7, Bastantes.—Suffisantes; de l’italien bastare, suffire, d’où vient également «baste» encore en usage dans le style familier.
12, Quartier.—Pays.
15, Consideration.—Il est à remarquer que Montaigne parle toujours avec plus de chaleur et d’enthousiasme de ces liaisons où le sang n’est pour rien, de son amitié avec La Boétie, de son alliance avec Mlle de Gournay, que de ses affections de famille.
16, Aage.—Dans ce siècle, en ce temps.
28, Ouuroirs.—Ateliers. Ce mot «ouvroir», qui s’appliquait jadis aux locaux où «ouvraient» (travaillaient) les gens de métier, ne se dit plus aujourd’hui que de locaux où on forme les jeunes filles à la couture et d’autres travaux analogues, et où des associations charitables exécutent, préparent des travaux de même genre pour les jeunes filles et femmes pauvres.
2, Fermir.—Appuyer, fortifier; du latin firmare.—Affermir, qui est d’usage, a même racine et à peu près même signification; ferme, fermeté en dérivent plus directement encore.
3, Solide.—Allusion aux Commentaires de César et à l’Anabase de Xénophon, où tous deux font le récit de faits auxquels ils ont pris part; c’est également ce qui donne tant d’intérêt aux Commentaires de Napoléon.
8, Rogatus.—Le texte d’Horace porte coactus, qui signifie: je ne fais cette lecture qu’à mon corps défendant, lorsque j’y suis obligé; le changement apporté par Montaigne exprime plus exactement sa pensée.
14, Turgescat.—L’éd. de 88 donne le vers de Perse en entier, ajoutant: dare pondus idonea fumo (de donner du poids à la fumée).
18, Image.—A entrer en communication avec moi et me rappeler à son souvenir, grâce à ce tableau que je trace de moi-même.
29, Seing.—Add. de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer dans la traduction: des heures (livre de prières, dénomination qui subsiste encore).
30, Peculiere.—Particulière, personnelle; du latin peculiaris, qui a même signification.—Les éd. ant. ajoutent: vn harnois, vne espée qui leur a serui, ie les conserue pour l’amour d’eux, autant que ie puis, de l’iniure du temps.
30, Gaules.—On vaquait beaucoup à ses affaires, à cheval, en ce temps; et on a supposé que ces longues gaules pouvaient être des sortes de cravaches confectionnées en bois de houx ou tout autre également flexible, comme il s’en fait aujourd’hui dans le Roussillon en bois de micocoulier; peut-être n’était-ce que de simples baguettes comme on en tient souvent à la main; mais en raison du qualificatif qui les accompagne, il y a plutôt probabilité que ce devait être de longs bâtons, constituant de hautes cannes, comme celles qui furent si fort à la mode sous Louis XIV.
36, Escriture.—L’imprimerie.
37, Aisée.—Les éd. ant. ajoutent: pour m’exempter de la peine d’en faire plusieurs extraits à la main.
4, Testonner.—Ajuster, parer. La Fontaine a employé ce mot, en l’expliquant, dans sa fable «L’homme entre deux âges»:
7, Premieres.—Me peignant pour autrui, je me suis réellement rendu meilleur que je n’étais auparavant; le portrait a formé l’original.
8, Autheur.—Mon livre et moi sommes un; je ne suis pas autre qu’il me représente, et il n’est pas différent de ce que je suis. C’est cette même idée dont Montaigne tirait parti, quand il écrivait à Henri III, auquel il avait fait hommage de la première édition des Essais et qui l’en avait fait complimenter, disant que l’ouvrage lui plaisait extrêmement: «Il faut donc que je plaise à Votre Majesté, car il ne contient qu’un discours (une reproduction) de ma vie et de mes actes.» Bonnefon.
13, Heure.—Dans un soliloque de quelques instants.
13, Primement.—Exactement.
32, Sagoin.—Sagouin, sorte de petit singe.—Allusion ironique appliquée à un Sagon, par Marot contre lequel était dirigée son épître intitulée: «Fripelippes, valet de Marot, à Sagon».
6, Pindare.—Clément d’Alexandrie, Strom., VI, 10; Stobée, Serm., XI.
13, François.—Vers 450, époque où écrivait Salvianus, De Gubernatione Dei, I, 14; il s’agissait des Francs, tribu de la Germanie, qui habitaient entre le Mein, la mer du Nord, l’Elster et l’Elbe, et qui venaient d’envahir la Gaule septentrionale.
31, Ancien.—Plutarque, Lysandre, 4.
34, Vilité.—Bassesse; du latin vilitas, comme l’adjectif vil qui est demeuré dans notre langue.
11, Prononcée.—Rien chez les Perses, lit-on dans Hérodote, n’est si honteux que mentir; et, après le mensonge, que contracter des dettes, surtout, disent-ils, parce que celui qui a des dettes, ment nécessairement.
11, Grece.—Lysandre; voir sa vie dans Plutarque.
19, Grecs.—A l’appui de cette assertion on peut, entre autres, indiquer les deux faits historiques ci-après:—Marius, défié par un des chefs ennemis, lors de la guerre sociale (90), qui lui criait: «Si tu es si grand capitaine, viens te battre avec moi!» lui répondit: «Si tu es toi-même si grand guerrier, force-moi à combattre.»—Après la bataille d’Actium (31), Antoine ayant envoyé défier Octave, celui-ci répondit qu’Antoine avait assez d’autres chemins pour aller à la mort, sans s’exposer à périr honteusement comme un gladiateur.
26, Barbe.—Plutarque, Pompée, 16; Caton d’Utique, 7.—Il n’est pas exact que César fût appelé voleur à sa barbe. Il était en Gaule et Curion demandant au Sénat, ou que Pompée congédiât son armée, ou que César fût autorisé à retenir la sienne sous les drapeaux, le consul Marcellus, traitant ce dernier de brigand, opina pour qu’il fût déclaré ennemi de la Patrie, s’il ne posait immédiatement les armes.—Quant à la circonstance où Caton le qualifia d’ivrogne devant ce même corps constitué, elle est relatée au ch. XXXIII de ce même livre des Essais (II, 638).
Ce chapitre, traduit presque textuellement d’Ammien Marcellin, contient un bel éloge de l’empereur Julien; et, à son tour, a fourni à Voltaire la plupart de ce qu’il a dit sur ce prince.—Ce même chapitre, en raison des termes en lesquels il y est parlé de Julien, et avec lui les passages où, dans les Essais, sont taxés de cruauté les supplices au delà de la mort simple, et surtout l’usage répété qui s’y rencontre du mot «fortune», employé dans le sens de hasard, de fatalité, en place de celui plus orthodoxe de Providence, donnèrent lieu, à Rome, en 1580, de la part de la censure, à des observations dont l’auteur, du reste, ne tint aucun compte. V. N. I, 588: Indisciplinatis, et V. N. III, 474: Reuere.
16, Monde.—Vopiscus, in Tacito imp., 10.
18, Creance.—Une grande partie des ouvrages de cet historien a été perdue, Montaigne en donne l’explication. Nous n’avons que des fragments de ses Annales qui allaient de la mort d’Auguste à celle de Néron; et de ses Histoires qui vont de l’avènement de Galba jusqu’à Nerva. Tacite est universellement regardé comme le plus grand historien des temps anciens; il est grave, profond, énergique, concis sans manquer d’abondance; il peint ses portraits des plus vives couleurs; ses jugements flétrissent le crime et la tyrannie; il est d’ailleurs exact, n’écrivant que ce qu’il a vu ou que des contemporains lui ont raconté.
22, Julian.—Était neveu de Constantin le Grand. Envoyé en Gaule avec le titre de César, il fixa son séjour à Lutèce (Paris) et se signala contre les Germains. Élu empereur en 361, il renonça ouvertement au christianisme dans lequel on l’avait élevé, ce qui le fit surnommer l’Apostat (du grec ἀφίσταμαι, se retirer), et fit de vains efforts pour relever le paganisme. Il ne régna que deux ans; durant ce temps, il fit de sages lois, réforma les abus les plus criants, fit la guerre aux Perses, débuta par des succès, mais dut battre en retraite, la région où il avait pénétré ayant été dévastée par l’ennemi et n’offrant plus aucunes ressources; blessé mortellement au cours de cette retraite, il mourut peu après (363).—Dédaigné à la cour dans sa jeunesse, il s’était adonné à l’étude et possédait à fond l’éloquence et la philosophie; il appartenait à l’école des Stoïciens dont il portait le manteau, la longue barbe, en même temps qu’il pratiquait l’austérité de leurs mœurs; jamais sa haine contre le christianisme ne le porta à aucune violence contre les Chrétiens.
23, L’apostat.—«Ce sont deux grands écueils de tout croire et de ne rien croire. Si vous voulez savoir quels étaient Constantin et Julien, ne croyez ni tout le mal qu’on a dit de Julien, ni tout le bien qu’on a dit de Constantin.» Catherinot.
23, Rare.—Par ses vertus et ses actes, l’empereur Julien a été au-dessus de son époque, et Montaigne, avec juste raison, le représente comme tel.—Il est à observer toutefois, d’une façon générale, que notre auteur ne se piquait nullement d’exactitude, acceptait sans les contrôler (il en a fait l’aveu I, 150) tous faits et dires qu’il jugeait à propos, pour les traiter à sa mode; si ses déductions sont presque toujours frappées au coin de la logique et du bon sens, on ne saurait cependant sans discussion s’appuyer sur son autorité en matière d’histoire ou de science.
30, Vne.—Ammien Marcellin, XXIV, 8.
2, Predecesseurs.—Ammien Marcellin, XXII, 10; XXV, 5 et 6.—«Julien, a dit Voltaire, qui eut le malheur d’abandonner la religion chrétienne, mais qui fit tant d’honneur à la religion naturelle; Julien, le scandale de notre église et la gloire de l’empire romain.»—Plus philosophe qu’empereur, il était de ceux qui, si déjà l’empereur Antonin ne l’avait exprimé, auraient pu inspirer à Etienne Tabourot, auteur comique du XVIe siècle, ces mauvais vers qui traduisent une pensée assurément juste:
4, Marcellinus.—Ammien Marcellin.—V. II, 58 et N. Marcellinus. A écrit une histoire des empereurs romains depuis Nerva jusqu’à Valentinien; le premier livre en est perdu. Cet ouvrage jouit d’une grande autorité, surtout dans sa dernière partie, où l’auteur rapporte ce qu’il a vu; la modération, bien rare pour l’époque, qu’il apporte quand il parle du christianisme et du paganisme, fait qu’on ne peut deviner par ses écrits et qu’on ne sait, quoique Montaigne donne à supposer ici qu’il était chrétien, à quelle religion il appartenait.
4, Histoire.—Amm. Marcellin, XXII, 10, etc.
9, Nous.—Chrétiens.
11, Recitent.—Sozomène, Hist. ecclés., V, 4.
16, Affectant.—Julien affecta, témoigna en cette circonstance.
21, Sang.—Eutrope, X, 8.—Sans persécution; par opposition à celles qu’à diverses reprises avait eu à endurer le christianisme naissant.—L’édition de 1580 porte ici le passage afférent à l’exclamation prêtée à l’empereur Julien, lorsqu’il se sentit frappé à mort, que l’édition de 1595 reproduit légèrement modifiée, un peu plus loin (II, 534: Ce langage, etc.).
24, Constantius.—Amm. Marcellin, XXII, 2.—A la mort de Constantin le Grand (337), l’empire fut partagé entre ses trois fils: Constantin, Constance et Constant. Le second ne tarda pas à demeurer seul par suite de la mort de ses frères (350); mais il se rendit tellement odieux, que les armées de Gaule proclamèrent Julien empereur; il marchait contre lui, quand la mort le surprit en route (361).
26, Accoustumoit.—Les éd. ant. ajoutent: tousiours.
27, Guerre.—Amm. Marcellin, XVI, 2.
31, Estudier.—Id., XVI, 17; XXVI, 5.
40, Artifice.—Id., XVI, 2.
8, Armées.—Amm. Marcellin, XXV, 3.
13, Sacrifices.—Id., XXV, 6.
27, Gloire.—Id., XXV, 4.
28, Brutus.—Dans la nuit qui précéda la première bataille de Philippes (42), où Cassius, battu, se tua, Brutus, qui commandait avec lui, avait vu apparaître un fantôme qui, interpellé, lui dit: «Je suis ton mauvais génie, tu me verras dans les plaines de Philippes.» Un mois après, la veille de la deuxième bataille de ce nom, où, à son tour, Brutus éprouva le même sort que Cassius, et comme lui se tua, cette vision se serait renouvelée. V. N. II, 646: Brutus.
29, Mort.—Amm. Marcellin, XX, 5; XXV, 2.
30, Nazareen.—Théodoret, Hist. ecclés., III, 20.
35, Attache.—Ce passage: «Ce langage... attache» (lig. 29 à 35), existe un peu modifié dans l’édition de 1580 (V. N. II, 532: Sang); supprimé dans les éditions suivantes, il a été rétabli dans celle-ci où nous le retrouvons.
36, Marcellinus.—Amm. Marcellin, XXI, 2.
5, Constantinople.—Paraît avoir été fondée par les Grecs, sous le nom de Byzance, à une époque très reculée et avoir joué dès les temps les plus anciens un rôle important; à diverses reprises ravagée ou détruite, elle devint sous Constantin le Grand, qui lui donna son nom, la capitale de l’empire (330), et bientôt surpassa Rome même, par la magnificence de ses monuments, sa population, ses richesses et son commerce. Les Turcs s’en sont emparés et en ont fait leur capitale en 1453.
8, Religion.—Amm. Marcellin, XXII, 3.
12, Intelligence.—Cette même politique avait été observée, au dire de Diodore de Sicile, par les Égyptiens qui laissaient se multiplier chez eux divers cultes, dans l’idée que les dissensions qui se produiraient entre eux, détourneraient de créer des difficultés au gouvernement; c’est un peu ce que chercha à faire Catherine de Médicis pour contenir les catholiques par les protestants et réciproquement; c’est également le système actuel de gouvernement des sultans de Constantinople, ce n’est en somme qu’une application particulière du principe d’application si générale: «Diviser, pour régner.»
31, Elemens.—L’air, le feu, la terre et l’eau, tenus encore, du temps de Montaigne, comme les éléments essentiels de tout ce qui a vie.
32, Matiere.—Les éd. ant. ajoutent: plus vile.
1, Seruice.—L’or et l’argent, en raison de leur peu de dureté relative, ne sont, en effet, employés à l’état pur, ni dans les monnaies, ni dans l’orfèvrerie, mais alliés au cuivre à raison de 9/10 de métal fin (or ou argent) et 1/10 de cuivre pour les monnaies; pour les pièces d’orfèvrerie la proportion de l’alliage (du cuivre) est un peu plus forte.
4, Aristippique.—Telle que la conçoit l’école cyrénaïque fondée par Aristippe. V. N. II, 240: Cyrenaiques.
12, Morbidezza.—Terme de peinture et de sculpture; mollesse et délicatesse des chairs, en particulier chez la femme et chez l’enfant.
17, Donnent.—C’est là une pensée d’Épicharme, conservée par Xénophon, dans ses Mémoires sur Socrate, II, 1, 20. Elle a été reproduite par Voiture: «Pour l’ordinaire, la fortune nous vend bien chèrement ce qu’on croit qu’elle nous donne.» Elle se retrouve chez La Fontaine, qui dans son poème de «Philémon et Baucis» semble l’avoir imitée de Voiture:
De son côté, Voltaire dit:
21, Socrates.—Dans le Phédon de Platon.
23, Metrodorus.—Sénèque, Epist. 99.
29, Melancholie.—La Fontaine, dans Psyché, II, exprime la même pensée:
32, Seneque.—Epist. 63.
34, Veteris.—L’ex. de Bordeaux porte vetuli, et aussi le texte de Catulle.
3, Fondre.—S’enfoncer, s’effondrer, succomber.
7, Enfondrer.—Où il ne peut se fixer et où il craint de s’embourber.
16, Platon.—Telle n’est pas la pensée beaucoup plus restrictive émise par Platon, République, IV, 5, qui dit que si au préalable on ne fait pas l’éducation de la jeunesse et qu’on ne la dresse pas à respecter les lois, elles deviennent inutiles, parce qu’il n’y en a pas de parfaites, et quelque amendement qu’on y apporte, on ne pare à un inconvénient qu’en en substituant d’autres, si bien que quelles qu’elles soient, elles sont toujours en défaut dans un cas donné. Naigeon.
17, Hydra.—L’hydre de Lerne, serpent monstrueux qui, d’après la Fable, séjournait dans le lac de Lerne en Argolide (Grèce ancienne); il avait sept têtes, et chacune repoussait à mesure qu’on la coupait; Hercule en délivra la terre. Le monstre, transporté au ciel, forme la constellation australe de l’Hydre. Myth.
26, Pourtant.—C’est pour cela que...
6, Verité.—Cicéron, De Nat. deor., I, 22; Bayle, Simonide.—Le roi Hiéron avait prié Simonide de lui dire ce que c’est que Dieu; celui-ci lui répondit qu’il avait besoin d’un jour pour examiner la question. Le lendemain, le roi ayant renouvelé sa question, le poète demanda encore deux jours pour faire réponse; et, chaque fois, il alla doublant le nombre de jours demandés. Cicéron, rapportant le fait, dit: «Je crois que Simonide, après avoir promené son esprit d’opinions en opinions, toutes plus subtiles les unes que les autres, et cherché vainement la plus probable, désespéra finalement de trouver la vérité.»
6, Qui.—Cet alinéa fait suite à l’avant-dernier de ceux qui précèdent; entre les deux a été intercalé l’incident de Simonide, qui n’existe pas dans les éditions précédentes, d’où un peu d’obscurité dans le texte.
8, Engin.—Un esprit ordinaire, de moyenne capacité; vient du mot latin ingenium, esprit.
12, Mesnage.—D’économies, de savoir-faire.
18, Conte.—Probablement Henri III; ce fut aussi le caractère de Louis XV.
23, Debout.—Suétone, Vespasien, 24.
25, Propos.—Spartien, Verus, 6. «Un empereur doit mourir dans la plénitude de ses facultés physiques et morales et non affaibli par l’âge ou les maladies.» On peut du reste en dire autant de tous ceux qui ont à commander ou à administrer, toutefois l’application de ce principe augmente d’autant plus d’importance que la fonction occupée en a elle-même davantage.
30, Appoltronny.—Proprement accoutumé au lit; viendrait de poltroniser, dérivé lui-même de poltro qui, en italien, signifie lit, couche, oreiller, coussin; d’où, par extension, s’accoutumer à la paresse, rendu lâche, énervé; c’est là une étymologie de notre mot poltron, quelque peu différente de celle qu’on lui attribue généralement (V. N. II, 568: Voyage).
32, Nonchalant.—Si peu soucieux.
13, Absence.—Henri de Navarre, devenu Henri IV.
13, Selym I.—Plein de courage et de fermeté, mais ambitieux, perfide et cruel, Sélim Ier détrôna et fit périr son père, ordonna la mort de plusieurs de ses frères, soumit la Syrie et prit le titre de calife (vicaire de Mahomet), dont il déposséda le dernier calife Abbasside de Bagdad et que ses successeurs à Constantinople ont conservé depuis; conquit l’Égypte sur les Mamelouks, la Mecque et Alger.
15, Completes.—Cela est exact; mais, par contre, tout aussi vrai quand au lieu de victoires que l’on remporte, ce sont des défaites que l’on éprouve: François Ier, à Pavie; Philippe de Valois, à Crécy; Jean le Bon, à Poitiers; Charles XII, à Pultawa; Napoléon, à Waterloo, etc.—C’est là du reste une question qui n’est pas d’actualité en France où de parti pris le chef de l’État n’a guère chance d’être un soldat; il semble d’ailleurs devoir en être de même dans un avenir prochain du Ministre de la guerre. Les gens politiques n’ont-ils pas toute science infuse, et qu’y aura-t-il de changé sauf que les bureaux dirigeront au lieu d’être dirigés, et que le personnel sera bouleversé au gré des influences et passions politiques du moment? Aussi, ce qu’en semblable situation on peut espérer de mieux pour notre état militaire c’est l’existence d’un Conseil supérieur de la guerre, comprenant tous ceux désignés pour, en cas de guerre, exercer le commandement de nos armées, dont les avis en toute question militaire de quelque importance soient d’obligation et toujours communiqués in extenso à qui il appartient de décider; l’établissement des tableaux d’avancement et l’initiative des nominations à tous les hauts grades et emplois de l’armée devraient également lui être attribués. La guerre éclatant, le Ministre, qu’il soit civil ou militaire, demeurerait, continuant à pourvoir aux besoins de tous, avec l’assistance de l’un des sous-chefs de l’État-Major général du temps de paix, toujours prêt à remplacer son chef, devenant, ipso facto, le Major général des armées opérant sur le principal théâtre d’opérations. Une fois les hostilités commencées, ce sont les événements qui décident de ce qui suit, toute prévision à cet égard est sans objet, toute idée préconçue peut être une entrave; il faut et il suffit que les hommes appelés à y pourvoir aient été choisis à hauteur de la tâche qui peut leur incomber, qu’ils soient au fait de la situation et aient du caractère.
17, Pensée.—Cela n’a jamais été d’une absolue vérité, l’action dirigeante du chef en dehors du combat ayant toujours eu quelque influence sur le résultat, bien qu’incomparablement moindre qu’aujourd’hui, comparée à sa conduite pendant le combat proprement dit. D’abord on ne manœuvrait guère autrefois, on se bornait généralement à se porter à la rencontre les uns des autres; et, d’autre part, le combat se livrait sur une étendue peu considérable, si élevés que fussent les effectifs en présence; tout ce qui s’y passait, était vu d’un grand nombre et, transmis à la voix, était à l’instant su de tous; l’effet en était immédiat, et dans ces conditions l’attitude du chef était d’importance capitale.—De nos jours, c’est tout autre: Dès le principe et longtemps avant qu’on n’en vienne aux mains, le chef manœuvre en vue d’acquérir la supériorité morale, d’avoir toute liberté de mouvements et d’entraver celle de l’adversaire, et de faire que, tout en ne se compromettant pas trop lui-même, un succès de sa part, quand le heurt se produira, soit aussi désastreux que possible pour son ennemi. Quand approche le moment de l’action, il prend, dans la mesure du possible, les dispositions que commande la situation. Quand elle s’engage, il observe, mais de loin pour mieux juger de l’ensemble sans être distrait par les détails, et n’intervient que par l’envoi en ligne de ses réserves quand il le juge utile. Lorsqu’elle prend fin, c’est lui qui, s’il a le dessus, s’applique à faire que la poursuite transforme la défaite de l’adversaire en déroute, ou à le contenir s’il a le dessous. Du commencement à la fin, sa pensée est toujours en action, et moins il engage sa personne, mieux il fait; sur une zone aussi étendue que celle sur laquelle se livrent les combats actuels, à moins qu’il ne s’agisse d’un engagement insignifiant par le nombre des combattants, l’intervention personnelle d’un chef, dans la mêlée, ne saurait guère excéder en résultat physique celle du moindre de ses soldats, elle a toute chance d’être sans effet réellement utile, et risque fort de compromettre la direction.—Cette dernière partie de l’assertion de Montaigne qui, de fait, est on ne peut plus vraie, doit donc s’entendre du chef qui, présent sur le théâtre de l’action, exerce le commandement effectif des troupes engagées, à l’encontre de celui qui, à distance, prétend gouverner les événements et dicter des ordres à ceux qui, sur place, sont aux prises avec les difficultés dont il ne peut juger.
20, Ferme.—«Ayant les pieds sur la terre ferme», comme un planteur de choux. Coste.
21, Hottomane.—Branche de la race turcomane (race dominante dans le Turkestan, en Perse et en Asie Mineure), du nom d’Othman I, fondateur de l’empire turc (XIIIe siècle).
25, Ammurath.—Vainquit les Perses et les Hongrois, enlevant aux premiers trois provinces, aux seconds, l’importante place de Raab; avait débuté en faisant étrangler ses cinq frères, tous en bas âge.
27, Edouard.—Prétendant à la couronne de France, du chef de sa mère, sœur de Charles le Bel, gagnait contre Philippe de Valois la bataille de Crécy (1346), prit Calais (1347) et plusieurs autres villes; son fils le prince de Galles gagnait sur le roi Jean, successeur de Philippe, la bataille de Poitiers (1356); mais moins heureux contre Charles V, il perdait peu à peu toutes ses conquêtes et ne possédait plus que quelques places maritimes en France, quand il mourut.
28, Charles.—Fit avec succès la guerre à Edouard III d’Angleterre qui avait envahi la France, au roi de Castille, et réunit à la couronne le Poitou, la Saintonge, le Rouergue, une partie du Limousin, le comté de Ponthieu et la Guyenne. Il eut pour généraux Olivier de Clisson, Bertrand du Guesclin, Boucicaut; témoin des malheurs causés par la captivité de son père Jean le Bon, fait prisonnier à la bataille de Poitiers, il s’était fait une loi de ne point commander ses troupes en personne et dirigeait tout du fond de son cabinet.
33, Castille.—Montaigne fait ici allusion à la découverte et à la conquête du Mexique, du Pérou, de la Nouvelle-Grenade, du Chili et de Buenos-Ayres, réalisées à cette époque, au nom des rois de Castille, par les Christophe Colomb, les Fernand Cortez, les Pizarre, etc.
33, Portugal.—Par les expéditions de Diaz, de Vasco de Gama, de Cabral, les conquêtes d’Albuquerque, le Portugal, au XVIe siècle, était maître, en Asie, des Indes, des Moluques, et en Amérique, du Brésil.
35, Facteurs.—Agents des grandes compagnies par lesquelles, jadis, les états européens exploitaient leurs colonies.
39, Respirer.—Zonaras, d’où ceci est tiré, dit: «Julien se démontra si sobre, que presque il ne rotait ni ne crachait et allait jusqu’à dire que, s’il était possible, un philosophe devrait même se garder de respirer.»
3, Persienne.—Xénophon, Cyropédie, I, 2, 16, ne parle pas plus de la sueur à propos des Perses, que Zonaras à propos de Julien; il dit seulement qu’il était déshonnête parmi eux de cracher, de se moucher et de paraître plein de vents.
5, Seneque.—Epist. 88.
10, Fortune.—«Venez voir mourir un maréchal de France,» disait Ney faisant à Waterloo (1815) un dernier effort, avec la brigade Brue, contre les lignes anglaises prenant l’offensive pour seconder l’action de Blücher. «Je ne rentrerai à Paris que mort ou victorieux,» disait de son côté le général Ducrot, en sortant pour livrer la bataille de Champigny (1871). Et tous deux, bien que demeurés constamment exposés aux coups des ennemis, se retrouvaient vivants en fin d’action, malgré ce qu’ils avaient dit et espéré.
17, Gradiuum.—Porteur de glaive, surnom du dieu Mars.
18, Deos.—En 479. Les Romains, en guerre avec les Èques, avaient vu échouer leurs efforts par l’insubordination de leurs soldats, motivée par une loi agraire en discussion à Rome. Redoutant la même mauvaise volonté l’année suivante, alors qu’on était en présence des Étrusques, qui venaient les insulter jusque dans leur camp, les consuls refusèrent quand même d’en venir aux mains, jusqu’à ce que leurs soldats eussent juré de vaincre ou de mourir, ce qu’ils firent, et tinrent parole, à l’encontre de ce qu’en dit Montaigne.—Celui-ci semble confondre cet épisode avec celui des Fabiens, guerriers à l’effectif de 306, tous de la famille Fabia, qui, deux ans après (477), ayant à leur tête le consul Fabius Vibulanus, se chargèrent à eux seuls de combattre les Véiens, qu’ils battirent en diverses rencontres; mais étant tombés dans une embuscade, ils périrent tous, accablés par le nombre.
31, Philistus.—Plutarque, Dion, 8. Philistus défait fut, suivant les uns, pris et tué par les ennemis; selon d’autres, il se tua pour ne pas tomber entre leurs mains.
38, Frustratoirement.—Inutilement, en vain. Frustratoire est encore en usage au palais; frustratoirement n’est plus français.
4, Castille.—De Thou, LXV.—Bataille d’El-Ksar el-Kebir, au Maroc, en 1578. Y périrent: Sébastien, roi de Portugal, qui disparut dans le combat; le vainqueur Muley Abd el-Melek, roi de Fez et de Maroc, terrassé par la maladie dans le cours même de la bataille; Muley Mohammed, son neveu, qu’il avait détrôné et à l’instigation duquel était venu Sébastien, auquel il s’était joint, se noya dans sa fuite; de la sorte périrent par la maladie, le fer et l’eau, trois rois dans cette même journée.—Sébastien ne laissant pas d’enfants, le cardinal Henri, son oncle, lui succéda; et, à la mort de celui-ci (1580), Philippe II, roi d’Espagne, s’empara de la couronne du Portugal.
34, Tracasser.—Mener çà et là, malgré les souffrances qu’il éprouvait.
2, Nouuelle.—De Thou, LXV, raconte qu’on prêtait le même fait à Charles de Bourbon, l’ancien connétable, tombant expirant au pied des murailles de Rome, à laquelle il donnait l’assaut avec les bandes à la tête desquelles il s’était mis (1527).—Nelson, en 1805, à Trafalgar, en agit de même: blessé à mort sur le pont de son vaisseau amiral, et transporté dans sa chambre, il se fit couvrir la figure et ses décorations de son mouchoir, afin de n’être pas remarqué de l’équipage et de ne pas l’impressionner défavorablement.
10, Main.—V. N. II, 430: Premier.—Une fois sa résolution arrêtée, dit Plutarque qui raconte cette mort avec grands détails, ayant près de lui l’épée avec laquelle il était décidé à se tuer, il s’endormit lisant le Phédon et alternativement prenant un peu de repos.
13, Essaye.—Éprouve, fatigue.
13, Lisois.—Dans la Cyropédie de Xénophon, VIII, 6, 9.
20, Gruës.—Les empereurs du Mexique avaient des courriers à pied, qui atteignaient à peu près à la même vitesse; ils étaient dressés à la course et leurs exercices, à Mexico, avaient comme but final les pieds d’une idole auxquels on arrivait en montant 120 marches.
20, Cæsar.—De Bello civili, III, 11.
24, Mille.—Suétone, César, 57. Le mille romain valait environ 1500m (exactement 1481); cent milles font donc à peu près cent cinquante kilomètres.
27, Tiberius Nero.—Pline, Nat. Hist., VII, 20. Tibère, le même qui devint plus tard empereur. Le fait se passait en l’an 9; son frère Drusus, après de nombreux succès en Gaule, opérait en Germanie, quand il tomba malade et mourut. Tibère prit la conduite des opérations et acheva la déroute des Germains, 8.
3, Peruenit.—Tite-Live, XXXVII, 7.—En 190; l’armée romaine, en marche contre Antiochus, devait traverser la Thrace; Sempronius Gracchus fut député à Philippe de Macédoine dont elle dépendait, pour pénétrer ses sentiments et savoir si on l’aurait pour ou contre soi.—La distance d’Amphise à Pella est d’environ trois cents kilomètres.
3, Postes assises.—Relais permanents, d’usage habituel.—Louis XI, en France, fut le premier qui établit un service de poste régulier; les relais étaient placés de deux en deux lieues (8 kilomètres).—Qu’est-ce que la vitesse de ces moyens de transport auprès de celles réalisées de nos jours par les moyens de locomotion qui sont venus s’ajouter aux anciens; alors que sur hippodrome, la plus grande vitesse obtenue à pied a été de cinq kilomètres en seize minutes et celle à cheval de 3.000m en 3m 15 (réalisée en 1903, par Quo Vadis, au Grand Prix de Paris), déjà avec le vélocipède, dont aujourd’hui tout le monde use, on fait aisément d’une façon suivie sur une bonne route 25 à 30 kil. à l’heure; tandis qu’en mer on arrive à des vitesses de 33 nœuds (60 kil. à l’heure) par des torpilleurs; l’Angleterre a même actuellement sur chantier un croiseur qui doit marcher à 36 nœuds (65 kil. 400); des trains de chemin de fer vont couramment à la vitesse de 100 kil. à l’heure, le dépassant même; des automobiles ont atteint jusqu’à 120.
5, Cecinna.—Il avait, dit Pline, Nat. Hist., X, 24, des quadriges (chars attelés à quatre chevaux de front) qu’il faisait courir; et, pour annoncer à ses amis le résultat, il lâchait celles de ses hirondelles qu’il emportait avec lui à Rome, teintes de la couleur du parti qui avait remporté la victoire.—La vitesse des hirondelles semble notablement supérieure à celle des pigeons: récemment, une hirondelle avait été amenée d’Anvers à Compiègne et, en même temps, 250 pigeons de même provenance. Lâchés ensemble, l’hirondelle aurait regagné son nid en une heure sept minutes, ce qui donne 207 kilomètres à l’heure, tandis que les premiers pigeons arrivés auraient mis quatre heures et deux minutes pour franchir cette même distance de 235 kilomètres.
10, Rome.—Les théâtres, dans l’antiquité, étaient à ciel ouvert. Indépendamment des représentations théâtrales, ils servaient, à Rome, aux combats de gladiateurs, aux courses, etc., lesquels étaient l’objet de paris dont il importait de connaître les résultats qui se transmettaient ainsi.
13, D. Brutus.—Pline, Nat. Hist., X, 77.—Assiégé dans Mutine (Modène), D. Brutus fit parvenir au camp des consuls des lettres attachées aux pattes de pigeons, et déjoua ainsi la vigilance d’Antoine, malgré les filets tendus par celui-ci en travers du fleuve pour intercepter toute communication (43).
14, Ailleurs.—Cet emploi des pigeons pour les communications rapides est très ancien. Les Grecs en usaient aux jeux olympiques pour signaler les vainqueurs, les Romains aux jeux du cirque; les Chinois s’en servaient; en Égypte, on annonçait de la sorte à l’intérieur l’arrivée des bateaux à Alexandrie. Leur usage à la guerre est plus récent, Montaigne en cite le premier exemple connu; pendant les croisades, les Sarrasins en firent grand usage et les Croisés les imitèrent dans des proportions plus restreintes. En Europe, il ne remonte guère qu’au milieu du siècle dernier, mais il s’est depuis considérablement étendu, nonobstant le télégraphe et l’invention de la télégraphie sans fil. La vitesse des pigeons bien entraînés est estimée de 60 à 80 kil. à l’heure, et les traites fournies atteindre 4 à 500 kil., cela toutefois semblant des maxima.—Les anciens, comme tous les peuples primitifs, ont souvent usé, pour communiquer à distance, de feux allumés sur des points élevés dont, de jour la fumée, de nuit la lueur, marquaient qu’un événement attendu venait de se produire. C’est à cela que servaient, au moyen âge, les nombreuses tours dont les ruines s’aperçoivent encore sur notre rivage méditerranéen; elles signalaient par leurs feux l’apparition au large des navires suspects et invitaient les populations éparses dans les campagnes à se mettre en sûreté dans les bourgs.—Citons encore comme moyen de communication rapide en usage au temps jadis les cris répétés de distance en distance; c’est ainsi, dit César, dans ses Commentaires, que le massacre des Romains qui avait été fait à Orléans au lever du soleil, fut connu à neuf heures du soir en Auvergne à cinquante lieues de distance.—Le télégraphe aérien, inventé sous la Révolution, outre sa permanence, réalisait le grand avantage, par son code de signaux, de pouvoir transmettre à peu près tout; mais son fonctionnement était interrompu par la nuit et le brouillard. La télégraphie électrique qui s’est substituée à lui, presque instantanée, puis le téléphone semblaient le nec plus ultra, et voici que la télégraphie sans fil va encore au delà de ce que l’on pouvait concevoir; née d’hier, elle a déjà donné possibilité de communiquer à des distances de deux cents kilomètres.
20, Chemin.—Il en était de même chez les Romains, où, comme on l’a vu plus haut, ce service comportait aussi des coches. Le cas échéant, chevaux de selle, bêtes de trait et véhicules pouvaient être réquisitionnés par les courriers dans l’embarras; cette servitude fut abolie par l’empereur Adrien.
22, Seiour.—Soulagement.
23, Vsage.—C’est cependant d’un effet salutaire pour les longues courses, se répétant plusieurs jours de suite, qu’on les fasse à pied ou à cheval, mais il faut y être habitué.—Les sultans entretenaient également des courriers à pied, auxquels, dit-on, par une opération chirurgicale, on enlevait la rate pour les rendre plus dispos et plus agiles. Payen.