Caractère d'Anselme Adorne. — Vices de la procédure. — Les seize sont conduits en prison. — Barbesan mis à la torture. — On dresse l'échafaud sans attendre le jugement. — Vues secrètes des échevins. — Leurs délais. — Les milices ne quittent pas la place. — On cherche les échevins qui se cachent. — Condamnation et mort de Barbesan. — Position dangereuse du sire de Corthuy.
Bien qu'on se livrât depuis quelque temps à un examen des comptes de la ville pour s'assurer s'ils ne donnaient pas matière à reprendre, la procédure, dans son ensemble, embrassant tous ceux qui avaient rempli certaines fonctions pendant une certaine époque, ne dérivait pas de griefs positifs et personnels, mais d'une suspicion vague, entretenue par l'effervescence populaire et qui la nourrissait. Rien ne démontre si, dans des cas spéciaux, la suspicion était fondée, ou dans quelle mesure. On n'a pour se guider que des inductions, et il faut examiner attentivement les circonstances soit générales, comme celles du temps, la disposition des esprits, la régularité de l'instruction, l'indépendance des juges, soit particulières, comme la moralité de l'accusé.
Quant à Anselme Adorne, du moins, le lecteur a pu se faire de lui une idée assez exacte. Du sang-froid, du courage, une piété sincère, une vie pure, en un temps où la licence se cachait peu, un caractère loyal et modéré, un ensemble de qualités qui le faisaient chérir et vénérer de sa famille et lui attiraient la considération, l'affection même de ceux qui avaient avec lui quelques rapports: tout cela se fait apercevoir dans ce que nous avons eu à raconter de lui. En le voyant enveloppé, sans qu'aucune accusation eût été formulée au préalable contre lui, dans des poursuites dont la marche fera ressortir de plus en plus leur caractère injuste et violent, nous n'aurons pas de peine à former notre opinion en ce qui le concerne.
Au moment où les milices s'assemblaient, il se préparait peut-être également à prendre part à la guerre. Il se trouvait pourtant encore à la Maison de Jérusalem, au milieu de ses enfants. Un de ses fils n'avait alors que seize ans; les filles étaient en dessous de cet âge: ces jeunes têtes entourant le foyer auprès duquel il s'asseyait lui même, le front déjà semé de quelques frimas, formaient la couronne de son âge vieillissant.
Ce cercle aimé, il faut le quitter; il faut se dégager de ces chères étreintes! Les suppôts du bailli ont frappé à la porte qui s'ouvrit autrefois pour la duchesse Isabelle, Charles de Bourgogne et Marie Stuart. Anselme suit les agents de la justice; il est conduit au Steen, lugubre séjour dont la Gruthuse devait, quelques années après, habiter à son tour les tristes réduits. Ce fut sur l'ordre de Maximilien. Maintenant, c'était le peuple qui commandait, ou plutôt cette partie active et ardente du peuple qui entraînait le reste.
On tire d'abord de prison l'un des seize, qu'une vieille chronique flamande désigne seulement par ces mots: un riche: c'était Barbesan. On le tortura cruellement, et tandis que l'affaire s'instruisait de la sorte, on entendait retentir les marteaux des charpentiers qui dressaient pour lui l'échafaud en face du Beffroi. Une déposition assez suspecte vint accabler le malheureux; il convint, lui même, dans les tourments, de tout ce qu'on voulut. C'était l'ordinaire; mais ce qu'il importe de remarquer, c'est la conduite des échevins qui formaient le tribunal appelé à le juger. Quoique choisis récemment sous la pression des événements, ils n'avaient prêté la main à ces cruels préliminaires que pour satisfaire le peuple; aussi ne se pressaient-ils point de prononcer l'arrêt, espérant que ce qui s'était fait déjà suffirait pour déterminer les milices à s'éloigner. Les métiers pourtant demeuraient sur la place, rangés sous leurs enseignes, et la nuit même ne put les séparer: on voulait voir jouer la hache; on s'étonnait que l'exécution n'eût point lieu.
Quelle position que celle de cet homme, de ce père, attendu par le bourreau, brisé par la torture, qu'on ne voulait point condamner, mais qu'on n'osait absoudre! Excepté dans les rangs tumultueux de la foule, la crainte glaçait les cœurs. Quelques-uns des principaux de la ville étaient menacés d'un sort pareil à celui de Barbesan. L'honnête bourgeoisie, incertaine, intimidée, se renfermait prudemment, ou n'osait manifester sa pensée. Les plus habiles acceptaient les faits, quels qu'ils fussent. Plusieurs composaient leur visage et réglaient leurs paroles suivant les gens qu'ils rencontraient.
