Jacqueline. Pour un quarquié de vaigne qu’il avoit davantage que le jeune Robin.
Il n’y a rien assurément qui chatouille davantage que les approbations que vous dites.
Tous les grammairiens condamnent hautement cette façon de parler; et tous nos plus habiles écrivains l’ont employée: Amyot, la Bruyère, Sarrasin, Molière, Bouhours, Bossuet, J. J. Rousseau. (Des variations du langage français, p. 425.)
Le substantif avantage se construit avec sur. Davantage (de ou par avantage) marque une comparaison, et se construit comme plus, avec la marque du comparatif que. L’idée de l’adjectif au comparatif prévaut sur la forme du substantif.
Dire, comme font les grammairiens, que davantage est adverbe, par conséquent incapable d’un régime, c’est ne rien dire; c’est mettre en fait le point en question. Au reste, deux autorités sont en présence, on n’a qu’à choisir.
«La foiblesse de l’homme paroît bien davantage en ceux qui ne la connoissent pas qu’en ceux qui la connoissent.»
«Il est impossible que cette surprise ne fasse rire, parce que rien n’y porte davantage qu’une disproportion surprenante entre ce qu’on attend et ce qu’on voit.»
«Je puis dire devant Dieu qu’il n’y a rien que je déteste davantage que de blesser la vérité.»
«L’une en prisant davantage le temporel que le spirituel.»
«Voulez-vous être rare? Rendez service à ceux qui dépendent de vous. Vous le serez davantage par cette conduite que par ne pas vous laisser voir.»
«Quel astre brille davantage dans le firmament que le prince de Condé n’a fait en Europe?»
«Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser davantage, mais ne nous navre pas tant que une pierre lancée à dessein par une main malveillante.»
Mais voici l’oracle qui abat toutes autorités:
«Davantage NE PEUT PAS être suivi d’un complément, comme dans: J’aime davantage la campagne que la ville. Il faut, dans ce cas, employer l’adverbe plus.»
Il faut, paraît bien dur en présence de telles autorités!
DE, dans tous les sens du latin de, touchant, par, à cause de, pour:
Noli damnare me de luctu.
Il me faudroit des journées entières pour me bien expliquer à vous de tout ce que je sens.
Ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et dont je sens fort bien que je ne pourrai me taire quelque jour.
Silere de aliqua re.
Molière dit de même;—se découvrir de quelque chose;—désavouer de quelque chose;—éluder de... (Voyez ces mots.)
Quid esset de vita?
«J’ai veu un gentilhomme de bonne maison aveugle nay, au moins aveugle de tel aage qu’il ne sçait que c’est de veue.»
De n’est pas ici marque du génitif: comparaison de mine, de cœur, etc.; c’est le latin de, comme dans ces formules de moi, de soi, pour quant à moi, quant à soi; et dans celles-ci, de l’Allemagne;—de la prière;—de la grâce;—de l’amitié. Comparaison quant à la mine, au cœur, etc.
Le même emploi de de paraît dans cet autre passage: Agnès, dit Horace,
C’est un pur latinisme:—Confidere alicui de aliqua re.—Et ce latinisme remonte à l’origine de la langue:
«E tut li poples oïd cume li Reis fist sun cumandement de Absalon.»
De remplit encore l’office du de latin dans cette locution de rien; cela ne sert de rien:
.... se dépouiller de l’un et de l’autre (sa fille et sa fortune) entre les mains d’un homme qui ne nous touche de rien.
C’est-à-dire en rien; de (nulla) re; de nihilo, nullatenus.
—DE exprimant la cause, la manière, et répondant à par, avec, pour:
Après quelques paroles dont je tâchai d’adoucir la douleur de cette charmante affligée.
Nous faisons maintenant la médecine d’une façon toute nouvelle.
On dit tous les jours, par la même tournure, de gré ou de force; c’est-à-dire, par gré ou par force.
Avec mépris, avec le même air, le même langage.
Je ne vois pas d’autre explication possible à cette locution, traiter du haut en bas, qu’en traduisant du par avec: avec le haut en bas, en mettant en bas ce qui est en haut; c’est-à-dire, en renversant, bouleversant cette personne, en lui mettant la tête aux pieds.
Pour s’emploie plus communément à cet usage: Qu’ont-ils fait pour ne jouir d’aucun hommage?
—DE, entre deux verbes, le second à l’infinitif:
Dans ce dernier passage, on pourrait peut-être construire de avec forfait: le forfait d’avoir offensé vos beaux yeux.
Est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin?
—DE, entre deux substantifs, où il ne marque pas le génitif du second, mais en fait la qualification du premier:
D’Olivet essaye d’expliquer le tour par un latinisme, parce que Plaute a dit: Scelus viri, monstrum mulieris.
Vaugelas trouve ce de «bien étrange, mais bien françois.»
—DE, représentant que le:
Chose étrange que le soin... que l’aimer! l’infinitif pris substantivement.
La construction grammaticale est: la chose d’aimer,... la chose de voir,... le fait du soin... est étrange. Les infinitifs voir, aimer, sont ici de véritables substantifs; et cette façon d’employer de rentre dans l’article précédent, où l’on voit de entre deux substantifs, servant à qualifier le premier par le second.
(Voyez DU.)
—DE, remplaçant à entre deux verbes:
La crainte fait en moi l’office du zèle..., et me réduit d’applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste.
Molière prend cette tournure pour fuir l’hiatus: me réduit à applaudir.—Je vous apprendrai à... Il dit de même commencer de... obliger de... chercher de. (Voyez ces mots.)
Une galère turque où on les avoit invités d’entrer.
Cet amas d’actions indignes dont on a peine d’adoucir le mauvais visage.
Peine à adoucir serait insupportable.
«Il exhorta le poëte de ne plus faire de vers la nuit.»
Le XVIIe siècle employait sans difficulté de pour à, comme aussi devant pour avant.
Voyez CHERCHER DE,—COMMENCER DE,—CONCLURE DE,—FEINDRE DE et FEINDRE A.
—DE, et non des, devant un adjectif que l’on traite aujourd’hui comme incorporé au substantif:
On dirait aujourd’hui, sans scrupule, des bons mots.—Bon mot n’étant considéré que pour un substantif, comme jeune homme.
—DE, entre deux substantifs, marquant le sens actif du premier sur le second:
Chez les Latins, amor patris signifiait aussi bien la tendresse du père au fils que celle du fils au père; c’était au reste de la phrase à déterminer l’acception active ou passive. Molière a dit de même, la contrainte des parents, pour exprimer, non la contrainte qu’ils subissent, mais celle qu’ils imposent:
Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents.
(Voyez aux mots CHOIX, CHOSE, HYMEN.)
—DE; supprimé après aimer mieux.... suivi d’un infinitif:
—Après à moins que, suivi d’un infinitif:
—Après avant que, suivi d’un infinitif:
—Après plutôt que, suivi d’un infinitif:
Cela paraît une concession à la mesure, car ailleurs Molière exprime le de:
—Après valoir mieux que, suivi d’un infinitif:
—Après quelque chose:
—Dans cette locution, rien de tel:
Il n’est rien tel en ce monde que de se contenter.
«Il n’est rien tel que les jésuites.»
—Après vous plaît-il, suivi d’un infinitif:
Vous plaît-il, don Juan, nous éclaircir ces beaux mystères.
—DE, surabondant, après valoir mieux:
Il leur vaudroit bien mieux, les pauvres animaux, de travailler beaucoup et de manger de même.
Il vaut bien mieux pour vous de prendre un vieux mari qui vous donne beaucoup de bien.
Il me vaudroit bien mieux d’être au diable que d’être à lui.
Après prétendre:
C’est en vain que tu prétendrois de me le déguiser.
—Surabondant avec dont et en:
Ce n’est pas de ces sortes de respects dont je vous parle.
Ce n’est pas de vous, madame, dont il est amoureux.
(Voyez A répété surabondamment.)
—Devant besoin; IL EST DE BESOIN:
—Devant certains:
Il y a de certains impertinents au monde qui viennent prendre les gens pour ce qu’ils ne sont pas.
—Devant aucuns:
Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents.
(Voyez D euphonique.)
—Devant coutume dans cette locution, avoir de coutume:
... Pour vous ôter l’envie de nous faire courir toutes les nuits, comme vous aviez de coutume.
—Après à quoi bon, suivi d’un infinitif:
A quoi bon de dissimuler?
—DÉ, particule inséparable en composition:
De avait en latin la même valeur, et Lucile, par le même procédé que Molière, avait forgé deargenture, depeculare et depoculare, voler de l’argent, des coupes:
«Depeculassere[48] aliqua, sperans me ac deargentassere.»
«Me impune irrisum depeculatumque eis.»
(Voyez DÉSATTRISTER, DÉSENAMOURER, DÉSUISSER.)
DÉ, TENIR LE DÉ, par métaphore empruntée au jeu, où le dé passe de main en main:
—TENIR LE DÉ A (un infinitif):
DÉBATTU, pour contesté:
DE BOUT EN BOUT, d’un bout à l’autre, complétement:
DÉBUTER A QUELQU’UN, avec quelqu’un:
Par où lui débuter, signifie que lui dire d’abord. Lui est donc aussi recevable dans une locution que dans l’autre; il n’y a que la différence de l’usage.
DE CE QUE, dans le sens de parce que:
Ce n’est pas tant la peur de la mort qui me fait fuir, que de ce qu’il est fâcheux à un gentilhomme d’être pendu.
DÉCHANTER; FAIRE DÉCHANTER; métaphoriquement troubler, déranger dans ses entreprises:
Il te fait sortir du ton et perdre la mesure.
DÉCHARPIR, séparer des combattants acharnés l’un contre l’autre:
Nicot, et Trévoux après lui, donnent le verbe charpir; charpir de la laine, carpere lanam; et par composition, décharpir, charpir entièrement, comme définir, de finir.
Il nous reste encore le substantif charpie.
Décharpir les combattants, est regrettable comme terme expressif; séparer est loin d’atteindre à la même énergie.
DÉCORUM (GARDER LE) DE:
DÉCOUCHER (SE), se lever:
C’est un archaïsme:
«Quand ce vint à l’endemain, toutes les mesnies de l’ostel s’assemblerent, et vinrent au seigneur à l’heure qu’il fut descouché.»
Dans le récit de l’assassinat du connétable de Clisson par Pierre de Craon:
«Duquel coup il (Clisson) versa jus de son cheval, droit à l’encontre de l’huis d’un fournier, qui jà estoit descouché pour ordonner ses besognes et faire son pain et cuire.»
DÉCOUVRIR (SE) DE...:
(Voyez DE dans tous les sens du latin de.)
—DÉCOUVRIR QUELQU’UN (un adjectif), démontrer qu’il est ce que marque l’adjectif:
Tous les hommes sont semblables par les paroles; ce n’est que les actions qui les découvrent différents.
DE FORCE OU D’INDUSTRIE, par force ou par adresse:
(Voyez DE exprimant la cause, la manière.)
DE LA FAÇON, ainsi, de cette sorte:
DÉCRIS au pluriel:
Le décri est une défense faite à cri public. Cri et crier ont fait décri et décrier: c’est revenir sur la permission ou l’ordonnance proclamée par le cri.
De là l’expression figurée, tomber dans le décri.
DEDANS, préposition:
Dedans, dessus, dessous, devers, suivis d’un complément, sont aussi vieux que la langue française. Je ne vois pas sur quelle autorité l’on a prétendu, depuis un demi-siècle, les restreindre au rôle d’adverbes. C’est apparemment pour leur inventer une valeur différente de celle de la forme simple dans, sur, sous, vers, dont ils ne sont qu’une variante. Mais après avoir proclamé, d’une manière absolue, qu’il n’y avait dans aucune langue deux mots parfaitement synonymes, il fallait nécessairement reviser la nôtre, constituer à chacun de ses mots un apanage, et le circonscrire, sans égard pour les anciennes limites; autrement cette profonde maxime eût été bien vite renversée.
C’est ce qui fait que Molière, Pascal et Bossuet sont remplis de solécismes posthumes.
«Ceux qui ont la foi vive dedans le cœur voient...»
Le dictionnaire de Nicot (1606) donne encore pour exemples:
«Il est dedans la maison;—dedans vingt jours;—dedans l’an et jour de la spoliation et du trouble.»
(Voyez DESSUS, DESSOUS, DEVANT, DEVERS.)
DÉDITES, pour dédisez: