Balzac, Shakespeare ont aussi exprimé cette même idée. «La vie est une comédie pour ceux qui pensent, et une tragédie pour ceux qui sentent,» a dit Walpole.
12, Prelatent.—Se glorifient; se prélater, c’est témoigner par ses manières qu’on se croit fort au-dessus des autres, se donner des airs de prélat.
19, Claire.—Montaigne maire et Montaigne simple particulier ont toujours été deux êtres absolument distincts.
23, Exercice.—C’est ce qui arrive tous les jours. Nous voyons en effet constamment les hommes politiques commettre des actes ou s’associer à des mesures contre lesquelles leur conscience se révolterait en tant qu’hommes privés, si leur mentalité n’était absolument oblitérée, dans l’exercice de leur mandat; c’est triste, mais c’est la loi des sociétés, si différente et parfois si opposée à la loi de nature, et c’est ce qui jusqu’à un certain point peut leur tenir lieu d’excuse. Il en est souvent de même des avocats, qui eux peuvent invoquer les exigences de la cause bonne ou mauvaise qu’ils ont entrepris de défendre; cela se rencontre aussi couramment chez les journalistes, mais ceux-là ne sont point excusables, car ils n’obéissent guère qu’à leur propre intérêt et au désir d’accroître le tirage de leurs journaux.
24, Preualoir.—Il faut prendre le monde comme il est et, autant qu’on le peut, en tirer avantage.
27, Pierre.—C.-à-d. familièrement, comme feraient d’obscurs personnages.
31, Presens brouillis.—Var. de 88: dissentions presentes.
7, Contraire.—Add. de l’ex. de Bord que l’on a cru devoir introduire dans la traduction: Vtatur motu animi, qui vti ratione non potest. Traduction: «Que celui-là s’abandonne à la passion, qui ne peut suivre la raison.» Cicéron, Tusc., IV, 25.—Cette citation se trouve déjà liv. III, ch. I, III, 82.
12, Cause.—C’est qu’ils n’en veulent pas à la cause. Cette locution subsiste encore dans le langage familier: A qui en avez-vous? à qui en a-t-il pour être de si mauvaise humeur?
14, Masche.—Les blesse, les incommode. On trouve dans Nicot: Il a le visage masché, c.-à-d. meurtri.
18, Forcene.—Je ne m’emporte point, je ne suis point hors de moi.
26, Heretique.—Peut-être Clément Marot, peut-être Théodore de Bèze, tous deux poètes et très zélés calvinistes, dont il est parlé avec éloge, de l’un comme de l’autre, dans les Essais. V. I, 642 et II, 518.
27, Greue.—Belle jambe.
10, Apollonius.—Après avoir embrassé de bonne heure la doctrine de Pythagore, se soumit à toutes les austérités de cette secte; visita l’Asie Mineure, la Chaldée, pénétra jusque dans les Indes, puis se rendit en Grèce, en Italie, excitant partout l’admiration et faisant des guérisons miraculeuses. Ses contemporains le regardaient comme un homme extraordinaire et lui reconnaissaient le don de prévoir l’avenir et de faire des miracles. Les païens, dans les temps qui suivirent, allèrent jusqu’à le mettre en parallèle avec le Christ.
10, Embufflerent.—Séduisirent, trompèrent. Embuffler quelqu’un, c’est le mener par le nez, comme un buffle.
11, Discretion.—Jugement, discernement; du latin discretio, qui a cette signification; ne s’emploie plus dans ce sens.
14, Depuis.—Le premier, c’est le parti protestant; l’autre, né depuis, c’est la Ligue.
18, Vague.—Si on ne suit.
28, Detraction.—Déchirement, médisance.
33, Garde.—C’est qu’en effet la cause de la guerre de Marius et de Sylla était tout autre: cette guerre fut en réalité une de ces crises violentes de la lutte éternelle de ceux qui n’ont pas contre ceux qui ont, qui aujourd’hui se traduisent par les grèves; mais, pour s’être transformé, le conflit n’en est pas moins âpre.
Certes le droit de grève est indéniable, il est un des apanages de la liberté, et présentement le seul moyen de défense, quelque peu efficace, de l’ouvrier contre le patron; mais de même que l’accaparement des choses de première nécessité est interdit, tout arrêt d’une certaine importance dans les diverses branches du commerce, de l’industrie ou de l’agriculture, ne saurait être admis; le droit de grève, comme tout autre droit individuel, ne saurait s’exercer de manière à préjudicier à la société.
En la circonstance, ces deux principes ne sont point inconciliables: il suffit d’empêcher ces conflits de se généraliser; de faire que chaque fois ils se limitent au cas particulier qui l’a amené et à cet effet poursuivre impitoyablement, pour fait d’excitation à la haine des citoyens les uns contre les autres, tous ceux qui par leurs menées ou leurs écrits les fomentent ou s’en mêlent alors qu’ils n’y sont pas directement intéressés. En outre, toute atteinte à la liberté de travail de ceux qui se refusent à l’abandonner, tout méfait tant contre les personnes que contre les propriétés seraient à prévenir d’une façon efficace, les principaux meneurs, les membres du syndicat quand il existe, en étant personnellement et pécuniairement responsables.
Et si, pour en arriver là, il est nécessaire d’avoir recours à l’armée, il faut, tout en recommandant la prudence et la modération, ne pas la réduire de parti pris à l’impuissance en substituant à la loi qui lui trace ses devoirs des instructions arbitraires, qui font qu’elle doit se laisser bafouer, insulter, frapper, et que seul son sang coulera au lieu et place de celui des fauteurs de désordres en présence desquels on l’a mise.
Que l’on cherche à atténuer les malheurs qui peuvent se produire en pareil cas, rien de mieux. Que ne fait-on pour cela prendre à l’infanterie des cartouches de tir réduit qui blessent, mais ne tuent guère, disposition qui, dit-on, vient d’être rendue réglementaire en Espagne, à la cavalerie les lances qu’on lui fait si malencontreusement déposer, qui, en ne faisant pas usage du fer, n’ont jamais tué personne: elles ne seront pas désarmées et auront le moyen de se faire craindre. Au lieu de cela on leur impose une action absolument passive, qui oblige à mettre en ligne des forces numériquement considérables, qu’on livre au ridicule, sans préjudice des outrages, des coups et blessures auxquels elles sont en butte, et les grèves se prolongent indéfiniment, ne cessant que pour recommencer à courte échéance; c’est la misère pour les uns, la ruine pour les autres, et pour la France de sérieuses atteintes à la paix et à la prospérité publiques.
Le mieux évidemment est de chercher à prévenir les grèves. L’un des palliatifs de quelque efficacité à cette guerre entre le travail et le capital semble être la participation de l’ouvrier aux bénéfices, soit par le fait d’entreprises ouvrières effectuées en commun et dont l’intégralité des produits serait répartie entre les coopérateurs, soit que dans les entreprises patronales où une part des bénéfices reviendrait à l’ouvrier. Plût à Dieu que ce système si équitable, déjà appliqué par quelques-uns, se généralise et que par lui s’améliore le sort de ces malheureuses femmes employées dans les grandes villes à des travaux de couture par les grands magasins qui les exploitent indignement, leur faisant à grand’peine l’aumône d’un salaire dérisoire d’un franc cinquante à deux francs pour une journée de dix à douze heures de travail, se retranchant, pour abuser ainsi, derrière cette loi draconienne de l’offre et de la demande.
4, Voy.—A mesure que je la vois.
11, Diogenes.—Diogène Laerce, VI, 23; Plutarque, Apophth. des Lacédémoniens.
22, Cotys.—Plutarque, Apophth. des rois.
39, Desinent.—Quelques pages plus bas (III, 512), Montaigne traduit lui-même bien plus vivement cette même pensée: «De combien il est plus aysé de n’y entrer pas, que d’en sortir!»
2, Harper.—Se prendre à quelque chose.
5, Ennemis.—Accidents fâcheux. Succès est employé ici dans le sens du latin successus, qui signifie toute espèce d’événements heureux ou malheureux.
10, Exemples.—N’entreprenons pas d’imiter ces exemples.
17, Escheuer.—Esquiver, éviter, de l’italien schifase, d’où vient le mot esquif.
18, Parer.—C’est la philosophie d’Horace.
18, Zenon.—Diogène Laerce, VII, 17.
22, Socrates.—Xénophon, Mémoires sur Socrate, I, 3, 13.
23, Contraire.—Add. de 88: Il n’espere pas que la ieunesse en puisse venir à bout.
26, Disciple.—Xénophon, dans sa Cyropédie, I, 3, 13, etc.
29, Panthée.—Abradate roi de la Susiane, reconnaissant à Cyrus de la manière dont il avait traité son épouse captive, devint son ami et allié, et périt peu après, en soutenant sa cause, dans une rencontre avec les Égyptiens. Panthée se tua sur son corps.
31, Tentationem.—Montaigne paraphrase ce passage après l’avoir cité.
33, Essayée.—Tentée.
4, Mesmes.—Lorsque les causes de leur erreur sont affaiblies par le temps et bien loin d’eux.
6, Vert.—Au dépourvu.—Expression provenant d’un jeu qui se joua, particulièrement en mai, où l’on est obligé, sous de certaines peines, à avoir toujours sur soi quelques feuilles de verdure cueillies le jour même et où chacun cherche à surprendre son compagnon à un moment où il n’en a pas.
14, Trahunt.—Phrase d’origine inconnue que Montaigne a traduite avant de la reproduire.
15, Bee.—Coure, soupire. Béer, c’est appeler, souhaiter, à gueule béante, comme fait le mouton bêlant.
17, Recueil.—Accueil, comme on dit aujourd’hui.
19, Esclaue.—Var. de 88: tyrannique.
35, Bruire.—Murmurer, résonner, se faire entendre. Bruire n’est plus guère usité; ses dérivés, bruit, bruissement, sont demeurés.
42, Ordes.—Sales. V. N. III, 102.
11, Iournées.—Enfin, à force de soins, j’en suis arrivé à ce que...
12, Procès.—Ses héritiers, du fait de ses dispositions testamentaires, n’ont pu en dire autant. V. N. II, 44: Masculines.
16, Nom.—C.-à-d. j’ai bientôt écoulé une longue vie, sans avoir reçu ni avoir fait à personne aucune offense grave et sans qu’on m’ait dit plus que mon nom, qu’on y ait accolé d’épithète désagréable.
17, Ridicules.—«Grands effets et petites causes; mais combien souvent au-dessous y a-t-il d’autres causes!» (Ste-Beuve), la cause apparente n’étant que la dernière goutte faisant déborder le vase.—Le proverbe: «Faute d’un point, Martin perdit son âne», appliqué aux faits de la vie courante semblant sans importance et qui par suite de particularités imprévues sont gros de conséquences, rend la même idée que celle exprimée ici par Montaigne concernant les événements qui bouleversent le monde: Un sieur Martin, dit la tradition, prieur de l’abbaye d’Asello (d’Italie), avait fait graver sur la porte du couvent cette inscription: «Porta, patens esto, nulli claudaris honesto (Porte, sois ouverte à tous, ne sois fermée pour aucun honnête homme)»; mais, par inattention, l’ouvrier avait déplacé une virgule, ce qui permettait de lire: «Porta, patens esto nulli, claudaris honesto (Porte, ne sois ouverte à personne, reste fermée à l’honnête homme)», ce qui, provoquant l’indignation publique, avait amené la destitution du prieur. Son successeur s’empressa de rectifier l’erreur et l’on dit depuis: «Uno pro puncto, caruit Martinus Asello (Pour un seul point, Martin perdit Asello)», c.-à-d. son couvent, qu’un malin et après lui tout le monde a traduit «son âne».
19, Mouton.—Allusion à l’origine des démêlés de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, d’abord avec les Suisses qui le battirent à Granson et à Morat (1476), puis avec René de Lorraine leur allié, contre lequel il perdit la bataille de Nancy, où il périt (1477). Le fait initial de ces hostilités fut la saisie par le comte de Romont, vassal du duc de Bourgogne, à un Suisse qui traversait ses terres, d’un chariot chargé de peaux de mouton; pour se venger, les Suisses enlevèrent au comte de Romont une partie de ses terres, ce qui amena celui-ci à demander aide et protection à son suzerain. Philippe de Comines.
19, Engraueure.—La gravure.
25, Souffert.—Plutarque, Marius, 3.—La machine en question n’est autre que la République romaine ébranlée par la rivalité et les guerres civiles de Marius et de Sylla, dont le point de départ fut que, Marius étant consul et Sylla son préteur, chacun revendiquait le mérite de la prise de Jugurtha, roi de Numidie (106): Marius, parce qu’il commandait et que c’était lui qui avait obtenu de Bocchus, roi de Mauritanie, beau-père de Jugurtha, de le lui livrer; Sylla, parce que c’était entre ses mains que cette livraison avait été effectuée. Sur ces entrefaites, Sylla se fit faire, reproduisant cet épisode, un cachet dont il se servit exclusivement, ce dont l’irritation de Marius fut vivement accrue. On cite souvent, après Montaigne, le cachet de Sylla à l’appui de cet adage que «de très petites causes sont le plus souvent la cause des plus grands événements». La prise d’Alger en 1830, suivie de la conquête de l’Algérie, n’a-t-elle pas eu pour cause première un coup d’éventail donné, dans le fort d’une discussion, par le Bey d’Alger à notre consul?
22, Autres.—Marius et Sylla.
24, Despense.—Les États généraux.
26, Pomme.—La pomme, prix de beauté, que se disputaient Junon, Pallas et Vénus, cause indirecte de la guerre de Troie, suscitée par les deux premières de ces déesses à la suite de l’enlèvement d’Hélène (V. N. II, 178: Duello) pour se venger à la fois de Pâris qui, choisi pour arbitre, leur avait préféré leur rivale, et de celle-ci, armant la Grèce contre cette ville tout spécialement protégée de Vénus et où régnait la famille de Pâris.
30, A tout.—Avec.
30, Poignart.—On se battait alors en duel, l’épée d’une main et la dague, ou poignard, de l’autre.
32, A l’enfourner.—Au commencement, au début, pour savoir si vous vous engagerez dans une affaire ou une querelle.
10, Conseil.—De céder, d’entrer en accommodements, de faire des excuses, au lieu de lutter et courir les risques qui peuvent s’ensuivre, m’ait...
11, Gourmer.—Réprimer. Gourmer un cheval c’est lui resserrer le mors avec la gourmette ou chaînette qui l’assujettit en passant sous le menton du cheval.
23, Plutarque.—Dans son traité De la mauvaise honte, 8.
30, Bias.—Diogène Laerce, I, 87.—Les anciens disaient proverbialement qu’il fallait commencer par Argus et finir par Briarée (tous deux personnages mythologiques qui avaient, le premier cent yeux, le second cent bras).—Il faut délibérer avec lenteur, mais exécuter avec vigueur et célérité ce qui a été résolu. Démosthène.
33, Accords.—Des réconciliations qui suivent nos querelles d’aujourd’hui.
3, Conillieres.—Subterfuges, échappatoires. V. N. I, 200.
22, Temperantur.—La traduction qui est donnée de cette citation est de Montaigne qui l’a inscrite sur l’ex. de Bord., puis effacée.
30, Acheron.—Un des bras du Nil au S. de Memphis (Égypte anc.); formait une île où se trouvait une nécropole, d’où les Grecs en ont fait un fleuve des Enfers.
32, Sorores.—Virgile, Georg., II, 490. Delille a traduit ainsi cette citation:
3, Ville.—De ma conduite comme maire de Bordeaux, dont il a déjà été question au commencement de ce chapitre, III, 488.
12, Moins.—Et moins encore une preuve de...
16, Charge.—Montaigne fut réélu maire en 1583.
23, Cessation.—On m’a accusé de n’avoir rien fait.
25, Charrie.—C.-à-d.: Partout où ma volonté m’entraîne, je suis vif, ardent, empressé.—L’éd. de 88 port. esmeu, au lieu de «trespignant».
7, Luy.—Richelieu pensait autrement et se félicitait de voir tant d’honnêtes gens dormir sans crainte à l’ombre de ses veilles; c’est lui qui veillait pour assurer aux autres le sommeil du lendemain, tandis que Montaigne se bornait à jouir du présent, imprévoyant des besoins du lendemain de ses administrés. Gouverner, commander, administrer, c’est prévoir.
8, Glissante.—Facile, qui passe inaperçue, sans incidents marquants.
9, Efferentem.—Cicéron, De Off., I, 34.
12, Hommes.—Les hommes de notre temps.
14, Quietes.—V. N. III, 432.—L’éd. de 88 port. mornes.
24, Chalandise.—Acquisition de chalands, clients, clientèle; chalandise a disparu de la langue, où demeurent chaland et achalander.
27, Alexandre.—Allusion à ce passage de Plutarque, Alexandre, 2, dans la trad. d’Amyot: «Toutes les fois qu’il venoit nouuelles que Philippe auoit pris aulcune ville de renom, ou gaigné quelque grosse bataille, Alexandre n’estoit point fort ioyeux de l’entendre, ains disoit à ses egaulx en aage: Mon pere prendra tout, enfants, et ne me laissera rien de beau ni de magnifique à faire et à conquerir auecques vous.»
33, Condition.—C’est ce que Socrate lui reproche dans le Ier Alcibiade, une ou deux pages après le commencement.
34, Amette.—Petite âme.
35, Embabouynant.—Se faisant illusion; une des acceptions assez mal définies de ce mot.
5, Consent.—Et qui convînt, qui fût témoin...
8, Batelée.—Cargaison, chargement de navire.
14, Bourse.—Qui ne peut se faire louer par les autres, qu’il se loue lui-même.
26, Siecle.—Cicéron, De Off., II, 22.
31, Belistresse.—Gueuse, mendiante. On disait autrefois «belistrer» pour «mendier»; et l’on appelait les quatre ordres de belîtres, les quatre ordres religieux mendiants: les Jacobins, les Cordeliers, les Augustins et les Carmes.
31, Coquiner.—Mendier.
38, Rabats.—Ce qui m’oblige à rabattre quelque chose de sa bonté, à moins m’enthousiasmer, c’est le soupçon...
6, Fiunt.—Cicéron, Tusc., II, 26.
7, Glorieux.—Vaniteux, orgueilleux. Prise dans un sens favorable, Montaigne n’eût pas donné cette qualification à Cicéron.
7, Durer.—Le devoir de ma charge consistait uniquement à conserver et à vivre en paix.
11, Iour.—Moins brillante, moins en lumière.
29, Desseigné.—Que j’ai eu dessein de suivre, que je me suis tracé.
36, Affecté.—Var. de 88: souhaité.
Boyteux.—Montaigne ne traite son sujet que vers la fin du chapitre, qui n’en est pas pour cela ni moins curieux, ni moins philosophique; on y trouve d’excellentes réflexions sur les miracles et les choses extraordinaires. «Qui veut apprendre à douter, n’a qu’à lire ce chapitre en entier,» en a dit Voltaire.
2, France.—Il a déjà été question, au chapitre précédent (V. N. III, 498: Pape), de cette réforme du calendrier qui substitua l’année Grégorienne (du nom du pape qui l’introduisit) à l’année Julienne, qui datait d’une réforme de Jules César dont elle porte le nom. Le calendrier, lors de la réforme de César, avançait de 80 jours; remis au point à ce moment, il se trouvait être, 1600 ans après, lors de la réforme grégorienne, en retard de dix jours. Le calendrier Julien, ou vieux style, est encore suivi par les Russes et par quelques autres peuples du rite grec; en ce moment, il est en retard de 13 jours sur l’autre.
8, Sent.—Cette appréciation n’est pas juste. La réforme du calendrier était nécessaire pour mettre de l’exactitude dans les observations et calculs astronomiques, fixer avec précision certaines époques de l’histoire, rétablir la concordance entre ses indications et la réalité; l’erreur, sous ce dernier rapport, était déjà assez sensible pour qu’on désirât en voir arrêter les progrès qui, à la longue, aurait amené une transposition complète de saisons: déjà on était en été, que d’après lui le printemps n’avait pas encore pris fin.
16, Iours.—L’erreur qui demeure n’est pas telle que le dit Montaigne, et on y pare par le moyen qu’il indique, mais qui avait été décidé dès le principe, en ne faisant pas bissextile l’année qui termine chaque siècle qui, sans cette convention, devrait l’être, son millésime étant divisible par 4.
26, Plutarque.—Questions romaines, 24.
26, Borner.—Délimiter, donner une mesure exacte.
2, Causes.—Add. de 88: Ils passent par dessus les presuppositions, mais ils examinent curieusement les consequences.—Un charlatan, au XVIIe siècle, montrait un jeune homme qui avait, disait-il, une dent d’or. Les philosophes de l’époque firent à ce sujet force dissertations pour démontrer qu’il s’était produit là un travail de la nature, analogue à celui par lequel ce métal existe dans les minerais d’or; jusqu’à ce qu’un incrédule, examinant la chose de plus près, découvrit que la prétendue dent n’était autre qu’une dent enveloppée dans une feuille d’or et adroitement entrée dans la gencive (J.-J. Rousseau commence par cette histoire son traité sur la musique).—Aux débuts de la conquête de l’Algérie, une communication des plus intéressantes, tant par elle-même que par l’érudition dont faisait preuve l’éminent correspondant qui l’adressait à une de nos sociétés savantes des mieux qualifiées, signalait la découverte, dans la nouvelle colonie, d’un rat à trompe, dont plusieurs spécimens furent présentés à la docte assemblée et donnèrent lieu à d’importantes discussions, qui ne prirent fin que lorsque l’avenir vint à révéler que ces phénomènes n’étaient autres que des rats de l’espèce la plus commune, auxquels un adroit loustic des Bataillons d’Afrique incisait habilement le museau et y greffait l’extrémité de la queue d’un de leurs congénères, et qu’il cédait à beaux deniers comptants aux touristes émerveillés des surprises que la nature tient continuellement en réserve pour ceux qui cherchent à pénétrer ses secrets.
15, Discours.—Raisonnement.
18, Matiere.—Et avec rien, comme avec quelque chose.
23, Basteler.—Faire le bateleur en compagnie, pérorer à perte de vue sans but sérieux.
30, Moyens.—Var. de 88: causes.
10, Accession.—Accessoire, addition.
12, Particuliere.—Sénèque, Epist. 81.—C’est ce que rend bien ce conte humoristique qui avait cours dans mon enfance. Un Marseillais (on ne prête qu’aux riches) se dit un jour: «Quelle bonne farce je vais leur faire!» et à la première de ses connaissances qu’il rencontre: «Tu sais? lui dit-il... Comment, tu ne sais pas; la baleine échouée, elle bouche l’entrée du port, on ne peut plus ni entrer, ni sortir.—Ah, bah!» dit l’autre, et de courir aussitôt pour voir ce spectacle, interpellant de même façon ceux qu’il rencontre, qui à leur tour propagent la nouvelle à tous venants, si bien que notre farceur, auquel quelqu’un la rapporte et voyant chacun s’empresser, se prend à y croire lui-même: «Peut-être bien, se dit-il, qu’en riant j’ai dit la vérité; il faut que j’aille voir.» Et le voilà lui aussi parti comme les autres.
20, D’autruy.—«Les miracles ont toujours besoin qu’on les aide à se faire.» Renan.
32, Hyperbole.—Figure de rhétorique qui consiste à exagérer les choses, soit en les augmentant, soit en les diminuant, pour leur donner plus de force.
37, Nombre.—Diderot cite textuellement ce passage depuis: «I’ai veu la naissance de plusieurs miracles...» (p. 528, l. 38), et ajoute: «Je donnerais la meilleure de mes pages pour celle-là.»
37, Resouldre.—De se prononcer d’une manière ferme et résolue contre...
9, Apprehension.—De son imagination.
16, Giste.—Il en a été, il en est et il en sera toujours ainsi; et il n’est pas un de ces prétendus miracles avérés, qui ne puisse s’expliquer par l’autosuggestion et qui ne soit contestable. Il serait cependant si simple, s’ils avaient une source surnaturelle qui voulût se manifester de la sorte, de se révéler dans des conditions telles que personne ne pourrait la contester, par exemple un œil arraché, un membre amputé, au su et au vu de tout le monde, dont les blessures seraient complètement cicatrisées et instantanément renaîtraient comme si l’accident ne s’était pas produit!—Tous les miracles qu’on relève, sans exception aucune, même les résurrections qui peuvent s’expliquer par des cas de mort apparente, rentrent dans la première catégorie; pas un dans la seconde.
5, Du tout.—Tout à fait.
21, Soustenions.—Nous suspendions.
26, Stile.—L’usage.
29, Semble.—Cicéron, Academ., II, 47.
39, Thaumantis.—Cicéron, De Nat. Deor., III, 20.—La mythologie fait Iris la messagère des dieux, et en particulier de Junon qui, en récompense de ses services, la métamorphosa en arc-en-ciel. Elle était fille du centaure Thaumas, d’où le surnom de Thaumantias qui lui est quelquefois donné. Thaumas signifiant en grec «admiration», Cicéron dit que c’est en raison de sa beauté, parce qu’elle est admirable, qu’on l’a faite née de Thaumas, c’est-à-dire de l’admiration qu’elle inspire; version dont use ici Montaigne.—On dit couramment: «L’admiration est la fille de l’ignorance et la mère des merveilles»; c’est l’idée qu’il a voulu exprimer, elle est plus compréhensible ainsi que de la façon dont il l’a rendue: «Iris est fille de Thaumantis», même avec ce qui y fait suite.
1, Coras.—Détenu à la conciergerie de Toulouse, comme calviniste, y fut assassiné avec trois cents de ses coreligionnaires quelque temps après la S.-Barthélemy.
7, Pendu.—Discours préliminaire de l’Apologie pour Hérodote, par H. Estienne, tom. I.—Un Né Armand du Thil avait trouvé moyen, grâce à sa ressemblance avec un Né Martin Guerre, de se faire recevoir comme son mari, par la femme de ce dernier qui était absent. Il tint sa place pendant trois ans, et en eut deux enfants, sans que ni elle, ni ses parents, ni ses amis découvrissent l’imposture; au bout de ce temps, le vrai mari survenant, le procès en question s’engagea devant le parlement de Toulouse (1560); du Thil fut condamné à être pendu, puis brûlé après sa mort.—Montaigne dit que cette affaire était si peu claire, qu’à son avis un acquittement s’imposait; telle a été à notre époque l’affaire Dreyfus, où la culpabilité possible n’a cependant jamais été péremptoirement établie, dont la condamnation a divisé profondément la nation et dont un parti s’est fait si longtemps une arme contre l’armée bien innocente de la légèreté criminelle de quelques-uns; les erreurs judiciaires, comme les inhumations prématurées, sont journalières: on les éviterait en s’abstenant aussi longtemps que la certitude n’est pas faite.
11, Ans.—Valère Maxime, VIII, 1; et Aulu-Gelle, XII, 7.—Il s’agissait d’une femme de Smyrne qui avait tué son mari et son fils, lesquels avaient assassiné un autre fils qu’elle avait eu d’un premier mariage; mû par cette considération qu’il ne pouvait ni acquitter une femme coupable d’un double assassinat, ni punir une mère infortunée qu’une juste douleur avait poussée à cette vengeance, l’Aréopage ajourna à cent ans le prononcé du jugement (68).
13, Songes.—Voir ci-dessous N. III, 540: Vif.
14, Choses.—Il s’agit probablement de la pythonisse d’Endor que Saül alla consulter. Étant en présence des Philistins, se sentant pris d’inquiétude, il consulta le Seigneur, par l’organe de ses intermédiaires ordinaires. Celui-ci ne lui ayant pas répondu, Saül fit rechercher une de ces créatures qu’il avait proscrites, habiles dans l’art de lire l’avenir et d’évoquer les morts du tombeau. On lui en indiqua une à Endor. Il s’y rendit déguisé, et lui demanda d’évoquer Samuel, ce qu’elle fit avec la permission de Dieu, disent certains pères de l’Église avec lesquels se range ici Montaigne, et elle lui prédit qu’il serait battu et que son royaume passerait aux mains de David, ce que vérifièrent les événements (1051).
17, Engin.—Une autre intelligence que la nôtre.
25, Intelligunt.—Citation d’auteur inconnu.
26, Creduntur.—St Augustin a dit: «Le plus souvent il advient que ceux qui entendent méprisent, et que ceux qui n’entendent point sont touchés de plus de zèle et de dévouement.»
32, Brauerie.—En se servant de termes insultants et méprisants pour ceux à qui il parle.
1, Aient.—Sous-ent.: Je l’admets pourvu qu’ils aient...—Il semble que Montaigne fasse ici allusion aux discussions soulevées par la Réforme, la grosse question de l’époque.
15, Authorisé.—D’accord; mais comment reconnaître que cette approbation surnaturelle a bien été donnée à tel ou tel? Quelle preuve en peut-il donner à ceux qui taxent de fourberie et d’imposture cette prétention de sa part?
23, Vents.—Avec la même rapidité que le vent.
31, Elider.—Briser, rompre, anéantir; du latin elidere, d’où vient élision.
3, Marque.—On prétendait que le diable imprimait sa griffe sur le corps des sorciers.
7, Ellebore.—Plante employée en médecine comme purgatif et qu’autrefois on croyait propre à guérir la folie.
8, Ciguë.—Plante ombellifère, dont une espèce, la grande ciguë, est très vénéneuse; le poison extrait de cette plante était, notamment à Athènes, l’un des moyens d’exécution employés pour la mise à mort des condamnés à la peine capitale.
16, Nœud.—Gordius, Phrygien (Asie Mineure), de simple laboureur étant devenu roi, avait consacré dans le temple de Jupiter à Gordium le char qui le portait quand on vint lui annoncer la royauté; le joug était lié au timon par un nœud si artistement fait, qu’on ne pouvait en apercevoir les bouts: on le nommait le «nœud gordien» et un oracle avait promis l’empire de l’Asie à qui le dénouerait. Alexandre le Grand, lors de son expédition, s’y essaya; après plusieurs tentatives infructueuses, il le trancha avec son épée et parvint ainsi à éluder, sinon à accomplir la prédiction.
18, Vif.—A cette époque, on brûlait encore les gens se disant sorciers, ou passant pour tels.—Nicolas Rémy, conseiller du duc de Lorraine et enquêteur sur le fait de sorcellerie, fit, dans l’espace de quinze ans, brûler plus de 900 prétendus sorciers, dont 800 sorcières, ainsi qu’il l’avoue lui-même dans un livre en 1596, dédié au cardinal de Lorraine: «Ma justice est si bonne, y dit-il, que l’an dernier, il y en a eu 16 qui se sont tués, pour ne pas passer par mes mains.»—En 1602, dans le Jura, un autre juge, Boguet, se targuait de pareille extermination, pratiquée pendant seize ans: il avait l’humanité de faire étrangler ses victimes avant qu’on ne les jetât au feu, sauf toutefois les loups garous «qu’il faut avoir bien soin de brûler vifs»; après avoir d’abord épargné les enfants au-dessous de quatorze ans, il en était venu à croire que pour avoir raison de cette lèpre, il fallait brûler tout jusqu’aux berceaux.
20, Sommier.—De cheval de somme.
21, L’estoit.—Ces sortes de métamorphoses temporaires étaient provoquées, disait-on, au moyen d’un fromage dont certains hôteliers initiés avaient le secret, qui changeait ceux qui en mangeaient en bêtes de somme, dont les dits hôteliers se servaient pour leurs propres services, leur rendant ensuite leur forme primitive. S. Augustin, qui relate le fait (De Civit. Dei, XVIII, 18), déclare ne pas y croire et que ce sont là des effets de songes; il admet toutefois que dans des cas très rares, ces suggestions peuvent être inspirées par des démons et qu’alors les fardeaux qu’il vous semble que vous portez, ce sont les démons eux-mêmes qui les portent pour compléter l’illusion. Mieux vaudrait se borner à expliquer simplement de semblables faits par les hallucinations dont on peut être jouet en dormant, que de faire intervenir le diable.
30, Pleuuis.—Garantis. Pleuvir est un vieux mot inusité, signifiant cautionner, promettre.
39, Obliger.—Var. de 88: l’attirer.
39, Choix.—Vous fournira les moyens de choisir.
11, Οἰφεῖ.—Proverbe grec qui a son semblable en latin: Claudus optime virum agit et que Montaigne traduit après l’avoir cité. C’est sans doute dans cette opinion que les anciens ont fait de Vulcain, qui était boiteux, l’époux de Vénus.
18, Decidé.—Aristote, Probl., 10, 26.
31, Coches.—L’ébranlement et l’agitation de leurs carrosses.—A un moment, on en a dit autant des machines à coudre; à ce compte où nous conduiront l’usage des chemins de fer et des automobiles et plus encore celui des bicyclettes! Ce que je puis cependant affirmer, c’est que des effets de ce genre se produisent parfois chez l’homme qui demeure de longues heures consécutives, douze à quinze, à cheval.
32, Commencement.—Au commencement de ce chapitre, III, 526, à la fin de la page.
39, Mot.—De l’adage cité plus haut sur les boiteux.
4, Italie.—Torquato Tasso, Paragone dell’Italia alla Francia.
7, Suetone.—Vie de Caligula, 3.
10, Erratique.—Vagabond, instable, incertain. Du latin erraticus qui signifie errant çà et là; on désigne aujourd’hui sous ce nom: roche, bloc erratique, des roches qui, par une cause quelconque, se trouvent transportées à grande distance de leur gisement naturel.
11, Theramenez.—Cothurne (soulier) de Théramène; sobriquet donné par les Romains aux gens ménageant deux partis contraires comme avait fait Théramène, l’un des trente tyrans d’Athènes, imposés par les Spartiates à cette ville après leur victoire d’Ægos Potamos (404), qui adhérait aux mesures d’oppression prises par ses collègues contre le peuple et qui, auprès de celui-ci, les désapprouvait, ressemblant, en agissant ainsi, aux chaussures de théâtre que chaussaient indifféremment, suivant le besoin de son rôle, tout acteur homme ou femme, et qui, confectionnées sur une même forme, se mettaient indifféremment à l’un ou l’autre pied. Cette attitude de Théramène tourna contre lui, ses collègues le condamnèrent à boire la ciguë (403). V. Érasme, Theramenis Cothurnus.
12, Dragme.—La drachme (monnaie) valait un peu moins d’un sou.
14, Talent.—Monnaie de convention valant près de 5.000 francs (4.840 fr.).
15, Cynique.—Sénèque, De Benef., II, 17.
21, Riuerso.—Proverbe italien qui existe pareillement et textuellement en français.
23, Hercules.—Obligé par les destins d’obéir à Eurysthée, roi d’Argos, entreprit, par les ordres de ce prince, une foule de travaux périlleux, dont les principaux, énumérés ci-après, sont connus sous le nom des «Douze travaux d’Hercule»: Il étouffa le lion de Némée; tua l’hydre de Lerne; prit vivant le sanglier d’Érymanthe; atteignit à la course la biche aux pieds d’airain; tua à coups de flèche les oiseaux du lac Stymphale; dompta le taureau de l’île de Crète envoyé par Neptune contre Minos; tua Diomède, roi de Thrace, qui nourrissait ses chevaux de chair humaine; vainquit les Amazones; nettoya les écuries du roi Augias, en y faisant passer le fleuve Alphée; combattit et tua le géant Géryon, auquel il enleva ses troupeaux; enleva les pommes d’or du jardin des Hespérides; enfin, délivra Thésée des enfers. Parmi ses autres travaux; il délivra Hésione d’un monstre marin; vainquit et étouffa le géant Antée; sépara les montagnes de Calpé et d’Abyla qui auparavant étaient une seule montagne et qui formèrent ce qu’on a nommé depuis les Colonnes d’Hercule (détroit de Gibraltar); tua le centaure Nessus; délivra Prométhée enchaîné sur le Caucase, etc...
24, Iuger.—Cicéron, Acad., II, 34.
33, Tout.—Planude, Vie d’Esope.