2, Carthaginois.—Valère Maxime, IV, 4, 6.—En 256, alors que, consul, après avoir battu les Carthaginois en Sicile, il venait de passer en Afrique et de les battre à nouveau.
3, Publique.—Au gouvernement.
5, Terre.—Environ trois hectares.
19, Dehors.—Plutarque, Caton le Censeur, 3.—Les uns regardaient cette conduite de Caton comme un effet de son avarice, les autres comme le résultat d’un parti pris pour corriger ses concitoyens de leur luxe et les ramener à la simplicité; on ne saurait cependant excuser qu’il se servît de ses esclaves comme de bêtes de somme, qu’il les chassât et les vendît quand ils devenaient vieux.—Cette exagération de sa part fut le point de départ de l’animosité avec laquelle plus tard il poursuivit Scipion. Il avait été désigné comme son questeur, lorsque celui-ci fut envoyé en Sicile, d’où il devait passer en Afrique. Voyant qu’il vivait avec magnificence et prodiguait l’argent à ses troupes sans ménagement, il l’en reprit, lui disant que le plus grand mal n’était pas dans la dépense excessive, mais dans l’altération de l’ancienne simplicité des soldats, qui employaient en luxe et en plaisirs le superflu de leur paye. A quoi Scipion répondit qu’il n’avait pas besoin d’un questeur si exact; que dans la guerre, il allait à pleines voiles, devant compte à la République non des sommes qu’il aurait dépensées, mais des exploits qu’il aurait accomplis. Sur cette réponse, Caton le quitta dès la Sicile. N. II, 60: Caton le Censeur.
21, Légation.—L’an 130. Valère Maxime, IV, 3, 13.
23, Vn.—Sénèque, Consol. ad Helv., 12.
25, Romains.—Montaigne détourne le fait du sens que lui donne Plutarque, Les Gracques, 3, qui, en l’exposant, dit bien qu’une allocation aussi dérisoire ne fut attribuée à Tiberius Gracchus que pour lui faire honte et dépit. Tribun du peuple, il venait de faire revivre une ancienne loi agraire interdisant à un même individu de posséder une étendue de terres de plus de cinq cents plèthres (le plèthre valait environ six ares); et ce qui serait ainsi rendu disponible devait être affermé à ceux ne possédant aucun fonds. Lorsqu’il dut partir pour effectuer cette opération, le Sénat, pour se venger, ne lui alloua pour sa dépense que neuf oboles par jour (un franc trente-cinq centimes), contrairement à ce qui se faisait d’ordinaire, où ces commissions étaient largement rétribuées.
CHAPITRE LIII.
6, Faut.—C’est ce qui a donné lieu à cet aphorisme: «Fac ut credes, et quod prohiberi non potes, accipe (Fais ce que dois et accepte ce que tu ne peux empêcher)», dont la deuxième partie est corroborée par cet autre: «Unquam felix, nisi sua sorte contentus (Qui n’est pas satisfait de son sort, n’est jamais heureux).»
30, Façon.—S. Jean Chrysostome nous conseille de «ne désirer que peu de choses, si nous voulons être heureux».
33, Reuerence.—S. Ambroise dit que «la concupiscence s’imagine une infinité de besoins, qu’elle tâche de satisfaire à tout prix».
35, Exterreamur.—Dans les éd. ant., cette citation est suivie de sa traduction: Il se fait, par vn vice ordinaire de nature, que nous ayons et plus de fiance, et plus de crainte des choses, que nous n’auons pas veu, et qui sont cachées et inconnues.
CHAPITRE LIV.
568,
1, Lettre.—C’était une manie des poètes latins du moyen âge, surtout aux XIIe et XIIIe siècles.
2, Haches.—Et fréquemment aussi des autels, des chalumeaux.
4, Figure.—Comme bizarrerie analogue, citons entre autres que, dans un recueil de noëls de 1740, on en trouve un de cent deux vers, dont tous les mots n’ont qu’une syllabe.
7, Plutarque.—Xénocrate, au dire de Plutarque, indiquait le nombre de cent millions deux cent mille comme celui des syllabes que forment les diverses lettres de l’alphabet.
14, Exercice.—Il semble assez difficile de faire passer, en le projetant et même sans le projeter, un grain de mil par le trou d’une aiguille. Quintilien, II, 20, d’où le fait est tiré, et qui attribue à Alexandre d’avoir récompensé cette adresse en proportion de son utilité, dit, ce qui est plus admissible, qu’elle consistait, ayant un pois chiche dans la bouche et soufflant, à le lancer sur une aiguille à certaine distance et le ficher à la pointe de cette aiguille, et que cet homme ne manquait jamais son coup. Le minot valait un peu moins d’un litre.
17, Ioinctes.—Platon, dans un cas analogue, ne fut pas plus indulgent qu’Alexandre: seul, il n’admira pas un certain Anniceris, si bon cocher qu’il faisait faire cent tours à son char sans s’écarter de la plus petite distance de la même ornière; Platon jugeait qu’un homme qui s’était appliqué avec une attention si soutenue à atteindre une perfection si inutile, était incapable de grandes choses. A quoi on peut répondre que tout le monde n’est pas tenu à être propre aux grandes choses, sans pour cela cesser d’être estimable.
23, Marche.—Le titre de «dame», qui se donne aujourd’hui indistinctement à toutes les femmes mariées, était anciennement affecté aux femmes de chevaliers; les femmes des écuyers et toutes les autres femmes, mariées ou non, étaient simplement qualifiées de «Demoiselles»; c’est ce qui explique que Montaigne écrivant à sa femme, mettait en tête de sa lettre: «A Mademoiselle Montaigne, ma femme.» Cette appellation de «Dame» était en outre, comme il le dit, appliquée aux femmes de basse extraction, et aussi dans le sens de maîtresse, etc... Quand il s’agissait de femmes de mauvaise vie, on employait indifféremment l’une ou l’autre expression.
25, Disoit.—Plutarque, De Placit. philosoph., IV, 10.
34, Appetissans.—Du latin appetitus, rendant désirable et, par extension, diminuant, affaiblissant, autrement dit dans le cas présent, dorant la pilule.
1, Desgoutement.—On dit aujourd’hui dégoût.
3, Rotissent.—Les coups de chaleur et de soleil produisent, en effet, sur les plantes et les animaux, l’homme compris, les mêmes effets que les grands froids; dans les deux cas, les plantes sont comme brûlées et dépérissent, et chez les êtres animés il y a congestion et danger de mort.
3, Cueux.—Gueuses, de l’allemand giessen, fondre; masses ou lingots de métal sortant de la première fonte.—Montaigne ne rapporte pas exactement la pensée d’Aristote qui se borne à dire que l’étain fond plus tôt que le plomb, puisqu’il se fond même dans l’eau, et indique ensuite des procédés de fusion.
6, Volupté.—Dans le Phédon, Platon fait dire à Socrate que «le plaisir et la douleur se tiennent».
16, Impression.—«La prospérité fatigue l’âme du sage, l’adversité l’affermit et la retrempe par les coups mêmes dont elle la frappe.»
24, Engendre.—C.-à-d. pour savoir qu’on ignore, il faut beaucoup savoir; ce qui est à l’adresse de ceux qu’en langage familier nous appelons des «demi-savants».
24, Premiere.—C’est ce que Bacon a traduit par: «Un peu de philosophie éloigne de la religion, beaucoup y ramène.»—J. de Maistre, dans ses Soirées de S.-Pétersbourg, a reproduit et développé cette idée de l’ignorance qui croit savoir, et de la science qui s’ignore.
25, Instruits.—Sçauants (var. de 88).
29, Sens.—Allusion à ceux qui, sans plus ample examen, séduits par leur simplicité, embrassèrent les doctrines nouvelles de Luther et de Calvin.—Gresset, dans Vert-vert, exprime la même pensée, appliquée d’une façon plus générale:
L’observation de Montaigne est d’application constante. De son temps, c’était la question religieuse qui préoccupait les esprits, depuis elle a cédé le pas à la politique; sauf cela, rien n’est changé à cet égard; peu de gens, aujourd’hui comme alors, sont capables de penser par eux-mêmes et, parmi ces privilégiés, peu prennent le temps de réfléchir et s’astreignent à l’effort de la réflexion; aussi l’influence du journal qui fournit sur chaque chose une opinion toute faite et dont chacun fait sa lecture quotidienne, est-elle considérable, on finit par ne plus penser et ne plus voir que par lui; c’est pourquoi la mauvaise presse fait tant de mal et pourquoi aussi la bonne presse, qui seule peut compenser l’influence néfaste de la première, est à soutenir et à encourager.
11, Mestis.—C.-à-d. ceux qui tiennent des uns et des autres.—Métis vient du latin mixtus, mélangé; signifie engendré du fait d’espèces différentes, tels le mulâtre, né d’un blanc et d’une négresse; le mulet, d’un âne et d’une jument.
19, Villaneles.—Poésies pastorales, dont tous les couplets sont suivis d’un même refrain.
29, Vulgaires.—Ignorans (var. de 80).
29, Singuliers et excellens.—Délicatz et sçauants (var. de 80).
