(Voyez AMITIÉ TUANTE.)
ASSAVOIR:
Toutes les éditions portent mal à propos à savoir en deux mots. Il ne faut point d’à; c’est l’ancien infinitif assavoir. L’usage permet aussi bien de dire: savoir, deux musettes, non qu’alors on supprime l’à, mais on substitue à l’ancienne forme la nouvelle. Faire à savoir n’a point de sens.
Dans l’origine, l’a était employé comme affixe au-devant de certains verbes: asavoir, alogier, apetisser, asasier, alentir, etc.; on ne sait pourquoi les trois derniers ont pris l’r: rapetisser, rassasier, ralentir:
Se logea sur une fontaine.
«Li sages est cil qui met en bones gens ce qu’il pot soufrir, sans apetisser et sans acquerre malvaisement.»
«Li cueur avariscieus ne pot estre assasiez d’avoir.»
Pascal, dans la première Provinciale:
«Si j’avois du crédit en France, je ferois publier à son de trompe: On fait à savoir (sic) que quand les jacobins disent que la grâce suffisante est donnée à tous, ils entendent que tous n’ont pas la grâce qui suffit effectivement.»
Cette formule de publication s’est transmise, par la tradition orale, du fond du moyen âge; je l’ai encore entendue dans quelques villes de province. Mais quand on l’écrit, il faut mettre assavoir.
ASSEZ BONNE HEURE, de bonne heure:
Si Molière eût jugé cette expression incorrecte, il lui était aisé de mettre: Il est d’assez bonne heure.
ASSIGNER SUR:
Les dettes que vous avez assignées sur le mariage de ma fille.
On dirait aujourd’hui: hypothéquées sur le mariage de ma fille.
ASSOUVIR (S’), absolument comme se satisfaire:
ASSURANCE SUR (PRENDRE):
Ne m’abusez-vous point d’un faux espoir, et puis-je prendre quelque assurance sur la nouveauté surprenante d’une telle conversion?
ASSURÉ, absolument, hardi, intrépide:
Est-il possible qu’un homme si assuré dans la guerre soit si timide en amour?
—ASSURER QUELQUE CHOSE A QUELQU’UN:
—ASSURER QUELQU’UN DE SES SERVICES:
Dites-lui un peu que monsieur et madame sont des personnes de grande qualité qui lui viennent faire la révérence comme mes amis, et l’assurer de leurs services.
—ASSURER (S’), absolument, prendre sécurité, confiance; se rassurer:
Ce n’est pas assez pour m’assurer, entièrement, que ce qu’il vient de faire.
«On ne peut s’assurer, et l’on est toujours dans la défiance.»
«Voyant trop pour nier et trop peu pour m’assurer.»
«Je m’assure, mes pères, que ces exemples sacrés suffisent pour vous faire entendre... etc.»
«On lui a envoyé les dix premières lettres (à Escobar): vous pouviez aussi lui envoyer votre objection, et je m’assure qu’il y eût bien répondu.»
—ASSURER (S’) A...:
—ASSURER (S’) DE.... prendre sécurité, compter certitude sur....:
—ASSURER (S’) EN QUELQU’UN, EN QUELQUE CHOSE:
—ASSURER (S’) SUR:
C’est en quoi je trouve la condition d’un gentilhomme malheureuse, de ne pouvoir point s’assurer sur toute la prudence et toute l’honnêteté de sa conduite.
ATTACHE, subst. fém., attachement, ATTACHE A...:
«Pour moi, je n’ai pu y prendre d’attache.»
ATTAQUER QUELQU’UN D’AMITIÉ, D’AMOUR:
ZERBINETTE.
Je ne suis point personne à reculer lorsqu’on m’attaque d’amitié.
SCAPIN.
Et lorsque c’est d’amour qu’on vous attaque?
Zerbinette veut dire: Lorsqu’on me prévient en m’offrant son amitié, comme vient de le faire Hyacinthe.
AU, AUX, dans le, dans les, relativement à:
L’endurcissement au péché traîne une mort funeste.
Je trouve dans votre personne de quoi avoir raison aux choses que je fais pour vous.
Elle se prend d’un air le plus charmant du monde aux choses qu’elle fait.
Molière emploie volontiers aux dans la première partie de la phrase, et dans les dans la seconde.
Cet emploi du datif, qui communique au discours tant de rapidité, était régulier dans le XVIe et le XVIIe siècle.
«De toutes les absurdités la plus absurde aux epicuriens est desadvouer la force et l’effect des sens.»
«C’est à l’adventure quelque sens particulier qui..... advertit les poulets de la qualité hostile qui est au chat contre eux.»
«Il n’est rien qui nous jecte tant aux dangiers qu’une faim inconsiderée de nous en mettre hors.»
«Je ne craindray point d’opposer les exemples que je trouveray parmi eulx (les sauvages américains), aux plus fameux exemples anciens que nous ayons aux mémoires de nostre monde par deçà.»
L’origine et la justification de cet emploi du datif se voient toutes seules: c’est un latinisme. Le datif représente ici l’ablatif avec ou sans préposition.
Pascal a dit, par un latinisme analogue:
«Il étoit naturel à Adam et juste à son innocence...»
Mais ici le datif dépend plutôt de l’adjectif. Cette expression revient très-souvent dans les Provinciales: au sens de, c’est-à-dire, dans le sens de:
«.... Je lui dis au hasard: Je l’entends au sens des molinistes.»
—AUX, sur les; FAIRE UNE ÉPREUVE A QUELQU’UN:
(Voyez Datif.)
AUCUN, quelque, le moindre:
AUDIENCE AVIDE:
Avaler d’une audience est une expression inadmissible, et qui touche au galimatias. Les Latins, plus hardis que nous, disaient bien densum humeris bibit aure vulgus; mais le français ne souffre pas l’image d’un homme qui avale par l’oreille.
AUNE, TOUT DU LONG DE L’AUNE:
Jusqu’au bout, sans omettre un seul point.
Il est superflu sans doute d’avertir que cette locution est triviale; on est assez prévenu par le caractère de celle qui l’emploie.
AUPARAVANT QUE DE, archaïsme:
JEANNOT.
C’est M. le conseiller, madame, qui vous souhaite le bonjour, et, auparavant que de venir, vous envoie des poires de son jardin.
Par avant est une expression composée, que l’on traitait comme un substantif: le par-avant, du par-avant, au par-avant; c’est le datif, ou plutôt l’ablatif absolu des Latins, et l’on construisait comme avant. (Voyez Avant que de.)
AUPRÈS, adverbe:
AUQUEL pour où:
AU PRIX DE, en comparaison de:
Tout ce qu’il a touché jusqu’ici n’est que bagatelle, au prix de ce qui reste.
Comparé à la valeur de ce qui reste.
AU RETOUR DE, en retour de...:
AUSSI, pour non plus, dans une phrase négative:
L’action que vous avez faite n’est pas d’un gentilhomme, et ce n’est pas en gentilhomme aussi que je veux vous traiter.
La tournure moderne pour employer aussi, serait: aussi n’est-ce pas en gentilhomme, etc....
Mais le XVIIe siècle conservait aussi même après la négation exprimée, qui aujourd’hui commande non plus.
—«Ragotin fit entendre à la Rancune qu’une des comédiennes luy plaisoit infiniment. Et laquelle? dit la Rancune. Le petit homme estoit si troublé d’en avoir tant dit, qu’il respondit: Je ne sçay.—Ny moy aussy, dit la Rancune.»
«Ces paroles ne peuvent donc servir qu’à vous convaincre vous-même d’imposture, et elles ne servent pas aussi davantage pour justifier Vasquez.»
L’étymologie d’aussi est etiam. On disait dans l’origine essi, d’où l’on fit aisément ossi, et l’on écrivit par corruption aussi. Sylvius, dans sa grammaire imprimée chez Robert Estienne, en 1531, dit: «Etiam, eci vel oci; corrupte aussi.» (P. 145.)
AUTANT; IL N’EN FAUT PLUS QU’AUTANT, pour dire il ne s’en faut guère:
AVALER L’USAGE DE QUELQUE CHOSE, s’y soumettre bon gré malgré:
AVANCÉ: PAROLE AVANCÉE, donnée:
AVANT, adverbe, pour auparavant:
—AVANT JOUR, préposition, avant le jour:
—AVANT QUE (un infinitif), sans de:
Molière emploie indifféremment ces trois formes: avant de, avant que, avant que de, suivis d’un verbe à l’infinitif.
—AVANT QUE, sans ne:
«Avant qu’on l’ouvrît (la cédule), les amis du prince soutinrent que, etc....»
«Toutes vos fables pouvoient vous servir avant qu’on sût vos principes.»
La question de ne, exprimé ou supprimé après avant que, a été fort controversée. M. François de Neufchâteau, dans une lettre au Mercure de France du 26 août 1809, admet la négation quelquefois. On lui répondit par une lettre signée Valant, où quantité d’exemples sont accumulés, ensuite d’une longue discussion théorique, pour démontrer qu’il ne faut jamais de négation entre avant que et le verbe subséquent; et c’est aussi l’opinion de l’Académie, fondée sur l’usage invariable du XVIIe siècle. Pascal, la Bruyère, la Fontaine, Boileau, Racine, Molière, Regnard, etc., etc., n’emploient pas la négation.
Marmontel l’a employée, mais c’est Marmontel.
—AVANT QUE DE....:
Si l’auteur lui eût montré sa comédie avant que de la faire voir au public, il l’eût trouvée la plus belle du monde.
Avant que de passer plus avant, je voudrois bien agiter à fond cette matière.
Je les conjure de tout mon cœur de ne point condamner les choses avant que de les voir.
«Avant que de les mener sur la place, il fit habiller les deux premiers le plus proprement qu’il put.»
(Voyez DE supprimé après avant que.)
«Avant que de répondre aux reproches que vous me faites, je commencerai par l’éclaircissement de votre doctrine à ce sujet.»
AVECQUE, archaïsme:
Cette forme est si fréquente dans Molière, qu’il a paru inutile d’en rapporter plus d’exemples.
AVENANT QUE, participe absolu, c’est-à-dire, dans le cas où....:
AVIOMMES; patois; pour avions:
PIERROT.
Tout gros monsieur qu’il est, il seroit par ma fiqué nayé, si je n’aviomme été là.
Cette forme est primitive. L’m à la terminaison caractérise en latin les premières personnes du pluriel, habemus, amamus; vidissemus, audivimus, etc. Aussi les plus anciens textes, par exemple le livre des Rois, ne manquent jamais d’écrire nous attendrum, nous manderum, nous renderum.
Quand le mot suivant avait pour initiale une voyelle, l’m finale s’y détachait:
«Que devome aourer» (adorer).
Mais s’il suivait une consonne, il fallait bien, pour n’en pas articuler deux consécutives (ce qui ne se faisait jamais), éteindre l’m et la changer en n. Par exemple:
«Le matin à vos vendrum, e en vostre merci nus mettrum.»
On prononçait vendrome et mettrons.
La dernière forme a supplanté l’autre, et s’est établie exclusivement pour tous les cas.
Mais auparavant l’autre avait régné, et avait été sur le point de triompher aussi; car, pour la fixer, on écrivit longtemps les premières personnes en omes. Marsile parlant de Roland:
—«Se nous demenomes ensi li uns les aultres, et alomes rancunant, bien voi que nous reperdrons toute la tiere, et nous meismes seromes perdu.»
On remarquera dans ce passage la forme moderne nous reperdrons au milieu des formes primitives en omes, qui sont celles que Villehardhoin affectionne.
Qui pourra dire ce qui a déterminé le triomphe définitif de l’une plutôt que de l’autre? Le langage est plein de ces mystères insondables, pareils à ceux de la conception et de la génération humaine: on les suit jusqu’à une certaine limite, où soudain la nature se cache, et disparaît derrière un voile que tous les efforts de la philosophie, aidée de la science, ne parviendront pas à soulever.
Sur l’union du pronom singulier au verbe pluriel, je n’aviomme, voyez à Je.
AVIS FAISABLE, exécutable:
AVISER, actif; AVISER QUELQU’UN DE, le faire songer à...:
—Neutre, pour s’aviser:
Selon la coutume de certains impertinents de laquais qui viennent provoquer les gens, et les faire aviser de boire lorsqu’ils n’y songent pas.
Je vais vite consulter un avocat, et aviser des biais que j’ai à prendre.
Réfléchir ou prendre avis touchant les biais que, etc.
AVOIR, auxiliaire, pour être:
Pareillement dans la Fontaine:
—AVOIR, N’AVOIR PAS POUR UN.... voyez POUR.
—AVOIR DE COUTUME:
Oui, monsieur, seulement pour vous faire peur, et vous ôter l’envie de nous faire courir toutes les nuits, comme vous aviez de coutume.
—AVOIR DES CONJECTURES DE QUELQUE CHOSE:
La cabale s’est réveillée aux simples conjectures qu’ils ont pu avoir de la chose.
—AVOIR EN MAIN:
—AVOIR FAMILIARITÉ AVEC QUELQU’UN:
—AVOIR PEINE DE (un infinitif), avoir peine à....:
Cet amas d’actions indignes dont on a peine.... d’adoucir le mauvais visage.
On ne dirait plus aujourd’hui le visage d’une action; mais le Dictionnaire de l’Académie (1694) cite comme exemple: Cette affaire a deux visages; et l’on dira bien encore: envisager une affaire sous tel ou tel aspect.
—AVOIR POUR AGRÉABLE:
Cette façon de parler est très-fréquente dans Gil Blas.
—AVOIR QUELQU’UN QUI... QUE...:
Cette façon de parler paraît embarrassée et pénible; cependant elle n’a pas été suggérée à Molière par la difficulté de la mesure, car il l’emploie en prose:
Vous avez, monsieur, un certain monsieur de Pourceaugnac qui doit épouser votre fille.
AVOUER LA DETTE, figurément, ne pas dissimuler:
Ma foi, madame, avouons la dette: vous voudriez qu’il fût à vous.
Regnard, dans le Distrait:
AYE, ou AY, monosyllabe: