait réputée brève. Il faut lire tout cet excellent chapitre dans l’ouvrage même.

«V. Dans une grande quantité d’autres mots, l’étymologie, OU VRAIE OU PRÉTENDUE, fait employer les lettres en dépit de la prononciation

«VI. La prononciation, à son tour, fait supprimer, malgré l’étymologie, plusieurs lettres d’une autre foule de mots.

«Pour plaire à l’étymologie, on écrivoit autrefois: saoul, saouler, saoulard, abbaisser, abboyer, abbréger; conflict, contract, sainct, défunct; adjouster, advocat, aggrandir, aggréger; eschole, méchanique, patriarchal, paschal, cognoistre, prognostiquer, aultre, aulne, faulcon, poulmon, soulphre, mammelle, convent, asnon, chastiment, espier, estre, chrestien, apostre, etc. On écrivoit aussi aage, beeler, roole, campaigne, gaigner, reigle, vuide, vuider, etc. Aujourd’hui l’Académie et les meilleurs auteurs suivent pour ces mots et une infinité d’autres les lois de la prononciation; ils en ôtent les voyelles et les consonnes qui ne s’y prononcent plus... En un mot, il n’y a pas une lettre dans l’alphabet que l’on n’ait supprimée d’un très-grand nombre de mots, parce qu’on ne les y prononce plus.»

«VII. Dans les mêmes mots, l’étymologie fait conserver une lettre malgré la prononciation, et à son tour la prononciation en fait retrancher une ou plusieurs autres, malgré l’étymologie.»

L’auteur, après avoir établi sa proposition par de nombreuses preuves, demande qu’on écrive d’une manière uniforme: apeler, j’apèle, tu apèles, il apèle, nous apelons, vous apelez, ils apèlent; je jète, etc.; nous prenons, vous prenez, ils prènent; nous tenons, ils tiènent; étincèlemant, chancèlemant, renouvèlemant, démantèlemant, décèlemant, chancelier, chancèlerie, gabeleur, gabèle, etc.

«Pourquoi, après avoir écrit avec une seule r courir, coureur, coureuse, chariage, charier, chariot, etc., en met-on deux dans courrier, courriere, charretée, charrette, charroi, charron, etc.?

«VIII. Après avoir écrit un grand nombre de mots d’une maniere conforme à l’étymologie et à la prononciation, vous en écrivez une très-grande quantité d’autres analogues à ceux-ci d’une maniere contraire à l’étymologie, à la prononciation ou à l’analogie.»

L’auteur appuie cette assertion d’un grand nombre d’exemples et il demande que, selon la raison et l’uniformité, on écrive: èle est cruèle, la dentèle, la voyèle, come, home ou ome, courone, couroner, persone, actioner ou accioner, diccionêre, abandoner, personel, sérure, il poura, alouète, amulète, barète, sote, sotise, etc.

«IX. Sans que la prononciation l’exige, vous écrivez d’une maniere différente des mots dérivés les uns des autres.»

Suivent les exemples: d’un côté, abatage, abatis, abatant; de l’autre, abattement, abatteur, abattre, abattures, etc.

«X. Vous orthographiez d’autres mots de la même façon, quoique la prononciation exige qu’ils soient écrits différemment.»

Je citerai entre autres exemples: août, aoûté, femme et femmelette, innocent et innover, année et annuité, solennel, solennité.

«XIV. Votre orthographe actuelle n’a presque point de regle qui n’ait ses exceptions, exceptions qui ont elles-mêmes les leurs.

«Une regle de votre orthographe dit que pour former du masculin le féminin dans les adjectifs qui se terminent par une consonne, on ajoûte au féminin un e muet.»

Exception. Les adjectifs en el, ol, ul, eil, an, ien, on, at, et, ot, etc., doublent la consonne finale. Ex.: cruel, cruelle, mortel, mortelle (malgré le latin crudelis, mortalis), fol, folle (quoique l’Académie écrive folie, folichon, folâtre); nul, nulle; paysan, paysanne (malgré le latin paganus); parisien, parisienne (malgré parisinus); bon, bonne (malgré bonus et bonifier); net, nette (malgré nitidus); sujet, sujette (malgré subjectus et sujétion).

Exception de l’exception. Océan fait océane; mahométan, mahométane; espagnol, espagnole; délicat, délicate; nacarat, nacarate; complet, complète; discret, discrète; bigot, bigote; dévot, dévote; brut, brute, etc. Quel inconvénient y auroit-il, ajoutent les dames, d’écrire, sans doubler la consonne, cruèle, mortèle, fidèle, fole, mole, nule, péisane, anciène, parisiène, bone, barone, boufone, nète, nèteté, nètemant, nétoiier, nètoîmant, cadète, sujète, etc.[183]?

[183] Il eût été plus simple de remplacer par l’è la double consonne dans les mots cruelle, mortelle, comme on le fait dans fidèle, mais c’est pour ne pas choquer trop subitement les habitudes que je n’ai pas cru devoir proposer ce changement.

Autre règle. «Les adjectifs en aux, en eux, et en oux, changent au féminin x en se ou en sse ou en ce: faux, fausse; généreux, généreuse; jaloux, jalouse; roux, rousse; doux, douce. Ne seroit-il pas plus naturel, plus conforme à la prononciation et à l’analogie, de terminer ces adjectifs par un s: FAUS, fausse, faussemant, faussêre, fausser, fausseté; GÉNÉREUS, généreuse, etc.; JALOUS, jalouse, jalousie, jalouser; ROUS, rousse, roussâtre, rousseur, roussir; DOUS, dousse, dousseur, doussemant, adoussi, etc.? Ces derniers mots ainsi écrits suivroient l’analogie des autres.

«Par la même raison, la CROIS donneroit croiser, croisète, croisillon, croisade; la POIS, poisser, empoisser; la PAIS, paisible, etc., ou la PÊS, pêsible, etc.»

L’auteur étudie ensuite les substantifs terminés au singulier en au, eau, eu, œu, ieu et ou, et conclut à ce qu’on introduise partout au pluriel l’s au lieu de l’x. Ex.: les maus, les feus, les caillous, les chevaus sont égaus, aus travaus.

Il aborde ensuite l’anomalie dont M. Léger Noel faisait de nos jours le sujet de ses recherches: les substantifs ou adjectifs masculins en al, el, il, ol, ul, comparés aux autres également masculins en ale, ele, ile, ole, ule, ou alle, ille, olle, ulle. «Comment se tirer, disent à ce propos les dames qu’il met en cause, d’un pareil labyrinthe? Comment pouvoir se rappeler qu’ici il ne faut point d’e muet, que là il en faut un, que dans tel mot il faut deux l et que dans d’autres il n’en faut qu’une? Se trouve-t-il bien des François qui puissent dire véritablement: je connois les noms masculins terminés en al, ale, alle; el, ele, elle; il, ile, ille; ol, ole, olle; ul, ule, ulle

Suit un ample travail sur l’accentuation orthographique dans lequel Wailly émet des idées et préconise des procédés semblables à ceux de Beauzée. (Voir plus loin, p. 296).

Le docte académicien se prononce (p. 113) pour la simplification orthographique des mots tirés du grec. Il propose: anbroisie, anfigouri, ancolie, anquiloglosse, anquilose, antelmintique, antologie, arcaïsme.

Il cite comme exemples de la difficulté de la prononciation à la lecture par suite de la bizarrerie orthographique les phrases suivantes:

«La citrouille étoit bien aoûtée; on l’a donnée aux aoûterons à la fin du mois d’août; ils l’ont mangée dans une encoignure avec des oisons, des poissons et des oignons qu’ils ont pris dans un coin de l’oignoniere.

«Un anachorete vint avec un catéchumène chercher M. l’archevêque ou son archidiacre au palais archiépiscopal.»

«La biche a faonné auprès de la Saône; nous avons pris son faon qui avoit été mordu d’un taon, pendant que nous jouïons au pharaon.»

«Tranquille avec sa béquille, il entra dans la ville avec sa fille, qui perça une anguille avec son aiguille.»

Heureusement pour les lecteurs, de Wailly a pris la peine de figurer à l’aide de son orthographe la prononciation de tous ces mots, sans quoi plus d’un détracteur de sa réforme eût pu, je le crains, hésiter pour quelques-uns d’entre eux en les lisant à haute voix.

Dans la seconde partie de ce traité si précieux et si rare, de Wailly a placé, à l’imitation de Godard, un discours des lettres sur les difficultés et les imperfections de l’orthographe actuelle. Chacune de nos lettres y prend tour à tour la parole pour exposer, avec autant de clarté que de raison, les vices d’emploi auxquels on l’a assujettie. Les phonographes postérieurs, Domergue, Marle, Féline, M. Raoux, s’ils eussent connu cette mine si riche de matériaux, n’auraient eu qu’à copier. Wailly me semble même plus complet qu’aucun d’eux.

texte original
Fragment de la page 281 originale

Je m’aperçois au discours de la lettre G que Wailly a remarqué avant moi l’utilité que l’on pourrait tirer de l’emploi du g surmonté d’un point; seulement, il veut le faire servir au remplacement du j et du g doux, tandis que je propose seulement de s’en servir au lieu du ge ou g doux. Il écrit donc ġaloux, ġardin, gouġon, gaġure, ġôlier, ġustice[184]. Il distingue deux formes de l’s, l’s longue pour celle qui a le son ordinaire et l’s courte dans les mots où elle peut avoir le son du z.

[184] La nouvelle forme du g, g, accueillie maintenant par la typographie moderne, rend l’application plus facile qu’elle ne l’était du temps de de Vailly. Cette forme se rapproche en effet beaucoup plus du j que celle du g.

[‡] Nous utilisons ici le ġ pour représenter le g pointé italique de l'original.

La troisième et dernière partie est la mise en application de la réforme ainsi préconisée au nom du sexe féminin. Je crois devoir en reproduire ici l’exposition fac-simile:

«Pratique de l’Ortografe fondée ſur la bone prononciation.

«Juſqu’ici, Méſieurs, nous nous ſomes fet èder pour nous conformer à l’Ortografe actúele; mês, come nous avons, à ce qu’il nous ſanble, démontré de la maniere la plus ſanſible, qu’èle êt plène de bisâreries é de contradiccions; qu’èle chanġe continuèlemant ſans principes é ſans uniformité; que les Diccionnêres é les Auteurs ne ſont d’acord preſque ſur aucun point; qu’èle êt dépourvue de regles fixes; que, de votre propre aveu, il nous êt moralement impoſſible de la ſuivre; nous alons désormês ortografier ſuivant la réforme que nous desirons. Nous ſuivrons ſurtout les lois de la bone prononciacion, comme le ſeul guide rêsonable an cete matiere, ou, ce qui reviént au même, come le seul qui ſoit véritablemant à la portée de tout le monde. Inſi nous ſuprimerons les lètres qui ne se prononcent ġamês. Par-tout où nous antandrons le ſon de l’a, nous anploîrons un a. Par-tout où l’oreille nous indiquera le son de l’e, nous ferons usage de l’e, au lieu des æ, œ, ai, eai, ei, oi, eoi qu’on anploie ſouvant pour l’e.

Nous subſtitûrons l’i francês à l’y grec; le f au ph; le ci au ſi qui sone come çi; le ġ ponctué au j; les ġa, ġo, ġu aus gea, geo, geu. Nous anploîrons le qu avant l’e et l’i seulemant; avant les autres lètres nous ferons usaġe du c. (Voyez au diſcours de la lètre Q une excepcion pour les terminêsons des verbes an quer.) La longue ſ aura toujours le ſon siflant, antre deux voiıelles: paraſol, préſéance, reſantir, préſantir, etc. On anploîra l’s courte dans les mots où èle a ou peut avoir le ſon du z. Le z ne ſ’anploîra qu’au comancemant des mots, à la fin d’aſſez, chez, nez, rez de chauſée, é des segondes perſones dans les verbes, vous portez, lisez, estimez. Nous ne ponctûrons point l’i qui, précédé d’une voiıele, marque un mouıllé fort avec la lètre l, le travaıl, le conseıl, le senouıl; ou un mouıllé fèble, párén, camàıeu, péiıons, voiıons. Nous substitûrons l’s à l’x qui a le son de l’s, aus animaus; le chois étet douteus. Vous aurez, Mésieurs, la bonté de vous rapeler que dans touts ces chanġemants nous ne fesons guère que suivre vos traces, ou les exanples que vous nous avez donés, é garder par-tout une marche uniforme.

«Remarque. Come, dans l’usage actúel, le c a toujours le ſon de ce ou de l’s ſiflante, avant l’e ou l’i, on poûra continuer d’écrire Cicéron, ceci, etc., sans cédiller le c. On n’anploîra le ç cédillé avant e ou i, que dans les livres deſtinés pour aprandre à lire. On n’anploîra de même, si l’on veut, le ġ ponctué que dans les mots où, avant a, o, u, il doit avoir le son de j: on écrira gaġer, gaġa, gaġant, gaġons, gaġure, etc. Dans l’usage actuel, l’s courte a toujours le son siflant au commancemant du mot; insi on poûra, come à l’ordinêre, fêre usage indifféramant de l’s courte ou de l’ſ longue au comancement des mots. On voit par là que nos changemants dans quelques lètres de l’Alfabet, se réduisent presque à rien.

«Nous ſavons bién qu’on ſe révolte au ſeul mot d’innovacion; mês notre proġet, nous pouvons le dire, êt le fruit d’un long travail é d’une expériance réfléchie. Nous vous l’adrèſons, Méſieurs; éıez la bonté de l’examiner é d’an peser ſans préġuġé les avantaġes é les inconvéniants. Ne nous ġuġez qu’aprês un mûr examèn.

«S’il êt des chanġemants qui ne ſoient pas actuèlemant admiſſibles, vous ne les ferez pas encor; mês vous poûrez an trouver d’autres qu’il ſera fort util d’adopter.

«Nous eſpérons, par exanple, que l’utilité é votre zêle à faciliter l’aquisicion des conêsances, vous porteront à fêre, come nous, usage du ġ ponctúé, de l’ı ſans point; à diſtinguer l’s forte de l’s adoucie. C’êt insi qu’on a mis en usaġe le ç cédillé, le j é le v, au lieu de l’i é de l’u; l’i francês, au lieu de l’y grèc, dans lui, moi, loi, Roi, é une infinité d’autres mots. C’êt inſi qu’on anploie les lètres maġuſcules au comancement des frases, des noms propres, etc. C’êt inſi qu’on a invanté les acçants, le tréma, l’apoſtrofe, le tret d’union, les guillemets, les diférantes marques de ponctúacion, etc.

«Nous atandons bién, Méſieurs, que votre vue ſera d’abord un peu choquée de notre ortografe: nous vous demandons pour èle la même paciance que vous avez en lisant des livres ortografiés ſuivant l’anciène ortografe. A peine an avez-vous lu vint pages, que vos ieux ſ’i abituent. La même chose vous arivera par raport à la nôtre; dégnez an fêre l’éſè. Vous voudrez bién vous souvenir que notre but êt de faciliter an même tans l’ortagrafe é la prononciacion.

«Notre réforme vous parêtra, Méſieurs, fort étandue; vous an adopterez ce que vous ġuġerez à propos. Nous aurions pu nous contanter des remarques que nous avions fètes dans les deus premieres parties; mês des perſones dont nous reſpectons baucoup les lumieres nous ont représanté que ce ſeroit lêſer notre ouvrage inparfet, que de n’i pas aġouter la pratique. Vous avez, nous ont dit ces perſones, exposé d’une maniere três-sansible les défauts inonbrables de l’ortografe actúele; vous avez fet voir le peu d’acord, les inutilités, les contradiccions même qui regnent dans les diférantes parties de cet édifice: il faut actuèlemant faire voir comant, avèc les mêmes matériaus, on pouret le reconſtruire à moins de frês, é d’une manière auſſi comode que ſolide.»

Grammaire générale et raisonnée, contenant les fondemens de l’art de parler, expliqués d’une maniere claire et naturelle; les raisons de ce qui est commun à toutes les langues, et des principales différences qui s’y rencontrent; et plusieurs remarques nouvelles sur la langue françoise. Nouvelle édition.Réflexions sur les fondemens de l’art de parler pour servir d’éclaircissemens et de supplément à la Grammaire générale, recueillies par M. l’abbé Fromant. Paris, Prault fils, 1756, 2 vol. pet. in-8 de 6 ff., 224 pp. et 2 ff., et de XLVIII et 291 pp. (Réimprimée plusieurs fois depuis.)

Ce traité, connu sous le nom de Grammaire de Port-Royal, et dont il est déjà parlé page 226, est enrichi dans cette édition des excellentes remarques de Duclos, secrétaire perpétuel de l’Académie française[185].

[185] Duclos avait déjà donné une édition de cette grammaire en 1754, in-12.

Ce livre si remarquable, et dont le temps n’a pas encore altéré la valeur, contient dans son texte quelques idées de réforme justes bien qu’un peu timides. Après avoir constaté l’utilité, dans certains cas, d’une orthographe fondée sur l’étymologie, MM. de Port-Royal ajoutent: «Voilà ce qu’on peut apporter pour excuser la diversité qui se trouve entre la prononciation et l’écriture; mais cela n’empêche pas qu’il n’y en ait plusieurs qui se sont faites sans raison et par la seule corruption qui s’est glissée dans les langues. Car c’est un abus d’avoir donné, par exemple, au c la prononciation de l’s avant l’e et l’i; d’avoir prononcé autrement le g devant ces deux mêmes voyelles que devant les autres; d’avoir adouci l’s entre deux voyelles; d’avoir donné aussi au t le son de l’s avant l’i suivi d’une autre voyelle, comme gratia, actio, action.....

«Tout ce que l’on pourroit faire de plus raisonnable seroit de retrancher les lettres qui ne servent de rien ni à la prononciation, ni au sens, ni à l’analogie des langues, comme on a déjà commencé de faire; et conservant celles qui sont utiles, y mettre des petites marques qui fissent voir qu’elles ne se prononcent point, ou qui fissent connoître les diverses prononciations d’une même lettre. Un point au-dedans ou au-dessous de la lettre pourroit servir pour le premier usage, comme temps. Le c a déjà sa cédille, dont on pourroit se servir devant l’e et devant l’i, aussi bien que devant les autres voyelles. Le g dont la queue ne seroit pas toute formée pourroit marquer le son qu’il a devant l’e et devant l’i. Ce qui ne soit dit que pour exemple.»

Duclos, aussi bon grammairien que Du Marsais, et philosophe comme lui, mais encore plus hardi, a inauguré sa réforme orthographique dans ses remarques jointes en petit caractère à cette édition de la grammaire. Voici le passage où il explique lui-même ses idées:

«Je croi devoir a cète ocasion rendre conte au lecteur de la diférence qu’il a pu remarquer entre l’ortografe du texte et cèle des remarques. J’ai suivi l’usage dans le texte, parce que je n’ai pas le droit d’y rien changer; mais dans les remarques j’ai un peu anticipé la réforme vers laquèle l’usage même tend de jour en jour. Je me suis borné au retranchement des lètres doubles qui ne se prononcent point. J’ai substitué des f et des t simples aus ph et aus th: l’usage le fera sans doute un jour par-tout, comme il a déjà fait dans fantaisie, fantôme, frénésie, trône, trésor et dans quantité d’autres mots.

«Si je fais quelques autres légers changemens, c’est toujours pour raprocher les lètres de leur destination et de leur valeur.

«Je n’ai pas cru devoir toucher aux fausses combinaisons de voyèles, tèles que les ai, ei, oi, etc., pour ne pas trop éfaroucher les ieus. Je n’ai donc pas écrit conêtre au lieu de conoître, francès au lieu de françois, jamès au lieu de jamais, frèn au lieu de frein, pène au lieu de peine, ce qui seroit pourtant plus naturel. Je n’ai rien changé a la manière d’écrire les nasales, quelque déraisonable que notre ortografe soit sur cet article. En éfet, les nasales n’ayant point de caractères simples qui en soient les signes, on a u recours a la combinaison d’une voyèle avec m ou n; mais on auroit au moins du employer pour chaque nasale la voyèle avec laquèle èle a le plus de raport; se servir, par exemple, de l’an pour l’a nasal, de l’en pour l’e nasal. Cète nasale se trouve trois fois dans entendement, sans qu’il y en ait une seule écrite avec l’a et quoiqu’il fut plus simple d’écrire antandemant. L’e nasal est presque toujours écrit par i, ai, ei: fin, pain, frein, etc., au lieu d’y employer un e. Je ne manquerois pas de bonnes raisons pour autoriser les changemens que j’ai faits et que je ferois encore, mais le préjugé n’admet pas la raison.»

Il ajoute ailleurs: «On peut entreprendre de corriger l’usage de l’orthographe, du moins par degrés et non pas en le heurtant de front, quoique la raison en eut le droit; mais la raison même s’en interdit l’exercice trop éclatant, parce qu’en matière d’usage, ce n’est que par des ménagemens qu’on parvient au succès.»

Douchet, avocat au Parlement et ancien professeur royal en langue latine. Principes généraux et raisonnés de l’orthographe françoise, avec des remarques sur la prononciation. Paris, P.-F. Didot, 1762, in-8 de XVI et 176 pp.

Douchet est un écrivain de mérite. Après la mort de Du Marsais, il fut chargé, de concert avec Beauzée, de la continuation des articles de la partie grammaticale de l’Encyclopédie.

Ses remarques, nouvelles à l’époque où il les écrivait, sont pour la plupart acquises aujourd’hui à la grammaire. Tel est son chapitre sur les caractères prosodiques. J’en extrairai cependant un passage dans lequel il propose une solution à l’imperfection qu’offre notre orthographe dans le redoublement des consonnes.

«L’e muet n’indique, dit-il, qu’une certaine quantité de nos voyelles longues (ex. j’emploierai); l’accent circonflexe ne fait connoître que celles qui étoient autrefois suivies d’un s, ou que l’on redoubloit pour en marquer la longueur (tempête, au lieu de tempeste, rôle au lieu de roole); il en reste encore un grand nombre, ou qui sont sans marque distinctive (vase, bise, rose, ruse), ou qui sont suivies d’une consonne redoublée, qui est la marque des voyelles brèves, autre vice encore plus considérable, comme dans les mots tasse, manne, flamme, fosse, professe, etc. C’est une autre espèce d’imperfection dans notre orthographe. Il seroit aisé de parer à ces inconvénients: ce seroit, ou de marquer ces voyelles longues par un trait horizontal, ou d’étendre encore ici l’usage de l’accent circonflexe. Par ce moyen, toutes les équivoques seroient levées, toutes les voyelles longues seroient fixées et déterminées, et la quantité, cette partie si importante de la prosodie, seroit indiquée d’une manière simple, précise, et régulière: on pourroit même alors la trouver et l’apprendre par l’écriture.

«Un autre avantage qui en résulteroit encore, c’est que la réduplication des consonnes, ce système si vague, si forcé, si rempli d’exceptions, que l’on prétend que nos pères ont imaginé pour indiquer les voyelles brèves[186], deviendroit absolument inutile, parce que toutes les voyelles longues étant décidées, on n’auroit plus besoin d’un autre signe pour désigner les brèves: elles seroient suffisamment distinguées par la raison qu’elles n’auroient point la marque des longues. A l’égard des communes, c’est-à dire des voyelles qui sont longues ou brèves à volonté, ou elles n’auroient point de signe distinctif, ou on leur appliqueroit la marque usitée en grec et en latin. On pourroit ainsi supprimer la consonne que l’on n’a introduite que pour avertir que la voyelle précédente est brève. On ne la laisseroit subsister que dans les mots où elle est nécessaire, quand il faut la redoubler dans la prononciation, comme dans inné, erreur, illustre, immense, etc.»

[186] Voir plus haut l’analyse de la Grammaire de Regnier Des Marais, p. 251, et celle de l’Orthographe des dames, de de Wailly, p. 276.

Douchet propose, après Port-Royal et d’autres grammairiens, l’emploi du t cédille dans les substantifs portions, rations, etc., comme signe de distinction d’avec les verbes portions, rations.

Dans le chapitre III, des Caractères étymologiques, l’auteur s’occupe des variations du ph, du ch et de l’esprit rude (h) en français. «Ces variations sont une nouvelle source de difficultés pour notre orthographe. De ces doubles caractères, le ch est celui qui cause le plus d’embarras dans notre langue: non-seulement il varie dans l’écriture, il varie encore dans la prononciation. On le prononce à la françoise dans chérubin, chirurgien, Archimède, et il a la valeur du k dans orchestre, chiromancie, Archélaüs. De là ces incertitudes sur la prononciation de certains mots, tels que Chersonese, Acheron, où les uns prononcent le ch comme dans chérubin et les autres comme dans orchestre. On pourroit encore aisément obvier à ces difficultés. On laisseroit subsister le c dans tous les mots où l’usage l’a introduit à la place du ch, comme dans carte, corde, colere, etc., on supprimeroit le ch dans les autres mots où il s’articule comme le k, et on le remplacerait par cette figure. Ainsi l’on écriroit orkestre, Arkélaüs, kiromancie, kirographaire

(L’abbé Cherrier). Equivoques et bizareries de l’orthographe françoise, avec les moiiens d’y remédier. Paris, Gueffier fils, 1766, in-12 de 3 ff., XVIII et 155 pp.

L’auteur, après avoir exposé les raisons qui militent en faveur d’une réforme et les causes qui ont fait échouer les tentatives antérieures à la sienne, établit ainsi les changements qu’il croit devoir opérer:

«Plusieurs ont estimé qu’il falloit entendre ces marques proposées dans la Grammaire de P. R. de celles qui sont déjà usitées sur certaines lettres, ensorte qu’il ne s’agiroit que de les adapter à d’autres: et c’est le sentiment que j’ai cru devoir suivre. C’est-pourquoi je propose, par exemple, d’après un habile académicien (le P. Girard), de mettre une cédille, ou petite c renversé, sous le t ramoli, come on en a mis une avec succès sous le c pour le radoucir. J’ai emprunté des bons grammairiens toutes les idées qu’ils ont fournies dans ce gout. Je les ai etendues ou j’y ai ajouté les miènes, et quoique ces petites marques soient purement arbitraires dans leur origine, j’ai observé qu’une fois etablies, elles doivent ordinairement, et autant qu’il est possible, avoir un même effet partout où on les applique. Par exemple, l’accent grave sert à distinguer les è ouverts: aussi l’ai-je mis sur la voiièle composée ou fausse diphthongue ai quand elle se prononce en ouvrant fort la bouche. Au contraire, l’accent aigu sert à faire conoître les é fermés; aussi l’ai-je emploiié sur cette voiièle-composée ai, lorsqu’elle se prononce en fermant un peu la bouche. Le point accompagne toujours l’i et je l’ai placé sur les i et sous les l qui sonent presque come des i. J’ai eté plus embarassé pour l’x, parce qu’il n’est pas facile de rendre ses marques surajoutées analogues à toutes les différentes articulations de cette consone: c’est-pourquoi j’ai pris le parti de la borner à son ancien usage, savoir de ne l’emploiier que quand elle s’articule come cs ou gz, en y mettant néanmoins encore quelque différence.»

L’auteur met un point au-dessous de l’h aspiré: un ḥéros, un point au ch qu’il appelle gras: un arcḥiduc. L’s radoucie est marquée par une cédille: batişer. L’l mouillée par un point: fiḷḷe. Il supprime la consonne finale muette à baril, chenil, coutil, fusil, outil, persil, saoul, sourcil.

Ortografe des dames pour aprandre a ècrire et a lire corectemant en tres peu de tems. A Nancy, chez Hæner, 1766, in-12 de 72 pp.

L’auteur anonyme de cet opuscule, qu’il ne faut pas confondre avec l’intéressant travail de Wailly, publié en 1782 sous le même titre (voir plus haut, p. 276), ne me paraît pas avoir apporté de solutions nouvelles au difficile problème de l’écriture phonétique. Son orthographe se rapproche sur beaucoup de points de celle qu’a préconisée soixante ans plus tard M. Marle.

Manière d’étudier les langues. Paris, Saillant, 1768, in-12.

L’auteur de cet ouvrage est un esprit sage, et les méthodes qu’il indique se rapprochent de celles de Locke.

Quant à l’orthographe, il s’exprime ainsi:

«Nous avons des regles générales pour l’orthographe; mais la plupart sont si obscures, si compliquées, et modifiées par tant d’exceptions, qu’il est difficile aux jeunes gens de les retenir. D’ailleurs, il ne suffit pas, pour l’orthographe usuelle dont nous parlons, de pouvoir en examiner les regles, mais bien de trouver la manière d’écrire les mots correctement: la rapidité de l’écriture ne donne pas le loisir de faire cet examen. Il faut qu’avec le mot la manière de l’écrire se présente sur-le-champ à l’esprit, sans aucune réflexion.

«On emploie communément une méthode meilleure; on fait copier des livres imprimés, et l’attention qu’on donne, en copiant, à chacune des lettres dont le mot est composé le grave plus profondément à l’esprit.....

«Les mots, tels qu’on les a lus, restent gravés dans la mémoire; lorsque dans la suite on les emploie en écrivant, on les copie sur cette image.»

L’exposition de ce système, que d’autres ont également proposé, prouve que les difficultés de l’orthographe sont telles qu’il faut apprendre à connaître les mots par leur configuration, comme pour la LANGUE CHINOISE.

De l’orthographe, ou des moyens simples et raisonnés de diminuer les imperfections de notre orthographe, de la rendre beaucoup plus aisée, etc., pour servir de supplément aus différentes éditions de la Grammaire française de M. de Wailly. Paris, Barbou, 1771, in-12.

Dans cet écrit fort sage, l’auteur constate la nécessité d’améliorer successivement l’orthographe et de la simplifier. Il se refuse à l’introduction de lettres nouvelles, comme l’ont fait des réformateurs trop hardis, qu’il traite de ridicules. Mais nous ne tirons pas, selon lui, de nos accents tout l’usage que nous pourrions en obtenir. Il désire surtout le retranchement de toute lettre double sans valeur phonique. «Les personnes, dit-il, qui voient ces lètres sans valeur sont arêtées dans leur lecture, parce que dans certains mots on les prononce, tandis que dans d’autres semblables, èles n’ont aucun son. Cète bisarerie de notre orthographe est cause qu’il n’y a peut-être pas deux ouvrages qui soient par-tout orthographiés de même. Cette variété fait perdre beaucoup de tems aux compositeurs dans les imprimeries, aux gens de lètres qui font imprimer leurs ouvrages; en un mot, à tous ceux qui veulent orthographier et prononcer correctement la langue française.

«Cette orthographe que nous apelons nouvèle était,» selon une judicieuse remarque de l’auteur, «celle de nos plus anciens écrivains, de presque tous les auteurs des XIe et XIIe siècles.»

Le grand vocabulaire françois, par une Société de gens de lettres. Paris, Panckoucke, 1772, 30 volumes in-4.

Ce dictionnaire contient un grand article sur l’ORTHOGRAPHE, où est exposé «l’emploi vicieux que l’on fait de chaque signe en le comparant avec celui que la raison voudrait qu’on en fît pour que l’écriture cessât d’être une image équivoque ou ridicule de la parole.»

Mais comme les modifications indiquées sont pareilles à celles que Girard, Duclos, Wailly, Beauzée et autres réformateurs modérés avaient déjà proposées, et que les raisons pour rapprocher l’écriture de la prononciation, bien qu’exposées avec conviction et énergie, sont similaires, je me borne à ce passage:

«C’est certainement une opiniâtreté bizarre que de s’obstiner à écrire un mot selon son étimologie pour avertir ensuite qu’on doit le prononcer autrement qu’il ne s’écrit[187]

[187] «Au reste nous indiquons partout dans le cours du Grand Vocabulaire, l’orthographe avec laquelle on a coutume d’écrire aujourd’hui les mots, et celle qu’on devroit y substituer.»

Viard. Les vrais principes de la lecture, de l’orthographe et de la prononciation françoises, de feu M. Viard, revus et augmentés par M. Luneau de Boisgermain. Paris, Delalain, 1773, 2 part. en 1 vol. in-8 de VI et 104 pp. et de 111 pp. (Il y eut des éditions antérieures à celle-ci, puisque Luneau se plaint, dans un avis au lecteur, des contrefaçons de ce livre faites à Bordeaux, Avignon, etc., et il cite une édition des Principes faite à Bouillon en 1764, chez Foissy.)

Cet ouvrage n’est point un traité d’orthographe, mais une réforme de l’enseignement de la lecture fondée sur la nouvelle épellation des lettres, be, ce, de, fe, etc., et sur l’épellation des consonnes qui se suivent.

J.-B. Roche. Entretiens sur l’orthographe françoise et autres objets analogues. Nantes, veuve Brun, 1777, in-8 de 8 ff. prél., 732 pp. et 19 ff. de table.

Dans ce gros volume, l’auteur, sous une forme agréable, celle d’un dialogue, traite de toutes les questions qui concernent l’orthographe et la grammaire. La lecture en est moins pénible que celle des traités ordinaires sur le même sujet. On voit partout que l’auteur est partisan d’une réforme modérée; et ses vœux ont été réalisés sur certains points.

Après que les interlocuteurs, Sophie, la marquise, un abbé, un comte et un lord, ont constaté l’incohérence de ce qu’on appelle l’usage, l’auteur fait dire à l’un des interlocuteurs: