—TOUT VIEUX, sans ajouter qu’il est:
De même, dans le Misanthrope:
Sur ce passage, voici la remarque de Voltaire:
«Il faut dire toute mon amie qu’elle est, et non pas toute mon amie elle est.»
«Et je la nomme; cet et est de trop. Je la nomme est vicieux; le terme propre est je la déclare; on ne peut nommer qu’un nom: je le nomme grand, vertueux, barbare; je le déclare indigne de mon amitié.»
Il est manifeste que Voltaire n’a pas saisi le sens de ce passage. Il a supposé une inversion très-dure, et compris: Elle est toute, c’est-à-dire, tout à fait, mon amie, et je la nomme indigne d’asservir, etc.; tandis que le sens véritable est celui-ci: Toute mon amie qu’elle est, elle est (et je ne crains pas de la nommer, et je le dis tout haut), elle est indigne, etc.
Il est probable que Voltaire avait sous les yeux un texte mal ponctué:
C’est ce qui a causé son erreur, qu’un peu de réflexion eût promptement dissipée. Il est bien fâcheux que Voltaire eût si peu de patience, et qu’il ait mis tant de précipitation à condamner des hommes comme Corneille et Molière. On l’accuse de perfidie calculée envers le premier; je suis persuadé qu’il n’est coupable que de légèreté et d’impétuosité dans sa critique: mais c’est déjà beaucoup trop quand on est Voltaire, et qu’on juge Corneille devant l’Europe attentive.
TRACER L’IMAGE DES CHANSONS, danser aux chansons:
Métaphore outrée. On sait comment la parodie de Benserade en faisait ressortir le ridicule:
(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.)
TRADUIRE EN RIDICULE (SE):
J’enrage de voir de ces gens qui se traduisent en ridicule malgré leur qualité.
TRAHIR SON AME:
Non pas dans le sens où l’on dit trahir sa pensée, c’est-à-dire la révéler involontairement; mais, au contraire, dans le sens de la contraindre, la contenir, lorsqu’elle voudrait s’échapper; véritable trahison contre la nature et la vérité:
TRAINER, entraîner:
Don Juan, l’endurcissement au péché traîne une mort funeste!
TRAIT, atteinte; DONNER LE PREMIER TRAIT, figurément:
C’est-à-dire, entamer l’affaire.
—TRAIT, épigramme, parole mordante. Orgon dit à Dorine:
Premièrement, un serpent ne lance point de traits; ensuite des traits n’ont point de front, par conséquent ne peuvent être effrontés. C’est Dorine qui est un serpent et une effrontée, et dont les mots sont autant de traits. Ces trois expressions, qui sont justes prises séparément, fondues en une seule métaphore sont fausses, à cause de l’incohérence des images, qui devraient former un ensemble.
—JOUER UN TRAIT:
—TRAIT D’AVENTURE:
«Molière dit souvent jouer un trait et faire un tour. L’usage actuel est inverse; on dit communément faire un trait et jouer un tour.»
—TRAITS, traits de plume, l’écriture:
Et reconnaissez votre écriture.
TRAITER, mis absolument comme agir, se conduire:
Bossuet dit fréquemment traiter avec quelqu’un, pour avoir des relations avec quelqu’un:
«Sous un visage riant........... elle cachoit un sérieux dont ceux qui traitoient avec elle étoient surpris.»
«Quand quelqu’un traitoit avec elle, il sembloit qu’elle eût oublié son rang.....»
—TRAITER DE MÉPRIS, D’ÉGALITÉ, avec mépris, avec égalité:
Ils sont insupportables avec les impertinentes égalités dont ils traitent les gens.
Cette façon de parler me paraît de celles qu’il n’est pas bon de prendre à Molière.
(Voyez DE exprimant la cause, la manière.)
—TRAITER DU HAUT EN BAS:
(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)
—TRAITER LES CHOSES DANS LA DOUCEUR:
Mais nous sommes personnes à traiter les choses dans la douceur.
TRANCHER AVEC QUELQU’UN, en finir tout net avec lui:
—TRANCHER SON DISCOURS D’UN APOPHTHEGME:
PANCRACE. Tranchez-moi votre discours d’un apophthegme à la laconienne.
Soyez bref, supprimez les longs discours au moyen d’un apophthegme laconique.
TRAVAILLÉ DE:
TRAVAUX D’UN VOYAGE, pour les fatigues:
TREDAME! par apocope, Notre-Dame!
Tredame, monsieur, est-ce que madame Jourdain est décrépite?...
TREUVE, archaïsme, pour trouve:
Il était de règle, dans l’origine de la langue, que tout verbe ayant à l’infinitif la diphthongue ou, la changeait en eu à l’indicatif.—Mouvoir, mourir, pouvoir, couvrir, secourir, se douloir, etc., faisaient à l’indicatif je meus, je meurs, je peux, je cueuvre, je sequeurs, je me deuls, etc.
Je n’ai jamais vu, dans les monuments primitifs de notre langue, d’exemple de l’infinitif treuver; c’est toujours trover, trouver. (Voy. des Var. du lang. fr., p. 179.)
Au XVIe siècle, que déjà les traditions originelles commençaient à se perdre, on rencontre quelquefois treuver. Olivier de Serres, par exemple, n’emploie pas d’autre forme; mais elle est évidemment déduite, par erreur, de celle du présent. C’est ainsi que, de la forme contractée ci-gît, certains lexicographes modernes ont conclu l’infinitif GIR, au lieu de GÉSIR.
(Voyez le Dict. de M. N. Landais.)
TRIBOUILLER, patois, agiter, secouer violemment:
LUBIN.—Je me sens tout tribouiller le cœur quand je te regarde.
Racines, brouiller et tri, pour tres, communiquant la force du superlatif au verbe ou au nom avec lequel il se compose.
Tribouiller, tribouilleur, ont été jadis des mots d’un français très-correct:
TRIBUTS, tribut d’hommages:
TRIOMPHER DE QUELQUE CHOSE, à l’occasion de quelque chose:
(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)
Vous ne triompherez pas, comme vous le pensez, de votre infidélité.
C’est-à-dire, votre indifférence ne vous procurera pas le triomphe que vous espérez. Mais cette phrase, dans les usages de la langue moderne, signifierait: vous ne surmonterez pas votre infidélité, vous ne pourrez la vaincre, en triompher.
Probablement l’équivoque de cette locution est ce qui a déterminé à l’abandonner.
On disait aussi triompher sur, c’est-à-dire au sujet de:
«Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sirmond, qui triomphe sur cette matière...»
TRIQUETRAC, onomatopée; UN TRIQUETRAC DE PIEDS:
Le nom du jeu de trictrac n’a pas d’autre origine.
TROP DE (LE), substantivement:
Ce n’est que restituer à trop sa qualité originelle: turba, truba, ou trupa; troupe ou trop; puis on l’a employé adverbialement comme mie, pas, point, goutte, etc.
TROUBLÉ D’ESPRIT, expression moins forte que aliéné:
C’est moi, monsieur, qui vous ai envoyé parler les jours passés pour un parent un peu troublé d’esprit...
TROUSSER BAGAGE:
Trousser, dans sa primitive acception, signifie charger.
Quatre cents mulets troussés d’or et d’argent.
Du seul fer de cette lance on eût troussé un mulet.
Trousser en malle, c’est charger à la façon d’une malle, en guise de malle.
Trousser bagage, c’est charger son bagage pour déménager, décamper.
Bagage est la réunion, l’ensemble des bagues. Bagues sont les meubles, vêtements, ustensiles, etc.
Baga, dans le latin du moyen âge, un coffre, un sac. Les Anglais appellent encore bag-pipe (tuyau à sac), une musette, à cause de son sac plein de vent. On disait baguer et débaguer, pour garnir et dévaliser. (Voyez Du Cange, au mot Baga.)
TROUVER QUELQU’UN A DIRE. (Voyez DIRE.)
TURQUERIE:
Il est turc là-dessus, mais d’une turquerie à désespérer tout le monde.
UN CHACUN, archaïsme, chacun:
D. LOUIS. Leur gloire est un flambeau qui éclaire, aux yeux d’un chacun, la honte de vos actions.
Voilà par sa mort un chacun satisfait.
UN PETIT, pour un peu, archaïsme:
Peu, qu’on dérive habituellement de parum, me semble n’être que la première syllabe de petit, comme mi de milieu, prou de profit, etc., etc. Un petit ne serait alors que l’expression complète, au lieu de l’expression abrégée.
UN PEU construit avec BEAUCOUP, BIEN, DOUCEMENT:
Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez un peu beaucoup de mon père?
Voilà une petite menotte qui est un peu bien rude.
Cela m’est sorti un peu bien vite de la bouche.
«Depuis qu’elles (les femmes) sont du tout rendues à la mercy de nostre foy et constance, elles sont un peu bien hazardées.»
—UN PEU PLUS FORT QUE JEU:
Un peu plus fort que les règles du jeu ne le permettaient.
UN TEMPS. (Voyez TEMPS.)
UN, UNE, supprimé:
—UN, répété surabondamment:
Plus, une peau d’un lézard de trois pieds et demi, remplie de foin.
On dirait aujourd’hui une action d’homme;—un courroux d’amant;—l’effet d’une âme:—une peau de lézard.
—UN, surabondant devant le plus:
Voilà une belle merveille que de faire bonne chère avec de l’argent! C’est une chose la plus aisée du monde!
Je suis dans une confusion la plus grande du monde, de voir une personne de votre qualité..., etc.
«Une si illustre princesse ne paroîtra dans ce discours que comme un exemple le plus grand qu’on se puisse proposer.»
VACHE; LA VACHE EST A NOUS, sorte d’adage:
S’il ne tient qu’à battre, la vache est à nous.
—VACHE A LAIT, figurément:
Cet homme-là fait de vous une vache à lait.
VAILLANTISES:
VALOIR QUE, suivi d’un verbe au subjonctif:
VASTE DISGRACE:
VENEZ-Y-VOIR, substantivement; UN VENEZ-Y-VOIR:
VENIR, impersonnel; IL VIENT FAUTE DE:
S’il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde.
VENTRE; AVOIR DANS LE VENTRE..., en parlant du temps qui reste à vivre:
C’est un homme qui mourra avant qu’il soit peu, et qui n’a tout au plus que six mois dans le ventre.
VENUE, substantif; UNE VENUE DE COUPS DE BATON:
Tu vas courir risque de t’attirer une venue de coups de bâton.
«On dit proverbialement qu’un homme en a eu d’une venue, pour dire qu’il a fait quelque perte, qu’il a été obligé de faire quelque dépense.»
Venue, dans la phrase de Molière, est au sens de récolte, bonne récolte, parce que le grain de l’année est bien venu. Nicot, au mot venir, donne pour exemples: «Grande venue de brebis et abondante, bonus proventus.»
Venue pour bonne venue, ample venue, comme heur, succès, fortune, pour bon heur, bon succès, bonne fortune.
Une volée de coups de bâton; métaphore prise des oiseaux qui voyagent par troupe: une volée de perdreaux, une volée de pigeons, etc. Trévoux cite cet exemple: «Il vint une volée de cailles dans le désert, qui réjouit fort les Israélites, dégoûtés de la manne.»
VÊPRE; LE BON VÊPRE, archaïsme, le bon soir:
M. BOBINET.—Je donne le bon vêpre à toute l’honorable compagnie.
Vespre, contracté de vesp(e)ra, le soir. On disait aussi la vesprée.
«Venir sur le vespre;—préparez pour le vespre.»
VERBE RÉFLÉCHI perd son pronom étant précédé d’un autre verbe:
Faites-la ressouvenir qu’il faut se rendre de bonne heure dans le bois de Diane.
Qu’on me laisse ici promener toute seule.
(Voyez ARRÊTER, et PRONOM RÉFLÉCHI.)
VÉRITABLE; véridique, sincère:
C’est l’ancienne valeur du mot.
«Longarine n’a point accoutumé de celer la vérité, soit contre homme ou contre femme.—Puisque vous m’estimez si véritable, dit Longarine.....»
«Mais, mon père, si le diable ne répond pas la vérité, car il n’est guère plus véritable que l’astrologie, il faudra donc que le devin restitue, par la même raison?»
«Si elles (les précieuses) sont coquettes, je n’en dirai rien; car je fais profession d’être un auteur fort véritable, et point médisant.»
VÉRITÉ; DIRE VÉRITÉ:
VERS, pour envers:
Je trouve une espèce d’injustice bien grande à me montrer ingrate vers l’un ou vers l’autre.
On pourrait supposer, à ne considérer que quelques exemples, que Molière a fait céder l’exactitude de l’expression à la mesure. Il n’en est rien, puisqu’il emploie vers dans la prose, où rien ne le contraignait, et dans des vers, où l’élision lui permettait l’une ou l’autre forme à son choix.
Vers est la plus ancienne. Envers et devers sont venus ensuite. Le livre des Rois emploie constamment vers:
«Si hom peche vers altre, a Deu se purrad acorder, e s’il peche vers Deu, ki purrad pur lui preier?»
«Pur co que la guerre vers les enemis Deu maintenist[79].»
Beaumanoir ne connaît que la forme vers:
«Li baillis qui est deboneres vers les malfesans.»
«Li baillis qui vers tos est fel et cruels.»
Racine a dit encore:
VERS A LA LOUANGE DE QUELQU’UN, ironiquement, et par antiphrase:
Nous avons entendu votre galant entretien, et les beaux vers à ma louange que vous avez dits l’un et l’autre!
VERS BLANCS:
Tous les commentateurs ont remarqué, l’un après l’autre, que le début du Sicilien est en vers blancs d’inégale mesure: