Le jeune archiduc, qui fut depuis l’empereur Charles VI, appelait toujours les Espagnols d’un nom injurieux. Il apprit alors combien les princes doivent peser leurs paroles. Un évêque de Lérida, ambassadeur de Madrid à Vienne, mécontent des Allemands, releva ces discours, les envenima dans ses dépêches, et écrivit lui-même des choses plus injurieuses pour le conseil d’Autriche que l’archiduc n’en avait prononcé contre les Espagnols. «Les ministres de Léopold, écrivait-il, ont l’esprit fait comme les cornes des chèvres de mon pays, petit, dur, et tortu.» Cette lettre devint publique. L’évêque de Lérida fut rappelé; et à son retour à Madrid, il ne fit qu’accroître l’aversion des Espagnols contre les Allemands.
Autant le parti autrichien révoltait la cour de Madrid, autant le marquis depuis duc d’Harcourt, ambassadeur de France, se conciliait tous les cœurs par la profusion de sa magnificence, par sa dextérité, et par le grand art de plaire. Reçu d’abord fort mal à la cour de Madrid, il souffrit tous les dégoûts sans se plaindre; trois mois entiers s’écoulèrent sans qu’il pût avoir audience du roi[536]. Il employa ce temps à gagner les esprits. Ce fut lui qui le premier fit changer en bienveillance cette antipathie que la nation espagnole nourrissait contre la française depuis Ferdinand-le-Catholique; et sa prudence prépara les temps où la France et l’Espagne ont renoué les anciens nœuds qui les avaient unies avant ce Ferdinand, de couronne à couronne, de peuple à peuple, et d’homme à homme. Il accoutuma la cour espagnole à aimer la maison de France; ses ministres, à ne plus s’effrayer des renonciations de Marie-Thérèse et d’Anne d’Autriche; et Charles II lui-même, à balancer entre sa propre maison et celle de Bourbon. Il fut ainsi le premier mobile de la plus grande révolution dans le gouvernement et dans les esprits. Cependant ce changement était encore éloigné[537].
L’empereur priait, menaçait. Le roi de France représentait ses droits, mais sans oser jamais demander pour un de ses petits-fils la succession entière. Il ne s’occupait qu’à flatter le malade. Les Maures assiégeaient Ceuta. Aussitôt le marquis d’Harcourt offre des vaisseaux et des troupes à Charles, qui en fut sensiblement touché; mais la reine, sa femme, en fut effrayée; elle craignit que son mari n’eût trop de reconnaissance, et refusa sèchement ce secours.
On ne savait encore quel parti prendre dans le conseil de Madrid, et Charles II approchait du tombeau, plus incertain que jamais. L’empereur Léopold piqué rappela son ambassadeur, le comte de Harrach; mais bientôt après il le renvoya à Madrid, et les espérances en faveur de la maison d’Autriche se rétablirent. Le roi d’Espagne écrivit à l’empereur qu’il choisirait l’archiduc pour son successeur. Alors le roi de France, menaçant à son tour, assembla une armée vers les frontières d’Espagne; et ce même marquis d’Harcourt fut rappelé de son ambassade pour commander cette armée. Il ne resta à Madrid qu’un officier d’infanterie qui avait servi de secrétaire d’ambassade, et qui fut chargé des affaires, comme le dit le marquis de Torci. Ainsi le roi moribond, menacé tour-à-tour par ceux qui prétendaient à sa succession, voyant que le jour de sa mort serait celui de la guerre, que ses états allaient être déchirés, tendait à sa fin sans consolation, sans résolution, et au milieu des inquiétudes.
Dans cette crise violente, le cardinal Portocarrero, archevêque de Tolède, le comte de Monterey, et d’autres grands d’Espagne, voulurent sauver la patrie. Ils se réunirent pour prévenir le démembrement de la monarchie. Leur haine contre le gouvernement allemand fortifia dans leurs esprits la raison d’état, et servit la cour de France sans qu’elle le sût. Ils persuadèrent à Charles II de préférer un petit-fils de Louis XIV à un prince éloigné d’eux, hors d’état de les défendre. Ce n’était point anéantir les renonciations solennelles de la mère et de la femme de Louis XIV à la couronne d’Espagne, puisqu’elles n’avaient été faites que pour empêcher les aînés de leurs descendants de réunir sous leur domination les deux royaumes, et qu’on ne choisissait point un aîné. C’était en même temps rendre justice aux droits du sang; c’était conserver la monarchie espagnole sans partage. Le roi scrupuleux fit consulter des théologiens, qui furent de l’avis de son conseil; ensuite, tout malade qu’il était, il écrivit de sa main au pape Innocent XII, et lui fit la même consultation. Le pape, qui croyait voir dans l’affaiblissement de la maison d’Autriche la liberté de l’Italie, écrivit au roi «que les lois d’Espagne et le bien de la chrétienté exigeaient de lui qu’il donnât la préférence à la maison de France.» La lettre du pape était du 16 juillet 1700. Il traita ce cas de conscience d’un souverain comme une affaire d’état, tandis que le roi d’Espagne fesait de cette grande affaire d’état un cas de conscience.
Louis XIV en fut informé par le cardinal de Janson, qui résidait alors à Rome: c’est toute la part que le cabinet de Versailles eut à cet événement. Six mois s’étaient écoulés depuis qu’on n’avait plus d’ambassadeur à Madrid. C’était peut-être une faute, et ce fut peut-être encore cette faute qui valut la monarchie espagnole à la maison de France. (2 octobre 1700) Le roi d’Espagne fit son troisième testament, qu’on crut long-temps être le seul, et donna tous ses états au duc d’Anjou[538]. On saisit un moment où sa femme n’était pas auprès de lui pour le faire signer. C’est ainsi que toute cette intrigue fut terminée.
L’Europe a pensé que ce testament de Charles II avait été dicté à Versailles. Le roi mourant n’avait consulté que l’intérêt de son royaume, les vœux de ses sujets, et même leurs craintes; car le roi de France fesait avancer des troupes sur la frontière pour s’assurer une partie de l’héritage, tandis que le roi moribond se résolvait à lui tout donner. Rien n’est plus vrai que la réputation de Louis XIV, et l’idée de sa puissance, furent les seuls négociateurs qui consommèrent cette révolution.
Charles d’Autriche, après avoir signé la ruine de sa maison et la grandeur de celle de France, languit encore un mois, et acheva enfin, à l’âge de trente-neuf ans (1ᵉʳ novembre 1700), la vie obscure qu’il avait menée sur le trône. Peut-être n’est-il pas inutile, pour faire connaître l’esprit humain, de dire que, quelques mois avant sa mort, ce monarque fit ouvrir à l’Escurial les tombeaux de son père, de sa mère, et de sa première femme, Marie-Louise d’Orléans, dont il était soupçonné d’avoir souffert l’empoisonnement[539]. Il baisa ce qui restait de ces cadavres, soit qu’en cela il suivît l’exemple de quelques anciens rois d’Espagne, soit qu’il voulût s’accoutumer aux horreurs de la mort, soit qu’une secrète superstition lui fît croire que l’ouverture de ces tombes retarderait l’heure où il devait être porté dans la sienne.
Ce prince était né aussi faible d’esprit que de corps; et cette faiblesse s’était répandue sur ses états. C’est le sort des monarchies que leur prospérité dépende du caractère d’un seul homme. Telle était la profonde ignorance dans laquelle Charles II avait été élevé, que, quand les Français assiégèrent Mons, il crut que cette place appartenait au roi d’Angleterre. Il ne savait ni où était la Flandre, ni ce qui lui appartenait en Flandre[540]. Ce roi laissa au duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, tous ses états, sans connaître ce qu’il lui laissait.
Son testament fut si secret que le comte de Harrach, ambassadeur de l’empereur, se flattait encore que l’archiduc était reconnu successeur. Il attendit long-temps l’issue du grand conseil, qui se tint immédiatement après la mort du roi. Le duc d’Abrantès vint à lui les bras ouverts: l’ambassadeur ne douta plus dans ce moment que l’archiduc ne fût roi, quand le duc d’Abrantès lui dit en l’embrassant: Vengo a despedirme de la casa de Austria. «Je viens prendre congé de la maison d’Autriche.»
Ainsi, après deux cents ans de guerres et de négociations pour quelques frontières des états espagnols, la maison de France eut, d’un trait de plume, la monarchie entière, sans traités, sans intrigues, et sans même avoir eu l’espérance de cette succession. On s’est cru obligé de faire connaître la simple vérité d’un fait jusqu’à présent obscurci par tant de ministres et d’historiens séduits par leurs préjugés et par les apparences qui séduisent presque toujours. Tout ce qu’on a débité dans tant de volumes, d’argent répandu par le maréchal d’Harcourt, et des ministres espagnols gagnés pour faire signer ce testament, est au rang des mensonges politiques et des erreurs populaires. Mais le roi d’Espagne, en choisissant pour son héritier le petit-fils d’un roi si long-temps son ennemi, pensait toujours, aux suites que l’idée d’un équilibre général devait entraîner. Le duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV, n’était appelé à la succession d’Espagne que parcequ’il ne devait pas espérer celle de France; et le même testament qui, au défaut des puînés du sang de Louis XIV, rappelait l’archiduc Charles, depuis l’empereur Charles VI, portait expressément que l’empire et l’Espagne ne seraient jamais réunis sous un même souverain.
Louis XIV pouvait s’en tenir encore au traité de partage, qui était un gain pour la France. Il pouvait accepter le testament, qui était un avantage pour sa maison. Il est certain que la matière fut mise en délibération dans un conseil extraordinaire. Le chancelier de Ponchartrain et le duc de Beauvilliers furent d’avis de s’en tenir au traité; ils voyaient les dangers d’une nouvelle guerre à soutenir[541]. Louis les voyait aussi; mais il était accoutumé à ne les pas craindre. Il accepta le testament (11 novembre 1700); et rencontrant, au sortir du conseil, les princesses de Conti avec Madame la duchesse: «Eh bien, leur dit-il en souriant, quel parti prendriez-vous?» Puis sans attendre leur réponse: «Quelque parti que je prenne, ajouta-t-il, je sais bien que je serai blâmé[542].»
Les actions des rois, tout flattés qu’ils sont, éprouvent toujours tant de critiques, que le roi d’Angleterre lui-même essuya des reproches dans son parlement; et ses ministres furent poursuivis pour avoir fait le traité de partage. Les Anglais, qui raisonnent mieux qu’aucun peuple, mais en qui la fureur de l’esprit de parti éteint quelquefois la raison, criaient à-la-fois, et contre Guillaume qui avait fait le traité, et contre Louis XIV qui le rompait.
L’Europe parut d’abord dans l’engourdissement de la surprise et de l’impuissance, quand elle vit la monarchie d’Espagne soumise à la France, dont elle avait été trois cents ans la rivale. Louis XIV semblait le monarque le plus heureux et le plus puissant de la terre. Il se voyait à soixante et deux ans entouré d’une nombreuse postérité; un de ses petit-fils allait gouverner, sous ses ordres, l’Espagne, l’Amérique, la moitié de l’Italie, et les Pays-Bas. L’empereur n’osait encore que se plaindre.
Le roi Guillaume, à l’âge de cinquante-deux ans[543], devenu infirme et faible, ne paraissait plus un ennemi dangereux. Il lui fallait le consentement de son parlement pour faire la guerre; et Louis avait fait passer de l’argent en Angleterre, avec lequel il espérait disposer de plusieurs voix de ce parlement. Guillaume et la Hollande, n’étant pas assez forts pour se déclarer, écrivirent à Philippe V, comme au roi légitime d’Espagne (février 1701). Louis XIV était assuré de l’électeur de Bavière, père du jeune prince qui était mort désigné roi. Cet électeur, gouverneur des Pays-Bas au nom du dernier roi Charles II, assurait tout d’un coup à Philippe V la possession de la Flandre, et ouvrait dans son électorat le chemin de Vienne aux armées françaises, en cas que l’empereur osât faire la guerre. L’électeur de Cologne, frère de l’électeur de Bavière, était aussi intimement lié à la France que son frère; et ces deux princes semblaient avoir raison, le parti de la maison de Bourbon étant alors incomparablement le plus fort. Le duc de Savoie, déjà beau-père du duc de Bourgogne, allait l’être encore du roi d’Espagne; il devait commander les armées françaises en Italie. On ne s’attendait pas que le père de la duchesse de Bourgogne et de la reine d’Espagne dût jamais faire la guerre à ses deux gendres.
Le duc de Mantoue, vendu à la France par son ministre, se vendit aussi lui-même, et reçut garnison française dans Mantoue. Le Milanais reconnut le petit-fils de Louis XIV sans balancer. Le Portugal même, ennemi naturel de l’Espagne, s’unit d’abord avec elle. Enfin, de Gibraltar à Anvers, et du Danube à Naples, tout paraissait être aux Bourbons. Le roi était si fier de sa prospérité, qu’en parlant au duc de La Rochefoucauld au sujet des propositions que l’empereur lui fesait alors, il se servit de ces termes: «Vous les trouverez encore plus insolentes qu’on ne vous l’a dit[544].»
(Septembre 1701) Le roi Guillaume, ennemi jusqu’au tombeau de la grandeur de Louis XIV, promit à l’empereur d’armer pour lui l’Angleterre et la Hollande: il mit encore le Danemark dans ses intérêts; enfin il signa à La Haye la ligue déjà tramée contre la maison de France. Mais le roi s’en étonna peu; et comptant sur les divisions que son argent devait jeter dans le parlement anglais, et plus encore sur les forces réunies de la France et de l’Espagne, il sembla mépriser ses ennemis.
Jacques mourut alors à Saint-Germain. (16 septembre 1701) Louis pouvait accorder ce qui paraissait être de la bienséance et de la politique, en ne se hâtant pas de reconnaître le prince de Galles pour roi d’Angleterre, d’Écosse, et d’Irlande, après avoir reconnu Guillaume par le traité de Rysvick. Un pur sentiment de générosité le porta d’abord à donner au fils du roi Jacques la consolation d’un honneur et d’un titre que son malheureux père avait eus jusqu’à sa mort, et que ce traité de Rysvick ne lui ôtait pas. Toutes les têtes du conseil furent d’une opinion contraire. Le duc de Beauvilliers surtout fit voir, avec une éloquence forte, tous les fléaux de la guerre qui devaient être le fruit de cette magnanimité dangereuse. Il était gouverneur du duc de Bourgogne, et pensait en tout comme le précepteur de ce prince, le célèbre archevêque de Cambrai, si connu par ses maximes humaines de gouvernement, et par la préférence qu’il donnait aux intérêts des peuples sur la grandeur des rois. Le marquis de Torci appuya, par des principes de politique, ce que le duc de Beauvilliers avait dit comme citoyen. Il représenta qu’il ne convenait pas d’irriter la nation anglaise par une démarche précipitée. Louis se rendit à l’avis unanime de son conseil; et il fut résolu de ne point reconnaître le fils de Jacques II pour roi. [545] Le jour même, Marie de Modène[546], veuve de Jacques, vient parler à Louis XIV dans l’appartement de madame de Maintenon. Elle le conjure en larmes de ne point faire à son fils, à elle, à la mémoire d’un roi qu’il a protégé, l’outrage de refuser un simple titre, seul reste de tant de grandeurs: on a toujours rendu à son fils les honneurs d’un prince de Galles; on le doit donc traiter en roi après la mort de son père: le roi Guillaume ne peut s’en plaindre, pourvu qu’on le laisse jouir de son usurpation. Elle fortifie ces raisons par l’intérêt de la gloire de Louis XIV. Qu’il reconnaisse ou non le fils de Jacques II, les Anglais ne prendront pas moins parti contre la France, et il aura seulement la douleur d’avoir sacrifié la grandeur de ses sentiments à des ménagements inutiles. Ces représentations et ces larmes furent appuyées par madame de Maintenon. Le roi revint à son premier sentiment, et à la gloire de soutenir autant qu’il pouvait des rois opprimés. Enfin Jacques III fut reconnu le même jour qu’il avait été arrêté dans le conseil qu’on ne le reconnaîtrait pas.
Le marquis de Torci a fait souvent l’aveu de cette anecdote singulière. Il ne l’a pas insérée dans ses mémoires manuscrits, parcequ’il pensait, disait-il, qu’il n’était pas honorable à son maître que deux femmes lui eussent fait changer une résolution prise dans son conseil. Quelques Anglais[547] m’ont dit que, peut-être, sans cette démarche, leur parlement n’eût point pris de parti entre les maisons de Bourbon et d’Autriche; mais que reconnaître ainsi pour leur roi un prince proscrit par eux, leur parut une injure à la nation, et un despotisme qu’on voulait exercer dans l’Europe. Les instructions données par la ville de Londres à ses représentants furent violentes.
«Le roi de France se donne un vice-roi en conférant le titre de notre souverain à un prétendu prince de Galles. Notre condition serait bien malheureuse, si nous devions être gouvernés au gré d’un prince qui a employé le fer, le feu, et les galères, pour détruire les protestants de ses états: aurait-il plus d’humanité pour nous que pour ses propres sujets?»
Guillaume s’expliqua dans le parlement avec la même force. On déclara le nouveau roi Jacques coupable de haute trahison: un bill d’attainder fut porté contre lui, c’est-à-dire qu’il fut condamné à mort comme son grand-père; et c’est en vertu de ce bill qu’on mit depuis sa tête à prix. Tel était le sort de cette famille infortunée, dont les malheurs n’étaient pas encore épuisés[548]. Il faut avouer que c’était opposer de la barbarie à la générosité du roi de France.
Il paraît très vraisemblable que l’Angleterre se serait toujours déclarée contre Louis XIV, quand même il eût refusé le vain titre de roi au fils de Jacques II. La monarchie d’Espagne, entre les mains de son petit-fils, semblait devoir armer nécessairement contre lui les puissances maritimes. Quelques membres du parlement gagnés n’auraient pas arrêté le torrent de la nation. C’est un problème à résoudre, si madame de Maintenon ne pensa pas mieux que tout le conseil, et si Louis XIV n’eut pas raison de laisser agir la hauteur et la sensibilité de son ame.
L’empereur Léopold commença d’abord cette guerre en Italie, dès le printemps de l’année 1701. L’Italie a toujours été le pays le plus cher aux intérêts des empereurs. C’était celui où ses armes pouvaient le plus aisément pénétrer par le Tyrol et par l’état de Venise; car Venise, quoique neutre en apparence, penchait plus, cependant, pour la maison d’Autriche que pour celle de France. Obligée d’ailleurs, par des traités, de donner passage aux troupes allemandes, elle accomplissait ces traités sans peine.
L’empereur, pour attaquer Louis XIV du côté de l’Allemagne, attendait que le corps germanique se fût ébranlé en sa faveur. Il avait des intelligences et un parti en Espagne; mais les fruits de ces intelligences ne pouvaient éclore, si l’un des fils de Léopold ne se présentait pour les recueillir; et ce fils de l’empereur ne pouvait s’y rendre qu’à l’aide des flottes d’Angleterre et de Hollande. Le roi Guillaume hâtait les préparatifs. Son esprit, plus agissant que jamais dans un corps sans force et presque sans vie, remuait tout, moins pour servir la maison d’Autriche que pour abaisser Louis XIV.
Il devait, au commencement de 1702, se mettre à la tête des armées. La mort le prévint dans ce dessein. Une chute de cheval acheva de déranger ses organes affaiblis; une petite fièvre l’emporta. Il mourut (16 mars 1702), ne répondant rien à ce que des prêtres anglais, qui étaient auprès de son lit, lui dirent sur leur religion, et ne marquant d’autre inquiétude que celle dont le tourmentaient les affaires de l’Europe.
Il laissa la réputation d’un grand politique, quoiqu’il n’eût point été populaire; et d’un général à craindre, quoiqu’il eût perdu beaucoup de batailles. Toujours mesuré dans sa conduite, et jamais vif que dans un jour de combat, il ne régna paisiblement en Angleterre que parcequ’il ne voulut pas y être absolu. On l’appelait, comme on sait, le stathouder des Anglais et le roi des Hollandais. Il savait toutes les langues de l’Europe, et n’en parlait aucune avec agrément, ayant beaucoup plus de réflexion dans l’esprit que d’imagination. Son caractère était en tout l’opposé de Louis XIV; sombre, retiré, sévère, sec, silencieux autant que Louis était affable. Il haïssait les femmes[549] autant que Louis les aimait. Louis fesait la guerre en roi, et Guillaume en soldat. Il avait combattu contre le grand Condé et contre Luxembourg, laissant la victoire indécise entre Condé et lui à Senef, et réparant en peu de temps ses défaites à Fleurus, à Steinkerque, à Nervinde; aussi fier que Louis XIV, mais de cette fierté triste et mélancolique, qui rebute plus qu’elle n’impose. Si les beaux-arts fleurirent en France par le soin de son roi, ils furent négligés en Angleterre, où l’on ne connut plus qu’une politique dure et inquiète, conforme au génie du prince.
Ceux qui estiment plus le mérite d’avoir défendu sa patrie, et l’avantage d’avoir acquis un royaume sans aucun droit de la nature, de s’y être maintenu sans être aimé, d’avoir gouverné souverainement la Hollande sans la subjuguer, d’avoir été l’ame et le chef de la moitié de l’Europe, d’avoir eu les ressources d’un général et la valeur d’un soldat, de n’avoir jamais persécuté personne pour la religion, d’avoir méprisé toutes les superstitions des hommes, d’avoir été simple et modeste dans ses mœurs; ceux-là, sans doute, donneront le nom de grand à Guillaume plutôt qu’à Louis. Ceux qui sont plus touchés des plaisirs et de l’éclat d’une cour brillante, de la magnificence, de la protection donnée aux arts, du zèle pour le bien public, de la passion pour la gloire, du talent de régner; qui sont plus frappés de cette hauteur avec laquelle des ministres et des généraux ont ajouté des provinces à la France, sur un ordre de leur roi; qui s’étonnent davantage d’avoir vu un seul état résister à tant de puissances; ceux qui estiment plus un roi de France qui sait donner l’Espagne à son petit-fils, qu’un gendre qui détrône son beau-père; enfin, ceux qui admirent davantage le protecteur que le persécuteur du roi Jacques, ceux-là donneront à Louis XIV la préférence.
FIN DU TOME PREMIER
DU SIÈCLE DE LOUIS XIV.
DES MATIÈRES DU PREMIER VOLUME
DU SIÈCLE DE LOUIS XIV.
Préface du nouvel Éditeur, page j.
Liste raisonnée des enfants de louis XIV, des princes de la maison de France de son temps, des souverains contemporains, des maréchaux de France, des ministres, de la plupart des écrivains et des artistes qui ont fleuri dans ce siècle, 1.—Enfants légitimes, ibid.—Enfants naturels et légitimés, 4.—Autres enfants naturels et légitimés, ibid.—Princes et princesses du sang royal, qui vécurent dans le siècle de Louis XIV, 5.—La branche de Condé eut un très grand éclat, 7.—Branche de Conti, 8.—Branche de Bourbon-Soissons, 9.
