(Impr. 1.)
Puisque vous y donnez dans ces vices du temps,
Morbleu! vous n’êtes pas pour être de mes gens.

Être, ou n’être pas pour être, est une expression manifestement trop négligée; mais Molière ne la créait pas, et il était directeur de troupe, souvent pressé par le temps et par l’ordre du roi:

Je crois qu’un ami chaud, et de ma qualité,
N’est pas assurément pour être rejeté.
(Mis. I. 2.)
Le sentiment d’autrui n’est jamais pour lui plaire.
(Ibid. II. 5.)
Les choses ne sont plus pour traîner en longueur.
(Ibid. V. 2.)
Puisque vous n’êtes point en des liens si doux
Pour trouver tout en moi, comme moi tout en vous.
(Ibid. V. 7.)
Je ne suis pas pour être en ces lieux importun.
(Tart. V. 4.)
Pareil déguisement seroit pour ne rien faire.
(Amph. prol.)
Ah, juste ciel! cela se peut-il demander?
Et n’est-ce pas pour mettre à bout une âme?
(Ibid. II. 6.)

Lui auroit-on appris qui je suis? et serois-tu pour me trahir?

(L’Av. II. 1.)

Elle sera charmée de votre haut-de-chausse attaché avec des aiguillettes: c’est pour la rendre folle de vous.

(Ibid. II. 7.)

Ses contrôles perpétuels..... ne sont rien que pour vous gratter et vous faire sa cour.

(Ibid. III. 5.)

Il y a quelques dégoûts avec un tel époux, mais cela n’est pas pour durer.

(Ibid. III. 8.)

Je suis homme pour serrer le bouton à qui que ce puisse être.

(G. D. I. 4.)

Si le galant est chez moi, ce seroit pour avoir raison aux yeux du père et de la mère.

(Ibid. II. 8.)

S’il vous demeure quelque chose sur le cœur, je suis pour vous répondre.

(Ibid. II. 11.)

Je ne suis pas pour recevoir avec sévérité les ouvertures que vous pourriez me faire de votre cœur.

(Am. magn. IV. 1.)

Si Anaxarque a pu vous offenser, j’étois pour vous en faire justice moi-même.

(Ibid. V. 4.)
De tels attachements, ô ciel! sont pour vous plaire!
(Fem. sav. I. 1.)
Suis-je pour la chasser sans cause légitime?
(Ibid. II. 6.)

Cette locution, qui paraît abrégée de être fait pour, était usuelle au XVIe siècle et auparavant. Montaigne dit que Socrate, dans une déroute d’armée, se retirait avec fierté:

«Regardant tantost les uns, tantost les aultres, amis et ennemis, d’une façon qui encourageoit les uns, et signifioit aux aultres qu’il estoit pour vendre bien cher son sang et sa vie à qui essayeroit de la luy oster.»

(Montaigne. III. 6.)
«S’il me vient quelque bon hasard
«De par vous, songez que je suis
«Pour le reconnoistre
(Le Nouveau Pathelin.)

ÊTRE QUE DE:

Moi? Voyez ce que c’est que du monde aujourd’hui!
(L’Ét. I. 6.)

Rien n’était si facile que de mettre: ce que c’est que le monde; mais tout le piquant de l’expression s’en va avec le vieux gallicisme.

Molière paraît s’être ici rappelé ce début de la satire de Regnier:

«Voyez que c’est du monde et des choses humaines!
«Toujours à nouveaux maux naissent nouvelles peines.»
(Le Mauvais Giste.)

Si j’étois que de vous, je lui achèterois dès aujourd’hui une belle garniture de diamants.

(Am. méd. I. 1.)

(Voyez DU représentant que le.)

Vous ferez ce qu’il vous plaira; mais si j’étois que de vous, je fuirois les procès.

(Scapin. II. 8.)
Je ne souffrirois point, si j’étois que de vous,
Que jamais d’Henriette il pût être l’époux.
(Fem. sav. IV. 2.)

Que est en français la traduction de quod. Si essem quod de te (sous-entendu est), si j’étais ce qui est de vous.

Le que, dans cette locution, est donc nécessaire, et ne peut en être supprimé que par ellipse.

Si j’étois que de vous, mon fils, je ne la forcerois point à se marier.

(Mal. im. II. 7.)

Si j’étois que des médecins, je me vengerois de son impertinence.

(Mal. im. III. 14.)

Voilà un bras que je me ferois couper tout à l’heure si j’étois que de vous.

(Ibid. III. 3.)

(Voyez p. 166, ÊTRE DE.)

ÊTRE SUR QUELQU’UN, être sur son propos, s’occuper de lui:

Ma foi,
Demande: nous étions tout à l’heure sur toi.
(Dép. am. I. 2.)

ÊTRE ou EN ÊTRE SUR UNE MATIÈRE:

Sur quoi en étiez-vous, mesdames, lorsque je vous ai interrompues?

(Crit. de l’Éc. des fem. 5.)

Vous êtes là sur une matière qui depuis quatre jours fait presque l’entretien de toutes les maisons de Paris.

(Ibid. 6.)

Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poussions.

(Ibid. 7.)

ÊTRE UN HOMME A (un infinitif):

Albert n’est pas un homme à vous refuser rien.
(Dép. am. I. 2.)

ÉTROIT, au sens figuré; ÉTROITES FAVEURS:

Et je serois un fou, de prétendre plus rien
Aux étroites faveurs qu’il a de cette belle.
(Dép. am. I. 4.)

ET SI, et cependant:

Depuis assez longtemps je tâche à le comprendre,
Et si plus je l’écoute, et moins je puis l’entendre.
(Sgan. 22.)

Vous me semblez toute mélancolique: qu’avez-vous, madame Jourdain?—J’ai la tête plus grosse que le poing, et si elle n’est pas enflée.

(B. gent. III. 5.)

Et si paraît être tout simplement l’etsi latin, quoique, écrit en deux mots par erreur, et à cause d’une trompeuse analogie.

ET-TANT-MOINS; l’ET-TANT-MOINS, substantif composé, comme le quant-à-soi:

LUBIN.—Claudine, je t’en prie, sur l’et-tant-moins.

(G. D. II. 1.)

C’est-à-dire que ce soit une avance à rabattre plus tard.

ÉTUDIER DANS UN ART, UNE SCIENCE:

J’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas bien fait étudier dans toutes les sciences quand j’étois jeune!

(B. gent. II. 6.)

EUX AUTRES:

Il s’est fait un grand vol; par qui? L’on n’en sait rien:
Eux autres rarement passent pour gens de bien.
(L’Ét. IV. 9.)

EXACT; UN ESPION D’EXACTE VUE:

Je veux, pour espion qui soit d’exacte vue,
Prendre le savetier du coin de notre rue.
(Éc. des fem. IV. 4.)

Pascal a dit de même, une réponse exacte.

«J’espère que vous y verrez, mes pères, une réponse exacte, et dans peu de temps.»

(11e Prov.)

Exacte est ici au sens de rigoureuse, qui n’omet rien.

Aujourd’hui, une réponse exacte signifierait celle qui arrive à l’heure précise, qui serait ponctuelle. C’est dans ce sens que l’on dit répondre exactement:—Je lui écris toutes les semaines, et il me répond exactement.

EXCELLENT; LE PLUS EXCELLENT:

J’aurois voulu faire voir........ que les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes...

(Préf. des Précieuses ridicules.)

EXCITER UNE DOULEUR A QUELQU’UN:

Et, dans cette douleur que l’amitié m’excite.
(D. Garcie. V. 4.)

(Voyez DATIF DE PERTE OU DE PROFIT.)

EXCUSER A QUELQU’UN....., auprès de quelqu’un:

Ne viens point m’excuser l’action de cette infidèle.

(B. gent. III. 9.)

EXCUSER QUELQU’UN SUR:

... Vous m’excuserez sur l’humaine foiblesse.
(Tart. III. 3.)
Je vous excusai fort sur votre intention.
(Mis. III. 5.)

EXCUSES; FAIRE LES EXCUSES DE QUELQUE CHOSE:

Ne m’oblige point à faire les excuses de ta froideur.

(Pr. d’Él. II. 4.)

EXPRESSION; DES EXPRESSIONS, en parlant du mérite d’une peinture:

Dis-nous quel feu divin, dans tes fécondes veilles,
De tes expressions enfante les merveilles.
(La Gloire du Val-de-Grâce.)
De ses expressions les touchantes beautés.
(Ibid.)

EXPULSER LE SUPERFLU DE LA BOISSON. Voyez SUPERFLU.

FACHER; SE FACHER dans le sens de s’affliger:

Ne vous fâchez point tant, ma très-chère madame.
(Sgan. 16.)

FACHERIE, dans le même sens:

En tout cas, ce qui peut m’ôter ma fâcherie,
C’est que je ne suis pas seul de ma confrérie.
(Sgan. 17.)
Et je m’en sens le cœur tout gros de fâcherie.
(Éc. des mar. II. 5.)
Le beau sujet de fâcherie!
(Amph. I. 4.)

FACILE A (un infinitif):

... De véritables gens de bien... faciles à recevoir les impressions qu’on veut leur donner.

(Préf. de Tartufe.)

FAÇON; DE LA FAÇON, ainsi, de la sorte:

On se riroit de vous, Alceste, tout de bon,
Si l’on vous entendoit parler de la façon.
(Mis. I. 1.)

De la façon que, avec un verbe, se trouve dans Pascal:

«Il semble, de la façon que vous parlez, que la vérité dépende de notre volonté!»

(Prov. 8e lettre.)

Et dans Corneille, de la manière que:

«De la manière enfin qu’avec toi j’ai vécu,
«Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.»
(Cinna. V. 1.)

FAÇONNIER, FAÇONNIÈRE, adjectif pris substantivement:

... La plus grande façonnière du monde.
(Crit. de l’Éc. des f. 2.)
De tous vos façonniers on n’est point les esclaves.
(Tart. I. 6.)

Façon est le diminutif de face. La finale on, qui est augmentative en italien, est diminutive en français: Beste, bestion; lutin, luiton; pied, peton; gars, garson; poupe (du latin pupa), poupon; Jeanne, Jeanneton, Pierron, Suzon, etc.

Les façons, par conséquent, sont de petites mines.

(Voyez GRIMACIERS.)

FAIBLE, substantif, LE FAIBLE DE QUELQU’UN:

Et que votre langage à mon foible s’ajuste.
(Dép. am. II. 7.)

C’est le point faible, et non la faiblesse.

Le faible continue à être en usage dans cette locution: Prendre quelqu’un par son faible.

FAILLIR A QUELQUE CHOSE:

Ne me l’a-t-il pas dit?—Oui, oui, il ne manquera pas d’y faillir.

(B. gent. III. 3.)

Aujourd’hui qu’on a retranché, ou à peu près, le verbe faillir, comme suranné, il faudrait dire: Il ne manquera pas d’y manquer. Voilà l’avantage de supprimer les synonymes.

(Voyez FAUT.)

FAIM, désir; AVOIR FAIM, GRAND’FAIM de....:

Je n’ai pas grande faim de mort ni de blessure.
(Dép. am. V. 1.)

Cette locution est demeurée de fréquent usage en Picardie; elle est dans Montaigne:

«Il n’est rien qui nous jecte tant aux perils qu’une faim inconsidérée de nous en mettre hors.»

(Montaigne. III. 6.)

«Il a grand faim de se combattre contre Annibal.—Quand il luy viendra faim de vomir.—Il avait faim de l’avoir

(Nicot.)

FAIRE, pour dire:

AGNÈS.
Moi, j’ai blessé quelqu’un? fis-je tout étonnée...
Hé! mon Dieu, ma surprise est, fis-je, sans seconde...
Oui, fit-elle, vos yeux pour donner le trépas...
(Éc. des fem. II. 6.)

Cet archaïsme remonte à l’origine de la langue.

Le livre des Rois, traduit au XIe siècle, en fait constamment usage, non-seulement pour inquit, mais aussi pour dixit:

«Vien t’en, fist Jonathas.... fist Jonathas: à els irrum...»

(p. 46.)

«Fist li poples à Saul: Comment! si murrad Jonathas?»

(p. 51.)

«Fist li prestres: Pernez de Deu conseil.»

(p. 50.)

Voltaire l’a souvent employé pour donner à son style une teinte de naïveté ironique.

Mais comment le verbe faire s’est-il, dès l’origine de la langue, substitué au verbe dire? Cette substitution n’est pas réelle: elle n’est qu’apparente.

Par suite des habitudes de syncope et des lois de la transmutation des voyelles, il est arrivé que des formes rapprochées en latin ont produit, en français, des formes identiques.

Dicere a donné dire, di(ce)re.

Desi(de)rare, de(si)rare, dire aussi.

(Voyez DIRE, TROUVER QUELQU’UN A DIRE.)

Pareillement, de făcere, fere, et de fāri, faire.

L’oreille les confondait, la plume ne tarda pas à les confondre; et les deux formes sont encore mêlées dans l’orthographe moderne: Je fAis, je fErai, fEsant ou fAisant.

FAIRE, remplaçant dans ses temps, nombres et personnes, un verbe précédemment exprimé, et qu’il faudrait répéter:

Ah! que j’ai de dépit, que la loi n’autorise
A changer de mari comme on fait de chemise!
(Sgan. 5.)
Je risque plus du mien que tu ne fais du tien.
(Ibid. 22.)

Puisque me voilà éveillé, il faut que j’éveille les autres, et que je les tourmente comme on m’a fait.

(Prol. de la Pr. d’Él. sc. 2.)

Comme on m’a tourmenté.

On vous aime autant en un quart d’heure qu’on feroit une autre en six mois.

(D. Juan. II. 2.)
Il l’appelle son frère, et l’aime, dans son âme,
Cent fois plus qu’il ne fait mère, fils, fille et femme.
(Tart. I. 2.)

Le nom du grand Condé est un nom trop glorieux pour le traiter comme on fait tous les autres noms.

(Ép. dédic. d’Amphitryon.)

Il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait les mouches.

(G. D. II. 4)

Les Anglais emploient absolument au même usage leur verbe do, faire, qui n’est autre que le saxon thun. Par exemple, dans cette phrase: «He loves not plays as thou dost, Antony.» (Shaksp. Jul. Cæs.) «Il n’aime pas la comédie comme tu fais, Antoine.» Dost remplace lovest, par une tournure toute française. J’ai montré ailleurs[55] que how do you do, est aussi une formule française traduite avec des mots saxons.

FAIRE, représentant l’idée exprimée par une phrase ou une demi-phrase:

VALÈRE. Je vous proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j’ai.

HARPAGON. Non ferai, de par tous les diables!

(L’Av. V. 3.)

C’est-à-dire: je ne te laisserai pas celui que tu as, à la charge par toi de ne prétendre rien aux autres.

On disait, si ferai, aussi bien que non ferai.

FAIRE (un substantif), être la cause, l’objet, le but de....:

Non, non, vous pouvez bien,
Puisque vous le faisiez, rompre notre entretien.
(Dép. am. II. 2.)
Oui, je veux bien qu’on sache, et j’en dois être crue,
Que le sort offre ici deux objets à ma vue
Qui, m’inspirant pour eux différents sentiments,
De mon cœur agité font tous les mouvements.
(Éc. des mar. II. 14.)

Elle fait tous mes soins, tous mes désirs, toute ma joie.

(B. gent. III. 9.)

FAIRE, suivi d’un adverbe, produire un effet:

Ces deux adverbes joints font admirablement.
(Fem. sav. III. 2.)

FAIRE, représenter, dépeindre:

Mais, las! il le fait, lui, si rempli de plaisirs[56],
Que de se marier il donne des désirs.
(Éc. des fem. V. 4.)

FAIRE, simuler, feindre:

Je ferai le vengeur des intérêts du ciel.

(D. Juan. V. 2.)
Est-ce par les appas de sa vaste rhingrave
Qu’il a gagné votre âme en faisant votre esclave?
(Mis. II. 1.)

M’engager à faire l’amant de la maîtresse du logis, c’est.... etc.

(Comtesse d’Esc. 1.)

C’est ainsi qu’on l’emploie en parlant des rôles de théâtre: Molière faisait Sganarelle; il faisait aussi les rois et les personnages nobles; il faisait don Garcie, et il y fut sifflé à double titre, comme auteur et comme acteur.

FAIRE A QUELQUE CHOSE, y contribuer:

Même, si cela fait à votre allégement,
J’avouerai qu’à lui seul en est toute la faute.
(Dép. am. III. 4.)

FAIRE BESOIN, être nécessaire:

Quand nous faisons besoin, nous autres misérables,
Nous sommes les chéris et les incomparables.
(L’Ét. I. 2.)
S’il vous faisoit besoin, mon bras est tout à vous.
(Dép. am. V. 3.)

FAIRE CONTRE QUELQU’UN, agir contre ses intérêts:

Il faut avec vigueur ranger les jeunes gens,
Et nous faisons contre eux à leur être indulgents.
(Éc. des fem. V. 7.)

(Voyez FAIRE POUR QUELQU’UN.)

FAIRE DE (un substantif), traiter, en agir avec:

Et tout homme bien sage
Doit faire des habits ainsi que du langage.
(Éc. des mar. I. 1.)
Je voudrois bien qu’on fît de la coquetterie
Comme de la guipure et de la broderie.
(Ibid. II. 9.)

FAIRE DU...., prendre le rôle de...., FAIRE DE SON DRÔLE:

J’ai bravé ses armes assez longtemps (de l’amour), et fait de mon drôle comme un autre.

(Pr. d’Él. II. 2.)

J’ai ouï dire, moi, que vous aviez été autrefois un bon compagnon parmi les femmes; que vous faisiez de votre drôle avec les plus galantes de ce temps-là....

(Scapin. I. 6.)

«Faire du roy, faire du capitaine, pro rege se gerere, imperatorias partes sumere. Faire du liperquam, se montrer le grand gouverneur.»

(Nicot.)

Faire, dans ces locutions, se rapporte au sens de feindre, simuler. (Voyez p. 174.) Le de, marque du génitif, suppose une ellipse: faire (le rôle) du roi; faire (le rôle) du liperquam.

Ce mot liperquam, qui est une corruption de luy per quem (sous-entendu omnia geruntur), ou plutôt qui est la notation fidèle de la manière dont on prononçait ces mots latins au moyen âge, paraît renfermer l’origine du mot péquin. Un péquin, ou un per quem, est un fat qui tranche de l’important, qui se monstre le grand gouverneur, qui fait du liperquan.

(Voyez des Variations du langage français, p. 414.)

FAIRE DES DISCOURS, UN DESSEIN, DES CRIS; FAIRE PLAINTE, FAIRE ÉCLAT:

Tous ces signes sont vains: quels discours as-tu faits?
(L’Ét. III. 4.)

Je quitterois le dessein que j’ai fait!

(Mar. forc. 2.)

Tu vois, Toinette, les desseins violents que l’on fait sur lui (sur son cœur)!

(Mal. im. I. 10.)
Comment, bourreau, tu fais des cris?
(Amph. I. 2.)
J’ai peine à comprendre sur quoi
Vous fondez les discours que je vous entends faire.
(Ibid. II. 2.)
Est-ce donc que par là vous voulez essayer
A réparer l’accueil dont je vous ai fait plainte?
(Ibid. II. 2.)
La plus rare vertu
Qui puisse faire éclat sous un sort abattu.
(L’Ét. III. 4.)

FAIRE EN..., agir en:

Il sait faire obéir les plus grands de l’État,
Et je trouve qu’il fait en digne potentat.
(Fâcheux. I. 10.)
J’avois mangé de l’ail, et fis en homme sage
De détourner un peu mon haleine de toi.
(Amph. II. 3.)

EN FAIRE A QUELQU’UN POUR....:

J’en suis pour mon honneur; mais à toi, qui me l’ôtes,
Je t’en ferai du moins pour un bras ou deux côtes.
(Sgan. 6.)

Je t’en donnerai pour un bras ou deux côtes.—C’est-à-dire, il t’en coûtera un bras ou deux côtes.

Cette expression est empruntée au langage technique du commerce, où l’on dit: Faites-moi de cette marchandise pour telle somme.—On n’en fait pas pour ce prix.

«Le marchand fit son chantre mille écus, et son grammairien trois mille.»

(La Fontaine. Vie d’Ésope.)

FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire relativement à quelque chose, de aliqua re:

Mais, je ne t’en fais pas le fin,
Nous avions bu de je ne sais quel vin
Qui m’a fait oublier tout ce que j’ai pu faire.
(Amph. II. 3.)

IL FAIT, impersonnel, construit avec l’adjectif sûr, comme avec l’adjectif bon, beau, clair, etc.:

Il ne fait pas bien sûr, à vous le trancher net,
D’épouser une fille en dépit qu’elle en ait.
(Fem. sav. V. 1.)

FAIRE FAUX BOND A L’HONNEUR:

Mais il faut qu’à l’honneur elle fasse faux bond...
(Éc. des fem. III. 2.)

FAIRE FORCE A (un substantif), forcer, contraindre:

Je veux bien néanmoins, pour te plaire une fois,
Faire force à l’amour qui m’impose des lois.
(L’Ét. IV. 5.)

FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif). Voyez GALANTERIE.

FAIRE LA COMÉDIE:

Ne voulez-vous point, un de ces jours, venir voir avec elle le ballet et la comédie que l’on fait chez le roi?

(B. gent. III. 5.)

FAIRE LES HONNEURS DE QUELQUE CHOSE:

Faisons bien les honneurs au moins de notre esprit.
(Fem. sav. III. 4.)

FAIRE MÉTIER ET MARCHANDISE DE:

Ces gens qui, par une âme à l’intérêt soumise,
Font de dévotion métier et marchandise.
(Tart. I. 6.)

SE FAIRE LES DOUCEURS D’UNE INNOCENTE VIE:

Et, de cette union de tendresse suivie,
Se faire les douceurs d’une innocente vie.
(Fem. sav. I. 1.)

FAIRE PARAITRE (SE), se montrer:

La douceur de sa voix a voulu se faire paroître dans un air tout charmant qu’elle a daigné chanter.

(Pr. d’Él. III. 2.)

FAIRE POUR QUELQU’UN, agir pour lui, le protéger:

Dieu fera pour les siens.
(Dép. am. III. 7.)
C’est ce qui fait pour vous; et sur ces conséquences
Votre amour doit fonder de grandes espérances.