(1er Interm. du Malade im. sc. 6.)

IL M’ENNUIE. (Voyez ENNUYER) (s’):

IL Y A, CE QU’IL Y A (s.-ent. à faire):

Or sus, mon fils, savez-vous ce qu’il y a? C’est qu’il faut songer, s’il vous plaît, à vous défaire de votre amour.

(L’Av. IV. 3.)

ILLUSTRE; UN ILLUSTRE substantivement:

Madame, voilà un illustre!

(Pourc. I. 3.)

IMBÉCILE, au sens du latin imbecillis:

Est-il rien de plus foible et de plus imbécile!
(Éc. des fem. V. 4.)

Imbécile ne fait qu’exprimer plus fortement, et avec une légère nuance de mépris, l’idée de faiblesse.

«Taisez-vous, nature imbécile

(Pascal. Pensées.)

IMPÉTUOSITÉ DE PRÉVENTION. (Voyez BRUTALITÉ.)

IMPOSER, pour en imposer, mentir.

Tous les grammairiens font une loi d’exprimer en dans ce sens; Molière ne le met jamais:

Jamais l’air d’un visage,
Si ce qu’il dit est vrai, n’imposa davantage.
(L’Ét. III. 2.)
C’est bien assez pour moi qu’il m’ait désabusé
De voir par quels motifs tu m’avois imposé.
(Ibid. III. 4.)
Faites-moi pis encor: tuez-moi si j’impose.
(Dép. am. I. 4.)
Vous verrez si j’impose, et si leur foi donnée
N’avoit pas joint leurs cœurs depuis plus d’une année.
(Éc. des mar. III. 6.)
Je ne sais pas s’il impose;
Mais il parle sur la chose
Comme s’il avoit raison.
(Amph. III. 5.)

Hélas! à vos paroles je puis répondre ici, moi, que vous n’imposez point.

(L’Av. V. 5.)

«On demande s’il ne lui seroit pas plus aisé d’imposer à celle dont il est aimé, qu’à celle qui ne l’aime point.»

(La Bruyère, ch. III.)

Tout le XVIIe siècle a parlé ainsi.

«Quelques écrivains, dit Bouhours, ont voulu établir imposturer. Le public s’est contenté du verbe imposer, qui signifie la même chose: vous imposez; il impose à tout l’univers.» (Rem. nouv.)

La Touche, qui écrivait en 1730, dit pareillement: «Imposer tout seul veut dire mentir

(Art de bien parler françois. II. p. 23.)

La distinction entre imposer et en imposer, dont le premier se prendrait en bonne part, imposer du respect, et l’autre en mauvaise pour tromper, est donc une subtilité chimérique, invention des grammairiens de notre âge. M. N. Landais, par exemple, après avoir cité la phrase de la Bruyère, ajoute: «C’est une faute: il fallait d’en imposer.» M. Boniface s’y accorde. Mais d’où vient à M. Landais et à M. Boniface l’autorité sur Molière et sur la Bruyère?

Les Latins disaient imponere tout seul pour signifier mentir. Imposuit Catoni. (Cicer.) Imposuit mihi caupo. (Martial.) Præfectis Antigoni imposuit. (Corn. Nepos.)—Il a trompé Caton;—le cabaretier m’a dupé;—il donna le change aux lieutenants d’Antigonus.

Quand la pythonisse d’Endor reconnut l’ombre de Samuel, elle s’écria vers Saül: Quare imposuisti mihi? Pourquoi m’avez-vous imposé par votre déguisement?» (Rois, I, cap. 28.)

IMPOSER, verbe actif, comme IMPUTER; IMPOSER UNE TACHE A QUELQU’UN:

On ne peut imposer de tache à cette fille.
(L’Ét. III. 4.)

IMPOSER A QUELQU’UN, dans le même sens:

«Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de Vasquez....... il n’est ni calomniateur ni faussaire, et vous ne vous plaignez point qu’il lui impose; au lieu que quand je représente ces mêmes sentiments de Vasquez, mais sans le traiter de phénix, je suis un imposteur, un faussaire, et un corrupteur de ses maximes.»

(Pascal. 11e Prov.)

Dans l’affaire de Carrouge et Legris, la jeune dame de Carrouge accusait Legris de lui avoir fait violence:

«Jacques Legris s’excusoit trop fort, et disoit que rien n’en estoit, et que la dame lui imposoit induement.»

(Froissart. Chron. III. ch. 49.)

IMPRESSIONS:

La jalousie a des impressions
Dont bien souvent la force nous entraîne.
(Amph. II. 6.)

IMPRIMER; ÊTRE IMPRIMÉ DE QUELQUE CHOSE, en garder une impression profonde, en style néologique, en être impressionné:

Et pourtant Trufaldin
Est si bien imprimé de ce conte badin...
(L’Ét. III. 2.)

La Bruyère, dans son discours de réception à l’Académie, dit: «La mémoire des choses dont nous nous sommes vus le plus fortement imprimés

(Voyez plus bas S’IMPRIMER QUELQUE CHOSE.)

On ne voit pas pourquoi M. Auger blâme cette expression dans la Bruyère et dans Molière. Il prétend que «Imprimé se dit de ce qui a fait l’impression, et non de ce qui l’a reçue.» Qu’est-ce qui autorise cette loi? Qui est-ce qui l’a portée? Où? Ce sont les questions qu’on a toujours à faire aux grammairiens.

Imprimer a fait impression; impression a produit, de notre temps, impressionner, qui ne manquera pas d’engendrer, au premier jour, impressionnement. Pourquoi d’impressionnement ne ferait-on pas impressionnementer, comme d’ornement nous avons vu sortir ornementer? C’est ainsi qu’on enrichit la langue!

IMPRIMER DE L’AMOUR:

Sachez donc que vos vœux sont trahis
Par l’amour qu’une esclave imprime à votre fils.
(L’Ét. I. 9.)

Nous disons encore bien imprimer de la crainte, de la terreur, du respect: pourquoi pas de l’amour? Ce dernier sentiment peut être aussi vif, aussi soudain et aussi profond que les autres. On ne voit pas d’où naîtrait la distinction.

IMPRIMER (S’) QUELQUE CHOSE:

Là, regardez-moi là durant cet entretien,
Et jusqu’au moindre mot imprimez-le-vous bien.
(Éc. des fem. III. 2.)

Si l’on peut dire s’imprimer quelque chose, la conséquence rigoureuse sera qu’on puisse dire être imprimé de quelque chose, contrairement à la remarque de M. Auger, qui blâme cette façon de parler.

INCLINER QUELQU’UN A ou VERS UNE PERSONNE:

Et je sais encor moins comment votre cousine
Peut être la personne son penchant l’incline.
(Mis. IV. 1.)

INCOMMODÉ; peu accommodé des biens de la fortune:

Vous êtes la grande protectrice du mérite incommode; et tout ce qu’il y a de vertueux indigents au monde va débarquer chez vous.

(Am. mag. I. 6.)

«Revenons donc aux personnes incommodees, pour le soulagement desquelles nos pères....... assurent qu’il est permis de dérober.»

(Pascal. 8e Provinciale.)

(Voyez ACCOMMODÉ.)

INCONGRUITÉ DE BONNE CHÈRE:

Vous y trouverez des incongruités de bonne chère et des barbarismes de bon goût.

(B. gent. IV. 1.)

INDÉFENDABLE:

CLIMÈNE (précieuse ridicule).

Cette pièce (l’École des Femmes), à le bien prendre, est tout à fait indéfendable.

(Crit. de l’Éc. des fem. 6.)

Ce mot paraît un barbarisme forgé par la précieuse; Furetière ne le donne pas, non plus que Trévoux. Montaigne a dit: «La faiblesse d’une cause indéfensible

INDICATIF PRÉSENT après que, où nous mettrions le subjonctif:

Vous tournez les choses d’une manière qu’il semble que vous avez raison.

(D. Juan. I. 2.)

Ma foi, monsieur, voilà qui est bien fait! Il semble qu’il est en vie, et qu’il s’en va parler.

(Ibid. V. 5.)

INDIENNE, substantivement; UNE INDIENNE, robe de chambre de toile des Indes:

Je me suis fait faire cette indienne-ci.

(B. gent. I. 1.)

INFINITIF, gouverné par un autre sujet que celui de la phrase:

Il ne vous a pas faite une belle personne,
Afin de mal user des choses qu’il vous donne.
(Éc. des fem. II. 6.)

Il, le ciel, ne vous a pas faite, etc..... afin d’user..... non pas afin qu’il use, mais afin que vous usiez. La familiarité du dialogue semble autoriser cette légère irrégularité, surtout quand l’équivoque n’est pas possible.

Elle (la demande) me touche assez pour m’en charger moi-même.

(B. gent. III. 12.)

Pour que je m’en charge moi-même.

DEUX INFINITIFS de suite:

J’y ai déjà jeté des dispositions à ne pas me souffrir longtemps pousser des soupirs.

(D. Juan. II. 2.)

INFINITIF ACTIF avec le sens passif:

Nous avons en main divers stratagèmes tout prêts à produire dans l’occasion.

(Pourc. I. 3.)

C’est-à-dire, à être produits.

INFLEXIBLE; ÊTRE INFLEXIBLE A QUELQU’UN:

Si tu m’es inflexible,
Je m’en vais me tuer!
(L’Ét. II. 7.)

INGÉRER (S’) DE QUELQUE CHOSE, dans quelque chose:

Et vous êtes un impertinent, de vous ingérer des affaires d’autrui.

(Méd. m. lui. I. 2.)

INSTANCE, pour renchérir sur le mot soin; instance à faire quelque chose:

Et notre plus grand soin, notre première instance
Doit être à le nourrir du suc de la science.
(Fem. sav. II. 7.)

INSTRUIT DANS, instruit de...:

Et ce que le soldat dans son devoir instruit
Montre d’obéissance au chef qui le conduit...
(Éc. des fem. III. 2.)

INTERDIRE (S’), verbe réfléchi:

Achevez de lire;
Votre âme, pour ce mot, ne doit point s’interdire.
(D. Garc. II. 6.)

INTÉRESSER A, ayant pour sujet un nom autre qu’un nom de personne:

Mon devoir m’intéresse,
Mon père, à dégager bientôt votre promesse.
(Sgan. 23.)

Intéresser à est ici comme obliger à, engager à.

S’INTÉRESSER DANS QUELQUE CHOSE:

De vos premiers progrès j’admire la vitesse,
Et dans l’événement mon âme s’intéresse.
(Éc. des fem. III. 4.)

INTERPRÉTER A, c’est-à-dire, au sens de:

Aux faux soupçons la nature est sujette,
Et c’est souvent à mal que le bien s’interprète.
(Tart. V. 3.)
Je dois interpréter à charitable soin
Le désir d’embrasser ma femme?...
(Ibid.)

INTIME (UN), substantivement:

Non, non; c’est mon intime, et sa gloire est la mienne.
(Éc. des fem. V. 7.)

INTRÉPIDITÉ DE BONNE OPINION:

La constante hauteur de sa présomption,
Cette intrépidité de bonne opinion....
(Fem. sav. I. 3.)

INTRIGUET; GENS DE L’INTRIGUET:

Et que toute notre famille
Si proprement s’habille,
Pour être placée au sommet
De la salle où l’on met
Les gens de l’intriguet.
(Ballet des Nations, à la suite du B. gent.)

Les gens de la basse intrigue, les chevaliers d’industrie. Les anciennes éditions ont entriguet. Les mots latins in et inter faisant en français en et entre, la véritable forme du mot serait effectivement entrigue, de intricare; et il paraît qu’on l’a d’abord dit ainsi.

Notre langue est de double formation. Dans les mots formés à une bonne époque, in, inter sont toujours traduits en, entre; dans les mots de création moderne, on a tout simplement transcrit le radical latin.

De la première formation sont: engager, enhardir, engendrer, entreprendre, entretenir, etc., etc.

De la seconde: inventer, introduire, inspirer, imprimer (jadis empreindre), s’ingénier (primitivement engigner), intermède (primitivement entremets), intention, substantif nouveau du vieux verbe entendre, etc., etc.

INVERSION.

Ah! Octave, est-il vrai ce que Silvestre vient de dire à Nérine, que votre père est de retour, et qu’il veut vous marier?

(Scapin. I. 3.)

Pour juger l’excellence et la rapidité de ce tour, il n’y a qu’à rétablir la construction et l’ordre grammatical ordinaires: «Ce que Silvestre vient de dire à Nérine, que votre père est de retour et qu’il veut vous marier, est-il vrai

Il y a longtemps que l’esprit a saisi cette question; aussi quand elle arrive est-elle superflue. L’art de celui qui parle est de ne point se laisser devancer par la pensée de celui qui écoute. De là les constructions renversées, pour être naturelles.

INVERSION DU PRONOM après un subjonctif, en supprimant que:

Ah! tout cela n’est que trop véritable;
Et plût au ciel le fût-il moins!
(Amph. I. 2.)

L’harmonie est bien plus douce par ce tour que par la construction ordinaire:

Et plût au ciel qu’il le fût moins!

INVITÉ DE....

Ils avoient vu une galère turque, où on les avoit invités d’entrer.

(Scapin. III. 3.)

J’AI PEUR, en phrase incidente, pour j’en ai peur, je le crains:

La défense, j’ai peur, sera trop tard venue.
(Mélicerte. I. 5.)

JALOUSIE DE QUELQU’UN au sujet de quelqu’un:

Toute la jalousie que vous pourriez avoir conçue de monsieur votre mari.

(B. gent. V. 7.)

Molière a construit le substantif comme son adjectif: jaloux de, jalousie de.... Ce de est le latin de, touchant, relativement à.

JAMBE; RENDRE LA JAMBE MIEUX FAITE, ironiquement, pour exprimer qu’une chose est sans application utile:

NICOLE. Oui, ma foi, cela vous rendroit la jambe bien mieux faite!

(Bourg. gent. III. 3.)

JE, pronom singulier joint à un verbe au pluriel: je sommes, j’avons, je parlons, etc:

MARTINE.
Ce n’est point à la femme à parler, et je sommes
Pour céder le dessus en toute chose aux hommes.
(Fem. sav. V. 3.)
Mon Dieu, je n’avons point étuguié comme vous!
Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
(Ibid. II. 6.)

Pierrot, Charlotte et Mathurine, dans Don Juan, usent également de cette façon de parler, qui attire à la pauvre Martine cette réprimande de Bélise:

Ton esprit, je l’avoue, est bien matériel!
Je n’est qu’un singulier, avons est un pluriel.
Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire?

Mais il est bon de savoir qu’avant de se trouver dans la bouche des servantes et des paysans, cette façon de parler avait été dans celle des savants et des princes. Henri Estienne en rend témoignage dans ses Dialogues du langage françois italianisé:—«Ce sont les mieux parlants qui prononcent ainsi, «j’allons, je venons, je disnons, je soupons

Cette faute, dont il accuse les courtisans de Henri III, remonte beaucoup plus haut, puisqu’on lit, dans une lettre autographe de François Ier à M. de Montmorency:

«J’avons espérance qu’y fera beau tems, veu ce que disent les estoiles que j’avons eu le loysir de veoir.»

(Lett. de la Reine de Navarre. I. 467.)

Il y a plus, cette locution est consignée dans la grammaire de Palsgrave:

«I finde in comon speche suche maners of speking, je trouve dans le commun langage ces façons de parler...... Cependant que j’irons au marché, pour nous irons;—j’avons bien bu, pour nous avons;—allons m’en, de par le diable! pour allons-nous-en;—j’allons bien, pour nous allons bien

(Of the verbe, folio 125 au verso.)

(Voyez OUS et des Variations du lang. fr., p. 290-293).

JE SOIS, par exclamation; que je sois:

Je sois exterminé si je ne tiens parole!
(Dép. am. IV. 3.)

JETER DES MENACES, DES LARMES:

Cette doña Elvire,....... dont l’âme irritée ne jetoit que menaces et ne respiroit que vengeance...

(D. Juan. IV. 9.)

Je jette des larmes de joie.

(Ibid. V. 1.)

JETER UN OBSTACLE à quelque chose:

Et je ne voudrois point, par des efforts trop vains,
Jeter le moindre obstacle à vos justes desseins.
(D. Garcie. V. 3.)

JEU; A JEU SUR:

Battre un homme à jeu sûr n’est pas d’une belle âme.
(Amph. I. 2.)

JEU DE MOTS AFFECTÉ:

Ainsi mon cœur, Frosine, un peu trop foible, hélas!
Se rendit à des soins qu’on ne lui rendoit pas.
(Dép. am. II. 1.)

Le Dépit amoureux est le second[60] ouvrage de Molière, qui était encore, en ce temps-là, l’écolier des Italiens et des Espagnols.

JOCRISSE; FAIRE LE JOCRISSE:

MARTINE.
Je ne l’aimerois point s’il faisoit le jocrisse.
(Fem. sav. V. 3.)
Et demeure les bras croisés comme un jocrisse.
(Sgan. 16.)

Le Dictionnaire de Trévoux donne le nom de Jocrisse et le dicton populaire où il s’encadre, mais il ne révèle rien sur l’origine de ce personnage, qui paraît nous être venu d’Italie.

JOINDRE pour rejoindre:

Allons vite joindre notre provincial.

(Pourc. I. 3.)

JOINT, adverbialement:

La mémoire du père à bon droit respectée,
Joint au grand intérêt que je prends à la sœur,
Veut que du moins l’on tâche à lui rendre l’honneur.
(Éc. des Mar. III. 4.)

Ce n’est pas la mémoire unie à l’intérêt; c’est la mémoire du père à bon droit respectée, cela joint à l’intérêt que..... etc. Joint embrasse d’une manière complexe l’idée du vers précédent.

On disait autrefois, joint que, invariable: cela signifie, dit Furetière, ajoutez-y que:

«Joint encore qu’il falloit avoir fini bientôt, et passer rapidement dans un pays!»

(Bossuet. Hist. univ. I. 11e part. § 5.)

Le participe joint a remplacé dans ces locutions le vieil adverbe jouxte, juxta.

JOUER, actif, suivi d’un nom de chose, éluder:

Jusqu’ici vous avez joué mes accusations.

(G. D. III. 8.)

Les Latins aussi ne disaient ludere en ce sens qu’avec un nom de la personne:

«Sat me lusistis; ludite nunc alios.»

Cependant on trouve aussi, dans Pétrone, ludere vestigia, manquer sous le pied.

JOUER AU PLUS SUR:

Pour jouer au plus sûr,
Il faut me l’amener dans un lieu plus obscur.
(Éc. des fem. V. 2.)

JOUER (SE), mis absolument comme jouer:

Que veut dire ceci? Nous, nous jouons, je croi.
(Mélicerte. I. 2.)

JOUR, au figuré, notion, connaissance:

Et sans doute il faut bien qu’à ce becque cornu,
Du trait qu’elle a joué quelque jour soit venu.
(Éc. des f. IV. 6.)

JOUR A, facilité à:

Je veux vous faire un peu de jour à la pouvoir entretenir

(Sicilien. 10.)

DONNER UN JOUR, donner une couleur, considérer sous un aspect:

Du semblables erreurs, quelque jour qu’on leur donne,...
(Amph. III. 8.)

JUDAS, adjectivement, pour traître:

COVIELLE. Que cela est Judas!

(B. gent. III. 10.)

JUDICIAIRE, jugement; AVOIR QUELQUE MORCEAU DE JUDICIAIRE:

Vous êtes-vous mis dans la tête que Léonard de Pourceaugnac...... n’ait pas là-dedans quelque morceau de judiciaire pour se conduire?

(Pourc. II. 7.)

J’observe qu’on devrait écrire morseau, car ce mot est un diminutif de mors, un mors de pain, formé du verbe mordre, qui faisait au participe passé mors, d’où morceler (qui serait mieux écrit morseller), et non mordu; comme tordre, tors, et non tordu:

«Adonc repartit l’espousée:
«Je ne vous ai pas mors aussy!»
(Marot.)

JUGEMENT A GAUCHE:

Un envers du bon sens, un jugement à gauche.
(L’Ét. II. 14.)

JURER; JURER DE QUELQUE CHOSE; latinisme, jurare de aliqua re:

Vous avez beau faire la garde: j’en ai juré, elle sera à nous.

(Sicilien. 9.)

JUSTIFIER; JUSTIFIER QUELQUE CHOSE ET SE JUSTIFIER A QUELQU’UN SUR, pour auprès de quelqu’un:

C’est aux vrais dévots que je veux partout me justifier sur la conduite de ma comédie.

(Préf. de Tartufe.)

Et pour justifier à tout le monde l’innocence de mon ouvrage.

(1er Placet au roi.)

... C’est consoler un philosophe que de lui justifier ses larmes.

(Lettre à Lamothe-Levayer)[61].

Votre père ne prend que trop le soin de vous justifier à tout le monde.

(L’Av. I. 1.)

«C’est ainsi que notre bergère se justifiait à Cérès

(La Fontaine. Psyché. II.)

LA, rapporté à un mot caché dans une ellipse:

Fût-ce mon propre frère, il me la payeroit.
(L’Ét. III. 4.)

La ne se rapporte grammaticalement à rien; le substantif sous-entendu peut être dette. L’usage est de dire aujourd’hui, au masculin ou au neutre: «Il me le payerait; tu me le payeras.»

(Voyez des exemples analogues au mot ÉCHAPPER BELLE (L’).)

LA, construit avec le verbe être, et représentant un substantif:

Je veux être mère parce que je la suis, et ce seroit en vain que je ne la voudrois pas être.

(Am. mag. I. 2.)

La tient la place du mot mère. Madame de Sévigné prétendait mal à propos étendre ce privilége de l’article, et mettre la en remplacement d’un participe: Êtes-vous enrhumée?—Je la suis. L’article, dans ce dernier cas, représente être enrhumé, qui n’a point de genre; par conséquent: je le suis.

LA CONTRE, contre cela:

On ne peut pas aller là contre.

(D. Juan. I. 2.)
Eh bien! oui; vous dit-on quelque chose là contre?
(Fem. sav. II. 6.)

Mon frère, pouvez-vous tenir là contre?

(Mal. im. III. 21.)

LA DONNER SÈCHE A QUELQU’UN:

Et, sortis de ce lieu, me la donnant plus sèche:
Marquis, allons au cours faire voir ma calèche.
(Fâcheux. I. 1.)

(Voyez ÉCHAPPER (L’) BELLE.)

LAIDIR, devenir laid:

Je crains fort de vous voir comme un géant grandir,
Et tout votre visage affreusement laidir.
(L’Ét. II. 5.)

Nous n’avons plus que le composé enlaidir.

J’observe que cette terminaison ir, aux verbes neutres, marquait une action en progrès, comme en latin escere: grandir; laidir, emmaladir; assagir, rendre sage; affolir, rendre fou (affoler est autre chose; c’est fouler, blesser, etc.). En termes de marine, calmir c’est être en train de se calmer: la mer calmit, commence à calmir.

LAISSER A (le verbe à l’infinitif sans préposition):

Et laisse à mon devoir s’acquitter de ses soins.
(Amph. I. 2.)

NE PAS LAISSER DE (un infinitif):

Ce n’est rien, ne laissons pas d’achever.

(Préc. rid. 15.)

Je lui dis que vous n’y êtes pas, madame, et il ne veut pas laisser d’entrer.

(Crit. de l’Éc. des fem. 4.)

Il y a là vingt gens qui sont fort assurés de n’entrer point, et qui ne laissent pas de se presser.

(Impromptu. 3.)
Cela choque le sens commun,
Mais cela ne laisse pas d’être.
(Amph. II. 1.)

Ne laissons pas d’attendre le vieillard.

(Scapin. I. 5.)

Ils ne laisseroient pas de l’apprendre, s’ils vouloient écouter les personnes.

(Comtesse d’Escarb. 11.)

Parmi nos bons écrivains, je n’en trouve pas qui aient employé cette autre forme de la même locution, ne pas laisser que de.

«Son orgueil (de Nabuchodonosor) ne laissa pas de revivre dans ses successeurs.»

(Bossuet. Hist. Univ. IIIe part. § 4.)

«L’eau ne laissa pas d’agir, et de mettre en évidence les figues toutes crues encore et toutes vermeilles.»

(La Font. Vie d’Ésope.)

«Cela n’importe, dit le père; on ne laisse pas d’obliger toujours les confesseurs à les croire (les pénitents).»