Souverains contemporains.—Papes, 9.—Maison Ottomane, 11.—Empereurs d’Allemagne, 12.—Rois d’Espagne, ibid.—Rois de Portugal, ibid.—Rois d’Angleterre, d’Écosse, et d’Irlande, dont il est parlé dans le siècle de Louis XIV, 13.—Rois de Danemark, 14.—Rois de Suède, ibid.—Rois de Pologne, 15.—Rois de Prusse, 16.—Czars de Russie, depuis empereurs, ibid.—Gouverneurs de Flandre, 17.—Maréchaux de France, 19.—Grands amiraux de France sous le règne de Louis XIV, 29.—Généraux des galères de France sous le règne de Louis XIV, 32.—Ministre d’état, 33.—Chanceliers, 34.—Surintendants des finances, 36.—Secrétaires d’état et contrôleurs-généraux des finances, 40.
Catalogue alphabétique de la plupart des écrivains français qui ont paru dans le siècle de Louis XIV, pour servir à l’histoire littéraire de ce temps, 47.
Artistes célèbres.—Musiciens, 199.—Peintres, 226.—Sculpteurs, architectes, graveurs, etc., 231.
SIÈCLE DE LOUIS XIV.
Chapitre premier. Introduction, 237.
Chap. II. Des états de l’Europe avant Louis XIV, 244.—De l’Allemagne, 245.—De l’Espagne, 249.—Du Portugal, 250.—Des Provinces-Unies, ibid.—De l’Angleterre, 251.—De Rome, 252.—Du reste de l’Italie, 257.—Des états du Nord, 258.—Des Turcs, 259.—Situation de la France, ibid.—Forces de la France après la mort de Louis XIII, et mœurs du temps, 260.
Chap. III. Minorité de Louis XIV. Victoires des Français sous le grand Condé, alors duc d’Enghien, 269.—Anne d’Autriche ou d’Espagne, régente, ibid.—Bataille de Rocroi, 271.—Bataille de Fribourg, 274.—Mariendal, 275. Nordlingen, ibid.—Bataille de Lens, 276.—Le dernier duc de Guise à Naples, 278.
Chap. IV. Guerre civile, 279.—Mazarin, premier ministre, ibid.—Potier, évêque de Beauvais, ibid.—Finances, principe de tout, 281.—Le surintendant Émeri, ibid.—Murmures, ibid.—Parlement, 282.—Barricades, 286.—Parlement de Paris, ibid.—Le parlement et l’archevêque de Paris se déclarent contre le roi, 287.—Le parlement de Paris ordonne la guerre civile, 291.—Il lève des troupes, 292.—Guerre de la fronde, ridicule, ibid.—Folies et débauches, 293.—L’archevêque va au parlement armé d’un poignard, 294.—Différences entre les guerres civiles de France et d’Angleterre, ibid.—Factions aussi ridicules que la guerre, 296.—Les princes de Condé et de Conti, et le duc de Longueville, arrêtés, 298.
Chap. V. Suite de la guerre civile jusqu’à la fin de la rébellion, en 1653, 302.—Le grand Condé fait la guerre civile, ibid.—Mazarin rentre dans le royaume, 303.—Il vient avec une armée levée à ses frais, ibid.—Le parlement met sa tête à prix, 304.—Conseillers députés contre l’armée de Mazarin, 305.—Le parlement condamne le prince de Condé, et fait la guerre au roi, ibid.—Turenne reprend le parti de la cour, 306.—Louis XIV fuit dans son royaume, 307.—Condé bat l’armée du roi, et Turenne la sauve, 308.—On marche vers Paris, 309.—Bataille du faubourg Saint-Antoine, 310.—Le parlement se déclare encore contre la cour, 314.—Faiblesse de tous les partis, 315.—Le cardinal encore renvoyé, ibid.—Le roi rentre dans Paris, ibid.—Le cardinal revient, 316.
Chap. VI. État de la France jusqu’à la mort du cardinal Mazarin, en 1661, 318.—Paix de Munster, ibid.—État de la France, 320.—Le prince de Condé à la tête des Espagnols contre la France, 321.—Turenne opposé à Condé, ibid.—Turenne victorieux, ibid.—Mazarin gouverne la France, et Louis de Haro l’Espagne, 322.—Cromwell gouverne l’Angleterre, 323.—Sa conduite, ibid.—Cromwell courtisé par la France et l’Espagne, 324.—Il prend la Jamaïque, 325.—Il traite avec le roi de France de couronne à couronne, ibid.—La fille de Henri IV, la veuve de Charles Iᵉʳ, demande à Cromwell son douaire; il le refuse, ibid.—Turenne contre Condé, 326.—Ambassade et lettre singulière de Mazarin à Cromwell, 328.—Bataille des Dunes, ibid.—Mort de Cromwell, 330.—Voyage de Christine, reine de Suède, en France, 332.—La gloire de Christine à jamais souillée par l’assassinat de Monaldeschi, 335.—Léopold, empereur, 336.—Ligue du Rhin, ibid.—Louis XIV veut épouser la nièce du cardinal Mazarin, 337.—Conférences de Mazarin et de Haro, 339.—Paix des Pyrénées, 340.—Conditions du mariage de Louis XIV, 341.—Rétablissement de Charles II, roi d’Angleterre, 343.—Mazarin devenu aussi fastueux que puissant, 344.—Mort de Mazarin, 346.—La cour porte le deuil de Mazarin, ibid.
Chap. VII. Louis XIV gouverne par lui-même. Il force la branche d’Autriche espagnole à lui céder partout la préséance, et la cour de Rome à lui faire satisfaction. Il achète Dunkerque. Il donne des secours à l’empereur, au Portugal, aux États-généraux, et rend son royaume florissant et redoutable, 348.—Ordre rétabli partout, 349.—Le roi d’Espagne cède la préséance au roi, 350.—Il force le pape à lui demander pardon, 353.—Il achète Dunkerque, 355.—Louis XIV envoie du secours à l’empereur contre les Turcs, 356.—Il secourt encore le Portugal, 358.—Il secourt aussi la Hollande, 359.—Il devient le plus puissant prince de l’Europe, 360.
Chap. VIII. Conquête de la Flandre, 361.—Raisons ou prétextes de la conquête de Flandre, 362.—Traité secret de l’empereur et de Louis XIV, pour dépouiller le roi d’Espagne, 363.—Succès rapides, 365.
Chap. IX. Conquête de la Franche-Comté. Paix d’Aix-la-Chapelle, 368.—Préparations habiles, ibid.—Le grand Condé chargé de la conquête, 369.—Manœuvres, 370.—La Franche-Comté prise, 371.—Europe alarmée, 372.—Jean de Witt, ibid.—Chevalier Temple, 373.—La cour de Rome ne préside plus aux traités, 374.—Van-Beuning, bourgeois d’Amsterdam, tient tête à Louis XIV, ibid.
Chap. X. Travaux et magnificence de Louis XIV. Aventure singulière en Portugal. Casimir en France. Secours en Candie. Conquête de la Hollande, 375.—Roi de Portugal déclaré impuissant malgré ses bâtards, et détrôné, 376.—Jean Casimir, roi de Pologne, retiré à Paris, 378.—Turcs en Candie, ibid.—Duc de Beaufort à Candie, 379.—Mauvais gouvernement en Hollande, 380.—France et Angleterre contre la Hollande, 381.—Factions en Hollande, 383.—Van-Galen, évêque de Munster, brigand, 384.—Terreur en Hollande, 385.—Préparatifs contre la Hollande, 387.—Discipline militaire, 388.—Munitions achetées dans la Hollande même pour la détruire, 389.—Guillaume, prince d’Orange, 390.—Marche de Louis XIV, 391.—Passage du Rhin, 392.—Villes prises, 394.—Amsterdam prête d’être prise, 395.—Le prince d’Orange stathouder, 397.—Les États-généraux demandent la paix, ibid.—Les de Witt assassinés, 398.—Généreuse résolution des magistrats d’Amsterdam, 399.—Ils inondent leur pays, 400.—Les Hollandais se défendent sur mer, 401.—Le prince d’Orange offre tous ses biens pour défendre le pays, 402.
Chap. XI. Évacuation de la Hollande. Seconde conquête de la Franche-Comté, 403.—Fautes commises dans la conquête de la Hollande, ibid.—Pillages et cruautés, 405.—Négociations, 406.—L’empereur Léopold se déclare contre Louis XIV, un crucifix à la main, ibid.—Batailles navales, 407.—Sévérité, 408.—Presque toute l’Europe contre Louis XIV, 411.
Chap. XII. Belle campagne et mort du maréchal de Turenne. Dernière bataille du grand Condé à Senef, 413.—Le Palatinat dévasté, 415.—Bataille de Senef, 417.—Montecuculli opposé à Turenne, 419.—Turenne tué, 420.—Combat de Consarbruck, 423.—Arrière-ban convoqué, ibid.—Retraite du grand Condé, 425.
Chap. XIII. Depuis la mort de Turenne jusqu’à la paix de Nimègue, en 1678, 426.—Attaque de Valenciennes, en plein jour contre la coutume, 427.—Monsieur, frère du roi, bat le prince d’Orange, 431.—Mort de Ruyter, 434.—Duquesne, ibid.—Négociations de paix, 436.—Conditions de la paix, ibid.—Ambassadeurs de France ne cèdent pas aux électeurs, 437.—Paix signée, 438.—Bataille après la paix, 439.—Louis XIV arbitre de l’Europe, 440.
Chap. XIV. Prise de Strasbourg. Bombardement d’Alger. Soumission de Gênes. Ambassade de Siam. Le pape bravé dans Rome. Électorat de Cologne disputé, 442.—Juridictions sur les princes de l’empire, ibid.—Louis s’empare de Strasbourg, 443.—Il veut Luxembourg, 444.—Sa puissance sur mer, 445.—Port de Toulon construit, ibid.—Invention de galiotes à bombes, ibid.—Les Algériens punis, et pas assez, 446.—Établissements, forteresses, 447.—L’empereur Léopold faible, ibid.—Il fuit de Vienne assiégée par les Turcs, 448.—Louis XIV ne veut pas l’attaquer pendant que les Turcs le poursuivent, 449.—Enfin Louis se lasse, et prend Luxembourg, 450.—Les Turcs battus, ibid.—Louis XIV trop fastueux avec les faibles, 451.—Doge de Gênes, 452.—Ambassade des Siamois, ibid.—Querelle avec le pape; et cependant le pape a raison, 455.—Tous les rois acquiescent à ce que veut le pape, excepté Louis XIV, 456.—Louis XIV fait un électeur, 457.—L’empereur et le pape ne veulent point de l’électeur de Louis XIV, 458.
Chap. XV. Le roi Jacques détrôné par son gendre Guillaume III, et protégé par Louis XIV, 459.—Ligue universelle contre Louis XIV, ibid.—Jacques-le-Catholique, 460.—Jacques veut être despotique, 461.—Le jésuite Peters, 462.—Armement public de Guillaume contre Jacques, sans que Jacques le sache, ibid.—Jacques, abandonné de tout le monde, s’enfuit, 463.—Guillaume III, roi d’Angleterre, 464.—Jacques chez Louis XIV, ibid.—Générosité de Louis XIV, 465.—Jacques peu considéré, ibid.—Jacques touche les écrouelles, 466.—Efforts généreux de Louis XIV pour Jacques, 467.—Louis XIV vainqueur des Anglais et des Hollandais sur mer, ibid.—Époque rare, ibid.—Bataille de la Boyne qui assure le trône à Guillaume, 469.—Sottise des Parisiens, 471.—Jacques revient en France, 472.—La flotte de Louis XIV battue pour s’être obstinée à secourir Jacques, 473.—Malheurs étonnants de la maison de Stuart, 476.
Chap. XVI. De ce qui se passait dans le continent, tandis que Guillaume III envahissait l’Angleterre, l’Écosse, et l’Irlande, jusqu’en 1697. Nouvel embrasement du Palatinat. Victoires des maréchaux de Catinat et de Luxembourg, etc. 477.—Prodigieuses armées de Louis XIV, 478.—Le dauphin commande les armées, ibid.—Incendie du Palatinat, 480.—Le maréchal d’Uxelles hué pour avoir bien fait, 482.—Le maréchal d’Humières battu, 483.—Maréchal de Luxembourg, ibid.—Maréchal de Catinat, 484.—Victoires, 485.—De Staffarde, ibid.—De la Marsaille, 486.—De Fleurus, ibid.—De Leuse, 487.—De Steinkerque, ibid.—De Nervinde, 491.—De Spire-bach, 493.—Du Ter, 494.—Places maritimes de France bombardées, ibid.—Guillaume prend Namur, 495.—Bruxelles bombardée, 497.—La France perd Pondichéri, 498.—Déprédations en Amérique, ibid.—Du Guay-Trouin, 499.—Toute cette guerre est une espèce de guerre civile, ibid.
Chap. XVII. Traité avec la Savoie. Mariage du duc de Bourgogne. Paix de Rysvick. État de la France et de l’Europe. Mort et Testament de Charles II, roi d’Espagne, 500.—Victor-Amédée, 501.—Duchesse de Bourgogne, ibid.—Paix de Rysvick, 502.—Motifs de cette paix, ibid.—Restitutions faites par Louis XIV, 505.—Éloge de Léopold, duc de Lorraine, père de l’empereur François Iᵉʳ, 506.—Prince de Conti vainement élu roi de Pologne, 508.—Paix générale et courte dans le monde entier, 509.—Troubles du Nord, 510.—Pierre Iᵉʳ, ibid.—Charles XII, ibid.—Troubles du Midi, 511.—Succession d’Espagne, ibid.—Droit à cette succession, ibid.—Intrigues pour la succession d’Espagne, 513.—Traité de partage, 515.—Testament de Charles II, roi d’Espagne, 516.—Autre traité de partage, 517.—Autres intrigues pour la succession, 520.—Le roi d’Espagne consulte le pape, 522.—Dernier testament de Charles II, ibid.—Mort de Charles II, 523.—Toute l’Europe surprise du testament, ibid.—Louis XIV acceptera-t-il le testament? 525.—Mesures pour faire valoir le testament, 527.—Premiers succès de la maison de France, 528.—Louis XIV conserve au fils de Jacques II le titre et les honneurs de la royauté malgré tout son conseil, 529.—Philippe V, roi d’Espagne, 532.—Commencement de la guerre contre Louis XIV, ibid.—Mort de Guillaume III, 533.—Caractère du roi Guillaume, ibid.—Comparaison de ce prince avec Louis XIV, ibid.
FIN DE LA TABLE.