31, Trop.—L’éd. de 88 aj. en errata: adioutes, ils trouueroient place entre ces deux extremites.
31, Region.—Lucilius, dans Cicéron, dit qu’il ne veut pour lecteurs de ses ouvrages, ni savants, ni ignorants, parce que les uns sont trop habiles pour lui, les autres pas assez.
CHAPITRE LV.
3, Plutarque.—Vie d’Alexandre, I.
5, D’estre... senteur.—Var. des éd. ant.: de ne sentir rien de mauuais.
9, Nihil olet.—Plaute, Mostell., I, 3, 116.—Montaigne, après avoir cité ce vers, le traduit en le modifiant quelque peu: «L’odeur de la femme, dit exactement le poète, est normale, est bonne, quand elle ne sent rien.»
10, Rien.—L’éd. de 88 et l’ex. de Bordeaux aj.: comme on dict que la meilleure odeur de ses actions, c’est qu’elles soient insensibles et sourdes.—«Une bonne réputation vaut mieux qu’un bon parfum,» dit l’Ecclésiaste, VII, 1, mais en l’appliquant à tous, hommes et femmes.
5, L’air.—La science moderne attribue la contagion à l’existence d’êtres réels bien qu’infiniment petits: bacilles, microbes; ce sont eux qui, d’après elle, sont la cause et produisent l’effet; l’odeur n’est jamais qu’un indice et une conséquence.
7, Socrates.—Diogène Laerce, II, 25.
16, Contemplation.—L’encens, brûlé lors des sacrifices, semble plutôt avoir eu pour objet dans le principe de combattre les émanations des foules assemblées dans les temples et aussi l’odeur du sang provenant des victimes immolées.
20, Thunes.—Muley Haçan, bey de Tunis, qu’au chap. VIII du liv. II, Montaigne appelle Muleasses. Il vint à Naples en 1543, mais il n’y trouva pas Charles-Quint qu’il venait implorer contre les Turcs qui le menaçaient. A son retour, son fils, qui en son absence s’était emparé du pouvoir, lui fit crever les yeux.
23, Parties.—Ses livres de compte, ses mémoires de dépense.
23, Ducats.—Monnaie d’or de la valeur de 9 à 11 francs.
30, Boue.—Par marais, il faut entendre les lagunes qui entourent Venise et les canaux si nombreux qui s’y trouvent et qui exhalent souvent des odeurs pestilentielles.—A Paris, la voirie n’était ni établie, ni entretenue comme aujourd’hui, et la boue, dans la mauvaise saison, était une des grandes incommodités de Paris; Boileau, bien que de son temps (1660) elle se fût bien améliorée, nous en a conservé le souvenir dans une de ses satires:
CHAPITRE LVI.
1, Prieres.—Ce chapitre est, en général, difficile à comprendre; on y est souvent arrêté et pas toujours sûr d’en saisir le sens; on y trouve plusieurs traits contre les calvinistes.
13, Icy.—Bien des auteurs, plus hardis que Montaigne, ont, au moyen âge et dans les siècles qui ont suivi, comme lui désavoué à l’avance, par crainte des persécutions, ce qui dans leurs écrits pourrait choquer l’Église; précaution inspirée, la plupart du temps, par la prudence plus que par les convictions.—Quoi qu’il en soit, la déclaration ici est formelle et, étant donné que l’auteur la renouvelle assez fréquemment sous une forme ou sous une autre dans le cours des Essais, elle indique nettement que la différence qu’il accuse entre Montaigne et le maire de Bordeaux (III, 500) subsiste également chez lui entre le chrétien et le moraliste. Comme chrétien, sa foi est voulue. Entretenue peut-être par le désir qui chez lui primait tout de vivre en paix avec lui-même comme avec tous autres, elle n’admet ni examen ni discussion; tandis que les réflexions qu’il couche en sa rapsodie, sont telles que son bon sens lui suggère, et qu’elles soient ou non contraires aux solutions et prescriptions de l’Église, ce qui est fréquent, le moraliste n’en a cure.
16, Dieu.—L’oraison dominicale, laquelle est tirée textuellement de l’Évangile de S. Mathieu.—On trouve dans le second Alcibiade de Platon une prière qui, en substance et tenant compte de la différence des temps, n’en diffère pas beaucoup. Dans ce même dialogue, Socrate, lui aussi, s’applique à démontrer qu’avant de prier, il faut réfléchir à l’objet de sa prière, parce qu’on risque, sans cela, de demander aux dieux des biens qui pourraient être des maux, et il conclut à la formule suivante: «Puissant Jupiter, donne-nous les biens, soit que nous les demandions, soit que nous ne les demandions pas; et éloigne de nous les maux, quand même nous te les demanderions!»
20, Fust le.—Les éd. ant. aj.: seul.
29, Cette là.—S. Cyprien tient l’oraison dominicale comme la prière la plus parfaite.—«Le Paternoster est ma prière, a dit Luther; il n’en est aucune qui lui soit comparable, je l’aime mieux qu’aucun psaume.»
4, Soit.—C’est ce qui a fait dire avec quelque exagération à Ch. Lemesle que, dans de telles conditions, la prière est une impiété.
9, D’icelle... demandes.—Var. des éd. ant.: de sa iustice non selon nos inclinations et volontez.
10, Loix.—Liv. X.
15, Vieillesse.—Cette assertion prête fort à la controverse. Que Dieu existe, personne ne le nie; mais qu’est-ce que Dieu, personne non plus ne saurait le dire; tout au plus peut-on admettre cette vague définition: qu’«Il est ce qui préside à tout ce qui existe». Dire qu’il nous a faits à son image et par conséquent qu’il est à la nôtre, aller jusqu’à lui prêter nos passions, c’est aller trop loin; notre raison, qu’en somme nous avons pour en user, se refuse à une telle proposition que rien ne justifie et qui est de la part de l’homme d’une outrecuidance dépassant toutes les bornes; de là aussi ce malentendu entre ceux qui sont dits croyants et ceux dont on dit qu’ils ne croient pas.—Ceci posé, il ne semble pas que Montaigne soit dans le vrai, quand il donne comme règle générale que ceux qui doutent en leur jeunesse, viennent à résipiscence dans leur vieillesse. Ce qui est plus vrai, c’est que chez beaucoup le scrupule de combattre, chez qui a le bonheur d’en avoir, les croyances religieuses toujours si réconfortantes et jamais préjudiciables, le respect de la liberté de conscience chez autrui, et même à certains moments les défaillances de notre être, comme aussi un certain esprit de concession à l’égard de ceux qu’ils aiment, font qu’ils ne se montrent pas toujours aussi récalcitrants pour des pratiques auxquelles ils n’attachent pas autrement d’importance, qui en définitive font généralement du bien, et même à ceux auxquels elles n’en font pas, ne font jamais de mal.
32, Malice.—«La prière des impies est un nouveau péché.» Le Père Quesnel.
2, La haine... l’iniustice.—Vsures, veniances et paillardises (var. de 88).
3, Dieu.—Autrement dit: Il faut faire tout en temps et lieu.—Dans Paris ridicule (édition de 1666), Le Petit dit à une fille galante qui l’invite à la débauche:
16, Quoy.—C.-à-d., mais que dire de ceux qui fondent leur vie entière sur...
7, L’Eglise.—Les éd. ant. aj.: Catholique.
7, Promiscue.—Confus, indifférent; du latin promiscuus qui a le même sens.
8, Dauid.—Les psaumes, dont la majeure partie est de David; cantiques sacrés des Hébreux, dont un grand nombre sont passés dans notre liturgie, et que les Protestants chantent constamment.
15, Tracasser.—Traîner.—L’éd. de 88 aj.: entre les mains de toutes personnes.
21, Sursum corda.—«Haut les cœurs!»—Paroles que le prêtre prononce à la messe, au moment où, après l’Évangile, et immédiatement avant la Préface, c’est-à-dire lorsqu’il va commencer à procéder au Saint Sacrifice proprement dit.—Cette même interjection se dit encore à propos de faits extraordinaires qu’on va énoncer, pour y préparer et pour qu’on se mette à l’unisson. Bossuet l’affectionnait d’une façon particulière, comme de mise à tous les moments de l’existence; quand le cœur souffre, que le sort est contraire; aussi bien dans la vie publique, la vie sociale, que dans la vie privée. C’est par elle que débutait la proclamation qu’en 1870 Gambetta adressait à la France, lui annonçant la capitulation de Metz et l’invitant à un nouvel effort (V. N. II, 72: Sursum corda).
25, Empirent.—«Les mauvais esprits font de la parole de Dieu ce qu’un méchant lapidaire fait d’un diamant.» S. Jérôme.
27, Gents.—Les Protestants. C’est là une charge à fond contre le Protestantisme qui admet le libre examen et les prières du culte dans la langue usuelle.
33, Chacun de.—Le traduire et (add. de 88).
5, Apparence.—En novembre 1901, des protestations unanimes, qui ont dégénéré, dans les rues d’Athènes, en une émeute sanglante, ne se sont-elles pas produites en Grèce, parce qu’une tentative a été faite d’y rendre d’usage courant une traduction en grec moderne des textes sacrés; troubles causés précisément par les difficultés d’interprétation qui faisaient que, chacun appréciant à sa façon, la traduction donnée ne satisfaisait personne.—C’est là, en effet, la raison pour laquelle l’Église maintient les langues mortes, l’hébreu, le grec et le latin, pour les liturgies de Jérusalem, de Constantinople et de Rome, qui sont actuellement les trois principales de la Chrétienté; elles se trouvent de la sorte soustraites aux fluctuations des langues vivantes qui, chaque fois qu’une adaptation serait terminée, obligeraient à en préparer une autre. Du reste le grand nombre de livres où, conjointement, les principales prières sont traduites en langage courant avec le texte ancien en regard, supplée à l’inconvénient que les cérémonies aient lieu dans une langue incomprise des fidèles.—A titre de spécimen de ce à quoi on arrive par les traductions ainsi faites par chacun, nous citerons ce verset du Miserere, relevé dans la traduction en vers des Psaumes faite à l’instigation de Marguerite de Valois en 1543 par Clément Marot, poète de valeur et zélé protestant; le roi David, s’adressant à Dieu, lui dit: «Amplius lava me ab iniquitate mea et a peccato meo munda me (Seigneur, purifiez-moi de plus en plus de mon iniquité, purifiez-moi de mon péché)»; ce que Marot traduit ainsi:
7, Langue.—Le Nouveau Testament avait déjà été traduit en basque en 1571.
8, Ardu.—Difficile, du latin arduus, qui a même signification; par extension, délicat, qui est le sens dans lequel ce mot est employé ici.
17, Gentils.—De gentes, nations. Nom sous lequel les païens sont désignés dans l’Évangile et par les premiers chrétiens; S. Paul, qui les a évangélisés et n’est point des douze apôtres, est appelé l’Apôtre des Gentils.
24, Humaine.—Ce sont pareillement les passions antireligieuses qui, de nos jours, ont fait prononcer la séparation de l’Église et de l’État: lourde faute au point de vue politique, qui fait que l’Église échappe à la main mise sur elle, grâce au Concordat. Faute d’autant plus grave de la part du Gouvernement actuel, dont les tendances ne sont rien moins que conservatrices, que, dans quelques années, remise de la secousse, l’Église rendue à elle-même, sans jouer de rôle apparent, sera un appoint sérieux dans la lutte des partis, en groupant contre le socialisme et l’anarchie avouée ou dissimulée les différents partis conservateurs républicains et autres, leur fournissant un point d’appui et de concentration qui leur fait défaut aujourd’hui et est cause que chaque jour ils vont perdant de plus en plus de terrain.
25, Théodose.—S. Ambroise ou S. Grégoire de Nazianze qui, tous deux, ont été les conseillers de Théodose le Grand.
33, Continuoyent.—La discussion, au dire de Nicétas, II, 4, historien d’Andronic Comnène, avait lieu dans la tente de celui-ci, entre Euthyme, évêque de Patras, et un nommé Jean Ciname; elle portait sur ces paroles de l’Évangile de S. Jean: «Pater major me est (Mon père est plus grand que moi)»; il n’y est pas question de Lapodius.
35, Platon.—Lois, liv. I.
1, Euesque.—Cet évêque est Osorius qui ne dit pas de ses habitants qu’ils n’épousent qu’une seule femme dans toute leur vie, mais seulement qu’ils n’en épousent qu’une à la fois, autrement dit qu’ils ne sont pas polygames (V. la note suivante).
2, Isle.—L’île en question semble celle qui aujourd’hui a nom Socotora; elle est située dans l’océan Indien, à la sortie du golfe d’Aden. Occupée par les Portugais au XVe siècle pour surveiller le détroit de Bab-el-Mandeb, elle est depuis 1886 sous le protectorat de l’Angleterre; c’est un rocher, prolongation en quelque sorte du cap Guardafui, peuplé d’indigènes pillards, de naturel fourbe, de religion musulmane, ne vivant guère que des épaves des nombreux navires qui y font naufrage, par suite des brouillards qui y règnent six mois de l’année.
17, Nom.—Plutarque, De l’Amour, 12.—Autant en peuvent dire tous les hommes, de tous les temps, de tous les lieux, en parlant de la divinité; mais leur orgueil égale leur ignorance sur ce point et les empêche d’en convenir.
33, Sacraire.—Sanctuaire; de sacrarium qui en latin a même signification.
36, Indisciplinatis.—Non orthodoxes. Ces deux mots verbis indisciplinatis ne figurent pas dans les éditions antérieures; ils ont été ajoutés, à titre d’amende honorable, pour satisfaire aux observations qu’à Rome, la censure lui avait faites sur l’emploi de certains mots et expressions. V. N. II, 528: Conscience; III, 474: Reuere.
38, Mode.—Vulgaire (add. de 88).
5, Instruisants.—Nouvelle déclaration de l’auteur, confirmant combien en lui chrétien et moraliste sont deux. V. N. I, 578: Icy.
11, Nostres.—Autrement dit les Protestants.—L’éd. de 88 port.: de nostre auis.
17, Xenophon.—Xénophon semble être nommé par erreur; c’est probablement du second Alcibiade de Platon qu’il est ici question.
22, Vitieuses.—Et détestables, aj. l’éd. de 80.
22, Pardonne.—Montaigne, peut-être par réminiscence du latin qui a été la langue de ses premiers ans et, en tout cas, conséquent avec ses idées sur les rapports qui doivent exister entre les parents et les enfants, est pour le tutoiement vis-à-vis de Dieu, ce père par excellence; les Protestants en agissent de même.
25, Toutesfois.—Ie vois qu’en nos vices mesmes.
27, Diuis.—Sénèque a dit de même: «A voix basse, ils font aux dieux des prières exécrables; et si quelqu’un vient à les écouter, ils se taisent, découvrant à Dieu ce qu’ils ne veulent pas qu’il soit su des hommes.»
32, Desgosiller.—Égorger; on disait aussi esgosiller, qui s’est conservé, mais avec un sens autre.
33, Petarder.—Faire sauter à l’aide d’un pétard (grosse cartouche remplie de poudre).
35, Auarice.—Épicure disait que «si les dieux accordaient aux mortels tout ce qu’ils demandent, le genre humain serait bientôt anéanti».
1, Marguerite.—Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et femme d’Henri d’Albret, roi de Navarre.
9, Deuotion.—La reine conte qu’à l’aller il ne s’arrêtait jamais, mais qu’au retour il ne manquait pas d’entrer et de demeurer longtemps en oraison.—Louis XI demandait à la petite image de la Vierge qu’il portait à son bonnet, pardon de ses méfaits qui, pour lui être inspirés par la politique, n’en étaient pas moins grands et fort nombreux.
11, Matieres.—Var. de 88: mysteres.
20, Requestes.—Add. des éd. ant.: et prieres.
34, Mot.—Platon, second Alcibiade.—Œdipe, en apprenant qu’il était le meurtrier de son père et le mari de sa mère (V. N. I, 172: Enfants), se creva les yeux et vécut caché dans son palais; mais il en fut chassé par ses fils Étéocle et Polynice, et, dans son irritation, forma le vœu rapporté ici et qui se réalisa: l’accord entre les deux frères ne fut que de courte durée; ils en appelèrent aux armes et se livrèrent un combat singulier où, dans leur acharnement, ils se tuèrent réciproquement, XIVe siècle.
35, Prudence.—«Qui sait ce qui est bon pour l’homme dans la vie?» Ecclésiaste, VI, 12.
2, Expiation.—Générale, aj. les éd. ant.
11, Platon.—Lois, IV.
15, Penates.—Les Pénates; dieux qui, chez les Romains, présidaient aux biens domestiques; ils sont souvent confondus avec les dieux Lares qui étaient plutôt, dans les familles, chargés du soin des personnes que de celui des richesses.
CHAPITRE LVII.
22, Huict ans.—Plutarque, Caton d’Utique, 20.
24, S’entretiennent de.—Se consolant en (var. des éd. ant.).
4, Esperable.—On meurt de vieillesse, ou pour mieux dire d’usure, à tout âge, suivant le degré de force vitale que l’on a reçu en naissant, et les épreuves survenues postérieurement. Toutefois on peut admettre qu’aucune autre cause de mortalité n’intervenant, ce degré de force est normal, quand il fait durer l’homme jusqu’à 70 ans, et a fortiori au delà. Les tables de mortalité de Duvillard établissent que sur un million d’êtres humains qui viennent au monde viables: 117.000 arrivent à l’âge de 70 ans; 35.000 à celui de 80 ans; 4.000 à 90; 207 à 100; 1 à 109; aucun à 110.—Des cas de longévité plus considérable sont cependant accusés, même en assez grand nombre, dans les temps reculés, mais seule la tradition les rapporte et nous n’avons rien qui permette de les contrôler. Les plus saillants sont, d’après la Bible: Adam, qui vécut 930 ans; Mathusalem, 969; d’après les auteurs profanes: la Sibylle d’Erythrée, 1000 ans; Épiménide, en Crète, 157 ans. On cite aussi, et celui-là avec un certain caractère d’authenticité, le cas d’un Anglais, qui serait né en 1483 et mort en 1651, ayant vécu 169 ans; dix rois, dans ce laps de temps, se sont succédé sur le trône d’Angleterre.
19, Durer.—Les chances théoriques, mais non effectives, que nous avons d’arriver à tel ou tel âge, varient suivant celui auquel nous sommes parvenus. Ces chances sont actuellement assez exactement déterminées par les tables de mortalité: Montaigne, par exemple, qui avait quarante-deux ans, quand, vers 1574, il écrivait ce chapitre, avait plus de chances de longévité, infirmités à part, que lorsque, n’ayant que trente-neuf ans, il écrivait le ch. XIXe de ce même livre. V. I, 112 et N. Autant.—Toutefois ces indications, résultat de statistiques, qui vont acquérant de jour en jour plus d’exactitude, ne sont pas immuables; elles accusent un accroissement constant de longévité. La vie moyenne qui, avant la Révolution, était de 29 ans, semble, en France, être de 46 ans (45 pour les hommes, 47 pour les femmes), grâce surtout aux mesures prises pour la conservation des nouveau-nés et des enfants en bas âge, aux progrès de l’hygiène et à une plus grande préoccupation de l’homme pour sa conservation, quelque peu aussi à l’avancement des sciences médicales, mais ce, il faut bien le dire, au détriment de la santé, de plus en plus compromise par le maintien à l’existence, à force de soins et de précautions, d’individus chétifs et perpétuellement souffreteux; la sélection qui s’opérait jadis, se faisant moins bien aujourd’hui, ils vont transmettant à ceux qu’ils engendrent les tares dont ils sont eux-mêmes affectés, que viennent aggraver à chaque génération le surmenage intellectuel et physique, moins d’exercices fortifiants, moins de grand air, l’abus de l’alcool, les excès et la continuité des jouissances de toute nature, et aussi les falsifications de plus en plus nombreuses et nocives des denrées alimentaires. En somme, la durée de la vie humaine s’accroît, mais à tous les âges on se porte notablement plus mal; est-ce progrès?
25, Trente ans.—Suétone, Auguste, 12.—Les lois fixaient chez les Romains l’âge de 31 ans pour l’obtention de la questure; 37, pour l’édilité; 40, pour la préture; 43, pour le consulat; mais on accordait souvent des dispenses, témoin Scipion Émilien postulant le consulat et répondant à quelqu’un qui lui objectait qu’il n’avait pas l’âge: «Je l’aurai, si je suis nommé.» En 81, Sylla fit rendre une loi complémentaire interdisant de commander une armée avant d’être questeur, et consul avant d’en avoir commandé une; et elle interdisait d’être nommé une seconde fois à une même charge avant deux ans d’intervalle.
27, Guerre.—Aulu Gelle, X, 28.
28, Seiour.—Repos, retraite.
32, Cettuy-ci.—Auguste, dont il vient d’être parlé.
34, Trente.—Cette émancipation des souverains est générale, et partout on les voit exercer le pouvoir royal à un âge où, simples particuliers, ils ne pourraient gérer leurs propres intérêts. Il semble qu’il y ait pour la gestion des affaires publiques des grâces d’état, car indépendamment de cette anomalie, en partie justifiée par l’éducation spéciale dont ces princes sont l’objet, combien de nos hommes politiques gèrent les nôtres, qui, au su et connu de tout le monde, ne savent pas gérer les leurs et auxquels nous ne confierions pas nos intérêts privés; que les incrédules aillent se renseigner, auprès des trésoriers de nos deux Chambres, sur les oppositions dont sont l’objet les traitements, au début de leurs mandats, de nos députés et sénateurs.
35, Estre.—Montaigne se prononce ici pour l’émancipation complète de l’homme à 20 ans. De son temps, les coutumes, sur ce point, étaient variables; cependant, en général, la majorité légale était, à peu près partout, fixée à 21 ans, mais les droits qu’elle concédait étaient restreints; la majorité parfaite, qui seule permettait de disposer des immeubles, n’avait lieu qu’à 26 ans. Depuis la Révolution, sauf sous le rapport du mariage, exception dont se poursuit l’abrogation, on est absolument hors tutelle à 21 ans.
37, Arre.—Arrhe, marque, témoignage.—Philippe de Comines dit de même: «Il faut noter que tous les hommes qui jamais ont été grands et fait de grandes choses, ont commencé fort jeunes; cela tient à l’éducation, ou vient de la grâce de Dieu.»
29, Tard.—Les éd. ant. port.: longtemps.
LIVRE SECOND
CHAPITRE PREMIER.
6, Venus.—Son audace et son intrépidité dans les dangers l’avaient fait tout d’abord appeler «fils de Mars»; mais, par la suite, ses actions ayant témoigné des qualités tout opposées, on l’appela «fils de Vénus». Plutarque, Marius, à la fin.
8, Chien.—Boniface VIII, d’un caractère tout à la fois fin, impérieux et violent, eut de vifs démêlés avec l’empereur d’Allemagne et surtout avec le roi de France Philippe le Bel, parce qu’il voulait élever la puissance spirituelle du pape au-dessus de la puissance temporelle des souverains. Arrêté par ordre du roi de France qui voulait le faire juger par un concile, il fut délivré quatre jours après par le peuple; mais, tombé malade, les uns disent par suite des mauvais traitements qu’il avait subis, de dépit suivant d’autres, il mourut (1303).—Le Dante, qu’il avait voulu faire périr, l’a placé dans son enfer.
12, Mort.—Sénèque, De Clementia, II, 1.—Quand Néron fit cette réponse à Burrhus, préfet du prétoire, qui lui présentait à signer la condamnation de deux voleurs, il était jeune, venait à peine d’être élevé au pouvoir, n’était pas encore corrompu par la toute-puissance et les flatteurs de son entourage, et son caractère atrocement cruel ne s’était pas encore révélé.
18, Potest.—L’éd. de 88 aj.: C’est vn mauuais conseil qui ne se peut changer (traduction de la citation qui précède).
6, Iuges.—C.-à-d. que les juges les plus hardis n’ont pu porter sur son caractère un jugement sûr et arrêté.
12, Ancien.—Sénèque, Epist. 20.
17, Mesure.—Certains vices peuvent faire naître des qualités: l’avarice produit la sobriété; la peur, la prudence; la défiance, l’ordre; l’orgueil, la charité.
21, Constance.—«La prudence est le principe de toutes les vertus; le courage en est la perfection; l’une nous enseigne la route, l’autre nous y affermit.» Démosthène, dans le Discours funèbre, qui lui est attribué, sur les guerriers morts à Chéronée.
29, Couche.—Le caméléon, petit lézard inoffensif qui a une couleur grisâtre assez mal définie qui lui est propre, mais dont la nuance change sous l’effet de la présence des objets ambiants dont, par reflet, il prend la coloration.
6, Librement.—Certains ont vu là une réfutation embryonnaire du libre arbitre attribué à l’homme qui ferait librement ce qu’il veut, mais qui invinciblement, fatalement serait astreint à vouloir telle chose, plutôt que telle autre, ce qu’en d’autres termes on nomme la carte forcée.—La phrase elle-même est traduite de Sénèque, Epist. 52.
12, Mourir.—Diogène Laerce, VIII, 83.—Élien prête ce mot à Platon.
12, Discours.—Cette phrase est la suite de celle qui finit trois lignes plus haut par ces mots: des choses aux autres. La phrase intermédiaire, qui n’est point dans les éditions antérieures, rompt la liaison des idées, cas assez fréquent dans les Essais.
14, Touché.—C.-à-d. celui qui a posé le doigt sur une des touches d’un clavier, les fait résonner toutes.—On donnait autrefois le nom de marches aux touches des clavecins, des orgues, etc.
19, Estat.—C.-à-d. les désordres engendrés par les guerres civiles de l’époque.
29, Lucrece.—Femme romaine, épouse de Tarquin Collatin. Violée par Sextus, fils de Tarquin le Superbe, roi de Rome, elle fit l’aveu de son malheur à ses proches et se tua sous leurs yeux, en demandant vengeance (509); ce fut l’occasion du renversement de la royauté et de l’établissement de la République.
30, Non si difficile.—Bonne et amiable (var. de l’éd. de 80).
32, Pointe.—C.-à-d. quand vous n’aurez pu réussir à obtenir les faveurs de votre maîtresse.—Certains pensent qu’il y a ici une faute d’impression, qu’il faut «sailly» au lieu de failly (l’ s initial et l’ f ne différant dans les caractères d’imprimerie de l’époque que par le trait horizontal que celle-ci porte en son milieu); le sens serait alors: Parce que vous aurez satisfait votre maîtresse. Ceux qui en tiennent pour cette version, s’appuient sur le membre de phrase qui précède: «Comme dit le compte», que l’on croit être la deuxième nouvelle de la troisième journée de Boccace, intitulée «Un Palefrenier», où il est question d’un homme de cet état, qui s’introduit près de la reine des Lombards avec laquelle il couche, celle-ci s’imaginant, avant comme après, qu’elle a affaire à son mari.
34, Heure.—Voltaire a exprimé la même idée: