Note 121, page 338.

Vers 9662. Despendre, dépenser. M. le duc de Bellegarde, qui étoit Gascon, et qui entendoit la raillerie, ayant demandé à Malherbe lequel étoit mieux dit de depensé ou de dependu, il répendit que depensé étoit plus françois, mais que dependu, pendu et rependu étoient plus propres pour les Gascons. (Lantin de Damerey.)

Note 122, pages 342-343.

Vers 9726-9796. Jonglierre, janglerre, jongleur, joingleur et jongléor, du latin jaculator, signifient un bouffon, un bateleur, un trompeur. [p.451]

A la cour des comtes de Flandre, les poëtes étoient appelés jongleurs; à la cour de nos rois, fatistes, du mot faire. Fatiste étoit aussi un bateleur, suivant Borel. Fat vient de fatiste.

Chez les comtes de Provence, on appeloit les poëtes des troubadours ou trouvères: la Provence se nommoit alors la boutique des troubadours.

Les anciens poëtes grecs ont chanté les louanges des dieux et des rois, comme le remarque Hérodote dans la Vie d'Homère, dont les poésies furent chantées pièce à pièce dans les maisons des seigneurs, ce qui a fait nommer rhapsodies les poésies d'Homère, non pas dans le sens que nous donnons aujourd'hui à ce terme.

Nos trouvères, à l'exemple de ces poëtes, empruntant leurs sujets des belles actions des grands hommes, alloient par les cours des princes, chantant leurs gestes et leurs hauts faits pour les divertir. Les jongleurs, c'est-à-dire les ménestriers, avoient aussi le même emploi, chantant avec la viole. Les uns composoient, comme les trouvères ou conteurs; les autres chantoient les inventions d'autrui, comme les chanterres et les jongleurs, et parce qu'ils avoient besoin les uns des autres, ils se trouvoient ensemble aux grandes assemblées et aux festins des princes. Le temps où ils fleurirent le plus fut celui des Croisades. (Voyez Fauchet, De la langue et poésies françaises, liv. I.)

«Lorsque les bons trouvères vinrent à manquer, les jongleurs n'ayant plus rien de beau à raconter, on se moqua d'eux; et leurs contes étant méprisés à cause des menteries trop évidentes et trop lourdes, quand on vouloit parler de quelque chose folle et vaine, on disoit: «Ce n'est que jonglerie»; étant [p.452] enfin jongler ou jangler pris pour bourder et mentir.» (Fauchet, Ibid.) (Lantin de Damerey.)

M. Levesque de la Ravalière propose une nouvelle étimologie de ce mot, qui a pour elle une ressemblance frappante.

Les premiers instruments de musique que les hommes aient connus ont été la harpe et la lyre, dont on tire les sons avec les doigts et les ongles; ne se peut-il pas que du mot ongle on ait dit ongler, jongler, jongleur, pour exprimer l'action de jouer de la harpe et de la lyre? L'usage ayant établi la signification de jongleur, on a continué à nommer ainsi tous les joueurs d'instruments, quels que fussent les instruments dont ils jouoient. (Méon.)

Littré, d'accord avec tous les linguistes, fait dériver jongleur du latin joculator. (P.M.)

Note 123, pages 350-351.

Vers 9853-9923. Doris, nymphe marine, fille de l'Océan et de Thétis, ayant été mariée à son frère Nérée, mit au monde cinquante nymphes qui furent appelées Néréides, du nom de leur père. Souvent les poètes emploient le nom de Doris, pour signifier la déesse de la mer, et quelquefois pour la mer elle-même. (Moréri.)

Note 124, pages 352-353.

Vers 9868-9938. Dol. Le mot Barat, que nous traduisons ici par Dol, signifie proprement fraude, et jusqu'ici nous l'avions toujours traduit ainsi. Mais Jehan de Meung personnifiant toutes les passions et [p.453] les transformant en acteurs, nous nous sommes trouvé fort embarrassé par ce personnage masculin de Barat. Aussi avons-nous été forcé de modifier notre traduction suivant les circonstances, tantôt mettant fraude et ailleurs Dol ou mensonge. L'inconvénient n'est pas bien grave, attendu que ce personnage ne joue aucun rôle direct dans l'action du Roman de la Rose.

Note 125, page 352.

Vers 9880. Pesme, c'est-à-dire très-mauvaise, la plus mauvaise, par sincope, du latin pessima, ainsi que notre même est sincopé de l'italien medesimo, et carême de quaresima. Je dois cette remarque au R.P. Oudin, l'un des plus savants Jésuites de son siècle en tout genre de littérature.

Cette explication est d'autant plus sûre que je l'ai retrouvée depuis dans le Glossaire de Du Cange sur l'histoire de Villehardouin, où les passages qu'il rapporte confirment le sentiment du P. Oudin. Guillaume de Nangis, parlant du roi des assassins, dit: «Icil très pesme Roy, et malvoulant seigneur.» Et Philippe Mouskes, en la vie de Philippe I:

Dont fut une très grant gelée
Trop piesme et trop démesurée.

(Lantin de Damerey.)

Nous ne reproduisons cette note que pour montrer que la science philologique était encore dans l'enfance au XVIIIe siècle. En effet, pesme vient de pessima, même de metipsimus, et carême de quadragesima.

[p.454] Note 126, pages 352-353.

Vers 9889-9959. Laverne. C'est la déesse que les voleurs avoient prise pour leur patrone. Horace nous a conservé la prière qu'on lui adressoit:

Pulchra Laverna,
Da mihi fallere, da justo sanctoque videri
Noctem peccatis, et fraudibus objice nubem.
(Épist. XVI, libro primo.)

(Lantin de Damerey.)

Note 127, page 358.

Vers 9994. Listé. Fermé avec une barrière qu'on appeloit lista. Je ne crois pas que dans aucun cas on puisse expliquer ce terme par mortifiés qui se trouve dans certain glossaire. Ce que le roman nomme palais listez, ce sont des palais fermés avec des barrières. Palais, à palando, du verbe palari, aller par-ci par-là; ou bien de palus, qui signifie un pieu, dont Du Cange dérive le verbe palissader, garnir de pieux: étymologie qui remplit parfaitement l'idée attachée aux trois corps de troupes ou camps-volants de nos premiers François, qui étoient sans séjour fixe sous des tentes, munis seulement d'une enceinte de pieux dont on fait encore usage dans la guerre. Par là se forme du mot palais une idée toute différente de celle que l'on en a vulgairement.

De la même étymologie, palor, pour errer, se tirent certainement les mots palatins et paladins, ou chevaliers errants, dont les combats et l'amour faisoient toute l'occupation. (Lantin de Damerey.)

[p.455] Palais vient tout simplement de palatum, palatium, qui veut dire: maison du prince; on trouve palatium dans Varron.

Note 128, page 362.

Vers 10028. Guerpir, abandonner, du verbe werpir, qui signifioit autrefois: livrer et ensaisiner l'héritage que l'on appeloit werp ou guerp, comme on le voit dans les notes de Hierome Bignon sur Marculfe. Déguerpir, c'étoit ôter, délaisser; mais dans la suite, le simple et le composé ont signifié la même chose, c'est-à-dire abandonner. (Lantin de Damerey.)

Note 129, pages 366-367.

Vers 10111-10187.

Pauper amet cautè: timeat maledicere pauper.
Multaque, divitibus non patienda, ferat.
(Ovid., De Art. am., lib. II, carm. 167.)

Note 130, pages 368-369.

Vers 10137-10211.

Sed neque fulvus aper mediâ tam saevus in ira est,
Fulmineo rabidos cùm votat ore canes,
Nec lea, cùm catulis lactentibus ubera praebet,
Nec brevis ignaro vipera laesa pede,
Fomina quam socii deprensâ pellice lecti
Ardet, et in vultu pignora mentis habet.
(Ovid., De Art. am., lib II, carm. 373.)

[p.456]

Note 131, pages 376-377.

Vers 10266-10342. Les quatre vers suivants se trouvent dans quelques manuscrits:

Salemon qui tout esprouva,
En mil homes un bon trova;
Mès des fames ne trova nule,
Ne plus qu'en trueve mere mule.

Note 132, pages 378-379.

Vers 10315-10391.

Quod natura dedit, nemo tollere potest.

Au vers précédent se trouve le mot surgéure, saut, la science de surgéure, la science de sauter. Ne pouvant traduire ce mot par un mot en ure pour rimer avec nature, nous nous sommes permis de substituer à surgéure le mot égratignure, qui traduit exactement la pensée de l'auteur, sinon le mot.


[p.457]

TABLE DES MATIÈRES


TITRES DES CHAPITRES.

CHAPITRE XXXIII.—Du vers 4283 au vers 4450.


Cy endroit trespassa Guillaume
De Loris, et n'en fist plus pseaulme;
Mais, après plus de quarante ans,
Maitre Jehan de Meung ce Rommans
Parfist, ainsi comme je treuve;
Et ici commence son oeuvre.

CHAPITRE XXXIV.—Du vers 4451 au vers 4952.

Cy est k très-belle Raison,
Qui est preste en toute saison
De donner bon conseil à ceulx
Qui d'eulx sauver sont paresceux.

CHAPITRE XXXV.—Du vers 4953 au vers 5838.

Ci est le Souffreteux devant
Son vray Ami, en requerant
Qu'il luy vueille aider au besoing,
Son avoir lui mettant au poing.

CHAPITRE XXXVI.—Du vers 5839 au vers5888.

Comment Virginius plaida
Devant Apius, qui jugea
Que sa fille à tout bien taillée,
Fust tost à Claudius baillée.

[p.458]
CHAPITRE XXXVII.—Du vers 5889 au vers 6162.


Comment après le jugement
Virginius hastivement
A sa fille le chief couppa,
Dont de la mort point n'échappa;
Et mieulx ainsi le voulut faire,
Que la livrer à pute affaire;
Puis le chief presenta au juge
Qui en escheut en grant déluge.

CHAPITRE XXXVIII.—Du vers 6163 au vers 6440.

Comment Raison monstre à l'Amant
Fortune la Roë tournant,
Et lui dit que tout son pouvoir,
S'il veult, ne le fera douloir.

CHAPITRE XXXIX.—Du vers 6441 au vers 6494.

Comment le maulvais empereur
Neron, par sa grande fureur,
Fist devant luy ouvrir sa mere,
Et la livrer à mort amere,
Pource que véoir il vouloit
Le lieu où concéu l'avoit.

CHAPITRE XL.—Du vers 6495 au vers 6710.

Comment Senecque le preud'homme,
Maistre de l'empereur de Romme,
Fut mis en ung baing pour mourir;
Neron le fist ainsi périr.

CHAPITRE XLI.—Du vers 6711 au vers 6796.

Comment l'emperere Neron
Se tua devant deux garçons,
En ung jardin où se bouta,
Pour ce que son pueple doubta.

[p.459]
CHAPITRE XLII.—Du vers 6797 au vers 7526.


Comment Phanie dist au roy
Son pere, que par son desroy
Il seroit au gibet pendu,
Et l'a par son songe entendu.

CHAPITRE XLIII.—Du vers 7527 au vers 8096.

Comment Raison laisse l'Amant
Mélancolieux et dolant,
Puis s'est tourné devers Amis
Qui en son cas confort a mis.

CHAPITRE XLIV.—Du vers 8097 au vers 8266.
Comment l'Amant monstre à Amis
Devant lui ses trois ennemis,
Et dit que tost le temps viendra
Qu'au juge d'eulx se complaindra.

CHAPITRE XLV.—Du vers 8267 au vers 8374.

Comment Povreté fait requestes
A Richesce moult deshonnestes,
Qui riens ne prise tous ses ditz,
Mais de tout l'a fait esconditz.

CHAPITRE XLVI.—Du vers 8375 au vers 8712.

Comment Amis recorde cy
A l'Amant, qu'un seul vray Amy
En sa povreté il avoit,
Qui tout son avoir lui offroit.

CHAPITRE XLVII.—Du vers 8713 au vers 8772.

Comment les gens du temps passé
N'avoient nul trésor amassé,
Fors tout commun par bonne foy;
Et n'avoient ne prince ne roy.

[p.460]
CHAPITRE XLVIII.—Du vers 8773 au vers 8848.


Ici commence le Jaloux
A parler et dire, oyans tous,
A sa femme qu'elle est trop baulde,
Et rappelle faulse ribaulde.

CHAPITRE XLIX.—Du vers 8849 au vers 8967.

Comment le Jaloux si reprent
Sa femme, et dit que trop mesprent
De démener ou joie ou feste,
Et que de ce trop le moleste.

CHAPITRE L.—Du vers 8968 au vers 9307.

Comment Lucrece par grant ire
Son cuer point, derrompt et dessire,
Et chiet morte sur terre adens,
Devant son mari et parens.

CHAPITRE LI.—Du vers 9308 au vers 9696.

Beaulté si Chasteté guerroye,
Et Laidure aussi la maistroye
De servir à vertus leur dame
Qui des chastes à malle fame.

CHAPITRE LII.—Du vers 9697 au vers 9842.

Comment le Jaloux se débat
A sa femme, et si fort la bat,
Que robe et cheveulx luy descire
Par sa jalousie et par ire.

CHAPITRE LIII.—Du vers 9843 au vers 9948.

Comment Jason alla grant erre
Oultre mer la toison d'or querre,
Et fut chose moult merveilleuse
Aux regardons et moult paoureuse.

[p.461]
CHAPITRE LIV.—Du vers 9949 au vers 10358.


Cy povez lire sans desroy,
Comment fut fait le premier roy,
Qui puis leur jura sans tarder
De loyaulment le leur garder.

CHAPITRE LV.—Du vers 10359 au vers 10398.

Comment l'Amant, sans nul termine
Prent congié d'Amis, et chemine
Pour savoir s'il pourrait choisir
Chemin pour Bel-Acueil véir.


NOTES


FIN DU TOME DEUXIÈME DU ROMAN DE LA ROSE