(Méd. m. lui. I. 6.)

ENGENDRER (S’), se donner un gendre:

Ma foi, je m’engendrois d’une belle manière!
(L’Ét. II. 6.)

Que vous serez bien engendré!

(Mal. im. II. 5.)

Remarquez que dans gendre, engendrer, le d est euphonique, attiré entre l’n et l’r, qui se trouvent rapprochés après la syncope du mot latin: gen(era)re, gen(e)rum. C’est ainsi que Vendres représente Veneris, dans le nom de Port-Vendres, portus Ven(e)ris. Les Grecs disaient de même ἀνδρός pour ἀνρός, syncope d’ἀνερός.

Nr attirait le d intermédiaire; ml attirait le b. De humilem, on fit d’abord humele, qui se lit dans les plus anciens textes; puis, par syncope, humle; et enfin humble.

Les lois de l’euphonie sont les mêmes en tout temps comme en tous lieux; seulement elles sont mieux obéies par les peuples naissants que par les peuples vieillis. Il semble que, chez les derniers, la langue soit devenue plus souple à proportion que l’oreille devenait plus dure.

ENGER. Voyez ANGER.

ENGLOUTIR LE CŒUR:

Pouas! vous m’engloutissez le cœur!

(G. D. III. 11.)

ENGROSSER:

N’a-t-il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire?

(D. Juan. III. 1.)

Ce mot ne serait plus souffert sur la scène, à cause du progrès des mœurs.

ENNUYER (S’); JE M’ENNUIE, IL M’ENNUIE, absolument, sans complément; et IL M’ENNUIE DE:

Lorsque j’étois aux champs, n’a-t-il point fait de pluie?
—Non.—Vous ennuyoit-il?—Jamais je ne m’ennuie.
(Éc. des fem. II. 6.)

Il vous ennuyoit d’être maître chez vous.

(G. D. I. 3.)

Molière, pour ce verbe, a mis en présence l’ancienne locution et la nouvelle; l’ancienne, qui est la seule logique: il m’ennuie, comme tædet, pœnitet; et la moderne, aujourd’hui seule usitée: je m’ennuie, comme je me repens, quoique la forme réfléchie n’ait ici aucun sens, puisque l’on n’ennuie ni ne repent soi-même. Mais l’usage!...

Il faut, au surplus, observer que se repentir était usité dès le XIIe siècle:

«Deu se repenti que ont fait rei Saul.»

(Rois. p. 54.)

Et la glose marginale:

«Deu ne se puet pas repentir de chose qu’il face.»

«Il n’est pas huem ki se repente

(Ibid. p. 57.)

On trouve à côté de cette forme réfléchie la forme impersonnelle.

«Ore, dit Dieu, ore m’enrepent que fait ai Saul rei sur Israel.»

(Ibid. p. 54.)

Il m’enrepent, me pœnitet.

ENQUÊTER (S’) DE, s’enquérir:

Ils ne s’enquêtent point de cela.

(Pourc. III. 2.)

Quester, par syncope de quæs(i)tare. Quærere a donné querir.

ENRAGER QUE, à cause que:

J’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas bien fait étudier dans toutes les sciences, quand j’étois jeune.

(Bourg. gent. II. 6.)

ENROUILLÉ. Voyez SAVOIR ENROUILLÉ.

ENSEVELIR (S’) DANS UNE PASSION:

La belle chose que de..... s’ensevelir pour toujours dans une passion!

(D. Juan. I. 2.)

Molière a dit de même s’enterrer dans un mari.

(Voyez ENTERRER.)

ENSUITE DE...

Il voudroit vous prier ensuite de l’instance
D’excuser de tantôt son trop de violence.
(L’Ét. II. 3.)

On devrait écrire séparément en suite de, par suite de.

—«En suite des premiers compliments.—En suite de tant de veilles.»

(Pascal. Pensées. p. 370 et 377.)

..... «Une réponse exacte, en suite de laquelle je crois que vous n’aurez pas envie de continuer cette sorte d’accusation.

(Id. 11e Prov.)

«Filiutius n’avoit garde de laisser les confesseurs dans cette peine: c’est pourquoi, en suite de ces paroles, il leur donne cette méthode facile pour en sortir.»

(10e Prov.)

Cette locution est très-fréquente dans Pascal.

ENTENDRE (L’), mis absolument, comme on dirait s’y entendre:

Je pensois faire bien.—Oui! c’étoit fort l’entendre.
(L’Ét. I. 5.)

Le français, surtout celui du XVIIe siècle, a une foule de locutions où l’article s’emploie ainsi sans relation grammaticale, et par rapport à un substantif sous-entendu, dont l’idée, bien que vague, est assez claire.

ENTERRER, figurément; S’ENTERRER DANS UN MARI:

Mon dessein n’est pas..... de m’enterrer toute vive dans un mari.

(G. D. II. 4.)

S’enterrer dans un mari, comme s’ensevelir dans une passion. (Voyez ENSEVELIR.)

ENTÊTEMENT, en bonne part, passion obstinée:

J’aime la poésie avec entêtement.
(Fem. sav. III. 2.)

ENTHOUSIASME, à peu près dans le sens de frénésie:

Mais voyez quel diable d’enthousiasme il leur prend de me venir chanter aux oreilles comme cela!

(Prol. de la Pr. d’Él. 2.)

ENTICHÉ:

Vous en êtes un peu dans votre âme entiché.
(Tart. I. 6.)

Ce mot remonte à l’origine de la langue.

«Sathanas se elevad encuntre Israel, e enticha David que il feist anumbrer ces de Israel e ces de Juda.»

(Rois. p. 215.)

Taxa, taxare aliquem. D’où teche, techer, ou tache, tacher. Entacher, enticher, tacher, tasser et taxer, ont la même origine: taxare. Mais la date relative de leur naissance se révèle par leur forme matérielle.

ENTRECOUPER (S’) DE QUESTIONS:

Ensuite, s’il vous plaît?—Nous nous entrecoupâmes
De mille questions qui nous pouvoient toucher.
(Amph. II. 2.)

ENTREMETTRE (S’) DE....:

Ah, ah! c’est toi, Frosine? Que viens-tu faire ici?—Ce que je fais partout ailleurs: m’entremettre d’affaires, me rendre serviable aux gens.

(L’Av. II. 5.)

Locution qui remonte à l’origine de la langue:

«Saül aveit osted de la terre ces ki s’entremeteient d’enchantement e de sorcerie

(Rois. p. 108.)

ENTRER, construit avec divers substantifs. ENTRER DEDANS L’ÉTONNEMENT:

N’entrez pas tout à fait dedans l’étonnement.
(Dép. am. II. 1.)

ENTRER DANS LES MOUVEMENTS D’UN CŒUR, s’y associer:

C’est que tu n’entres point dans tous les mouvements D’un cœur, hélas! rempli de tendres sentiments.

(Mélicerte. II. 1.)

ENTRER EN DÉSESPOIR:

Et l’accord que son père a conclu pour ce soir
La fait à tous moments entrer en désespoir.
(Tart. IV. 2.)

EN UNE HUMEUR:

J’entre en une humeur noire, en un chagrin profond,
Quand je vois vivre entre eux les hommes comme ils font.
(Mis. I. 1.)

«J’entre en une vénération qui me transit de respect envers ceux qu’il (Dieu) me semble avoir choisis pour ses élus.»

(Pascal. Pensées. p. 344.)
«Colette entra dans des peurs nonpareilles.»
(La Fontaine. Le Berceau.)

«Car, mes pères, puisque vous m’obligez d’entrer dans ce discours...»

(Pascal, 11e Prov.)

ENTRER SOUS DES LIENS, se marier:

Ce n’est pas à mon cœur qu’il faut que je défère
Pour entrer sous de tels liens.
(Psyché. I. 3.)

ENTRIGUET. Voyez INTRIGUET.

ENTRIPAILLÉ:

Un roi, morbleu, qui soit entripaillé comme il faut.

(Impromptu. 1.)

ENVERS, préposition, construite avec un verbe:

Je vois qu’envers mon frère on tâche à me noircir.
(Tart. III. 7.)

(Voyez VERS.)

ENVERS DU BON SENS, substantivement:

Un envers du bon sens, un jugement à gauche.
(L’Ét. II. 14.)

ENVIES, au pluriel:

J’en avois pour moi toutes les envies du monde.

(D. Juan. V. 3.)

ENVOYER A QUELQU’UN, l’envoyer chercher:

Armande, prenez soin d’envoyer au notaire.
(Fem. sav. IV. 5.)
Pour dresser le contrat elle envoie au notaire.
(Ib. IV. 7.)

ÉPARGNE DE BOUCHE, pour sobriété:

Premièrement, elle est nourrie et élevée dans une grande épargne de bouche.

(L’Av. II. 6.)

ÉPAULER DE SES LOUANGES:

C’est bien la moindre chose que nous devions faire que d’épauler de nos louanges le vengeur de nos intérêts.

(Impromptu. 3.)

ÉPÉE DE CHEVET, métaphoriquement:

Toujours parler d’argent! voilà leur épée de chevet, de l’argent!

(L’Av. III. 5.)

L’épée accrochée au chevet du lit est l’arme sur laquelle on saute tout d’abord, pour se défendre d’une surprise nocturne.

ÉPIDERME, féminin:

La beauté du visage est un frêle ornement,
Une fleur passagère, un éclat d’un moment,
Et qui n’est attaché qu’à la simple épiderme.
(Fem. sav. III. 6.)

L’Académie fait ce mot masculin. Il est vrai que δέρμα est neutre en grec, et que nos médecins ont fait derme masculin. Mais derme est un terme scientifique récent; épiderme est ancien, et du commun usage; et comme il réveille l’idée de la peau, il paraissait plus naturel qu’il fût aussi féminin.

ÉPINES; AVOIR L’ESPRIT SUR DES ÉPINES:

N’ayez point pour ce fait l’esprit sur des épines.
(L’Ét. I. 10.)

On ne comprend pas que des épines matérielles puissent piquer l’esprit, qui est immatériel.

ÉPOUSE:

DON JUAN.

Comment se porte madame Dimanche, votre épouse?.... C’est une brave femme.

(D. Juan. IV. 3.)

Il est vraisemblable que don Juan emploie ici ce mot épouse par moquerie des gens d’état, comme M. Dimanche, qui trouvent ma femme une expression trop basse, et croient mon épouse un terme bien plus digne et relevé.

Et, comme pour mieux faire ressortir cette emphase ironique, don Juan, en homme sûr de son aristocratie, ajoute tout de suite cette expression familière: C’est une brave femme.

Madame Jacob, revendeuse à la toilette et sœur de M. Turcaret, parlant à une baronne, n’a garde non plus de dire mon mari:

«Il fait bien pis, le dénaturé qu’il est! il m’a défendu l’entrée de sa maison, et il n’a pas le cœur d’employer mon époux

(Turcaret. IV. 12.)

ÉPOUSER LES INQUIÉTUDES DE QUELQU’UN:

Le mien (mon maître) me fait ici épouser ses inquiétudes.

(Sicilien. 1.)

Molière dit, dans le même sens, prendre la vengeance, le courroux de quelqu’un. (Voyez PRENDRE.)

ÉPOUSTER:

Oui-dà, très-volontiers, je l’épousterai bien.
(L’Ét. IV. 7.)

Molière a contracté par licence le futur d’épousseter, consultant la prononciation plutôt que la grammaire.

ÉPURÉ DU COMMERCE DES SENS:

Il n’a laissé dans mon cœur, pour vous, qu’une flamme épurée de tout le commerce des sens.

(D. Juan. IV. 9.)

ESCAMPATIVOS, mot espagnol ou de forme espagnole, des échappées:

Ah! je vous y prends donc, madame ma femme! et vous faites des escampativos pendant que je dors!

(G. D. III. 8.)

ESCOFFION, bonnet de femme, cornette:

D’abord leurs escoffions ont volé par la place.
(L’Ét. V. 14.)

La racine est l’italien scuffia, devant lequel on ajoute l’é, comme dans éponge, esprit, et tous les mots qui commencent par ces deux consonnes st, sp, sq, pour éviter d’articuler la première.

Au XVIe siècle, la reine de Navarre écrit, ou plutôt ses éditeurs lui font écrire, scofion:

«Un lit de toile fort desliée... et la dame seule dedans, avec son scofion et chemise, etc.»

(Heptaméron, nouv. 14.)

ESPÉRANCE (L’) DE QUELQU’UN, l’espérance ou les espérances qu’il donne:

Je l’aurai fait passer chez moi dès son enfance,
Et j’en aurai chéri la plus tendre espérance...
(Éc. des fem. IV. 1.)

Je me serai complu dans les espérances que donnait Agnès. Cette expression est embarrassée et peu claire.

ESPÉRER A, espérer dans:

Mais j’espère aux bontés qu’une autre aura pour moi.
(Tart. II. 4.)

«J’espère dans les bontés.» (Voyez AU, AUX.)

ESPRIT CHAUSSÉ A REBOURS:

Tout ce que vous avez été durant vos jours,
C’est-à-dire un esprit chaussé tout à rebours.
(L’Ét. II. 14.)

FAIRE ÉCLATER UN ESPRIT:

Je ne suis point d’humeur à vouloir contre vous
Faire éclater, madame, un esprit fort jaloux.
(Sgan. 22.)

ESSAYER A, suivi d’un infinitif:

Est-ce donc que par là vous voulez essayer
A réparer l’accueil dont je vous ai fait plainte?
(Amph. II. 2.)
Et j’ose maintenant vous conjurer, madame,
De ne point essayer à rappeler un cœur
Résolu de mourir dans cette douce ardeur.
(Fem. sav. I. 2.)

ESSUYER, subir; ESSUYER LA BARBARIE:

C’est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots, que d’essuyer sur des compositions la barbarie d’un stupide.

(B. gent. I. 1.)

LA CERVELLE:

On n’a point à louer les vers de messieurs tels,
A donner de l’encens à madame une telle,
Et de nos francs marquis essuyer la cervelle.
(Mis. III. 7.)

(Voyez CERVELLE.)

UN COMBAT:

Je ne m’étonne pas; au combat que j’essuie,
De voir prendre à monsieur la thèse qu’il appuie.
(Fem. sav. IV. 3.)

UNE CONVERSATION:

Ces conversations ne font que m’ennuyer,
Et c’est trop que vouloir me les faire essuyer.
(Mis. II. 4.)

EST après un pluriel. Voyez C’EST après un pluriel.

EST-CE.... OU SI....:

Mais est-ce un coup bien sûr que votre seigneurie
Soit désenamourée? ou si c’est raillerie?
(Dép. am. I. 4.)

De grâce, est-ce pour rire, ou si tous deux vous extravaguez, de vouloir que je sois médecin?

(Méd. m. lui. I. 6.)

EST-CE PAS, pour n’est-ce pas:

Lubin. Il aura un pied de nez avec sa jalousie, est-ce pas?

(Georg. Dand. I. 2.)

(Voyez NE supprimé dans une forme interrogative.)

EST-IL DE (un substantif), est-il quelque:

Est-il pour nous, ma sœur, de plus rude disgrâce?
(Psyché. I. 1.)

Marmontel a dit pareillement dans le Sylvain:

«Est-il de puissance
«Qui rompe ces nœuds?»

ESTIME, comme les mots ressentiment, heur, succès, recevant une épithète qui en détermine l’acception favorable ou défavorable:

C’est de mon jugement avoir mauvaise estime,
Que douter si j’approuve un choix si légitime.
(Éc. des fem. V. 7.)

ESTIME DE, comme réputation de; ÊTRE EN ESTIME D’HOMME D’HONNEUR:

En quelle estime est-il, mon frère, auprès de vous?
D’homme d’honneur, d’esprit, de cœur et de conduite.
(Fem. sav. II. 1.)

ESTIME au sens passif, pour l’estime qu’on inspire. Voyez MON ESTIME.

ESTOC; PARLER D’ESTOC ET DE TAILLE, au hasard:

N’importe, parlons-en et d’estoc et de taille,
Comme oculaire témoin.
(Amph. I. 1.)

Par allusion à cette expression, frapper d’estoc et de taille, désespérément, comme l’on peut.

L’estoc est la pointe de l’épée, ou l’épée elle-même, longue et pointue. La racine est stocum, avec l’e initial, comme dans tous les mots commençant en latin par st, sp.

Voyez Du Cange, aux mots Stocum, Stochus et Estoquum.

L’expression d’estoc et de taille remonte très-haut, car on la trouve dans les chartes du moyen âge:

«Diversis vulneribus tam de taillo quam de stoquo vulnerare dicuntur.»

(Ap. Cang. in stoquum litt. rem. ann. 1364.)

D’estoc vient le verbe estoquer (étoquer), encore usité en Picardie. Toquer, dont se sert le peuple, paraît plutôt abrégé d’étoquer, que formé sur l’onomatopée de toc.

Le radical de cette famille de mots est l’allemand stock, canne, bâton; anglais, stick; latin, stocum; italien, stocco; espagnol, estoque, estoquear; français, estoc, estoquer.

ÉTAGE DE VERTU:

C’est un haut étage de vertu que cette pleine insensibilité où ils veulent faire monter notre âme.

(Préf. de Tartufe.)

ÉTAT, façon de se vêtir, comme l’on dit aujourd’hui la mise; PORTER UN ÉTAT:

Où pouvez-vous donc prendre de quoi entretenir l’état que vous portez?

(L’Av. I. 5.)

FAIRE ÉTAT DE QUELQUE CHOSE:

Dis à ta maîtresse
Qu’avecque ses écrits elle me laisse en paix,
Et que voilà l’état, infâme, que j’en fais.
(Dép. am. I. 6.)
Elle m’a répondu, tenant son quant-à-soi:
Va, va, je fais état de lui comme de toi.
(Ibid. IV. 2.)
Il connoîtra l’état que l’on fait de ses feux.
(Éc. des mar. II. 7.)
Afin de lui faire connoître
Quel grand état je fais de ses nobles avis.
(Fem. sav. IV. 4.)

FAIRE ÉTAT DE (un infinitif), compter sur, être certain de....:

Sinon, faites état de m’arracher le jour,
Plutôt que de m’ôter l’objet de mon amour.
(Éc. des mar. III. 8.)

Pascal a dit, faire état que, comme compter que:

«Faites état que jamais les Pères, les papes, les conciles....... n’ont parlé de cette sorte.»

(Pascal. 3e Prov.)

ET LE RESTE; c’était la traduction consacrée d’et cætera, qu’on met aujourd’hui sans scrupule en latin:

Je ne manque point de livres qui m’auroient fourni tout ce qu’on peut dire de savant sur la tragédie et la comédie, l’étymologie de toutes deux, leur origine, leur définition, et le reste.

(Préf. des Préc. rid.)
«Mon frère a-t-il tout ce qu’il veut,
«Bon souper, bon gîte, et le reste
(La Font. Les deux Pig.)

C’est-à-dire: bon souper, bon gîte, et cætera. Les commentateurs, qui entendent finesse à tout et sont toujours prêts à enrichir leur auteur, ont supposé que la Fontaine avait créé cette expression pour faire, en termes chastes, allusion aux mœurs amoureuses de ses héros: sur quoi ils lui ont donné de grandes louanges. L’intention peut y être, mais ce ne serait qu’une application d’une façon de parler usuelle.

ÉTONNÉ QUE:

Je fus étonné que, deux jours après, il me montra toute l’affaire exécutée...

(Préf. de la Crit. de l’Éc. des Fem.)

ÊTRE pour aller:

Et nous fûmes coucher sur le pays exprès,
C’est-à-dire, mon cher, en fin fond de forêts.
(Fâcheux. II. 7.)

A peine ai-je été les voir trois ou quatre fois, depuis que nous sommes à Paris.

(Impromptu. 1.)

Et en Hollande, où vous fûtes ensuite?

(Mar. for. 2.)

LUCAS. Il se relevit sur ses pieds, et s’en fut jouer à la fossette.

(Méd. m. lui. I. 6.)

Toutes mes études n’ont été que jusqu’en sixième.

(Ibid. III. 1.)
On servit. Tête à tête ensemble nous soupâmes,
Et, le soupé fini, nous fûmes nous coucher.
(Amph. II. 2.)

Je lui ai défendu de bouger, à moins que j’y fusse moi-même.

(Pourc. I. 6.)

Pascal fait le même usage du verbe être:

«Je le quittai après cette instruction; et, bien glorieux de savoir le nœud de l’affaire, je fus trouver M. N***...»

(1re Prov.)

«Et, de peur de l’oublier, je fus promptement retrouver mon janséniste.»

(Ibid.)

ÊTRE A MÊME DE QUELQUE CHOSE:

Afin de m’appuyer de bons secours..... et d’être à même des consultations et des ordonnances.

(Mal. im. I. 5.)

C’est être dans la chose même, au centre de la chose dont il s’agit; par conséquent aussi bien placé que possible pour en contenter son désir.

On dit être à même, ou à même de, avec ou sans complément:

«On demanda, à un philosophe que l’on surprist à mesmes, ce qu’il faisoit.»

(Montaigne. II. 12.)

Que l’on surprit au milieu de l’action.

La version des Rois dit en meime, suivi du substantif auquel s’accorde même:

«E cumandad à ses fils que il à sa mort fust enseveliz en meime le sepulchre u li bons huem fud enseveliz.»

(P. 290.)

Il commanda qu’on l’ensevelît à même le sépulcre, c’est-à-dire dans le même sépulcre où, etc.

A même est donc une sorte d’adverbe composé, du moins on l’emploie comme tel; mais il est hors de doute que c’est au fond l’adjectif même, avec l’ellipse du substantif.

ÊTRE APRÈS QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire, être occupé à cette chose:

On est venu lui dire, et par mon artifice,
Que les ouvriers qui sont après son édifice....
(L’Ét. II. 1.)

ÊTRE CONTENT DE QUELQUE CHOSE, y consentir volontiers:

ASCAGNE.
Ayez-le donc[54], et lors, nous expliquant nos vœux,
Nous verrons qui tiendra mieux parole des deux.
VALÈRE.
Adieu, j’en suis content.
(Dép. am. II. 2.)

C’est-à-dire, cette condition me plaît, je l’accepte.

ÊTRE DE, être à la place de:

Mais enfin, si j’étois de mon fils son époux,
Je vous prierois bien fort de n’entrer point chez nous.
(Tart. I. 1.)

(Voyez ÊTRE QUE DE...)

—Faire partie de, être compris dans...:

Mais, monsieur, cela seroit-il de la permission que vous m’avez donnée, si je vous disois... etc.

(D. Juan. I. 2.)

ÊTRE DE CONCERT:

Soyons de concert auprès des malades.

(Am. méd. III. 1.)

ÊTRE EN MAIN POUR FAIRE QUELQUE CHOSE; être en situation avantageuse:

MORON.
Mais laissez-moi passer entre vous deux, pour cause:
Je serai mieux en main pour vous conter la chose.
(Pr. d’Él. I. 2.)

ÊTRE POUR (un infinitif); être fait pour, de nature à...:

Ce seroit pour monter à des sommes très-hautes.
(Fâcheux. III. 3.)

Nous ne sommes que pour leur plaire (aux grands).