(Pr. d’Él. IV. 1.)

«Comme elle possédoit son affection.... et que son heureuse fécondité redoubloit tous les jours les sacrés liens...»

(Bossuet. Or. fun. d’Henr. d’A.)

«Comme c’est la vocation qui nous inspire la foi, et que c’est la persévérance qui nous transmet à la gloire....»

(Id. Or. fun. de la duch. d’Orl.)

«Comme il fut sorti de Delphes, et que il eut pris le chemin de la Phocide.....»

(La Fontaine. Vie d’Ésope.)

COMME pour que; S’ÉTONNER COMME...:

Je m’étonne comme le ciel les a pu souffrir si longtemps.

(D. Juan. V. 1.)

(Voyez ADMIRER COMME.)

TOUT COMME, adverbialement:

C’est justement tout comme:
La femme est en effet le potage de l’homme.
(Éc. des fem. II. 3.)

COMMENCER DE:

Et déjà mon rival commence de paroître.
(D. Garcie. V. 3.)
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et veuille que ce frère, où l’on va m’exposer,
Commence d’être roi par me tyranniser.
(Ibid. V. 5.)
L’amour a commencé d’en déchirer le voile.
(Éc. des fem. III. 4.)

Commencer à paraît avoir été la forme primitive; c’est celle qu’emploie le plus ancien monument connu de notre langue:

«Saul estoit fis d’un an, quand il comencad a regner.»

(Rois. p. 41.)

Mais plus tard, quand le d euphonique fut tombé, par l’influence de la langue écrite sur la langue parlée, le soin de l’euphonie suggéra d’éviter l’hiatus, en construisant aussi avec de tous ces verbes qui se construisaient déjà avec à.

(Voyez DE remplaçant à entre deux verbes.)

COMMENT, comme, à quel point:

Vous ne sauriez croire comment l’erreur s’est répandue, et de quelle façon chacun s’est endiablé à me croire médecin!

(Méd. m. lui. III. 1.)

Comment, c’est-à-dire, à quel point l’erreur s’est répandue. (Voyez COMME.)

COMMERCE, AVOIR COMMERCE CHEZ QUELQU’UN:

.... Cette marquise agréable chez qui j’avois commerce.

(B. Gent. III. 6.)

COMMETTRE A QUELQU’UN, lui confier:

Ce pauvre maître Albert a beaucoup de mérite
D’avoir depuis Bologne accompagné ce fils,
Qu’à sa discrétion vos soins avoient commis.
(L’Ét. IV. 3.)
Allons, sans crainte aucune,
A la foi d’un amant commettre ma fortune.
(Éc. des mar. III. 1.)
«Un voleur se hasarde
«D’enlever le dépôt commis aux soins du garde.»
(La Font. La Matrone d’Éphèse.)

COMMETTRE QUELQU’UN A UN SOIN:

Je vous commets au soin de nettoyer partout.

(L’Av. III. 1.)
Allons commettre un autre au soin que l’on me donne.
(Fem. sav. I. 5.)

Le substantif commis n’est autre chose que le participe passé de ce verbe, et se construit de même avec le datif: un commis aux aides, commis à la douane.

COMMETTRE (SE) DE.... se confier relativement à:

Agnès, dit Horace,

N’a plus voulu songer à retourner chez soi,
Et de tout son destin s’est commise à ma foi.
(Éc. des fem. V. 2.)

De est ici le de latin.

COMPAGNONS, pour confrères:

LE NOTAIRE.
Moi! si j’allois, madame, accorder vos demandes,
Je me ferois siffler de tous mes compagnons.
(Fem. sav. V. 3.)

COMPAS; RÉGLÉ PAR COMPAS:

Si le chef n’est pas bien d’accord avec la tête,
Que tout ne soit pas bien réglé par ses compas.
(Dép. am. IV. 2.)

COMPASSER, verbe actif, mesurer au compas, c’est-à-dire, examiner à la rigueur:

Et quant à moi je trouve, ayant tout compassé,
Qu’il vaut mieux être encor cocu que trépassé.
(Sgan. 11.)

COMPATIR AVEC, être compatible avec:

L’engagement ne compatit point avec mon humeur.

(D. Juan. III. 6.)

COMPÉTITER:

GROS-RENÉ.
On voit une tempête, en forme de bourrasque,
Qui veut compétiter par de certains... propos...
(Dép. am. IV. 2.)

Furetière et Trévoux ne donnent que compétiteur. Il y a grande apparence que compétiter est forgé par Gros-René d’après ce substantif. On dit, en termes de droit, compéter, mais dans une autre acception que compétiter.

COMPLAISANT A....:

.... Vos désirs lui seront complaisants
Jusques à lui laisser et mouches et rubans?
(Éc. des mar. I. 2.)

Mais, au moins, sois complaisante aux civilités qu’on te rend.

(Pr. d’Él. II. 4.)

COMPLEXION; ÊTRE DE COMPLEXION AMOUREUSE...:

Ah, ah! vous êtes donc de complexion amoureuse?

(Pourc. II. 4.)

COMPLIMENT; ÊTRE SANS COMPLIMENT, sans façon:

Non, m’a-t-il répondu, je suis sans compliment,
Et j’y vais pour causer avec toi seulement.
(Fâcheux. I. 1.)

—Devoir à quelqu’un un compliment de quelque chose, c’est-à-dire, la politesse de lui en donner avis:

On vous en devoit bien au moins un compliment.
(Fem. sav. IV. 1.)

COMPOSER (SE) PAR ÉTUDE:

Là, tâchez de vous composer par étude; un peu de hardiesse, et songez à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous dire.

(Scapin. I. 4.)

CONCERT DE MUSIQUE:

Il faut qu’une personne comme vous... ait un concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis.

(B. gent. II. 1.)

M. Auger blâme cette expression, comme redondante. Il est vrai qu’aujourd’hui l’on a restreint le mot concert à signifier concert de musique, mais ce n’est pas l’acception essentielle du mot; la preuve en est qu’on dit également bien un concert de louanges, un concert d’intrigues. Concerter ne s’applique pas exclusivement à la musique, et déconcerter ne s’y applique pas du tout.

Tout le XVIIe siècle a dit concert de musique.

CONCERTÉ, en parlant d’un seul, par exemple, du ciel:

Une aventure, par le ciel concertée, me fit voir la charmante Élise.

(L’Av. V. 5.)

Concertée veut dire simplement ici préparée.

CONCLURE DE, suivi d’un infinitif:

Et nous conclûmes tous d’attacher nos efforts
Sur un cerf que chacun nous disoit cerf dix cors.
(Fâcheux. II. 7.)

(Voyez DE remplaçant à entre deux verbes.)

CONCURRENCE; BONHEUR QUI EST EN CONCURRENCE:

Grâce à Dieu, mon bonheur n’est plus en concurrence.
(Éc. des fem. V. 38.)

En effet, l’amour d’Horace n’a plus à craindre de concurrent, puisque Agnès s’est enfuie du logis d’Arnolphe, pour se mettre sous sa protection.

CONDAMNER D’UN CRIME, c’est-à-dire, pour un crime, à cause d’un crime; latinisme, damnare de...:

Ne me condamnez point d’un deuil hors de saison.
(Sgan. 10.)
Je veux que vous puissiez un peu l’examiner,
Et voir si de mon choix l’on peut me condamner.
(Éc. des fem. I. 1.)
L’erreur trop longtemps dure,
Et c’est trop condamner ma bouche d’imposture.
(Tart. II. 3)
C’est trop me pousser là-dessus,
Et d’infidélité me voir trop condamnée.
(Amph. II. 2.)
Loin de te condamner d’un si perfide trait,
Tu m’en fais éclater la joie en ton visage.
(Ibid. II. 3.)

Pascal a dit de même blâmer de:

«Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix, car vous n’en savez rien.»

(Pensées. p. 262.)

(Voyez DE dans tous les sens du latin de.)

CONDITIONNELS: deux conditionnels, le second commandé par le premier:

Pour moi, j’aurois toutes les hontes du monde, s’il falloit qu’on vînt à me demander si j’aurois vu quelque chose de nouveau que je n’aurois pas vu.

(Préc. rid. 10.)

Nous dirions aujourd’hui, si j’ai vu; mais on suivait alors pour les conditionnels une certaine loi de symétrie qui s’appliquait aussi aux futurs. (Voyez FUTURS.)

S’il falloit qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirois hautement que tu en aurois menti.

(D. Juan. I. 1.)

Je leur disois que si quelqu’un leur venoit dire du mal de vous, elles se gardassent bien de le croire, et ne manquassent pas de lui dire qu’il en auroit menti.

(Ibid. II. 7.)

Je croirois que la conquête d’un tel cœur ne seroit pas une victoire à dédaigner.

(Pr. d’Él. IV. 3.)

Si je n’étois sûre que ma mère étoit honnête femme, je dirois que ce seroit quelque petit frère qu’elle m’auroit donné depuis le trépas de mon père.

(Mal. im. III. 8.)

L’usage actuel mettrait: Je dirais que c’est quelque petit frère qu’elle m’a donné, etc.

La Fortune dit à l’enfant qu’elle trouve endormi sur le rebord d’un puits:

«Sus, badin, levez-vous. Si vous tombiez dedans,
«De douleur, vos parents, comme vous imprudents,
«Croyant en leur esprit que de tout je dispose,
«Diroient, en me blâmant, que j’en serois la cause.»
(Regnier. sat. XIV.)

Cette symétrie, empruntée du latin, était, dans l’ancienne langue, une règle inflexible. Guillemette dit à Patelin, son mari, dans la scène de la folie feinte:

«Par ceste pecheresse lasse,
«Si j’eusse aide, je vous liasse[46]

Si adjutorium haberem, te ligarem.

Et Patelin, moqué par Aignelet:

«Par saint Jaques, se je trouvasse
«Un bon sergent, te feisse prendre.»
(Pathelin.)

Pascal ne manque jamais à cette loi:

«Si vous ne m’aviez dit que c’est le père le Moine qui est l’auteur de cette peinture, j’aurois dit que c’eût été quelque impie qui l’auroit faite, à dessein de tourner les saints en ridicule.»

(9e Provinciale.)

«S’il s’en trouvoit qui crussent que j’aurois blessé la charité que je vous dois en décriant votre morale...»

(11e Prov.)

CONDITIONNEL construit avec un indicatif:

Si je me dispense ici de m’étendre sur les belles et glorieuses vérités qu’on pourroit dire d’elle, c’est par la juste appréhension que ces grandes idées ne fissent éclater encore davantage la bassesse de mon offrande.

(Ép. dédic. de l’École des maris.)

Racine a dit de même, dans Andromaque:

«On craint qu’il n’essuyât les larmes de sa mère.»

Sur quoi d’Olivet élève une chicane grammaticale aussi pédante qu’elle est injuste. Rien n’est plus logique, ni plus irréprochable que cette alliance de temps, puisqu’il existe entre les deux l’ellipse bien claire d’une condition:—on craint (si l’on me laissait mon fils) qu’il n’essuyât un jour, etc......—Je me dispense de cet éloge, de peur que (si je l’essayais) le contraste des idées ne fît ressortir la bassesse de mon offrande.

De peur qu’elle revînt, fermons à clef la porte.
(Éc. des mar. III. 2.)

De peur que (si je laissais la porte ouverte) elle ne revînt.

(Voyez Subjonctif.)

CONDUITE, direction:

Et nous verrons ensuite
Si je dois de vos feux reprendre la conduite.
(L’Ét. III. 5.)

CONDUITE, celui qui conduit, comme sentinelle, garde, celui qui fait sentinelle, celui qui garde:

A vous mettre en lieu sûr je m’offre pour conduite.
(Tart. V. 6.)

CONFIRMER QUELQU’UN A (un infinitif), le fortifier dans la résolution de...:

L’air dont je vous ai vu lui jeter cette pierre
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Me confirme encor mieux à ne pas différer
Les noces, où j’ai dit qu’il vous faut préparer.
(Éc. des fem. III. 1.)

CONFORME, absolument, et en sous-entendant le complément:

Son cœur, qui vous estime, est solide et sincère,
Et ce choix plus conforme étoit mieux votre affaire.
(Mis. I. 1.)

Philinte veut dire que le caractère d’Éliante se rapproche du caractère d’Alceste, et qu’ainsi Alceste, choisissant Éliante au lieu de Célimène, eût fait un choix plus conforme à ses goûts et à ses principes.

Cette absence du complément paraît rendre l’expression trop vague, et laisser la pensée incertaine.

CONGÉ, permission:

Et si dans quelque chose ils vous ont outragé,
Je puis vous assurer que c’est sans mon congé.
(L’Ét. I. 3.)

Nous n’oserons plus trouver rien de bon sans le congé de messieurs les experts.

(Crit. de l’Éc. des fem. 7.)
Et je pense, seigneur, entendre ce langage.
Mais sans votre congé, de peur de trop risquer,
Je n’ose m’enhardir jusques à l’expliquer.
(Princ. d’Él. I. 1.)
Je lui donne à présent congé d’être Sosie.
(Amph. III. 10.)

CONGRATULANT, adjectif verbal, comme chatouillant:

Ne vous embarquez nullement
Dans ces douceurs congratulantes.
(Amph. III. 11.)

CONSCIENCE; C’EST UNE CONSCIENCE, c’est-à-dire, un cas de conscience:

C’est une conscience
Que de vous laisser faire une telle alliance.
(Tart. II. 2.)

C’est une conscience de voir une pauvre jeune femme mariée de la façon.

(G. D. III. 12.)

CONSEILLER; (SE) CONSEILLER A QUELQU’UN, prendre le conseil de quelqu’un:

Je me suis même encore aujourd’hui conseillé au ciel pour cela.

(D. Juan. V. 3.)

Mais si je me conseillois à vous pour ce choix?

—Si vous vous conseilliez à moi, je serois fort embarrassé.

(Am. magn. II. 4.)
«Il est droit que je me conseille
(Rutebeuf. Le Testam. de l’asne.)

«Comment Panurge se conseille à Her Trippa.—Comment Panurge se conseille à Pantagruel.»

(Rabelais.)

Sur le fréquent emploi des verbes réfléchis au commencement de la langue, voyez au mot Arrêter.

CONSENTIR, verb. act., CONSENTIR QUELQUE CHOSE:

Mais je mourrai plutôt que de consentir rien.
(D. Garcie. I. 5.)

CONSENTIR QUE, accorder que:

Mais je veux consentir qu’elle soit pour une autre.
(Mis. IV. 3.)

Consentir à ce que rendrait une pensée différente. Alceste ne consent pas à ce que la lettre de Célimène soit pour un autre; il consent, c’est-à-dire, il accorde par hypothèse qu’elle soit pour un autre que lui.

Si consentir que eût été une expression fautive ou seulement insolite, il était facile à Molière de mettre:

Mais je veux accorder qu’elle soit pour un autre.

Pascal, Montaigne et Molière lui-même disent, consentir que pour à ce que:

«Elle (la société de Jésus) consent qu’ils gardent leur opinion, pourvu que la sienne soit libre.»

(Pascal. 1re Prov.)

«Homere a esté contrainct de consentir que Venus feust blecée au combat de Troie.»

(Montaigne. III. 7.)
Je consens qu’une femme ait des clartés de tout.
(Fem. sav. I. 3.)

CONSÉQUENCE; CHOSE DE CONSÉQUENCE:

Je sais bien qu’un bienfait de cette conséquence
Ne sauroit demander trop de reconnoissance.
(Don Garcie. V. 5.)

Que ne me dites-vous que des affaires de la dernière conséquence vous ont obligé à partir sans m’en donner avis?

(D. Juan. I. 3.)

En vérité, monsieur, ce procès m’est d’une conséquence tout à fait grande.

(L’Av. II. 7.)

«Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paroître la vivacité de son esprit.........; elles sont de trop peu de conséquence pour en informer la postérité.»

(La Fontaine. Vie d’Ésope.)

«J’ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne étoit........ d’une extrême conséquence pour la religion.»

(Pascal. 1re Prov.)

CONSÉQUENCE (FAIRE OU NE FAIRE POINT DE):

Un homme mort n’est qu’un homme mort, et ne fait point de conséquence.

(Am. méd. II. 3.)

Ne produit pas de suites.

HOMME DE CONSÉQUENCE:

Prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec un homme de ma conséquence.

(Méd. m. lui. III. 11.)

CONSIDÉRABLE, digne d’être considéré, en parlant des personnes et des choses:

Comme je sais que vous êtes une personne considérable, je voudrois vous prier.....

(Sicilien. 8.)
Je vous tiens préférable
A tout ce que j’y vois de plus considérable.
(Mis. I. 2.)

Ah! mon père, le bien n’est pas considérable lorsqu’il est question d’épouser une honnête personne.

(L’Av. I. 5.)

Le bien n’est pas à considérer.

La noblesse, de soi, est bonne; c’est une chose considérable assurément.

(George D. I. 1.)

CONSIDÉRABLE A QUELQU’UN:

Mais si jamais mon bien te fut considérable,
Répare mon malheur, et me sois secourable.
(L’Ét. II. 7.)

Monsieur, votre vertu m’est tout à fait considérable.

(Méd. m. l. III. 11.)

«Ces raisons ont..... rendu leur condition (des hommes) si considérable à l’Eglise, qu’elle a toujours puni l’homicide qui les détruit....»

(Pascal. 1re Prov.)

CONSIDÉRATION; A LA CONSIDÉRATION DE, c’est-à-dire, en considération de:

Je vous donne ma parole, don Pèdre, qu’à votre considération, je vais la traiter du mieux qu’il me sera possible.

(Sicilien. 19.)

CONSOLATIF:

Je suis homme consolatif, homme à m’intéresser aux affaires des jeunes gens.

(Scapin. I. 2.)

Pascal a dit consolatif à..... et consolatif pour....:

«Discours bien consolatif à ceux qui ont assez de liberté d’esprit..., etc.»—«Un beau mot de saint Augustin est bien consolatif pour de certaines personnes.»

(Pensées. p. 51, 310 et 359.)

Consolatif paraît formé de consoler, aussi légitimement que récréatif de récréer, portatif de porter, etc.

CONSOMMER, consumer:

Et, quoi que l’on reproche au feu qui vous consomme.
(Dép. am. III. 9.)

SE CONSOMMER DANS QUELQUE CHOSE:

La vertu fait ses soins, et son cœur s’y consomme
Jusques à s’offenser des seuls regards d’un homme.
(Éc. des m. II. 4.)

On dit encore, au participe, il est consommé dans son art; on disait autrefois se consommer dans un art, dans une science, dans la pratique de la vertu, etc., etc.

Puisqu’en raisonnements votre esprit se consomme.
(Éc. des fem. V. 4.)
Dans l’amour du prochain sa vertu se consomme.
(Tart. V. 5.)

C’est-à-dire éclate au plus haut degré.

Qui se donne à la cour se dérobe à son art;
Un esprit partagé rarement s’y consomme,
Et les emplois de feu demandent tout un homme.
(La Gloire du Val de Grâce.)

La confusion entre consommer et consumer a été signalée par Vaugelas comme une faute, à la vérité commune chez de bons écrivains, mais enfin comme une faute.

Ménage, sans en donner une bonne raison, n’a pas voulu se rendre à la décision de Vaugelas; mais l’Académie l’a adoptée, et le sens des racines commanderait en effet la distinction, si consommer venait de summa, et consumer de sumere. Je n’en crois rien: consumere est la seule racine des deux formes. L’usage de prononcer le um latin par on (voyez Matrimonion) a conduit tout d’abord à traduire consumere par consommer.

«Ceste qualité estouffe et consomme les aultres qualités vrayes et essentielles.»

(Montaigne. III. 7.)

Alors la forme consumer n’existait pas; consommer était seul; car il faut toujours se rappeler que notre langue a été soumise à deux systèmes de formation très-différents. Consommer est le mot de première époque, et consumer le mot de seconde époque. L’archaïsme luttait encore du temps de Molière.

CONSTAMMENT, avec constance:

Instruire ainsi les gens
A porter constamment de pareils accidents.
(Fem. sav. V. 1.)

CONSTITUER A, c’est-à-dire, préposer à....:

Je vous constitue pendant le souper au gouvernement des bouteilles.

(L’Av. III. 1.)

CONSTRUCTIONS IRRÉGULIÈRES:

Du meilleur de mon cœur je donnerois sur l’heure
Les vingt plus beaux louis de ce qui me demeure,
Et pouvoir à plaisir sur ce mufle asséner
Le plus grand coup de poing qui se puisse donner!
(Tart. V. 4.)

La passion légitime qui trouble Orgon excuse le dérangement grammatical de sa phrase. On le comprend d’ailleurs très-bien. C’est comme s’il disait: Je voudrois donner... et pouvoir, etc...

C’est bien la moindre chose que je vous doive, après m’avoir sauvé la vie.

(D. Juan. III. 4.)

Après que vous m’avez sauvé la vie;—mais l’autre façon est incomparablement plus rapide.

.... Qui pourra montrer une marque certaine
D’avoir meilleure part au cœur de Célimène,
L’autre ici fera place au vainqueur prétendu,
Et le délivrera d’un rival assidu.
(Mis. III. 1.)

C’est-à-dire: Si l’un de nous peut montrer..., l’autre lui fera place.

Aussi ne trouverois-je aucun sujet de plainte,
Si pour moi votre bouche avoit parlé sans feinte;
Et, rejetant mes vœux dès le premier abord,
Mon cœur n’auroit eu droit de s’en plaindre qu’au sort.
(Mis. IV. 3.)

J’oserais blâmer cette construction, à cause de l’ambiguïté. Rejetant mes vœux se rapporte à votre bouche; la construction grammaticale semble le rapporter à mon cœur, qui est le sujet de ce second membre de phrase.

C’est prendre peu de part à mes cuisants soucis,
Que de rire, et me voir en l’état où je suis.
(Dép. am. IV. 1.)

Dans l’ordre naturel, l’action de voir a précédé celle de rire. Virgile a dit pareillement:

Moriamur, in arma ruamus.

Si l’on commençait par mourir, il ne serait plus temps ensuite de se jeter au milieu des ennemis. Les grammairiens, habiles à couvrir de beaux noms les fautes échappées aux grands poëtes, ont trouvé pour celle-là le terme imposant d’hystérologie, c’est-à-dire renversement de l’ordre, qui met devant ce qui devait être derrière. La faute de Virgile, en bonne foi, n’est pas justifiable; celle de Molière le serait peut-être davantage, en ce qu’on peut dire que l’action de rire et celle de voir sont simultanées.

(Voyez PARTICIPE PRÉSENT.)

CONSULTER, absolument et sans régime, comme délibérer:

Le jour s’en va paroître, et je vais consulter
Comment dans ce malheur je dois me comporter.
(Éc. des fem. V. 1.)
Ah! faut-il consulter dans un affront si rude!
(Amph. III. 3.)

Laissez-moi consulter un peu si je le puis faire en conscience.

(Pourc. II. 4.)

CONSULTER, verb. act.: consulter quelque chose: une maladie, un procès, c’est-à-dire, délibérer là-dessus:

Si Lélie a pour lui l’amour et sa puissance,
Andrès pour son partage a la reconnoissance,
Qui ne souffrira point que mes pensers secrets
Consultent jamais rien contre ses intérêts.