24, Viure.
29, Ἀθλίως.—On trouve dans Stobée, Serm., 20, des sentences toutes semblables à ces trois-là.
7, Lucilius.—Sénèque, Epist. 22.—Lucilius, personnage peu important du temps de Néron, dont le nom a été conservé à la postérité, à la faveur de celui de Sénèque qui lui a adressé de nombreuses lettres qui passent pour son chef-d’œuvre.
23, Syrie.—Il s’y trouvait exilé par l’empereur Constance à la sollicitation des évêques ariens.
24, Deça.—De ce côté-ci de la mer, c.-à-d. en France.
25, Nourrie.—Élevée; de même on rencontre, dans les Essais, nourriture pris dans le sens d’éducation.
37, Ioye.—Abra avait fait vœu de chasteté, et son père craignait que si elle venait à lui survivre, ce qui était dans les lois de la nature, elle ne pût résister aux demandes en mariage dont elle était l’objet, d’où l’ardeur de ses prières pour qu’elle mourût avant lui. Bouchet.
42, S. Hilaire.—Le mariage n’était, dans le principe, interdit aux prêtres ni avant, ni après l’ordination. Plus tard, les règles ecclésiastiques ont beaucoup varié sur ce point, et, bien que condamné par différents conciles, entre autres par celui de Latran, 1139, qui défendit d’entendre la messe de prêtres mariés, on en voit encore longtemps après qui le sont, l’indigne cardinal Dubois notamment qui fut sacré archevêque de Cambrai par l’évêque de Nancy, assisté de Massillon. A l’époque actuelle, chez les Maronites, chrétiens d’Asie Mineure, rite reconnu par Rome, les prêtres ne peuvent se marier; mais les gens mariés sont admis à l’exercice du sacerdoce.
5, Commun.—«C’est égal, dit une jeune femme, à la lecture de ce passage, saint Hilaire n’était qu’un égoïste qui n’aspirait qu’à sa parfaite tranquillité; et si j’eusse été sa femme, j’aurais demandé la même grâce... pour lui d’abord.» Victor Thierry.
6, Raison.—Dans ce chapitre qui est l’analogue du chapitre XXIII de ce même livre, Montaigne semble s’être proposé de prouver que la Providence dirige parfois les événements par une intervention immédiate et directe.—Le mot fortune considéré comme ayant le sens de fatalité, qui se trouve employé ici et ailleurs dans bien d’autres passages des Essais avec cette acception et qu’il eût pu remplacer sans rien changer à son idée par celui-là même de Providence, est un de ceux qui, à Rome, prêtèrent à la censure, lorsque le livre fut examiné par les docteurs moines, ainsi que les appelle l’auteur dans son journal de voyages, lors de son séjour en Italie en 1581. Dans les pays d’inquisition, à Rome surtout, il était défendu de dire fatum ou fata (destin, fatalité). Montaigne se justifie (I, 588) d’avoir employé quelques-uns de ces mots prohibés, verba indisciplinata, plaidoyer qu’il n’a introduit dans son ouvrage, qu’après son retour de Rome. Le Clerc.
19, Fortune.—En 1503. Guicciardini, Hist. de France, VI.—Cette autre pire fortune fut qu’à partir de ce moment, le duc de Valentinois, César Borgia, vit renverser sa puissance et tout tourner contre lui. Le pape Jules II, successeur de son père, le fit arrêter et le contraignit à livrer toutes ses forteresses; à peine sorti de prison, il fut arrêté à nouveau par Gonzalve de Cordoue et envoyé au roi d’Espagne qui avait des griefs contre lui. Étant parvenu à s’échapper, il se réfugia auprès du roi de Navarre son beau-frère, et l’ayant accompagné dans une expédition contre l’Espagne, fut tué au siège de Viana, 1507.
23, Foungueselles.—Ou plutôt Fouquerolles. Du Bellay, II.
3, Amorem.—Dans les éd. ant. à 1588, cette citation de Catulle se continue par ce quatrième vers: Posset vt abrupto viuere coniugio (comme s’il était possible de vivre étant ainsi séparés).
6, Dames.—Du Bellay, II.—En 1525. Les Espagnols s’étant approchés de Saint-Omer, la garnison fit une sortie qui fut repoussée; le sieur de Liques fut pris en soutenant la retraite; sa mise en liberté, à laquelle s’employa le seigneur d’Estrées, fut la suite d’un renvoi, sous caution, des prisonniers dont le nombre embarrassait le vainqueur.
8, Finit.—Constantin le Grand, après avoir triomphé de ses compétiteurs, mis fin aux incursions des Barbares et fait de la religion catholique la religion de l’empire romain, transporta le siège du gouvernement à Byzance, qui prit de lui le nom de Constantinople, 330. Cet état de choses se maintint, avec de nombreuses vicissitudes, jusqu’en 1453, date à laquelle l’empire prit fin par la prise de Constantinople, par les Turcs, sur Constantin XII, qui, après une défense honorable, mourut en héros sur la brèche.
11, Diuine.—En 508. Le fait est rapporté, sans autre détail, par S. Grégoire de Tours: «Le Seigneur accorda, dit-il, au roi Clovis, une si grande grâce, qu’à sa vue, les murs s’écroulèrent d’eux-mêmes.»
15, Ruine.—Vers l’an 1002. Le règne de ce roi faible et dévot à l’excès, est fécond en prodiges de toute nature; Bouchet, qui mentionne celui-ci, n’en dit pas davantage. Au roi Robert est due la construction, à Orléans, d’une église consacrée à S. Aignan pour lequel il avait un culte particulier.
19, Empenné.—C.-à-d. que le mur soulevé retomba tout d’une pièce, verticalement sur sa base, sans que ses pierres emboîtées comme les barbes d’une plume se soient disjointes.
20, Moins.—En 1524; Arone, que défendaient les Impériaux, avait déjà résisté à un siège de vingt-cinq jours et à deux ou trois assauts, quand le seigneur de Rence s’avisa de ce dernier moyen qui échoua par suite de la circonstance relatée ici, et qui le détermina à la retraite. Du Bellay, II.
26, Guerit.—C’est la version de Pline, Hist. nat., VII, 50; Valère Maxime et Sénèque disent que c’est d’un assassin que Jason reçut cet important service.
33, Attaindre.—Pline, Hist. nat., XXXV. Ce chien à l’écume faisait partie du tableau «le chasseur Jalyse», chef-d’œuvre de ce peintre. Ce tableau, qui périt à Rome dans un incendie, sauva Rhodes que Démétrius Poliorcète assiégeait; pour ne pas livrer aux flammes le faubourg où Protogène avait son atelier et que ce tableau ne fût pas compromis, ce prince attaqua la ville d’un autre côté et échoua.
33, Adresse.—Ne redresse-t-elle pas.
38, Fortune.—Les éd. ant. à 88 aj.: la print en mer.
39, Seureté.—Froissart. En 1326; la reine Isabelle de France, fille de Philippe le Bel, mariée à Édouard II, roi d’Angleterre, se voyant négligée par son mari, livrée à d’indignes favoris, vint sur le continent solliciter des secours étrangers, à l’aide desquels repassant en Angleterre, elle s’empara de sa personne, fit prononcer sa déchéance et proclamer roi son fils Édouard III; c’est d’elle que celui-ci et ses successeurs prétendaient tenir des droits à la couronne de France.
42, Βουλεύεται.—Ménandre. Ce vers que Montaigne traduit après l’avoir cité, était passé en proverbe chez les Grecs.
43, Icetes.—Vers 354, après l’expulsion de Denys le Jeune par Timoléon. Plutarque, Timoléon.
15, Attiques.—Le mine attique valait 100 drachmes (environ 50 francs).
18, Prudence.—N’a-t-on pas vu, lors du cataclysme qui, en septembre 1905, a si fortement éprouvé l’Italie méridionale, à Stefanoconi, dans les Calabres, une famille de quatre personnes ensevelie sous l’effondrement de leur maison; et, quelques heures après, une nouvelle secousse de tremblement de terre faire crouler le clocher voisin qui, tombant sur un mur resté debout, ouvrit une issue à cette famille qui, ainsi, put sortir saine et sauve.
21, Fils.—Appien, Guerres civiles, IV.—En 42, sous le triumvirat d’Octave, Antoine et Lépide; Suétone désigne les victimes sous le nom d’Aquilius Florus.
Ce chapitre est numéroté XXXV dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
10, Necessité.—La réalisation de cette idée ne s’est pas fait trop attendre, car déjà lorsqu’en 1631 Renaudot fonda le premier journal français la Gazette, il y introduit l’«Inventaire des adresses du bureau de rencontre, où chacun peut donner et recevoir avis de toutes les nécessités et commodités de la vie». Et depuis, quels progrès! c’est devenu l’unique objet des Petites affiches, qui datent de 1752, et des bureaux de placement; en outre il n’est pas une feuille publique de nos jours, et elles sont légion, qui ne lui réserve, contre deniers comptants, une grande place qui, si grande qu’elle soit, est encore insuffisante, puisque ces mentions vont s’étalant sur tous les murs, et même en pleine campagne, au grand détriment du pittoresque.
17, Souhaiteroit.—On suppose que c’est à lui-même que Montaigne fait allusion.
34, Qu’il auoit.—Les éd. ant. port.: qu’es commandemens qui lui estoient tombés en main, il auoit.
38, Chacuniere.—Chez soi. Rabelais, auquel l’expression semble empruntée, a dit de même: «Ainsi chascun s’en va à sa chascuniere.»
Ce chapitre est numéroté XXXVI dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
6, Mores.—Indiens et Mores (ou Maures), appellations anciennes; la première des peuplades indigènes de l’Amérique, la seconde de la population dominante dans l’Afrique septentrionale (Tripolitaine, Tunisie, Algérie et Maroc).
12, Eguille.—Expression proverbiale signifiant: «Être pourvu de tout ce qu’il faut pour se suffire.»
25, Nostre.—Sous la même latitude que nous.
28, Contadins.—Paysans, de l’italien contadino, qui a même signification.
7, Face.—Cette réponse fut faite à Florimond de Rémon (V. N. I, 346: Simple).—Elien prête la semblable à un Scythe dont le roi des Perses plaignait la nudité en temps de neige.
12, Moy.—Sainte Thérèse, alors carmélite, couchant sur la paille, une nuit d’un froid excessif, priait ses compagnes de lui donner de quoi mieux se couvrir; elles lui répondirent avec un éclat de rire: «Comment, notre Mère, vous avez tout ce qu’il y a de couvertures à la maison et vous n’en avez pas encore assez!»
13, Massinissa.—Cicéron, De Senectute.
16, Dit.—Liv. III, 12.
21, Agesilas.—Plutarque, Agésilas.
22, Vesture.—Vêtement, habillement; du latin vestitus qui a même signification. Ne se dit aujourd’hui, du reste avec même étymologie, que de la prise d’habit dans les couvents, cérémonie où l’on revêt pour la première fois un novice de l’habit de l’ordre.
22, Suetone.—Dans sa Vie de César, 58.
31, Cheual.—Balbi, joaillier vénitien, qui visitait les Indes en 1579.
34, Roy.—Étienne Bathory qui, en 1574, succéda sur le trône de Pologne au roi issu de la maison de France qui l’y avait précédé (le duc d’Anjou, depuis Henri III) (V. N. I, 460: Luy-mesme).—C’est à lui, et non à son prédécesseur, que se rapportent les mots qui suivent: «qui est à la verité l’vn des plus grands princes de nostre siecle».
39, Varro.—Pline, Hist. nat., XXVIII.
1, Pere.—Cela a été présenté comme une bizarrerie; mais, à l’époque, par suite de la bigarrure des costumes introduite par François Ier, cela n’avait rien de singulier.
2, Luxembourg.—En 1543, lors du ravitaillement de cette place dont nous nous étions emparés et que s’efforçait de reprendre Charles-Quint; la réussite de ce ravitaillement décida les Impériaux à se retirer. Du Bellay, X.
4, Coignée.—Dans l’hiver de 1408, les choses s’étaient passées de même à Paris; de Comines parle d’un froid pareil survenu en son temps, en 1469, dans le pays de Liège; en 1544, par toute la France, le vin se coupa à coups de hache, dans les tonneaux.
5, Ouide.—Les éd. ant. aj.: à deux doigts pres.
11, Nauale.—Le Palus Mæotis, dit Strabon, VII, se prend à l’époque des grands froids et l’on vit, dit-on, Néoptolème, l’un des lieutenants de Mithridate, y battre les barbares, l’été dans un combat naval, et l’hiver dans un combat de cavalerie.—En 1658, le roi de Suède traversa le Sund sur la glace, pour envahir l’île de Seeland, en Danemark.—A une époque plus récente, en janvier 1795, la cavalerie française s’empara de la flotte hollandaise, immobilisée par les glaces à l’entrée du Zuyderzée, flotte qui, à la vérité, se rendit à première sommation.
13, Plaisance.—En 218, à la bataille de la Trébie où Annibal défit le consul Sempronius. Tite-Live, XX, 54.
19, Païs.—En 401, lors du retour, connu sous le nom de Retraite des Dix mille, sous la conduite de Xénophon, à travers l’Asie Mineure, avec des dangers et des fatigues inouïs, des Grecs qui avaient combattu à Cunaxa pour Cyrus le Jeune. Xénophon, Anabase, IV, 5.
30, Gelée.—Quinte-Curce, VII, 3.—La nation en question est celle des Parapamisades, populations clairsemées dans les hautes vallées de 4 à 5.000 mètres d’altitude, séparées et dominées par des cimes de 7 à 8.000 mètres qui constituent le plateau de Pamir, nœud de montagnes d’où partent les chaînes les plus puissantes de l’Asie.
30, Voir.—Cela a lieu en effet en France: dans le Roussillon pour les orangers, dans les environs de Paris pour les figuiers où ces arbres sont du reste en petit nombre.
Ce chapitre est numéroté XXXVII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
1, Caton.—Dit le Jeune, pour le distinguer de son grand-oncle, surnommé l’Ancien; dit aussi d’Utique, du lieu où il se donna la mort dans des conditions qui en font un des actes de l’humanité le plus admirés. V. N. II, 586: Ieune Caton.
2, Moy.—Var. des éd. ant.: iuger d’autruy selon moy, et de rapporter la condition des autres hommes à la mienne: ie croy aysement d’autruy beaucoup de choses, où mes forces ne peuuent attaindre; au lieu de: «iuger... moy».
10, Capuchins.—Les Feuillants, ordre monastique des plus rigoureux, dérivant de l’ordre de S. Benoît; ils devaient avoir la tête et les pieds nus, dormir sur des planches, manger à genoux et boire dans des crânes humains; mais l’austérité de la règle fut bientôt adoucie; ils prirent une grande part aux troubles de la Ligue.—Les Capucins, religieux de l’ordre de S. François, ainsi nommés du capuchon ou capuce dont ils se couvraient la tête, furent introduits en France par Catherine de Médicis; ils s’y multiplièrent rapidement, vivant d’aumônes et se livrant à la prédication.
17, Confidunt.—Citation tirée de Cicéron, Orator, 7, ou encore des Tusculanes, II, 1, que Montaigne, en raison des changements qu’il y a faits, semble avoir insérée de mémoire.
21, Corruption.—Add. des éd. ant.: et debauche.
24, Ie ne dis... l’imagination.—Var. des éd. ant.: le goust.
29, Possent.—Montaigne applique ici à la vertu ce que Cicéron dit de la philosophie et de ceux qui la blâment.
31, Action.—Add. des éd. ant.: purement.
8, Potidée.—En 479; l’auteur a mis par méprise «Potidée» au lieu de Platée.
19, Passée.—Hérodote, IX; Cornelius Nepos, Pausanias.—Aristodème et Eurylus, tous deux du corps des trois cents Spartiates qui accompagnaient Léonidas aux Thermopyles, étaient, au début de l’action, retenus dans un bourg voisin, par une maladie d’yeux. Eurylus, à la nouvelle de la situation critique dans laquelle allait se trouver la troupe à laquelle il appartenait, se fit armer par son ilote, conduire au lieu du combat et y fut tué; Aristodème n’en fit rien, il retourna à Sparte où il fut couvert d’opprobres jusqu’à ce qu’à Platée il eût réparé ce moment de faiblesse. Que les Spartiates lui aient tenu compte, pour lui refuser le prix de la valeur, de sa conduite antérieure aux Thermopyles, cela se conçoit; que le désir de se réhabiliter ait été le mobile auquel lui-même a obéi, c’est probable; mais la justesse du motif allégué à l’appui de son éviction est discutable: pourvu qu’on agisse bien, qu’importe la cause? on peut même ajouter avec Juvénal: «Qui pratiquerait la vertu, s’il n’en attendait la récompense?»
19, Nos iugemens.—Les éd. de 80, 85, port.: Qui plus est, nos iugemens.
5, Ny dressée à.—Remplacé dans les éd. ant. par: «pour imaginer et».
10, Ambition.—Les éd. ant. à 88 aj.: et de ceux qui font l’honneur, la fin de toutes actions glorieuses.
11, Gloire.—C’est dans cet esprit critique qu’en 1794, lors de leur procès devant le tribunal révolutionnaire, Fabre d’Eglantine faisait application à Danton son co-accusé de ces vers de Campistrous, dans sa tragédie de Juba:
13, Atteindre.—Velleius Paterculus dit de lui: «Il n’a jamais fait de bonnes actions pour paraître les avoir faites, mais parce qu’il n’était pas en lui de faire autrement.»
16, Latins.—Ces cinq poètes, dont il est donné plus loin des citations, sont, dans l’ordre où ces citations sont faites: Martial, Manilius, Lucain, Horace et Virgile.
26, Cognoistre.—Il est sûrement plus facile de faire de mauvais vers, et même des vers médiocres, que de se connaître en beaux vers; mais il est bien plus difficile de faire de bons vers que de bien juger une tragédie ou un poème; et quoique à vrai dire les bons juges soient fort rares, les grands poètes, les grands orateurs, les grands philosophes, etc... le sont plus encore. Naigeon.—Huet (savant prélat français, 1630 à 1721), après avoir jugé Corneille et lui avoir refusé l’équité et la justesse dans l’appréciation des poèmes et des poètes de l’antiquité, termine en disant: «tant est vrai ce que j’ai osé affirmer ailleurs, contrairement à l’opinion commune, qu’on trouvera plus de poètes excellents, lesquels sont cependant très rares, que d’appréciateurs habiles et équitables de la poésie».
4, L’autre.—Toutes ces images sont prises de l’Ion de Platon.
19, Catoni.
Ce chapitre est numéroté XXXVIII dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
30, Pleurer.—En 273. Deux partis divisaient Argos, qui avaient appelé, l’un Antigone roi de Macédoine, l’autre Pyrrhus roi d’Épire, qui tous deux avaient répondu à leur appel. Dans un combat qui se livra dans la ville même, Pyrrhus fut tué, frappé d’une tuile que, du haut d’un toit, une femme lui lança pour sauver son fils que ce roi menaçait; témoin du fait, le fils d’Antigone lui coupa la tête et courut la présenter à son père demeuré hors ville. Plutarque, Pyrrhus.—V. I, 494 et N. Italie.
31, Deffaire.—Devant Nancy, en 1477.
1, Dueil.—En 1364, près de Vannes.—Sophocle porta, dit-on, le deuil d’Euripide, son rival, qui mourut quelque temps avant lui.
8, Spectacle.—Plutarque, César, 13. V. N. I, 100: Suspendues.
18, Est.—La traduction qui est donnée de cette citation, est de Mlle de Gournay.
20, Passions.—Rubens, dans un tableau de la naissance de Louis XIII, a su exprimer deux sentiments opposés sur le visage de Marie de Médicis: la douleur de l’enfantement et la satisfaction de l’orgueil maternel.
4, Badin.—Écervelé (V. N. I, 202: Badin).—Veau avait parfois et a ici le sens d’ignorant.
9, Bren.—Ou bran, Fi! interjection qui marque le mépris.—Bran est un mot gaulois qui signifiait le son, la partie la plus grossière du blé.
14, Pitié.—Agrippine, mère de Néron, s’attachant à lui, le provoquant même à l’inceste pour conserver son pouvoir sur lui, celui-ci, fatigué de ces obsessions, témoigna le désir d’en être débarrassé et acquiesça à sa mort. Une tentative fut faite pour la noyer comme par accident, elle échoua; le lendemain même il la fit poignarder, 59.—Tacite, Annales, XIV, 4, en racontant la dernière entrevue entre la mère et le fils, n’est pas aussi affirmatif que Montaigne sur la cause de l’émotion que fit paraître ce dernier et donne à penser que ce pouvait bien être pour endormir les soupçons de sa victime.
30, Larmes.—En 480, au commencement de la deuxième guerre médique (V. I, 42 et N. Athos; N. I, 370: Thermopyles). Hérodote, VIII, 45 et 46; Pline, Epist., III, 7; Valère Maxime, IX, 13.
1, Corps.—Faire un ouvrage complet et tout d’une pièce.
6, L’autre.—Plutarque, Timoléon; Diodore de Sicile, XVI.—Vers 365. Après s’être opposé de toutes ses forces aux entreprises de son frère Timophane qui voulait usurper le pouvoir à Corinthe, n’ayant pu le détourner de ses projets criminels, Timoléon le fit mettre à mort, et, s’exilant volontairement après ce sacrifice, resta vingt ans éloigné des affaires.
Ce chapitre est numéroté XXXIX dans les éd. ant. et l’ex. de Bordeaux.
7, Solitude.—Les pages écrites par Madame Périer sur les mortifications de Pascal, son frère, sont le contrepied complet de ce chapitre de Montaigne; leur lecture simultanée est, à cet égard, de grand intérêt. Payen.
10, Publicq.—Traduction d’un vers de Lucain, II, 383, à l’éloge de Caton d’Utique.
12, Recherche.—A remarquer trois sujets, dont deux au pluriel, et le verbe au singulier.
13, Particulier.—Le bien public a été de tous temps le prétexte de tous ceux qui, mus par une ambition et un intérêt tout personnels, vont, sur une plus ou moins grande échelle, soit isolément, soit en association, agitant le monde; c’est en particulier, de nos jours, le cas de la plupart de ceux qui s’adonnent à la politique: bien peu dans le nombre, quoi qu’ils en disent, ont un mobile désintéressé; s’ils sont de valeur, ils visent à tout; ceux de peu d’envergure se bornent à trafiquer de leurs voix, de leurs recommandations et à pêcher en eau trouble; les scrupules et la conscience n’arrêtent ni les uns, ni les autres; les Verrès y sont nombreux, les Phocion bien rares.
17, Société.—«La plus contraire humeur à la retraite, c’est l’ambition,» dit plus loin Montaigne (I, 426), en contradiction, mais seulement apparente, avec lui-même: l’ambitieux, veut-il dire, n’a que lui-même en vue, et ne peut songer à abandonner un seul instant la partie.
17, Franches.—Les éd. ant. à 88 aj.: et point de compagnon.
19, Grande.—Diogène Laerce, Bias.
20, Bon.—«Ayez beaucoup d’amis qui vivent en paix avec vous, mais choisissez pour conseil un homme entre mille.» Ecclésiastique, VI, 6.
23, Presse.—La contagion chez les foules est constante et presque irrésistible, les exemples en sont innombrables. C’est elle qui fait qu’on les voit si souvent se livrer à des manifestations, sans que le plus grand nombre de ceux qui y prennent part sache ce dont il s’agit, et que, si fréquemment sans motif plausible, elles changent de caractère et de pacifiques en viennent à commettre des actes criminels. Les paniques n’ont pas d’autre cause. C’est également à la contagion que l’on doit de voir parfois, lorsqu’un accident se produit, les gens et jusqu’aux parents les plus proches venir successivement affirmer l’identité de victimes qu’on voit plus tard réapparaître saines et sauves, que les incidents les plus saillants d’un combat sont inexactement rapportés, si bien qu’il est impossible d’accorder pleine créance au témoignage des foules et que l’unanimité des témoins est loin d’être une garantie de vérité.
26, Dissemblables.—Réflexions traduites de Sénèque, Epist. 7.
3, Moy.—Diogène Laerce, Bias.
8, Bord.—Variante de l’exemplaire de Bordeaux: «en sauueté», au lieu de «à bord».—Singulière idée qu’eut là Albuquerque, qui aurait plutôt l’air d’une plaisanterie que d’un acte religieux, si on ne savait à quel point la superstition porte le trouble dans l’esprit de la plupart des hommes. Naigeon.
15, Compagnie.—Diodore de Sicile, XII, 4.—Nous nous bornons présentement à leur dire: «Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.»
18, Malades.—Diogène Laerce, Antisthène.
28, Marché.—Place publique, acception du mot latin forum.
34, Cura.—La traduction donnée de cette citation est de Boileau, dont le vers élégant est passé en dicton.
1, Soy.—«On ne s’amende pas pour aller à Rome,» dit un proverbe.—La Fontaine exprime la même idée; parlant d’un pélerin, il dit:
30, Vnquam.—Montaigne a traduit lui-même ce vers avant de le citer.
42, Sien.—Sénèque, Epist. 9, dont Montaigne a adopté la version, dit bien que Stilpon avait perdu femme et enfants; mais il est seul à le dire; ni Diogène Laërce, ni Plutarque n’en font mention, en rapportant sa réponse qui s’exprime mieux ainsi. Dire n’avoir rien perdu, s’il avait perdu tous les siens, eût été pousser par trop loin le stoïcisme. Naigeon.
45, Naufrage.—Diogène Laerce, VI.
3, Entier.—En 409, lors de l’invasion des Goths. S. Grégoire de Tours mentionne qu’en cette circonstance, S. Paulin racheta de sa propre liberté le fils d’une pauvre veuve réduit à l’esclavage.
8, Despende.—On peut rendre son bonheur indépendant des biens de la fortune et même cela est sage; mais il est bien difficile d’avoir pareille indifférence pour la santé, dont on peut dire aussi ce que La Fontaine dit de la liberté: «Ce bien sans lequel les autres ne sont rien»; ainsi du reste que Montaigne en convient plus loin, «d’autant que sans elle, dit-il, la vie nous vient à estre pénible et iniurieuse».
23, Regarde.—Quiconque réfléchit et observe, peut, à tout moment, constater la vérité de cette assertion en lui et chez les autres.
29, Délices.—«Cette citadelle que défend un soldat et qu’un autre attaque; et le fait de cet érudit acharné à l’étude de Plaute, ces deux petits tableaux, ces deux toiles de Meissonier, c’est du pur La Bruyère.» G. Guizot.
34, Plaute.—Mélanchthon, savant théologien du XVIe siècle, a, le premier, reconnu la mesure des vers de Térence; jusqu’alors tous les anciens manuscrits de cet auteur présentaient un texte suivi, comme si c’eût été de la prose.
2, Gens.—Ce sentiment est indépendant de nous: on est bon ou méchant, vertueux ou vicieux selon qu’on veut; mais on n’est pas plus sensible qu’insensible à volonté et à moment donné, ce que Chaulieu exprime si bien, à propos d’un ami que la mort lui a enlevé:
Tout ce que l’on peut concéder, c’est que le premier moment passé, la raison est à même de reprendre le dessus sur la nature, et qu’en outre de l’effet du temps, en s’évertuant à écarter de sa pensée les sujets pénibles, on finit dans une certaine mesure par y échapper.
32, Dit.—Cette maxime des Pythagoriciens n’est pas de Socrate; Montaigne la lui attribue parce que dans le recueil de Stobée, d’où il l’a tirée, elle suit immédiatement un mot de Socrate.
35, Office.—La rédaction du texte grec est la suivante: «Chaque âge a ses devoirs particuliers: les enfants doivent suivre les écoles; les jeunes gens s’appliquer à connaître les lois et les usages de la société; aux hommes faits incombe d’agir et d’occuper les charges publiques; aux vieillards les fonctions de juge et l’entrée dans les conseils en raison de leur expérience.»—Une autre sentence grecque dit pareillement: «Le vieillard délibère, l’homme fait agit, l’adolescent s’instruit.»
31, Paix.—De nos jours, ce sont les manœuvres dites à double action, que clôturent les manœuvres d’automne, qui constituent cette préparation à la guerre; mais ici encore on a trop tendance à donner dans l’extrême.—C’est sans contredit une chose excellente que tout chef fasse manœuvrer sur le terrain l’unité qu’il commande, en vue de la conduite à tenir à une proximité telle de l’ennemi, qu’on peut en venir aux mains d’un moment à l’autre. Or, dans ces conditions, le commandement immédiat ne saurait excéder le corps d’armée; par suite, deux corps d’armée agissant l’un contre l’autre est le maximum d’envergure qu’on peut raisonnablement donner à ces manœuvres. Cette limite imposée dans la réalité par l’étendue des fronts à la guerre, l’est encore ici par les invraisemblances du temps de paix qui augmentent considérablement avec les effectifs en présence et les espaces sur lesquels on opère; et si quand même on veut faire concourir à une même action au delà de deux corps d’armée opposés, on en arrive au grotesque et chacun y désapprend au lieu d’apprendre; du reste c’est surtout avec des effectifs moyens, composés des trois armes (régiment, brigade, division), qu’en dehors de toute autre considération les manœuvres de ce genre sont le plus profitables.
A la vérité, il est non moins indispensable de former le commandement et les états-majors à la manœuvre et à l’établissement des ordres de mouvement d’effectifs comprenant plusieurs corps d’armée dans la période qui prend fin au moment où la bataille est sur le point de s’engager, alors que par exemple la distance qui sépare les masses opposées n’excède pas une journée de marche, soit une vingtaine de kilomètres; mais, pour cela, les manœuvres dites sur la carte satisfont amplement; les hypothèses suffisent, la présence des troupes n’ajoute rien, bien plus elle est nuisible par les conditions différentes du temps de guerre dont il faudrait tenir compte; la vue du terrain n’est pas indispensable; il ne l’est pas davantage que chefs et états-majors soient réunis, chacun peut demeurer à son poste habituel; le travail peut se faire et s’est fait (car ce n’est point là une innovation) par correspondance, les participants aux quatre coins de la France; il peut prendre des mois, cela importe peu, d’autant qu’il faut laisser à chacun le temps de la réflexion, point capital quand il s’agit d’études.
Quant aux manœuvres d’automne, limitées quant aux effectifs comme il a été dit, leur durée devrait être de sept à neuf jours, coupée par une journée de repos et non compris l’aller et le retour; les cantonnements, changés le moins possible, n’être pas distants de plus de 8 à 10 kilomètres du point initial de la manœuvre et de celui où elle doit prendre fin. On y arriverait par l’emploi de la tente-abri, concurremment avec le cantonnement; la saison s’y prête, elle ne surchargerait pas outre mesure l’homme qui ne porte à peu près rien, il ne perdrait pas l’habitude d’en faire usage, le temps donné à la manœuvre s’en trouverait accru et bien des situations de guerre pourraient être envisagées dont il n’est pas tenu compte actuellement.—La revue finale est à supprimer; elle donne à la vérité occasion aux hommes politiques de se montrer, de prononcer des banalités, de prodiguer des éloges sans valeur parce que la compétence leur fait défaut; mais en dehors de cela elle est sans utilité, influe quelquefois défavorablement sur la conduite des manœuvres et ajoute à la dépense.
Les manœuvres dites de forteresse, comme celles du service de santé, sont de la plus complète inutilité: les premières par l’impossibilité d’exécuter les travaux de terrassement dans les conditions et avec tout le développement que comporte la réalité, les secondes parce que tout y est fictif; de simples conférences sur le terrain les remplaceraient avantageusement. De même les manœuvres avec tirs réels et aussi les feux de guerre constituent des superfluités coûteuses, dont les résultats sont absolument nuls; la détermination des effets du tir dans telles et telles conditions se fait dans les polygones; ces expériences sont à reproduire de temps à autre dans les garnisons en se plaçant dans les meilleures conditions de réussite pour que chacun puisse en juger, tout le monde sachant du reste que plus on s’éloigne de ces conditions et notamment quand la distance est mal appréciée, les résultats déclinent rapidement pour en arriver facilement à être réduits à zéro et tout exercice réel de ce genre est superflu.
34, Permettoit.—Diogène Laerce, IV, 38.
35, Demis.—Ses détracteurs ont également reproché à Sénèque d’avoir écrit sur le mépris des richesses, alors que lui-même en avait de considérables; chez n’importe qui le luxe n’a rien de répréhensible, s’il a été bien acquis. Le mal, en pareil cas, n’est pas d’y entrer et d’en user, mais de savoir en sortir.
2, Patience.—On juge, en effet, de tout par comparaison; et souvent, on est moins malheureux quand on voit plus malheureux que soi.
5, Accoustumance.—Au dernier alinéa du ch. XIX de ce même livre, Montaigne a déjà dit que les paysans et les gens du commun ont plus de véritable philosophie.
22, Saluste.—Catil., 4.
23, Cyrus.—Xénophon, Économique, IV, 20.
30, Rufus.—Pline, Epist., I, 3.—C’est à un Caninius Rufus, au lieu de Cornelius Rufus, que ce conseil est adressé.
37, Immortelle.—Cicéron, Orator, 43.—«Si tu cherches la retraite, que ce soit pour parler à toi, et non pour faire parler de toi», dit, au contraire, Sénèque, Epist. 25. V. I, 428.
5, Contradiction.—N’en déplaise à Montaigne, il n’y a pas contradiction à chercher à occuper ses loisirs, quand on s’est retiré de la vie publique. Outre que, sans cela, on serait le plus souvent à charge à soi-même et aux autres, on ne saurait blâmer ceux qui emploient au mieux de ce qui leur est possible «les restes d’une vie qui s’en va, d’une ardeur qui s’éteint». Du reste, développant son idée, l’auteur ne critique que l’excès que l’on peut apporter dans les occupations nouvelles auxquelles on se livre, ce en quoi il a raison; mais, là où tout le monde peut ne pas partager son enthousiasme, c’est quand il exalte ceux qui se confinent dans la solitude, pour y mener une vie exclusivement contemplative; leur tranquillité relative est indéniable, mais pour avoir droit au repos, il faut l’avoir gagné, et c’est pourquoi, en ce qui les concerne, chaque cas est à juger en particulier.
21, Conseil.—Le conseil de Pline à Rufus.
22, Liures.—Les éd. ant. à 88 aj.: si elle a faute de regle et de mesure, elle.
31, Philistas.—Passage traduit de Sénèque, Epist. 51.—De ce nom «Philistas», ou mieux de celui de Phélestas (en grec φηλήτης) que les anciens Égyptiens donnaient aux voleurs de grand chemin (d’où viennent le mot latin fallere tromper et le mot français filou), a pu provenir celui de Philistins, attribué par les Hébreux à ces tribus qui occupaient une partie de la côte de Syrie, aux dépens desquels ils s’établirent, avec lesquels ils furent si fréquemment en guerre, et le nom est peut-être l’origine de celui de Palestine, donné par les Romains à cette contrée.
34, Suitte.—Ésope conte que Jupiter, voulant un jour mêler ensemble la volupté et la douleur, n’y parvint pas, et décida alors qu’elles se suivraient mutuellement, règle qui, en fait, est bien loin d’être d’application courante, aussi Antisthène recommandait-il de rechercher les plaisirs qui suivent la peine et non ceux qui la précèdent.