Il fait noir comme dans un four;
Le ciel s’est habillé ce soir en Scaramouche,
Et je ne vois pas une étoile
Qui montre le bout de son nez.
Triste condition que celle d’un esclave... etc.

Ils auraient pu ajouter que la remarque s’applique à toute la pièce, et à beaucoup d’autres de Molière. En effet, la prose de Molière est souvent remplie de vers non rimés, au point qu’il est difficile de ne pas reconnaître là un parti pris, ou une nature pourvue d’un instinct du rhythme vraiment extraordinaire.

Et ce qui semble confirmer le premier soupçon, c’est la différence qui se montre d’une pièce à une autre. Par exemple, le Festin de Pierre, qui est de la plus belle prose de Molière, et qui par l’élévation des pensées, en plusieurs parties, semblait appeler la versification, le Festin de Pierre n’en présente que des traces fort rares, qui ne valent pas qu’on en tienne compte.

Il en est de même de la Critique de l’École des femmes: on sent que Molière s’y est surveillé. Au contraire, L’Avare est presque tout en vers libres, comme Amphitryon. L’auteur n’a pas eu le temps d’y attacher les rimes, mais la mesure y est déjà[80].

Il n’y a qu’à ouvrir au hasard:

VALÈRE.
Vous voyez comme je m’y prends,
Et les adroites complaisances
Qu’il m’a fallu mettre en usage
Pour m’introduire à son service;
Sous quel masque de sympathie
Et de rapports de sentiments
Je me déguise pour lui plaire,
Et quel personnage je joue
Tous les jours avec lui,
Afin d’acquérir sa tendresse.
J’y fais des progrès admirables! etc.
(I. 1.)

Transportons-nous ailleurs:

CLÉANTE.
Il est vrai que mon père, madame,
Ne peut pas faire un plus beau choix,
Et que ce m’est une sensible joie
Que l’honneur de vous voir;
Mais, avec tout cela,
Je ne vous assurerai point
Que je me réjouis
Du dessein où vous pourriez être
De devenir ma belle-mère;
Le compliment, je vous l’avoue,
Est trop difficile pour moi;
Et c’est un titre, s’il vous plaît,
Que je ne vous souhaite point.
Ce discours paroîtra brutal
Aux yeux de quelques-uns;
Mais je suis assuré
Que vous serez personne
A le prendre comme il faudra;
Que c’est un mariage,
(Madame),
Où vous vous imaginez bien
Que je dois avoir
De la répugnance;
Que vous n’ignorez pas, sachant ce que je suis,
Comme il choque mes intérêts,
Et que vous voulez bien enfin que je vous dise.... etc.
(III. 11.)

C’est à peine si, de loin en loin, un mot vient déranger le rhythme.

MARIANNE.
Mais que voulez-vous que je fasse?
Quand je pourrois passer sur quantité d’égards
Où notre sexe est obligé,
J’ai de la considération
Pour ma mère.
Elle m’a toujours élevée
Avec une tendresse extrême,
Et je ne saurois me résoudre
A lui donner du déplaisir.
Faites, agissez auprès d’elle;
Employez tous vos soins à gagner son esprit;
Vous pouvez faire et dire
Tout ce que vous voudrez.
Faites, agissez auprès d’elle;
Je veux bien consentir
A lui faire un aveu moi-même
De tout ce que je sens pour vous.
(IV. 1.)

Est-il possible, est-il vraisemblable que le hasard produise de pareils résultats? Qui pourra le croire, s’il manque de goût, ne manquera pas de foi.

Je me borne à ces trois échantillons. La lecture de la pièce entière, à ce point de vue, convaincra, je pense, les plus incrédules.

Les farces de Molière, comme Pourceaugnac, les Fourberies de Scapin, la Comtesse d’Escarbagnas, même le Bourgeois gentilhomme, semblent écrites dans un autre système, et, comme destinées à rester en prose, ne renferment presque point de vers. Mais il s’en rencontre beaucoup dans George Dandin; ce qui porterait à croire que, dans la pensée de Molière, la forme sous laquelle cette pièce est parvenue n’était point sa forme définitive.

GEORGE DANDIN.
Ah! qu’une femme demoiselle
Est une étrange affaire!
Et que mon mariage
Est une leçon bien parlante
A tous les paysans qui veulent s’élever
Au-dessus de leur condition,
Et s’allier, comme j’ai fait,
A la maison d’un gentilhomme!
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et j’aurois bien mieux fait,
Tout riche que je suis,
De m’allier en bonne et franche paysannerie[81],
Que de prendre une femme
Qui se tient au-dessus de moi,
S’offense de porter mon nom,
Et pense qu’avec tout mon bien
Je n’ai pas assez acheté
La qualité de son mari.
George Dandin, George Dandin,
Vous avez fait une sottise..., etc.
(I. 1.)

La leçon donnée dans George Dandin valait la peine d’être présentée en vers, autant que celle qui résulte de l’École des femmes et de l’École des maris. Celle-ci eût été l’École des bourgeois.

Si c’étoit une paysanne,
Vous auriez maintenant toutes vos coudées franches
A vous en faire la justice
A bons coups de bâton.
Mais vous avez voulu tâter de la noblesse,
Et il vous ennuyoit d’être maître chez vous.
Ah! j’enrage de tout mon cœur!
Et je me donnerois volontiers des soufflets!
(G. D. I. 3.)

Dirigé dans ce sens, un examen attentif et délicat du style de Molière conduirait peut-être à des inductions intéressantes sur la manière de travailler de ce grand génie, et sur les intentions que la mort ne lui a point permis de réaliser.

Vaugelas le premier s’est avisé de signaler, comme un grand défaut, les vers que le hasard seul, et non l’intention de l’écrivain, a répandus dans la prose. La pratique de presque tous nos grands auteurs condamne l’opinion de Vaugelas. Les orateurs grecs et les Latins rencontraient souvent des ïambes tout faits sans les chercher. Il y a des alexandrins dans la prose de Cicéron, dans Tacite et dans Tite-Live. Il s’est glissé des vers dans la traduction des Psaumes de David et jusque dans les formules du droit romain[82]. Et Ménage remarque assez plaisamment que Vaugelas s’est pris lui-même dans sa propre sentence, en écrivant, du mot sériosité:

Ne nous hâtons pas de le dire,
Et moins encore de l’écrire:
Laissons faire les plus hardis,
Qui nous frayeront le chemin.

Il est certain que l’affectation d’écrire en vers blancs, telle qu’on la voit dans les Incas, par exemple, serait une chose insupportable. En cela, comme en tout, c’est le goût qui décide et marque la limite.

VERSER LA RÉCOMPENSE D’UNE ACTION:

Pour montrer que son cœur sait, quand moins on y pense,
D’une bonne action verser la récompense.
(Tart. V. 7.)

Un cœur qui verse la récompense d’une bonne action ne paraît pas d’un style digne de Molière.

(Voyez l’examen de tout ce passage à l’article IL, p. 210.)

VERSER L’HONNEUR D’UN EMPLOI:

Madame, vous avez cent personnes dans votre cour sur qui vous pourriez mieux verser l’honneur d’un tel emploi.

(Am. magn. I. 2.)

L’usage qui permet de déverser l’outrage, l’ignominie sur quelqu’un; de verser sur lui des faveurs, ne permet pas de verser un honneur ni des honneurs.

VERTU, efficacité:

Le théâtre a une grande vertu pour la correction.

(Préf. de Tartufe.)

VERTU, dans le sens plus large du virtù italien: le mérite, la bravoure:

Plus l’obstacle est puissant, plus on reçoit de gloire;
Et les difficultés dont on est combattu
Sont les dames d’atour qui parent la vertu.
(L’Ét. V. 11.)

VÊTIR UNE FIGURE:

Adieu; je vais là-bas dans ma commission
Dépouiller promptement la forme de Mercure,
Pour y vêtir la figure
Du valet d’Amphitryon.
(Amph. prol.)

VIDER, verbe neutre, dans le sens de sortir; VIDER D’UN LIEU:

M. LOYAL.
Monsieur, sans passion,
Ce n’est rien seulement qu’une sommation,
Un ordre de vider d’ici vous et les vôtres.
(Tart. V. 4.)
«Vuyde dehors, fol insensé;
Car il est temps que tu t’en partes.»
(Le Nouveau Pathelin.)

Montaigne l’emploie activement, dans la réponse des sauvages américains aux Espagnols:

«Ainsi, qu’ils se despeschassent promptement de vuider leur terre

(Essais. III. 6.)

VIDER, v. actif, figurément, au sens de purgare:

Adieu; videz sans moi tout ce que vous aurez.
(Fâcheux. III. 4.)

Videz tous vos différends.

On disait vider un procès, vider une cause, vider toutes les difficultés, vider ses intérêts.

Laissez-moi, madame, je vous prie,
Vider mes intérêts moi-même là-dessus.
(Mis. V. 6.)

VIN A FAIRE FÊTE, digne d’être bu dans une fête:

Était-ce un vin à faire fête?
(Amph. III. 2.)

VISAGE, au figuré, en parlant des actions:

Cet amas d’actions indignes, dont on a peine, devant le monde, d’adoucir le mauvais visage.

(D. Juan. IV. 6.)

Le visage d’une action est une métaphore qui ne saurait être admise aujourd’hui, mais qui paraît l’avoir été autrefois; car Montaigne a dit le visage d’une entreprise. C’est en parlant du dessein qu’il a formé d’écrire ses Essais:

«Si l’estrangeté ne me saulve et la nouvelleté, qui ont accoustumé de donner prix aux choses, je ne sors jamais à mon honneur de cette sotte entreprinse; mais elle est si fantastique, et a un visage si esloingné de l’usage commun, que cela luy pourra donner passage.»

(Essais. II. 8.)

Cela montre qu’il faut être très-circonspect à condamner Molière, lors même qu’il paraît le plus clairement avoir tort. Ce tort, tout réel, peut n’être pas le sien, mais celui de ses contemporains, ou de ses prédécesseurs les plus dignes de servir de modèles.

VISÉE; METTRE SA VISÉE A...:

Votre visée au moins n’est pas mise à Clitandre?
(Fem. sav. I. 1.)
J’ai grand regret, monsieur, de voir qu’à vos visées
Les choses ne soient pas tout à fait disposées.
(Ibid. IV. 6.)

(Voyez PRENDRE VISÉE.)

VISIÈRE; ROMPRE EN VISIÈRE:

Je n’y puis plus tenir, j’enrage; et mon dessein
Est de rompre en visière à tout le genre humain.
(Mis. I. 1.)
Qu’un cœur de son penchant donne assez de lumière,
Sans qu’on nous fasse aller jusqu’à rompre en visière.
(Ibid. V. 2.)

VISIONS, idées folles, rêves:

Et dans vos visions savez-vous, s’il vous plaît,
Que j’ai pour Henriette un autre époux tout prêt?
(Fem. sav. IV. 2.)

VISIONS CORNUES:

Peut-être sans raison
Me suis-je en tête mis ces visions cornues.
(Sgan. 13.)
«Égaré dans les nues,
«Me lasser à chercher des visions cornues
(Boileau.)

Des visions effrayantes ou simplement chimériques; mais, dans la bouche du pauvre Sganarelle, l’expression de visions cornues a une double portée.

VISIONS DE NOBLESSE:

Ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les visions de noblesse et de galanterie qu’il est allé se mette en tête.

(B. gent. I. 1.)

VOICI VENIR:

Mais les voici venir.
(L’Ét. V. 14.)
Voici venir Ascagne.
(Dép. am. V. 8.)

Voici est pour vois ici: vois ici venir Ascagne. On disait au pluriel veez-ci, voyez ici. L’union intime des deux racines a depuis fait perdre de vue le sens de la première; voici n’est plus qu’un adverbe invariable. Messieurs, voici le roi, si l’on se reporte au sens exact de ces mots, est absurde: il faudrait dire, Messieurs, vez-ci le roi: (voyez-le ici.)

Vécy est resté, chez les paysans et dans quelques provinces, comme une forme corrompue de voici, et aussi invariable.

VOILA QUE C’EST, pour ce que c’est:

Voilà, voilà que c’est de ne pas voir Jeannette.
(L’Ét. IV. 8.)

VOILA, NE VOILA PAS, pour ne voilà-t-il pas:

Eh bien! ne voilà pas de vos emportements!
(Tart. V. 1.)

Voilà pas le coup de langue!

(B. gent. III. 12.)

(Voyez IL supprimé après VOILA.)

VOIR A (un infinitif):

Parlons à votre femme, et voyons à la rendre
Favorable....
(Fem. sav. II. 4.)

VOIR DE (un infinitif), elliptiquement, voir, chercher le moyen de...:

Parlons à cœur ouvert, et voyons d’arrêter...
(Mis. II. 1.)

VOIR PARLER:

Vous à qui j’ai tant vu parler de son mérite.
(Ibid. V. 2.)

VOUDRIEZ, dissyllabe:

Monsieur votre père
Est un autre vilain qui ne vous laisse pas,
Comme vous voudriez bien, manier ses ducats.
(L’Ét. I. 2.)
Vous me voudriez encor payer pour précepteur.
(Ibid. I. 9.)
Vous êtes généreux, vous ne le voudriez pas.
(Ibid. V. 9.)

(Voyez SANGLIER.)

VOUDRIEZ, en trois syllabes:

Hé quoi! vous voudriez, Valère, injustement....
(Dép. am. II. 2.)

VOULOIR (SE) MAL, ou MAL DE MORT DE QUELQUE CHOSE:

Laissez, je me veux mal de mon trop de foiblesse.
(Amph. II. 6.)
Je me veux mal de mort d’être de votre race.
(Fem. sav. II. 7.)

VOUS, indéfini et général comme soi, en relation avec ON:

Ah! que pour ses enfants un père a de foiblesse!
Peut-on rien refuser à leurs mots de tendresse?
Et ne se sent-on pas certains mouvements doux,
Quand on vient à songer que cela sort de vous?
(Mélicerte. II. 5.)

(Voyez NOUS.)

VOYENT, dissyllabe:

Et voyent mettre à fin la contrainte où vous êtes.
(Dép. am. III. 7.)

(Voyez PAYENT, PAYSAN, SANGLIER, VOUDRIEZ, etc.)

VRAI; DE VRAI, véritablement, comme de léger, légèrement:

Le ciel défend, de vrai, certains contentements.
(Tart. IV. 5.)

VUE DE PAYS (A):

Non pas; mais, à vue de pays, je connois à peu près le train des choses.

(D. Juan. I. 1.)

Au premier coup d’œil jeté sur l’ensemble des choses.

VUES DE LA LUMIÈRE, l’aspect, le jour, en parlant d’une peinture:

Voici le lieu le plus avantageux, et qui reçoit le mieux les vues favorables de la lumière que nous cherchons.

(Sicilien. 12.)

Y.

L’emploi de y, dans Molière, est fort étendu. C’est le terme corrélatif de à, lui, leur, qu’il s’agisse de choses ou de personnes.

Y représente également dans et avec.

Y se construit encore avec un verbe, et souvent représente elliptiquement l’idée exprimée par une phrase.

(Voyez .)

Y en relation avec un nom de personne ou de chose, pour à, lui, leur:

Quoi! Lucile n’est pas sous des liens secrets
A mon maître?—Non, traître, et n’y sera jamais.
(Dép. am. III. 8.)

A Lucile.

Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
(Mis. II. 5.)

Aux défauts.

Ils ne manquent jamais de saisir promptement
L’apparente lueur du moindre attachement,
D’en semer la nouvelle avec beaucoup de joie,
Et d’y donner le tour qu’ils veulent qu’on y croie.
(Tart. I. 1.)

Aux lueurs d’attachement.

Je ne distingue rien en celui qui m’offense;
Tout y devient l’objet de mon courroux.
(Amph. II. 6.)

Tout en lui devient, etc:

Quoi! écouter impudemment l’amour d’un damoiseau, et y promettre de la correspondance!

(G. D. I. 3.)

A l’amour du damoiseau. Nous dirions aujourd’hui: et lui promettre.

C’est la belle Julie, la véritable cause de mon retardement; et si je voulois y donner une excuse galante.....

(Comtesse d’Esc. 1.)
Oui, oui, je te renvoie à l’auteur des Satires.
—Je t’y renvoie aussi.
(Fem. sav. III. 5.)

Y représentant avec:

Je romps avecque vous, et j’y romps pour jamais.
(Dép. am. IV. 3.)
Vivez, vivez contente, et bravez ma mémoire
Avec le digne époux qui vous comble de gloire.
—Oui, traître, j’y veux vivre.
(Sgan. 20.)

Y répondant à en, dans, à:

Et, pour se bien conduire en ces difficultés,
Il y faut, comme en tout, fuir les extrémités.
(Éc. des fem. IV. 8.)

Je veux vous y servir, et vous épargner des soins inutiles.

(D. Juan. III. 4.)

Il faut toujours garder de grandes formalités, quoi qu’il puisse arriver.—Pour moi, j’y suis sévère en diable.

(Am. méd. II. 3.)

A garder de grandes formalités.

Comment, mon gendre, vous en êtes encore là-dessus?—Oui, j’y suis, et jamais je n’eus tant sujet d’y être.

(G. D. II. 9.)

Y corrélatif d’un verbe:

Je me vois, ma cousine, ici persécutée
Par des gens dont l’humeur y paroît concertée.
(Mis. V. 3.)

Concertée à me persécuter.

Y, à cela, sur ce point:

CLITANDRE. Promettez-moi donc que je pourrai vous parler cette nuit.

ANGÉLIQUE. J’y ferai mes efforts.

(G. D. II. 10.)

Je ferai mes efforts à ce que vous puissiez me parler cette nuit.

Vous me haïssez donc?—J’y fais tout mon effort.
(Amph. II. 6.)

A vous haïr.

Vous devez éclaircir toute cette aventure.
—Allons, vous y pourrez seconder mon effort.
(Ibid. III. 4.)

A éclaircir cette aventure.

Y rapporté au sens de toute une phrase:

HENRIETTE.
Je me trouve fort bien, ma mère, d’être bête;
Et j’aime mieux n’avoir que de communs propos,
Que de me tourmenter à dire de beaux mots.
PHILAMINTE.
Oui; mais j’y suis blessée, et ce n’est pas mon compte.
(Fem. sav. III. 6.)

Je suis blessée à ce que vous soyez dans cette opinion.

Y redondant avec :

C’est une chose il y va de l’intérêt du prochain.

(Pourc. II. 4.)

Molière n’a pas cru qu’on pût altérer cette forme, il y va, et mettre il va.

—Avec en:

Nous vous y surprenons, en faute contre nous!
(Sgan. 6.)

Y avec contredire:

Accablez-moi de noms encor plus détestés,
Je n’y contredis point; je les ai mérités.
(Tart. III. 6.)

—Avec marchander:

Si j’étois en sa place, je n’y marchanderois point.

(G. D. I. 7.)

—Avec s’en aller:

Laissez-moi faire, je m’y en vais moi-même.

(D. Juan. IV. 11.)

(Voyez , dont toutes les constructions correspondent dans Molière à celle de Y.)

Y A, pour il y a:

Et quels avantages, madame, puisque madame y a?

(G. D. I. 4.)

QU’IL Y A, surabondant:

Et pensez-vous qu’on soit capable d’aimer de certains maris qu’il y a?

(G. D. III. 5.)

De certains maris comme il en existe au monde.

Cette locution était jadis du commun usage:

«Ainsy beaucoup de femmes qu’il y a se desbattent avec leurs maris quand ils leur veulent oster l’affeterie, la braveté, et la despense.»

(La Boétie, Trad. de Plutarque, p. 281.)

YEUX; METTRE AUX YEUX, mettre devant les yeux, représenter, remontrer:

Mais votre conscience et le soin de votre âme
Vous devroient mettre aux yeux que ma femme est ma femme.
(Sgan. 21.)

(Voyez METTRE AUX YEUX, p. 246.)

DE NOUVEAUX YEUX, de nouveaux regards:

Et mon esprit, jetant de nouveaux yeux sur elle....
(Pr. d’Él. I. 1.)

YEUX DE L’AME, figurément:

Il m’est venu des scrupules, madame; et j’ai ouvert les yeux de l’âme sur ce que je faisois.

(D. Juan. I. 3.)