J’ai ici un ancien de mes amis, avec qui je serai bien aise de consulter sa maladie.
Voici un habile homme, mon confrère, avec lequel je vais consulter la manière dont nous vous traiterons.
Je vous prie de me mener chez quelque avocat, pour consulter mon affaire.
CONTE; DONNER D’UN CONTE PAR LE NEZ. Voy. NEZ.
CONTENTÉ DE (ÊTRE), être payé, récompensé de:
CONTENTEMENT, construit avec le verbe être:
Elle dit que ce n’est pas contentement pour elle que d’avoir cinquante-six ans.
Ce n’est pas contentement pour l’injure que j’ai reçue.
Ce n’est pas satisfaction pour l’injure que j’ai reçue.
CONTESTE:
Conteste est le substantif de contester, dont la forme primitive est contrester (contra stare). Les Italiens disent contrastar, et nous avons formé, à une époque relativement récente, contraste, qui est au fond le même mot que conteste. On a oublié la loi qui changeait l’a des Latins en e français:
«Li marescaus de nostre ost esgarda devant un casal, et pierchut la gent Barile qui venoient huant et glatissant,et menant li grand tempieste, que bien cuidoient contrester à nos fourriers.»
Nicot écrit contr’ester, et cite pour exemple cette phrase:—«Onc n’avoit trouvé homme qui luy peust contr’ester en champ de bataille Guy de Warwich.»
M. B. Lafaye fait cette distinction chimérique:—«Le conteste est une simple difficulté; la contestation en est la manifestation.» (Synon., p. 391). L’un est le mot ancien, et l’autre le moderne: le sens est identique.
CONTRADICTOIRE A:
CONTRAIRE PARTI:
... Il se venge hautement en prenant le contraire parti.
Corneille avait dit, dans Cinna:
La prose de Molière nous montre que la locution était ainsi faite, et non parti contraire.
CONTRARIÉTÉS, taquineries par représailles:
Il faut noter dans ce mot un exemple de la substitution des liquides l et r. Les racines sont contra et alium; la forme primitive du verbe était contralier.—Dans Partonopeus:
Nous disons armoire (d’armarium, racine, arma), et nous avons raison; nos aïeux écrivaient almarie, almoire, qu’ils prononçaient par au, aumarie, aumoire. (Voyez les Rois, passim.) C’était l’inverse de la faute que nous commettons en disant contrarier, pour contralier.
CONTREFAISEUR DE GENS:
Point de quartier à ce contrefaiseur de gens.
CONTREFAIT, simulé; UN ZÈLE CONTREFAIT:
.... Attraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistiquée.
CONVULSIONS DE CIVILITÉS:
COQUIN ASSURÉ, effronté coquin:
Marot, dans son Épistre au Roi, pour avoir esté desrobé:
CORDE: SI LA CORDE NE ROMPT, formule empruntée au métier du danseur de corde:
CORRESPONDANCE; DE LA CORRESPONDANCE, du retour:
Quoi! écouter impudemment l’amour d’un damoiseau, et y promettre en même temps de la correspondance!
On dit bien, dans ce sens, correspondre à l’amour de quelqu’un; pourquoi pas correspondance à l’amour?
COTE DE SAINT LOUIS; ÊTRE DE LA CÔTE DE SAINT LOUIS, d’une antique noblesse:
Est-ce que nous sommes, nous autres, de la côte de saint Louis?
Comme Ève était de la côte d’Adam.
COUCHER DE, mettre au jeu; figurément:
Coucher de signifie être au jeu pour une somme de: «parce qu’en effet on couche, on étend l’argent sur une table, sur une carte..... On le dit figurément des paroles: Ce garçon ne demande pas moins qu’une fille de 100,000 écus; il couche trop gros.—Il ne couche pas moins que de faire employer pour lui toutes les puissances.......»
Sur quoi Voltaire remarque qu’on disait, en termes de jeu, couché de 20 pistoles, de 30 pistoles; couché belle.
Les éditions modernes ont tu payes. Ce n’était pas la peine de changer, pour prêter à Molière une faute de versification.
COULEUR, métaphoriquement, faux prétexte, mensonge:
(Voyez Douter.)
Ils ont l’art de donner de belles couleurs à toutes leurs intentions.
Molière a dit, par la même métaphore, excuses colorées.
«Des peuples surprins soubs couleur d’amitié et de bonne foy.»
Cette métaphore est restée en usage parmi le peuple: C’est une couleur; on lui a donné une couleur.
«Au reste, leurs injustices (des Romains) étoient d’autant plus dangereuses, qu’ils savoient mieux les couvrir du prétexte spécieux de l’équité, et qu’ils mettoient sous le joug insensiblement les rois et les nations, sous couleur de les protéger et de les défendre.»
—COULEUR DE FEU, subst. masc.; UN COULEUR DE FEU:
Je vous trouve les lèvres d’un couleur de feu surprenant.
Couleur de feu est ici un terme composé, dans lequel le mot couleur, pas plus que le mot feu, ne fait prédominer son genre. L’ensemble est au neutre, dont, en français, la forme ne se distingue pas de celle du masculin.
COUPER A, couper court à:
—COUPER CHEMIN A:
COURIR A, recourir:
COURAGE, non pas dans le sens restreint de valeur, mais dans le sens large du latin animus, disposition morale qu’une épithète détermine en bien ou en mal:
COURRE; COURRE UN LIÈVRE:
Quand il vous plaira, je vous donnerai le divertissement de courre un lièvre.
C’est la forme primitive dérivée de currere, comme ponre (pondre) de ponere. Il est demeuré comme terme de chasse. Des vocabulaires techniques seraient de précieux répertoires de notre vieille langue.
COURT, pris adverbialement:
—DEMEURER COURT A QUELQUE CHOSE:
N’as-tu point de honte, toi, de demeurer court à si peu de chose?
—COURT, adjectif; COURT DE, pour à court de....:
Sur l’emploi de à dans ce passage, voyez: A, par le moyen de.
—COURT JOINTÉ (court est ici adverbe), terme de manége; cheval court jointé, comme celui du chasseur dans les Fâcheux:
«Court jointé, c’est le nom qu’on donne au cheval qui a le paturon court, qui a les jambes droites depuis le genou, jusqu’à la couronne.»
COUSU DE PISTOLES:
On viendra me couper la gorge, dans la pensée que je suis tout cousu de pistoles!
La Fontaine:
COUVRIR, au figuré, excuser, autoriser, dissimuler:
Je veux changer de batterie, couvrir le zèle que j’ai pour vous, et feindre d’entrer, etc.
«Nostre religion est faite pour extirper les vices: elle les couvre, les nourrit, les incite.»
CRACHÉ, TOUT CRACHÉ, c’est-à-dire ressemblant:
Lucas. Le v’là tout craché comme on nous l’a défiguré.
Cette métaphore, aujourd’hui reléguée parmi le bas peuple, était, au XVIe siècle, du langage ordinaire. Pathelin, qui, comme avocat, s’exprime toujours bien, l’emploie sans difficulté. Il loue le drapier, monsieur Jousseaume, de ressembler à défunt son père:
Plus loin, faisant à sa femme le récit de cette scène:
Observez que nos pères disaient c’êtes vous, et non c’est vous. Ils gardaient au moins l’accord des personnes, en quoi ils se montrent meilleurs logiciens que leur postérité.
CRAINTE, adverbialement; CRAINTE DE....:
Pascal emploie de la même façon manque:
«Manque de loisir; manque d’avoir contemplé ces infinis.»
Et l’usage commun a consacré faute de...., c’est-à-dire de ou par crainte, manque, faute.
Le peuple dit peur de.... Le caprice de l’usage n’a point admis cette expression.
CRAYON, un dessin, une esquisse:
Ce n’est ici qu’un simple crayon, un petit impromptu, dont le roi a voulu faire un divertissement.
CRÉDIT, PRENDRE CRÉDIT SUR:
CRIER QUELQU’UN, LE GRONDER:
Cet archaïsme rappelle le petit pays où Agnès a été élevée loin de toute pratique, comme dit Arnolphe.
—CRIER APRÈS QUELQU’UN:
... de zèles indiscrets qui... crieront en public après eux, qui les accableront d’injures.
Ses plus célèbres philosophes (de l’antiquité) ont donné des louanges à la comédie, eux qui.... crioient sans cesse après les vices de leur siècle.
—CRIER VENGEANCE AU CIEL:
Voilà qui crie vengeance au ciel.
CRINS-CRINS, de méchants violons, par onomatopée:
CROIRE, actif; CROIRE QUELQUE CHOSE, croire à quelque chose:
Un Turc, un hérétique, qui ne croit ni ciel, ni saint, ni Dieu, ni loup-garou......
Mais encore faut-il croire quelque chose dans le monde. Qu’est-ce donc que vous croyez?
Molière emploie croire quelque chose et croire à quelque chose:
Un homme qui croit à ses règles plus qu’à toutes les démonstrations des mathématiques.
—CROIRE A QUELQU’UN:
A qui croire des deux?
Et, au contraire, dans l’Étourdi:
—CROIRE DU CRIME A QUELQUE CHOSE:
Un homme qui croit à ses règles plus qu’à toutes les démonstrations des mathématiques, et qui croiroit du crime à les vouloir examiner.
Qui croiroit qu’il y a du crime. La forme elliptique de Molière est cent fois préférable.
CUL-DE-COUVENT, comme cul-de-basse-fosse, cul-de-sac, c’est-à-dire sac, fosse, et couvent sans issue par l’extrémité opposée à l’entrée:
Voltaire a beaucoup raillé cette expression, cul-de-sac: la métaphore peut manquer de noblesse (quoique, après tout, l’habitude efface le relief de ces locutions), mais elle ne manque pas de justesse, puisque le sac se tient assis sur son fond, et qu’une personne obstinée à traverser une impasse n’en viendrait non plus à bout qu’une obstinée à sortir d’un sac par le fond.
Cul-de-couvent est par analogie. Ce terme énergique est arraché à Arnolphe par la fureur. On voit qu’il est, comme au reste il le dit lui-même, poussé à bout.
CURIOSITÉS au pluriel, dans la même acception qu’au singulier:
Molière, en ce passage, s’est rencontré avec un poëte du XIIIe siècle, Gibert de Montreuil, qui introduit Gérard de Nevers chantant, dans un couplet:
D EUPHONIQUE:
Il a du dor à son habit tout depis le haut jusqu’en bas.
Dans l’origine du langage, tous les mots étaient armés d’une consonne finale, pour préserver la voyelle précédente du choc et de l’élision contre une voyelle initiale du mot suivant. Quelquefois cette voyelle est demeurée attachée au commencement du mot auquel elle n’appartenait pas. Ainsi le substantif or avait fait le verbe orer, comme argent, argenter; mais, par suite de quelque locution, comme c’est oré, on aura écrit c’est doré, et le mot dorer est resté.
Ma(t) ante (mea amita) est, par la même façon, devenu ma tante. (Voyez au mot D’AUCUNS).
Le d euphonique jouait un grand rôle dans l’ancienne prononciation; on le trouve écrit à chaque page du Livre des Rois, de la Chanson de Roland, des Sermons de saint Bernard, etc.
«Cument Semeï ki maldist nostre seignur le rei escaperad il de mort?»
Nous écrivons aujourd’hui entre deux tirets échappera-t-il; il est certain cependant que ce t final appartient au verbe, dont il caractérise la troisième personne.
«Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents.»
Le d appartient au verbe: il y en ad, comme dans ce vers du Roland:
«Dans la poignée dorée de Durandal il y a beaucoup de reliques.»
Il serait donc mieux d’imprimer avec dud or..... Il y en ad aucunes.
Mais comme le sens des traditions se perd souvent, on a cru que ce d était l’initiale du second mot, et on l’a si bien cru, que l’usage s’en est établi, et que l’Académie le ratifie en permettant de commencer une phrase par d’aucuns: d’aucuns ont dit, d’aucuns ont pensé..... d’aucuns croiront que j’en suis amoureux..... On voit ici l’origine de cette méprise. C’est justement comme si l’on disait un jour: Mes souliers sont pétroits, sous prétexte qu’on fait sonner le p dans trop étroits.
(Voyez sur le D euphonique: Des Variations du langage français, p. 92 et 339).
D’ABORD QUE:
DADAIS. Voy. MALITORNE.
DAME! exclamation:
Oh! dame, interrompez-moi donc!...
Dame est la traduction primitive de dominum, par syncope domnum, et, par une prononciation altérée, damne, dame, damp. Ce mot s’appliquait au masculin:
Dame Dieu, damp abbé.
Dam-Martin, damp-Pierre, et autres noms propres, déposent encore du sens et de l’étymologie de dame.
Ainsi, cette exclamation signifie simplement Seigneur!
DANS pour à:
N’allez point pousser les choses dans les dernières violences du pouvoir paternel.
—DESCENDRE DANS DES HUMILITÉS:
—S’INTÉRESSER DANS QUELQUE CHOSE:
—DANS L’ABORD, au commencement, dès l’abord:
—DANS LA DOUCEUR, en douceur:
Pour moi, je ne le cèle point, je souhaite fort que les choses aillent dans la douceur.
—DANS UNE HUMEUR (ÊTRE):
Vous êtes aujourd’hui dans une humeur désobligeante.
—ASSASSINER QUELQU’UN DANS SON BIEN, SON HONNEUR:
On m’assassine dans le bien, on m’assassine dans l’honneur.
—COMPRENDRE QUELQU’UN DANS SES CHAGRINS:
DATIF, de perte ou de profit:
A qui la bourse?—Ah, dieux, elle m’étoit tombée!
Exciderat mihi.
Me chasser, me réparer, pour chasser, réparer à moi, à mon bénéfice, ne sont pas conformes à l’usage et ne paraissent pas désirables, à cause de l’équivoque qui peut en résulter.
—DEUX PRONOMS AU DATIF placés consécutivement:
Allons, monsieur, faites le dû de votre charge, et dressez-lui-moi son procès comme larron et comme suborneur.
—DATIF marquant la cause, l’occasion:
Dans les tendres sentiments, à l’occasion des tendres sentiments.
L’emploi du datif ou de l’ablatif, car c’est tout un, pour exprimer ce qu’on rend aujourd’hui avec la préposition dans, est un latinisme qui remonte à l’origine de la langue. Je me contenterai de deux exemples pris chez Montaigne:
«De toutes les absurdités, la plus absurde aux epicuriens est desadvouer la force et l’effet des sens.»
«C’est à l’adventure quelque sens particulier qui.... advertit les poulets de la qualité hostile qui est au chat contre eux.»
Absurdum est epicureis;—inest feli. Cette tournure, qui va se perdant chaque jour, était encore en pleine vigueur du temps de Molière. (Voyez AU, AUX, pour dans).
—DATIF REDOUBLÉ, ou non redoublé:
Non redoublé:
Redoublé:
(Voyez A, datif redoublé surabondamment.)
DAUBER QUELQU’UN, QUELQUE CHOSE, au figuré:
Je les dauberai tant en toutes rencontres, qu’à la fin ils se rendront sages.
On m’a dit qu’on va le dauber, lui et toutes ses comédies, de la belle manière.
—DAUBER SUR QUELQU’UN:
D’AUCUNS, D’AUCUNES:
Il y en a d’aucunes qui prennent des maris seulement pour se tirer de la contrainte de leurs parents.
Cette façon de parler n’est explicable que comme un reste de l’ancien langage français, et par le d euphonique. L’écriture a mal figuré l’expression en attachant le d à aucuns; c’est au verbe qu’il appartient: il y en ad aucunes.
Ensuite de cette méprise, dont l’œil seulement, et non l’oreille, pouvait s’apercevoir, s’est établi l’usage de commencer une phrase par d’aucuns: d’aucuns ont pensé...
(Voyez D euphonique, et DE devant certains.)
DAVANTAGE QUE: