J'écrivis hier au soir ce qui précède; j'ai reçu ce matin de bonne heure la lettre dont vous m'avez favorisé avec l'Horace de Pine, pour lequel j'aurai des remerciements à vous faire l'ordinaire prochain, de la part du prince Craon. Je ne suis point du tout surpris de la lettre que Théodore a écrite à M. le marquis d'Ormea, ni de la manière dont ce ministre l'a reçue. J'en reçus une hier au soir du personnage, en réponse à celle que je lui avais écrite, pour accompagner la lettre de M. de Salis (dont je vous ai envoyé une copie). Il est extrêmement piqué de cette lettre, «à laquelle, dit-il, je ne répondrai nullement, ne me mettant en nulle peine pour son contenu si peu digéré, étant d'ailleurs sûr que votre ministère traite cette affaire. Enfin les réponses de Turin en décideront en huit jours, et si l'on y a changé de sentiment, patience! J'en serai pour les frais faits. Mon secrétaire est parti dimanche passé». Voilà la substance de sa lettre. Je vous disais dans ma dernière qu'il avait fait partir son secrétaire, circonstance qui ne peut que déplaire. J'avoue néanmoins qu'il ne me semble pas juste de le laisser dans l'incertitude; car quoique ses propositions soient mal digérées et qu'il ne paraisse pas probable qu'elles puissent mener à rien et quoiqu'il n'y ait peut-être pas beaucoup de fond à faire sur ce qu'il dit des grandes dépenses qu'il prétend avoir faites, je ne saurais approuver qu'on continue à le bercer de vaines espérances. Quant aux affaires de Corse, je sais qu'il a encore un parti considérable dans cette île qui le recevrait avec beaucoup d'empressement, s'il y paraissait avec quelque secours réel. Mais il les a trompés si souvent, qu'ils ne se fient plus à ses promesses. J'apprends cependant que ce parti est résolu de lui rester fidèle encore quelques mois et si après ce temps-là, ils s'aperçoivent qu'il n'est pas réellement soutenu, ils l'abandonneront à coup sûr, sans pourtant se soumettre aux Génois.

On m'a dit que le capitaine Barckley, commandant du vaisseau la Revanche, qui a conduit Théodore en Italie, s'informa fort soigneusement de lui en dernier lieu à Livourne, déclarant que s'il pouvait découvrir où il était, soit en Toscane, soit à Rome, il irait le trouver en personne. Une personne, qui a dit avoir entendu ceci de la bouche de M. Barckley lui-même, l'a écrit à Théodore, qui m'a envoyé la lettre. Je ne puis pas pénétrer le motif qui faisait souhaiter au capitaine Barckley de le voir; mais si son empressement était aussi grand qu'on le dit, j'ai lieu de m'étonner qu'il ne se soit pas adressé à moi, de qui il pouvait attendre d'en avoir des nouvelles.

Le comte Rivarola est à présent chez moi; il m'apprend qu'il a dépêché un homme à son fils, à Sienne, qui n'arrivera ici que mardi au soir; cela me fait craindre qu'ils ne puissent partir d'ici que jeudi matin; ils pourraient bien être à Turin le 15, m'ayant promis de faire toute la diligence possible. Il lui en a déjà coûté quelque chose pour faire venir son fils, ne pouvant pas absolument voyager seul. Il vous prie, Monsieur, de vous en souvenir, ainsi que de la dépense de son voyage à Turin; je me flatte que M. le marquis d'Ormea ne trouvera pas mauvais que je me sois engagé à la lui faire payer.

Je n'ai rien à ajouter que les vœux sincères que je fais pour le succès de l'affaire; j'espère qu'elle répondra à notre attente, d'autant plus qu'on m'a donné les plus fortes assurances de son crédit parmi ses compatriotes qui considèrent beaucoup son nom. A l'égard de sa capacité personnelle et des conditions de son engagement, je m'en repose entièrement sur le discernement des personnes qui traiteront avec lui.

Je vous prie de me croire.....

P.S.—Toute réflexion faite, nous n'avons pas jugé à propos de perdre du temps à attendre l'arrivée du fils du comte Rivarola, et nous lui avons trouvé un autre compagnon de voyage. C'est un nommé Carlo Testori, milanais, secrétaire du commissaire des guerres du grand-duc, jeune homme discret et qui est au fait de tout, ayant été employé pour faire venir secrètement le comte. Son supérieur a bien voulu consentir qu'il fît le voyage. Le comte envoya hier les papiers par un exprès. Il partira demain matin à bonne heure.

Archives d'État de Turin: Materie militari. Levata truppe straniere, mazzo 32.

XXIV.
DÉPÊCHE DE LORENZI A D'ARGENSON.

Florence, le 2 décembre 1745.

L'intrigue ménagée par le roi de Sardaigne contre la Corse a enfin éclaté et j'ai l'honneur de vous en envoyer ci-joint un petit détail. L'on en fut informé ici le 27 par un exprès dépêché au prince pour l'informer de cette affaire. Ce résident d'Angleterre reçut par cette même voie des lettres du commandant de l'escadre de sa nation, et il envoya peu après son secrétaire à M. Viale pour lui dire que lÉdit commandant l'avait chargé de lui déclarer que les prisonniers génois seraient traités comme la république traiterait les deux fils du colonel Rivarola, qui sont depuis longtemps en prison à Gênes. M. Viale lui répondit que n'étant pas ministre il ne pouvait pas recevoir cette déclaration, qu'il aurait été nécessaire d'ailleurs de lui donner par écrit; que cependant par manière de discours, il était bien aise de lui dire qu'il ne voyait pas avec quel fondement l'on voulait mettre sur un pied d'égalité lesdits prisonniers génois avec les deux fils de Rivarola, puisque ceux-ci étaient sujets de la république, détenus en prison pour crimes, et particulièrement celui d'avoir fait des enrôlements dans l'État pour le service étranger contre les lois.

Le baron Théodore a été si fort méprisé des Anglais, qui l'ont trouvé d'un caractère, de cœur et d'esprit bien différent de celui qu'ils lui croyaient, qu'il est revenu à Livourne, d'où il s'est rendu ensuite chez un curé de campagne où il a demeuré d'autres fois... Il paraît que les rebelles ont trouvé tant de facilité à s'emparer de Bastia, à cause que cette place manquait de presque tout ce qui est nécessaire à faire une bonne défense, et que M. Mari n'a pas agi avec la valeur qu'il a montrée lorsqu'il a été attaqué par mer par les Anglais, lorsqu'il a vu qu'il avait à faire par terre aux rebelles, dans la crainte apparemment de tomber entre leurs mains, ce qu'il regardait sans doute comme son dernier malheur. Il est à présumer qu'il va naître en Corse une guerre civile fort cruelle, car le colonel Rivarola y a un grand nombre d'ennemis et l'on assure que les deux puissants chefs de partis, nommés Gaffori et Matra, allaient descendre avec un grand nombre de gens pour le chasser du pays.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de Florence, vol. 102.

XXV.
EXTRAIT DE LA LETTRE DE L'AMIRAL MEDLEY A S. E. LE MARQUIS DE
GORZEGNO, ÉCRITE DEVANT CARTHAGÈNE, A BORD DU RUSSEL.

19 mars 1749.

.....Les divisions qui se sont élevées entre les chefs corses engagés dans les intérêts de Sa Majesté Sarde m'alarment extrêmement. Je crains fort que les Génois n'en tirent avantage et que par leur argent ou leurs intrigues ils n'en attirent beaucoup dans leur parti, de ceux même qui se sont montrés d'abord les plus animés contre cette république et son gouvernement. Il n'est pas moins à craindre d'un autre côté, que ces dissensions n'apportent beaucoup d'obstacles à nos progrès dans l'île, en empêchant les mécontents de s'unir et d'agir de concert avec nous pour l'exécution des mesures vigoureuses que l'on pourra prendre pour pousser et expulser entièrement les Génois des établissements et des forteresses qu'ils y occupent. On s'est plaint de la conduite du comte Rivarola, et la lettre par laquelle le roi de Sardaigne le rappelle a été envoyée au commodore Townshend, qui a jugé à propos de la retenir jusqu'à son retour en Corse. Mais si le comte ne paraît pas, d'un côté, avoir assez de crédit ni être assez considéré parmi les mécontents, ou qu'il ne soit pas propre à manier les affaires dans l'intérieur de l'île, d'un autre côté j'appréhende que son rappel ne soit un faible remède au mal, à moins qu'il ne soit remplacé par une personne habile et d'autorité et à qui on mette en mains les moyens convenables pour travailler avec fruit. Je prends la liberté d'offrir ces considérations à Votre Excellence, comme dignes de son attention et, comme le commodore Townshend informera de temps en temps M. de Villettes de ses opérations, vous pourrez juger, Monsieur, quelles mesures seront nécessaires pour l'avancement de l'entreprise......

Archives d'État de Turin: Toscana, mazzo 1.

XXVI.
HORACE MANN AU MARQUIS DE GORZEGNO.

Florence, le 7 juin 1746.

....... J'ai été pleinement informé par la lettre de Votre Excellence et par celle de M. Villettes de la résolution de notre cour de renoncer à l'entreprise de la Corse par le peu de probabilité d'y réussir et par la nécessité qu'elle a d'employer ses vaisseaux de guerre ailleurs, et de la déférence que Sa Majesté le Roi de Sardaigne a bien voulu montrer en cette occasion à ces sentiments, nonobstant les motifs qu'il aurait au contraire; ainsi comme il s'agit à présent d'en informer les Corses, et de se servir de tous les moyens possibles pour les soustraire de la vengeance des Génois et que Sa Majesté (par la favorable opinion dont il lui plaît de m'honorer) souhaite que je m'y emploie, je ne manquerai en rien de ce qui dépend de moi pour contribuer à l'exécution de ses ordres et je m'estimerai trop heureux de pouvoir réussir à rendre efficaces les mouvements d'humanité dont Sa Majesté est touchée. Votre Excellence aura vu par mes dernières lettres que la sûreté des mécontents de la Corse m'a tenu fort à cœur et que j'en avais écrit plusieurs fois à M. Townshend. Je lui en ai écrit de nouveau pour lui insinuer tout ce qui me paraît le plus propre, n'ayant pas jugé de devoir prendre aucune démarche sans être informé de ce qu'il pourrait avoir déjà communiqué à ces gens et sans être instruit des moyens qu'il pourra employer à l'avenir après les insinuations que je viens de lui faire. J'ai cru cette précaution très nécessaire pour ne rien précipiter, d'autant plus que j'ai été informé qu'il n'y a rien à craindre à présent, les chefs des mécontents étant en sûreté à San Fiorenzo et par une lettre que j'ai reçue ce matin du comte Rivarola du 22 mai, il me marque qu'il a entre les mains plusieurs prisonniers qu'il souhaiterait de faire passer en Sardaigne. Je ne sais pas s'ils sont tous Corses, mais s'il y en a des principaux ou quelques Génois. C'est précisément la circonstance que j'avais recommandée avec instance à M. Townshend, comme aussi de faire ses efforts pour se saisir de quelques Génois accrédités, comme le moyen le plus efficace pour rendre la république plus traitable par rapport à ceux qui auraient à l'avenir le malheur de tomber entre leurs mains. J'ai donc prévenu les ordres de Votre Excellence par rapport à ce point, et je n'omettrai rien de ce qui dépend de moi, soit par mon conseil à M. Townshend, soit par quelqu'autre moyen qui se présentera pour contribuer à finir cette affaire de la manière la moins désavantageuse pour les mécontents et la plus convenable à la dignité des cours intéressées.

Archives d'État de Turin: Toscana, mazzo 1.

XXVII
DÉPÊCHE DE LORENZI AU COMTE DE MAUREPAS

Florence, le 4 mars 1747.

....... Le nouveau régiment de marine, ayant été achevé de former, prêta le 23 du mois dernier serment de fidélité à M. le grand-duc, qui s'est réservé d'en être colonel, ce qui donne de plus en plus lieu de croire importante sa destination. On prépara audit port les deux barques armées en guerre de S. A. R. pour transporter ce régiment à Porto-Ferraio. Mais on m'assure de fort bonne part qu'il n'y doit être envoyé que pour masquer sa véritable destination. A l'égard de celle-ci, je n'ai jusqu'ici que des avis incertains. Selon quelques-uns, on doit les transporter à Trieste, ce qui serait fort probable, si l'on construit dans ce port les bâtiments dont j'ai eu l'honneur de vous faire mention. D'autres m'ont dit que lesdites deux barques, avec ce régiment, doivent porter le baron Théodore en Corse, ce qui serait conforme au projet de cet aventurier, et dont j'ai eu aussi l'honneur de vous rendre compte. D'autres enfin m'assurent que ce régiment doit aller armer trois vaisseaux de guerre anglais, qu'on dit avoir été achetés par M. le grand-duc, et j'ai d'autant plus lieu de le croire, que, par une autre voie, j'apprends qu'on a fait à Livourne des pavillons aux armes de S. A. R. pour servir à des vaisseaux de guerre. J'ignore l'objet de ces trois vaisseaux, qui pourront être joints par les deux barques sus mentionnées et peut-être encore par deux galères de ce prince; mais on pourrait employer lesdits trois vaisseaux à faire la course contre nous, les Espagnols et les Génois sous le nom d'une compagnie marchande de Vienne, selon le projet, dont j'ai eu l'honneur de vous informer, ou contre la Corse. Il arriva à Florence le soir du 24 du mois dernier le fameux aventurier nommé le chevalier Farinaccio, natif de cette île. Il fut arrêté en entrant dans la ville, en vertu d'un ordre donné plusieurs jours auparavant. L'on n'en sait pas bien le motif, mais quelques-uns prétendent savoir que ç'a été à cause qu'il venait pour tuer le baron Théodore afin de gagner le prix qui est à sa tête. Il est le même qui avait fait des projets aux cours de Vienne et de Turin pour soumettre la Corse à leur pouvoir. Il venait en dernier lieu de Venise.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de Florence, vol. 105.

XXVIII
LETTRE DU BARON DE NEUHOFF [879].

11 juillet 1750.

Monsieur,

Ci-joint l'adresse du conseiller bien informé de mes affaires et connu de M. le conseiller Green qui voulait me procurer une avance. Tâchez, je vous prie, Monsieur, de les voir le plus tôt possible, comme de procurer l'argent pour payer dans cette maison, du moins une partie, ne voulant avoir patience d'aucun autre moment passé aujourd'hui, cette femme encouragée à m'affronter, et comptez, Monsieur, que vous n'aurez jamais lieu de vous repentir à vous être bien voulu employer pour moi, étant très sincèrement tout à vous.

Th. Bon DE NEUHOFF.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de Corse, vol. 3.

XXIX.
TRADUCTION DE LA LÉGENDE D'UNE CARICATURE ALLEMANDE
AU SUJET DE THÉODORE DE NEUHOFF .

Le Satyre Corse visionnaire ou le rêve à l'état de veille dont l'image
représente dérisoirement Théodore, premier et dernier en sa personne
pseudo-roi des Corses rebelles.

Hôte bienvenu, absolument inespéré!#a"

Avec quelle joie te recevra-t-on?

En suite de la lettre que tu as écrite,

Tu vas maintenant atteindre le but.

La présence a beaucoup plus de force

Que les écrits ne produisent d'impression

Pour gagner complètement les cœurs;

Tu es un étranger, ainsi que chacun sait,

Mais le voyage dans les eaux calmes

Rend tes sentiments très patriotiques.

Nous, Corses, tombons à genoux"#b

Mais non pour nous courber devant Gênes;

Une nouvelle Majesté est ici#c,

Que l'on doit fêter royalement,

Et lorsque l'antique Rome

Fit Tarquin Roi,

Une couronne de feuillage fut aussi tressée,

Mais, il est vrai, bientôt l'inconstance,

De la ville a banni le roi.

Les grandeurs sont très contestées!

C'est le sort que je crains toujours pour toi,

Parce que ton royaume s'est si vite formé;

A peine pouvais-tu passer pour baron,

Que ton heure comme roi était venue.

A aucune cour, puissance ou couronne

Tu n'as annoncé ton avènement.

Que penseront-elles toutes?

Le droit légitime génois

Te combattra fort encore;

Et qui sait quelle prime il donnera?

Tu es, il est vrai, parfaitement qualifié

Et tu parles beaucoup de jolies langues;

Tu sais aussi comment on ergote

Et peux également bien pérorer;

Un empire exige un trône,

Un sceptre de roi et la couronne;

Il est donné à chacun ce dont il est digne;

Que cela te soit donc octroyé,

Car tu l'as bien mérité!

Mais, mais Monsieur Théodore,

Il me faut te le dire franchement,

Je ne vois pas bien la suite,

Ne dois-je pas la dire puérile?

Dis donc où est écrit

Que la Majesté t'appartienne?

Comment l'as-tu donc acquise?

La ruse, l'intrigue et même le vol

T'ont apporté sur cette île;

Autrement tu aurais perdu ta mise.

Tu peux, il est vrai, ainsi que je l'ai dit,

Parler latin, allemand, français.

L'anglais, l'espagnol ne te font pas défaut.

Mais cela n'empêche point que je te dise mes raisons.

L'île n'est pas un royaume libre,

Elle appartient à la République

Qui y a fait tant de dépenses,

Car de cette terre précédemment inculte,

Elle a fait un état policé

Et y a établi le bon ordre.

Tu peux à toi-même, Monsieur le Baron,

Te dire en langue italienne:

Tu es un nouveau Robinson.

Mais cela n'a pas le sens commun,

Car lui seul était seigneur et chevalier,

Habitait une île sans êtres humains

Et peuplée d'animaux sauvages;

Tandis que tu fais en Corse

Une curie royale, Neuhoff,

Et veux comme souverain régir une multitude.

Ce que disent la Russie de Demetrio

Et Naples de Masagnello

Montre ce que là est la rébellion,

Et comment on en chasse cette peste;

On y guérit rapidement les malades,

Par le sommeil de mort, soudain,

Produit au moyen du glaive.

Ainsi un pays est bientôt libéré

De cette épidémie, de ce fléau;

Tu peux porter cela en ton cœur!

Tu dis il est vrai: Bast! advienne que pourra!

Résider à Bastia.

Est mon but déjà manifesté;

Je ne dois plus me soumettre.

Maintenant la multitude mécontente

Arbore, en pays devenu État,

La tête de maure comme insigne du Royaume#d.

La croix rouge sur écu d'argent,

Qui de Gênes est l'insigne#e,

Doit, de l'île, totalement disparaître.

Pronostique seulement qui peut.

Nous, Corses, avons argent et armes;

Tout cela le Satyre l'entend#f,

Qui maintenant rêvant dort éveillé.

Le roi Théodore premier

Se présente à lui comme dernier.

Tout sera bientôt bouleversé#g

Lorsque la République trouvera aide:

Ainsi sera châtié le valet licencieux,

Et la nouvelle cour sera renversée.

Car ce qui naît en avril,

Rarement a une longue existence,

Et passe comme la parure de feuillage.

Ainsi changent les heures inconstantes.

Qui sait ce qui arrivera d'ici à l'automne?

Je n'ai pas moi d'incertitude quant à mon foyer

Et j'assisterai en riant à l'aventure.

Je m'enquiers curieusement à la poste,

Et alors même qu'il m'en coûterait quatre gros,

Il faut que je m'achète la gazette!

Et précisément il me revient en mémoire

Que l'or et l'argent ne sauraient manquer.

Un travailleur sait parfaitement#h

Qu'il n'a pas à se faire de peine:

On prend des ducats ici et là,

Et on donne en échange les plus belles paroles.

On a voulu les multiplier,

Et, à l'instar du voleur, Mercure s'envole.

On sait donc, non sans raison,

Avec du vent contenter les gens!

Ainsi s'évanouit le règne baronique

Et à Sa Majesté on doit conseiller

De se retirer vivement en Alger

Pour y cuisiner du singe.#i

Si un Corse vient à avoir connaissance

De ce que sur lui il est écrit ici,

Je serais désireux qu'il veuille bien

Faire ainsi qu'il le pensait.

Que celui qui a fait ceci

Près de lui soit mandé.


EXPLICATION DE LA GRAVURE.

Le baron Théodore de Neuhoff débarquant. Les Corses rebelles lui souhaitent la bienvenue et le proclament roi. Le roi nouvellement couronné avec une couronne formée de feuillage. Les armes de Corse. Un d'eux est repoussé qui porte sur l'épaule, au bout d'un bâton, les armes génoises. Satyre sous un chêne (représentant l'inconstance qu'il faut craindre) dormant sur une couche de roses épineuses; il tient à la main une longue-vue largement développée lui permettant de voir l'avenir. Le génie de la Vanité lui soufflant dans la main une bulle de savon. Un singe travailleur cause des explosions et voit écrit dans la fumée le mot: fourberie. Deux singes jouant, à côté d'eux, les cartes mélangées; devant eux, les unes sur les autres, les cartes jouées, dont celle de dessus est le roi vert; un des singes fait le point avec l'as de cœur et attire à lui la mise. Passeport provisoire du Roi chimérique remercié se sauvant.

a. Je suis un des grands d'Espagne,
Le Chevalier errant sans armes.

b. Pour beaucoup j'étais un lord anglais.
Maintenant que je suis un roi, la renommée le dira.

c. Moi, pauvre étranger, j'ai voulu égaler les grands.
En France on se rit de moi comme partout ailleurs.

f. Le nouveau roi doit partir de la Corse
Et bientôt répandra d'amers pleurs.

g. Je viens du Nord, si je suis né prince;
Comme lieutenant allemand j'ai perdu le service.

h. L'Ordre allemand doit me faire aussi chevalier.

i. J'ai su partout me conduire parfaitement.
Il est vrai que je suis issu de nobles en Westphalie;

j. Cependant comme baron étranger je dois lever le pied.

Fait parce qu'un nouveau roi, le baron de Neuhoff, a été proclamé par quelques Corses.

TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS

A

B