«Comme elle possédoit son affection.... et que son heureuse fécondité redoubloit tous les jours les sacrés liens...»
«Comme c’est la vocation qui nous inspire la foi, et que c’est la persévérance qui nous transmet à la gloire....»
«Comme il fut sorti de Delphes, et que il eut pris le chemin de la Phocide.....»
—COMME pour que; S’ÉTONNER COMME...:
Je m’étonne comme le ciel les a pu souffrir si longtemps.
(Voyez ADMIRER COMME.)
—TOUT COMME, adverbialement:
COMMENCER DE:
Commencer à paraît avoir été la forme primitive; c’est celle qu’emploie le plus ancien monument connu de notre langue:
«Saul estoit fis d’un an, quand il comencad a regner.»
Mais plus tard, quand le d euphonique fut tombé, par l’influence de la langue écrite sur la langue parlée, le soin de l’euphonie suggéra d’éviter l’hiatus, en construisant aussi avec de tous ces verbes qui se construisaient déjà avec à.
(Voyez DE remplaçant à entre deux verbes.)
COMMENT, comme, à quel point:
Vous ne sauriez croire comment l’erreur s’est répandue, et de quelle façon chacun s’est endiablé à me croire médecin!
Comment, c’est-à-dire, à quel point l’erreur s’est répandue. (Voyez COMME.)
COMMERCE, AVOIR COMMERCE CHEZ QUELQU’UN:
.... Cette marquise agréable chez qui j’avois commerce.
COMMETTRE A QUELQU’UN, lui confier:
—COMMETTRE QUELQU’UN A UN SOIN:
Je vous commets au soin de nettoyer partout.
Le substantif commis n’est autre chose que le participe passé de ce verbe, et se construit de même avec le datif: un commis aux aides, commis à la douane.
—COMMETTRE (SE) DE.... se confier relativement à:
Agnès, dit Horace,
De est ici le de latin.
COMPAGNONS, pour confrères:
COMPAS; RÉGLÉ PAR COMPAS:
COMPASSER, verbe actif, mesurer au compas, c’est-à-dire, examiner à la rigueur:
COMPATIR AVEC, être compatible avec:
L’engagement ne compatit point avec mon humeur.
COMPÉTITER:
Furetière et Trévoux ne donnent que compétiteur. Il y a grande apparence que compétiter est forgé par Gros-René d’après ce substantif. On dit, en termes de droit, compéter, mais dans une autre acception que compétiter.
COMPLAISANT A....:
Mais, au moins, sois complaisante aux civilités qu’on te rend.
COMPLEXION; ÊTRE DE COMPLEXION AMOUREUSE...:
Ah, ah! vous êtes donc de complexion amoureuse?
COMPLIMENT; ÊTRE SANS COMPLIMENT, sans façon:
—Devoir à quelqu’un un compliment de quelque chose, c’est-à-dire, la politesse de lui en donner avis:
COMPOSER (SE) PAR ÉTUDE:
Là, tâchez de vous composer par étude; un peu de hardiesse, et songez à répondre résolument sur tout ce qu’il pourra vous dire.
CONCERT DE MUSIQUE:
Il faut qu’une personne comme vous... ait un concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis.
M. Auger blâme cette expression, comme redondante. Il est vrai qu’aujourd’hui l’on a restreint le mot concert à signifier concert de musique, mais ce n’est pas l’acception essentielle du mot; la preuve en est qu’on dit également bien un concert de louanges, un concert d’intrigues. Concerter ne s’applique pas exclusivement à la musique, et déconcerter ne s’y applique pas du tout.
Tout le XVIIe siècle a dit concert de musique.
CONCERTÉ, en parlant d’un seul, par exemple, du ciel:
Une aventure, par le ciel concertée, me fit voir la charmante Élise.
Concertée veut dire simplement ici préparée.
CONCLURE DE, suivi d’un infinitif:
(Voyez DE remplaçant à entre deux verbes.)
CONCURRENCE; BONHEUR QUI EST EN CONCURRENCE:
En effet, l’amour d’Horace n’a plus à craindre de concurrent, puisque Agnès s’est enfuie du logis d’Arnolphe, pour se mettre sous sa protection.
CONDAMNER D’UN CRIME, c’est-à-dire, pour un crime, à cause d’un crime; latinisme, damnare de...:
Pascal a dit de même blâmer de:
«Ne blâmez donc pas de fausseté ceux qui ont pris un choix, car vous n’en savez rien.»
(Voyez DE dans tous les sens du latin de.)
CONDITIONNELS: deux conditionnels, le second commandé par le premier:
Pour moi, j’aurois toutes les hontes du monde, s’il falloit qu’on vînt à me demander si j’aurois vu quelque chose de nouveau que je n’aurois pas vu.
Nous dirions aujourd’hui, si j’ai vu; mais on suivait alors pour les conditionnels une certaine loi de symétrie qui s’appliquait aussi aux futurs. (Voyez FUTURS.)
S’il falloit qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirois hautement que tu en aurois menti.
Je leur disois que si quelqu’un leur venoit dire du mal de vous, elles se gardassent bien de le croire, et ne manquassent pas de lui dire qu’il en auroit menti.
Je croirois que la conquête d’un tel cœur ne seroit pas une victoire à dédaigner.
Si je n’étois sûre que ma mère étoit honnête femme, je dirois que ce seroit quelque petit frère qu’elle m’auroit donné depuis le trépas de mon père.
L’usage actuel mettrait: Je dirais que c’est quelque petit frère qu’elle m’a donné, etc.
La Fortune dit à l’enfant qu’elle trouve endormi sur le rebord d’un puits:
Cette symétrie, empruntée du latin, était, dans l’ancienne langue, une règle inflexible. Guillemette dit à Patelin, son mari, dans la scène de la folie feinte:
Si adjutorium haberem, te ligarem.
Et Patelin, moqué par Aignelet:
Pascal ne manque jamais à cette loi:
«Si vous ne m’aviez dit que c’est le père le Moine qui est l’auteur de cette peinture, j’aurois dit que c’eût été quelque impie qui l’auroit faite, à dessein de tourner les saints en ridicule.»
«S’il s’en trouvoit qui crussent que j’aurois blessé la charité que je vous dois en décriant votre morale...»
—CONDITIONNEL construit avec un indicatif:
Si je me dispense ici de m’étendre sur les belles et glorieuses vérités qu’on pourroit dire d’elle, c’est par la juste appréhension que ces grandes idées ne fissent éclater encore davantage la bassesse de mon offrande.
Racine a dit de même, dans Andromaque:
Sur quoi d’Olivet élève une chicane grammaticale aussi pédante qu’elle est injuste. Rien n’est plus logique, ni plus irréprochable que cette alliance de temps, puisqu’il existe entre les deux l’ellipse bien claire d’une condition:—on craint (si l’on me laissait mon fils) qu’il n’essuyât un jour, etc......—Je me dispense de cet éloge, de peur que (si je l’essayais) le contraste des idées ne fît ressortir la bassesse de mon offrande.
De peur que (si je laissais la porte ouverte) elle ne revînt.
(Voyez Subjonctif.)
CONDUITE, direction:
—CONDUITE, celui qui conduit, comme sentinelle, garde, celui qui fait sentinelle, celui qui garde:
CONFIRMER QUELQU’UN A (un infinitif), le fortifier dans la résolution de...:
CONFORME, absolument, et en sous-entendant le complément:
Philinte veut dire que le caractère d’Éliante se rapproche du caractère d’Alceste, et qu’ainsi Alceste, choisissant Éliante au lieu de Célimène, eût fait un choix plus conforme à ses goûts et à ses principes.
Cette absence du complément paraît rendre l’expression trop vague, et laisser la pensée incertaine.
CONGÉ, permission:
Nous n’oserons plus trouver rien de bon sans le congé de messieurs les experts.
CONGRATULANT, adjectif verbal, comme chatouillant:
CONSCIENCE; C’EST UNE CONSCIENCE, c’est-à-dire, un cas de conscience:
C’est une conscience de voir une pauvre jeune femme mariée de la façon.
CONSEILLER; (SE) CONSEILLER A QUELQU’UN, prendre le conseil de quelqu’un:
Je me suis même encore aujourd’hui conseillé au ciel pour cela.
Mais si je me conseillois à vous pour ce choix?
—Si vous vous conseilliez à moi, je serois fort embarrassé.
«Comment Panurge se conseille à Her Trippa.—Comment Panurge se conseille à Pantagruel.»
Sur le fréquent emploi des verbes réfléchis au commencement de la langue, voyez au mot Arrêter.
CONSENTIR, verb. act., CONSENTIR QUELQUE CHOSE:
—CONSENTIR QUE, accorder que:
Consentir à ce que rendrait une pensée différente. Alceste ne consent pas à ce que la lettre de Célimène soit pour un autre; il consent, c’est-à-dire, il accorde par hypothèse qu’elle soit pour un autre que lui.
Si consentir que eût été une expression fautive ou seulement insolite, il était facile à Molière de mettre:
Pascal, Montaigne et Molière lui-même disent, consentir que pour à ce que:
«Elle (la société de Jésus) consent qu’ils gardent leur opinion, pourvu que la sienne soit libre.»
«Homere a esté contrainct de consentir que Venus feust blecée au combat de Troie.»
CONSÉQUENCE; CHOSE DE CONSÉQUENCE:
Que ne me dites-vous que des affaires de la dernière conséquence vous ont obligé à partir sans m’en donner avis?
En vérité, monsieur, ce procès m’est d’une conséquence tout à fait grande.
«Je laisserai beaucoup de petites choses où il fit paroître la vivacité de son esprit.........; elles sont de trop peu de conséquence pour en informer la postérité.»
«J’ai pensé que le sujet des disputes de Sorbonne étoit........ d’une extrême conséquence pour la religion.»
—CONSÉQUENCE (FAIRE OU NE FAIRE POINT DE):
Un homme mort n’est qu’un homme mort, et ne fait point de conséquence.
Ne produit pas de suites.
—HOMME DE CONSÉQUENCE:
Prépare-toi désormais à vivre dans un grand respect avec un homme de ma conséquence.
CONSIDÉRABLE, digne d’être considéré, en parlant des personnes et des choses:
Comme je sais que vous êtes une personne considérable, je voudrois vous prier.....
Ah! mon père, le bien n’est pas considérable lorsqu’il est question d’épouser une honnête personne.
Le bien n’est pas à considérer.
La noblesse, de soi, est bonne; c’est une chose considérable assurément.
—CONSIDÉRABLE A QUELQU’UN:
Monsieur, votre vertu m’est tout à fait considérable.
«Ces raisons ont..... rendu leur condition (des hommes) si considérable à l’Eglise, qu’elle a toujours puni l’homicide qui les détruit....»
CONSIDÉRATION; A LA CONSIDÉRATION DE, c’est-à-dire, en considération de:
Je vous donne ma parole, don Pèdre, qu’à votre considération, je vais la traiter du mieux qu’il me sera possible.
CONSOLATIF:
Je suis homme consolatif, homme à m’intéresser aux affaires des jeunes gens.
Pascal a dit consolatif à..... et consolatif pour....:
«Discours bien consolatif à ceux qui ont assez de liberté d’esprit..., etc.»—«Un beau mot de saint Augustin est bien consolatif pour de certaines personnes.»
Consolatif paraît formé de consoler, aussi légitimement que récréatif de récréer, portatif de porter, etc.
CONSOMMER, consumer:
—SE CONSOMMER DANS QUELQUE CHOSE:
On dit encore, au participe, il est consommé dans son art; on disait autrefois se consommer dans un art, dans une science, dans la pratique de la vertu, etc., etc.
C’est-à-dire éclate au plus haut degré.
La confusion entre consommer et consumer a été signalée par Vaugelas comme une faute, à la vérité commune chez de bons écrivains, mais enfin comme une faute.
Ménage, sans en donner une bonne raison, n’a pas voulu se rendre à la décision de Vaugelas; mais l’Académie l’a adoptée, et le sens des racines commanderait en effet la distinction, si consommer venait de summa, et consumer de sumere. Je n’en crois rien: consumere est la seule racine des deux formes. L’usage de prononcer le um latin par on (voyez Matrimonion) a conduit tout d’abord à traduire consumere par consommer.
«Ceste qualité estouffe et consomme les aultres qualités vrayes et essentielles.»
Alors la forme consumer n’existait pas; consommer était seul; car il faut toujours se rappeler que notre langue a été soumise à deux systèmes de formation très-différents. Consommer est le mot de première époque, et consumer le mot de seconde époque. L’archaïsme luttait encore du temps de Molière.
CONSTAMMENT, avec constance:
CONSTITUER A, c’est-à-dire, préposer à....:
Je vous constitue pendant le souper au gouvernement des bouteilles.
CONSTRUCTIONS IRRÉGULIÈRES:
La passion légitime qui trouble Orgon excuse le dérangement grammatical de sa phrase. On le comprend d’ailleurs très-bien. C’est comme s’il disait: Je voudrois donner... et pouvoir, etc...
C’est bien la moindre chose que je vous doive, après m’avoir sauvé la vie.
Après que vous m’avez sauvé la vie;—mais l’autre façon est incomparablement plus rapide.
C’est-à-dire: Si l’un de nous peut montrer..., l’autre lui fera place.
J’oserais blâmer cette construction, à cause de l’ambiguïté. Rejetant mes vœux se rapporte à votre bouche; la construction grammaticale semble le rapporter à mon cœur, qui est le sujet de ce second membre de phrase.
Dans l’ordre naturel, l’action de voir a précédé celle de rire. Virgile a dit pareillement:
Si l’on commençait par mourir, il ne serait plus temps ensuite de se jeter au milieu des ennemis. Les grammairiens, habiles à couvrir de beaux noms les fautes échappées aux grands poëtes, ont trouvé pour celle-là le terme imposant d’hystérologie, c’est-à-dire renversement de l’ordre, qui met devant ce qui devait être derrière. La faute de Virgile, en bonne foi, n’est pas justifiable; celle de Molière le serait peut-être davantage, en ce qu’on peut dire que l’action de rire et celle de voir sont simultanées.
(Voyez PARTICIPE PRÉSENT.)
CONSULTER, absolument et sans régime, comme délibérer:
Laissez-moi consulter un peu si je le puis faire en conscience.
—CONSULTER, verb. act.: consulter quelque chose: une maladie, un procès, c’est-à-dire, délibérer là-dessus: