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Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV cover

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV

Chapter 176: DEUXIÈME VOLUME.
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About This Book

A series of reflective essays that probe human behavior, belief, and the limits of knowledge through intimate self-examination, classical learning, and anecdote. The pieces consider education, friendship, custom, mortality, and political life, employing skeptical inquiry and conversational digressions. The writing mixes philosophical observation, personal reminiscence, and learned citation, and this volume is accompanied by editorial notes, biographical material, and a chronological summary that places the essays in the context of the author’s life and thought.

642,

1, Pelasgia.—Pelagia était d’Antioche (Asie Mineure) et était âgée de 15 ans seulement. Surprise chez elle par l’édit de persécution et mise en demeure de choisir entre sa virginité ou sa religion, elle obtint des soldats qui avaient envahi sa demeure un répit pour mettre ordre à sa toilette, promettant de les satisfaire; et, montant à l’étage supérieur, elle se précipita par une fenêtre. Sa mère et ses deux sœurs s’étaient enfuies; sur le point d’être atteintes, elles se dirigèrent vers la rivière qui était proche, y entrèrent comme pour s’y baigner, et s’avançant jusqu’à ce qu’elles perdissent pied, s’y noyèrent volontairement. S. Ambroise, De Virg., III.

1, Sophonia.—En 311, lors de la persécution à laquelle mit fin la victoire, sous les murs de Rome, de Constantin, qui assura le triomphe définitif du Christianisme (321). Rufin, Hist. ecclés., VIII, 27; Eusèbe, Hist. ecclés., VIII, 14, toutefois celui-ci ne la nomme pas, quoique ce soit la même.

15, Marot.—«De ouy et nenny», poésie de Cl. Marot:

«Un doulx nenny, avec un doulx sourire,
Est tant honneste! Il vous le faut apprendre.
Quant est d’ouy; si veniez à le dire,
D’avoir trop dict je vouldrois vous reprendre;
Non que je sois ennuyé d’entreprendre
Le duict dont le desir me poinct;
Mais je vouldrois qu’en me le laissant prendre,
Vous me disiez: Non, vous ne l’aurez point.»

18, Passé.—Tacite, Ann., VI, 48.—En 36. Aruntius, impliqué dans un procès d’adultère imaginé pour le perdre, se tua, alors que ses amis cherchaient à lui persuader qu’il s’en tirerait en temporisant, disant que l’avènement à l’empire de Caligula lui faisait prévoir un esclavage pire que celui que Tibère avait fait peser sur eux et qu’il voulait mettre fin à la fois au passé et à l’avenir. L’estime en laquelle on le tenait était telle, que l’empereur Auguste, près de mourir, l’avait déclaré digne du rang suprême.

18, Proximus.—Tacite, Ann., XV, 71.

25, Prinse.—S’étant emparé du camp des Perses, Spargapisez et ses Scythes avaient fait main basse sur ce qui s’y trouvait, s’y étaient enivrés et endormis, si bien que surpris par leurs ennemis, ils avaient été faits prisonniers; revenu à lui, et apprenant le fâcheux état en lequel il se trouvait, Spargapisez sollicita qu’on lui ôtât ses liens et se tua (530).  Hérodote, I.

28, Cheuance.—On comprenait sous ce nom l’ensemble de tout ce que quelqu’un possédait.

35, Soy-mesme.—En 475, pendant la deuxième guerre médique, lors des opérations qui suivirent la bataille de Platée.  Hérodote, VII.

644,

16, Feu.—Le fait s’est passé sous la domination portugaise, qui, commencée en 1511, a pris fin en 1641, date à laquelle les Hollandais se substituèrent aux Portugais pour faire place en 1824 à l’Angleterre à laquelle ce territoire appartient actuellement.

20, Compagnie.—Tacite, Ann., VI, 29.—Scaurus s’était aliéné Tibère par une tragédie dont le sujet (Atrée) et quelques vers lui avaient été dénoncés comme une critique; ce fut la cause d’une accusation de lèse-majesté, que l’on renforça en y joignant une imputation d’adultère avec Livie, la mère de l’empereur, et de sacrifices magiques. A l’instigation de sa femme, qui partagea sa mort, il prévint son jugement, en se tuant (34).—Labéon, gouverneur de Mysie (Asie Mineure), était accusé de malversations; Tibère lui fit signifier qu’il lui interdisait sa maison; c’était une de ses formules de disgrâce et de proscription. Devançant la venue du bourreau, Labéon se fit ouvrir les veines; Paxéa, sa femme, imita son exemple (34).

21, Nerua.—Tacite, Ann., VI, 26.

34, Garde.—«Une femme ne cèle que ce qu’elle ne sait pas.» Proverbe.—Caton l’Ancien disait qu’il fallait se repentir de trois choses seulement: révéler son secret à une femme; passer un jour dans l’oisiveté; aller par mer dans un endroit accessible par terre.

35, Corps.—Auguste avait exprimé devant Fulvius ses regrets de laisser l’empire à Tibère son beau-fils et l’idée que, parfois, il avait de revenir sur sa détermination. Fulvius rapporta le fait à sa femme, et celle-ci à Livie, femme d’Auguste et mère de Tibère, qui vint récriminer. Aussi, le lendemain, quand Fulvius vint le saluer, lui disant suivant sa coutume: «Dieu te garde, César», Auguste lui répondit: «Dieu te fasse sage, Fulvius». Il comprit de suite par là que lui d’abord, sa femme ensuite, avaient trop parlé. Plutarque, Du trop parler, 9.—Tacite, Ann., I, 5, rapporte également le fait; mais il l’attribue à un nommé Fabius Maximus et ne dit pas que sa femme se tua, mais seulement qu’à ses funérailles on l’entendit s’accuser d’être la cause de sa mort.

36, Virius.—Tite-Live, XXVI, 13-15.—Après la défaite de Cannes, Capoue, à l’instigation de Vibius Virius, s’était détachée de Rome et avait ouvert ses portes à Annibal. Trois ans après, les Romains vinrent mettre le siège devant cette ville; il durait depuis deux ans déjà, et ils avaient dû l’interrompre à diverses reprises, mais enfin la résistance était à bout, quand Vibius, pour échapper à leur vengeance, prit la détermination dont il est ici question (211).

646,

19, De là.—De Capoue, ou de la Campanie, comme dit Tite-Live, Ann., XXVI, 15.

33, Consul.—Lors de la reprise de Capoue par les Romains (211).—D’après une autre version, Jubellius Taurea ne se serait pas tué lui-même; compris au nombre de ceux condamnés à périr, il aurait simplement à ce moment apostrophé le consul Quintus Fulvius. Tite-Live rapporte également qu’au moment où le supplice de ces sénateurs s’apprêtait, on remit au consul un courrier arrivant de Rome, contenant un sénatus-consulte leur faisant grâce, et que Fulvius, le pressentant, remit à l’ouvrir jusqu’à ce que l’exécution fût terminée.

39, Vie.—Ce fait semble se rapporter non à une ville des Indes, mais à celle des Marmaréens, peuplade qui occupait sur les frontières de la Lycie un rocher fortifié. Ayant attaqué l’arrière-garde d’Alexandre, celui-ci revint sur ses pas et mit le siège devant leur forteresse; convaincus bientôt de l’inutilité de toute résistance, ses défenseurs décidèrent de tuer enfants, femmes et vieillards, de mettre le feu aux maisons, d’exécuter ensuite une sortie et de se sauver dans les montagnes voisines, ce qu’ils firent (334). Diodore de Sicile, XXVII, 18.

648,

17, Suiuoit.—En 206. Astapa était assiégée par Marcius, chevalier romain, qui, après la mort des deux frères Scipions, avait pris le commandement de l’armée (V. I, 42 et N. Freres); fidèle aux Carthaginois et placée sur les communications de l’armée romaine, elle en interceptait les convois.  Tite-Live, XXVIII, 22, 23.

24, Soy.—En 348. Abydos, auj. un des forts des Dardanelles, était une colonie d’Athènes; la guerre entre Philippe roi de Macédoine et les Athéniens avait été amenée par la mise à mort par ceux-ci de deux Acarnaniens (l’Acarnanie était située entre l’Étolie et l’Épire), peuple allié de Philippe, qui par suite d’une erreur de leur part, bien que non initiés, étaient entrés dans le temple de Cérès pendant la célébration des mystères d’Éleusis. Tite-Live, XXXI, 17 et 18.

27, Separées.—Que lorsqu’elles ont été prises séparément.

28, Iugements.—C’est exactement l’idée qui a cours aujourd’hui sur la mentalité des foules et la modification qu’y subissent, momentanément mais inéluctablement, les facultés intellectuelles de quiconque s’y trouve mêlé. V. N. I, 488: Roy.

650,

2, Testament.—Tacite, Ann., VI, 29.—Au Japon, les nobles qui sont condamnés à mort peuvent encore, dit-on, par faveur spéciale obtenir de s’exécuter eux-mêmes par le harikiri, privilège des hautes classes, qui consiste à s’ouvrir le ventre et, simultanément, être décapité par un ami, suivant un rite particulier; mourant de la sorte, ils évitent eux aussi la confiscation de leurs biens qui passent à leurs héritiers.

4, Iesus-Christ.—Epist. ad Philipp., I.

5, Liens.—Epist. ad Rom., VII.

5, Ambraciota.—D’Ambracie.  Cicéron, Tusc., I, 34.

6, Phædon.—Un des dialogues de Platon, ainsi appelé du nom d’un des disciples de Socrate les plus fidèles à sa doctrine; dans le Phédon, il est traité plus particulièrement de l’immortalité de l’âme. V. N. II, 72: Platon.

11, Soissons.—En 1250, quand, après la bataille de Mansourah, l’armée se retirait sur Damiette, retraite dans laquelle saint Louis fut fait prisonnier.

16, Terres.—L’Amérique. Cela se voit aussi dans l’ancien continent: au Japon, aux Indes; dans cette dernière contrée, au royaume d’Aracan, on promène chaque année l’idole Guiay-Pora dans un grand char sous les roues duquel les plus dévots du pays se font écraser.

25, La iustice... volontaires.—Ce doubte (var. des éd. ant.).

31, Soy.—Valère Maxime, II, 6, 7.—Ce désir de mort volontaire y était admis pour cause soit d’adversité, soit de prospérité: l’une si elle était de durée prolongée, l’autre de peur qu’elle ne vînt à cesser; le fait relaté dans l’alinéa suivant rentre dans ce dernier cas.

31, Ailleurs.—Suivant Amundsen, explorateur moderne (1900), le suicide est permis chez les Esquimaux.

35, Compagnie.—Valère Maxime, II, 6, 8.—Le fait se passait en 51.

652,

19, Mercure.—Dieu de l’éloquence, du commerce et des voleurs; avait aussi la mission de conduire les âmes aux Enfers, où toutes, indistinctement, allaient après la mort: les unes aux Champs Élysées, séjour des bons; les autres au Tartare, réservé aux méchants.

25, Hyperborée.—Nation que Pline, Hist. nat., IV, 12, place au delà de l’Océan glacial arctique qu’il nomme Aquilon glacial, où, dit-il, les jours sont de six mois, les nuits de même durée; nation heureuse, ajoute-t-il, où la discorde est ignorée ainsi que toute maladie, où on ne meurt que par satiété de la vie.

31, Incitations.—Cicéron, Tusc., II, 27.—Cette opinion est conforme à la doctrine des Stoïciens, qui qualifiait de lâches ceux qui s’attachaient quand même à la vie, lorsque les infirmités les accablaient ou qu’ils étaient l’objet d’infortunes flétrissantes.—En somme, indépendamment des avis particuliers, dans un sens ou dans un autre, déjà cités (V. N. I, 630: Mesme; N. I, 632: Contraste), d’une façon générale: La loi de Moyse réprouve le suicide; les suicidés chez les Hébreux étaient privés de sépulture ou tout au moins enterrés de nuit, la Bible mentionne du reste fort peu de suicides. Les anciens livres sacrés des Hindous, les Védas, le condamnent, mais la religion de Brahma l’encourageant à titre de sacrifice religieux, le nombre de ceux qui, dans les Indes, s’immolent ainsi par fanatisme est inouï. En Chine, le suicide est fréquent; au Japon, on s’en fait souvent un point d’honneur. Zoroastre le condamne; de même Mahomet, et les suicides sont très rares chez les Musulmans. Dans l’antiquité grecque où Socrate en est un adversaire déclaré, il se produit fréquemment; et quoique condamné en principe par les lois, comme le Sénat à Marseille, l’Aréopage à Athènes l’autorisait quand il en approuvait les motifs. Nous connaissons l’opinion des Stoïciens; les Sceptiques, eux, se désintéressaient de la question. A Carthage, les fluctuations de la politique firent qu’il était de pratique courante. A Rome, rare au début, il l’est beaucoup moins vers la fin de la République, et, sous l’empire, nombreux sont ceux qui ont recours au suicide pour échapper à la tyrannie du prince; mais sous tous régimes il est réprimé avec une extrême rigueur chez le soldat dont toute tentative avortée entraîne la peine capitale. Il est fort en honneur chez les peuples primitifs de la Gaule, les vieillards y avaient souvent recours. Parmi les chrétiens, saint Augustin est le premier qui se prononce contre, sans restriction aucune; les conciles qui suivent le frappent d’excommunication; sous saint Louis, les suicidés sont jugés et les mesures prises contre leurs restes sont empreintes d’une extrême sévérité et leurs biens sont confisqués. Le protestantisme le réprouve également; J.-J. Rousseau et Voltaire se déclarent plutôt pour que contre; la Révolution abroge les peines qui le frappent.—Depuis, en France, comme partout ailleurs du reste, il tend à augmenter d’année en année particulièrement dans les grandes villes, motivé surtout par des maladies cérébrales, les souffrances physiques, et l’inconduite; puis encore par la misère, les revers de fortune, les chagrins domestiques, des amours contrariés, le désir d’éviter des poursuites judiciaires, l’ivrognerie, et chez quelques-uns le dégoût du service militaire. De 1.700 par an qu’était, en moyenne, en France, en 1827 le nombre des suicides, il s’est élevé, par une gradation ininterrompue, à 7.267 en 1865; sur ce nombre qui comprend des enfants de seize ans et au-dessous, les gens mariés entrent pour moitié, les femmes pour un quart. Cette progression est due à la même cause qui fait que la criminalité va croissant; chacun veut, chaque jour davantage, l’existence meilleure et plus facile et en supporte d’autant moins les déboires inévitables, ce qui est plutôt veulerie; on ne saurait douter non plus que n’y contribue chez beaucoup l’affaiblissement de la foi qui seule, qu’elle repose sur la vérité ou l’erreur, ce qui importe peu, donne, quoi qu’on en dise, aux croyants (heureuses gens!), patience et consolation en cette vie.—Pour conclure, on peut dire du suicide, comme de tant d’autres choses de ce monde, que le jugement à en porter est essentiellement variable suivant chaque cas particulier; s’il est en général à condamner, il est parfois excusable et dans quelques circonstances être le fait d’un grand caractère et d’un non moins grand courage, ne prêtant en rien à la critique la plus sévère.

CHAPITRE IV.
654,

1, Auec.—Grande (add. des éd. ant.).

7, Grec.—Montaigne avait appris le grec, il n’y a pas doute à ce sujet; mais il ne l’avait jamais su à beaucoup près comme le latin, et il est fort croyable qu’à l’âge où il était arrivé il n’y entendait plus grand’chose.

7, Sens.—Si beau (add. des éd. ant.).

16, Breuiaire.—Livre dont les ecclésiastiques doivent lire journellement des passages déterminés; par extension, livre de lecture habituelle, qui «ne quitte point nos mains, nuit et jour feuilleté», a dit Boileau.

17, Resigne.—Abandonne, signale.

21, Soy.—Moins embarrassé, plus naturel.

23, Plutarque.—Traité de la Curiosité, 14.

656,

15, De Boutieres.—Du Bellay, IX.—En 1543. Cet avis portait qu’une tentative allait être faite, à l’aide de voitures de foin qu’on chercherait à introduire dans la ville dont il était gouverneur, pour s’emparer de l’une des portes. De Boutières négligea d’en prendre connaissance et ce ne fut que par le fait du hasard qu’échoua ce coup de main consistant en cinq voitures de foin, portant au-dessous de leur fond des cages très ingénieusement aménagées, dans chacune desquelles avaient pris place six soldats qui devaient en sortir à l’improviste et, avec l’aide des conducteurs qui étaient également des soldats déguisés, assaillir le poste et s’en emparer.

20, Presenta.—Plutarque, J. César, 17.—Cet avis fut donné à César par Artémidore de Cnide, qui enseignait à Rome les lettres grecques et latines; voyant habituellement les complices de Brutus, il était en partie au courant de la conjuration. «Lisez seul et promptement,» lui dit-il en lui remettant son écrit. César essaya de lire à plusieurs reprises, mais il en fut empêché par la foule de ceux qui venaient lui parler; d’autres disent que cette même foule empêchant Artémidore d’approcher, il lui fit remettre ses papiers par un autre; toujours est-il que César entra au Sénat sans en prendre connaissance. Les éd. ant. aj. ici: contenant le faict de l’entreprise.

24, Preparoit.—Plutarque, De l’esprit familier de Socrate, 27.—En 378; le premier Archias était un capitaine thébain, gouvernant Thèbes au nom de Sparte qui l’y avait installé; l’autre, son hôte et son ami, était souverain-pontife à Athènes.

33, Faire.—En 1846, le prince de Metternich, chancelier d’Autriche, celui-là même qui avait tant contribué à la chute de Napoléon Ier, était, dit-on, jouant un soir aux cartes, quand survint une dépêche de Gallicie, où régnait une certaine fermentation. Tout entier à son jeu, ce ne fut que trois heures après qu’il décacheta cette dépêche, par laquelle on lui transmettait des propositions qui eussent tout arrangé. C’était trop tard: il y avait urgence, et la réponse n’arrivant pas, un conflit s’était produit, faisant deux mille victimes. Le prince garda tout le restant de ses jours le remords de cet instant d’oubli.

34, Consulaire.—Plutarque, Propos de table, I, 3, 2.

35, Deliure.—Plus dégagé.

36, Pour entretenir... assis.—Var. des éd. ant.: ou pour porter nouuelles à celuy qui seroit assis, ou pour lui donner quelque aduertissement à l’oreille.

CHAPITRE V.
658,

Conscience.—«Il est au fond de nos âmes un principe inné de justice et de vertu, d’après lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises; c’est à ce principe que je donne le nom de conscience.»  J.-J. Rousseau.

1, Voyageant... durant.—Var. de 80: Ie passois vn iour païs pendant.

7, Air.—Foyer (var. des éd. ant.).

19, Masque.—Sur sa physionomie et malgré la croix, signe distinctif des catholiques, qu’il portait sur sa casaque (sorte de pardessus à manches larges), bien qu’il n’appartînt pas à ce parti.—Les protestants portaient l’écharpe; celle des partisans de Henri IV était blanche.

25, Pœonien.—Ce mot signifie à la fois: chargé des soins à donner aux paons, et individu originaire de la Pœonie. Les deux sens ont cours; avec le premier, Bessus serait une sorte de valet de ferme; nous avons adopté le second, l’anecdote étant vraisemblablement tirée de Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 8, qui le qualifie de capitaine, chef d’une troupe à pied, et le donne comme ayant abattu ce nid avec une pique qu’il avait en main.

31, Penitence.—On fait souvent allusion à ce mode d’intervention imprévu de la Providence, sous le nom des «Grues d’Ibycus». Ibycus assassiné par des brigands, au milieu d’une forêt, était sur le point d’expirer, quand voyant dans les airs un vol de grues, il les prit à témoin de l’attentat dont il était victime. Quelque temps après, ses assassins se trouvant aux jeux Olympiques, l’un d’eux, voyant passer un vol de grues, s’écria imprudemment: «Voilà les témoins d’Ibycus!» Ce propos, sur lequel il fut appelé à s’expliquer, révéla leur culpabilité. Erasme.

660,

1, Peché.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9.

2, L’attend.—Sénèque, Epist. 105, à la fin.

2, Meschanceté.—D’elle mesme (add. de 80).

8, Cantharides.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9.—La cantharide est un insecte de la famille des coléoptères, qui, réduit en poudre, est la base des vésicatoires. Cette poudre, absorbée à l’intérieur, est un poison violent qui était assez en usage chez les anciens. Ils attribuaient en outre à la piqûre même de l’insecte la propriété de donner la mort qui se produisait, croyaient-ils, dans la disposition où l’on était à l’instant où l’on était piqué: si à ce moment, par exemple, on riait, on mourait en riant. La science moderne assigne le camphre comme antidote des empoisonnements par la cantharide; quant à recéler en elle-même son contrepoison, Plutarque ne le rapporte que comme un on-dit.

18, Maux.—Plutarque, Pourquoi la justice divine, etc., 9; Polyen, IV, 6, 18.

20, Mesmes.—Sénèque, Epist. 97.—Sophocle et Lucien émettent une idée analogue: «Rien n’est caché, car le temps voit, entend et révèle tout,» dit le premier. «Tu pourras peut-être, dit le second, dérober aux hommes la connaissance de tes actions coupables; tu ne le pourras envers les dieux malgré tous tes calculs.»—La formule d’Épicure que donne Montaigne et que L. Racine a traduite dans son poème de La Religion:

«De ses remords secrets triste et lente victime,
Jamais un criminel ne s’absout de son crime...
Le cruel repentir est le premier bourreau
Qui dans un sein coupable enfonce le couteau»,

semble moins prêter à controverse, et cependant on peut dire que chez le méchant, c’est-à-dire chez celui en lequel le mal prédomine, la conscience est oblitérée; soit parce qu’elle a toujours été telle, soit parce que trop souvent il a négligé de l’écouter, elle ne se fait plus entendre, le remords n’existe pas. Aussi sommes-nous de ceux qui n’en voulant pas au méchant, le considérant comme inconscient, voyons en lui un être malfaisant que la société a le devoir non de punir, elle n’a guère elle-même la faculté d’en juger sainement, mais de mettre hors d’état de lui nuire, comme elle fait d’un fou, d’un pestiféré, d’une bête fauve, d’un chien enragé, lorsqu’il est avéré qu’il constitue un danger public. Contrairement à ce qu’a introduit la chicane, c’est le fait qui est à apprécier et non l’intention; la constatation du premier est généralement facile, l’autre est toujours impossible, notre état mental, à tous, à un moment donné, essentiellement variable, échappant à toute appréciation: principe qui est la base de la loi du talion et de l’action civile ou réparation du préjudice causé. Il est à portée des intelligences les plus simples et a suffi dans les sociétés primitives à assurer le maintien de l’ordre, à protéger les personnes et les choses, au moins aussi bien que nous y parvenons dans nos sociétés modernes avec notre législation si prolixe, où tout est agencé pour jeter de la confusion dans les esprits, favorisant les mauvais au préjudice des bons, à l’opposé de ce que commandent la raison et l’équité.

31, Importante.—Plutarque, Comment on peut se louer soi-même, 5.—En 190. Scipion l’Africain, la loi semblant s’y opposer et les questeurs hésitant à le faire, de lui-même, simple particulier à ce moment, mais déjà paré des lauriers de Zama, avait ouvert le trésor public réservé pour parer à une guerre contre les Gaulois, et y avait puisé pour faire face aux besoins de la guerre que Rome méditait contre Antiochus, roi de Syrie, dont les progrès commençaient à donner de l’inquiétude, guerre dont son frère allait être chargé.

33, Teste.—De juger dans une affaire pouvant entraîner une condamnation capitale.

40, Suitte.—Valère Maxime, III, 7, 1.—En 188. Il avait accompagné son frère en Asie en qualité de lieutenant, et, en réalité, dirigé la guerre qui avait contraint Antiochus à restituer aux alliés de Rome toutes les conquêtes qu’il avait faites sur eux, quand, à leur retour, les deux frères furent accusés par le tribun Nevius de s’être laissé corrompre par l’ennemi.

47, Pieces.—Tite-Live, XXXVIII, 54 et 55.—En 187. Cette accusation portée contre Scipion l’Africain et Scipion l’Asiatique est la même, renouvelée, que la seconde dont Montaigne vient de parler et à laquelle ils avaient échappé l’année précédente en évoquant le souvenir de Zama. Sommé de produire ses comptes, Scipion l’Africain lacéra le registre où ils étaient consignés, disant qu’«il ne s’abaisserait pas à se justifier d’une dépense de 4.000.000 de sesterces (800.000 fr.) pour une expédition, lui qui, par ses victoires, avait enrichi le trésor de 200.000.000 de sesterces (40.000.000 de fr.), et n’en avait rapporté que le surnom d’Africain, et que s’ils étaient riches, c’était en ennemis beaucoup plus qu’en argent»; et il s’exila volontairement à Literne en Campanie, où il mourut en 184. Son frère fut condamné à une forte amende; ne pouvant la payer intégralement, il allait être conduit en prison, quand T. Sempronius Gracchus, autre tribun du peuple, qui jusqu’alors s’était montré l’ennemi des Scipions, s’y opposa. Ruiné par cette amende, Lucius Scipion n’accepta de ses parents et amis, qui mirent à sa disposition des sommes immenses, que de quoi racheter ce qui était strictement nécessaire à son existence.

47, Cauterizée.—Ulcérée, torturée par le remords.

662,

4, Innocence.—«La vertu s’avilit à se justifier.»  Voltaire, Œdipe.

5, Gehennes.—La torture, appliquée aux accusés pour les forcer à avouer leur crime ou nommer leurs complices, dite question préalable, a été abolie en France par Louis XVI, en 1780.

11, Guerdon.—Une si belle récompense que celle.

22, Confessions.—Accusations, porte l’éd. de 88.

24, Fit.—Quinte Curce, VI.—En 329. Accusé d’avoir trempé dans un complot contre Alexandre le Grand, fut mis à la torture, déclaré coupable et lapidé. Le fait principal à sa charge était que pendant deux jours, alors qu’à diverses reprises il avait vu le roi, de l’intimité duquel il était, et ayant toute qualité pour l’entretenir, il ne lui avait pas donné avis d’une conjuration dont il avait été averti pour l’en prévenir, et à deux reprises différentes avoir répondu à celui qui l’en avait instruit, que l’occasion lui avait manqué pour le faire; ce que, pour sa défense, il expliquait en disant qu’il n’avait pas attaché d’importance à la révélation qui lui avait été faite, n’estimant pas vraisemblables les projets qu’on lui dénonçait.

35, Conte.—Il est dans Froissart, IV, 87.

37, Iusticier.—Bajazet I, appelé aussi l’Amorabaquin, ce qui signifierait fils d’Amurat.

CHAPITRE VI.
664,

6, L’exercitation.—Montaigne traite dans ce chapitre de l’exercice de la vertu, ou plutôt de la nécessité de ne pas se borner à l’exalter et d’y joindre la pratique.

11, Empeschée.—Les éd. ant. aj.: Quelques bonnes opinions qu’elle ait.

16, Escient.—Exprès, à dessein; c’est un sens que ce mot a fréquemment dans les Essais.

666,

2, Marault.—Monstre (var. des éd. ant. à 88).

12, Amis.—Sénèque, De Tranq. animi, 14.—Allant au supplice, ajoute Plutarque, il dit à un de ses amis qui l’accompagnait, qu’il viendrait lui parler la nuit suivante; il lui apparut en effet et discourut avec lui sur l’immortalité de l’âme et la lumière pure et éclatante dans laquelle la sienne se trouva après la mort.—Dans un autre ordre d’idées, surtout dans un but humanitaire et avec l’arrière-pensée d’y trouver un argument pour la suppression de la peine de mort, on s’évertue aujourd’hui à reconnaître si un individu décapité conserve encore sa connaissance dans l’instant qui suit l’exécution: si par exemple, à l’appel de son nom, un indice se produit qu’il l’a perçu; jusqu’ici les expériences faites à cet égard n’ont rien donné de concluant.

38, Souffrances.—Actions, port. les éd. ant., à quoi celle de 80 aj.: opérations.

668,

1, Insensible.—«Qu’on interroge les médecins et les ministres du culte accoutumés à observer les actions des mourants et à recueillir leurs derniers sentiments, ils conviennent qu’à l’exception d’un petit nombre de maladies aiguës où l’agitation causée par des mouvements convulsifs semble indiquer des souffrances chez le malade, dans toutes les autres on meurt doucement, tranquillement et sans douleur.» Buffon.—Cela est vrai, mais en tant seulement des derniers moments où l’organisme brisé par le mal qui le détruit est anéanti et va cesser d’être, autrement c’est assez discutable; la plupart du temps ce n’est qu’une accalmie et ce passage de vie à trépas a été précédé de souffrances dont il y a lieu de tenir compte avant de conclure.—«Une douleur très vive, ajoute Buffon, pour peu qu’elle dure, conduit à l’évanouissement ou à la mort. Nos organes, n’ayant qu’un certain degré de force, ne peuvent résister que pendant un certain temps à un certain degré de douleur; si elle devient excessive, elle cesse, parce qu’elle est plus forte que le corps, qui, ne pouvant la supporter, peut encore moins la transmettre à l’âme, avec laquelle il ne peut correspondre que quand les organes agissent, etc...»—En écrivant ce passage, et quelques autres que nous signalons plus loin, Buffon s’est certainement rappelé plusieurs idées de ce chapitre des Essais.  Le Clercq.

21, Mort.—Montaigne a déjà dit la même chose, à peu près dans les mêmes termes. V. I, 122 et N. Mort.

23, L’effort.—Montaigne est ici bien dans le vrai, quoiqu’il agisse tout autrement, car son livre est plein de l’attente de cet événement. A quoi bon en effet cette préoccupation continue de la mort? Avec cette pensée toujours présente à l’esprit, on n’entreprendrait jamais rien, on ne jouirait de rien, et notre existence se passerait tout entière anxieuse et stérile. Qu’on y soit constamment préparé, c’est-à-dire qu’on ait toujours ses affaires en ordre, parce qu’elle peut nous surprendre, c’est raisonnable; que celui qui croit en une autre vie, où il renaîtra avec son individualité, et recevra la récompense ou le châtiment de ses faits et gestes sur cette terre, pense fréquemment à cette fin dernière pour y puiser une aide dans la voie du bien et une consolation dans l’affliction, cela se conçoit, mais quelle superfluité que de s’en préoccuper sans cesse! Quelles que soient les dispositions en lesquelles nous nous sommes ingéniés à être pour la recevoir, elle accomplit son œuvre sans que la pose que nous y mettons, y change quoi que ce soit, non plus que si elle vient sans que nous nous soyons mis en peine pour la recevoir.

25, Deuxiesmes.—Il y eut, en ce temps, huit guerres de religion: la seconde, de 1566 à 1568, fut marquée par le combat de S.-Denis où fut tué le connétable de Montmorency; la troisième, de 1568 à 1570, en cette dernière eurent lieu les batailles de Jarnac et de Montcontour.

36, Petit homme.—C’est Montaigne lui-même; voir son portrait ch. XVII du liv. II.

38, Contre-mont.—Ou, comme on dit familièrement, les quatre fers en l’air.

39, Estendu.—Mort estendu, port. les éd. ant.

670,

15, Menus.—Peu à peu.

40, Foiblesse.—L’éd. de 88 aj.: et de longue maladie.

41, Douleurs.—Les plus terribles agonies elles-mêmes effraient plus les spectateurs qu’elles ne tourmentent le malade. Combien n’en a-t-on pas vu qui, après avoir été à cette dernière extrémité, en sont revenus n’ayant aucun souvenir de ce qui s’était passé, de ce qu’ils avaient paru sentir; ils avaient réellement cessé d’être pour eux-mêmes pendant ce temps, puisqu’ils sont obligés de rayer de leur existence les moments passés dans cet état duquel il ne leur reste aucune idée; c’est qu’en effet la douleur que peut endurer le corps est proportionnée à sa force et à sa faiblesse; or, dans l’instant de la mort, il est plus faible que jamais, il ne peut donc éprouver qu’une très petite douleur, si même il en éprouve quelqu’une.  Buffon.

42, Penibles.—La douleur de l’âme ne peut être produite que par la transmission qu’elle en reçoit du corps; une douleur excessive, venant à excéder ce que le corps peut supporter, l’anéantit et du même coup le fonctionnement de ses organes; il est hors d’état de continuer à transmettre à l’âme ses sensations, dont elle cesse, elle aussi, d’être affectée, n’en recevant plus communication.  Buffon.

672,

33, Ego.—Iris, messagère des dieux et en particulier de Junon.

674,

4, Sens.—Qui sortent au hasard, mais n’ont aucun sens.

23, Dressent et couchent.—Les éd. ant. port.: et esmeuuent.

36, Nue.—En l’air.

41, Vsage.—Comme par habitude.

676,

13, Moins poisante.—Les éd. ant. port.: si plaisante.

20, Encore.—Quatre ans après (add. de 80).

33, Leger.—J.-J. Rousseau nous a laissé, lui aussi, un récit de ses sensations, lors d’une chute à Menilmontant, en 1776.

35, Pline.—Nat. Hist., XXII, 24.

678,

6, Anciens.—Dans le nombre: chez les Grecs, Archiloque et Alcée; chez les Latins, Lucilius, et plus tard Marc-Aurèle et S. Augustin, ce dernier dans ses Confessions. En des temps plus rapprochés: J.-J. Rousseau, également dans ses Confessions qui, elles, ne sont que du roman; Restif de la Bretonne, dans S. Nicolas ou le cœur humain dévoilé (1794).

24, Place.—C.-à-d. faire toilette et prendre une attitude convenable pour se présenter, se produire en société.

25, Vicieux.—Pascal, qui prohibait jusqu’au mot «moi», a dit au sujet des Essais: «Le sot projet que Montaigne a eu de se peindre lui-même.» Voir N. II, 18: Extrauagant, la réponse qu’y fait Voltaire.

39, Veaux.—Balivernes, niaiseries, contes ridicules. Cette locution vient de ce que les veaux ne se bridant pas, les brides à veaux n’existent pas, que c’est autant dire rien.

680,

4, Trottoir.—C.-à-d. sur la voie publique, si bien que tout le monde en parle ou est à même d’en parler.

9, Voisins.—Les protestants.

12, Viure.—«Vivre, est le métier que je lui veux apprendre.»  J.-J. Rousseau, Émile, I.

15, Gloire.—S’il est vain et présomptueux de proclamer soi-même ce que l’on vaut.—Le mot gloire était souvent employé, à cette époque, dans ce sens de vanité, présomption.

16, Hortense.—Mis pour Hortensius; Montaigne manque à son parti pris de ne pas franciser les noms propres étrangers; ce qui, par habitude, lui arrive encore parfois.

25, Skeletos.—Un squelette, ou plutôt un écorché pour études anatomiques.

31, Indifferemment.—Caton l’Ancien disait qu’il était aussi ridicule de se louer soi-même, que de se blâmer.

35, Aristote.—Morale à Nicomaque, IV, 7.

35, Fausseté.—Nul homme vertueux ne cherche à se faire valoir par les qualités qu’il n’a pas.

682,

22, Nihilité.—Néant; mot forgé par Montaigne, du latin nihil, rien.

23, A certes.—Sincèrement, sérieusement.

FIN DES NOTES DU PREMIER VOLUME.

NOTES.


DEUXIÈME VOLUME.

LIVRE SECOND
(Suite).

CHAPITRE VII.
10,

1, Cæsar.—Suétone, Auguste, 25.

10, Meurte.—Myrte; ce nom de meurte lui était assez général dans le midi de la France.

12, Flambeau.—Lors de la première guerre punique, après la bataille de Mylos (260), la première victoire navale qu’ils aient remportée, les Romains décernèrent au consul Duilius, avec les honneurs du triomphe, le privilège de se faire accompagner, le soir, à la lueur de flambeaux et au son des flûtes; de plus, une colonne rostrale fut élevée sur le forum, colonne qui existe encore, restaurée à la vérité, et sert actuellement de support à un réverbère!

13, Titres.—Après la Révolution de 1793, Napoléon rétablit la noblesse en France. Déjà en 1804, Masséna, entre autres, avait été fait duc de Rivoli; mais de 1806 date réellement la constitution de la noblesse impériale qui, dès le début, outre les royautés des Espagnes, de Hollande, de Naples et de Sicile, la vice-royauté d’Italie, comprit les duchés de Dalmatie, d’Istrie, du Frioul, de Cadore, de Bellune, de Conégliano, de Trévise, de Feltre, de Bassano, de Vicence, de Padoue et de Rovigo; auxquels vinrent s’ajouter plus tard et successivement ceux de Bénévent, Gaète, Otrante, Ponte-Corvo, Reggia, Trente, Massa, Carrare, Parme, Plaisance, Clèves et Berg, d’Auerstadt, d’Elchingen, les principautés de Guastalla, de Neufchatel, de Wagram, d’Essling, etc. Les Ministres, Sénateurs, Conseillers d’État, etc., devinrent comtes; les Présidents des diverses cours, les évêques, les maires des 52 villes les plus importantes de l’empire devinrent barons; réserve était faite pour les généraux, préfets, officiers civils et militaires des titres qui pouvaient être conférés à chacun.—De nombreuses dotations furent jointes à certains de ces titres, elles arrivèrent à dépasser 30.000.000 fr. de revenus, dont partie constituaient des majorats, c’est-à-dire étaient attribués à titre perpétuel et inaliénable à l’aîné des fils. Ces majorats pouvaient être également constitués, avec ou sans le concours de l’État, par le dignitaire lui-même: les grands dignitaires de l’empire, en affectant 200.000 fr. de revenus à ces majorats, conféraient à leur fils le droit de porter le titre de duc, dès le vivant du père; les comtes ayant 30.000 fr. de revenus, les barons en ayant 15.000 et en constituant un tiers en majorat, dotaient l’aîné de leurs enfants du titre immédiatement inférieur au leur et les autres étaient chevaliers; de ce fait, le budget est aujourd’hui encore grevé de plus d’un million.—En tout, Napoléon Ier a fait 9 princes, 32 ducs, 388 comtes et 1.000 barons.

Trois générations successives dans la Légion d’honneur transmettaient la noblesse à toute la descendance; cette disposition, tombée d’elle-même, n’a pas été abrogée.

Enfin en 1811, on procéda à la régularisation des anciens titres féodaux, qui avaient été supprimés par décret du 17 juin 1790 de l’Assemblée constituante.

En principe, l’institution des titres de noblesse se justifie parfaitement; mais la prodigalité les discrédite et leur perpétuité, qui contribue à les multiplier outre mesure, les fait tomber dans la banalité et leur enlève tout stimulant. Leur transmission semblerait devoir être limitée à une, deux, trois ou quatre générations au plus, chacune ne conservant que le titre immédiatement inférieur à celui de la génération précédente, si par elle-même elle n’en a acquis un plus élevé. C’est le système inverse qui est appliqué, aggravé encore par les substitutions, abus que rien ne justifie, qui font que sur les 50.000 nobles qu’on peut compter en France, un millier à peine peut se prévaloir de titres qui soient indéniables.

Quant à la particule de, dite nobiliaire et regardée communément comme attestant une noble origine, elle n’a jamais eu, par elle-même, ce caractère et n’est pas un critérium infaillible de noblesse.

Abolis à nouveau par la République de 1848, les titres de noblesse ont été une seconde fois rétablis en 1852 par le prince Louis Napoléon.

13, Armoiries.—La maison d’Estaing, par exemple, portait des fleurs de lys dans ses armoiries, parce qu’à la bataille de Bouvines (1214), l’un des siens avait sauvé la vie au roi Philippe-Auguste.