(Éc. des fem. III. 4.)

TOUT VIEUX, sans ajouter qu’il est:

Le bonhomme, tout vieux, chérit fort la lumière.
(L’Ét. III. 5.)

De même, dans le Misanthrope:

Oui, toute mon amie, elle est, et je la nomme,
Indigne d’asservir le cœur d’un galant homme.
(Mis. III. 7.)

Sur ce passage, voici la remarque de Voltaire:

«Il faut dire toute mon amie qu’elle est, et non pas toute mon amie elle est

«Et je la nomme; cet et est de trop. Je la nomme est vicieux; le terme propre est je la déclare; on ne peut nommer qu’un nom: je le nomme grand, vertueux, barbare; je le déclare indigne de mon amitié.»

(Mélanges. T. III. p. 228.)

Il est manifeste que Voltaire n’a pas saisi le sens de ce passage. Il a supposé une inversion très-dure, et compris: Elle est toute, c’est-à-dire, tout à fait, mon amie, et je la nomme indigne d’asservir, etc.; tandis que le sens véritable est celui-ci: Toute mon amie qu’elle est, elle est (et je ne crains pas de la nommer, et je le dis tout haut), elle est indigne, etc.

Il est probable que Voltaire avait sous les yeux un texte mal ponctué:

Oui, toute mon amie elle est; et je la nomme
Indigne d’asservir, etc....[78].

C’est ce qui a causé son erreur, qu’un peu de réflexion eût promptement dissipée. Il est bien fâcheux que Voltaire eût si peu de patience, et qu’il ait mis tant de précipitation à condamner des hommes comme Corneille et Molière. On l’accuse de perfidie calculée envers le premier; je suis persuadé qu’il n’est coupable que de légèreté et d’impétuosité dans sa critique: mais c’est déjà beaucoup trop quand on est Voltaire, et qu’on juge Corneille devant l’Europe attentive.

TRACER L’IMAGE DES CHANSONS, danser aux chansons:

Et tracez sur les herbettes
L’image de vos chansons.
(Am. magn. 3e intermède.)

Métaphore outrée. On sait comment la parodie de Benserade en faisait ressortir le ridicule:

«Et tracez sur les herbettes
L’image de vos chaussons

(Voyez MÉTAPHORES VICIEUSES.)

TRADUIRE EN RIDICULE (SE):

J’enrage de voir de ces gens qui se traduisent en ridicule malgré leur qualité.

(Crit. de l’Éc. des fem. 6.)

TRAHIR SON AME:

Non pas dans le sens où l’on dit trahir sa pensée, c’est-à-dire la révéler involontairement; mais, au contraire, dans le sens de la contraindre, la contenir, lorsqu’elle voudrait s’échapper; véritable trahison contre la nature et la vérité:

Morbleu! c’est une chose indigne, lâche, infâme,
De s’abaisser ainsi jusqu’à trahir son âme!
Et si, par un malheur, j’en avais fait autant,
Je m’irois de regret pendre tout à l’instant.
(Mis. I. 1.)

TRAINER, entraîner:

Don Juan, l’endurcissement au péché traîne une mort funeste!

(D. Juan. V. 6.)

TRAIT, atteinte; DONNER LE PREMIER TRAIT, figurément:

Je m’en vais là-dedans donner le premier trait.
(L’Ét. IV. 1.)

C’est-à-dire, entamer l’affaire.

TRAIT, épigramme, parole mordante. Orgon dit à Dorine:

Te tairas-tu, serpent, dont les traits effrontés...
(Tart. II. 2.)

Premièrement, un serpent ne lance point de traits; ensuite des traits n’ont point de front, par conséquent ne peuvent être effrontés. C’est Dorine qui est un serpent et une effrontée, et dont les mots sont autant de traits. Ces trois expressions, qui sont justes prises séparément, fondues en une seule métaphore sont fausses, à cause de l’incohérence des images, qui devraient former un ensemble.

JOUER UN TRAIT:

Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu
Du trait qu’elle a joué quelque jour soit venu.
(Éc. des fem. IV. 6.)
Et vous avez eu peur de le désavouer
Du trait qu’à ce pauvre homme il a voulu jouer.
(Tart. IV. 3.)

TRAIT D’AVENTURE:

Ah! fortune, ce trait d’aventure propice
Répare tous les maux que m’a faits ton caprice.
(Éc. des fem. V. 2.)

«Molière dit souvent jouer un trait et faire un tour. L’usage actuel est inverse; on dit communément faire un trait et jouer un tour

(M. Auger.)

TRAITS, traits de plume, l’écriture:

Jetez ici les yeux et connoissez vos traits:
Ce billet découvert suffit pour vous confondre.
(Mis. IV. 3.)

Et reconnaissez votre écriture.

TRAITER, mis absolument comme agir, se conduire:

On détruiroit par là, traitant de bonne foi,
Ce grand aveuglement où chacun est de soi.
(Mis. III. 5.)

Bossuet dit fréquemment traiter avec quelqu’un, pour avoir des relations avec quelqu’un:

«Sous un visage riant........... elle cachoit un sérieux dont ceux qui traitoient avec elle étoient surpris.»

(Or. f. de la duch. d’Orl.)

«Quand quelqu’un traitoit avec elle, il sembloit qu’elle eût oublié son rang.....»

(Ibid.)

TRAITER DE MÉPRIS, D’ÉGALITÉ, avec mépris, avec égalité:

Et, traitant de mépris les sens et la matière,
A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.
(Fem. sav. I. 1.)

Ils sont insupportables avec les impertinentes égalités dont ils traitent les gens.

(Comtesse d’Esc. 11.)

Cette façon de parler me paraît de celles qu’il n’est pas bon de prendre à Molière.

(Voyez DE exprimant la cause, la manière.)

TRAITER DU HAUT EN BAS:

Ces honnêtes diablesses,
Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses,
Qui, pour un petit tort qu’elles ne nous font pas,
Prennent droit de traiter les gens du haut en bas.
(Éc. des fem. IV. 8.)

(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)

TRAITER LES CHOSES DANS LA DOUCEUR:

Mais nous sommes personnes à traiter les choses dans la douceur.

(Mar. forc. 16.)

TRANCHER AVEC QUELQU’UN, en finir tout net avec lui:

Car, tranchant avec moi par ces termes exprès.....
(Éc. des fem. III. 4.)

TRANCHER SON DISCOURS D’UN APOPHTHEGME:

PANCRACE. Tranchez-moi votre discours d’un apophthegme à la laconienne.

(Mar. for. 6.)

Soyez bref, supprimez les longs discours au moyen d’un apophthegme laconique.

TRAVAILLÉ DE:

De quel démon est donc leur âme travaillée?
(Dép. am. I. 6.)
«Êtes-vous travaillé de la lycanthropie
(Regnier.)

TRAVAUX D’UN VOYAGE, pour les fatigues:

Ce sensible outrage,
Se mêlant aux travaux d’un assez long voyage...
(Sgan. 10.)

TREDAME! par apocope, Notre-Dame!

Tredame, monsieur, est-ce que madame Jourdain est décrépite?...

(B. gent. III. 5.)

TREUVE, archaïsme, pour trouve:

Mais, encore une fois, la joie où je vous treuve
M’expose à la rigueur d’une trop rude épreuve.
(D. Garcie. V. 6.)
Non, l’ardeur que je sens pour cette jeune veuve
Ne ferme point mon âme aux défauts qu’on lui treuve.
(Mis. I. 1.)

Il était de règle, dans l’origine de la langue, que tout verbe ayant à l’infinitif la diphthongue ou, la changeait en eu à l’indicatif.—Mouvoir, mourir, pouvoir, couvrir, secourir, se douloir, etc., faisaient à l’indicatif je meus, je meurs, je peux, je cueuvre, je sequeurs, je me deuls, etc.

Je n’ai jamais vu, dans les monuments primitifs de notre langue, d’exemple de l’infinitif treuver; c’est toujours trover, trouver. (Voy. des Var. du lang. fr., p. 179.)

Au XVIe siècle, que déjà les traditions originelles commençaient à se perdre, on rencontre quelquefois treuver. Olivier de Serres, par exemple, n’emploie pas d’autre forme; mais elle est évidemment déduite, par erreur, de celle du présent. C’est ainsi que, de la forme contractée ci-gît, certains lexicographes modernes ont conclu l’infinitif GIR, au lieu de GÉSIR.

(Voyez le Dict. de M. N. Landais.)

TRIBOUILLER, patois, agiter, secouer violemment:

LUBIN.—Je me sens tout tribouiller le cœur quand je te regarde.

(G. D. II. 1.)

Racines, brouiller et tri, pour tres, communiquant la force du superlatif au verbe ou au nom avec lequel il se compose.

Tribouiller, tribouilleur, ont été jadis des mots d’un français très-correct:

«Tapez, trompez, tourmentez, trondelez,
«Brisez, riflez, tempestez, triboulez
(Cités dans Borel.)

TRIBUTS, tribut d’hommages:

Le plus parfait objet dont je serois charmé
N’auroit pas mes tributs, n’en étant point aimé.
(Dép. am. I. 3.)

TRIOMPHER DE QUELQUE CHOSE, à l’occasion de quelque chose:

Jamais on ne m’a vu triompher de ces bruits.
(Éc. des fem. I. 1.)
«Et, d’autre part aussi, sa charmante moitié
«Triomphoit d’être inconsolable
(La Fontaine. Joconde.)

(Voyez DE exprimant la manière, la cause.)

Vous ne triompherez pas, comme vous le pensez, de votre infidélité.

(B. gent. III. 10.)

C’est-à-dire, votre indifférence ne vous procurera pas le triomphe que vous espérez. Mais cette phrase, dans les usages de la langue moderne, signifierait: vous ne surmonterez pas votre infidélité, vous ne pourrez la vaincre, en triompher.

Probablement l’équivoque de cette locution est ce qui a déterminé à l’abandonner.

On disait aussi triompher sur, c’est-à-dire au sujet de:

«Ils triomphoient encor sur cette maladie
(La Font. Les Médecins.)

«Mais, poursuivit-il, notre père Antoine Sirmond, qui triomphe sur cette matière...»

(Pascal. 10e Prov.)

TRIQUETRAC, onomatopée; UN TRIQUETRAC DE PIEDS:

Puis, outre tout cela, vous faisiez sous la table
Un bruit, un triquetrac de pieds insupportable.
(L’Ét. IV. 5.)

Le nom du jeu de trictrac n’a pas d’autre origine.

TROP DE (LE), substantivement:

Il s’en est peu fallu que durant mon absence
On ne m’ait attrapé par son trop d’innocence.
(Éc. des fem. III. 3.)
«Dorante, arrêtons-nous; le trop de promenade
«Me mettroit hors d’haleine et me feroit malade.»
(Corn. Le Menteur. II. 5.)

Ce n’est que restituer à trop sa qualité originelle: turba, truba, ou trupa; troupe ou trop; puis on l’a employé adverbialement comme mie, pas, point, goutte, etc.

TROUBLÉ D’ESPRIT, expression moins forte que aliéné:

C’est moi, monsieur, qui vous ai envoyé parler les jours passés pour un parent un peu troublé d’esprit...

(Pourc. I. 9.)

TROUSSER BAGAGE:

Prenez visée ailleurs, et troussez-moi bagage.
(Éc. des mar. II. 9.)

Trousser, dans sa primitive acception, signifie charger.

«D’or e d’argent quatre cens muls trussez
(Roland. st. 9.)

Quatre cents mulets troussés d’or et d’argent.

«De sul le fer fust un mulet trusset
(Ibid. st. 227.)

Du seul fer de cette lance on eût troussé un mulet.

Trousser en malle, c’est charger à la façon d’une malle, en guise de malle.

Trousser bagage, c’est charger son bagage pour déménager, décamper.

Bagage est la réunion, l’ensemble des bagues. Bagues sont les meubles, vêtements, ustensiles, etc.

Baga, dans le latin du moyen âge, un coffre, un sac. Les Anglais appellent encore bag-pipe (tuyau à sac), une musette, à cause de son sac plein de vent. On disait baguer et débaguer, pour garnir et dévaliser. (Voyez Du Cange, au mot Baga.)

TROUVER QUELQU’UN A DIRE. (Voyez DIRE.)

TURQUERIE:

Il est turc là-dessus, mais d’une turquerie à désespérer tout le monde.

(L’Av. II. 5.)

UN CHACUN, archaïsme, chacun:

Un chacun est chaussé de son opinion.
(Éc. des fem. I. 1.)

D. LOUIS. Leur gloire est un flambeau qui éclaire, aux yeux d’un chacun, la honte de vos actions.

(D. Juan. IV. 6.)

Voilà par sa mort un chacun satisfait.

(Ibid. V. 7.)
Hautement d’un chacun elles blâment la vie.
(Tart. I. 1.)

UN PETIT, pour un peu, archaïsme:

Qu’avez-vous? Vous grondez, ce me semble, un petit?
(Éc. des fem. II. 6.)
J’ai, devant notre porte,
En moi-même voulu répéter un petit,
Sur quel ton et de quelle sorte
Je ferois du combat un glorieux récit.
(Amph. II. 1.)

Peu, qu’on dérive habituellement de parum, me semble n’être que la première syllabe de petit, comme mi de milieu, prou de profit, etc., etc. Un petit ne serait alors que l’expression complète, au lieu de l’expression abrégée.

UN PEU construit avec BEAUCOUP, BIEN, DOUCEMENT:

Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez un peu beaucoup de mon père?

(Mal. im. III. 22.)
Je trouve un peu bien prompt le dessein où vous êtes.
(Mis. V. 1.)
La déclaration est tout à fait galante;
Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante.
(Tart. III. 3.)

Voilà une petite menotte qui est un peu bien rude.

(G. D. III. 3.)

Cela m’est sorti un peu bien vite de la bouche.

(D. Juan. I. 1.)
Hé! là, là, madame la Nuit,
Un peu doucement, je vous prie.
(Amph. prol.)

«Depuis qu’elles (les femmes) sont du tout rendues à la mercy de nostre foy et constance, elles sont un peu bien hazardées

(Montaigne. III. 5.)

UN PEU PLUS FORT QUE JEU:

Je crains que le pendard, dans ses vœux téméraires,
Un peu plus fort que jeu n’ait poussé les affaires.
(Éc. des fem. II. 6.)

Un peu plus fort que les règles du jeu ne le permettaient.

UN TEMPS. (Voyez TEMPS.)

UN, UNE, supprimé:

O ciel! c’est miniature;
Et voilà d’un bel homme une vive peinture!
(Sgan. 6.)
Tu vois si c’est mensonge, et j’en suis fort ravie.
(Ibid. 22.)

UN, répété surabondamment:

Une action d’un homme à fort petit cerveau.
(Dép. am. V. 1.)
Et l’on sait ce que c’est qu’un courroux d’un amant.
(Mis. IV. 2.)
Ceux qui me connoîtront n’auront pas la pensée
Que ce soit un effet d’une âme intéressée.
(Tart. IV. 1.)

Plus, une peau d’un lézard de trois pieds et demi, remplie de foin.

(L’Av. II. 1.)

On dirait aujourd’hui une action d’homme;—un courroux d’amant;—l’effet d’une âme:—une peau de lézard.

UN, surabondant devant le plus:

Que deux nymphes, d’un rang le plus haut du pays,
Disputent à se faire un époux de mon fils.
(Mélicerte. I. 4.)

Voilà une belle merveille que de faire bonne chère avec de l’argent! C’est une chose la plus aisée du monde!

(L’Av. III. 5.)

Je suis dans une confusion la plus grande du monde, de voir une personne de votre qualité..., etc.

(B. gent. III. 6.)

«Une si illustre princesse ne paroîtra dans ce discours que comme un exemple le plus grand qu’on se puisse proposer.»

(Bossuet. Or. fun. de la duch. d’Or.)

VACHE; LA VACHE EST A NOUS, sorte d’adage:

S’il ne tient qu’à battre, la vache est à nous.

(Méd. m. lui. I. 5.)

VACHE A LAIT, figurément:

Cet homme-là fait de vous une vache à lait.

(B. gent. III. 4.)

VAILLANTISES:

Que je vais m’en donner, et me mettre en bon train
De raconter nos vaillantises!
(Amph. III. 6.)

VALOIR QUE, suivi d’un verbe au subjonctif:

Et vous ne valez pas que l’on vous considère.
(Mis. IV. 3.)
Le choix est glorieux, et vaut bien qu’on l’écoute.
(Tart. II. 4.)
Je veux bien que de moi l’on fasse plus de cas.
(Fem. sav. V. 4.)

VASTE DISGRACE:

Par où pourrois-je, hélas! dans ma vaste disgrâce,
Vers vous de quelque plainte autoriser l’audace?
(D. Garcie. V. 3.)

VENEZ-Y-VOIR, substantivement; UN VENEZ-Y-VOIR:

D’un panache de cerf sur le front me pourvoir,
Hélas, voilà vraiment un beau venez-y-voir!
(Sgan. 6.)

VENIR, impersonnel; IL VIENT FAUTE DE:

S’il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde.

(Mal. im. I. 9.)

VENTRE; AVOIR DANS LE VENTRE..., en parlant du temps qui reste à vivre:

C’est un homme qui mourra avant qu’il soit peu, et qui n’a tout au plus que six mois dans le ventre.

(Mar. for. 12.)

VENUE, substantif; UNE VENUE DE COUPS DE BATON:

Tu vas courir risque de t’attirer une venue de coups de bâton.

(Scapin. III. 1.)

«On dit proverbialement qu’un homme en a eu d’une venue, pour dire qu’il a fait quelque perte, qu’il a été obligé de faire quelque dépense.»

(Trévoux.)

Venue, dans la phrase de Molière, est au sens de récolte, bonne récolte, parce que le grain de l’année est bien venu. Nicot, au mot venir, donne pour exemples: «Grande venue de brebis et abondante, bonus proventus

Venue pour bonne venue, ample venue, comme heur, succès, fortune, pour bon heur, bon succès, bonne fortune.

Une volée de coups de bâton; métaphore prise des oiseaux qui voyagent par troupe: une volée de perdreaux, une volée de pigeons, etc. Trévoux cite cet exemple: «Il vint une volée de cailles dans le désert, qui réjouit fort les Israélites, dégoûtés de la manne.»

VÊPRE; LE BON VÊPRE, archaïsme, le bon soir:

M. BOBINET.—Je donne le bon vêpre à toute l’honorable compagnie.

(Comtesse d’Esc. 17.)

Vespre, contracté de vesp(e)ra, le soir. On disait aussi la vesprée.

«Venir sur le vespre;—préparez pour le vespre

(Nicot.)

VERBE RÉFLÉCHI perd son pronom étant précédé d’un autre verbe:

Faites-la ressouvenir qu’il faut se rendre de bonne heure dans le bois de Diane.

(Am. magn. I. 2.)

Qu’on me laisse ici promener toute seule.

(Ibid. I. 6.)

(Voyez ARRÊTER, et PRONOM RÉFLÉCHI.)

VÉRITABLE; véridique, sincère:

Nous en tenons tous deux, si l’autre est véritable.
(Dépit. am. I. 5.)
J’ai monté pour vous dire, et d’un cœur véritable,
Que j’ai conçu pour vous une estime incroyable.
(Mis. I. 2.)

C’est l’ancienne valeur du mot.

«Longarine n’a point accoutumé de celer la vérité, soit contre homme ou contre femme.—Puisque vous m’estimez si véritable, dit Longarine.....»

(La R. de Nav. Heptaméron, nouvelle 14.)

«Mais, mon père, si le diable ne répond pas la vérité, car il n’est guère plus véritable que l’astrologie, il faudra donc que le devin restitue, par la même raison?»

(Pascal. 8e Prov.)

«Si elles (les précieuses) sont coquettes, je n’en dirai rien; car je fais profession d’être un auteur fort véritable, et point médisant.»

(Mlle de Montpensier, Portrait des Précieuses.)

VÉRITÉ; DIRE VÉRITÉ:

Si je vous faisois voir qu’on vous dit vérité?
(Tart. IV. 3.)

VERS, pour envers:

J’ai tardé trop longtemps
A m’acquitter vers toi d’une telle promesse.
(Dép. am. I. 2.)
Ah! madame, excusez un amant misérable,
Qu’un sort prodigieux a fait vers vous coupable.
(D. Garcie. II. 6.)
Par où pourrois-je, hélas! dans ma vaste disgrâce,
Vers vous de quelque plainte autoriser l’audace?
(Ibid. V. 3.)
. . . . . Ah! gardez de me faire un outrage,
Et de vous hasarder à dire que vers moi
Un cœur dont j’ai fait cas ait pu manquer de foi.
(Ibid. V. 5.)
Votre flamme vers moi ne vous rend pas coupable.
(Ibid.)
Si ce parfait amour que vous prouvez si bien
Se fait vers votre objet un grand crime de rien.
(Fâcheux. I. 1.)
Et pouvez-vous le voir sans demeurer confuse
Du crime dont vers moi son style vous accuse?
(Mis. IV. 3.)
Ce monarque, en un mot, a vers vous détesté
Sa lâche ingratitude et sa déloyauté.
(Tart. V. 7.)
Oui, c’est lui qui sans doute est criminel vers vous.
(Amph. II. 6.)

Je trouve une espèce d’injustice bien grande à me montrer ingrate vers l’un ou vers l’autre.

(Am. magn. III. 1.)

On pourrait supposer, à ne considérer que quelques exemples, que Molière a fait céder l’exactitude de l’expression à la mesure. Il n’en est rien, puisqu’il emploie vers dans la prose, où rien ne le contraignait, et dans des vers, où l’élision lui permettait l’une ou l’autre forme à son choix.

Vers est la plus ancienne. Envers et devers sont venus ensuite. Le livre des Rois emploie constamment vers:

«Si hom peche vers altre, a Deu se purrad acorder, e s’il peche vers Deu, ki purrad pur lui preier?»

(Rois. p. 8.)

«Pur co que la guerre vers les enemis Deu maintenist[79]

(Ibid. p. 71.)

Beaumanoir ne connaît que la forme vers:

«Li baillis qui est deboneres vers les malfesans.»

(Cout. de Beauv. I. p. 18.)

«Li baillis qui vers tos est fel et cruels.»

(Ibid. I. 19.)

Racine a dit encore:

«Et m’acquitter vers vous de mes respects profonds.»
(Bajazet. III. 2.)
«La libéralité vers le pays natal.»
(Corneille. Cinna. II. 1.)

VERS A LA LOUANGE DE QUELQU’UN, ironiquement, et par antiphrase:

Nous avons entendu votre galant entretien, et les beaux vers à ma louange que vous avez dits l’un et l’autre!

(G. D. III. 8.)

VERS BLANCS:

Tous les commentateurs ont remarqué, l’un après l’autre, que le début du Sicilien est en vers blancs d’inégale mesure: