Oui, vous ne pourriez pas lui dire davantage
Que ce que je lui dis pour le faire être sage.
(L’Ét. I. 9.)

Jacqueline. Pour un quarquié de vaigne qu’il avoit davantage que le jeune Robin.

(Méd. m. lui. II. 2.)

Il n’y a rien assurément qui chatouille davantage que les approbations que vous dites.

(B. gent. I. 1.)

Tous les grammairiens condamnent hautement cette façon de parler; et tous nos plus habiles écrivains l’ont employée: Amyot, la Bruyère, Sarrasin, Molière, Bouhours, Bossuet, J. J. Rousseau. (Des variations du langage français, p. 425.)

Le substantif avantage se construit avec sur. Davantage (de ou par avantage) marque une comparaison, et se construit comme plus, avec la marque du comparatif que. L’idée de l’adjectif au comparatif prévaut sur la forme du substantif.

Dire, comme font les grammairiens, que davantage est adverbe, par conséquent incapable d’un régime, c’est ne rien dire; c’est mettre en fait le point en question. Au reste, deux autorités sont en présence, on n’a qu’à choisir.

«La foiblesse de l’homme paroît bien davantage en ceux qui ne la connoissent pas qu’en ceux qui la connoissent.»

(Pascal. Pensées.)

«Il est impossible que cette surprise ne fasse rire, parce que rien n’y porte davantage qu’une disproportion surprenante entre ce qu’on attend et ce qu’on voit.»

(Id. 11e Prov.)

«Je puis dire devant Dieu qu’il n’y a rien que je déteste davantage que de blesser la vérité.»

(Pascal, Ibidem.)

«L’une en prisant davantage le temporel que le spirituel.»

(Id. 12e Prov.)

«Voulez-vous être rare? Rendez service à ceux qui dépendent de vous. Vous le serez davantage par cette conduite que par ne pas vous laisser voir.»

(La Bruyère. Des biens de la fortune.)

«Quel astre brille davantage dans le firmament que le prince de Condé n’a fait en Europe?»

(Bossuet.)

«Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser davantage, mais ne nous navre pas tant que une pierre lancée à dessein par une main malveillante.»

(J. J. Rousseau. 8e Promenade.)

Mais voici l’oracle qui abat toutes autorités:

«Davantage NE PEUT PAS être suivi d’un complément, comme dans: J’aime davantage la campagne que la ville. Il faut, dans ce cas, employer l’adverbe plus

(M. Boniface.)

Il faut, paraît bien dur en présence de telles autorités!

DE, dans tous les sens du latin de, touchant, par, à cause de, pour:

Ne me condamnez point d’un deuil hors de saison.
(Sgan. 16.)

Noli damnare me de luctu.

Il me faudroit des journées entières pour me bien expliquer à vous de tout ce que je sens.

(G. D. III. 5.)
Mais je hais vos messieurs de leurs honteux délais.
(Amph. III. 8.)

Ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et dont je sens fort bien que je ne pourrai me taire quelque jour.

(Ép. dédic. de l’Éc. des fem.)
«Romains, j’aime la gloire, et ne veux point m’en taire
(Voltaire. Rome sauvée.)

Silere de aliqua re.

Molière dit de même;—se découvrir de quelque chose;—désavouer de quelque chose;—éluder de... (Voyez ces mots.)

Hélas! si l’on n’aimoit pas,
Que seroit-ce de la vie?
(Pourc. III. 10.)

Quid esset de vita?

«J’ai veu un gentilhomme de bonne maison aveugle nay, au moins aveugle de tel aage qu’il ne sçait que c’est de veue

(Montaigne. II. ch. 12.)
Mille gens le sont bien[47], sans vous faire bravade,
Qui de mine, de cœur, de biens et de maison,
Ne feroient avec vous nulle comparaison.
(Éc. des fem. IV. 8.)

De n’est pas ici marque du génitif: comparaison de mine, de cœur, etc.; c’est le latin de, comme dans ces formules de moi, de soi, pour quant à moi, quant à soi; et dans celles-ci, de l’Allemagne;—de la prière;—de la grâce;—de l’amitié. Comparaison quant à la mine, au cœur, etc.

Le même emploi de de paraît dans cet autre passage: Agnès, dit Horace,

N’a plus voulu songer à retourner chez soi,
Et de tout son destin s’est commise à ma foi.
(Éc. des fem. IV. 8.)

C’est un pur latinisme:—Confidere alicui de aliqua re.—Et ce latinisme remonte à l’origine de la langue:

«E tut li poples oïd cume li Reis fist sun cumandement de Absalon.»

(Rois, p. 186.)

De remplit encore l’office du de latin dans cette locution de rien; cela ne sert de rien:

.... se dépouiller de l’un et de l’autre (sa fille et sa fortune) entre les mains d’un homme qui ne nous touche de rien.

(Amour méd. I. 5.)

C’est-à-dire en rien; de (nulla) re; de nihilo, nullatenus.

DE exprimant la cause, la manière, et répondant à par, avec, pour:

Mais suis-je pas bien fou, de vouloir raisonner
Où, de droit absolu, j’ai pouvoir d’ordonner?
(Sgan. I.)

Après quelques paroles dont je tâchai d’adoucir la douleur de cette charmante affligée.

(Scapin. I. 2.)
C’est une dame
Qui de quelque espérance avoit flatté mon âme.
(Mis. I. 2.)

Nous faisons maintenant la médecine d’une façon toute nouvelle.

(Méd. m. lui. II. 6.)
Et tâchons d’ébranler, de force ou d’industrie,
Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés.
(Tart. IV. 2.)

On dit tous les jours, par la même tournure, de gré ou de force; c’est-à-dire, par gré ou par force.

Vous les voulez traiter d’un semblable langage?
(Tart. I. 6.)
Et, traitant de mépris les sens et la matière,
A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière.
(Fem. sav. I. 1.)
Et traitent du même air l’honnête homme et le fat.
(Mis. I. 1.)

Avec mépris, avec le même air, le même langage.

Je ne vois pas d’autre explication possible à cette locution, traiter du haut en bas, qu’en traduisant du par avec: avec le haut en bas, en mettant en bas ce qui est en haut; c’est-à-dire, en renversant, bouleversant cette personne, en lui mettant la tête aux pieds.

Quel sort ont nos yeux en partage,
Et qu’est-ce qu’ils ont fait aux dieux,
De ne jouir d’aucun hommage....
(Psyché. I. 1.)

Pour s’emploie plus communément à cet usage: Qu’ont-ils fait pour ne jouir d’aucun hommage?

DE, entre deux verbes, le second à l’infinitif:

Je croyois tout perdu de crier de la sorte.
(Sgan. 3.)
Et je le donnerois à bien d’autres qu’à moi,
De se voir sans chagrin au point où je me voi.
(Ibid. 16.)
Ah! voilà qui me plaît de parler de la sorte!
(Ibid. 18.)
Ai-je fait quelque mal de coucher avec vous?
(Amph. II. 2.)
Il n’est aucune horreur que mon forfait ne passe
D’avoir offensé vos beaux yeux.
(Ibid. II. 6.)

Dans ce dernier passage, on pourrait peut-être construire de avec forfait: le forfait d’avoir offensé vos beaux yeux.

Ils se mêlent de trop d’affaires,
De prétendre tenir nos chastes feux gênés.
(Amph. II. 3)

Est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin?

(Méd. m. lui. I. 6.)

DE, entre deux substantifs, où il ne marque pas le génitif du second, mais en fait la qualification du premier:

Réglez-vous, regardez l’honnête homme de père
Que vous avez du ciel.
(L’Ét. I. 9.)

D’Olivet essaye d’expliquer le tour par un latinisme, parce que Plaute a dit: Scelus viri, monstrum mulieris.

Vaugelas trouve ce de «bien étrange, mais bien françois.»

«Et puis, à l’aide d’une échelle
«Qu’un maraud de valet lui tint.»
(Vergier. Le Rossignol.)
«Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras.»
(La Font. Fables. VII. 16.)

DE, représentant que le:

C’est un étrange fait du soin que vous prenez
A me venir toujours jeter mon âge au nez.
(Éc. des mar. I. 1.)
Chose étrange d’aimer!
(Éc. des fem. V. 4.)

Chose étrange que le soin... que l’aimer! l’infinitif pris substantivement.

Chose étrange de voir comme avec passion
Un chacun est coiffé de son opinion!
(Éc. des fem. I. 1.)

La construction grammaticale est: la chose d’aimer,... la chose de voir,... le fait du soin... est étrange. Les infinitifs voir, aimer, sont ici de véritables substantifs; et cette façon d’employer de rentre dans l’article précédent, où l’on voit de entre deux substantifs, servant à qualifier le premier par le second.

(Voyez DU.)

DE, remplaçant à entre deux verbes:

La crainte fait en moi l’office du zèle..., et me réduit d’applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste.

(D. J. I. 1.)
Ah! je vous apprendrai de me traiter ainsi!
(Amph. III. 4.)

Molière prend cette tournure pour fuir l’hiatus: me réduit à applaudir.—Je vous apprendrai à... Il dit de même commencer de... obliger de... chercher de. (Voyez ces mots.)

Une galère turque où on les avoit invités d’entrer.

(Scapin. III. 3.)

Cet amas d’actions indignes dont on a peine d’adoucir le mauvais visage.

(D. J. IV. 6.)

Peine à adoucir serait insupportable.

«Il exhorta le poëte de ne plus faire de vers la nuit.»

(Scarron. Rom. com., 1re part., ch. 12.)

Le XVIIe siècle employait sans difficulté de pour à, comme aussi devant pour avant.

Voyez CHERCHER DE,—COMMENCER DE,—CONCLURE DE,—FEINDRE DE et FEINDRE A.

DE, et non des, devant un adjectif que l’on traite aujourd’hui comme incorporé au substantif:

Et dans tous ses propos
On voit qu’il se travaille à dire de bons mots.
(Mis. II. 5.)

On dirait aujourd’hui, sans scrupule, des bons mots.—Bon mot n’étant considéré que pour un substantif, comme jeune homme.

DE, entre deux substantifs, marquant le sens actif du premier sur le second:

Chez les Latins, amor patris signifiait aussi bien la tendresse du père au fils que celle du fils au père; c’était au reste de la phrase à déterminer l’acception active ou passive. Molière a dit de même, la contrainte des parents, pour exprimer, non la contrainte qu’ils subissent, mais celle qu’ils imposent:

Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents.

(Mal. im. II. 7.)

(Voyez aux mots CHOIX, CHOSE, HYMEN.)

DE; supprimé après aimer mieux.... suivi d’un infinitif:

Et j’ai bien mieux aimé me voir aux mains d’un autre,
Que ne pas mériter un cœur comme le vôtre.
(Éc. des mar. III. 10.)
J’aimerois mieux mourir que la voir abusée.
(Éc. des fem. V. 2)

—Après à moins que, suivi d’un infinitif:

Et l’on ne doit jamais souffrir, sans dire un mot,
De semblables affronts, à moins qu’être un vrai sot.
(Sgan. 17.)

—Après avant que, suivi d’un infinitif:

Laisse-m’en rire encore avant que te le dire.
(L’Ét. II. 13.)
Mais avant que passer, Frosine, à ce discours....
(Dép. am. II. 1.)
J’ai voulu qu’il sortît avant que vous parler.
(Fâcheux. III. 3.)
Avant que nous lier, il faut nous mieux connoître.
(Mis. I. 2.)
Pour la forme, il faudra, s’il vous plaît, qu’on m’apporte,
Avant que se coucher, les clefs de votre porte.
(Tart. V. 4.)

—Après plutôt que, suivi d’un infinitif:

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Que son cœur tout à moi d’un tel projet s’offense,
Qu’elle mourroit plutôt qu’en souffrir l’insolence.
(Éc. des mar. II. 13.)

Cela paraît une concession à la mesure, car ailleurs Molière exprime le de:

Sinon faites état de m’arracher le jour,
Plutôt que de m’ôter l’objet de mon amour.
(Éc. des mar. III. 8.)

—Après valoir mieux que, suivi d’un infinitif:

Il vaut mieux, quand on craint ces malheurs éclatants,
En mourir tout d’un coup que traîner si longtemps.
(Mélicerte. II. 5.)

—Après quelque chose:

Je crains fort pour mon fait quelque chose approchant.
(Amph. II. 1.)

—Dans cette locution, rien de tel:

Il n’est rien tel en ce monde que de se contenter.

(D. J. I. 2.)

«Il n’est rien tel que les jésuites.»

(Pascal. 3e Prov.)

—Après vous plaît-il, suivi d’un infinitif:

Vous plaît-il, don Juan, nous éclaircir ces beaux mystères.

(D. J. I. 3.)

DE, surabondant, après valoir mieux:

Il leur vaudroit bien mieux, les pauvres animaux, de travailler beaucoup et de manger de même.

(L’Av. III. 5.)

Il vaut bien mieux pour vous de prendre un vieux mari qui vous donne beaucoup de bien.

(Ibid. III. 8.)

Il me vaudroit bien mieux d’être au diable que d’être à lui.

(D. J. I. 1.)

Après prétendre:

C’est en vain que tu prétendrois de me le déguiser.

(Ibid. V. 3.)

—Surabondant avec dont et en:

Ce n’est pas de ces sortes de respects dont je vous parle.

(G. D. II. 3.)

Ce n’est pas de vous, madame, dont il est amoureux.

(Am. magn. II. 3.)
Mais de vous, cher compère, il en est autrement!
(Éc. des fem. I. 1.)

(Voyez A répété surabondamment.)

—Devant besoin; IL EST DE BESOIN:

MARTINE.
Laissez-moi: j’aurai soin
De vous encourager, s’il en est de besoin.
(Fem. sav. V. 2.)

—Devant certains:

Il y a de certains impertinents au monde qui viennent prendre les gens pour ce qu’ils ne sont pas.

(Méd. m. lui. II. 9.)

—Devant aucuns:

Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents.

(Mal. im. II. 7.)

(Voyez D euphonique.)

—Devant coutume dans cette locution, avoir de coutume:

... Pour vous ôter l’envie de nous faire courir toutes les nuits, comme vous aviez de coutume.

(Scapin. II. 5.)

—Après à quoi bon, suivi d’un infinitif:

Ah j’enrage!—A quoi bon de te cacher de moi?
(Fâch. III. 4.)

A quoi bon de dissimuler?

(Le Sicilien. 7.)

, particule inséparable en composition:

Et l’on me désosie enfin,
Comme on vous désamphitryonne.
(Amph. III. 8.)

De avait en latin la même valeur, et Lucile, par le même procédé que Molière, avait forgé deargenture, depeculare et depoculare, voler de l’argent, des coupes:

«Depeculassere[48] aliqua, sperans me ac deargentassere.»

(Lucil. ap Non. 2. 218.)

«Me impune irrisum depeculatumque eis.»

(Plaut. Epidic. IV. 1. 18.)

(Voyez DÉSATTRISTER, DÉSENAMOURER, DÉSUISSER.)

DÉ, TENIR LE DÉ, par métaphore empruntée au jeu, où le dé passe de main en main:

A vous le dé, monsieur.
(Mis. V. 4.)

TENIR LE DÉ A (un infinitif):

Car madame à jaser tient le dé tout le jour.
(Tart. I. 1.)

DÉBATTU, pour contesté:

Ce titre par aucun ne leur est débattu.
(Tartufe. I. 6.)

DE BOUT EN BOUT, d’un bout à l’autre, complétement:

Vous saurez tout cela tantôt de bout en bout.
(Mélicerte. II. 7.)

DÉBUTER A QUELQU’UN, avec quelqu’un:

Par où lui débuter?
(Dép. am. III. 4.)

Par où lui débuter, signifie que lui dire d’abord. Lui est donc aussi recevable dans une locution que dans l’autre; il n’y a que la différence de l’usage.

DE CE QUE, dans le sens de parce que:

Ce n’est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir, que de ce qu’il est fâcheux à un gentilhomme d’être pendu.

(Pourc. III. 2.)

DÉCHANTER; FAIRE DÉCHANTER; métaphoriquement troubler, déranger dans ses entreprises:

Tu vois qu’à chaque instant il te fait déchanter.
(L’Ét. III. 1.)

Il te fait sortir du ton et perdre la mesure.

DÉCHARPIR, séparer des combattants acharnés l’un contre l’autre:

Andrès et Trufaldin, à l’éclat du murmure,
Ainsi que force monde accourus d’aventure,
Ont à les décharpir eu de la peine assez;
Tant leurs esprits étoient par la fureur poussés.
(L’Ét. V. 14.)

Nicot, et Trévoux après lui, donnent le verbe charpir; charpir de la laine, carpere lanam; et par composition, décharpir, charpir entièrement, comme définir, de finir.

Il nous reste encore le substantif charpie.

Décharpir les combattants, est regrettable comme terme expressif; séparer est loin d’atteindre à la même énergie.

DÉCORUM (GARDER LE) DE:

Non, mais il faut sans cesse
Garder le décorum de la divinité.
(Amph. prol.)

DÉCOUCHER (SE), se lever:

MORON.
Car en chasseur fameux j’étois enharnaché,
Et dès le point du jour je m’étois découché.
(Pr. d’Él. I. 2.)

C’est un archaïsme:

«Quand ce vint à l’endemain, toutes les mesnies de l’ostel s’assemblerent, et vinrent au seigneur à l’heure qu’il fut descouché

(Froissart, Chron. III. 22.)

Dans le récit de l’assassinat du connétable de Clisson par Pierre de Craon:

«Duquel coup il (Clisson) versa jus de son cheval, droit à l’encontre de l’huis d’un fournier, qui jà estoit descouché pour ordonner ses besognes et faire son pain et cuire.»

(Id. IV. ch. 28.)

DÉCOUVRIR (SE) DE...:

Souffrez pour vous parler, madame, qu’un amant
Prenne l’occasion de cet heureux instant,
Et se découvre à vous de la sincère flamme....
(Fem. sav. I. 4.)

(Voyez DE dans tous les sens du latin de.)

DÉCOUVRIR QUELQU’UN (un adjectif), démontrer qu’il est ce que marque l’adjectif:

Tous les hommes sont semblables par les paroles; ce n’est que les actions qui les découvrent différents.

(L’Avare, I. 1.)

DE FORCE OU D’INDUSTRIE, par force ou par adresse:

Et tâchons d’ébranler, de force ou d’industrie,
Ce malheureux dessein qui nous a tous troublés.
(Tart. IV. 2.)

(Voyez DE exprimant la cause, la manière.)

DE LA FAÇON, ainsi, de cette sorte:

Est-ce de la façon que l’on doit me parler?
(Mélicerte. II. 5.)
On se riroit de vous, Alceste, tout de bon,
Si l’on vous entendoit parler de la façon.
(Mis. I. 1.)

DÉCRIS au pluriel:

Oh! que je sais au roi bon gré de ces décris!
(Éc. des mar. II. 9.)

Le décri est une défense faite à cri public. Cri et crier ont fait décri et décrier: c’est revenir sur la permission ou l’ordonnance proclamée par le cri.

De là l’expression figurée, tomber dans le décri.

DEDANS, préposition:

Et je crois que le ciel, dedans un rang si bas,
Cache son origine, et ne l’en tire pas.
(L’Ét. I. 2.)
Il est vrai: c’est tomber d’un mal dedans un pire.
(Ibidem.)
Mon argent bien-aimé, rentrez dedans ma poche.
(L’Ét. II. 6.)
La vieille Égyptienne à l’heure même...—Hé bien?
—Passoit dedans la place, et ne songeoit à rien.
(L’Ét. V. 14.)
Je lis dedans son âme, et vois ce qui le presse.
(Dép. am. III. 5.)
Las! il vit comme un saint, et dedans la maison
Du matin jusqu’au soir il est en oraison.
(Ibid. III. 6.)
Et je tremble à présent dedans la Canicule.
(Sganarelle. 2.)
Puis-je obtenir de vous de savoir l’aventure
Qui fait dedans vos mains trouver cette peinture?
(Ibid. 9.)

Dedans, dessus, dessous, devers, suivis d’un complément, sont aussi vieux que la langue française. Je ne vois pas sur quelle autorité l’on a prétendu, depuis un demi-siècle, les restreindre au rôle d’adverbes. C’est apparemment pour leur inventer une valeur différente de celle de la forme simple dans, sur, sous, vers, dont ils ne sont qu’une variante. Mais après avoir proclamé, d’une manière absolue, qu’il n’y avait dans aucune langue deux mots parfaitement synonymes, il fallait nécessairement reviser la nôtre, constituer à chacun de ses mots un apanage, et le circonscrire, sans égard pour les anciennes limites; autrement cette profonde maxime eût été bien vite renversée.

C’est ce qui fait que Molière, Pascal et Bossuet sont remplis de solécismes posthumes.

«Le sultan dormoit lors, et dedans son domaine
«Chacun dormoit aussi.»
(La Font. Fables. XI. 1.)

«Ceux qui ont la foi vive dedans le cœur voient...»

(Pascal. Pensées, p. 173.)

Le dictionnaire de Nicot (1606) donne encore pour exemples:

«Il est dedans la maison;—dedans vingt jours;—dedans l’an et jour de la spoliation et du trouble.»

(Voyez DESSUS, DESSOUS, DEVANT, DEVERS.)

DÉDITES, pour dédisez: