«Deux ou trois de ses officiers et autant de femmes se promenoient à cinq cents pas d’elle, et s’entretenoient possible de leur amour.»
«Possible personne qu’elle n’étoit descendue sous cette voûte depuis qu’on l’avoit bâtie.»
—POSSIBLE QUE, peut-être que...:
POSTE:
«Poste aussi, avec une diction possessive (un pronom possessif), signifie façon, manière, volonté, guise, comme: Il est fait à ma poste; il luy a aposté ou baillé des tesmoins faits à sa poste.
«Et quand il n’est joinct à telles particules possessives, il signifie pourpensé, attiltré, comme: cela est faict à poste.»
TOINETTE. J’avois songé en moi-même que ç’auroit été une bonne affaire de pouvoir introduire ici un médecin à notre poste, pour le dégoûter de son monsieur Purgon.
«Que Martial retrousse Venus à sa poste, il n’arrive pas à la faire paroistre si entiere.»
«Un valet qui les escrivit soubs moy pensa faire un grand butin de m’en desrober plusieurs pieces choisies à sa poste.»
A la guise, sur le modèle, dans le goût de l’Arioste.
Les Italiens disent aussi a mia posta, et, sans pronom possessif, alla posta, apposta:
Il a la bouche faite à poste pour le service de la poste.
On pourrait croire que nous leur avons emprunté cette expression; mais elle existait dans notre langue depuis un temps bien reculé, avec des acceptions diverses. Posta, dans les actes du moyen âge, signifie une station, un lieu désigné, un poste, et volonté, gré, convenance.
Dans les ordonnances du roi Jean (1355), on trouve faire fausse poste, pour aposter, qui alors n’était pas encore créé. Il s’agit des revues de troupes, où l’on faisait figurer de faux soldats, des hommes apostés, des soldats postiches:
«Nous avons ordené et ordenons que nul ne face fausse poste, sur peine de perdre chevaux et hernois..... avons ordené et ordenons, pour eschiver les fausses postes.....»
Postiquer, postiqueur, c’était, au sens propre, courir la poste, postillon; au figuré, fourber, intriguer; un intrigant.
Le poste d’un couvent, d’un collége, était le coureur, le messager de la maison.
De cette famille il nous reste la poste; poster, aposter; et postiche.
POSTURE (position), soit en bonne, soit en mauvaise part:
POT; TOURNER AUTOUR DU POT:
A quoi bon tant barguigner, et tant tourner autour du pot?
Cette métaphore est du style de Pourceaugnac et de Petit-Jean:
—POTS CASSÉS; PAYER LES POTS CASSÉS DE QUELQUE CHOSE:
Un cordonnier, en faisant les souliers, ne sauroit gâter un morceau de cuir qu’il n’en paye les pots cassés.
Cette expression proverbiale fait allusion à un jeu usité au moyen âge parmi les enfants. Ce jeu consistait à faire circuler rapidement, de proche en proche, un pot qu’il fallait élever en l’air avant de le transmettre à son voisin. Il se trouvait quelque maladroit qui le laissait tomber, et celui-là payait les pots cassés.
Menot parle de ce jeu:
«Le diable et le monde font comme les enfants qui jouent à la balle ou au pot cassé: ils se le passent de main en main; un des joueurs le lève bien haut et le laisse tomber, et le pot vole en éclats[69].»
POTAGE; POUR TOUT POTAGE, au sens figuré, uniquement:
Vous n’êtes, pour tout potage, qu’un faquin de cuisinier.
La Fontaine s’est servi, dans cette locution, du mot besogne au lieu de potage. Le renard invite à dîner madame la cigogne:
Ailleurs il dit, pour tout mets:
POULE LAITÉE:
Avec leur ton de poule laitée, et leurs trois petits brins de barbe relevés en barbe de chat!
«On dit, pour se moquer d’un lâche, d’un sot qui se mêle du ménage des femmes; que c’est une poule mouillée, une poule laitée, un tâte-poules.»
POUR, faisant l’office de seulement:
On nous fait voir que Jupiter n’a pas aimé pour une fois.
Pourquoi ces façons de parler sont-elles tout à fait hors d’usage, et cependant maintient-on encore pour dans cette locution: Cela peut passer pour une fois, c’est-à-dire, une fois seulement? Ce sont là des inconséquences que les écrivains devraient tâcher d’empêcher, ou de corriger.
—POUR, au point de, jusqu’à:
—POUR, en qualité de:
Et vous l’avez connu pour gentilhomme.
Cet emploi de pour est encore usuel dans cette phrase, par exemple: Prendre pour domestique. Connaître pour gentilhomme, gager pour précepteur, ne sont guère que des applications du même principe. Ce qui appauvrit les langues, c’est justement de restreindre la valeur générale d’un mot à quelques formules particulières. Molière, non plus que Bossuet, ne se laisse jamais garrotter dans ces entraves, et c’est là peut-être le caractère essentiel de leur langue, et ce qui lui donne tant d’ampleur.
Les Espagnols emploient de même por devant un adjectif. Tirso de Molina intitule une de ses pièces: «El condemnado por desconfiado.» Le damné pour déconfès, pour être mort sans confession, en qualité de déconfès.
—POUR (un infinitif) marquant, non le but, mais la cause, comme parce que:
Parce que je suis en vos mains, et non afin d’être en vos mains.
Je hais ces cœurs pusillanimes, qui, pour trop prévoir les suites des choses, n’osent rien entreprendre.
Parce qu’ils prévoient trop.
Tous les désordres, toutes les guerres n’arrivent que pour n’apprendre pas la musique.
Parce qu’on n’apprend pas, et non, afin de ne pas apprendre.
Parce que nous nous attachons, et non, afin de nous attacher.
On ne s’avise point de défendre la médecine pour avoir été bannie de Rome, ni la philosophie pour avoir été condamnée publiquement dans Athènes.
Parce qu’elle a été bannie, parce qu’elle a été condamnée.
Pascal dit de même:
«La durée de notre vie n’est-elle pas également et infiniment éloignée de l’éternité pour durer dix ans davantage?»
C’est-à-dire: Notre vie, parce qu’elle aura duré dix ans de plus ou de moins, ne sera-t-elle pas toujours aussi éloignée de l’éternité? Ce tour, dans Pascal, me paraît un peu obscur, peut-être à cause de la désuétude.
«Et comment est-il possible, reprit Ésope, que vos juments entendent de si loin nos chevaux hennir, et conçoivent pour les entendre?»
—POUR, uni à l’auxiliaire être. (Voyez ÊTRE POUR.)
—POUR L’AMOUR DE, en mauvaise part:
—POUR CERTAIN:
—POUR CE QUI EST DE CELA, sans relation à rien, et en forme d’exclamation, comme en vérité:
Pour ce qui est de cela, la jalousie est une étrange chose!
POURQUOI..., ET QUE...:
Le second vers répond à cette tournure: et comment se fait-il que... Rien n’est plus naturel que ce changement subit de construction au milieu d’une phrase, comme rien n’est plus fréquent dans le discours familier.
Néanmoins, ce qui peut passer dans la bouche de Georgette n’est-il pas trop abandonné sous la plume de Voltaire commentant Corneille?
—«Pourquoi dit-on prêter l’oreille, ET QUE prêter les yeux n’est pas français?»
POURSUIVRE A, continuer à:
POUR UN PEU, pour un moment:
Souffrez que j’interrompe pour un peu la répétition.
POUR VOIR, adverbialement:
Ayez recours, pour voir, à tous les détours des amants.
POUSSER, absolument, insister:
Pousse, mon cher marquis, pousse.
Poussez, c’est moi qui vous le dis.
—POUSSER LES CHOSES:
N’allez point pousser les choses dans les dernières violences du pouvoir paternel.
Voilà, mon gendre, comme il faut pousser les choses.
«Mais, mon père, qui voudroit pousser cela vous embarrasseroit.»
—POUSSER QUELQU’UN, au sens moral; le pousser à bout:
—POUSSER DES CONCERTS:
Corneille a dit pousser des harmonies:
Et Pascal, pousser des imprécations:
«D’où vient, disent-ils, qu’on pousse tant d’imprécations...»
—POUSSER LA SATIRE:
—POUSSER les tendres sentiments,—l’amusement:
—POUSSER SA CHANCE, SA FORTUNE, SON BIDET:
Elle se rend à sa poursuite: il pousse sa fortune; le voilà surpris avec elle par ses parents.
—POUSSER UNE MATIÈRE, creuser un sujet:
Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poussions.
POUSSEUSES DE TENDRESSE:
(Voyez POUSSER.)
POUVOIR, verbe; IL NE SE PEUT QUE NE...:
Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise?
Pacuvius et Lucrèce ont dit potestur, au passif. Non potestur quin traduirait exactement il ne se peut que ne.
(Voyez QUE dans cette formule IL N’EST PAS QUE, p. 333.)
—POUVOIR MAIS, sans exprimer en:
Mais conserve dans cette locution le sens du latin magis. Je n’en puis mais, je ne puis davantage de cela, c’est-à-dire, touchant cela, de hoc.
—POUVOIR; substantif. (Voyez FAIRE SON POUVOIR.)
PRATIQUE, manière de se conduire, intrigue, sourdes menées:
PRATIQUER DES AMES, les travailler par des intrigues:
PRÉALABLE; AU PRÉALABLE:
Je ne prétends point qu’il se marie, qu’au préalable il n’ait satisfait à la médecine.
PRÉCIEUSE, substantif. Molière prend toujours ce mot en mauvaise part:
On voit que Molière avait déterminé de ruiner ce titre; mais il n’y va point brusquement; il garde quelque ménagement pour l’opinion publique, au moyen d’une distinction que tantôt il rappelle, tantôt il a soin d’oublier:
Est-ce qu’il y a une personne qui soit plus véritablement ce qu’on appelle précieuse, à prendre le mot dans sa plus mauvaise signification?
Le bel assemblage que ce seroit d’une précieuse et d’un turlupin!
Et cette dernière précieuse se trouve être «la plus grande façonnière du monde,» une femme d’un ridicule accompli dans ses manières comme dans son langage.
Molière avait porté le premier coup aux précieuses en 1659; il revient à la charge quatre ans après: la Critique de l’École des femmes est de 1663.
PRÉCIPITÉ D’UN ESPOIR:
PREMIER; QUI PREMIER, qui le premier:
Latinisme: qui primus.
Premier s’employait aussi adverbialement:
Quand premièrement, pour la première fois.
(Voyez plus bas PREMIER QUE.)
—LE PREMIER, le premier venu:
Il semblerait qu’il s’agit de deux personnages, le premier et le second. La gêne de l’expression est trop visible.
—PREMIER QUE, avant, ou avant que:
Trévoux cite ce dernier exemple et les suivants: «Il étoit au monde premier que vous fussiez né.—Un moine n’oseroit sortir que premier il n’en ait demandé la permission.—En ce sens il vieillit.» (1740.)
Dans l’origine, tous les adjectifs s’employaient adverbialement sans changer de forme: partir soudain; voir clair; tenir ferme; courir vite; parler net, haut, fort. Dans toutes ces locutions et les semblables, l’adjectif joue le rôle de l’adverbe. Ce privilége de l’adjectif subsiste encore en allemand et en anglais.
Premier pour premièrement était donc une locution très-régulière et très-correcte. Quant à l’adjonction du que, premier que, pour premièrement que, elle est justifiée par cette réflexion fort simple, que premier marque une comparaison, est un véritable comparatif; il est donc naturel qu’il en ait la construction et l’attribut.
(Voyez aux mots FERME, FRANC, NET, POSSIBLE.)
PRENDRE, choisir, préférer:
—LE PRENDRE A (un substantif), s’en rapporter à...:
—SE PRENDRE A (un infinitif), s’y prendre pour:
—PRENDRE A TÉMOIN SI...:
Je prends à témoin le prince votre père si ce n’est pas vous que j’ai demandée.
(Afin qu’il dise) si ce n’est pas vous... etc.
—PRENDRE CRÉANCE EN QUELQU’UN:
—PRENDRE DROIT:
Il est très-assuré, sire, qu’il ne faut plus que je songe à faire des comédies, si les tartufes ont l’avantage; qu’ils prendront droit par là de me persécuter plus que jamais.....
—PRENDRE EN MAIN:
Tous les magistrats sont intéressés à prendre cette affaire en main.
—PRENDRE FOI SUR...:
—PRENDRE GARDE A (un infinitif):
C’est donner toute son attention à faire l’action marquée par cet infinitif:
Prenez bien garde, vous, à vous déhancher comme il faut, et à faire bien des façons.
Prenez garde de marquerait le contraire, et le soin d’éviter.
Les Latins avaient de même vereor ut et vereor ne.
Pascal dit prendre garde que, comme observer, remarquer que:
«Les valets peuvent faire en conscience de certains messages fâcheux; n’avez-vous pas pris garde que c’étoit seulement en détournant leur intention du mal, etc.....»
—PRENDRE INTÉRÊT EN QUELQU’UN:
—PRENDRE LA VENGEANCE DE:
—absolument pour épouser la querelle:
—PRENDRE LE FRAIS, choisir l’heure du frais:
—PRENDRE LE PIED DE (un infinitif):
De peur que, sur votre foiblesse, il ne prenne le pied de vous mener comme un enfant.
—PRENDRE LOI DE QUELQU’UN:
—PRENDRE PAR LES ENTRAILLES, au figuré, parlant de l’effet des ouvrages de l’esprit:
Laissons-nous aller de bonne foi aux choses qui nous prennent par les entrailles, et ne cherchons point des raisonnements pour nous empêcher d’avoir du plaisir.
—PRENDRE PEINE A (un infinitif):
Tant pis encore de prendre peine à dire des sottises.
—PRENDRE PLAISIR DE (un infinitif):
Je prends plaisir d’être seule.
Je pense qu’il ne prend pas plaisir de nous voir.
—PRENDRE SOIN A (un infinitif):