Être, ou n’être pas pour être, est une expression manifestement trop négligée; mais Molière ne la créait pas, et il était directeur de troupe, souvent pressé par le temps et par l’ordre du roi:
Lui auroit-on appris qui je suis? et serois-tu pour me trahir?
Elle sera charmée de votre haut-de-chausse attaché avec des aiguillettes: c’est pour la rendre folle de vous.
Ses contrôles perpétuels..... ne sont rien que pour vous gratter et vous faire sa cour.
Il y a quelques dégoûts avec un tel époux, mais cela n’est pas pour durer.
Je suis homme pour serrer le bouton à qui que ce puisse être.
Si le galant est chez moi, ce seroit pour avoir raison aux yeux du père et de la mère.
S’il vous demeure quelque chose sur le cœur, je suis pour vous répondre.
Je ne suis pas pour recevoir avec sévérité les ouvertures que vous pourriez me faire de votre cœur.
Si Anaxarque a pu vous offenser, j’étois pour vous en faire justice moi-même.
Cette locution, qui paraît abrégée de être fait pour, était usuelle au XVIe siècle et auparavant. Montaigne dit que Socrate, dans une déroute d’armée, se retirait avec fierté:
«Regardant tantost les uns, tantost les aultres, amis et ennemis, d’une façon qui encourageoit les uns, et signifioit aux aultres qu’il estoit pour vendre bien cher son sang et sa vie à qui essayeroit de la luy oster.»
—ÊTRE QUE DE:
Rien n’était si facile que de mettre: ce que c’est que le monde; mais tout le piquant de l’expression s’en va avec le vieux gallicisme.
Molière paraît s’être ici rappelé ce début de la satire de Regnier:
Si j’étois que de vous, je lui achèterois dès aujourd’hui une belle garniture de diamants.
(Voyez DU représentant que le.)
Vous ferez ce qu’il vous plaira; mais si j’étois que de vous, je fuirois les procès.
Que est en français la traduction de quod. Si essem quod de te (sous-entendu est), si j’étais ce qui est de vous.
Le que, dans cette locution, est donc nécessaire, et ne peut en être supprimé que par ellipse.
Si j’étois que de vous, mon fils, je ne la forcerois point à se marier.
Si j’étois que des médecins, je me vengerois de son impertinence.
Voilà un bras que je me ferois couper tout à l’heure si j’étois que de vous.
(Voyez p. 166, ÊTRE DE.)
—ÊTRE SUR QUELQU’UN, être sur son propos, s’occuper de lui:
—ÊTRE ou EN ÊTRE SUR UNE MATIÈRE:
Sur quoi en étiez-vous, mesdames, lorsque je vous ai interrompues?
Vous êtes là sur une matière qui depuis quatre jours fait presque l’entretien de toutes les maisons de Paris.
Nous sommes ici sur une matière que je serai bien aise que nous poussions.
—ÊTRE UN HOMME A (un infinitif):
ÉTROIT, au sens figuré; ÉTROITES FAVEURS:
ET SI, et cependant:
Vous me semblez toute mélancolique: qu’avez-vous, madame Jourdain?—J’ai la tête plus grosse que le poing, et si elle n’est pas enflée.
Et si paraît être tout simplement l’etsi latin, quoique, écrit en deux mots par erreur, et à cause d’une trompeuse analogie.
ET-TANT-MOINS; l’ET-TANT-MOINS, substantif composé, comme le quant-à-soi:
LUBIN.—Claudine, je t’en prie, sur l’et-tant-moins.
C’est-à-dire que ce soit une avance à rabattre plus tard.
ÉTUDIER DANS UN ART, UNE SCIENCE:
J’enrage que mon père et ma mère ne m’aient pas bien fait étudier dans toutes les sciences quand j’étois jeune!
EUX AUTRES:
EXACT; UN ESPION D’EXACTE VUE:
Pascal a dit de même, une réponse exacte.
«J’espère que vous y verrez, mes pères, une réponse exacte, et dans peu de temps.»
Exacte est ici au sens de rigoureuse, qui n’omet rien.
Aujourd’hui, une réponse exacte signifierait celle qui arrive à l’heure précise, qui serait ponctuelle. C’est dans ce sens que l’on dit répondre exactement:—Je lui écris toutes les semaines, et il me répond exactement.
EXCELLENT; LE PLUS EXCELLENT:
J’aurois voulu faire voir........ que les plus excellentes choses sont sujettes à être copiées par de mauvais singes...
EXCITER UNE DOULEUR A QUELQU’UN:
(Voyez DATIF DE PERTE OU DE PROFIT.)
EXCUSER A QUELQU’UN....., auprès de quelqu’un:
Ne viens point m’excuser l’action de cette infidèle.
—EXCUSER QUELQU’UN SUR:
EXCUSES; FAIRE LES EXCUSES DE QUELQUE CHOSE:
Ne m’oblige point à faire les excuses de ta froideur.
EXPRESSION; DES EXPRESSIONS, en parlant du mérite d’une peinture:
EXPULSER LE SUPERFLU DE LA BOISSON. Voyez SUPERFLU.
FACHER; SE FACHER dans le sens de s’affliger:
FACHERIE, dans le même sens:
FACILE A (un infinitif):
... De véritables gens de bien... faciles à recevoir les impressions qu’on veut leur donner.
FAÇON; DE LA FAÇON, ainsi, de la sorte:
De la façon que, avec un verbe, se trouve dans Pascal:
«Il semble, de la façon que vous parlez, que la vérité dépende de notre volonté!»
Et dans Corneille, de la manière que:
FAÇONNIER, FAÇONNIÈRE, adjectif pris substantivement:
Façon est le diminutif de face. La finale on, qui est augmentative en italien, est diminutive en français: Beste, bestion; lutin, luiton; pied, peton; gars, garson; poupe (du latin pupa), poupon; Jeanne, Jeanneton, Pierron, Suzon, etc.
Les façons, par conséquent, sont de petites mines.
(Voyez GRIMACIERS.)
FAIBLE, substantif, LE FAIBLE DE QUELQU’UN:
C’est le point faible, et non la faiblesse.
Le faible continue à être en usage dans cette locution: Prendre quelqu’un par son faible.
FAILLIR A QUELQUE CHOSE:
Ne me l’a-t-il pas dit?—Oui, oui, il ne manquera pas d’y faillir.
Aujourd’hui qu’on a retranché, ou à peu près, le verbe faillir, comme suranné, il faudrait dire: Il ne manquera pas d’y manquer. Voilà l’avantage de supprimer les synonymes.
(Voyez FAUT.)
FAIM, désir; AVOIR FAIM, GRAND’FAIM de....:
Cette locution est demeurée de fréquent usage en Picardie; elle est dans Montaigne:
«Il n’est rien qui nous jecte tant aux perils qu’une faim inconsidérée de nous en mettre hors.»
«Il a grand faim de se combattre contre Annibal.—Quand il luy viendra faim de vomir.—Il avait faim de l’avoir.»
FAIRE, pour dire:
Cet archaïsme remonte à l’origine de la langue.
Le livre des Rois, traduit au XIe siècle, en fait constamment usage, non-seulement pour inquit, mais aussi pour dixit:
«Vien t’en, fist Jonathas.... fist Jonathas: à els irrum...»
«Fist li poples à Saul: Comment! si murrad Jonathas?»
«Fist li prestres: Pernez de Deu conseil.»
Voltaire l’a souvent employé pour donner à son style une teinte de naïveté ironique.
Mais comment le verbe faire s’est-il, dès l’origine de la langue, substitué au verbe dire? Cette substitution n’est pas réelle: elle n’est qu’apparente.
Par suite des habitudes de syncope et des lois de la transmutation des voyelles, il est arrivé que des formes rapprochées en latin ont produit, en français, des formes identiques.
Dicere a donné dire, di(ce)re.
Desi(de)rare, de(si)rare, dire aussi.
(Voyez DIRE, TROUVER QUELQU’UN A DIRE.)
Pareillement, de făcere, fere, et de fāri, faire.
L’oreille les confondait, la plume ne tarda pas à les confondre; et les deux formes sont encore mêlées dans l’orthographe moderne: Je fAis, je fErai, fEsant ou fAisant.
—FAIRE, remplaçant dans ses temps, nombres et personnes, un verbe précédemment exprimé, et qu’il faudrait répéter:
Puisque me voilà éveillé, il faut que j’éveille les autres, et que je les tourmente comme on m’a fait.
Comme on m’a tourmenté.
On vous aime autant en un quart d’heure qu’on feroit une autre en six mois.
Le nom du grand Condé est un nom trop glorieux pour le traiter comme on fait tous les autres noms.
Il y a un certain air doucereux qui les attire, ainsi que le miel fait les mouches.
Les Anglais emploient absolument au même usage leur verbe do, faire, qui n’est autre que le saxon thun. Par exemple, dans cette phrase: «He loves not plays as thou dost, Antony.» (Shaksp. Jul. Cæs.) «Il n’aime pas la comédie comme tu fais, Antoine.» Dost remplace lovest, par une tournure toute française. J’ai montré ailleurs[55] que how do you do, est aussi une formule française traduite avec des mots saxons.
—FAIRE, représentant l’idée exprimée par une phrase ou une demi-phrase:
VALÈRE. Je vous proteste de ne prétendre rien à tous vos biens, pourvu que vous me laissiez celui que j’ai.
HARPAGON. Non ferai, de par tous les diables!
C’est-à-dire: je ne te laisserai pas celui que tu as, à la charge par toi de ne prétendre rien aux autres.
On disait, si ferai, aussi bien que non ferai.
—FAIRE (un substantif), être la cause, l’objet, le but de....:
Elle fait tous mes soins, tous mes désirs, toute ma joie.
—FAIRE, suivi d’un adverbe, produire un effet:
—FAIRE, représenter, dépeindre:
—FAIRE, simuler, feindre:
Je ferai le vengeur des intérêts du ciel.
M’engager à faire l’amant de la maîtresse du logis, c’est.... etc.
C’est ainsi qu’on l’emploie en parlant des rôles de théâtre: Molière faisait Sganarelle; il faisait aussi les rois et les personnages nobles; il faisait don Garcie, et il y fut sifflé à double titre, comme auteur et comme acteur.
—FAIRE A QUELQUE CHOSE, y contribuer:
—FAIRE BESOIN, être nécessaire:
—FAIRE CONTRE QUELQU’UN, agir contre ses intérêts:
(Voyez FAIRE POUR QUELQU’UN.)
—FAIRE DE (un substantif), traiter, en agir avec:
—FAIRE DU...., prendre le rôle de...., FAIRE DE SON DRÔLE:
J’ai bravé ses armes assez longtemps (de l’amour), et fait de mon drôle comme un autre.
J’ai ouï dire, moi, que vous aviez été autrefois un bon compagnon parmi les femmes; que vous faisiez de votre drôle avec les plus galantes de ce temps-là....
«Faire du roy, faire du capitaine, pro rege se gerere, imperatorias partes sumere. Faire du liperquam, se montrer le grand gouverneur.»
Faire, dans ces locutions, se rapporte au sens de feindre, simuler. (Voyez p. 174.) Le de, marque du génitif, suppose une ellipse: faire (le rôle) du roi; faire (le rôle) du liperquam.
Ce mot liperquam, qui est une corruption de luy per quem (sous-entendu omnia geruntur), ou plutôt qui est la notation fidèle de la manière dont on prononçait ces mots latins au moyen âge, paraît renfermer l’origine du mot péquin. Un péquin, ou un per quem, est un fat qui tranche de l’important, qui se monstre le grand gouverneur, qui fait du liperquan.
(Voyez des Variations du langage français, p. 414.)
—FAIRE DES DISCOURS, UN DESSEIN, DES CRIS; FAIRE PLAINTE, FAIRE ÉCLAT:
Je quitterois le dessein que j’ai fait!
Tu vois, Toinette, les desseins violents que l’on fait sur lui (sur son cœur)!
—FAIRE EN..., agir en:
—EN FAIRE A QUELQU’UN POUR....:
Je t’en donnerai pour un bras ou deux côtes.—C’est-à-dire, il t’en coûtera un bras ou deux côtes.
Cette expression est empruntée au langage technique du commerce, où l’on dit: Faites-moi de cette marchandise pour telle somme.—On n’en fait pas pour ce prix.
«Le marchand fit son chantre mille écus, et son grammairien trois mille.»
—FAIRE LE FIN DE QUELQUE CHOSE, c’est-à-dire relativement à quelque chose, de aliqua re:
—IL FAIT, impersonnel, construit avec l’adjectif sûr, comme avec l’adjectif bon, beau, clair, etc.:
—FAIRE FAUX BOND A L’HONNEUR:
—FAIRE FORCE A (un substantif), forcer, contraindre:
—FAIRE GALANTERIE DE (un infinitif). Voyez GALANTERIE.
—FAIRE LA COMÉDIE:
Ne voulez-vous point, un de ces jours, venir voir avec elle le ballet et la comédie que l’on fait chez le roi?
—FAIRE LES HONNEURS DE QUELQUE CHOSE:
—FAIRE MÉTIER ET MARCHANDISE DE:
—SE FAIRE LES DOUCEURS D’UNE INNOCENTE VIE:
—FAIRE PARAITRE (SE), se montrer:
La douceur de sa voix a voulu se faire paroître dans un air tout charmant qu’elle a daigné chanter.
—FAIRE POUR QUELQU’UN, agir pour lui, le protéger: