3, Sainct Michel.—L’ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI en 1469. Cet ordre, primitivement destiné à la haute noblesse, finit par être accordé aux gens de robe, de finance, etc.; supprimé à la Révolution, rétabli à la Restauration, il a été définitivement aboli en 1830.
10, Plustost... vtile.—Var. de 80: qu’à nulle autre.
12, D’occasions.—Add. des éd. ant.: c’est vne monnoye à toute espece de marchandises.
16, Trahison.—Add. des éd. ant.: et autres que nous employons à nostre vsage, par l’entremise d’autruy.
28, Fidelité.—L’éd. de 80 port.: frugalité.
32, D’honneur.—Ces récompenses honorifiques.
34, Largesse.—Les décorations sont en effet un moyen précieux de reconnaître le mérite et les services rendus; mais l’abus le déconsidère; et ce que constate ici Montaigne pour l’ordre de S.-Michel est presque chose faite pour notre ordre de la Légion d’honneur qui pendant près de trois quarts de siècle a été à si juste titre en si haute estime; si bien qu’aujourd’hui, nombre de ceux qui croient l’avoir mérité, dédaignent de le porter, tant il a été prodigué; au commencement de 1907, en effet, on ne comptait pas moins, en France, de 52.000 membres de la Légion d’honneur et 220.000 décorés ou médaillés de tous ordres nationaux; jamais il n’avait été fait pareille débauche de décorations que depuis que nous sommes en République, gouvernement qui par sa nature même devrait en être plus sobre que tout autre.—Outre l’abus qu’on fait de cette décoration, on en crée journellement de toutes sortes; croix et médailles pullulent, sans compter les décorations étrangères pareillement distribuées avec non moins de profusion et sans plus de raison; aussi les unes comme les autres ont-elles perdu tout prestige, et de prime abord et jusqu’à plus ample informé, elles témoignent plutôt de l’intrigue que du mérite.—Depuis trente ans, certains de nos gouvernants, inespérément arrivés au pouvoir dont ils ne savent que mésuser, ne voient là qu’une ressource facile et commode de donner satisfaction, sans qu’il leur en coûte rien, à ceux qui les y ont portés et à l’entourage qui les flatte et souvent gouverne en leur nom; d’autres entraînés par les théories socialistes, dont ils sont les apôtres généralement plus intéressés que convaincus, y ajoutent l’arrière-pensée d’arriver à tuer par le discrédit une institution qu’ils exècrent, parce qu’elle leur vient d’une autre époque et qu’elle porte atteinte à l’égalité qu’ils poursuivent, en ramenant le plus possible, ici comme en tant d’autres choses, tout ce qui a tendance à s’élever à leur niveau moral, au niveau inférieur.
35, Nostre.—Montaigne dit «nostre», parce que lui-même était chevalier de S.-Michel; l’ordre du S.-Esprit, créé vers cette époque, l’était quand il écrivait ce chapitre, puisqu’il en parle un peu plus loin, seulement il ne l’avait pas.
10, Parle.—La vaillance militaire.
14, Militaire.—C’était l’idée de l’amiral de Coligny; il voulait réunir tous les Français dans une guerre visant la conquête des Pays-Bas espagnols; Charles IX semblait goûter ce plan, avant de s’engager dans la S.-Barthélemy, et ce fut le motif par lequel, à la cour, on retint, à ce moment-là, Coligny qui se méfiait. Il se peut que Montaigne ait écrit ce passage sous une réminiscence de ce fait.
2, Derniere.—L’ordre du S.-Esprit, institué par Henri III en 1578.—Pour y être admis, il fallait être catholique et avoir déjà reçu l’ordre de S.-Michel. Il est passé par les mêmes vicissitudes que ce dernier (V. N. II, 12: Sainct Michel).—Ces ordres et celui de S.-Louis, créé plus tard, disparus à la Révolution, ont fait place quelques années après à celui de la Légion d’honneur, qui seul subsiste aujourd’hui. Institué par décret des Consuls du 19 mai 1802, il fut inauguré le 14 juillet 1804. Le Chef de l’État en est le Grand-Maître; l’administration en est confiée à un Grand-Chancelier qui travaille directement avec lui; cet ordre est destiné à récompenser les services civils et militaires, il se compose de 80 grands-croix, 200 grands-officiers, 1.000 commandeurs, 4.000 officiers et un nombre illimité de chevaliers (V. N. II, 10: Titres).—En dehors de cet ordre, et de catégorie tout autre, nous avons encore nombre de récompenses honorifiques, dont la médaille militaire et la médaille d’honneur ou de sauvetage, dont le prestige à bien juste titre est intact, parce que généralement elles sont méritées; les Palmes académiques, le mérite agricole qui se distribuent par brassées, les médailles commémoratives et d’autres de toutes natures, sans compter les Ordres coloniaux, auxquels il faut ajouter les Ordres étrangers, qui pullulent également, au point qu’aujourd’hui en France est décoré qui veut, et que seuls se remarquent ceux qui ne le sont pas.
11, Propos.—Les éd. ant. aj.: et nous estant si familier par l’air François qu’on lui a donné si perfect et si plaisant.
19, Force.—Virtus, en latin, signifie force, courage; de là est venu le mot français vertu, ces qualités constituant, chez les anciens, la vertu par excellence. «La force, dit J.-J. Rousseau, Émile, V, est la base de toute vertu; la vertu n’appartient qu’à un être faible par sa nature et fort par sa volonté» (V. N. II, 86: Vertueux).
20, Militaire.—Cela était encore vrai du temps de Montaigne, mais a cessé d’être. Quand, à la Révolution, Napoléon rétablit les titres nobiliaires, par une pensée bien digne de son génie, il s’en servit pour récompenser tous les genres de mérites et de services, aussi bien ceux rendus dans la vie militaire que dans les charges civiles; dans les lettres, les arts, les sciences, le commerce, l’industrie, l’agriculture qu’à la guerre, et son exemple a été suivi depuis.
Enfants.—Ce chapitre est un des plus beaux des Essais, on y trouve partout du bon sens, de la raison, un jugement exquis. Montaigne y parle en philosophe qui a beaucoup observé, et ses idées sages et réfléchies sur ce sujet de première importance sont exposées d’une manière simple et naturelle dans l’ordre où elles se sont offertes à son esprit. Naigeon.
1, D’Estissac.—Louise de la Béraudière, veuve du baron d’Estissac, devint la maîtresse d’Antoine de Navarre (le père de Henri IV), et épousa, en secondes noces, de Combaut, premier maître d’hôtel du roi. Sa fille, mariée à un de la Rochefoucauld, a apporté à une branche cadette de cette famille le nom d’Estissac qu’elle porte encore.
12, Extrauaguant.—C’était l’avis de Pascal (V. N. I, 678: Vicieux), auquel Voltaire répondait: «Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre naïvement, comme il a fait; car il peint la nature humaine. Si Nicole, Malebranche avaient toujours parlé d’eux-mêmes, ils n’auraient pas réussi. Mais un gentilhomme campagnard du temps de Henri III, qui est savant dans un siècle d’ignorance, philosophe parmi les fanatiques et qui peint, sous son nom, nos faiblesses et nos folies, est un homme qui sera toujours aimé.»
17, L’honneur.—Et reuerence singuliere (add. des éd. ant.).
3, Fils.—Fut un des compagnons de Montaigne, quand celui-ci fit son voyage en Italie en 1580-81; tué en duel en 1586.
6, Puerilité.—Jeunesse, ou mieux enfance, comme portent les éditions antérieures et l’exemplaire de Bordeaux; vient du latin puerilitas, qui a cette même signification.
24, Grande.
24, Aristotelique.—Aristote, Morale à Nicomède, IX, 7.
28, Estre.—D’autant que nous regardons l’être, l’existence, comme une chose précieuse.
8, Moy.—Je préférais les voir mis en nourrice (V. N. I, 462: Nourrice).
17, Nostre... hommes.—Var. des éd. ant.: le plaisir que nous en receuions, non pour eux-mesmes.
22, Mesme.—Au moment, sur le point de le quitter.
32, Effect.—En Guyenne, la législation sur la puissance paternelle, conforme au droit romain, admettait que ce que le fils mineur et non marié acquérait, appartenait au père; dans certaines régions, quel que fût son âge, fût-il marié et père de famille lui-même, il demeurait sous l’autorité paternelle tant qu’il n’était pas émancipé et que, du consentement du père, la vie commune n’avait pas été interrompue pendant dix ans.
21, Moins.—Les Gascons paraissent avoir eu à cette époque assez mauvaise réputation; ce passage de Montaigne implique en eux une certaine tendance à s’approprier le bien d’autrui; ce que confirme Rabelais, III, 42, en y ajoutant encore: «Le Gascon semble vouloir se battre avec tout le monde; il est enclin à dérober; bonnes femmes, prenez garde à votre ménage.»
23, En.—Var. de 80: de Gascogne.
27, Contrées.—Add. de 80: de la France.
37, Aristote.—Morale à Nicomède, IV, 3.
16, Coups.—A deux reprises différentes.
18, Nourrisse.—Pendant l’allaitement (V. N. I, 462: Nourrice).
19, Infortune.—Léonor de Montaigne, dont il est encore parlé au ch. V du liv. III (III, 208), née en 1571, morte en 1616, épousa en premières noces, en 1590, un seigneur de la Tour, mort en 1594; elle en eut une fille, dont la postérité s’éteignit à la première génération. Remariée en 1608 à un vicomte de Gamaches, de cette deuxième union naquit une deuxième fille, dont la descendance est représentée aujourd’hui par les familles de Puysegur, de Segur et Pontac.
38, Questuaire.—C.-à-d. dans les autres états où l’on est obligé de travailler, de rechercher le gain pour vivre; du latin quæstuarius, mercenaire.
41, Ans.—«Le vingt-trois septembre 1565, i’espousai Françoise de la Chassaigne», a inscrit Montaigne dans ses éphémérides.
42, Aristote.—Politiq., VII, 16; porte trente-sept, et non trente-cinq.
42, Trente.—République, VI; de trente à trente-cinq, y est-il dit.—«Conduis ta femme à ta maison en temps opportun, quand tu auras ni beaucoup moins ni beaucoup plus de trente ans; c’est l’âge convenable pour te marier.» Hésiode.
2, Engeance.—Leur lignée, leur progéniture; ce mot ne s’emploie plus guère qu’en mauvaise part:
5, Temps.—Diogène Laerce, I, 26.
6, Gaulois.—Ce que Montaigne attribue ici aux Gaulois, probablement d’après César, celui-ci le dit, non des habitants de la Gaule, mais de ceux de la Germanie, De Bello Gall., VI, 21.
18, D’enfants.—Mahomet, le père de ce roi de Tunis dont il a déjà été question au ch. LV du liv. I (V. N. I, 576: Thunes), avait eu, de différentes femmes, trente-quatre enfants.—J’ai connu, en 1860, un cheikh du Ferdjoua (Province de Constantine, Algérie), Bou Akkas, le dernier chef arabe ayant conservé son indépendance, laquelle a pris fin à cette époque, qui, alors âgé de près de quatre-vingts ans, passait pour en avoir eu soixante-douze dans les mêmes conditions.
19, D’autres.—Platon, Lois, XI.—Jecus, Astylus, etc., étaient des athlètes.
20, Olympiques.—Jeux qui se donnaient durant les fêtes célébrées dans l’ancienne Grèce, à Olympie, en l’honneur de Jupiter Olympien. L’origine de ces fêtes se perd dans les temps fabuleux; elles revenaient tous les quatre ans, avaient lieu au solstice d’été et duraient cinq jours; elles servirent pendant des siècles, pour la supputation du temps. De 776 à 292, les Grecs ne comptèrent que par olympiades.
21, Palæstrine.—Lieu public chez les Grecs et les Latins, où on se formait aux exercices du corps; se disait également des luttes qui constituaient le principal de ces exercices.
37, Pompes.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ses riches atours.
7, Acquise.—Charles-Quint, empereur d’Allemagne et roi d’Espagne, abdiqua la couronne d’Espagne en 1555 (il avait alors 55 ans), en faveur de son fils Philippe II; et, l’année suivante, il céda l’empire à son frère Ferdinand, se retirant au monastère de S.-Just en Estramadure (Espagne), où il demeura jusqu’à sa mort (1558); on dit qu’il regretta vivement le pouvoir dont il s’était démis.
9, Ducat.—Boileau a traduit, ainsi qu’il suit, ces deux vers d’Horace:
14, Monde.—«Les vieillards ne se croient jamais vieux; ils parlent de leur passé, parce que la faiblesse se plaît à revivre le temps de la force, et la souffrance dans le temps des plaisirs; de leur expérience, qui est la chose du monde à laquelle on croit le moins. Ils exigent des respects qui sont des aumônes; tenus dans une dépendance universelle, ils n’obtiennent qu’une compassion sèche. Un homme qui a vécu, c’est-à-dire observé, réfléchi, trouve dans le mépris de toutes choses la seule consolation du vieil âge.» Lamennais.
28, Accoustumé.—Les éd. ant. aj.: de produire librement ce qui me vient à la bouche.
17, Commodité.—Cette cohabitation des parents avec les enfants à même de vivre de leur vie propre et ainsi tenus en tutelle, aboutit rarement au résultat qu’on avait espéré. Montaigne n’en a pas fait l’expérience; il n’a pas vécu jusqu’à un âge où une vie aussi calme que possible devient un impérieux besoin, ce que, malgré les apparences, les conditions qu’il préconise réalisent rarement. Chacun chez soi, ou à sa chacunière, suivant sa propre expression, est, à cet égard, ce que l’on peut faire de mieux.
21, Reume.—On comprenait alors sous ce nom de rhume: les catarrhes, la goutte et plusieurs autres maladies. Payen.
37, Authorité.—Comme si la nature n’avait pas assez bien pourvu à notre autorité.
38, Famille.—Henri IV introduisit pareillement cette réforme dans sa famille, «car il ne voulait pas, dit Péréfixe, que ses enfants l’appellassent monsieur, nom qui semble rendre les enfants estrangers à leur pere et qui marque la servitude et la sujetion; mais qu’ils l’appellassent papa, nom de tendresse et d’amour» (Hist. de Henry le Grand).
6, Cheneuiere.—Mannequins ou drapeaux servant à mettre en fuite les oiseaux qui viennent manger les graines en terre, dans les champs où croît le chanvre, ou tous autres ensemencés.
22, Addonne.—S’attache à lui.
12, Desseignée.—Faite à dessein, préparée d’avance.
14, Œconomies.—Soins de ménage, administration de maison; c’est dans ce même sens qu’on dit: l’Économique d’Aristote, de Xénophon.
14, Effect.—C.-à-d. j’ai vu assez de ménages où les choses, pendant un temps souvent long et d’une façon continue, se passaient exactement ainsi.
16, Maris.—Montaigne veut dire: «Les femmes ont toujours du penchant à contrarier la volonté des maris» et sa phrase est passée à l’état de dicton.
16, Couuertures.—Prétextes, moyens détournés.
32, D’ennemis.—Sénèque, Epist. 47; Macrobe, Saturnales, I, 11, etc.
21, De Montluc.—L’auteur des Commentaires.—Son fils Bertrand, dit le capitaine Peyrot, se rendait en Afrique avec trois vaisseaux qu’il avait équipés, pour y tenter aventure et s’y créer un établissement. Une tempête le porta sur l’île de Madère où, bien qu’on fût en paix avec les Portugais, ils firent feu sur lui; il descendit à terre, prit la place et se fût emparé de l’île, s’il n’eût été blessé à mort (1568).
4, Tyrannique.—«Je ne puis lire qu’avec les larmes aux yeux (dans les Essais de Montaigne) ce que dit le maréchal de Montluc du regret qu’il a de ne s’être pas communiqué à son fils, et de lui avoir laissé ignorer la tendresse qu’il avait pour lui. Mon Dieu, que ce livre est plein de bon sens.» Mme de Sévigné, Lettre à sa fille.
7, Science.—Les éd. ant. à 88 port.: souuenance.
9, Amy.—Cette invocation s’adresse au souvenir de La Boétie.
12, Obseques.—De m’en remémorer à tout jamais, constamment, le souvenir.—«Il devrait y avoir dans le cœur des sources inépuisables de douleur pour certaines personnes.» La Bruyère.
18, Cæsar.—De Bello Gal., VI, 18.
30, Escus.—Il y avait le petit écu et l’écu de six livres. Quand la valeur n’était pas spécifiée, c’était toujours du petit écu qu’il était question; il valait trois livres, soit environ trois francs de notre monnaie.
36, Dot.—Sa femme, Françoise de Chassaigne, lui avait apporté 7.000 livres de dot, et renoncé à tous droits sur la succession de ses père et mère.
37, Maisons.—La maison est ce qui porte le nom.—La dot apportée par la femme demeurant sa propriété, ce pouvait être, dans l’idée, une cause de ruine, si elle était considérable, parce qu’elle était tenue en dehors des dépenses d’ordre général, qu’il fallait qu’elle se retrouvât intacte lors de la dissolution du mariage, pendant lequel la femme avait tendance à l’accroître au préjudice de la communauté et aussi à s’en prévaloir pour augmenter son luxe tout en en laissant la charge au mari.
19, Mere.—Les livres saints (Proverbes, XXXI, 3) disent: «Ne donnez point votre bien aux femmes.»
7, Masculines.—Attribution à des héritiers mâles, d’héritages qui devraient revenir à des femmes, afin d’empêcher que par elles ils ne passent dans des maisons étrangères.—A sa mort, Montaigne n’a pas été conséquent avec lui-même; cédant précisément à ces préoccupations masculines qu’il condamne quelques lignes plus bas, mû par le désir de perpétuer son nom, ce à quoi son livre a surabondamment pourvu, il a fait un testament par lequel il disposait de plus qu’il ne possédait et instituait le puîné de ses descendants héritier de sa terre et de son nom, ce qui a donné lieu à un procès qui ne s’est terminé que deux siècles après; le seigneur et le philosophe, en cette circonstance, se sont tenus nettement en contradiction. Le fait s’est produit dans les conditions ci-après: En 1590, lors du mariage de sa fille Eléonore avec François de la Tour, Montaigne attribua par contrat de mariage, avec substitution graduelle et perpétuelle au second des enfants mâles qui naîtraient de ce mariage, la terre de Montaigne, ses dépendances et une somme de 30.000 livres. François de la Tour mourut en 1594, laissant une fille, Françoise, qui, en 1600, n’ayant que six ans, fut fiancée à Honoré de Lur qui n’en avait que neuf; le contrat définitif de mariage fut passé en 1607. L’année suivante, Eléonore se remariait au vicomte de Gamaches, et dès ce moment la disposition insérée par son père dans son premier contrat devint un sujet de difficultés entre les deux branches. Françoise de la Tour était morte en 1613, laissant un fils, le vicomte d’Orellian, né l’année précédente; Eléonore, en 1616, lorsqu’elle mourut, le nomma à la substitution de la terre de Montaigne. De son second mariage, elle avait eu une seconde fille, Marie de Gamaches, qui épousa Louis de Lur, baron de Fargues, frère d’Honoré, le mari de sa sœur Françoise (V. N. I, 74: Salusse). Un accord survenu en 1627 entre les deux frères régla à l’amiable le différend pendant par suite de la substitution; mais la mort du vicomte d’Oreillan, tué en 1639, au siège de Salces, dans le Roussillon, rouvrit les revendications de la branche cadette et il en résulta une série de procès qui durèrent deux cents ans.
21, Platon.—Lois, XI.
29, Delphique.—«Γνωθὶ σεαυτόν (Connais-toi toi-même)», inscription qui était gravée au fronton du temple d’Apollon à Delphes. V. N. I, 28: Congnoy.
12, Loy.—La loi salique, code civil et pénal des Francs Saliens. Un de ses articles fixe que les mâles seuls peuvent succéder au fief donné au guerrier en vue du service militaire; appliquée jusqu’alors uniquement aux propriétés particulières, elle le fut, pour la première fois, à la couronne de France, en 1316, à la mort de Louis le Hutin.
26, Petits.—Add. des éd. ant.: ny goust de parenté.
31, Charge.—Ce qui n’empêche que les siens, «il ne les souffrait pas volontiers nourris près de lui» (II, 22), «et qu’il en a mis deux ou trois en nourrice» (I, 462 et N. Nourrice).—Ce qui convient sur ce point, en ces temps-ci où les santés et les constitutions sont si délabrées par l’hérédité de parents déjà malingres ou avariés dans le sens général du mot comme dans celui plus spécial dans lequel on l’emploie aujourd’hui, par la vie à outrance que chacun mène soit pour ses plaisirs, soit par nécessité de situation et les habitudes nouvelles, et aussi par la sophistication la plus étendue et la plus éhontée de toutes les denrées alimentaires, semble être que l’enfant est à mettre en nourrice si la mère est vraiment hors d’état de l’allaiter dans de bonnes conditions et qu’elle est coupable lorsqu’elle s’affranchit de le nourrir elle-même, étant à même de le faire.
36, Nostres.—Il en est malheureusement encore ainsi; pourtant la législation est récemment intervenue pour, dans une certaine mesure, prévenir les abus: elle interdit notamment de priver tout enfant de moins de trois mois, du lait de sa mère pour le donner à un nourrisson. Dans sa comédie des «Remplaçantes», M. Brieux combat ces mêmes errements si contraires aux lois de l’humanité; mais plus nous allons, moins on a de propension à faire passer avant toute autre considération l’intérêt de l’enfant, d’après lequel toute femme qui peut nourrir son enfant et ne le fait pas commet un crime, et que celle qui, ne le pouvant pas, s’y obstine pouvant faire autrement, tout en étant excusable, parce qu’elle obéit à un sentiment naturel, n’en commet pas moins une faute grave.
17, Indifferemment.—Si dans certaines contrées les femmes étaient en commun, il en était d’autres où les mariages se faisaient à la criée, conte également Hérodote. En Babylonie, une fois l’an, dans chaque bourgade, les filles nubiles étaient réunies et divisées en deux catégories: les belles, et celles qui ne l’étaient pas, étaient estropiées, etc. On commençait par les premières et dans celles-ci par la plus belle, chacune était successivement attribuée au plus offrant; on passait ensuite aux autres en procédant par la moins avenante. Le prix d’adjudication des premières était payé par les acheteurs, et pour les secondes remis aux acquéreurs, l’argent versé pour les belles servant de la sorte à constituer des dots aux laides.
19, Pas.—Hérodote, IV, 180, dit que l’on regarde alors comme le père de chaque enfant celui auquel il ressemble le plus.
21, Autres nous mesmes.—Les éd. ant. port.: chair de nostre chair et os de nos os.
32, Platon.—Dans Phèdre.
2, Fille.—Nicéphore, XII, 34.—Ses histoires éthiopiques qui comprennent entre autres l’histoire amoureuse de Théagène et Charyclée, qu’appréciait tellement Racine que, dit-on, il la savait par cœur. Le fait raconté par Montaigne est contredit par Bayle, Héliodore.
20, Estudes.—Ce genre de peine, qui ne s’applique plus aujourd’hui, s’est longtemps maintenu de pratique courante; et, jusqu’à la Révolution, on condamnait au feu et on brûlait un peu partout, en France, en Angleterre, aussi bien qu’à Rome, les livres frappés d’interdit et notamment ceux entachés d’hérésie.—En 1735, Voltaire eut ses Lettres philosophiques, ou Lettres anglaises, brûlées à Paris par la main du bourreau; et en 1760, il en fut de même, à Genève, de l’Émile de J.-J. Rousseau.
28, Ensemble.—Sénèque le Rhéteur, Controverses, V.—Ce Labienus n’est pas le fils, mais le petit-fils du lieutenant de César, qui, devenu son adversaire, périt à la bataille de Munda (45). Quintus son fils alla, après la mort de César, chez les Parthes pour les décider en faveur de Brutus, et fut vaincu, pris et mis à mort par Ventidius, lieutenant d’Antoine.
37, Manger.—Tacite, Ann., IV, 34.—En 20; c’était la première fois qu’une accusation de ce genre était portée; elle le fut à l’instigation de Séjan: l’auteur se défendit avec énergie en présence même de Tibère. L’ouvrage condamné échappa nonobstant à la destruction; on le cacha et plus tard il reparut.
4, Bouche.—Tacite, Ann., XV, 70. En 65; Lucain avait participé à la conjuration de Pison contre Néron, par ressentiment de ce que ce dernier, par jalousie littéraire, cherchait à étouffer la gloire de ses vers et lui avait défendu de les montrer. Tandis que, les veines ouvertes, son sang s’échappait et qu’il allait s’affaiblissant, il se rappela un passage où il avait décrit chez un soldat blessé une mort analogue et s’éteignit en les récitant. V. II, 66 et N. Lucain.
10, Epicurus.—Diogène Laerce, X, 22; Cicéron, De Finibus, II, 30.
22, Enfans.—Saint Augustin, d’après ses Confessions, aurait eu des enfants, avant sa conversion; mais cette appréciation de Montaigne, qui est de celles qu’on lui a reprochées, ne saurait être incriminée que par des critiques par trop superficiels, ce n’est chez lui qu’une manière de dire.
33, Rome.—Les éd. ant. port.: France.
34, Aristote.—Morale à Nicomaque, IX, 7.
38, Lacedemoniens.—Diodore de Sicile, XV, 87.—Épaminondas blessé mortellement à la bataille de Mantinée (363), ses amis l’entouraient et l’un d’eux s’écria en pleurant: «Ah! Épaminondas! faut-il que tu meures sans enfants!»—«De par Jupiter, répondit celui-ci, cela n’est pas; je laisse deux filles, la victoire de Leuctres et celle de Mantinée.»—D’après Cornélius Népos, Épaminondas, 10, ce grand capitaine n’aurait parlé que d’une fille, la bataille de Leuctres, ignorant peut-être à ce moment que son nouveau succès qui lui coûtait la vie fût aussi complet (V. N. I, 344: Reng; N. III, 18: Epaminondas).
39, D’eschanger... gorgiasses.—Var. des éd. ant.: à eschanger celles-là aux mieux nées et mieux coiffées.
1, Estre.—Tous deux en eurent: Alexandre en eut un, Hercule, de Barsine, fille d’Artabase, du sang des rois d’Arménie, ce fils atteignit l’âge de dix-sept ans; et un autre posthume, Alexandre, de Roxane, fille d’un satrape de Perse. Cassandre, fils d’Antipater, les fit mourir tous deux avec leurs mères (V. N. III, 14: Possession). L’histoire conserve encore le souvenir d’un troisième, né de Cléophis, reine d’un royaume des Indes, qui reçut son nom et régna sur les états de sa mère.—De César, on connaît Césarion, qu’il eut de Cléopâtre (V. N. II, 634: Cæsarion); on lui attribuait aussi la paternité de Brutus, l’un de ses assassins, fils de Servilia, sœur de Caton d’Utique.
1, Phidias.—Ses œuvres les plus célèbres sont: le Jupiter Olympien, les sculptures du Parthénon, dont il fut l’architecte, et la statue de Minerve, qui en surmontait le fronton.
6, Filles.—Attila avait un grand nombre de femmes parmi lesquelles se trouvait une de ses filles, nommée Esca; ces alliances incestueuses n’étaient pas réprouvées par les Huns.—Dans des conditions particulières, l’histoire des filles de Loth nous présente quelque chose d’analogue (Genèse, XIX).
6, Fils.—Cette assertion de Montaigne évoque le souvenir de la réplique de Marie-Antoinette accusée, devant le Tribunal révolutionnaire, d’avoir corrompu son fils, dans la tour du Temple: «La nature se refuse à pareille question faite à une mère; j’en appelle à toutes celles qui sont ici» (1793).—Et cependant on a accusé Agrippine d’avoir cherché à retenir, par ce moyen, son influence sur son fils qu’elle sentait lui échapper; mais ce fils était Néron, et l’une comme l’autre étaient des prodiges de vice.
8, Pygmalion.—Devint amoureux de la statue de Galathée qui était son propre ouvrage, obtint de Vénus que ce marbre s’animât et l’épousa. Myth.—Cette fable est le sujet d’un charmant opéra-comique de Massé, paru en 1852.
20, Salade.—Casque léger sans cimier, ou armet, à l’usage des hommes à cheval du XVe au XVIIe siècle, qui venait des Italiens qui l’appelaient celata, dont par corruption on a fait salade.
24, Esloigner.—S’éloigner de; cette même construction se rencontre en Corneille dans sa tragédie de Pompée:
29, Cortex.—Il s’en fabrique aujourd’hui pour les colonies, confirmant le proverbe que rien n’est nouveau sous le soleil; il est vrai que ce n’est pas comme défense contre le plomb ou le fer, mais contre les rayons solaires.
8, Tacitus.—Annales, III, 43.
11, Lucullus.—Plutarque, Lucullus, 13.
12, Garentir.—On l’a essayé; les cuirasses des navires, les tourelles et coupoles cuirassées en acier chromé qui protègent les pièces d’artillerie, les bétonnages épais qui revêtent les parapets ou recouvrent les abris, réalisent dans une certaine mesure cette garantie contre le canon; on a été moins heureux pour les abris mobiles offrant dans la guerre de campagne une protection tant soit peu efficace, où les tranchées-abris et les boucliers métalliques des pièces d’artillerie d’usage récent donnent seuls des résultats appréciables.
19, Elephans.—Les éléphants jouèrent un grand rôle dans les guerres d’Alexandre et de ses successeurs, dans celles de Pyrrhus en Italie, durant les guerres puniques du côté des Carthaginois. On leur protégeait la tête et le poitrail, on garnissait leurs défenses de pointes d’acier et on les surmontait de tours portant généralement de six à huit hommes; la Bible parle de 32, cela semble exagéré.—Actuellement, on les emploie encore aux armées, dans les pays où on peut s’en procurer aisément, dans les Indes, aux transports, voire même à celui de pièces d’artillerie légères.—En certaines autres contrées, notamment en Afrique, dans le Sahara, entre l’Algérie et Tombouctou, on utilise de même, pour les expéditions qui s’y font, le méhari, dromadaire de selle, qui peut soutenir, pendant une quinzaine de jours, des marches quotidiennes de 70 kilomètres et franchir en cas de besoin 120 kilomètres en douze heures; le méhari est la monture habituelle des Touareg, seuls habitants de cette région. Déjà, en 1798, lors de la campagne d’Égypte, avait été constitué un régiment de dromadaires pour pouvoir excursionner dans le désert et y atteindre l’ennemi en fuite.
21, Chausse-trapes.—Clou de 12 à 15 centimètres de long, formé de quatre pointes dont une se trouve toujours en l’air.—En Espagne, en 124. Valère Maxime, III, 7, 2, dont le fait est tiré, ne le présente que comme une idée proposée à Scipion qui la repoussa; aujourd’hui on n’en agirait pas de même; on estime avec raison que tout, en dehors de ce qui est déloyal, est licite à la guerre, qui de fait n’est soumise qu’à la loi du plus fort et à celle, fort élastique et peu précise, de la conscience des belligérants.
28, Gauche.—Plutarque, Apophth. de Scipion le Jeune, 18.—Allusion à ce que le bouclier, arme défensive, se portait au bras gauche, et que les armes offensives, armes de main et armes de jet, se maniaient avec la main droite et qu’à la guerre attaquer vaut mieux que se défendre.
36, Caracalla.—Xiphilin, Caracalla.
38, Morion.—Casque à l’usage des hommes à pied, assez semblable à celui du nom de «salade», affecté aux gens à cheval (V. N. II, 54: Salade).
38, Escu.—Bouclier; vient du latin scutum, provenant lui-même du grec scutos (cuir), parce qu’anciennement les boucliers étaient en cuir.
2, Paux.—Pieux, palissades; pluriel de pal, du latin palus qui a cette signification.
3, Poix.—Dans nos dernières guerres, le chargement du fantassin s’élevait à une vingtaine de kilos, soit un tiers de moins que celui du soldat romain. Malgré cette énorme différence, ce poids est devenu écrasant pour notre époque où tout ce qui est à peu près valide est appelé sous les drapeaux, et n’a pas la force des soldats de métier des temps passés; aussi s’évertue-t-on à réduire ce chargement à l’indispensable, ce qui permettra de le ramener à douze ou treize kilos. Mais, au lieu de supprimer l’excédent, on en surcharge les trains régimentaires, perdant de vue que fréquemment, avec nos armées à gros effectifs, ils ne rejoindront pas et qu’en outre, il est bien inutile de les encombrer d’effets de remplacement, alors qu’on peut si facilement en assurer le renouvellement par les services de l’arrière au fur et à mesure des besoins.
5, Haste.—Plutarque, Marius, 4.—Ses exigences envers ses soldats leur avaient fait donner le sobriquet de «mulets de Marius»; toutefois on assigne encore une autre origine à cette appellation: Au siège de Numance, Scipion examinait les chevaux et mulets de ses troupes, pour vérifier en quel état ils se trouvaient; Marius amena les siens qu’il soignait lui-même et les présenta en si bon état qu’il passa dès lors en proverbe, pour louer avec raillerie un homme laborieux, assidu et patient, et en particulier un soldat présentant ces qualités, de dire que c’était un mulet de Marius.
9, Cuit.—Plutarque, Apophth. du second Scipion.—En 133. Scipion, nommé consul pour la seconde fois, vint prendre en Espagne le commandement de l’armée qui, devant Numance, était depuis dix ans tenue en échec. Il y trouva un grand désordre. Il chassa du camp deux mille femmes de mauvaise vie, les aruspices, les devins qui la transformaient en un lieu de débauche et un champ de foire; en bannit le luxe; ordonna que l’on dînât debout, sans manger de viande chaude; au souper, on pouvait s’asseoir, mais on devait se borner à de la soupe et un plat de viande; lui-même s’était mis à ce régime et, vêtu d’un manteau noir, disait qu’il portait le deuil de son armée. A ses soldats, il fit élever des murailles, creuser des fossés qu’il renversait et comblait ensuite: «Qu’ils se couvrent de boue, disait-il, puisqu’ils ne veulent pas se couvrir de sang.» Il temporisa pour attaquer à nouveau l’ennemi, jusqu’à ce qu’il se crût en mesure de l’emporter, et finit par les réduire à s’entr’égorger. Après la prise de la ville, les vieillards reprochaient à leurs défenseurs de s’être laissé battre par des gens qu’ils avaient battus tant de fois; un d’eux leur répondit: «Les moutons sont bien les mêmes, mais le berger a été changé.»
14, Marcellinus.—Ammien Marcellin, XXIV, 7.—Fit longtemps la guerre en Germanie, dans les Gaules, et accompagna l’empereur Julien dans son expédition contre les Perses (V. N. II, 532: Marcellinus).
17, Romaine.—Les éd. ant. aj.: Or, par ce qu’elle me semble bien fort approchante de la nostre, i’ay voulu retirer ce passage de son autheur, ayant pris autresfois la peine de dire bien amplement, ce que ie sçauois sur la comparaison de nos armes, aux armes Romaines: mais ce lopin de mes brouillars m’ayant esté desrobé auec plusieurs autres, par vn homme qui me seruoit, ie ne le priueray point du profit, qu’il en espere faire: aussi me seroit-il bien malaisé de remascher deux fois vne mesme viande.
21, Lieu.—Ammien Marcellin, XXV, 1.
38, Bardes.—Avec son armure et celle de son cheval.
41, Soixante.—Plutarque, Démétrius, 6.—Montaigne fait quelque changement au récit de l’historien qui dit qu’Alcymus revêtait une armure de cent vingt livres, tandis que celles de Démétrius et de tous autres n’étaient que de soixante; et que le roi en fit faire deux pour Alcymus et pour lui-même, qui n’en pesaient que quarante, mais se distinguaient par la trempe du métal, si bien qu’à la distance de vingt-six pas, un trait lancé par une machine de l’époque n’y produisait qu’une empreinte très légère, à peine perceptible.