Outre le passai sans demore,22443
Mès l'escherpe dehors demore
O les martelez rebillans
Qui dehors erent pendillans.
Et si m'en mis en grant destroit,
Tant trovai le passage estroit;
Car largement ne fu-ce pas
Que ge trespassasse le pas;
Et se bien l'estre du pas sé,
Nus n'i avoit onques passé:
Car j'i passai tout li premiers,
N'encor n'ierent pas coustumiers
Li liex de recevoir passage.
Ne sai s'il fist puis avantage
Autant as autres cum à moi,
Mès bien vous di que tant l'amoi,
Que ge ne le poi onques croire,
Néis se ce fust chose voire;
Car nus de legier chose amée
Ne mescroit, tant soit diffamée,
Ne si ne le croi pas encores;
Mès au mains sai-ge bien que lores
N'iert-il ne froés ne batus,
Et por ce m'i sui embatus,
Que d'autre entrée n'i a point
Por le bouton cuillir à point.
Si saurés cum ge m'i contins,
Tant qu'à mon gré le bouton tins.
Le fait orrés et la maniere,
Por ce que se mestier vous iere,
Quant la douce saison vendra,
Seignors Valets, qu'il convendra
Que vous ailliés cuillir les Roses,
Ou les ouvertes, ou les closes,
Je ne laisserais le combat22737
Que le bourdon tout n'y passât.
Je le passe outre sans demeure,
Mais l'écharpe dehors demeure
Avec les marteaux sautillants
Qui dehors étaient pendillants.
Et je m'en mis en grand ouvrage,
Tant étroit trouvai le passage,
Car largement ne fût-ce pas
Que je franchis ce dernier pas,
Et si je connais ce passage.
Nul avant n'y passa, je gage,
Et j'y passai tout le premier,
Car n'était certes coutumier
Ce lieu de recevoir passage,
Je ne sais s'il fit d'avantage,
Autant à d'autre comme à moi
Depuis; mais tant l'aimais, ma foi,
Que jamais ne le pourrai croire
Quand ce serait chose notoire.
Nul ne croit de l'objet aimé
Le mal dit, tant soit diffamé,
Et je ne le crois pas encore.
Mais alors, ceci point n'ignore,
Il n'était battu ni tracé,
Aussi m'y suis-je tôt glissé;
Car il n'y a d'autre fissure
Pour cueillir à point la fleur mûre.
Or sachez comme m'y contins,
Tant qu'à mon gré le bouton tins.
Le fait oyez et la manière,
La leçon vous est nécessaire;
Car la douce saison viendra,
Seigneurs varlets, où il faudra
Que si sagement i ailliés,22477
Que vous au cuillir ne failliés.
Faites si cum vous m'orrés faire,
Se miex n'en savés à chief traire;
Car se vous plus largetement,
Ou miex, ou plus sotivement
Poés le passage passer,
Sans vous destraindre ne lasser,
Si le passés à vostre guise,
Quant vous aurés la voie aprise.
Tant aurés au mains d'avantaige,
Que ge vous aprens mon usaige
Sans riens prendre de vostre avoir:
Si m'en devés bon gré savoir.
Quant g'iere ilec si empressiés,
Tant fui du Rosier apressiés,
Qu'à mon voloir poi la main tendre
As rainsiaus por le bouton prendre.
Bel-Acueil por Diex me prioit
Que nul outrage fait n'i oit;
Et ge li mis moult en convent,
Por ce qu'il m'en prioit sovent,
Que jà nule riens n'i feroie
Fors sa volenté et la moie.
Que vous alliez cueillir les Roses,22771
Ou les ouvertes, ou les closes,
Et sagement devrez agir
Pour au moment ne pas faillir.
Faites comme me verrez faire,
A moins que meilleure manière
N'ayez, car si plus largement
Ou mieux, ou plus subtilement
Vous pouvez franchir le passage
Sans vous lasser ni mettre en nage,
A votre guise le passez.
Quand la route bien connaîtrez,
Vous aurez au moins l'avantage
Que je vous apprends mon usage
Sans rien prendre de votre avoir,
Et m'en devrez bon gré savoir.
Or oyez la leçon présente:
Lorsque dans cette étroite sente
J'eus un petitet chevauché,
Tant du rosier je m'approchai
Qu'à mon vouloir pus la main tendre
Aux rameaux, pour le bouton prendre.
Bel-Accueil pour Dieu me priait
Que nul outrage n'y fut fait.
Je me rendis à sa prière
Et lui promis lors, pour lui plaire,
Que jamais je ne ferais rien
Hormis son vouloir et le mien.
La conclusion du Rommant
Est, que vous voyez cy l'Amant
Qui prent la Rose à son plaisir.
En qui estoit tout son désir.
(Page 368, vers 22501.)
CIX
La conclusion du Rommant22501
Est, que vous voyez cy l'Amant
Qui prent la Rose à son plaisir,
En qui estoit tout son desir.
Par les rains saisi le Rosier[85],
Qui plus est frans que nul osier,
Et quant à deus mains m'i poi joindre,
Tretout soavet sans moi poindre,
Le bouton pris à eslochier,
Qu'envis l'éusse sans hochier.
Toutes en fis par estovoir
Les branches croler et movoir,
Sans jà nul des rains depecier,
Car n'i voloie riens blecier:
Et si m'en convint-il à force
Entamer ung poi de l'escorce,
Qu'autrement avoir ne savoie
Ce dont si grant desir avoie.
En la parfin tant vous en di,
Un poi de graine i espandi,
Quant j'oi le bouton eslochié,
Ce fu quant dedens l'oi tochié,
Por les foilletes reverchier,
Car ge voloie tout cerchier
Jusques au fond du boutonet,
Si cum moi semble que bon est.
Si fis lors si meller les graines,
Que se desmellassent à paines,
Si que tout le boutonet tendre
En fis eslargir et estendre.
CIX
La conclusion du Roman22799
Est que vous voyez ci l'Amant
A son plaisir cueillir la Rose
Où toute est son amour enclose.
Lors j'embrassai le beau rosier[85b]
Qui est plus franc que nul osier,
Et quand mes deux mains je pus joindre,
Tout doux, sans la piqûre moindre,
Le bouton me pris à férir,
Sans quoi ne l'eusse pu cueillir,
Et j'imprimai par la secousse
Aux branches émotion douce,
Mais sans aucune dépecer,
Car rien je ne voulais blesser:
Mais il me fallut bien à force
Entamer un peu de l'écorce,
Puisqu'autrement je ne pouvais
Avoir ce que tant désirais.
En la fin, pour tout vous apprendre,
Un peu de graine dus épandre
Quand j'eus le bouton agité;
Ce fut quand dedans l'eus touché
Au travers des feuillettes closes,
Car voulais chercher toutes choses
Jusques au fond du boutonnet,
Car il me semble que bon est.
Je fis lors tant mêler la graine
Qu'on l'eût démêlée à grand' peine,
Et que le tendre boutonnet
Fis élargir un petitet;
Vez ci tout quanque g'i forfis;22531
Mais de tant fui-ge bien lors fis[86],
C'onques nul mal gré ne m'en sot
Li dous, que nul mal n'i pensot:
Ains me consent et sueffre à faire
Quanqu'il set qui me doie plaire.
Si m'appelle-il deconvenant,
Que li fais grant desavenant,
Et sui trop outrageus, ce dit;
Si n'i met-il nul contredit,
Que ne prengne, debaille, et coille
Rosiers et Rose, flors et foille.
Quant en si haut degré me vi,
Que j'oi si noblement chevi,
Que mes procès n'ert mès dotable,
Por ce que fins et agréable
Fusse vers tous mes bienfaitors,
Si cum doit faire bons detors:
Car moult estoie à eus tenus,
Quant par eus iere devenus
Si riches, que por voir afiche,
Richece n'estoit pas si riche:
Au Diex d'Amors et à Venus
Qui m'orent aidié miex que nus,
Puis à tous les barons de l'ost,
Dont ge pri Diex que jà nes ost
Des secors as fins amoreus,
Entre les baisiers savoreus,
Rendi graces dix fois ou vint;
Mès de Raison ne me sovint
Qui tant en moi gasta de paine,
Maugré Richece la vilaine
C'est tout ce qu'il m'advint forfaire.22829
Mais j'allais d'une ardeur si fière[86b],
Que nul mauvais gré ne m'en sut
Le doux qui nul mal n'y conçut,
Et moult joyeux me laisse faire
Tout ce qu'il sait devoir me plaire.
Il m'appelle bien, il est vrai,
D'un ton sérieux et doucet,
Inconvenant et sans usage:
Vous me faites trop grand outrage
Vraiment, dit-il; mais, ceci dit,
Il ne met plus nul contredit
Que je ne prenne, entr'ouvre et cueille
Rosier et rose, fleur et feuille.
Quand me vis en si haut degré,
Quand j'eus si noblement ouvré
Que mon procès n'est plus doutable,
Alors pour fin et agréable
Être envers tous mes bienfaiteurs,
Comme doivent bons débiteurs
(Car à haute voix je l'affiche,
Plus que Richesse j'étais riche,
Et partant moult vers eux tenu
Moi par eux riche devenu),
Au Dieu d'Amours et à sa mère,
Qui plus que tous m'aida naguère,
Ainsi qu'aux barons valeureux
(Dieu les laisse au fin amoureux
Venir, à l'appel de ses plaintes!)
En mes amoureuses étreintes
Rendis grâces dix fois ou vingt.
Mais de Raison ne me souvint
Qui tant jadis me fit de peine,
Ni de Richesse la vilaine
Qui onques de pitié n'usa,22563
Quant l'entrée me refusa
Du senteret qu'ele gardoit;
De cesti pas ne se gardoit
Par où ge sui céans venus
Repostement les saus menus,
Maugré mes mortex anemis
Qui tant m'orent arriere mis,
Especiaument Jalousie
O tout son chapel de soussie,
Qui des Amans les Roses garde:
Moult en fait ores bonne garde.
Ains que d'ilec me remuasse,
(A mon voil encor demorasse)
Par grant joliveté coilli
La flor du biau Rosier foilli:
Ainsinc oi la Rose vermeille,
Atant fu jor, et ge m'esveille[87].
Et puis que ge fui esveillié
Du songe qui m'a traveillié
Et moult i ai éu à faire
Ains que ge péusse à chief traire
De ce que j'avoie entrepris:
Mès toutevois si ai-ge pris
Le bouton que tant desiroie,
Combien que traveillié m'i soie,
Et tout le solas de ma vie,
Maugré Dangier et Jalousie,
Et maugré Raison ensement
Qui tant me ledengea forment;
Mès Amors m'avoit bien promis,
Et ausinc me le dist Amis,
Qui de nulle pitié n'usa22863
Lorsque l'accès me refusa
Du joli sentier qu'elle garde.
Mais elle n'avait pas pris garde,
La chétive, au sentier menu,
Par où pourtant je suis venu
A bon port, en grand' recelée.
Or par là j'ai pris ma volée
Malgré mes mortels ennemis
Qui tant m'avaient arrière mis,
Principalement Jalousie,
La tête de soucis fleurie,
Qui Roses garde des amants
Et fait bonne garde en tous temps.
Avant de sortir de l'enceinte
(Où je fusse resté, sans feinte,
Encor), radieux j'ai cueilli
Le bouton du rosier joli.
Ainsi j'eus la Rose vermeille;
Il était jour, et je m'éveille[87b].
Et puis quand je fus éveillé,
Je me sentis émerveillé,
Je vous assure, du beau songe
Que j'ai vu, surtout quand je songe
A tretout le mal qui m'advint
Avant de toucher à la fin
De mon amoureuse entreprise.
Mais toutefois fut de moi prise
La Rose que tant désirais,
Pour qui tant je me travaillais,
Et tout le bonheur de ma vie,
Malgré Danger et Jalousie,
Malgré Raison pareillement
Qui me gourmanda tant et tant.
Se ge servoie loiaument,22595
Que j'auroie prochainement
Ma volenté toute acomplie.
Folz est qui en Dieu ne se fie;
Et quiconques blasme les songes,
Et dist que ce sunt des mençonges,
De cestui ne le di-ge mie,
Car ge tesmoingne et certefie
Que tout quanque j'ai récité,
Est fine et pure vérité.
Explicit li Rommans la Rose
Où l'art d'Amours est toute enclose:
Nature rit, si com moi semble,
Quant hic et hec joingnent ensemble22608
Mais Amour m'avait fait promesse,22897
Ainsi qu'Ami, dans ma détresse,
Si je servais loyalement,
Que je verrais prochainement
Ma volonté toute accomplie.
Fol est en Dieu qui ne se fie
Et qui veut les songe blâmer
Et pour mensonges les clamer.
Quant à celui-ci, je le nie;
Car je témoigne et certifie
Que tout ce que j'ai récité
Est fine et pure vérité.
Fin du beau Roman de la Rose
Où l'art d'Amour est toute enclose.
Nature rit, comme il me semble,
Quand hic et hæc joignent ensemble.22912
LES FIGURES SONT REPRODUITES D'APRÈS L'ÉDITION DU ROMAN DE LA ROSE PUBLIÉ À PARIS PAR JEAN DUPRÉ VERS 1493 — M.D.
FAUTES A CORRIGER.
[Les fautes (errata) sont corrigées—restent quelques remarques de M. Pierre Marteau. — M.D.]
DANS LA TRADUCTION:
Vers 19742-19744.—Variante:
Et sent comme les bêtes mues.
Encore peut-il plus, en tant
Comme les anges qu'il comprend.
Vers 20006, page 199. Le sens de ce vers doit être interprété:
Vers 20006, page 199. Le sens de ce vers doit être interprété:
Avec (comme) les anges il comprend, comme le
prouve le mot entendement cinq vers plus bas.
Vers 20949, page 255.—Variante:
Point n'y sont les fleurettes certes.
Vers 16566-16766. Tout ce passage, du vers 16566-16766 au vers 16918-17124, a été évidemment ajouté après coup. Mais peut-être le passage intercalé ne commençait-il qu'au vers 16611-16811.
Vers 16578-16778. M. Fr. Michel traduit conceper par concevoir; c'est une erreur. Conceper (cum capere) veut dire «saisir ensemble, d'un seul coup.» C'est bien la même racine; mais aujourd'hui concevoir, comme comprendre, n'est plus employé qu'au figuré.
Vers 16625-16825. Hippocrate, médecin célèbre, vivoit 400 ans avant J.-C. Il y a apparence que ce médecin croyoit que le commerce des vieilles femmes abrégeoit les jours des jeunes gens, puisqu'un de ses [p.378] malades lui dit un jour: Vetulam non cognovi, cur morior? Comme si, évitant cet écueil, il eût dû parvenir à l'immortalité. (Lantin de Damerey.)
Sinon lui, sa naïveté au moins devait être immortelle. (P.M.)
Gallien, médecin célèbre, qui vécut sous les empereurs Trajan et Adrien; il mourut âgé de soixante-dix ans. On dit qu'il composa deux cents volumes. (Lantin de Damerey.)
Vers 16627-16827. Razis, médecin arabe, connu sous le nom d'Almanzor ou d'Abubreke-al-Razi. Il vivoit dans le dixième siècle, et, selon d'autres, dans le neuvième. Il vécut cent vingt ans, dont il employa quatre-vingts à l'étude de la médecine.
Constantin, médecin grec. C'est le premier qui ait parlé de la petite vérole. Il naquit à Carthage vers 1020 et mourut en 1087, au monastère du Mont-Cassin, après avoir été secrétaire de Robert Guiscard.
Avicenne, philosophe et médecin arabe du XIe siècle, célèbre par plusieurs ouvrages de médecine. On a prétendu que le sultan Cabous l'avoit employé dans le ministère en qualité de vizir. (Lantin de Damerey.)
Vers 16716-16912. Valeton, diminutif de varlet. Ce nom de varlet n'étoit pas, comme à présent, [p.379] affecté aux domestiques; on le donnoit aux fils de rois ou d'empereurs. Au livre II de Ville-Hardouin, édition de 1583, on lit ces paroles: «Et après une autre quinzaine revindrent li messages d'Alemaigne qui estoient al roi Phelippe et al valet de Constantinople.» Ce valet étoit fils de l'empereur Isaac, qu'Alexis avoit détrôné après lui avoir fait crever les yeux.
Il y a lieu de croire que les valets de nos jeux de cartes dévoient tenir un rang plus considérable que celui qu'on leur assigne, puisque les noms qu'on leur a donnés prouvent assez que c'étoient ceux des plus fameux héros de la Grèce et de la monarchie françoise; tels sont les noms d'Hector, d'Ogier le Danois et de La Hire: le premier étoit le fils de Priam; l'autre, connu par le roman qui porte son nom et par ses démêlés avec Charlemagne; et le dernier étoit ce brave Jean de Vignolles, dit La Hire, un des grands capitaines de Charles VII. On croit même que le jeu de cartes fut inventé par La Hire, dont le valet de cœur porte le nom, en 1392, pour divertir le roi Charles VI. La haute noblesse est représentée par les valets, l'état ecclésiastique par les cœurs, les gens de guerre par les piques, la bourgeoisie par les carreaux, les laboureurs et les gens de campagne par les trèfles; et l'on fit trouver dans ce jeu l'abrégé de toute la constitution d'un État, savoir les rois, les reines et les dames titrées, qu'on peut y avoir ajoutés sous Anne de Bretagne, Charles VIII et Louis XII. (Voyez la note 27 de la Dissertation sur la noblesse françoise, par M. de Boullainvilliers.)
Les Picards disent encore varlet et varleton. Ce nom étoit donné au jeune enfant qui entroit dans l'adolescence, de quelque condition qu'il fût, qui [p.380] n'avoit point d'état, qui ne jouissoit point de ses droits, qui étoit encore sous la domination de son père ou autres personnes chargées de sa conduite. (Lantin de Damerey.)
Voyez au Glossaire Bacheler et Varlet.
Vers 16837-17043. Platon, célèbre philosophe grec, fondateur de l'Académie, naquit vers 430 avant J.-C. et mourut vers 347. Ses écrits sont, avec ceux d'Aristote, le plus important monument qui nous reste de la philosophie antique. Sa réputation de sagesse étoit si grande, que plusieurs peuples lui demandèrent des lois. (Lantin de Damerey.)
Aristote, le plus célèbre, le prince des philosophes grecs, fondateur de la secte des péripatéticiens, élève de Platon, précepteur d'Alexandre le Grand, naquit en Macédoine, à Stagyre, en 384 avant J.-C., et mourut à Chalcis, en Eubée, en 322. Aristote est le plus vaste génie de l'antiquité. Il est le véritable fondateur de la science positive et le premier qui ait abandonné les errements de l'idéalisme grec. (P.M.)
Euclides, mathématicien célèbre, qui vivoit sous Ptolémée Lagus, en la CXXe olympiade, l'an 450 de Rome. Il a composé un ouvrage des Éléments, en quinze livres; mais on attribue les deux derniers à Hipsicle d'Alexandrie, qui a écrit des commentaires sur la Géométrie. (Lantin de Damerey.)
Ptolémée, astronome grec, naquit à Ptolémaïs, en Thébaïde, vers 104 après Jésus-Christ, et mourut vers 168. Son principal ouvrage est l'Almageste. (Voyez note 54, t. II.)
Vers 16845-17051. Parrhasius étoit d'Ephèse; d'autres auteurs le font natif d'Athènes. Il fut l'antagoniste du peintre Zeuxis: celui-ci ayant peint des raisins, les oiseaux, trompés par la ressemblance, vinrent pour les becqueter. Parrhasius, à son tour, peignit un rideau avec tant d'art, que Zeuxis en fut la dupe et demanda qu'on le tirât, afin de voir la peinture qu'il croyoit être dessous. Confus de son erreur, il céda la victoire à son rival, en disant qu'il falloit moins d'adresse pour tromper des oiseaux que pour en imposer à un homme tel que lui. (Lantin de Damerey.)
Appellès, peintre célèbre, florissait vers 332 avant J.-C. C'était un travailleur infatigable. Il vécut à la cour d'Alexandre-le-Grand, dont il fut le peintre favori. Ce monarque ne voulut qu'aucun autre peintre ne fit son portrait, et avait conçu pour lui une amitié si vive qu'il consentit à lui céder la belle Campaspe, sa maîtresse, dont Apellès était devenu éperdument amoureux.
Note 8, page 20.
Vers 16846. Appelés est une licence pour rimer avec Appellès. Lisez appelle ou appellerai.
Vers 16849-17055. Mirrhon, excellent statuaire, qui vivoit sous la LXXXIVe olympiade, 310 ans [p.382] avant la fondation de Rome. Une vache qu'il représenta en cuivre le rendit très-célèbre et donna lieu à plusieurs épigrammes grecques qui sont au livre IV de l'Anthologie.
Polyclète, sculpteur habile, vivoit sous la LXXXIIe olympiade. Son plus bel ouvrage est une statue où il rencontra si heureusement toutes les proportions du corps humain, qu'elle fut appelée la Règle par excellence. Il fit aussi un groupe de personnes qui jouoient aux dés, qui fut fort estimé. (Lantin de Damerey.)
Vers 16855-17061. Zeuxis d'Héraclée vivoit sous la XCVe olympiade. Ce fut un peintre célèbre qui fit mentir un proverbe assez commun: Gueux comme un peintre. Il amassa des richesses immenses, et, croyant ses ouvrages au-dessus de tout le prix qu'on y pouvoit mettre, il voulut qu'après sa mort ils fussent donnés pour rien. Il eut pour rivaux de sa gloire Timanthès, Androcidès, Eupompus et Parrhasius. On dit que Zeuxis mourut à force de rire, en considérant le portrait d'une vieille qu'il venait de faire. (Lantin de Damerey.)
Vers 16998-17206. Tout le passage, du vers 16999-17207 au vers 17384-17702, a été évidemment ajouté après coup, ou, tout au moins, du vers 17021-17229.
Vers 17023-17263. Cope la gueule. Le peuple dit encore: couper le sifflet.
Vers 17063-17273. Ce titre est assez obscur. Cy dit donne a sous-entendre l'auteur.
Vers 17261-17476. Nous avons dit, à la note 11, que ce passage avait été intercalé après coup. Ce vers le prouve surabondamment, car cette interpellation: «Beaux seigneurs,» au milieu d'un discours de Génius à Nature, est au moins singulier.
Vers 17275-17491.
Qui legitis flores et humi nascentia fraga
Frigidus, ô pueri, fugite hinc, latet anguis in herbâ.
(Virgile, Egl. III, vers 92.)
Note 16, page 50.
Vers 17308 et suivants. Au lieu de vestés, servés, laborés, honorés, il faudrait vestiés, serviés, laboriés, honoriés, puisque ces quatre verbes sont au subjonctif.
Vers 17344. Taisiés. Ce vers prouve que, pour l'impératif, au début, la forme du subjonctif était au moins aussi usitée que celle de l'indicatif. Le verbe être, avec son impératif sois, soyons, soyez, en est une preuve irréfutable. Nous ajouterons même que ce mode était plus rationnel, car il faut sous-entendre: «Je veux que ...» Ainsi, pour la troisième personne, emploie-t-on le subjonctif: qu'il fasse, qu'ils aillent.
Vers 17380-17598. Qui custodit os suum, et linguam suam, custodit ab
angustiis animam suam.
(Proverb., cap XXI, vers. 23.)
Vers 17468-17686. Connestable. Ce n'étoit autrefois que le surintendant de tous les domestiques qui avoient soin des écuries du roi. On appeloit cet officier comes stabuli; c'est sous ce titre qu'Aimon, au livre IV de son Histoire, parle d'un Geilon, comte d'Estable de Charlemagne, et au livre III, parlant d'un Lendegisile, qui étoit comte d'Estable de Gontran, roi d'Orléans, dit: Landegisilus, regalium præpositus equorum, quem vulgo vocant comistabilem, d'où est venu le nom de connétable.
Leur autorité s'accrut au point que, sous Hugues Capet, on ne signoit aucunes lettres-patentes auxquelles [p.385] ne fût requise la présence du connétable, ce qui eut lieu sous les rois Robert, Henri Ier, Philippe Ier, Louis-le-Gros et Louis-le-Jeune.
Les connétables ne se bornèrent point à la surintendance des écuries; ils devinrent par leur valeur les lieutenans-généraux de l'armée de nos rois. Le premier qui se distingua le plus dans cette charge fut Matthieu de Montmorency qui, en 1214, contribua beaucoup au gain de la bataille de Bovines. Depuis cette fameuse journée, la charge de connétable devint la première charge de la couronne, et ceux que l'on en honora dans la suite furent regardés comme les lieutenans-généraux de nos rois.
C'est sur cette idée que Nature, dans le Roman de la Rose, se qualifie vicaire et lieutenant du seigneur.
La charge de connétable fut supprimée en 1627, après la mort de François de Bonne, duc de Lesdiguières.
Les empereurs romains eurent des connétables, ou plutôt des préfets du prétoire, à qui nos maires du palais, et après eux nos connétables, ressembloient assez pour le crédit.
On lit dans le panégyrique de l'empereur Trajan qu'après qu'il eut choisi pour son connétable Licinius Sura, il lui dit: Accipito hunc ensem, ut siquidem rectè de republicâ imperatorem, pro me, sin secùs, in me utaris. Ce qui ne se disoit pas sérieusement de la part de ce prince; ce n'étoit qu'un bon mot, ou qu'une vaine formalité de style, qui n'engage jamais.
Jacques VI, roi d'Ecosse, qui avoit peut-être lu ce passage, fit mettre sur le revers de sa monnoie une épée nue avec cette légende: Pro me, si mereor in me. Connétable a été pris aussi pour un maître [p.386] d'hôtel, dapifer. La charge de connétable s'appeloit connétablie. Ce titre se donnoit quelquefois à des officiers qui ne commandoient qu'à un certain nombre de soldats: ces compagnies se nommoient connétablies. (Lantin de Damerey.)
Vers 17472-17690. Chaîne dorée. Homère a feint que tout l'univers étoit suspendu à cette chaîne. (Iliade, liv. VIII.) (Lantin de Damerey.)
Vers 17486-17704. La suite naturelle de ce passage semble se trouver au vers 19715-19977:
Ai-ge por home laboré....
où reparaît la suite de cette idée, après un hors-d'œuvre de 2,400 vers qui aurait été intercalé par l'auteur au milieu de son poème.
Vers 17502-17722. Macrobe, qui avoit mieux examiné le cours des astres que Jean de Meung, dit, dans son Commentaire sur le songe de Scipion, que les planètes et toutes les étoiles retournent au bout de quinze mille ans au point d'où elles étoient parties, et que cette révolution doit véritablement être appelée année.
Cicéron a fixé le cours des astres au jour de la mort [p.387] de Romulus, l'an 32 de Rome, et il prétend que quinze mille ans après ils retourneront d'où ils sont partis. (Macrobius, in Somnium Scipionis, lib. II, cap IX.) (Lantin de Damerey.)
Vers 17528-17748. Espaisse, épaisse, signifie mat, contraire de limpide; mat, mas, maz, que nous retrouvons plusieurs fois, dans le cours du roman, employé au figuré, signifiait: lourd, épais, abattu, ahuri. On dit encore du pain mat, pour épais, lourd.
Note 24, page 62.
Vers 17530. L'original porte qu'el. Ce mot ne signifie rien ici. Nous l'avons remplacé par que. M. Francisque Michel a, bien entendu, reproduit l'erreur.
Vers 17584-17806. Les douze maisons du ciel, les douze degrés de la sphère, ce sont les douze signes du Zodiaque.
Vers 17635-17859. Platon et les autres philosophes ont cru que les astres, dans leur révolution, faisoient un bruit pareil à celui de notre musique, et que le son étant un effet de la répercussion de l'air, par la [p.388] règle qui veut que de la collision violente de deux corps il en résulte un son, il est plus ou moins agréable, selon l'ordre qui est observé dans la percussion de l'air; et comme rien ne se fait tumultuairement dans le ciel, on infère de là que les astres, en faisant leur cours, forment une espèce de concert, parce que le mouvement violent produit nécessairement un son. Ce qui nous empêche de l'entendre, c'est que le son est trop fort. En effet, si les peuples qui habitent le long du Nil n'entendent pas le bruit que fait ce fleuve en roulant ses eaux, il ne faut point être surpris si le bruit que cause la révolution de la sphère est au-dessus de la portée de notre ouïe.
Platon a prétendu que la musique des astres étoit diatonique, parce que, dit-il, il y a trois genres de musique: l'enharmonique, le chromatique et le diatonique. Le chant du premier procède par quarts de tons; les Grecs s'en servoient anciennement, surtout dans le récitatif. Mais la difficulté qu'il y avoit à trouver ces quarts de tons en a fait perdre l'usage, d'autant plus que cette musique ne pouvoit avoir lieu dans l'harmonie. La musique chromatique est une modulation qui procède par le mélange des semi-tons, tant majeurs que mineurs, marqués accidentellement par des dièzes ou par des bémols. On la pratique dans la musique moderne, soit dans la mélodie, soit dans l'harmonie.
La musique diatonique est celle qui procède par des tons pleins, justes et naturels, dont les moindres intervalles sont des semi-tons majeurs, comme il est facile de l'observer dans l'intonation de l'étendue de l'octave, en commençant par la note ut.
La définition de Platon est plus succincte, car il [p.389] se contentoit de dire que le genre enharmonique n'est pas en usage, à cause de son extrême difficulté; que le chromatique a été regardé comme infâme à cause de sa mollesse, d'où il conclut que la musique des astres est diatonique. (Lantin de Damerey.)
Vers 17661-17885. Nous avons émis l'opinion, à la note 21, qu'il y avait de fortes raisons de croire à l'intercalation postérieure de tout le passage du vers 17486-17705 au vers 19713-19977. Tous ces hors-d'œuvre n'étaient pas toujours éclos d'un seul jet, et l'auteur intercalait souvent de nouvelles inspirations au travers des premières. Tel est le passage compris entre le vers 17661-17885 et le vers 19661-19921:
Ne ne me plaing des élémens.
Note 28, page 74.
Vers 17718.
Vaincuz par mors si meschéans.
M. Francisque Michel, qui traduit cors par cours, partout, sans s'inquiéter si ce mot désigne les cours du ciel, c'est-à-dire les astres errants, ou simplement les corps dispersés dans la nature, comme au vers 17649, par exemple, ne se donne pas plus de peine pour traduire mors. Mais alors il traduit au hasard, selon sa fantaisie, tantôt par mort, tantôt par mœurs, et quand l'orthographe le [p.390] gêne, il la change. Ce n'est pas plus difficile que cela.
Mors veut dire ici mœurs, en latin mores. Mors, en tant que régime, ne peut signifier que morts ou mœurs. Or, l'épithète de meschéans, qu'il traduit par méchante, ne pouvant qualifier que la mort personnifiée, il fallait absolument à M. Francisque Michel un singulier. Donc, au lieu de mors, il écrit mort, meschéant, et, comme conséquence, il change la rime précédente; mais alors, pourquoi n'écrit-il pas chétif et récréant, et laisse-t-il chetis au pluriel et récréant au singulier?
De plus, mort était du féminin, mœurs était encore du masculin, de même qu'en latin, comme le prouve, entre autres, le vers 17744. Il est vrai qu'ici meschéans peut s'appliquer aux deux mots, puisque les participes présents n'avaient pas de féminin au XIIIe siècle; mais meschéant, participe de meschéoir, signifiait: qui a de fâcheuses conséquences, fatal, mauvais, et ce n'est que plus tard qu'il signifia cruel, doué de mauvais instincts. D'un autre côté, au vers 17748, le doute ne devait pas être permis: Tex mors destinées, en dehors du sens, qui est indiscutable, indique que mors, féminin, signifie morts, de sorte que le vers suivant:
Qui tel éur lor ont méu,
se rapporte à destinées. Mais M. Francisque Michel ne s'embarrasse pas pour si peu, et il traduit mors par mœurs, commettant ici un deuxième contre-sens.
Est-il besoin enfin de critiquer la traduction de récréant par cessant d'agir? Récréant, participe de recrere, avait le même sens que recréu. Il signifiait: qui se rend, rendu, abattu.
Vers 17727-17953. Empédocles, philosophe et poëte, de la ville d'Agrigente, en Sicile, désirant qu'on crût qu'il tenoit de la déité et qu'on le tînt comme un dieu après sa mort, quitta adroitement la compagnie avec laquelle il étoit allé sur le mont Etna, le remonta et se précipita dans le volcan. On ne s'aperçut de cet acte de folie que parce qu'on trouva ses pantoufles qui avoient été rejetées à plus de cinquante pas par l'effet d'une irruption. (Lantin de Damerey.)
Vers 17740-17966. Origènes naquit à Alexandrie, l'an 185 de J.-C, et mourut à Tyr l'an 256. D'autres historiens placent sa mort en l'an 254 ou 252. Il enseigna la théologie aux hommes et aux femmes, et, pour se mettre à l'abri de la calomnie, à cause de sa fréquentation avec le sexe, il se rendit eunuque, prenant trop à la lettre ce qu'a dit J.-C. dans son Évangile, au sujet des eunuques volontaires pour le royaume des cieux. On dit qu'il composa six mille volumes, c'est-à-dire six mille rouleaux. Ce travail immense devoit lui attirer le surnom d'entrailles de fer, à plus juste titre qu'au grammairien Didymus, qui n'avoit fait que trois mille cinq cens volumes. (Lantin de Damerey.)
Vers 17790-18018. Prédestination, terme de théologie. C'est un dessein que Dieu a eu de toute éternité de donner la gloire éternelle à ceux qu'il a choisis. Il y a une prédestination à la grâce qui est toute gratuite; il y en a une à la gloire. Se fait-elle indépendamment des mérites acquis par la grâce, ou n'est-ce que dépendamment de ces mérites? Ce doute partage les théologiens, et chacun s'appuie de l'autorité des Pères, et même de l'Écriture. (Lantin de Damerey.)
Vers 17927-18054. Fomes. M. Francisque Michel traduit encore ici fomes par fûmes; c'est une grosse erreur. Fûmes ne signifierait absolument rien ici, tandis que faisons s'explique parfaitement. Fomes est mis ici pour faimes. (Voir l'introduction au Glossaire.)
Note 33, page 116.
Vers 18396. L'original est écrit fait. Destrempance veut dire intempérance, trouble, et semble signifier ici plus particulièrement: mauvaise influence, persécution. Aussi n'avons-nous pas hésité à lire fuit, qui nous semble plus rationnel.
[p.393] Note 34, pages 120-123.
Vers 18487-18725. L'original porte recongnoissant. C'est évidemment une erreur, comme le prouvent les deux vers 18550-51—18790-91:
Mès voirs est que ceste ignorance
Lor vient de lor propre nature.
Note 35, page 134.
Vers 18695. M. Francisque Michel sépare desvans en deux mots, et traduit vans par vanneaux. Nous préférons y voir le participe présent de desver, enrager, être furieux, fou. On dit encore dans nos campagnes: faire endéver, pour: faire enrager.
Vers 18724-18968. Alhacen, savant arabe, a écrit sur les crépuscules et fait un traité d'optique. Il vécut vers le XIe siècle. Il est appelé par quelques-uns Alhazon, Alhacen. Il y a encore un autre Alacenus ou Alhazenus, Anglais, dont on a deux traités, l'un De Perspectivâ, et l'autre De Ascensu nubium. Il y a beaucoup d'apparence que c'est de l'Arabe que Jean de Meun fait ici mention. (Lantin de Damerey.)
Vers 18946-19194. Virent est ici l'indicatif de virer.
Vers 18989. Nous sommes de l'avis de M. Francisque Michel. Il faut lire ici anuieuses, et non anvieuses.
Note 39, page 153
Vers 19250. Le lecteur nous pardonnera d'avoir maintenu sarpes pour serpes.
Note 40, page 154.
Vers 19042. Il faut traduire: «Non autrement que nous dîmes.»
Vers 19090-19338. Cette réflexion, qui n'a aucun sens dans la bouche de Nature, prouve bien ce que nous disions à la note 21, que ce passage était une intercalation.
Vers 19117-19367. Habonde; lisez: abunde. C'est le nom d'une fée en qui le peuple avoit eu autrefois beaucoup de confiance. Ce nom lui avoit été donné à cause de l'abondance qu'elle procuroit aux maisons où elle se retiroit. Un passage tiré des œuvres de Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, mettra mieux le lecteur au fait de toutes ces prétendues fées:
[p.395] Nominationes dœmonum ex malignitatis operibus eorundem sumptæ sunt; sicut Lares, ab eo quod laribus præssent; et Penates, eo quod horreis vel penitioribus domorum partibus; Fauni vero, à fatuitate; Satyri, à saltationibus; Joculatores, à jocis; Incubi, à concubitu mulierum, et Succubi, eo quod sub specie mulieris viris se supponunt; Nymphæ vero, fontium deæ; Striges seu Lamiæ, à stridore et laniatione, quia parvulos laniant, et lacessere putabantur, et adhuc putantur à vetulis insanissimis: sic et Dœmon, qui pretextu mulieris, cum aliis de nocte domos et cellaria dicitur frequentare, et vocant eam Satiam, è satietate; et dominam Abundiam, pro abundantia quam eam præstare dicunt domibus quas frequentaverit: hujusmodi etiam dœmones, quas Dominas vocant vetulæ, penès quas error iste remansit, et à quibus solis creditur et somniatur. Dicunt has Dominas edere et bibere de escis et potibus quos in domibus inveniunt, nec tamen consumptionem aut imminutionem eas facere escarum et potuum, maximè si vasa escarum sint discooperta, et vasa poculorum non obstructa eis in nocte relinquantur. Si vero operta vel clausa inveniunt, seu obstructa inde nec comedunt nec bibunt, propter quod infaustas et infortunatas relinquunt, nec satietatem, nec abundantiam eis prætantes. (Voyez Guillaume d'Auvergne, Paris, 1674, t. I, p. 1036, col. 2.) (Lantin de Damerey.)
Vers 19150-19400. M. Francisque Michel traduit convent par couvent. Evidemment il a traduit le mot sans lire la phrase.
[p.396] Note 44, pages 166-167.
Vers 19228-19480, Comète, espèce de planète qui est au-dessus de la lune, dans la région des planètes. Son corps est solide; elle tire sa splendeur de la lumière du soleil, qu'elle réfléchit. (B. DE C.)
La comète a cela de particulier, qu'elle est accompagnée d'une longue traînée et de certains rayons de lumière toujours opposés au soleil, et qui s'affoiblissent en s'éloignant. Ces rayons sont apparemment réfléchis par le corps de la comète.
Il y a trois sortes de comètes: la barbue, qui est orientale au soleil; la comète à longue queue, qui est occidentale et paroît après le soleil couché; la chevelue, qui se montre lorsque le soleil et la comète sont diamétralement opposés et que la terre est entre deux.
Il y en a une autre qui est sublunaire, et qui n'est qu'un météore et une inflammation de l'air grossier.
Les Romains regardoient les comètes comme les présages des événements sinistres.
Si vero cœlestes minæ terroresve, aut letra renunciarentur prodigia formidinesque vel si terribilis species, aut quid novum et inopinatum oblatum esset, ut cùm duo visi soles, facesve ne cœlo colluxissent, aut crinita sidera insigni novitate vel igneus turbo: his avertendis terroribus piacularibus sacrificiis factis ad placandas iras feriæ indicebantur.
Bayle a solidement réfuté les vains préjugés du peuple à cet égard, et a démontré parfaitement combien est mal fondée la vanité de l'homme, qui s'imagine qu'il ne sauroit mourir sans troubler toute [p.397][p.397] la nature, et sans obliger le ciel à se meure en frais pour éclairer la pompe de ses funérailles. (Pensées diverses sur les comètes.)
Vespasien ne pensoit pas comme le peuple sur cet article. On parloit devant ce prince d'une comète qui paroissoit; il répondit: «Ce phénomène ne me regarde point, moi qui suis chauve, mais plutôt le roi des Parthes.» (Dion, in Vespasio.)
Le cardinal Mazarin, qui avoit l'esprit ferme, fit une réponse plus jolie. Quelqu'un étant veau dire à cette Eminence, qui étoit malade, que l'on avoit aperçu une comète qui faisoit appréhender pour ses jours, il répondit en souriant: La comète me fait trop d'honneur, ce qui revient à la pensée de Jean de Meun:
Ne li princes ne sunt pas dignes
Que li cors du ciel doignent signes
De lor mort plus que d'un autre homme.
(Lantin de Damerey.)
Vers 19395-19653. Robert II, comte d'Artois, surnommé le Bon et le Noble, fut fait chevalier par le roi saint Louis; il mourut à la bataille de Courtray, percé de trente coups de pique, l'an 1302. (Lantin de Damerey.)
Nous ne reproduisons cette note que pour signaler une erreur du savant commentateur. Il s'agit ici de Robert Ier, dit le Vaillant, frère de saint Louis, tué a la bataille de Mansourah. en 1250. (P. M.)
[p.398] Note 46, pages 178-179.
Vers 19418-19676. Il y a longtemps que les poëtes ont acquis ie droit de regretter ces marques utiles de la considération où ils étoient autrefois parmi les grands. Aux termes d'Ovide, on croiroit que le soin de récompenser les poëtes étoit l'objet principal du ministère.
Cura ducum fuerant olim, regnumque poetæ:
Præmiaque antiqui magna tulere chori.
Sanctaque majestas, et erat venerabile nomen,
Vatibus et largæ sæpe dabantur opes.
(De Arte amandi, lib. III, carm. 405.)
(Lantin de Damerey.)
Vers 10423-19681. Nom d'un ancien château qui a donné le nom aux seigneurs de Lavardin. Il étoit situé près de Vendôme, sur le bord du Loir, vis-à-vis Montoire. Ce mot est mis ici pour la rime, comme beaucoup d'autres dans ce roman. (Lantin de Damerey.)
Vers 19425-19683. Ennius. Voici l'extrait de la vie de ce poëte par Jérôme Columna: Precipuos vero amicos habuit vicinum duum Galbam, cum quo et deambulare, et frequenter esse consueverat, et M. Fulvium nobiliorem, à cujus filio jam patris instituto studio litteratum [p.399] dedito, ut in Bruto ait Cicero, fuit civitate donatus, cum Triumvir coloniam deduxisset. Sed in oratione pro Archia videtur tanquam de Romana Republica bene meritum in civium numerum adsciri meruisse....
Ad cujus (Ennii) senectutem cum etiam ingens paupertatis malum accessisset, ex animi fortitudine utriusque incommoda sustinebat, ut iis penè oblectari videretur.
Ceci est bien opposé à ce que dit l'auteur du roman.
Vers 19769-20033. La triple temporalité, c'est-à-dire les trois divisions du temps, le présent, le passé et l'avenir. Cette sublime pensée est rendue avec autant d'énergie que de grandeur. Dieu, dit Jean de Meung, embrasse d'un seul coup d'œil ce qui fut, est et sera, et tout cela n'est pour lui qu'un éclair dans l'éternité.
Vers 19794-20059. L'original de Méon et la reproduction de M. Francisque Michel portent nostre. C'est évidemment une erreur. Ce mot ne serait dans la bouche du dieu des dieux qu'un non sens.
Note 51, page 204.
Vers 19860. Apaiens est mis ici pour apaions.
[p.400] Note 52, pages 204-205
Vers 19866-20130.
Jam nova progenies cœlo dimittitur alto
Tu modo nascenti puero, quo ferrea primum
Desinet, ac toto sirget gens aurea mundo.
(Virgile, Eclog. IV, carm. 7.)
Vers 19871-20135. Albumazar ou Aboazar, Arabe renommé par sa science, vivoit dans le IXe siècle ou dans le Xe. Son livre de la révolution des années l'a fait regarder comme un des grands astrologues de son temps. (Lantin de Damerey.)
Vers 19997-20263. Ce sont les Belides ou Danaïdes. Elles étoient cinquante sœurs, toutes filles de Danaüs, qui épousèrent leurs cinquante cousins germains, fils d'Egyptus, frère de Danaüs. Ces cruelles femmes, par ordre de leur père qui craignoit d'être détrôné par un gendre, égorgèrent leurs maris la première nuit de leurs noces. La seule Hypermnestre sauva la vie à Lyncée, son époux. Le supplice de ces détestables femmes est de travailler continuellement à remplir une cuve qui n'a point de fond. (Lantin de Damerey.)
Vers 20025. Treu, tribut. On disoit aussi tru et treuage, qu'o s'appeloit aussi truage, c'est-à-dire: imposition, subside; et parce que les tributs excessifs qu'on mettoit quelquefois sur les peuples les réduisoient à la mendicité, on appeloit truant celui qui demandoit l'aumône. Faux-SEmblant appelle ainsi les mendiants:
Quant ge voi tous nus ces truans
Trembler sor ces femiers puant.
Les Normands étant plus charges d'impôts que les autres peuples, on disoit: Qui fit Normand, il fit truant. Truander signifie demander l'aumône par pure fainéantise. Trucher, en terme d'argot, signifie la même chose, et trucheur se prend pour truant, et truandaille pour geux ou vaurien. On trouve ce mot employé dans la vieille Bible des Noëls:
Vous me semblez de truandaille
Vous ne logerez point céans.
Qu'il me soit encore permis d'avancer une de ces vérités que l'on regarde comme des paradoxes. C'est que les plus grands impôts sont ceux dont nous supportons volontairement les charges; tels sont ceux inventés par la mode, par la vanité, par le luxe et par la sensualité, les quatre plus grands fléaux du genre humain, dont les lois somptuaires des Romains, et celles que le même esprit de sagesse a dictées à nos rois, n'ont jamais pu réprimer les abus, qui renversent le bon ordre, corrompent les mœurs, ruinent enfin le commerce des Etats les mieux policés. (Lantin de Damerey.)
[p.402] Cet estimable savant, que je me représente affublé dans la robe de son bisaïeul, ne paraît pas comprendre la nature humaine, et son système économique ne fera jamais école, bien certainement. Quant à l'étymologie de trèu, voyez ce mot au Glossaire. (P. M.)
Vers 20032-20298. M. Francisque Michel traduit ce vers par:
Et pour changer maints caractères.
Pourquoi tant se torturer l'imagination? Cette version ne signifie absolument rien. Muer le corage signifiait: changer le courage, le cœur, et se prenait en bonne et en mauvaise part. Il signifie ici: relever le courage des assaillants et, par contre, jeter l'épouvante parmi les assiégés.
Note 57, page 218.
Vers 20099.
Puis que salués les m'aurois....
Traduction littérale: Lorsque vous me les aurez salués, c'est-à-dire: «Lorsque vous les aurez salués pour moi.» Aurois est mis ici pour la rime au lieu d'aurés.
Vers 20253-20518. Tables. Ce sont les tablettes sur lesquelles les anciens écrivaient avec un poinçon.[p.403] On dit au figuré et proverbialement: «C'est bien; je l'inscris sur mes tablettes.»
Note 59, page 234.
Vers 20333. Pour la deuxième fois, nous voyons le verbe respondre affecter la conjugaison de répondre. Nous avons déjà signalé cette licence. Toutefois, il nous vient un scrupule. Nous avons pu constater souvent combien maître Jehan de Meung se laissait entraîner à jouer sur les mots. Le calembourg, passez-moi le mot, était son péché mignon. Nous sommes donc revenu de notre opinion première, et nous croyons qu'il ne faut voir dans responnez, au vers 15802, et dans respoigne, autre chose que le subjonctif de respondre, non dans le sens de répliquer, mais d'exposer, expliquer. Ce dernier verbe ne viendrait pas de respondere, mais de re exponere, et sa conjugaison serait identique à celle de répondre, dérivé de re et ponere. Ces trois verbes se confondirent en une seule et même conjugaison par la suite, comme le prouvent nos verbes modernes pondre et répondre. (Voyez l'introduction au Glossaire.)
Vers 20335-20603. Devin. Nous avons conservé ce mot pour laisser au vers sa physionomie originale et subsister le jeu de mots; mais aujourd'hui le sens nous échappe. C'est encore une malice de Jehan de Meung et même, jusqu'à un certain point, une satire virulente contre la subtilité du clergé en matière de dogmes. N'oublions pas que devin signifiait[p.404] à la fois devin, dans le sens qu'il a conservé, et théologien. (Voyez la note 23, tome III.) Le véritable sens de ce passage, voilé sous une fine ironie, serait plutôt: «Je laisse les théologiens s'user à débrouiller cette énigme, s'ils le peuvent, car ils s'épuisent en vains efforts.» Aussi avions-nous traduit tout d'abord:
A l'Église laissons le soin,
S'elle peut, d'éclaircir ce point.
Toute réflexion faite, nous avons conservé le mot devin.
Vers 20359-20627. Orphéus, fils d'Apollon et de Calliope, ou, selon d'autres mythologistes, d'Æagre, fleuve de Thrace, et de la muse Polymnie. Après la perte de sa chère Eurydice, qu'une curiosité déplacée empêcha de revoir la lumière, grâce singulière que les talens de son mari avoient obtenue de Pluton et de Proserpine, Orphée conçut pour le sexe un si grand dégoût, qu'il ne voulut plus entendre parler des femmes. On dit que ce fut lui qui apprit aux peuples de Thrace à mépriser les femmes pour les garçons, et qu'il fut le premier auteur d'un amour si détestable. Les Bacchantes, piquées du mépris qu'Orphée avoit inspiré pour elles aux hommes, le déchirèrent de leurs propres mains. Bacchus, en l'honneur de qui ce poëte avoit célébré plusieurs orgies, ne laissa point ce crime impuni: il changea en arbres ces femmes parricides. (Lantin de Damerey.)