L'institution politique des Magyars faisait de la sainte couronne plus qu'une personne civile, comme nous disons dans le langage du droit; elle en faisait presque un être animé. La sainte couronne avait sa juridiction, ses officiers, ses propriétés qui étaient inviolables689, son palais, sa garde. Son palais était tantôt le château de Bude, tantôt la forteresse de Visegrade, tantôt celle de Posonie, suivant les nécessités des temps. A Bude, on la déposait dans un compartiment de l'église du château muni d'une épaisse et solide porte perpétuellement surveillée; elle-même était serrée dans un triple coffre cuirassé de fer et sous une triple clef. Sa résidence de Visegrade était encore plus forte. Construite sur un rocher à pic et protégée à son pied par une seconde forteresse plongeant dans le Danube, la forteresse de Visegrade passait pour imprenable. Une petite chapelle murée y recevait la sainte couronne, toujours enfermée dans sa triple boîte. Deux gardiens, nommés préfets, passaient la nuit à tour de rôle contre la porte murée de la chapelle, et ne la perdaient jamais de vue pendant le jour. Une milice nombreuse et bien armée, placée sous leur commandement, faisait le guet sans interruption, dedans et dehors. Deux grands dignitaires choisis par la diète elle-même dans la plus haute noblesse du royaume, et appelés duumvirs de la sainte couronne en étaient les conservateurs responsables690. Ils juraient de la défendre au péril de leur vie, et de ne point rompre ni laisser rompre la clôture de la porte, à moins d'un décret délibéré solennellement par l'assemblée des trois ordres.
Ces précautions indiquaient assez que le dépôt qu'on voulait garantir était menacé de bien des périls. Elles furent impuissantes à les écarter. Tantôt des gardiens ambitieux ou corrompus, tantôt la ruse, tantôt la violence armée, forcèrent l'hôte sacré dans le sanctuaire de sa résidence. Les aventures de la sainte couronne, dérobée, emportée même hors du royaume, reconquise ou rachetée, formeraient une curieuse histoire dans l'histoire de Hongrie. Une fois, elle fut perdue sur les chemins par un candidat errant qui l'avait mise dans un petit baril pour la mieux cacher; une autre fois, en 1440, elle fut donnée en gage par Élisabeth, mère de Ladislas le Posthume, à Frédéric III, empereur d'Allemagne, pour la somme de 2,800 ducats. L'acte passé à cet effet nous apprend qu'elle était alors ornée de cinquante-trois saphirs, quatre-vingts rubis pâles, une émeraude et trois cent vingt-huit opales, et qu'elle pesait neuf marcs et six onces. Enfin en 1529, lorsque Soliman envahit pour la seconde fois la Hongrie, l'empereur Ferdinand ayant voulu enlever les insignes royaux de Visegrade, les gardiens, par excès de fidélité, s'y refusèrent sans un décret de la diète, et pendant ces débats les Turcs purent prendre Visegrade et la sainte couronne, qu'ils donnèrent au duc de Transylvanie, leur protégé.
Chaque fois que, par un événement quelconque, la sainte couronne disparut, la vie politique sembla suspendue chez la nation hongroise. Un contemporain de Mathias Corvin nous raconte que lorsque ce roi la ramena de Vienne après l'avoir rachetée de Frédéric III, les Hongrois voulurent la traîner avec des rubans et des guirlandes comme si c'eût été Dieu même, et que les paysans accoururent des cantons les plus éloignés pour la reconnaître et se prosterner devant elle691. Aujourd'hui encore, malgré tant de révolutions et de si grands changements dans les mœurs, tout son prestige n'est pas évanoui. Durant la dernière guerre, les insurgés vaincus l'avaient enterrée au pied d'un arbre dans un lieu désert, pour la soustraire à la possession de l'Autriche. L'Autriche a tout fait pour la retrouver, et un Magyar l'a livrée à prix d'argent. Le jour où ce palladium de la Hongrie a pu rentrer dans la chapelle de Bude au milieu d'une armée autrichienne et au bruit des salves d'artillerie, dans l'appareil d'un roi restauré, a été un beau jour pour l'Autriche. «D'aujourd'hui seulement, disait un ministre de cette puissance, nous recommençons à régner en Hongrie.»
Le souvenir du grand roi des Huns continua à se rattacher pendant tout le moyen âge aux destinées de la sainte couronne. Un annaliste hongrois rendant compte du couronnement de Rodolfe en 1572, et voulant donner une haute idée de l'appareil royal qui s'y déploya, en résume le tableau par ces mots: «On eût cru assister à une fête du roi Attila.692»
III. Épée d'attila.--dernières traditions en hongrie et en orient.
La Hongrie possédait au xie siècle ou croyait posséder une bien précieuse relique d'Attila, son épée, qui, disait-on, n'était autre que l'épée de Mars, idole des anciens Scythes, découverte jadis par une génisse blessée, déterrée par un berger et portée au roi des Huns, qui en avait fait son arme de prédilection. «C'était, dit un vieux chroniqueur allemand, le glaive qu'Attila avait abreuvé du sang des chrétiens; c'était le fouet de la colère de Dieu693.» On y attachait l'idée d'une force irrésistible et de la domination sur le monde694, et les Hongrois, tout bons chrétiens qu'ils étaient, gardaient l'épée de Mars dans leur trésor national presque aussi religieusement que la sainte couronne. Or il arriva que le jeune roi Salomon, fils d'André Ier, ayant été chassé du trône par une révolte des magnats en 1060, et rétabli en 1063 avec l'assistance d'Othon de Nordheim, duc de Bavière, la reine-mère n'imagina rien de mieux, pour prouver sa reconnaissance au duc de Nordheim, que de lui offrir cette épée, qui promettait à ses possesseurs la souveraineté universelle. Othon, parvenu en peu de temps à une haute fortune, avait encore plus d'ambition que de bonheur; il accepta le don avec empressement, le conserva toute sa vie et le légua en mourant au jeune fils du marquis Dedhi, qu'il aimait beaucoup. Des mains du jeune marquis, mort prématurément, l'épée passa entre celles de l'empereur Henri IV, qui en fit cadeau à son conseiller favori Lupold de Merspurg. Un jour qu'il allait dîner à la villa impériale d'Uten-Husen avec un brillant cortége de seigneurs, comme l'heure pressait, Henri poussa sa monture en avant, et les courtisans, aiguillonnant leurs chevaux, s'élancèrent sur sa trace à qui mieux mieux. Il y eut un moment de désordre, dans lequel le cheval de Lupold se cabra et lança à terre son cavalier, qui en tombant s'enferra de sa propre épée. On remarqua qu'il portait ce jour-là, par honneur, celle dont l'avait gratifié l'amitié de son maître695. Si le glaive du roi des Huns avait cessé d'être fatal au monde, il l'était encore au profanateur qui osait le ceindre à son flanc comme une arme vulgaire.
Attila n'eut point à souffrir de la disparition de ses petit-fils, les rois hongrois de la dynastie arpadienne. La dynastie française qui les remplaça, loin de combattre les souvenirs traditionnels chers à sa patrie d'adoption, s'en montra, comme je l'ai dit plus haut, la gardienne intelligente et zélée. En même temps que Louis Ier introduisait chez les Magyars les institutions littéraires de la France au xive siècle, il faisait compulser sous ses yeux les documents relatifs aux origines de la nation; c'était s'occuper d'Attila. Jean Hunyade et Mathias Corvin, son fils, qui montrèrent sous le costume hongrois à l'Europe du xve siècle, si peu chevaleresque et si froidement chrétienne, les deux derniers héros de la chevalerie, s'inspiraient sans cesse des chants magyars et du nom d'Attila. Attila et les Huns devinrent l'objet d'une véritable passion à la cour de Mathias Corvin. Sa femme, la belle et savante Béatrix d'Aragon, pour payer dignement le bon accueil des Hongrois, suscita, avec l'aide des érudits italiens qu'attirait sa protection, une sorte de renaissance des lettres hunniques, comme les papes à Rome et les Médicis à Florence suscitaient une renaissance des lettres latines. Et quand Mathias, vainqueur des Turks et le seul adversaire devant qui eût reculé Mahomet II, fut placé d'une voix unanime à la tête d'une croisade préparée par la chrétienté, l'Europe ne vit pas sans étonnement le nouveau Godefroy de Bouillon proclamé par son peuple un second Attila696. On trouve de temps à autre, dans les écrits du xve et du xvie siècles, la preuve certaine que les traditions sur Attila vivaient toujours, étaient toujours invoquées avec autorité.
Les longues et poignantes infortunes qui s'appesantirent sur la Hongrie après la funeste bataille de Mohâcz, l'occupation de Bude par les Turks et la transmission de la sainte couronne à une dynastie allemande, jalouse de la nationalité magyare, amortirent la tradition sans l'étouffer. Vint ensuite au xviiie siècle l'esprit novateur et moqueur, qui de France souffla en Hongrie comme partout, ébranlant dans bien des cœurs la foi aux traditions, le goût des chants nationaux et le respect filial du nom d'Attila. En vain chercherions-nous dans les livres hongrois du dernier siècle le sentiment traditionnel, si vif encore au xve; s'il s'y trouve, il s'y cache soigneusement, car il rougit de lui-même et craint la raillerie. Il est fort douteux qu'aujourd'hui, malgré le retour aux études de l'antiquité et la mode des vieux blasons, les élégants Magyars de la cour de Vienne osent parler sans rire de leur grand-père Attila. Le peuple seul garde sa mémoire, qui fleurit dans les foires, où se vendent pour les campagnards de rustiques images des rois de Hongrie. Son nom est encore prononcé avec foi sous le chaume du paysan montagnard, principalement en Transylvanie. Là se perpétuent, par la bouche de quelques vieillards, des traditions de plus en plus vagues, qui nous rappellent les chroniques des xiie et xiiie siècles. Quant aux chansons nationales, elles semblent être entièrement oubliées: encore un demi-siècle, et le fil de la tradition orale sera rompu.
L'anecdote suivante nous fera voir quelle est encore parfois la susceptibilité du Sicule quand on attaque ses traditions. Un voyageur français parcourait, il y a quelques années, la Transylvanie, dont il se proposait d'observer à loisir les magnificences originales. Les auberges n'abondent pas dans ce beau pays; mais l'hospitalité y supplée, et notre compatriote fut reçu chez un paysan sicule avec la même cordialité et aussi peu d'apprêt qu'autrefois Ulysse chez Eumée. La maison était pauvre, mais assez propre. Sur la muraille, crépie à blanc, deux images grossièrement coloriées, clouées l'une en face de l'autre, attiraient tout d'abord l'attention. L'une d'elles représentait un général qu'à son uniforme vert, à son grand cordon de la Légion d'honneur, surtout à son petit chapeau, le Français reconnut aisément, et étendant la main avec vivacité il s'écria: «Napoléon!» L'autre figure, d'un aspect farouche, était affublée d'une sorte de manteau royal et coiffée d'une couronne à longues dents; elle portait à sa main une bannière sur laquelle on distinguait un épervier. Ce fut cette fois le tour du Sicule, et comme le Français semblait embarrassé d'attacher un nom à cette figure grotesque, son hôte s'écria d'un air triomphant: «Attila Magyarock kiralya!» Attila, roi des Magyars!--«Attila n'était point roi des Magyars; il était roi des Huns,» dit notre compatriote, choqué apparemment de l'anachronisme qui, confondant les Hongrois avec les Huns, plaçait Attila au ixe siècle.--«Il n'était pas roi des Magyars?» reprit le Sicule d'un ton presque suppliant et en fixant sur son interlocuteur un regard qui semblait dicter la réponse.--«Non,» répliqua imperturbablement celui-ci. A ce non articulé d'une voix ferme, le front du Transylvain s'assombrit; il baissa la tête et se tut. Son hospitalité ne cessa point d'être attentive et polie, mais elle devint froide: la confiance avait disparu. Notre compatriote ne s'expliqua que plus tard le changement survenu dans les manières de son hôte: il avait blessé mortellement le préjugé filial et l'orgueil du Szekel. Au regret d'avoir affligé cet homme bon et naïf, il se promit bien de ménager désormais jusque dans ses erreurs de chronologie la fière nation qui prenait Napoléon pour le second de ses héros.
Voilà les traditions qui survivent encore parmi les Huns d'Europe: ceux d'Asie n'ont-ils pas les leurs? Les conquêtes du premier empire hunnique et le nom d'Attila ne sont-ils pas chantés ou racontés, soit dans les contrées de l'Oural, berceau des Huns noirs, soit dans les steppes de la mer Caspienne et du Caucase, ancienne patrie des Huns blancs? Pour répondre avec quelque assurance à cette question, il faudrait connaître les peuples de l'Asie septentrionale beaucoup mieux que nous ne les connaissons aujourd'hui. D'après le peu de notions que nous avons sur leurs mœurs, leurs croyances, leur histoire domestique, la question devrait se résoudre négativement. Oui, le nom d'Attila paraît oublié dans le pays qui pourrait avant tout autre revendiquer sa gloire. On dirait que ce monde mobile des nations nomades ne retient la mémoire que de ceux qui l'ont opprimé, ou qui ont frappé directement ses regards par de grandes catastrophes. Les catastrophes assurément n'ont point manqué à la vie d'Attila, mais les ravages de ses guerres et l'action violente de son gouvernement se sont portés surtout hors de l'Asie et loin de l'Asie. Il est arrivé aussi que, depuis lui, des conquérants sortis des mêmes races ont bouleversé ce grand continent et laissé après eux des successeurs pour perpétuer leur renommée. Tchinghiz-Khan et Timour sont aujourd'hui les héros du monde oriental: Attila ne l'est plus.
Si bonnes que semblent ces raisons, on a peine à se persuader néanmoins qu'un aussi grand événement que la destruction de l'empire romain d'Occident par les Huns, et une aussi grande figure que celle d'Attila, n'aient pas laissé chez des races pleines d'imagination quelques souvenirs, si vagues qu'on les suppose. La vie du roi des Huns, fertile en incidents romanesques, a dû fournir plus d'une anecdote à ce recueil d'histoires merveilleuses que les Orientaux se transmettent de génération en génération avec des variantes de temps, de lieux et de noms, et qui constituent le patrimoine littéraire des peuples pasteurs. Il n'est pas douteux qu'on n'en trouvât çà et là plus d'une, si l'on savait les chercher. Je n'en veux pour preuve que le conte suivant, que je prends presque au hasard dans un voyage publié à Paris il y a une vingtaine d'années. L'auteur de ce voyage est un Hongrois qui, à l'exemple de beaucoup de ses compatriotes, s'était mis en quête de la Magyarie orientale, le Dentumoger des traditions de son pays. Avant d'aller chercher comme certains autres, cette patrie imaginaire en Sibérie où au Thibet, il voulut s'assurer si les steppes qui séparent la mer Noire de la mer Caspienne ne renfermaient pas quelques rejetons de la souche magyare antérieure à l'établissement des Hongrois en Europe. Son attente fut bien heureusement remplie, s'il rencontra dans la vallée du Kouban, ainsi qu'il nous le dit, une peuplade qui non-seulement connaissait le nom de Magyar, mais encore prétendait que ses ancêtres l'avaient porté autrefois: cette peuplade était celle des Karatchaï. La fraternité, ou du moins la similitude de nom, ayant créé entre notre voyageur et le chef ou vali de la tribu une sorte d'intimité, voici ce qu'il entendit sous la tente et de la bouche même de ce chef, un soir qu'ils buvaient ensemble le tchaïa, accroupis sur des tapis de Perse. Le voyageur ignorait l'idiome des Karatchaï, mais un interprète turk lui traduisait le récit phrase par phrase, et il s'empressa de le confier au papier dès qu'il fut rentré dans sa tente. Je le donnerai ici en l'abrégeant, et je le ferai avec d'autant plus de confiance, que l'écrivain à qui je l'emprunte semble n'y pas voir autre chose qu'une sorte de féerie orientale où il est question des Magyars.
«A Constantinople vivait jadis un empereur d'humeur bizarre et ombrageuse, pour qui l'honneur de son nom et la considération de sa couronne étaient tout, et qui eût sacrifié au désir de préserver sa gloire enfants, parents et amis. Le ciel lui avait donné une fille unique, chez qui éclata dès l'enfance la beauté la plus merveilleuse. Craignant que cette beauté n'attirât plus tard quelque catastrophe sur sa maison, il fit élever sa fille loin de Constantinople, dans une petite île de la Propontide, sous la garde d'une matrone sévère et en compagnie de quinze demoiselles attachées à son service. Il défendit aussi par un décret à tout homme, quel qu'il fût, d'approcher de l'île sous peine de la vie.
«Les charmes d'Allemely (c'était le nom de la princesse) se développèrent avec les années; on ne pouvait la voir sans l'aimer. Les éléments en devinrent épris: quand elle se promenait dans la campagne, le vent la caressait de son haleine; quand elle marchait sur le rivage de la mer, les flots accouraient baiser ses pieds: un jour qu'elle s'était endormie sur son sopha, la fenêtre de sa chambre ouverte, un rayon de soleil entra, l'enveloppa amoureusement, et la rendit mère. Bientôt des signes certains révélèrent sa grossesse à tous les yeux. Rien ne peut rendre la colère qu'éprouva l'empereur à cette vue; il résolut de perdre sa fille pour cacher le secret de son déshonneur, mais, n'osant pas la tuer de ses propres mains, il la fit embarquer avec la matrone qui l'avait si mal gardée et les quinze demoiselles, dans un navire rempli d'or et de diamants, qu'il abandonna aux caprices du vent et des flots.
«Mais le vent poussa doucement l'esquif vers le Bosphore, jusqu'à la mer Noire, et cette mer, d'ordinaire si courroucée contre ceux qui osent troubler ses eaux, le berça de rivage en rivage jusqu'aux contrées du Caucase, où dominaient alors les tribus des Magyars. Le hasard voulut que le jeune chef de ces tribus fît une grande chasse du côté de la mer. A la vue du navire orné de banderoles, dont le pont était couvert de femmes richement vêtues qui lui tendaient les bras en signe de détresse, le jeune khan, qui était vigoureux et adroit, décocha une de ses flèches, au bout de laquelle il avait attaché une longue corde de soie, et la flèche étant tombée sur le navire sans blesser personne, les jeunes filles nouèrent la corde autour du mât, et le khan, aidé de ses compagnons, les remorqua sur la plage.
«Allemely lui raconta toutes ses infortunes, sa naissance, son emprisonnement dans une île déserte, et l'aventure merveilleuse par suite de laquelle elle errait sur la mer avec ses compagnes. Le khan ne put se défendre de l'aimer et la conduisit dans son palais. Elle y mit au monde ce fils qu'elle avait engendré au contact du soleil, et ayant épousé le khan, elle lui donna aussi un fils. Ces deux enfants grandirent l'un près de l'autre, divisés par une haine mortelle. En vain, le chef magyar, qui les regardait tous deux comme ses fils, essaya de les réconcilier; en vain, sentant sa mort prochaine, il eut soin de régler sa succession: ces jeunes gens, quand il ne fut plus, se disputèrent le commandement, et les Magyars, prenant parti pour l'un ou pour l'autre, se livrèrent une cruelle guerre civile. Tandis qu'ils se déchiraient de leurs propres mains, les étrangers fondirent sur eux: ils furent vaincus, dispersés, et perdirent jusqu'à leur nom: c'est ainsi que finit la nation des Magyars.»697
Qui ne reconnaîtrait dans ce récit l'histoire d'Honoria arrangée à la manière orientale? Tout y est sous des noms différents et avec tous les enjolivements que la fantaisie peut imaginer: le célibat forcé de la petite-fille de Théodose, sa grossesse par suite d'une intrigue avec son intendant Eugène, son emprisonnement par les ordres de son oncle Théodose II, sa délivrance ou sa fuite, et ses fiançailles avec Attila. On y retrouve de plus la donnée traditionnelle de son mariage avec le roi des Huns, de la naissance de son fils Chaba et des désastres que ce fils attira sur les Huns après la mort de son père. C'est là, je n'en doute point, un lambeau de la tradition asiatique dont j'ai parlé plus haut, et qui donnait un développement tout particulier aux aventures d'Honoria et de Chaba. Ainsi l'écho de cette grande tempête qui, partie de l'Asie au IVe siècle, démolit l'empire romain et couvrit l'Europe de ruines, revient mourir en Asie, comme un soupir d'amour, dans un conte digne des Mille et une Nuits.
FIN
NOTES
ET
PIÈCES JUSTIFICATIVES
PIECES RELATIVES
A L'HISTOIRE LÉGENDAIRE D'ATTILA
I
TRADITIONS LATINES.
Il existe, soit en latin, soit en vieille langue française, plusieurs romans composés au moyen âge sous le titre: Attile flagellum Dei (Attila, fléau de Dieu); et qui sont ordinairement une compilation des traditions d'Italie et de Gaule, faite d'après l'ouvrage du Dalmate Juvencus Cœlius Calanus, auteur d'une histoire du roi des Huns, remplie d'enjolivements fabuleux. Un de ces poëmes ou romans se trouve parmi les manuscrits de la bibliothèque de Modène. Il est écrit en français, mais traduit du latin. En voici la description, telle que nous la donne M. Paul Lacroix, dans ses Notices et Extraits des manuscrits concernant l'histoire de France et la littérature française, conservés dans les bibliothèques d'Italie, in-8º, Paris, 1839.
«Libri Attile flagellum Dei, 2 vol. in-4, pap., miniature à la plume et en couleur, écriture du XIVe siècle.
«Le premier volume est intitulé: Liber primus Attile flagellum Dei translatus de cronica in lingua franciæ per Nicolaum, olim D. Johannis de Casola, de Bononia.
«Commencement du roman:
Jeshu Crist verais il nostro redemptor...
«Ce roman qui paraît une traduction de l'histoire de Juvencus Cœlius Calanus, est rempli de notes marginales écrites de la main de J.-M. Barbieri, auteur d'un traité Della Origo della Poesia rimata, publié par Tiraboschi.....»
II
TRADITIONS GERMANIQUES
DESCRIPTION DE LA COUR d'ATTILA D'APRÈS L'HELDENBUCH.
ETZELS HOFHALTUNG.
Ein konick so wol bekant,
Der was Etzel genande;
Sein gleichen (man) nydert fant:
An reichtum und an milde
Was im kein konick gleich;
Zwelf konicklich kron und schilde
Dinten dem konick reich.
2. Er hat zwelf konickreich freye,
Dye waren im underthan,
Zwelf hertzog auch do peye,
Dreyszt grafen wolgethan,
Manck riter und auch knechte,
Darzu manck edelman;
Der konig was milt und gerechte:
Sein gleich man nydert fant.
3. Konick Artus was auch reiche,
Wol zu derselben zait,
Er was Etzel nit gleiche;
Auf aller erden weit
Dorft niemant wider in thune,
Er hat sein leib verlorn;
Der konig hilt frid, gleit schune,
Was seyner lant do worn.
4. Konick Etzel lies mit schalle
Beruffen ein wirtschafft,
Die konig und fursten alle,
Die heten adels kraft,
Und auch alle die recken,
Die waren in seynem lant,
Ein zil liesz er in stecken,
Nach ydem er do sant.
5. Dasz er gen hof solt komen,
Wol mil der frawen sein,
Das mocht im wol gefrumen
Gegen dem konig rein;
«Und auch die gewaschte kinder,
Pey firtzehen jaren wol,
Dye las nimant dohinder;
Der konig die haben sol.»
6. Er speist sunst alle tage
Drew taussent menschen wol;
Nach armen that er frage,
Die musten sein gar vol.
Auch speist die konigine
Mit irer speisz so rein
Arm frawen must man pringen,
Der must vierhundert seyn.
7. Itlicher kong da nome
Die werden frawen sein;
Und mit den fursten kome,
Manch furstin und greffein:
Die komen alsampt dare
Zu Etzel dem kong gut;
Ir zukunft freut in gare,
Er wurt gar hoch gemut.
8. Er entpfing die kong am ersten,
Darnach die fursten gut,
Die frawen allermersten,
Als man zu hoffe thut.
Der kong selzt sich zu tische
Wol mit den recken fein,
Man pracht wilpret und fische,
Mocht nit zu teuer sein,
9. Kein tor mit was beschlossen,
Und nye beschlossen wart:
«Man sol mirs offen lassen;»
Sprach Etzel der konig zart
«Wan ich hab doch kein feinde
Auf aller welte preit:
Die tor mir fast auf leinde;
Er darf nimant gelait.»
III
TRADITIONS HONGROISES
PRÉFACE DE L'OUVRAGE DE L'ÉVÊQUE CHARTUICIUS INTITULÉ
CRONICA HUNGARORUM.
E CODICE WARSAVIENSI SÆCULI XIII.
Domino suo Colomano regi excellentissimo, Chartuicius episcopus spirituale ministerium Dei benignitate adeptus, post huius uite terminum illud euge precatur sempiternum. Aggredior nunc opus serenissime rex jussu tuo mihi demandatum, a quo hactenus ingenioli mei impericia abhorruit, ob id presertim quod Priscianus grammaticus mihi olim sat bene perspectus et cognitus, procul a me digressus, iam decrepito mihi, tanquam caligine quadam septus faciem exhibet obscurissimam. Sed cum alia ex parte dignitatis tue attenderem autoritatem, uicit tandem anxie mentis dubitacionem omnem uirtutum omnium lux et gemma obediencia, cuius forti presidio fretus, tametsi mihi uires cernerem haud quaquam suppetere, operis inchoandi fiduciam suscepi. Cum sint autem plerumque inuidie obnoxie, que bona animi fiducia geruntur, supplex oro regiam sublimitatem tuam, uti opusculi huius suscipere ne gravetur patrocinium, nec offendatur parum commoda diccione aut ordinis et rerum gestarum confusione. Quod si occurrat quidpiam, quod fedam habeat offensionem, malim codicem ignibus absumi, quam livoris materiam cuipiam offerri. Et quia bona omnia ad nos ex diuina misericordia proficiscuntur, ipsius munere sic libet opusculum presens auspicari.
PREFACIO AUTORIS.
Omne datum optimum et omne donum perfectum desursum est descendens a patre luminum. Huius patris datum optimum, post passionem et gloriosam resurrectionem et ascensionem domini nostri Iesu Christi, omnes regiones proueniens, qui omnes homines uult salvos fieri, ad orientalem Hungarorum regionem usque defusum est, quos Iesus Christus, qui est deus optimus, non in propria regione, in aliena que Sclaviania nominatur, post multos labores et erumnas ad fidem catholicam mirabili sua prouidencia uocare dignatus est.
*
* *
(1) De Aquila rege. Cum autem rex eorum qui Aquila proprio nomine nuncupabatur, esset locupletatus argento et auro et gemmis, hominorumque animalium uolucrum ac bestiarum siluestrium maxima multitudine, ita ut delicie mundi ex omni parte ei affluerent, exaltatum est et elauatum est cor eius, et decreuit in animo suo ut omnia regna terrarum et omnes naciones consurgeret et suo imperio subiugaret. Exit edictum ab ipso ut omnes naciones super quas timor eius erat ad bellum ualidum parati et armati congregarentur. Quod cum convenissent et innumerabiles campos onerassent, elegit acies de uiris strenuissimis et ad bella promptissimis, a nemine consilium disquirens, ne quis sibi ob pigriciam, uel amore possessionum, uel dolore uxoris aut puerorum suorum dissuaderet, sed cum probitate cordis sui et corporis constancia consilium iniens, contra Lithuam acies mouit, quos statim oppressit et omnem terram uastavit. Quibus subiectis Scuciam, ubi sanctus Brandanus requiescit, intrauit, et sue potentie suppeditauit. Inde uero Daciam ingrediens cum ipsis conflictum habuit, quibus terga uertentibus multos occidit, reliquos suæ dominacioni subdidit. Congregatis autem carinis in Dacia mare ascendit, et ubi fluuius qui Rhenus dicitur mare intrat, per Rhenum exectis remis Theutoniam ingressus est, et ad Coloniam ciuitatem egregiam ueniens tentoria fixit.
(2) De occisione xi uirginum millium. Mox illi contra occurrunt xi millia uirginum, uisitatis liminibus sanctorum apostolorum Petri et Pauli de Uerona ueniencium. Quas cum uidissent perterriti sunt custodes, et celeriter nunciant regi, quia nondum aliquis perturbauerat, postquam Allemaniam intrauerat. Rex et acies subito territi contra uirgines Christi exierunt, et eas cedere ceperunt. Cum autem fere omnes cese fuissent, et rex ipse ad uirginem christianam Ursulam appropinquasset, et eam intuitus fuisset, et quod uirgo non uir esset cognouisset, dixit ad eam: O si ad nostram regiam magnificentiam tam tua nobilis uirginitas nuncium direxisset, et nobis tuum gloriosum aduentum significasset, nunquam nostrum militum ferocitas tuas acies occidisset. Unde quia hoc per ignoranciam factum est, noli de tuis collegis tristari, sed magis consolari, quia mihi copulaberis et regina omnium regnorum eris. Cui respondens beata Ursula dixit: inique canis ferox et audax. Ego regi Cesari copulata sum, te autem qui est draco iniquus uorans christianos ut diabulum despicio. Quod cum uituperatum coram exercitu suo se cognouisset, rex iratus uehementer decollari eam percepit cum reliquis uirginibus suis. Una autem cui nomen erat Cordula, inter funera uiua latitabat. Cum autem media nox esset descendit Iesus Christus cum luce clara et angelis canentibus, et deportauit animam sancte Ursule et animas sanctarum uirginum ad regna celorum. Quod cum uidisset sancta Cordula lacrymari cepit amarissime, quod sodales suas dereliquisset. Mane autem facto statim surrexit, et per funa deambulare cepit. Quod cum uidisset quidam paganus, gladio caput ejus amputauit.
(3) De uictoria Aguile regis. Mouit autem de Colonia tentoria sua ad Austriam, et ibi pugnavit cum rege Theutonico. Quo deuicto Apuliam ingressus est. Ibi cum Normandis et Francigenis pugnam habuit, et eos deuincens sue magnitudini subiugavit. Post hoc montes pertransiens, Lombardiam planam terram inueniens ciuitatibus multis repletam, muribus ornatam, turribus altissimis decoratam, terram uastavit, mures dissipauit, turres confregit, pro iniquitate autem tali plaga dei appellatus est. Totum autem mundum peragrare uolens et romanum imperium sibi usurpare cupiens, Romam exercitum suum mouit, et armatus feroci animo procedebat. Cui in prima stacione nocturni, siue cum in cubiculo dormiret, per uisum angelus sanctus: precepit tibi dominus deus Iesus Christus, ut cum ferocicitate tua ciuitatem sanctam Romam, ubi apostolorum meorum corpora requiescunt, ne introeas, sed reuerte et meum electum regem Casimirum, qui in Sclauonie et Chruacie partibus toto cordis ac mentis affectu fideliter seruiuit, et in eis qui ipsum tradendo turpiter occiderunt, ulciscere. Quia dixerunt nunquam rex erit super nos, sed nos ipsi regnabimus. Generationem autem tuam post te in humilitate Romam uisitare et coronam perpetuam habere faciam. His dictis discessit angelus. Cum autem mane factum esset, rex mouit exercitus suos in ciuitatem quæ Uenetia uocatur, et inde progrediens uenit supra littus maris, ibidemque ciuitatem nouam edificauit, eamque ad honorem nominis sui et ad memoriam posterorum Aquileiam nominauit, unde ab Aquila rege Hungarorum nomen sumpsit. Mouit autem inde se et exercitus suos, et pertransiuit alpes Carinthie, et uenit in terminos Chruacie et Sclauonie inter fluuios Sauam et Drauam. Ibique occurerunt ei principes Chruacie et Sclauonie, et direxerunt acies, et refulsit sol in clypeos aureos, et resplenderunt montes ab eis. Et fecerunt conflictum magnum octo diebus. Tradidit autem eos deus in manus Aquile regis propter regem eorum Casimirum, quem tradiderunt et turpiter occiderunt. Cesi sunt autem Sclaui et Chruati, alii fugierunt, alii in captiuitatem ducti sunt.
Cum autem post uictoriam fluuium qui Draua dicitur pertransisset, et uidisset terram planam atque frugiferam, et post xxv annorum curriculum ab egressu terre sue orientalis Ungarie computasset, et post tantorum bellorum uictorias se debilitatum presensisset, quid agere deberet cogitare cepit, utrum in terram propriam redire, uel istam occupatam possideret. Unde cum multos dies in cogitatione et tristicia duceret rex, hoc ei bonum uisum est consilium, si uxores Sclauas et Chruatas copularet, ita terram in pace et quiete possideret. Quod cum retulisset exercitui suo, placuit omnibus consilium. Obambulauit autem terram et delectabatur in ea, quia terra promissionis, tanquam terra israelitico populo. Missis autem nunciis suis accepit a principe Sclauorum filiam de tribu eadem, et copulauit sibi eam in uxorem, similiter et exercitus ejus de eadem tribu uxoribus copulatus est. Pertransiens autem Danubium inuenit terram planam et campestrem, herbisque superfluis uirentem, pastoribus et pecudibus seu jumentis et poledris indomitis plenam. Nam in terra hac solum pastores et aratores morabantur. Rex uero Sclauonie et Chruacie circa mare delectabatur in ciuitate que Sipleth dicitur, quam sanctus Paulus apostolus ad fidem christianam conuertit, et ipsam episcopalem cathedram v annis tenuit, deinde ordinato episcopo Romam peciit.
IV
MAGISTRI SIMONIS DE KEZA, DE ORIGINIBUS HUNGARORUM LIBRI II.
PROLOGUS.
Cum nostro cordi affectuose adiaceret Hungarorum gesta cognoscere et id etiam ueraciter constitisset, nationis eiusdem uictorias, quæ diuersis sparsæ bellis per Italiam, Franciam, ac Germaniam sparsæ sunt et diffusæ, in uolumen unum redigere procuraui, non imitatus Orosium, qui fauore Ottonis Cæsaris, cui Hungari in diuersis suis præliis confusiones plures intulerant, multa in libellis suis apochrifa confingens, ex Dæmonibus incubis Hungaros asseruit generatos. Scripsit enim, quod Filimer magni Aldarici Regis Gottorum filius, dum fines Scythiœ armis impeteret, mulieres, quæ generationes nomine Bal tucme nominantur, plures secum in exercitu suo dicitur deduxisse. Quæ dum essent militibus infestissimæ, retrahentes plurimos per blandities a negotio militari, consilium Regis ipsas fertur, de consortio exercitus, ea propter expulisse. Quæ quidem peruagantes per deserta litora paludis Meotidis tandem descenderunt. Ibique diutius dum mansissent, priuatæ solatio maritali, incubi Dæmones ad ipsas uenientes, concubuisse cum ipsis, iuxta dictum Orosii, referuntur. Ex qua quidem coniunctione dixit Hungaros oriundos. Sed vt ejus assertio palam fiat falsissima, porro per textum comprobatur Evangelicum, quod spiritus carnem, et ossa non habent, et quod est de carne, caro est, quod autem de spiritu, spiritus est. Contrarium quoque naturis rerum dixisse iudicatur, et penitus aduersatur ueritati, vt spiritus generare possint, quibus non sunt concessa naturalia instrumenta, quæ uirtutem, ac officium dare possint generandi, ualentes perficere ueram formam embrionis. Quocirca patet, sicut mundi nationes alias, de uiro et femina Hungaros originem assumpsisse. In eo etiam idem satis est transgressus ueritatem, ubi solos sinistros præliorum euentus uidetur meminisse ipsorum Hungarorum, felices præteriisse silentio perhibetur, quod odii manifesti materiam portendit euidenter. Uolens itaque veritatem imitari, sic improsperos, vt felices interseram, scripturus quoque ortum præfatæ nationis, ubi et habitauerint, quot etiam regna occupauerint, et quoties immutauerint sua loca. Illius tamen adiutorio, et gratia ministrante, qui rerum omnium, quæ sub lunari circulo esse habent, et ultra, uita quoque fruuntur creatione habita, est, Deus Opifex Creator idem et Redemptor, cui sit honor et gloria, in secula sempiterna.
V
QUO HABITU ATTILA FUERIT, EIUS INDOLES, POTENTIA ET PUGNANDI RATIO, TENTORIA, AC RELIQUA SUPPELLEX. MILITUM COPIA, ARMA HUNORUM. ATTILÆ INSIGNIA.
Erat enim Rex Ethela colore teter, oculis nigris et furiosis, pectore lato, elatus incessu, statura breuis, barbam prolixam cum Hunis deferebat. Audaciæ quidem temperantis erat, in præliis astutus, et sollicitus, suo corpore competentis fortitudinis habebatur. In uoluntate siquidem magnanimus, politis armis, mundis tabernaculis, cultuque utebatur. Erat enim uenerens ultra modum, in arca sua æs tenere contemnebat. Propter quod ab extera natione amabatur, eo, quod liberalis esset, ac communis. Ex natura uero seueritatem habebat, (ideo) a suis Hunis mirabiliter timebatur. Nationes ideoque regnorum diuersorum ad ipsum de finibus orbis terræ confluebant, quibus pro posse liberaliter affluebat. Decem enim millia curruum falcatorum in suo exercitu deferri faciebat, cum diuersis generibus machinarum, quibus urbes et castra destrui faciebat. Tabernacula etiam uariis modis, Regnorum diuersorum, habere consueuerat operata, unum habebat sic celebre et solemne, vt ex laminis aureis mirifice coniunctim solidatum modo solui, et nunc reconiungi ad tendentium staret uoluntatem. Columnæ eius ex auro laboratæ habentes iunctiones, opera ductilia, in medio tamen uacuæ, in iuncturis suis pretiosis lapidibus iungebantur mirabiliter fabricatæ. Sed etiam sua maristalla, dum pergeret in exercitum, equis diuersarum patriarum replebantur, quos quamuis (caros) uisus esset habuisse, largiter egentibus tribuebat, ita quidem, vt uix duos haberet aliquando pro usu equitandi: Ista ergo maristalla ex purpura et bysso habebant paraturam. Sellæ uero regales ex auro, et lapidibus pretiosis fuerant laborate. Mensa autem eius erat tota aurea, uasa etiam coquinarum. Thalamus quidem eius ex auro purissimo, laboratu mirifico, in exercitu secum ferebatur. Expeditio autem eius, præter exteras nationes, decies centenis armatorum millibus replebatur, ita quidem, vt si unum Scythicum decedere contigisset, alter pro ipso confestim ponebatur. Sed arma gentis eius ex corio maxime, et etiam metallis uariis diuersimode fuerant laborata, ferens arcus, cultros, et lanceas. Banerium quoque Regis Ethelæ, quod proprio scuto gestare consueuerat, similitudinem auis habebat, quæ hungarice turul dicitur in capite cum corona. Illud enim banerium Huni usque tempora ducis Geiche dum se regerent pro communi, in exercitu semper secum gestauere. In istis itaque, et aliis pompis huiusmodi, Ethela rex Hunorum, præ ceteris regibus sui temporis, gloriosior erat in hoc mundo. Ciuitatum, Castrorum, Urbium, dominus fieri cupiebat, et super illas dominari, habitare uero in ipsis contemnebat. Cum gente enim sua in campis cum tabernaculis, et bigis incedebat; extera natio, quæ eum sequebatur, in ciuitatibus, et in uillis (habitabat). Indumentorum uero ac forma sua, et gentis, modum Medorum continebat.
FIN DES PIÈCES JUSTIFICATIVES.
TABLE DES MATIÈRES DU TOME SECOND.
TROISIÈME PARTIE.
HISTOIRE DES SUCCESSEURS D'ATTILA.--EMPIRE DES AVARS.
Chapitre premier.--Second empire hunnique: Domination des Avars sur le Danube.--Mœurs de ce peuple; son organisation politique.--Goût de Baïan pour le luxe.--Les Franks-austrasiens vaincus par les enchantements des Avars.--Baïan épargne la ville d'Augusta sur la demande de ses femmes.--Déclamation imprudente de l'ambassadeur Commentiole; Baïan le fait mettre aux fers.--Irruption des Slovènes jusqu'à la longue muraille.--Intrigue d'un Bocolabras avec une femme du kha-kan; il fuit sur le territoire romain; ses révélations à l'empereur Maurice.--Baïan ravage la rive droite du Danube et les vallées de l'Hémus.--Spécimen de la langue parlée en Pannonie au vie siècle.--Hallucination de Baïan devant les murs de Drizipère.--Trompé par une ruse de Maurice, il fait la paix.--Campagne des Romains contre les Slaves; Baïan veut s'y opposer; discours de l'ambassadeur Kokh.--Le roi slave Ardagaste surpris par Priscus.--Histoire d'un transfuge gépide.--Le roi Musok est massacré avec son peuple.--Amitié de Baïan et de Priscus.--Conseils du médecin Théodore au kha-kan.--Baïan déclare que la rive gauche du Danube est sa province.--Nouvelle guerre; férocité de Baïan; profanation des os de S. Alexandre à Drizipère.--La peste éclate dans son armée; sept de ses fils périssent.--Il est battu plusieurs fois au nord du Danube; il perd quatre autres fils dans un marais.--Les Romains pénètrent au delà de la Theïsse; massacre d'une bourgade gépide.--Mort de Baïan et de l'empereur Maurice.
Chapitre deuxième.--Avénement d'Héraclius au trône des Romains.--Épuisement de l'empire sous Phocas; corruption de l'armée; guerre civile.--Phocas veut faire baptiser tous les Juifs; ceux-ci appellent les Perses à leur secours.--Tentative d'Héraclius pour rétablir la paix avec Chosroès; insolence du roi de Perse; invasion de la Galilée.--Les Juifs rachètent les captifs chrétiens pour les égorger.--Prise de Jérusalem par les Perses; enlèvement de la sainte croix, qui est emmenée d'abord en Arménie, puis au fond de la Perse.--La sainte lance et l'éponge sont apportées à Constantinople.--Deuil général des chrétiens; Héraclius jure d'aller reconquérir la croix en Perse ou de mourir; enthousiasme du peuple et du sénat.--Situation de l'empire du côté de l'Europe.--Résumé des affaires de la Hunnie jusqu'en l'année 610; les Avars envahissent le Frioul.--Le duc Ghisulf est tué; sa veuve Romhilde livre au kha-kan la ville de Forum-Julii.--Halte de l'armée hunnique au Champ-Sacré; les fils de Ghisulf s'enfuient; aventure du jeune Grimoald; massacre des prisonniers; châtiment de Romhilde.--Bonnes dispositions apparentes du kha-kan envers l'empire; il propose de venir trouver l'empereur dans Héraclée.--Héraclius prépare une grande fête pour le recevoir.--Trahison du kha-kan; il veut enlever l'empereur, qui s'échappe en laissant à terre son manteau impérial.--Course des Huns jusqu'au mur de Constantinople.--Explications du kha-kan.--Reprise des négociations; la paix est jurée.--L'empereur se prépare par la retraite et le jeûne à sa campagne contre les Perses; il règle le gouvernement de l'empire pendant son absence; sa noble conduite vis-à-vis du kha-kan des Avars.--La flotte impériale met à la voile.
Chapitre troisième.--Expédition d'Héraclius contre les Perses; il débarque en Colchide; les tribus du Caucase se joignent à lui.--Invasion de l'Atropatène; Héraclius détruit les Pyrées des mages et éteint le feu consacré.--La guerre se porte dans les hautes chaînes du Caucase et du Taurus; héroïsme d'Héraclius et de son armée.--Schaharbarz se concerte avec le kha-kan des Avars pour assiéger Constantinople par terre et par mer.--Le patrice Athanase député au kha-kan pour sonder ses intentions est retenu prisonnier.--Plan hardi d'Héraclius pour déjouer la coalition formée contre lui; il partage son armée en trois corps, fortifie la garnison de Constantinople, et marche lui-même près de Tiflis au-devant des Khazars.--Entrevue du chef khazar Zihébil et de l'empereur romain; leur alliance; quarante mille Khazars auxiliaires entrent au service d'Héraclius.--Siége de Constantinople par les Perses et les Avars; Schaharbaz occupe la rive orientale du Bosphore, l'avant-garde avare arrive à Mélanthiade.--Le kha-kan renvoie Athanase à Constantinople pour la sommer de se rendre; Athanase mal accueilli par le sénat justifie sa démarche.--Arrivée du kha-kan devant la ville.--Ses troupes; son matériel; sa flotte.--Description de Constantinople.--Belle défense des assiégés; machine inventée par un matelot.--Ambassadeurs perses à l'armée du kha-kan; celui-ci demande à conférer avec quelques députés romains; singularités de cette conférence.--La flotte avare veut traverser le Bosphore à Chelæ; elle est dispersée par des galères romaines.--Colère du kha-kan; attaque nocturne de la ville par terre et par mer; sages dispositions du patrice Bonus.--Bataille navale gagnée par les Romains.--Déroute de l'armée avare.--Retraite du kha-kan.--Constantinople fête sa délivrance.
Chapitre quatrième.--Campagne d'Héraclius en Assyrie.--Bataille de Ninive.--Fin malheureuse de Chosroès; son fils Siroès lui succède: Héraclius devient l'arbitre de la paix.--Son entrée triomphale à Constantinople.--Des envoyés viennent le féliciter de la part de Dagobert, roi des Franks.--Invasion de l'islamisme sur le territoire de l'empire.--Conquêtes des khalifes Abou-Bekr, Omar et Khaled.--Perte de la Syrie.--Héraclius rapporte la sainte Croix de Jérusalem à Constantinople; changement opéré en lui par le malheur.--Politique d'Héraclius vis-à-vis des Avars: Affaires intérieures de la Hunnie.--Révolte des Slaves; un marchand frank nommé Samo les conduit an combat; ils le prennent pour roi.--Alliance d'Héraclius avec lui.--Les sujets de Samo attaquent une caravane de marchands franks.--Réclamations de Dagobert; sotte conduite de son envoyé Sicharius.--Victoire des Vendes-Carinthiens sur les Franks à Vogastiburg.--Mort du kha-kan des Avars; prétention de Cubrat, roi de Bulgarie, à lui succéder; scission entre les Avars et les Bulgares.--Cubrat sollicite l'alliance des Romains.--Héraclius appelle des colonies slaves au midi du Danube; fondation des deux royaumes de Croatie et de Servie.--Les Avars confinés dans leur territoire se livrent à un luxe grossier.--Apologue de Crumn, roi des Bulgares.--Décadence du second empire hunnique; ses dernières relations avec le roi des Lombards.
Chapitre cinquième.--Premières missions chrétiennes en Hunnie.--Saint Émeramme de Poitiers; saint Rupert.--Destruction de la ville de Laureacum et de l'œuvre de saint Rupert.--Les Huns sont repoussés derrière le mont Comagène.--Révolution survenue dans l'empire frank; une nouvelle dynastie remplace les rois mérovingiens; grandeur de la France sous Charlemagne.--Deux ennemis menacent l'empire frank; les Saxons au nord de l'Allemagne, les Grecs en Italie; situation intermédiaire des Avars.--Haine de Tassilon, duc de Bavière, et de sa femme Liutberg contre Charlemagne.--Apparition des Huns à la diète de Paderborn.--Défaite des Franks près du mont Suntal; exécution de quatre mille cinq cents Saxons.--Witikind se soumet; il est baptisé.--Tassilon négocie avec les Avars; mandé à la diète de Worms, il refuse de s'y rendre.--Une armée franke marche sur la Bavière; Tassilon renouvelle son serment de fidélité et livre des otages.--Alliance de Tassilon avec les Huns.--Dénoncé par ses leudes, il est jugé à Ingelheim et condamné à mort; Charlemagne lui fait grâce de la vie; Tassilon se fait moine.--Les Huns descendent en Italie pour se joindre aux Grecs; les Grecs et les Huns sont battus.--Les Huns envoient une armée en Bavière et sont défaits.--Charlemagne leur déclare la guerre.--Sentiment de la Gaule à cette nouvelle; préparatifs et plan de campagne de Charlemagne; la reine Fastrade le suit à Ratisbonne.--Fortifications du pays des Huns; ce que c'était que les Hrings ou Rings.--Charlemagne fait célébrer les litanies; sa lettre à Fastrade.--Il attaque le rempart du mont Comagène sur la rive droite du Danube; Theuderic attaque celui de la Kamp sur la rive gauche; double victoire des Franks.--Charlemagne pousse jusqu'au Raab, Theuderic jusqu'au Vaag; siége de la grande île du Danube.--Succès de l'armée d'Italie commandée par Pépin; le jeune roi pénètre dans la presqu'île sirmienne; il prend et pille un des rings intérieurs.--Une épizootie se répand sur les chevaux des Franks.--Fin de la campagne.
Chapitre sixième.--Politique de Charlemagne à l'égard de la Hunnie; effroi de la cour de Constantinople.--Charlemagne veut joindre le Rhin au Danube par un canal; il commence l'entreprise sans pouvoir l'achever.--Les Saxons sollicitent les Avars de reprendre les armes; parti de la paix et parti de la guerre parmi les Huns; le parti de la paix l'emporte; le kha-kan et le ouïgour sont massacrés.--Nouvelle campagne des Franks en Hunnie; Héric, duc de Frioul, prend et pille un des rings intérieurs en Pannonie; le ring royal situé aux bords de la Theïsse tombe au pouvoir du roi Pépin.--Entrée triomphale de Pépin à Aix-la-Chapelle.--Charlemagne distribue le butin fait sur les Avars au pape, aux autres souverains, aux métropoles, aux églises des Gaules et à ses fidèles.--Le kha-kan Tudun et plusieurs nobles avars reçoivent le baptême à Aix-la-Chapelle; fête donnée à cette occasion; vers de l'évêque Théodulf.--Construction de la grande cité d'Aix; chasse dans les forêts voisines; tableau de la cour du roi des Franks.--Retour de Tudun dans ses États; les Pannonies sont incorporées à l'empire frank ainsi que la Hunnie septentrionale jusqu'au Vaag, le reste forme un royaume soumis aux Franks.--Franco-Chorion.--Colonies bavaroises et carinthiennes établies en Pannonie.--Révolte parmi les Avars; Tudun abjure le christianisme.--Attaque de la frontière bavaroise; le comte Gérold est tué.--Nouvelle campagne des Franks; mort de Tudun; conquête définitive de la Hunnie.--Organisation administrative des Pannonies.--Kha-kans devenus chrétiens; procédé du comte Ingo pour gagner les nobles huns au christianisme.--Fanfaronnade d'un soldat gaulois; conséquences nombreuses de la guerre de Hunnie.--Les Slaves et les Bulgares attaquent les Huns qui demandent à quitter leur pays; Charlemagne les cantonne au midi du Danube.--Puissance des Slaves-Moraves.--Lettre du pape Eugène II au kha-kan et au peuple des Avars.
Conclusion.--Arrivée des Hunugars en Europe.--Ils habitent la Lébédie d'où ils sont chassés par les Petchénègues.--Ils se divisent; une partie retourne au pied du Caucase, l'autre s'établit au bord du Danube.--Le kha-kan des Khazars institue Arpad prince des Hunugars danubiens.--L'empereur Léon le Sage achète leur secours contre les Bulgares.--Ceux-ci défont le roi Siméon et ravagent la Bulgarie.--Siméon appelle à son secours les Petchénègues qui se jettent sur les campements des Hunugars; Arpad se retire dans les montagnes de la Transylvanie.--Les Hunugars se renforcent de huit tribus exilées de la Khazarie, parmi lesquelles figure la tribu des Magyars.--Berceau de la nation et de la langue hongroises.--Situation des contrées danubiennes depuis la destruction de l'empire des Avars; faiblesse des successeurs de Charlemagne; progrès de la domination des Moraves.--Le roi de Moravie Swatepolc se brouille avec le roi de Germanie Arnulf son seigneur; caractère de ces rois; Arnulf ouvre les Carpathes aux Hongrois.--Irruption des bandes d'Arpad; défaite et disparition de Swatepolc.--Guerre des Hongrois avec ses fils; conquête des plaines de la Theïsse; chute du royaume des Moraves.--Arnulf se fait couronner empereur à Rome; les Hongrois attaquent la Bavière et l'Italie.--Férocité de ce peuple; épouvante des Italiens; cri de malédiction contre Arnulf.--Progrès de la nation hongroise sur les deux rives du Danube.--Fondation d'un troisième empire hunnique.
QUATRIÈME PARTIE.
HISTOIRE LÉGENDAIRE ET TRADITIONNELLE D'ATTILA.
Légendes et traditions latines.--I. Caractères divers de l'Attila légendaire chez les peuples latins.--Attila destructeur.--Attila fondateur.--Attila en face des évêques et du pape.--Attila flagellum Dei.
II. Mythe du Fléau de Dieu.--Son origine dans les idées chrétiennes du ve siècle.--Son développement au moyen âge.--Légende de saint-Loup.--Attila infernal.--Attila théologien.--Attila vertueux.--Fiésole et Florence.--Confusion de l'histoire et de la légende.
Légendes et traditions germaniques.--I. Sources de la tradition germanique sur Attila.--Elle prend naissance chez les Germains orientaux.--Les Germains occidentaux l'adoptent en la modifiant.--Traditions chez les Franks, chez les Anglo-Saxons, chez les Scandinaves, chez les Germains du Rhin.
II. Caractère d'Attila dans les divers poëmes germaniques.--Sa fin tragique de la main d'une femme.--Traditions sur Ildico.--Hildr la Danoise, Hildegonde, Gudruna, Crimhilde.--Poëme de Walter d'Aquitaine; Hildegonde chez Attila; son enlèvement par Walter.--Chants scandinaves sur Gudruna et Atli; leur mariage.--Atli tue les frères de Gudruna pour avoir leurs trésors.--Vengeance de Gudruna.
III. Dernier état de la tradition.--Poëme allemand des Niebelungs.--Altération du mythe de Sigurd.--Férocité des Niebelungs et de leur sœur Crimhilde.--Attila ami des chrétiens; il fait baptiser son fils Ortlieb.--Pilegrin évêque de Passau, auteur du poëme des Niebelungs.--Pilegrin fut l'apôtre des Hongrois.--Son rôle historique.--Caractère et objet de son poëme.
Légendes et traditions hongroises.--I. Possibilité d'une tradition huunique chez les Hongrois.--Authenticité de leurs monuments traditionnels.--Chants populaires.--Chroniques et légendes.--Influence de l'éducation chrétienne.--Le notaire anonyme du roi Béla.--L'évêque Chartuicius.--Simon Kéza.--Chronique de Bude.--Thwroczi.
II. Épopée magyare.--Attila, Arpad, Saint-Étienne.
III. Épée d'Attila.--Dernières traditions en Hongrie et en Orient.
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES.
FIN DE LA TABLE.
PARIS.--IMPRIMERIE DE J. CLAYE, RUE SAINT-BENOIT, 7.