APPENDICE
PASSAGES SUPPRIMÉS[96]
[96] Les strophes traduites en prose sont distinguées par l’emploi des caractères italiques.
ACTE PREMIER
— Page 15.
Et de plus,
Des bassins sont creusés au pied des arbres, et les racines trempent dans l’eau agitée par le vent ; la fumée des offrandes de beurre ternit l’éclat des jeunes pousses ; les petits des gazelles sont sans défiance, et s’avancent doucement à notre rencontre sur le sol de ce bosquet dont ils ont tondu le gazon[97].
[97] Strophe supprimée comme faisant double emploi avec la précédente.
ACTE II
— Page 50.
« Ne seras-tu pas à mes côtés ? »
MADHAVYA.
Alors me voilà devenu ton garde des roues[98] !
[98] Plaisanterie assez froide en français, et inintelligible sans note : le garde des roues est celui qui accompagne le char à pied, en coureur.
ACTE III
— Page 54.
O Amour ! tes flèches sont des fleurs : pourquoi donc font-elles tant de mal ? (Après réflexion.) Ah ! je le sais !
C’est le feu de la colère de Siva qui, aujourd’hui encore, couve en toi comme le feu sous-marin au fond des flots[99] : autrement, ô Amour, pourrais-tu brûler ainsi mes pareils, toi que le dieu a réduit en cendres[100] ?
[99] C’est un mythe indien.
[100] Le dieu de l’amour « aux flèches de fleurs » a été consumé par le feu sorti de l’œil de Siva, et depuis ce jour, il est « sans corps ». Douchanta suppose ici, pour expliquer ses « brûlures », que ce feu couve encore sous la cendre de l’Amour.
Toi et la lune, avec votre apparente douceur, vous trompez bien les amants !
On dit que tes flèches sont des fleurs, et que la lune a de froids rayons. L’aventure de mes pareils est la preuve du contraire : les froids rayons de la lune versent des flammes, et de tes flèches de fleurs tu fais autant de foudres.
Et cependant,
Quoique l’Amour m’inflige des tortures sans trêve, je ne puis le maudire quand il me fait brûler pour elle, la belle aux grands yeux qui enivrent[101] !
[101] On pourrait regretter cette strophe ; mais, sans les trois autres, elle n’avait plus de raison d’être.
O Amour, tu n’entends donc pas mes plaintes ? Quoi ! pas de pitié pour moi ?
Je t’ai nourri[102] de mes pensées incessantes, et voilà comme tu me récompenses ! Est-ce contre moi que tu devrais tendre jusqu’à ton oreille la corde de ton arc ? Est-ce sur moi que tu devrais décocher tes flèches ?
[102] Après cela, il semble qu’on puisse tirer l’échelle. Mais les traits de ce genre ne sont pas rares dans la poésie indienne, sinon chez Câlidâsa, au moins chez la plupart de ses confrères.
— Page 57.
« Tu souffres trop ! »
LE ROI.
C’est la vérité !
Ses bracelets, faits de racines de lotus, étaient blancs comme les rayons de la lune ; ils sont noircis[103] maintenant, et trahissent la fièvre qui la brûle.
[103] Le détail est peu gracieux.
— Page 61.
Et encore :
Celui dont tu crains, bien à tort, les mépris, ô belle ! est là qui brûle de s’unir à toi. Ce n’est pas d’ordinaire la perle qui cherche le pêcheur, mais le pêcheur qui cherche la perle[104].
[104] Double emploi. Dans le sanscrit, ce n’est pas seulement l’idée de la première stance, ce sont les mots mêmes que la seconde reproduit en grande partie.
— Page 67.
« Et me fait désirer ce que je ne dois pas. »
LE ROI, à part.
Les jeunes filles, même quand elles aiment, résistent ainsi aux prières de leurs bien-aimés. Elles brûlent de s’unir à eux ; mais elles n’osent se donner. Ce n’est plus l’Amour qui les torture : il a levé pour elles tous les obstacles. Ce sont elles qui, par leurs retards, torturent l’Amour même[105].
[105] Cette analyse, assez déplacée dans la bouche du roi qui, en somme, n’est pas un Don Juan, ne se retrouve pas dans l’autre recension.
(Sacountalâ s’éloigne.)
— Page 68.
« On peut nous voir ici. »
(Il laisse aller Sacountalâ et revient sur ses pas.)
SACOUNTALA. (Elle fait un pas et se retourne. Avec abattement.)
Fils de Pourou ! j’ai résisté à ton désir ; j’ai seulement consenti à t’entendre : ne m’oublie pas, pourtant !
LE ROI.
O belle !
C’est en vain que tu pars ; tu ne sors pas de mon cœur. Telle, à la fin du jour, l’ombre s’éloigne de l’arbre sans en quitter le pied.
SACOUNTALA, après avoir fait de nouveau quelques pas, à part.
Hélas ! quand je l’entends, mes pieds refusent de me porter. Eh bien ! je vais me cacher derrière cette touffe d’amarantes, et je verrai s’il m’aime vraiment. (Elle se cache.)
LE ROI.
O ma bien-aimée ! mon cœur est plein de toi seule : comment peux-tu mépriser mon amour et m’abandonner ?
Avec un corps si délicat qu’il faudrait lui épargner les caresses, tu as donc un cœur dur comme la tige du Sirîcha ?
SACOUNTALA.
Après avoir entendu cela, je n’ai pas la force de m’éloigner.
LE ROI.
Je n’ai plus rien à faire en ce lieu quand ma bien-aimée l’a quitté. (Regardant devant lui.) Mais je me sens brusquement arrêté.
Voici devant moi son bracelet de racines de lotus ; il est tombé de son bras, et il est encore tout parfumé de l’onguent d’Ousîra qui couvrait son sein : c’est une chaîne qui retient non cœur prisonnier.
(Il le ramasse avec précaution.)
SACOUNTALA, regardant son bras.
Ah ! mon bras ne peut plus retenir un bracelet : je n’ai pas senti tomber celui que je portais.
LE ROI, plaçant sur son cœur le bracelet de racines de lotus.
Frisson délicieux !
Cette gracieuse parure, ô ma bien-aimée, a quitté ton bras charmant ; elle est là, et c’est elle, tout insensible qu’elle est, qui me console dans ma douleur, lorsque toi, tu m’abandonnes !
SACOUNTALA.
Non ! je ne puis résister plus longtemps ! Voilà justement une occasion de me montrer. (Elle s’approche.)
LE ROI, en la voyant, avec joie.
Ah ! voici la maîtresse de ma vie ! A peine ai-je achevé ma plainte que le destin me témoigne sa pitié.
De sa gorge desséchée par la soif, l’oiseau[106] arrache un cri de détresse : il demandait de l’eau, et l’eau du nuage vient tomber dans son bec ouvert[107].
[107] Toute cette partie de la scène, et ce qui suit encore jusqu’à la page 71 : « Oiseaux fidèles, séparez-vous », manque dans l’autre recension. Nous n’avons pas cru devoir sacrifier la fin, qui s’y trouve réduite à une seule strophe.
SACOUNTALA, arrivant devant le roi.
Seigneur, je me suis aperçue en chemin, etc.
— Page 69.
« Frisson délicieux ! »
L’Amour est un arbre : le feu de la colère de Siva l’avait brûlé[108] ; mais le destin fait pleuvoir la liqueur d’immortalité, et voilà que l’arbre consumé pousse de nouvelles branches.
ACTE IV
— Page 80.
Les premiers rayons du matin colorent la rosée qui baigne les jujubiers ; le paon se réveille et s’envole du toit de chaume de la hutte ; l’antilope se lève brusquement du bord de l’autel où s’est imprimé son pied fourchu : elle s’étire, baisse le cou et dresse le dos[109].
[109] Cette jolie description n’a que le tort d’être un hors-d’œuvre après deux stances où le poète fait une allusion évidente à la situation de l’héroïne.
La lune avait foulé le sommet du mont Mérou, le roi des monts ; elle avait traversé, en illuminant les ténèbres, le second séjour de Vichnou : voilà qu’elle tombe du ciel ; ses rayons s’effacent ; même pour les plus nobles des êtres, la chute est près du triomphe[110].
[110] Double emploi avec la première strophe de la page 80.
— Page 90.
« La forêt tout entière est en deuil. »
Vois plutôt
La gazelle laisse tomber sa bouchée de gazon ; le paon renonce à la danse[111] ; les lianes s’affaissent et laissent pendre leurs feuilles pâlies.
[111] La danse du paon est un des lieux communs de la poésie descriptive des Hindous.
— Page 90.
« Vous l’aimerez comme vous m’avez aimée. »
CANNVA.
Ma chère enfant,
Je rêvais de te donner un époux digne de toi : tu as su le trouver toi-même. C’est son tour maintenant : libre de souci pour ton bonheur, je la marierai à ce manguier qui croît près d’elle.
Maintenant reprends ta route.
— Page 91.
« (Ils se remettent tous en route.) »
SACOUNTALA.
Mon père, je pense aussi à cette antilope qui ne quitte pas les environs de la hutte : elle est pleine ; quand elle aura mis bas, faites-moi savoir l’heureuse nouvelle. Surtout, ne l’oubliez pas[112].
[112] Nous n’aurions pas sacrifié ce trait, s’il ne nous avait paru faire une sorte de double emploi avec la petite scène suivante.
CANNVA.
Compte sur moi, mon enfant.
— Page 91.
« Du courage ! »
Fais attention à tes pas.
Sois ferme ; retiens les larmes qui baignent tes longs cils ; elles t’empêchent de voir ; et tes pieds heurtent les aspérités du chemin.
— Page 92.
« (Il réfléchit.) »
ANOUSOUYA.
Chère amie, il n’y a pas dans notre ermitage un seul être vivant que ton départ ne plonge dans la tristesse. Vois !
La femelle du Tchacravâca l’appelle sous la feuille de nymphéa qui la cache ; mais l’oiseau ne lui répond pas : c’est toi qu’il regarde, en laissant tomber sa becquée de racines de lotus.
ACTE VI
— Page 132.
C’est quand l’anneau m’a rendu la mémoire, c’est quand je pleure, en proie au remords d’avoir indignement repoussé ma bien-aimée, que je vois arriver le mois des fêtes et des parfums enivrants[113].
[113] Double emploi.
— Page 142.
« Elle s’attaque au lotus de son visage. »
LE ROI.
Chasse donc cet audacieux insecte !
MADHAVYA.
Mais c’est ton métier, à toi, d’apprendre à vivre aux coquins.
LE ROI.
Tu as raison. Allons ! hôte bienvenu des lianes fleuries, pourquoi te fatigues-tu à voltiger autour d’elle ?
Vois ! ton amante est là, posée sur une fleur, elle est altérée de ses sucs ; mais elle t’aime, elle t’attend et ne veut pas faire son miel sans toi.
MISRAKÉSI.
Il s’y prend poliment !
MADHAVYA.
C’est une race bien entêtée !
LE ROI, en colère.
Ah ! tu ne veux pas m’obéir ! Eh bien ! écoute !
MADHAVYA.
Tes châtiments sont pourtant terribles ! Et elle n’a pas peur ! (A part, en riant.) Il est complètement fou, et je le deviens moi-même dans sa société.
LE ROI.
Comment ! j’ai beau la renvoyer ! Elle est toujours là !
MISRAKÉSI.
Voilà donc ce que l’amour peut faire, même d’un sage !
MADHAVYA, haut.
Dis-moi, tu sais que c’est une peinture que tu as devant les yeux ?
LE ROI.
Comment ! une peinture ?
MISRAKÉSI.
Moi-même, je m’y étais trompée un instant. N’est-il pas naturel qu’il ne voie, lui, que son rêve ?
LE ROI.
Pourquoi es-tu si cruel envers moi ?
Je la voyais… J’étais heureux, etc.[114]
[114] On nous excusera sans doute d’avoir abrégé une pareille scène.
ACTE VII
— Page 170.
« Vois le bel oiseau ! »
L’ENFANT, regardant autour de lui.
Où est-elle maman[115] ? (Toutes les deux se mettent à rire.)
[115] Il y a là un jeu de mots qui est intraduisible,… heureusement. On peut en donner l’idée en remplaçant le mot « oiseau » par le sanscrit çakunta, et en faisant dire à la religieuse : « Vois ce beau sacounta-là ! » Que le lecteur nous pardonne !
PREMIÈRE RELIGIEUSE.
C’est la ressemblance des sons qui l’a trompé. Sa mère le gâte tant !
DEUXIÈME RELIGIEUSE.
« Vois le joli paon ! » C’est là ce qu’on te disait.
LE ROI, à part.
Comment ! Sa mère s’appelle Sacountalâ ! Mais bien des femmes portent le même nom. Oh ! si j’étais trompé par un mirage ! Si tout cela devait finir en me laissant à mon désespoir !
L’ENFANT.
Ma bonne sœur, votre paon est bien joli, etc.