LEXIQUE
DE LA
LANGUE DE MOLIÈRE.


A B C D E F G H I J L M N O P Q R S T U V Y

A, devant un infinitif, propre à, capable de, de force ou de nature à....

Cherchons une maison à vous mettre en repos.
(L’Ét. V. 3.)

Je me sens un cœur à aimer toute la terre.

(D. Juan. I. 2.)

Je n’ai point un courroux à s’exhaler en paroles vaines.

(Ibid. I. 3.)
Pour de l’esprit, j’en ai sans doute, et du bon goût
A juger sans étude et raisonner de tout,
A faire aux nouveautés, dont je suis idolâtre,
Figure de savant sur les bancs d’un théâtre.
(Mis. III. 1.)
Et la cour et la ville
Ne m’offrent rien qu’objets à m’échauffer la bile.
(Ibid. I. 1.)

Monsieur n’est point une personne à faire rire.

(Pourc. I. 5.)

Des ennuis à ne finir que par la mort.

(Am. Magn. I. 1.)

—A, devant un infinitif, pour en suivi d’un participe présent:

On ne devient guère si riche à être honnêtes gens.

(B. Gent. III. 12.)

En étant honnêtes gens.

L’allégresse du cœur s’augmente à la répandre.
(Éc. des fem. IV. 6.)

En la répandant, lorsqu’on la répand.

Cette tournure correspond au gérondif en do, ou au supin en u des Latins, qui n’est lui-même qu’un datif ou un ablatif, l’un et l’autre marqués en français par à: vires acquirit eundo; diffunditur auditu.

Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens,
Et nous faisons contre eux à leur être indulgents.
(Éc. des f. V. 7.)

En leur étant indulgents.

Votre choix est tel,
Qu’à vous rien reprocher je serois criminel.
(Sgan. 20.)

En vous reprochant rien, si je vous reprochais rien.

A, devant un infinitif, marque le but:

... Un cœur qui jamais n’a fait la moindre chose
A mériter l’affront où ton mépris l’expose.
(Sgan. 16.)

Pour mériter, tendant à mériter.

Si c’étoit une paysanne, vous auriez maintenant toutes vos coudées franches à vous en faire la justice à bons coups de bâton.

(G. D. I. 3.)

Lorsque si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne l’avoient pas mérité.

(Pourc. I. 3.)
Ah! c’est ici le coup le plus cruel de tous,
Et dont à s’assurer trembloit mon feu jaloux.
(Amph. II. 2.)
La chose quelquefois est fâcheuse à connoître,
Et je tremble à la demander.
(Ibid. II. 2.)

—A, devant un infinitif, au point de, jusqu’à:

La curiosité qui vous presse est bien forte,
M’amie, à nous venir écouter de la sorte!
(Tart. II. 2.)

—A, devant un infinitif, par le moyen de:

Et que deviendra lors cette publique estime
Qui te vante partout pour un fourbe sublime,
Et que tu t’es acquise en tant d’occasions,
A ne t’être jamais vu court d’inventions!
(L’Ét. III. 1.)

—A supprimé.

Voyez PRÉPOSITION supprimée.

—A datif, redoublé surabondamment:

Et je le donnerois à bien d’autres qu’à moi,
De se voir sans chagrin au point où je me voi.
(Sgan. 16.)
Que de son cuisinier il s’est fait un mérite,
Et que c’est à sa table à qui l’on rend visite.
(Mis. II. 5.)

L’on prescrit aujourd’hui de dire à bien d’autres que moi.... C’est à sa table que l’on rend visite, sous prétexte que les deux datifs font double emploi; mais cette façon de parler est originelle dans notre langue, et nous vient du latin, où cette symétrie des cas est rigoureusement observée entre le substantif et son pronom relatif.

Boileau a dit de même:

«C’est à vous, mon esprit, à qui je veux parler.»
(Sat. IX.)

Vers qu’il lui eût été facile de changer, et qu’il voulut maintenir, avec raison; car ce pléonasme est dans le génie et la tradition de la langue:

LE DRAPIER.
«Par la croix où Dieu s’estendy,
«C’est à vous à qui je vendy
«Six aulnes de drap, maistre Pierre.»
(Pathelin.)

Voyez DE redoublé surabondamment.

—A VOUS, où nous ne mettons plus que vous.

Voilà un homme qui veut parler à vous.
(Mal. im. II. 2.)

A datif, marquant la perte ou le profit.

Être ami a quelqu’un:

Mais, quelque ami que vous lui soyez...
(D. Juan. III. 4.)

Cette tournure vient des Latins, qui l’avaient empruntée aux Grecs.

—A (un substantif) devant, en présence de...

A l’orgueil de ce traître,
De mes ressentiments je n’ai pas été maître.
(Tart. V. 3.)
A cette audace étrange,
J’ai peine à me tenir, et la main me démange.
(Ibid. V. 4.)

—A pour de; essayer à, manquer à, tâcher à...

Essayez, un peu, par plaisir, à m’envoyer des ambassades, à m’écrire secrètement de petits billets doux, à épier les moments que mon mari n’y sera pas....

(G. D. I. 6.)
Manquez un peu, manquez à le bien recevoir.
(Sgan. 1.)
Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre.
(Ibid. III. 5.)

—A pour en, dans: SE METTRE QUELQUE CHOSE A LA TÊTE:

Pensez-vous.....
Et, quand nous nous mettons quelque chose à la tête,
Que l’homme le plus fin ne soit pas une bête?
(Éc. des Mar. I, 2.)

A pour contre; Changer une chose A une autre:

Et, des rois les plus grands m’offrît-on le pouvoir,
Je n’y changerois pas le bonheur de vous voir.
(Mélicerte. II. 2.)
«Ce jour même, ce jour, l’heureuse Bérénice
«Change le nom de reine au nom d’impératrice.»
(Racine, Bérén.)

—A pour sur, d’après; A MON SERMENT:

Je n’en serai point cru à mon serment, et l’on dira que je rêve.

(G. D. II. 8.)
A mon serment l’on peut m’en croire.
(Amph. II. 1.)

—A dans le sens de par, SE LAISSER SÉDUIRE A....:

Et ne vous laissez point séduire à vos bontés.
(Fem. sav. V. 2.)
. . . . Et que j’aurois cette faiblesse d’âme
De me laisser mener par le nez à ma femme?
(Ibid. V. 2.)

Il est clair que Molière a voulu éviter la répétition de par. A se construit avec laisser; par se construirait avec mener.

Voyez A cause que,—A ce coup,—A cette fois,—A crédit,—A la considération,—A l’entour de,—A l’heure,—A ma suppression,—A plein,—A savoir,—Au et Aux.

ABANDONNER. Abandonner son cœur a..., suivi d’un infinitif:

Aussi n’aurois-je pas
Abandonné mon cœur à suivre ses appas....
(Éc. des Mar. II. 9.)

ABOYER, métaphoriquement; ABOYER APRÈS QUELQU’UN, en parlant des créanciers:

Nous avons de tous côtés des gens qui aboient après nous.

(Scap. I. 7.)

ABSENT. Absent de quelqu’un:

Et qu’un rival, absent de vos divins appas.....
(D. Garcie. I. 3.)
«Nul heur, nul bien ne me contente,
«Absent de ma divinité.»
(François Ier.)

C’est un latinisme: abesse ab.

A CAUSE QUE.

Vous ne lui voulez mal, et ne le rebutez
Qu’à cause qu’il vous dit à tous vos vérités.
(Tart. I. 1.)
Et voilà qu’on la chasse avec un grand fracas,
A cause qu’elle manque à parler Vaugelas.
(Fem. sav. II. 7.)

«Ceux qu’on nomme chercheurs, a_cause_que, dix-sept cents ans après J. C., ils cherchent encore la religion.»

(Bossuet. Or. fun. de la R. d’A.)

ACCESSOIRE. En un tel accessoire, en pareille circonstance:

Et tout ce qu’elle a pu, dans un tel accessoire,
C’est de me renfermer dans une grande armoire.
(Éc. des f. IV. 6.)

Accessoire paraît un mot impropre, suggéré par le besoin de rimer. On voit, à la plénitude du sens et à la fermeté habituelle de l’expression, que Molière avait, comme Boileau, l’usage de s’assurer d’abord de son second vers. De là vient que souvent le second hémistiche du premier tient de la cheville, comme en cette occasion. (Voyez CHEVILLES.)

ACCOISER, calmer:

Ier MÉDECIN. Adoucissons, lénifions et accoisons l’aigreur de ses esprits.

(Pourc. I. 2.)

L’orthographe primitive est quoi, quoie, de quietus: on devrait donc écrire aussi aquoiser; mais l’écriture s’applique à saisir les sons plutôt qu’à garder les étymologies. C’est une des causes qui transforment les mots.

Accoiser était du langage usuel; Bossuet s’en est servi dans sa Connaissance de Dieu; les éditeurs modernes ont changé mal à propos cette expression. Voici le passage tel qu’on le lit dans l’édition originale donnée par l’auteur:

«Si les couleurs semblent vaguer au milieu de l’air, si elles s’affoiblissent peu à peu, si enfin elles se dissipent, c’est que le coup que donnoit l’objet présent ayant cessé, le mouvement qui reste dans le nerf est moins fixe, qu’il se ralentit, et enfin s’accoise tout à fait.»

On a substitué qu’il cesse tout à fait. (P. 93, éd. de 1846.)

ACCOMMODÉ pour à l’aise, opulent:

J’ai découvert sous main qu’elles ne sont pas fort accommodées.

(L’Av. I. 2.)

Le seigneur Anselme est....... un gentilhomme qui est noble, doux, posé, sage, et fort accommodé.

(Ibid. I. 7.)

«Mon pere estoit des premiers et des plus accommodez de son village.»

(Scarron, Rom. com., 1e p., ch. XIII.)

Trévoux dit:

«Un homme riche et accommodé, dives.» «Un homme assez accommodé des biens de la fortune

(Mascaron.)

Cette locution accommodé des biens de la fortune paraissant trop longue, on a fini par dire simplement accommodé. Mais ce qui est plus singulier, c’est de trouver incommode aussi absolument et sans régime, pour signifier pauvre, dans la gêne ou la misère.

«Revenons donc aux personnes incommodees, pour le soulagement desquelles nos pères... assurent qu’il est permis de dérober, non-seulement dans une extrême nécessité....»

(Pascal, 8e Prov.)

(Voyez INCOMMODÉ.)

ACCOMMODÉ DE TOUTES PIÈCES:

Est-ce qu’on n’en voit pas de toutes les espèces,
Qui sont accommodés chez eux de toutes pièces?
(Éc. des fem. I. 1.)

On ne sauroit aller nulle part, où l’on ne vous entende accommoder de toutes pièces.

(L’Av. III. 5.)

L’on vous accommode de toutes pièces, sans que vous puissiez vous venger.

(G. D. I. 3.)

Cette métaphore, de toutes pièces, nous reporte au temps de la chevalerie. Un chevalier, accommodé de toutes les pièces de son armure, était accommodé aussi complétement que possible; il n’y manquait rien.

J’ai en main de quoi vous faire voir comme elle m’accommode.

(G. D. II. 9.)

ACCOMMODER A LA COMPOTE:

Il me prend des tentations d’accommoder tout son visage à la compote...

(G. D. II. 4.)

ACCORD. Être d’accord de, convenir, reconnaître:

Autant qu’il est d’accord de vous avoir aimé.
(Amph. II. 6.)
Qu’aux pressantes clartés de ce que je puis être,
Lui-même soit d’accord du sang qui m’a fait naître.
(Ib. III. 5.)

ALLER AUX ACCORDS, être conciliant; accommoder les choses:

Argatiphontidas ne va point aux accords.
(Amph. III. 8.)

ACCOUTUMÉ; AVOIR ACCOUTUMÉ, avoir coutume:

Allez, monsieur, on voit bien que vous n’avez pas accoutumé de parler à des visages.

(Mal. im. III. 6.)

ACCROCHÉ, ACCROCHÉ A QUELQU’UN:

Mais aux hommes par trop vous êtes accrochées.
(Amph. II. 5.)

Sur cette locution par trop, je ferai observer que c’est un des plus anciens débris de la langue française primitive. Par s’y construit, non avec trop, mais avec l’adjectif ou le participe qui le suit, et qui se trouve ainsi élevé à la puissance du superlatif. C’est une imitation de l’emploi de per chez les Latins: pergrandis, pergratus. Cette formule se pratiquait en français avec la tmèse de par; c’était comme si l’on eût dit sans tmèse: Vous êtes trop paraccrochées aux hommes.

Par se construisait de même avec les verbes: parfaire, parachever, parcourir, parbouillir, pargagner:

Pourtant, et s’il eust barguigné
Plus fort, il eust par bien gaigné
Un escu d’or.
(Le nouveau Pathelin.)

S’il eût marchandé, il eût bien pargagné un écu d’or.

(Voyez Des Variations du langage français, p. 236.)

A CE COUP:

Voyons si votre diable aura bien le pouvoir
De détruire, à ce coup, un si solide espoir.
(L’Ét. V. 16.)

(Voyez A CETTE FOIS.)

A CETTE FOIS:

Mais à cette fois, Dieu merci! les choses vont être éclaircies.

(G. D. III. 8.)

Racine a dit pareillement:

«La frayeur les emporte, et, sourds à cette fois,
«Ils ne connaissent plus ni le frein ni la voix.»
(Phèdre. V. 6.)

A cette fois était la seule façon de parler admise originairement:

«Je ne say plus que vous mander
«A cette fois, ne mes que tant
«Que je di: a Dieu vous commant.»
(Rom. de Coucy. v. 3184.)

A se mettait pour marquer le temps, où nous mettons aujourd’hui sans prépositions un véritable ablatif absolu; cependant nous disons encore à toujours, à jamais, comme dans le Roman du Châtelain de Coucy:

«Vostre serois à tousjours mais...»

(Coucy. v. 5357.)

«A une aultre fois, ils (les Espagnols) meirent brusler pour un coup, en mesme feu, quatre cents soixante hommes touts vifs.»

(Mont. III. 6.)

Nous dirions: une autre fois.

«En quoy (à bien employer les richesses de l’État) le pape Gregoire treizieme laissa sa memoire recommandable à long temps; et en quoy nostre royne Catherine tesmoigneroit à longues années sa liberalité naturelle et munificence, si les moyens suffisoient à son affection.»

(Mont. Ibid.)

Bossuet dit toujours à cette fois:

«Mais, à cette dernière fois, la valeur et le grand nom de Cyrus fit que..... etc.»

(Hist. Un. IIIe p. § 4.)

ACHEMINER QUELQU’UN A UNE JOIE:

Ah! Frosine, la joie où vous m’acheminez.....
(Dép. am. V. 5.)

ACOQUINER QUELQU’UN A QUELQUE CHOSE:

Et je crois, tout de bon, que nous les verrions (les femmes) nous courir, sans tous ces respects et ces soumissions où les hommes les acoquinent.

(Pr. d’Él. III. 3.)
Mon Dieu, qu’à tes appas je suis acoquiné!
(Dép. am. IV. 4.)

«.... tant les hommes sont accoquinez à leur estre miserable

(Montaigne. II. 37.)

Coquin, au moyen âge, signifiait un mendiant paresseux; d’où l’on est passé à l’idée de malfaiteur ou de voleur dissimulé.

«Lesquels jeunes hommes, venant de la ville de Roches en la ville de Rueil, ou chemin trouvèrent un homme en habit de quoquin.....»

(Lettres de rémission de 1375.)

«Un homme querant et demandant l’aumosne, qui estoit vestu d’un manteau tout plain de paletaux, comme un coquin ou caimant[38]

(Lettres de 1392.)

«Pierre Perreau, homme plain d’oisiveté... alant mendiant et coquinant par le pays.»

(Lettres de 1460.)

Dans les Actes de la vie de saint Jean, il est question d’un jeune homme qui insultait le saint:

«Vocando ipsum coquinum et truantem.»

(Ducange, in Coquinus.)

S’acoquiner est donc s’attacher comme fait un mendiant importun à celui qu’il sollicite.

L’étymologie la plus probable dérive coquin de coquina, cuisine, lieu que les coquins hantent volontiers. On voit déjà dans Plaute que cuisinier était synonyme de voleur:

Mihi omnis angulos
Furum implevisti in ædibus misero mihi,
Qui intromisisti in ædes quingentos coquos.
(Aulul.)
Forum coquinum qui vocant stulte vocant;
Nam non coquinum, verum furinum est forum.
(Pseudol.)

Voyez Du Cange, aux mots coquinus et cociones.

Nicot, au mot accoquiner, dit sans autorité que coquin signifiait privé, familier.

A CRÉDIT, gratuitement: MISÉRABLE A CRÉDIT:

C’est jouer en amour un mauvais personnage,
Et se rendre, après tout, misérable à crédit.
(Dép. am. I. 2.)

ADIEU VOUS DIS, sorte d’adverbe composé:

Adieu vous dis mes soins pour l’espoir qui vous flatte.
(L’Ét. II. 1.)

Il faut considérer adieu vous dis, ancienne formule, comme adieu tout simplement, sans tenir compte du vous ni du verbe dire: Adieu mes soins pour l’espoir qui vous flatte.

L’édition de P. Didot ponctue, d’après celle de 1770:

Adieu, vous dis, mes soins pour l’espoir qui vous flatte.

Où l’on voit que l’éditeur prend vous dis pour vous dis-je:—Adieu mes soins, vous dis-je... Ce n’est pas le sens. Vous dis ne s’adresse point à l’interlocuteur de Mascarille, pas plus que ce n’est une apostrophe: adieu vous dis, ô mes soins! C’est tout simplement: Adieu mes soins.

A DIRE VÉRITÉ, pour dire la vérité:

Mais il vaut beaucoup mieux, à dire vérité,
Que la femme qu’on a pèche de ce côté.
(Éc. des fem. III. 3.)

ADMETTRE CHEZ QUELQU’UN, introduire:

En vous le produisant, je ne crains point le blâme
D’avoir admis chez vous un profane, madame.
(Fem. sav. III. 5.)

ADMIRER DE (un infinitif):

J’admire de le voir au point où le voilà.
(Éc. des fem. I. 6.)
Et j’admire de voir cette lettre ajustée
Avec le sens des mots et la pierre jetée.
(Ibid. III. 4.)

ADMIRER COMME....:

J’admire comme le ciel a pu former deux âmes aussi semblables en tout que les nôtres.....

(Pr. d’Él. IV. 1.)

Pascal a dit j’admire que:

«Car qui n’admirera que notre corps.... soit à présent un colosse, un monde, etc.»

(Pensées, p. 282.)

«Vous admirerez que la dévotion qui étonnoit tout le monde ait pu être traitée par nos pères avec une telle prudence, que....., etc.»

(9e. Prov.)

«Il faudroit admirer qu’elle (cette doctrine) ne produisît pas cette licence.»

(14e Prov.)

ADRESSES, au pluriel:

Enfin, j’ai vu le monde et j’en sais les finesses:
Il faudra que mon homme ait de grandes adresses,
Si message ou poulet de sa part peut entrer.
(Éc. des fem. IV. 5.)

ADRESSER, diriger, faire arriver:

Mon esprit, il est vrai, trouve une étrange voie
Pour adresser mes vœux au comble de leur joie.
(L’Ét. IV. 2.)

AFFECTER, affectionner; rechercher avec affection.

MONTRER D’AFFECTER, étaler de l’affection ou la laisser paraître:

Vous buviez sur son reste, et montriez d’affecter
Le côté qu’à sa bouche elle avoit su porter.
(L’Ét. IV. 5.)

AFFECTER L’EXEMPLE DE QUELQU’UN:

Diane même, dont vous affectez tant l’exemple, n’a pas rougi de pousser des soupirs d’amour.

(Pr. d’Él. II. 1.)

AFFOLER, v. a. ÊTRE AFFOLÉ DE QUELQU’UN, figurément en être épris:

Vous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Léandre.

(Méd. malgré lui. III. 7.)

Affoler ne signifie pas rendre fou, comme l’explique le Suppl. au. Dict. de l’Acad., mais blesser, au propre et au figuré. C’est le verbe fouler composé avec a, marquant le progrès d’une action, comme dans alentir, apetisser, agrandir, amaladir. Elle en est affolée, elle en est férue.

«Ha! le brigand! il m’a tout affolée
(La Font. Le diable de Pap.)

Rendre fou se disait affolir (racines, fol, folle, et a). Montaigne a bien gardé la différence de ces deux mots:

«Et leur sembloit que c’estoit affoler les mystères de Venus, que de les oster du retiré sacraire de son temple.»

(II, 12.) Lædere mysteria Veneris.

«Il y a non-seulement du plaisir, mais de la gloire encores, d’affolir ceste molle doulceur et ceste pudeur enfantine.»

(Mont. II. 15.)

On avait composé aussi de foler (fouler) gourfoler ou gourfouler. (Voyez Du Cange, au mot affolare.)

Ce qui aura conduit à confondre les deux formes de l’infinitif, c’est qu’en effet le présent de l’indicatif est le même: le berger Aignelet, à qui son avocat recommande de ne répondre à toutes les questions autre chose sinon bée, s’y engage:

«Dites hardiment que j’affole,
«Si je dis huy autre parole.»
(Pathelin.)

On remarque de plus, dans cet exemple, affolir employé au sens neutre, pour devenir fou.

De même, un peu plus loin, quand le drapier brouille son drap et ses moutons, Pathelin s’écrie vers le juge:

«Je regny sainct Pierre de Rome,
«S’il n’est fin fol, ou il affole

Il est fou, ou il le devient.

AFFRONTER QUELQU’UN, le tromper effrontément, jusqu’à l’outrager et s’exposer à sa vengeance:

Ah! vous me faites tort! S’il faut qu’on vous affronte,
Croyez qu’il m’a trompé le premier à ce conte.