(Éc. des mar. I. 6.)

(Voyez FAIRE CONTRE QUELQU’UN.)

FAIRE SCRUPULE, causer du scrupule:

Ce nom (de gentilhomme) ne fait aucun scrupule à prendre.

(B. gent. III. 12.)

FAIRE SEMBLANT QUE....:

Profitons de la leçon si nous pouvons, sans faire semblant qu’on parle à nous.

(Crit. de l’Éc. des fem. 7.)

FAIRE SON POUVOIR, faire son possible:

Faites votre pouvoir, et nous ferons le nôtre.
(Dép. am. I. 2.)

C’était l’expression du temps:

«J’ai fait mon pouvoir, sire, et n’ai rien obtenu.»
(Corneille, Le Cid. I. 6.)

FAIRE UNE BOURLE (bourle, de l’italien burla, moquerie):

.... Une certaine mascarade que je prétends faire entrer dans une bourle que je veux faire à notre ridicule.

(B. gent. III. 14.)

(Voyez BOURLE.)

FAIRE UNE VENGEANCE DE QUELQU’UN; en tirer vengeance:

Et je prétends faire de lui une vengeance exemplaire.

(Scapin. III. 7.)

FAIT A (un infinitif), habitué à....:

Car les femmes y sont faites à coqueter.
(Éc. des fem. I. 6.)

FAIT, substantif; C’EST UN ÉTRANGE FAIT QUE....:

C’est un étrange fait que, avec tant de lumières,
Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières.
(Ibid. IV. 8.)

LE FAIT DE QUELQU’UN; tout ce qui le concerne, sa conduite, sa fortune, etc....:

Tout son fait, croyez-moi, n’est rien qu’hypocrisie.
(Tart. I. 1.)
Je crains fort pour mon fait quelque chose approchant.
(Amph. II. 3.)

Bienheureux qui a tout son fait bien placé!

(L’Av. I. 4.)

Dans La Fontaine:

«Le malheureux, n’osant presque répondre,
«Court au magot, et dit: C’est tout mon fait
(Le Paysan qui a offensé son seigneur.)

DIRE SON FAIT A QUELQU’UN:

Il me donna un soufflet, mais je lui dis bien son fait!

(Pourc. I. 6.)

FALLANT, participe présent de falloir:

Mais lui fallant un pic, je sortis hors d’effroi.
(Fâcheux. II. 2.)

Comme il lui fallait un pique. Le participe abrège singulièrement, et mériterait pour cela seul d’être en usage.

FALLOT, plaisant, grotesque; TRAIT FALLOT:

Sans ce trait fallot,
Un homme l’emmenoit, qui s’est trouvé fort sot.
(L’Ét. II. 14.)
«. . . . . . . . Hé quoi, plaisant fallot,
«Vous parlerez toujours, et je ne dirai mot?»
(Th. Corneille, Jodelet prince.)
«Là, par quelque chanson fallote,
«Nous célébrerons la vertu
«Qu’on tire de ce bois tortu.»
(St.-Amand.)

«Falot se prend aussi pour un muguet, compagnon de village:—Un gentil falot

(Nicot.)

Au sens propre, le substantif falot est très-ancien dans notre langue, où il est venu de la basse latinité. Dans les actes de Minutius Félix (ap. Baron. ad ann. 303), on trouve déjà cereofalum, un falot de cire; et dans une charte de l’évêché d’Amiens, en 1240, falæ signifie les torches employées aux enterrements.

Falæ était traduit failles en français:

«Et des murs toutes les entrailles
«Portent brandons et mettent failles
(R. d’Athis et Prophil.)
«Failles emportent et brandons;
«Tot en resplent (resplendit) la regions.»
(R. de la Guerre de Troie.)

De faille ou fale, le diminutif falot.

Falot se trouve dans Albert Mussato, de Padoue, qui écrivait, au commencement du XIVe siècle, la chronique des gestes d’Henri VI: «Soudain ils voient briller, au sommet de la Gorgone, une sorte de signal par le feu, qu’ils appellent falot: quod ipsi falo nuncupabant.»—Sur quoi Nicolas Villani fait une note pour expliquer ce que c’est qu’un falot, et il dérive ce mot du grec φαλὸς, dérivé lui-même du verbe φάλω, briller.

Il est à remarquer que ceux dont il est question, et que désigne le mot ipsi, ce sont les Padouans. Falot, ou plutôt falo, était donc, vers 1300, un terme italien. On le retrouve en effet dans la chronique de Modène: «Et ex hoc facti fuerunt magni falo mutinæ.»

(Ap. Muratori, t. 15.)

Fallodia, fallogia, dans les chroniques italiennes du moyen âge, sont des illuminations.

J’ai insisté sur l’origine de ce mot, parce qu’il a causé beaucoup de tortures aux érudits; on peut voir dans Trévoux les peines qu’ils se sont données pour tirer falot du saxon bal, ou du chaldéen lappid, changé en peled, qui se serait à son tour transformé en falot.

Le passage du sens propre au sens métaphorique ne peut arrêter personne. Il est tout naturel de comparer un homme gai, facétieux, folâtre, à une flamme qui joue sous le vent. Les Latins disaient, par une figure pareille, igniculi ingenii (Quintilien).

(Voyez Du Cange aux mots Falo, Phalæ, Fallodia.)

FAMEUX, au sens de considérable, important:

Et me donner le temps qui sera nécessaire
Pour tâcher de finir cette fameuse affaire.
(L’Ét. IV. 9.)
Oui, je suis don Alphonse; et mon sort conservé
Est un fameux effet de l’amitié sincère
Qui fut entre son prince et le roi notre père.
(D. Garcie. V. 5.)
Et ce fameux secret vient d’être dévoilé.
(Ibid. V. 6.)

Cet emploi de fameux, qui paraît avoir été du style noble du temps de Molière, est aujourd’hui une des formes triviales du langage du peuple.

Quoi! faut-il que pour moi vous renonciez, seigneur,
A cette royale constance
Dont vous avez fait voir, dans les coups du malheur,
Une fameuse expérience?
(Psyché. II. 1.)

Royale constance, fameuse expérience, laissent trop voir la précipitation de l’écrivain.

FANFAN, terme de tendresse et de mignardise:

Oui, ma pauvre fanfan, pouponne de mon âme.
(Éc. des mar. II. 14.)

C’est la dernière syllabe du mot enfant, redoublée, à l’imitation des enfants eux-mêmes.

FANFARONNERIE:

C’est pure fanfaronnerie
De vouloir profiter de la poltronnerie
De ceux qu’attaque notre bras.
(Amph. I. 2.)

La fanfaronnade est l’expression de la fanfaronnerie.

FATRAS au pluriel:

Et se charger l’esprit d’un ténébreux butin
De tous les vieux fatras qui traînent dans les livres.
(Fem. sav. IV. 3.)

FAUT, de faillir:

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Le cœur me faut.
(Éc. des fem. II. 2.)

De même de défaillir, défaut:

«Que si la frayeur nous saisit de sorte que le sang se glace si fort que tout le corps tombe en défaillance, l’âme défaut en même temps.»

(Bossuet. Connaissance de Dieu. p. 115.)

Dans l’édition in-12, imprimée en 1846 chez MM. Didot, l’éditeur a mis: «l’âme semble s’affaiblir.» De pareilles corrections sont de véritables sacriléges. Comment n’a-t-on pas vu l’intention de ce rapprochement entre les mots défaillance et défaillir? comment, à cette expression énergique l’âme défaut, a-t-on osé substituer cette misérable et lâche expression, semble s’affaiblir? comment enfin se trouve-t-il des mains qui osent toucher à Bossuet, et mutiler sa pensée?

FAUTE, absence, manque; IL VIENT FAUTE DE:

S’il vient faute de vous, mon fils, je ne veux plus rester au monde.

(Mal. im. I. 9.)

FAUX, dans le sens de méchant, félon, déloyal:

Mais le faux animal, sans en prendre d’alarmes,
Est venu droit à moi, qui ne lui disois rien.
(Pr. d’Él. I. 2.)

FAUX BOND. Voyez FAIRE FAUX BOND.

FAUX MONNOYEURS EN DÉVOTION:

..... Toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance, toutes les friponneries couvertes de ces faux monnoyeurs en dévotion....

(1er Placet au Roi.)

FAVEUR, ressource, protection:

Afin que pour nier, en cas de quelque enquête,
J’eusse d’un faux-fuyant la faveur toute prête.
(Tart. V. 1.)

On dit encore tous les jours à la faveur de: il a nié, à la faveur d’un faux-fuyant.

FAVEURS ÉTROITES. Voyez ÉTROIT.

FEINDRE A (un infinitif), hésiter à.....:

Tu feignois à sortir de ton déguisement.
(L’Ét. V. 8.)
Vous ne devez point feindre à me le faire voir.
(Mis. V. 2.)

Nous feignions à vous aborder, de peur de vous interrompre.

(L’Av. I. 5.)

FEINDRE DE (un infinitif), même sens:

Ainsi, monsieur, je ne feindrai point de vous dire que l’offense que nous cherchons à venger..... etc.

(D. Juan. III. 4.)

Je ne feindrai pas de dire, de faire, c’est-à-dire, je dirai, je ferai réellement, sincèrement.

Nous ne feignons point de mettre tout en usage.

(Pourc. I. 3.)

Je ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait connoître il y a six jours.

(Mal. im. I. 5.)

FEINDRE, suivi d’un infinitif sans préposition, hésiter, comme feindre à, et feindre de:

Feindre s’ouvrir à moi, dont vous avez connu
Dans tous vos intérêts l’esprit si retenu!
(Dép. am. II. 1.)

La reine de Navarre construit pareillement feindre avec un infinitif, sans préposition intermédiaire:

«Le seigneur de Bonnivet, pour luy arracher son secret, feignit luy dire le sien.»

(Heptam., nouvelle 14.)

La vieille langue employait se faindre, pour exprimer s’épargner à quelque chose, ne faire que le semblant de.....

«Ne se doit pas faindre de luy aider.....»
«De luy aider ne se va pas faignant
(Ogier. V. 9632 et 9638.)

Nicot dit: «Se faindre, parcere labori, remittere, summittere. Sans se faindre, sedulo.—Se faindre, prævaricari. Tu te fains à jouer; non bona fide ludis

Montaigne emploie se feindre absolument, pour feindre, comme se jouer, pour jouer; se mourir, pour mourir:

«Pour revenir à sa clemence (de César), nous en avons plusieurs naïfs exemples au temps de sa domination, lorsque, toutes choses estant reduictes en sa main, il n’avoit plus à se feindre

(Mont. II. 33.)

FEMME DE BIEN, recevant comme un adjectif la marque du comparatif:

Croyez-moi, celles qui font tant de façons n’en sont pas estimées plus femmes de bien.

(Crit. de l’Éc. des fem. 3.)

FERME, adverbialement:

Vous me parlez bien ferme! et cette suffisance...
(Mis. I. 2.)
Allons, ferme! poussez, mes bons amis de cour!
(Ibid. II. 5.)

(Voyez PREMIER QUE, FRANC, NET.)

FERMER, métaphoriquement; FERMER LES MOYENS DE:

C’est que vous voyez bien que tous les moyens vous en sont fermés.

(G. D. III. 8.)

Vous en sont interdits. (Voyez OUVRIR.)

FÉRU, blessé, de férir, archaïsme, dans le sens restreint de rendre amoureux:

Peut-être en avez-vous déjà féru quelqu’une?
(Éc. des fem. I. 6.)

FESTINER QUELQU’UN, lui offrir un festin:

C’est ainsi que vous festinez les dames en mon absence!

(B. gent. IV. 2.)

FEU, invariable:

Je tiens de feu ma femme, et je me sens comme elle
Pour les désirs d’autrui beaucoup d’humanité.
(Mélicerte. I. 4.)
Et l’on dit qu’autrefois feu Bélise, sa mère...
(Ibid. II. 7.)

Furetière qualifie ce terme substantif, et il lui donne, comme à un adjectif, un féminin: le feu roi, la feue reine. Il nous apprend même que les notaires de province usent du pluriel furent, en parlant de deux personnes conjointes et décédées, ce qui, ajoute-t-il, marque que ce mot vient de fuit et de fuerunt. C’est une raison pour maintenir feu invariable. Dans le temps que la notation eu sonnait u, l’on prononçait fu mon père, fu ma mère (fut mon père, fut ma mère); l’ignorance des origines a laissé s’introduire, à la suite d’une mauvaise orthographe, une mauvaise prononciation qui a prévalu; en sorte qu’aujourd’hui cette espèce de prétérit-adverbe est transformé en un véritable adjectif.

Nicot dérive feu de defunctus, et le qualifie adjectif; puis il ajoute: «Aussi le pourrait-on extraire de cette tierce personne fuit..... comme feut signifiant en ce sens a esté ou fut, c’est-à-dire, a vescu et n’est plus.»

C’est la bonne étymologie.

FEU QUI SE RÉSOUT EN ARDEUR DE COURROUX:

Tout son feu se résout en ardeur de courroux.
(Dép. am. V. 8.)

FIEFFÉ, FOU FIEFFÉ:

Peste du fou fieffé!

(Méd. m. lui. I. 1.)

Fieffé est celui à qui l’on a donné un fief, ce qui suppose un homme en son genre excellant par-dessus ses confrères. Cette locution se rapporte aux mœurs du moyen âge. Aujourd’hui qu’il n’y a plus de fiefs, mais des brevets d’invention, on dirait, par une expression tout à fait correspondante: un fou breveté.

FIER, adjectif; ÊTRE FIER A QUELQU’UN:

Oh! qu’elles nous sont bien fières par notre faute!
(Dép. am. IV. 2.)

FIÈVRE QUARTAINE (VOTRE)......., sorte de serment elliptique:

... Si vous y manquez, votre fièvre quartaine!....
(L’Ét. IV. 8.)

Si vous y manquez, vous consentez à être pris de la fièvre quartaine; jurez sur votre fièvre quartaine.

C’est aussi une espèce d’exclamation imprécatoire: Que la fièvre quartaine te serre! ta fièvre quartaine!

Dans l’explication entre le prêtre et le pelletier, joués par Pathelin:

LE PREBSTRE.
«Je ne le congnois nullement.
«Il m’a dit que presentement
«Vous confesse, et que payerez
«Tres-bien, et si me baillerez
«Argent, pour dire une douzaine
«De messes.
LE PELLETIER.
Sa fiebvre quartaine!»
(Le nouv. Pathelin.)
LE PREBSTRE.
«Vuyde dehors, fol insensé,
«Car il est temps que tu t’en partes.
LE PELLETIER:
«Et je feray, tes fiebvres quartes
(Ibid.)

FIGURE, dans le sens restreint de forme. Molière a dit, en ce sens, la figure du visage:

Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure
Des visages humains offusque la figure.
(Éc. des mar. I. 1.)

Offusque la forme des visages humains.

TENIR LA FIGURE DE:

Je vous laisse à penser si, dans la nuit obscure,
J’ai d’un vrai trépassé su tenir la figure.
(Éc. des fem. V. 2.)

Cette acception de figure se rapporte à celle de FIGURER. (Voyez ce mot.)

FIGURER, se rapportant à tout l’extérieur, à la configuration, en quelque sorte:

Voici monsieur Dubois plaisamment figuré.
(Mis. IV. 2.)

.... Une vieille tante qui.... nous figure tous les hommes comme des diables qu’il faut fuir.

(B. gent. III. 10.)

FILER DOUX:

Tu n’es pas où tu crois; en vain tu files doux.
(Amph. II. 3.)

Doux est adverbial, comme franc, ferme, net, clair, soudain, etc., dans des locutions analogues.

FILET, diminutif de fil:

Il semble, à vous entendre, que monsieur Purgon tienne dans ses mains le filet de vos jours, et que, d’autorité suprême, il vous l’allonge ou le raccourcisse comme il lui plaît.

(Mal. im. III. 7.)

Trévoux indique encore filet comme diminutif de fil, tenue filum; et Regnier décrivant le costume de son pédant:

«Les Alpes en jurant lui grimpoient au collet,
«Et la Savoy, plus bas, ne pend qu’à un filet
(Sat. X.)

FILLE A SECRET, capable de garder un secret:

Ascagne, je suis fille à secret, Dieu merci.
(Dép. am. II. 1.)

FILLOLE, filleule, archaïsme:

Il n’a pas aperçu Jeannette ma fillole,
Laquelle m’a tout dit, parole pour parole.
(L’Ét. IV. 7.)

Nicot dit: «filleul ou fillol.»

Vaugelas déclare que fillol pour filleul, c’est très-mal parler. Pourquoi, puisque la racine est filiolus? L’usage, dira-t-on? A la bonne heure, si l’on pose en principe que l’usage ne saurait avoir tort.

FIN. Voyez FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE (p. 176).

FIN FOND:

Et nous fûmes coucher sur le pays exprès,
C’est-à-dire, mon cher, en fin fond de forêts.
(Fâcheux. II. 7.)

Fin, dans l’ancienne langue, se joignait comme affixe à un substantif ou à un adjectif, pour lui donner la forme superlative.

«De lermes sont lor vis moilliez,
«Sourdant de fin cueur amoureus.»
(R. de Coucy. v. 6176.)
«La dame estoit si fine bele,
«Que n’avoit dame ne pucele
«Ens el païs qui l’ataindist.»
(Ibid. v. 150.)

On dit, en certains pays vignobles, que du vin est fin clair. Il nous reste encore, dans l’usage commun, fin fond, et fine fleur.

«Près de Rouen, pays de sapience,
«Gens pesant l’air, fine fleur de Normands.»
(La Font. Le Remède.)
«Nous mourons de fine famine

dit Guillemette à Pathelin. Et plus loin:

«Vous en estes un fin droict maistre.» (de tromperie.)

FLAIREUR DE CUISINE:

Impudent flaireur de cuisine!
(Amph. III. 7.)

FLÉCHIR AU TEMPS:

Il faut fléchir au temps sans obstination.
(Mis. I. 1.)

Molière eût mis aussi bien céder au temps; mais fléchir au temps fait une image bien plus vive et poétique.

FOIN! exclamation:

Ce mot n’a que la forme de commun avec foin, fœnum.

On rencontre fréquemment, dans Plaute et dans Térence, l’exclamation phu! (en grec φεῦ), exprimant tantôt le dégoût, tantôt l’admiration: peste, oh oh, diantre! Ce phu est devenu en français foin, par le changement de l’u en oi, comme pungere, ungere, poindre, oindre. Il s’emploie sans complément ou avec un complément:

Foin! que n’ai-je avec moi pris mon porte respect!
(L’Ét. III. 9.)
«Foin du loup et de sa race!»
(La Fontaine. Le Chevreau, la Chèvre et le Loup.)

Foin ou fi sur le loup—phu de lupo.

«Adieu donc. Fi du plaisir
«Que la crainte peut corrompre!»
(La Font. Fables. I. 9.)

FOND D’AME, substantif; UN FOND D’AME:

Et n’est-ce pas sans doute un crime punissable,
De gâter méchamment ce fond d’âme admirable?
(Éc. des fem. III. 4.)

FONDANTE EN LARMES:

Une jeune fille toute fondante en larmes, la plus belle et la plus touchante qu’on puisse jamais voir.

(Scapin. I. 2.)

M. Auger veut qu’ici fondant soit un participe présent, et non un adjectif verbal, attendu le complément indirect en larmes. La raison ne paraît pas convaincante. On dit bien: cette jeune fille est charmante de grâces. Le complément ne fait donc rien à l’affaire; mais le féminin toute, qui précède fondante, y fait beaucoup, et détermine au second mot le caractère d’adjectif. Cette femme est toute riante de santé, ou bien toute fondante en larmes; il est clair qu’il s’agit d’un état, d’une manière d’être, et non pas d’une action.

(Voyez PARTICIPE PRÉSENT variable.)

FONDER SUR QUELQUE CHOSE, absolument:

Tant de méchants placets, monsieur, sont présentés,
Qu’ils étouffent les bons; et l’espoir où je fonde
Est qu’on donne le mien quand le prince est sans monde.
(Fâcheux. III. 2.)

L’espoir où je me fonde. (Voyez ARRÊTER.)

FORCE, adverbe; FORCE GENS:

Voir cajoler sa femme, et n’en témoigner rien,
Se pratique aujourd’hui par force gens de bien.
(Sgan. 17.)

Nicot: «Force, id est copia: il luy est allé force gens au devant.—Lieux où il y a force arbres

Cette locution est trop commune pour qu’il en faille rapporter des exemples. Je me contenterai d’observer que le mot force doit être porté sur la liste des substantifs que l’usage a transformés en adverbes dans certains cas donnés, comme pas, point, trop (qui est une ancienne forme de troupe), rien, mot ou motus.

FORCER, vaincre en luttant; FORCER UN MALHEUR:

Il m’échappe! ô malheur qui ne se peut forcer!
(L’Ét. II. 14.)

L’emploi de forcer est ici le même que dans cette locution: forcer un lièvre.

FORFANTERIE D’UN ART, vanité d’un art qui se vante:

Sans découvrir encore au peuple,...... la forfanterie de notre art.

(Am. méd. III. 2.)

Les Italiens disent un furfante; mais, au rebours de ce qu’affirme Nicot, ce n’est pas d’eux que nous avons emprunté forfant ni forfanterie, car les racines de ces mots sont exclusivement françaises. Forfanterie est pour forvanterie. For, en composition, signifie tantôt hors, comme dans forligner, forclore, forbannir, forban, etc., tantôt mal, parce que le mal résulte de l’excès qui franchit les limites. Ainsi forfaire, forsenné, forconseiller, forjuger, formarier et formariage (mariage contre la loi et la coutume), formener (malmener), etc. Se forfanter, c’est se vanter au delà de la vérité, se vanter à faux; et c’est de nous que les Italiens l’ont emprunté.

FORGER UN AMUSEMENT:

Votre feinte douceur forge un amusement,
Pour divertir l’effet de mon ressentiment.
(D. Garcie. IV. 8.)

(Voyez DIVERTIR et AMUSER.)

FORLIGNER DE:

Jour de Dieu! je l’étranglerois de mes propres mains, s’il falloit qu’elle forlignât de l’honnêteté de sa mère!

(G. D. II. 14.)

Fors-ligner, c’est sortir hors de la ligne droite, se dévier, comme on parlait jadis.

(Voyez FORFANTERIE.)

FORMER DES SENTIMENTS, comme former des vœux:

Et je ne forme point d’assez beaux sentiments
Pour.....
(Dép. am. I. 3.)

FORT EN GUEULE:

MADAME PERNELLE:
..... Vous êtes, m’amie, une fille suivante
Un peu trop forte en gueule, et très-impertinente.
(Tart. I. 1.)

FORTE PASSION, passion dominante:

Ta forte passion est d’être brave et leste.
(Éc. des fem. V. 4.)

FORTUNE, au sens du latin fortuna, la destinée, dans ce vers d’Horace:

Fortunam Priami cantabo, et nobile bellum.
..... Elle est de vous (cette lettre), suffit: même fortune.
(Dépit. am. II. 3.)

Le capitaine de ce vaisseau, touché de ma fortune, prit amitié pour moi.

(L’Av. V. 5.)
Voyons quelle fortune en ce jour peut m’attendre.
(Amph. III. 4.)

Comme on trouve écrit dans le ciel jusqu’aux plus petites particularités de la fortune du moindre des hommes.

(Am. magn. III. 1.)

La fortune d’un homme, pour signifier sa richesse, l’ensemble de son avoir, est une acception toute moderne, qui ne se rencontre point dans Molière.

Un homme fortuné n’est point un homme riche, mais un homme favorisé du sort. On peut être le plus fortuné des mortels, et très-pauvre en même temps.

Avoir de la fortune, ne signifie donc réellement autre chose que avoir la chance heureuse, fortune se prenant pour bonne fortune, comme heur pour bon heur; succès pour heureux succès, etc.

Arnolphe demande à Horace: