Frotter.—Ne dites pas: frotter, mais cirer, décrotter les chaussures.
Frotteur.—Ne dites pas frotteur pour désigner celui qui décrotte les chaussures, mais décrotteur.
Fugère.—Corruption de fougère.
Fuseau.—Ne dites pas fuseau, ni canelle, mais bobine, pour désigner le petit cylindre de bois qui est garni d’un rebord à ses deux extrémités et sur lequel on enroule le fil, la soie.
Futur.—L’expression dans le futur est un anglicisme (in the future). Dites à l’avenir, désormais, dorénavant.
Gadille, Goudille.—Ne dites pas gadille, ni goudille, mais roupie, pour désigner l’humeur qui découle du cerveau et pend au nez par gouttes. Gadille est, en français, un des noms vulgaires du rouge-gorge. Goudille n’est pas français.
Gagne.—Désigne en français l’action de gagner, et est du féminin. C’est donc une faute de dire: Il y a du gagne à cet endroit, signifiant: qu’on y trouve facilement de l’emploi; que les ouvriers, les manœuvres y sont recherchés.
Gagne s’emploie aussi, mais à tort, dans le sens de gain au jeu.
Gagné.—Est un participe passé. Ne peut être employé comme substantif. On ne peut pas dire: Dépenser le vieux gagné, pour: dépenser l’argent amassé, les épargnes, les économies.
Gaiters.—Terme anglais. Dites bottines à élastiques, et non gaiters.
Galanter.—N’est pas français. Dites: Prodiguer des galanteries à; entourer de galanteries; être galant avec; faire un brin de cour à.
Gale.—Est une maladie contagieuse de la peau. On emploie ce mot à tort pour désigner les escarres ou croûtes brunes qui se forment sur les plaies lorsqu’elles se cicatrisent. Quand une plaie se couvre de croûtes on dit, en français, qu’elle s’escarrifie, qu’il y a escarrification.
Galerie.—Est, en français, une pièce dans une grande maison; un chemin souterrain; un local réservé à une collection d’objets d’art; un balcon dans un théâtre, etc. C’est une faute d’appeler galerie la construction qui fait le tour des maisons ou en longe la façade. Il faut dire balcon, véranda, ou péridrome. Le balcon est petit, et s’applique plus généralement sous les fenêtres ou portes-fenêtres. La véranda est couverte, vitrée ou non vitrée, et règne sur toute la longueur de l’habitation. Le péridrome est couvert, et règne autour de l’édifice. Ce dernier terme est peu usité.
Galette.—Dites ricochet, et non galette, pour désigner le bond que fait une pierre plate jetée obliquement sur la surface de l’eau.
Galféter.—Corruption de Calfater. V. ce mot.
Galipote.—N’est pas français. Au lieu de courir la galipote, dites, suivant le cas: s’amuser d’un côté et de l’autre; perdre son temps; boire; courir la prétantaine (ou prétentaine).
Galon.—Dites chaîne de poche en roulette, ou simplement roulette mais jamais galon, pour désigner la mesure qui s’enroule dans une petite boîte circulaire en bois, et plus fréquemment en cuir.
Gang.—Ce mot anglais est employé souvent par des personnes qui savent cependant qu’il n’est pas français. Au lieu d’une gang de monde, d’enfants, on peut dire: un rassemblement, une foule, un attroupement; au lieu d’une gang d’amis, on dira une troupe d’amis, bon nombre d’amis, plusieurs amis.
Dans une scierie, ce qu’on appelle à tort gang de scies doit se dire: un jeu de scies.
Gangway.—Le pont volant que l’on pose entre un quai et un navire pour l’embarquement ou le débarquement, et que les anglais d’ici appellent gangway, se nomme en français: planche volante, planche de débarquement; ou simplement planche, si l’objet se trouve suffisamment désigné.
Ganse.—Dites tirant, et non ganse, pour désigner les bandes de cuir ou d’étoffe cousues à l’intérieur d’une tige de botte pour aider à la chausser.
Garantir.—Au lieu de: Je vous garantis que je viendrai, dites plutôt: Je vous assure, je vous promets que je viendrai.
Garde.—Ne dites pas garde, mais sous-garde, pour désigner la pièce de fer, en forme de demi-cercle, placée au-dessous de la détente d’une arme à feu pour la protéger et empêcher qu’elle ne se débande par accident.
Garde-chien.—N’est pas français; dites: suisse pour désigner celui qui veille au bon ordre dans une église.
Garder.—Il ne faut pas employer d’une façon absolue ce mot pour signifier: garder la maison pendant que les autres vont à la grand’messe le dimanche.
Garde-soleil.—N’est pas français. Dites: parasol, ombrelle.
Garde-z-yeux.—N’est pas français. Dites: œillère (partie de la bride qui garantit l’œil du cheval et l’empêche de voir de côté).
Gargoton.—N’est pas français. Dites: pomme d’Adam (saillie du larynx).
Garni.—Ne dites pas du garni, mais des garnis, ou mieux du blocage, pour désigner le menu moellon, les pierrailles pour remplir les vides dans un ouvrage de maçonnerie. Le garni, en français, est l’action de remplir les vides. Pour faire le garni, on se sert de pierrailles, de blocage.
Garrocher.—N’est pas français. Dites: Jeter, lancer des pierres à quelqu’un, et non le garrocher.
Gas.—Ecrivez gars et non gas; et prononcez gâ. Signifie: garçon, jeune homme. Un grand gars.
Gaspil.—N’est pas français. Dites gaspillage.
Gaudriole.—Veut dire en français: plaisanterie sur un sujet un peu libre. C’est une faute de lui donner le sens de grain mêlé, moulu ou non, destiné aux bestiaux.
Gazelier.—Ce mot est anglais, malgré sa tournure française. Le mot français est lustre, surtout quand il s’agit de quelque chose de vaste et de luxueux; dans le cas contraire on dit suspension.
Gazetter.—Anglicisme (to gazette). Au lieu de: Il a été gazetté, dites: sa nomination est officielle, a été publiée dans la gazette officielle. Au lieu de: Telle chose est gazettée, dites: telle chose est publiée officiellement, est annoncée officiellement.
Gente.—N’est français que comme féminin de l’adjectif gent, qui veut dire gentil (a vieilli dans ce sens). Comme substantif et pour signifier race, espèce, c’est gent qu’il faut employer: la gent hypocrite, la gent moutonnière. Le t se prononce seulement devant une voyelle ou une h muette.
Gentil.—Signifie en français: mignon, doux, bon, etc., mais n’a pas le sens de: loyal, droit. Il est loyal, droit, il tient sa parole, et non: il est gentil.
Gentilhomme.—(Le pluriel gentilshommes se prononce jantizomme). En français, ce mot désigne un homme de race noble. C’est un anglicisme (gentleman) de lui donner le sens de: homme droit, loyal, honorable, de bon ton, distingué, qui sait vivre. Il a ce sens en français quand il est précédé d’un qualificatif, comme dans ces mots: C’est un vrai gentilhomme.
Gentilhommerie.—Signifie, en français: qualité de gentilhomme, d’homme noble; l’ensemble des gentilshommes. C’est une faute de donner à ce mot le sens de loyauté, distinction, droiture, honorabilité.
Gentillesse.—C’est une faute de donner à ce mot le sens de loyauté, droiture, honorabilité. Dans cette affaire, il a agi avec droiture, et non avec gentillesse.
Gérer à.—C’est moi qui gère à mes affaires; c’était lui qui gérait à cela, sont des expressions vicieuses. On ne peut gérer à. Il faut dire: C’est moi qui gère mes affaires; c’était lui qui voyait à cela, qui réglait cela.
Germe.—Ne dites pas germe, mais bourbillon, pour désigner le corps blanchâtre et filamenteux qu’on trouve au centre d’un furoncle, d’un clou.
Germine.—Dites cousine germaine, et non cousine germine.
Gerrymandering.—Terme anglais qui se traduit par remaniement ou répartition des districts ou colléges électoraux, ou des circonscriptions électorales. Reconstruction topographique de l’électorat est une expression donnée par Alphonse Lusignan comme provenant d’un journal parisien.
Geste.—Signifie entre autres, en français: mouvement extérieur du corps servant à exprimer nos sentiments, nos désirs, etc. Faire des gestes signifie gesticuler. C’est une faute de donner à cette expression le sens de: Se donner des airs, poser. Gestes ne veut pas dire en français manières affectées.
Gesteux.—N’est pas français. Dites: affecté, apprêté, maniéré, recherché, mijaurée (femme pleine d’affectation, doucereuse et maniérée), cérémonieux, empesé, etc. Tous ces mots ont à peu près le sens qu’on donne à gesteux.
Gigier.—N’est pas français. Corruption de gésier.
Gilet.—Ce qu’on appelle ici, à tort, gilet est une veste ou un veston en français. Le gilet en France est ce qu’on appelle ici, à tort, veste.
Glas.—Le glas, et non les glas, annonce la mort d’une personne. Le glas sonne, et non les glas.
Glissette.—N’est pas français. Dites glissade (j’ai fait une glissade et je suis tombé); ou glissoire, si vous voulez désigner l’endroit où l’on glisse.
Gnochon.—N’est pas français. Dites: niais, benêt, borné, naïf, etc. Ce mot s’emploie, mais encore à tort, pour désigner le dernier enfant de la famille.
Godendard.—Ce qu’on appelle à tort godendard se nomme, en français, passe-partout. On trouve dans Larousse que passe-partout, en terme de marine, veut dire, entre autres choses: une espèce de grande scie qui sert à couper les plus gros arbres. (V. Passe-partout). Bescherelle donne le même sens à scie passe-partout, ou scie à tronçonner. Godendard est un provincialisme.
Godronner.—Ce mot a vieilli dans le sens de goudronner. Goudronner un mât, et non le godronner.
Gorgerette.—Est, en français, une espèce de collerette. S’emploie à tort pour bride. V. Gorgette.
Gorgette.—N’est pas français. Dites brides pour désigner les rubans de bonnet ou de chapeau qui s’attachent sous le menton.
Dites une sous-gorge (des sous-gorge), et non une gorgette pour désigner le morceau de cuir qui passe sous la gorge du cheval et retient la bride en position.
Gortons.—Corruption de cretons.
Gosse.—Ne dites pas: gosse de fèves, d’ail, de pois; mais gousse. On dit aussi cosse de fèves.
Gosser.—Il n’y a pas de mot équivalent en français à ce mot canadien. On peut dire: tailler, entailler, couper avec un couteau. Qui a entaillé cette table, ce meuble avec son couteau, qui a coupé cette tablette? Ces expressions peuvent remplacer, plus ou moins bien, gosser. Nous donnons aussi à gosser le sens de: s’amuser à faire des copeaux avec un couteau.
Gouffre.—Est, en français, un substantif. C’est donc une faute de dire qu’une pointe (de couteau, d’outil, etc.) est gouffre, pour obtuse; que le taillant d’un instrument tranchant est gouffre, pour émoussé ou épais, suivant le cas.
Goule.—Signifiait autrefois gourmandise. N’est pas français dans le sens de bouche. Signifie appétit (fam.).
Gouleron.—N’est pas français. Dites goulot (de bouteille, de cruche).
Goût.—L’expression marchandises de goût et d’étape se met souvent dans l’annonce des marchands de nouveautés. Elle est une imitation de l’anglais (fancy and staple goods). Il n’y a pas lieu de traduire cette expression; il n’y a qu’à se servir du mot nouveautés, qui comprend toute espèce de tissu de lin, de soie, de coton, de laine, etc. (marchandise désignée par staple); et aussi toutes sortes d’objets de fantaisie, en mercerie (haberdashery), bijouterie, etc., qui sont les fancy goods de l’expression précitée.
Goûter.—Dans le sens d’avoir goût de... est un anglicisme. Ainsi on ne doit pas dire: cette liqueur goûte le vinaigre, mais cette liqueur a goût de vinaigre.
Gouvernement.—Le gouvernement désigne: l’action, la manière de gouverner, la constitution d’un état, la réunion de ceux qui gouvernent. Il ne faut pas dire: les lois du Gouvernement, mais les lois de l’Etat.
Grade.—Mot anglais qui se prononce graide. Se traduit par pente ou rampe, en terme de chemin de fer. Rampe, pente faible, forte.
Graduer.—Ne dites pas: Ma fille a gradué, graduera l’année prochaine; mais a été graduée, sera graduée. De même pour les élèves des facultés de théologie, de droit, de médecine, de sciences et de lettres. La faculté les gradue, ou ils se font graduer, ou ils prennent leurs degrés: Il est gradué de l’université, et non, il a gradué à l’université.
Graffigner.—Est français, mais populaire. Dites égratigner.
Graffignure.—N’est pas français. Il a une égratignure sur le visage, et non: une graffignure.
Grain.—Il tombe des grains de pluie est une expression vicieuse. Il faut dire: il tombe des gouttes de pluie. Un grain, en français, signifie une pluie soudaine accompagnée de vent.
Ne dites pas le grain, mais la cheminée d’un fusil: petit cylindre saillant, dans le centre duquel est creusé le trou de la lumière et sur lequel on place la capsule d’amorce dans les armes à percussion.
Grand.—Ne dites pas: Cette étoffe se vend à grand marché, mais se vend bon marché, ou à bon marché.
Grandement.—C’est une faute de dire être grandement, pour: être spacieusement, au large, avoir assez ou beaucoup d’espace, habiter un logis suffisamment grand ou très grand (suivant le cas).
Grandeur.—Dites format cabinet, plutôt que grandeur cabinet, pour désigner une photographie d’une certaine dimension.
Grappin.—Est en français une petite ancre, etc. N’a pas dans le dictionnaire le sens de crampon (qu’on attache aux pieds pour ne pas glisser en marchant sur la glace), mais est usité dans ce sens en France.
Graquia.—V. Toque.
Gras de Jambe.—Signifie mollet, en français. L’expression ironique: cela lui fait un beau gras de jambe n’est pas française. On peut dire: c’est une belle affaire, une bonne aubaine pour lui! Cela lui fait une belle jambe!
Gratte.—Dites petite houe ou houette (instrument de fer, large et recourbé, pour remuer la terre), et non gratte, qui est une espèce de sarcloir en français.
Gratte-pied.—N’est pas français. Dites: décrottoir pour désigner la lame de fer, ou la boîte garnie de brosses sur laquelle, en entrant dans une maison, on décrotte sa chaussure.
Gravé.—Ne dites pas: chemin gravé, mais chemin macadamisé, empierré.
Gravois.—Signifie en français: la partie la plus grossière du plâtre après qu’on l’a sassé; menus débris de démolition. Il faut dire gravier ou gravats, et non gravois, pour désigner le sable à gros grain composé en grande partie de petits fragments arrondis de différentes roches.
Gravouiller.—N’est pas français. Chercher, gratter peuvent remplacer gravouiller dans la plupart de ses acceptions.
Grébiche.—Dites: C’est une harpie, une femme acariâtre, désagréable, et non, c’est une grébiche. Ce mot désigne, en français, un portefeuille sur le dos duquel sont tendus des fils pour passer des cahiers.
Gredin.—Se dit, en français, d’un homme sans honneur, d’une personne qui ne mérite aucune considération; mais n’a pas le sens de ladre, mesquin, lésineur, sens qu’on lui donne à tort ici.
Gréement.—Gréement ou grément est un terme de marine: ce qui est nécessaire pour gréer un navire. Au lieu de l’expression vicieuse: gréement d’outils, dites: affûtage. L’affûtage comprend la varlope, le rabot, le guillaume, etc.
Gréer.—Est un terme de marine. Signifie: mettre un bâtiment en état de naviguer en le garnissant de voiles, etc.; n’est pas français dans le sens de mettre (la table), meubler (une chambre), habiller (un enfant pour sortir), assortir (un magasin), etc.
Au lieu de se gréer, dites: s’acheter du linge pour son usage, etc. Il est fait un grand abus de ces mots gréer et se gréer.
Greffier.—Est, en français, un fonctionnaire qui tient le greffe, qui écrit les arrêts, les actes de la justice, et assiste le juge. Au lieu de greffier de la Chambre des députés, dites: Secrétaire-rédacteur de la Chambre.
Grelot.—N’est pas français pour désigner une petite pomme de terre. Grelot est une petite boule de métal creuse, renfermant un morceau mobile de métal.
Grémillons.—C’est une faute d’appeler grémillons, les grumeaux de glace qui se forment quelquefois après une pluie en hiver, dans le chemin, sur la glace de la rivière ou sur la neige. Grémillon n’est pas français.
Gretons.—Corruption de cretons.
Gribouille.—Désigne, en français, un homme peu avisé, facile à tromper. C’est une faute de dire: Il y a de la gribouille dans le parti; ils sont en gribouille, au lieu de: Il y a de la bisbille, de la dissension dans le parti; ils sont brouillés, il y a de la bisbille entre eux, ou ils ne s’entendent plus, etc.
Gricher.—Ce mot, qui signifiait autrefois grincer, n’est plus usité. Dites grincer des dents et non gricher des dents.
Grichoux.—N’est pas français. On peut dire: quel enfant maussade, revêche! etc., au lieu de quel grichoux!
Griller.—N’est pas français dans le sens de brûler le teint, en parlant du soleil. Au lieu de: se laisser griller, dites: se laisser hâler, basaner par le soleil. Teint basané, hâlé, et non grillé...
Au lieu de: griller un cochon, un poulet (pour enlever le poil, les restes de plumes), dites: flamber.
Grimpigner.—N’est pas français. Dites grimper.
Grincher.—Est, en français, un terme de boulangerie. Ne dites pas grincher des dents, mais grincer.
Gripper (se).—Signifie en français: se prévenir défavorablement, sans raison. Dites: saisir une branche, se cramponner à une branche, gripper une branche, et non se gripper à une branche.
Groceur, Grocerie.—Ne sont pas français. Tirés des mots anglais grocer, grocery. Dites: épicier, épicerie. Ce dernier mot désigne la marchandise de l’épicier aussi bien que sa boutique.
Grosse-gorge.—Est en français une espèce d’oiseau. Dites goître, masc., et non grosse-gorge, qui est un provincialisme dans le sens de goître.
Gueule.—En parlant des personnes, on ne se sert du mot gueule que populairement ou par mépris: Cet homme a la gueule fendue jusqu’aux oreilles. En parlant des chevaux ou autres animaux qu’on monte ou qu’on attelle, on dit la bouche: la bouche d’un cheval, d’un âne, d’un mulet, d’un bœuf. On dit aussi la bouche d’un éléphant, d’un lapin, d’un singe, d’un mouton, etc., d’une grenouille. De même en parlant de certains poissons: la bouche d’une carpe, d’un saumon.
On emploie le mot gueule en parlant de la plupart des quadrupèdes carnassiers et de la plupart des poissons: la gueule d’un chien, d’un chat, d’un loup, d’un lion, d’un requin, d’un brochet.
Ne dites pas qu’un cheval est dur de gueule; dites qu’il est gueulard.
Bec se dit pour les oiseaux, les tortues.
Guichet.—Ne dites pas guichet, mais vasistas (masc.), pour désigner le carreau de châssis qui s’ouvre quand on veut donner de l’air.
La petite ouverture longue et étroite pratiquée dans la barre centrale d’un double châssis, et qui se ferme avec une planchette retombante, n’a pas de nom spécial en français. On peut dire guichet.
Guillaume.—Corruption du mot anglais gingham. Etoffe de coton généralement de belle qualité, lisse, glacée, pour robes, cravates, etc.; avec fils de couleur teints presque toujours en nuances claires. Se nomme en français, guigan; ou guingamp, parce qu’elle était fabriquée originairement à Guingamp (ville de France). (guin-gan).
Habillement.—Désigne, en français, l’ensemble des choses dont on est habillé, vêtu. L’habillement des Egyptiens était fort simple. Mais lorsqu’on veut signifier l’ensemble du pantalon, du gilet et du veston ou paletot, il faut dire: un complet; ou un habillement complet, et non simplement un habillement. Je me fais faire un complet, un habillement complet.
Habit.—Ne dites pas habit à queue, mais frac ou habit de soirée, ou simplement habit. L’habit, le frac est de rigueur ce soir. Il ne faut pas confondre habit nouveau et nouvel habit. Un habit nouveau est un habit de nouvelle mode. Un nouvel habit est un habit neuf, ou un habit différent de celui que l’on vient de quitter.
Hache.—Ce qu’on appelle ici à tort une grande hache se nomme en français une doloire: hache à lame très large dont se servent les charpentiers pour doler ou unir le bois.
L’expression: fait à la grande hache, dans le sens de grossièrement fait, doit se dire en français: fait à la serpe, taillé à coups de serpe. Meuble fait à la serpe.
Haleine.—Ne dites pas d’un cheval qu’il a l’haleine coupée, mais qu’il est cornard, qu’il est atteint de cornage (vice dans l’exercice de la respiration qui se manifeste par un bruit que font entendre en respirant certains chevaux lorsqu’ils courent ou trottent avec vitesse).
Haler.—Est, en français, un terme de marine. Haler une amarre, une ancre. Ce mot est employé à tort dans le sens de tirer (une porte, quelqu’un par le bras, sur un câble), de tirer bien, en parlant d’un cheval.
Hangar.—Au lieu de hangar à fret, en termes de chemin de fer, dites hangar à marchandises. V. Fret.
Hardes.—La locution hardes faites n’est pas française. Il faut dire vêtements confectionnés, ou confections. Magasin, marchand de vêtements confectionnés, de confections. En termes de tailleur, la confection c’est l’action de faire des habillements à l’avance; c’est l’habillement lui-même; c’est aussi la partie d’un magasin où sont ces habillements.
Haria.—Ce mot s’épelle aria. C’est une faute de le prononcer connue s’il commençait par une h aspirée. Signifie en français: embarras, amas d’objets entassés pêle-mêle. Quel aria!
Harnois.—Est aujourd’hui inusité, sauf dans quelques locutions. Dites Harnais.
Harrier.—N’est pas français. Dites: hallier, fourré: lieu planté de harts, de branches, d’arbrisseaux très épais.
Haut.—Ne dites pas: Jeter haut en bas, mais de haut en bas, ou du haut en bas.
Hauteur des terres.—Cette locution ne s’emploie plus. Dites: partage des eaux, ou ligne de faîte.
Hello!—Terme anglais. Se traduit par allô, interjection employée dans l’usage du téléphone, pour attirer l’attention de la personne avec laquelle on va converser.
Hère.—N’est pas français dans le sens d’acariâtre, qui s’impatiente facilement. Il signifie: homme sans fortune. Un pauvre hère.
Heure.—A bonne heure est une expression vicieuse. Il faut dire de bonne heure. Se coucher de bonne heure. A bonne heure s’emploie dans une partie de la France, mais n’est pas reçue. L’expression à la bonne heure est française, et signifie à propos (arriver à la bonne heure); aussi marque l’approbation (vous le voulez, à la bonne heure; je ne m’y oppose point).
Dites: Il est arrivé de meilleure heure qu’hier, et non plus de bonne heure qu’hier; il est venu de trop bonne heure, et non trop de bonne heure; venez d’assez bonne heure, et non assez de bonne heure.
Hint.—Ce mot anglais se traduit de différentes manières. Donner un hint à propos de quelque chose peut se dire en français: Attirer l’attention d’une manière détournée sur quelque chose; faire entendre, ou suggérer quelque chose à mots couverts ou d’une manière indirecte. Donner un hint signifie aussi: donner de bons avis dans une affaire.
Hivernement.—Ne dites pas hivernement, mais hivernage, pour désigner le temps qu’un navire est en relâche durant l’hiver; que les bestiaux sont dans une étable à cause du froid. Le Montréal est en hivernage à Sorel; l’hivernage des bestiaux dure de cinq à sept mois dans la province de Québec. Hivernement, en français en termes de zoologie, se dit de l’engourdissement de certains animaux pendant l’hiver, comme la marmotte, l’ours, etc.
Hiverner.—N’est pas français dans le sens de garder durant l’hiver (hiverner dix vaches). Dites: Garder dix vaches en hivernage. Mais on dira: Les oiseaux vont hiverner dans des climats plus doux.
Hobby.—Terme anglais. Au lieu de: C’est son hobby, dites: C’est son dada, c’est son idée favorite, c’est sa marotte, c’est ce qu’il aime de préférence.
Homme.—L’expression: On demande de bons hommes est incorrecte. Bon homme signifie: homme simple, d’un caractère droit et candide; ne peut désigner en français: un homme laborieux; habitué à, habile à l’ouvrage; un bon travailleur. Si l’on écrit: On demande des bonshommes, bons et hommes ne forment qu’un seul mot, qui signifie: des hommes simples, peu avisés. V. Cage.
Horse-power.—V. Moulin.
Horum.—Corruption du mot anglais hoarhound, qui se traduit par marrube. Hoarhound candy se traduit par sucre de marrube.
Hose.—Mot anglais. Dites une manche ou un tuyau d’arrosage quand il s’agit du tuyau servant à arroser les trottoirs; et boyau d’incendie dans l’autre cas.
Hot-scotch.—Terme anglais. Se traduit par whiskey écossais chaud, ou par punch au whiskey écossais. Le mélange de boisson forte, de sucre et d’eau s’appelle punch quand la boisson est chaude, et grog quand elle est froide.
Hucher.—Signifie en français: appeler à haute voix ou en sifflant; n’est usité qu’à la chasse. Au lieu de: Huche ton père, dites: appelle ton père.
Huile.—Huile de charbon. Anglicisme (coal oil). Se dit en français pétrole. Du pétrole. Huile de pétrole ne se dit plus.
Huilier.—Quelques-uns disent à tort: Un beau huilier, une burette du huilier. L’h n’est pas aspirée. Dites: Un bel huilier, une burette de l’huilier.
Huissier.—L’h n’est pas aspirée. L’huissier, de l’huissier, et non: le huissier, du huissier.
Hydrant.—Terme anglais. Se traduit par: borne-fontaine.
Hypolite.—Ecrivez Hippolyte, et non Hypolite, Hyppolite, Hypollite. Cette dernière orthographe contient quatre fautes. Hippolyte vient du grec hippos, cheval, et luô, je délie.
Identifier.—Signifie en français: rendre identique, comprendre deux choses sous une même idée. C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens d’établir, constater l’identité de. Au lieu de: Le cadavre a été identifié, la personne arrêtée hier a été identifiée, il faut dire: On a constaté l’identité du cadavre, on a reconnu le cadavre, on a établi l’identité de la personne arrêtée hier.
Ignorer.—Bescherelle dit: “Dans le style soutenu, et surtout en poésie, il signifie quelquefois: Ne pas connaître, et en ce cas il peut avoir un nom de personne pour complément: se dit quelquefois en ce sens dans le langage ordinaire.” C’est un anglicisme de donner à ignorer quelqu’un le sens d’affecter de ne pas voir: de ne pas penser à; de laisser de côté (dans une invitation), etc.
Imaginer.—Ce verbe ne doit jamais être suivi de que, ni d’un infinitif; on ne doit pas dire: j’imagine qu’il le fera; il imagine être bien vu: mais, je m’imagine, il s’imagine.
Imbattable.—N’est pas français. Signifie: qui ne peut être vaincu, surpassé.
Immatériel.—Signifie, en français: qui est sans mélange de matière. C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens de sans importance. Au lieu de: Détail immatériel; c’est immatériel, dites: Détail qui a peu d’importance; c’est secondaire.
Imparfait.—C’est une faute de donner à ce mot le sens de maussade, taquin; que cet enfant est maussade! et non: imparfait.
Incendiat.—N’est pas français. Il n’y a pas de mot correspondant en français. Au lieu de: Il est accusé d’incendiat, on peut dire: Il est accusé d’être un incendiaire ou du crime d’incendie.
Incompétent, Récusable.—Le témoin incompétent est celui qui n’a pas les connaissances voulues pour être témoin. Le témoin récusable est celui qu’on peut refuser d’entendre pour cause de parenté, etc.
Inconsistant.—Veut dire, en français: qui n’a pas de consistance morale. C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens d’inconséquent.
Incontrôlable.—Voici des anglicismes à éviter: L’incendie est incontrôlable (dites: l’incendie ne peut être maîtrisé); cheval incontrôlable (dites: cheval qu’on ne peut dompter ou maîtriser, dont on ne peut se rendre maître). V. Contrôle et Contrôler.
Inconvénient.—Ne dites pas: Je ne vois pas d’inconvénient de partir maintenant, mais: Je ne vois pas d’inconvénient à partir, ou: je ne vois pas l’inconvénient de partir.
Incorporation.—Signifie en français: action d’incorporer. (V. ce mot.) L’expression acte d’incorporation est un anglicisme (Incorporation act). Dites: constitution légale, ou autorisation d’une société, d’une compagnie; constitution en corporation.
Incorporer.—Signifie en français: mêler intimement, faire entrer une partie dans un tout. C’est un anglicisme de donner à ce mot le sens de constituer ou ériger en corporation. Au lieu de: compagnie incorporée, on peut dire: compagnie érigée ou constituée en corporation.
Indictment.—Mot anglais. Se traduit par acte d’accusation.
Indivisable.—N’est pas français. Dites: indivisible. Un point est indivisible.
Infliger.—Signifie en français: ordonner, prescrire une peine, une punition, pour quelque transgression, quelque faute. Infliger une pénitence, un supplice, un châtiment. Ce sont des anglicismes de dire: Coup infligé par une main inconnue; blessure infligée à la tête, par des glaçons tombés d’un toit; pour coup reçu... blessure faite, reçue...
S’infliger signifie s’imposer: s’infliger des privations. Ne dites pas: Il s’est infligé des blessures en tombant, mais: Il s’est fait, il a reçu des blessures...
Informalité.—N’est pas français. C’est un anglicisme (informality). Dites: manque de forme, vice de forme.
Informé.—C’est un anglicisme de donner à l’expression bien informé le sens d’instruit, bien renseigné, possédant des connaissances variées.