La Gruthuse n'hésita point à compromettre sa popularité pour tenter de sauver un infortuné; escorté d'ecclésiastiques, ainsi que nous l'avons vu paraître au balcon de l'hôtel de ville, il vient supplier le peuple d'épargner cette victime. Les marchands étrangers exerçaient une haute influence par le rang de quelques-uns d'entre eux, leurs richesses, la part qu'ils avaient à la merveilleuse prospérité de Bruges; la neutralité de leur position les appelait assez souvent à l'office de médiateurs: à leur tour, ils viennent intercéder en faveur de l'accusé. Bientôt un plus touchant spectacle s'offre aux regards: on voit s'avancer, craintives et tout en larmes, deux douces petites innocentes: c'étaient ses filles. S'agenouillant l'une près de l'autre, devant le peuple: «Grâce pour sa vie!» disent-elles d'une voix enfantine, entrecoupée de sanglots; «prenez tout son bien: qu'il ne nous reste rien sur la terre; si notre bon père vit, nous serons bien contentes!» Un tel silence régnait, depuis qu'on les avait vues paraître, que cette prière fut entendue de tous: les pleurs coulaient; un murmure favorable, mais faible, commençait à circuler: soudain des voix rudes le dominent et l'étouffent. «Justice!» crient celles-ci; «il nous faut justice, nous ne nous payons point de paroles.»
On ne voyait pas cependant procéder au supplice, et le jour s'avançait, quand ce cri sort de la foule: «Amis! voulez-vous que tout aille bien, demeurons unis et suivez-moi!» On applaudit. L'homme qui avait dit ces mots prend à la main une bannière et s'élance vers l'hôtel de ville; tous se précipitent sur ses pas, emportant les enseignes des métiers, et, avec une telle furie, qu'ils se culbutaient les uns les autres. Ils s'étaient munis de coulevrines toutes chargées et prêtes à faire feu.
Quand ils furent arrivés à l'hôtel de ville, les échevins avaient disparu: on les cherche; on fouille jusqu'aux cloîtres, pour trouver ces juges contumaces. «Le peuple n'en veut point à leur vie,» proclame-t-on; «mais il faut justice sur l'heure, ou l'on va voir de grands désastres.» N'osant résister plus longtemps, ils sortent de leurs cachettes; ils s'assemblent: le jugement attendu tombe de leur bouche, et la tête de Barbesan a bondi sur l'échafaud.
Il était huit heures du soir, et l'on était au milieu du mois de mai, en sorte que cette scène lugubre se terminait vers la tombée de la nuit. Bientôt, dans le demi-jour du crépuscule brillent des torches que portait une double file de religieux; ils conduisirent le cadavre à Saint-Jacques, où il fut inhumé.
C'était devant ces juges, ce peuple, dans ces fatales circonstances, qu'Anselme Adorne aurait à comparaître. La prison où il attendait son sort était un reste d'un ancien palais des comtes de Flandre; elle était proche de l'hôtel de ville, où la foule était accourue pour y chercher les échevins. Le bruit, les cris de mort étaient venus frapper l'oreille du chevalier. Il avait pu saisir de loin le murmure confus du flot vivant qui inondait la place et, peut-être, quelque sourd retentissement du coup fatal.
Sa conscience, du moins, était tranquille. Le banal et odieux soupçon d'avoir fait tort aux finances de la ville, qui excitait surtout la colère du peuple, ne pouvait l'atteindre; en qualité de bourgmestre de la commune, il n'avait pas même eu maniement de deniers: c'est Despars qui en fait la remarque. Mais il avait eu part à la faveur de Charles; Humbercourt et le chancelier prisaient sa personne et ses services. Qu'attendre d'une multitude ivre de sa puissance et sourdement excitée, de juges effrayés qui s'étaient cachés pour ne point condamner Barbesan et l'avaient ensuite livré au bourreau?
Le peuple va chercher le banc de torture. — Interrogatoire de Van Overtveldt. — Le seigneur de Saint-Georges et le baron de Corthuy sont conduits aux Halles. — Aspect du tribunal. — Intervention inattendue. — Messes solennelles. — Jugement de Van Overtveldt et de de Baenst. — Ce qui est résolu pour Anselme Adorne. — Caractère de cette décision. — Motifs de consolation du chevalier. — Les autres détenus mis à composition. — Les milices sortent sous la conduite de Ghistelles et de Metteneye.—Prise du château de Chin. — Mort d'Adolphe de Gueldre.—Le camp brugeois. — Nous sommes trahis! — Réflexions.
Cette tête jetée à la fureur populaire l'avait-elle du moins assouvie? Hélas! il n'en était rien. Le jour suivant, qui était un dimanche, s'annonçait sous des auspices sombres et menaçants. Dès le matin, la foule court, avec d'effrayantes clameurs, chercher les instruments de torture et les porte aux Halles: il y aurait ainsi moins de chemin de la question au supplice! Il fallait, disait-on, expédier encore quelques-uns des détenus.
Le conseiller van Overtveldt subit d'abord un long et sévère interrogatoire qui prit la plus grande partie de la journée. Sur le soir, on vint prendre au Steen le seigneur de Saint-Georges, chevalier, de la puissante maison des de Baenst; mais rien ne paraît avoir fait une sensation plus profonde sur les spectateurs que de voir conduire avec lui, devant le tribunal, messire Anselme Adorne, sire de Corthuy en Écosse, ainsi qu'on appelait, avec une sorte d'emphase, notre voyageur.
Il fallait traverser la place, où l'on ne distinguait déjà plus qu'imparfaitement les objets: au centre, l'échafaud se dressait sombre et morne; tout autour, c'était une masse ondoyante, un fourmillement confus; çà et là le fer d'une pique étincelant dans l'ombre; au fond, les Halles se dessinant sur les dernières clartés du ciel que cherchent volontiers les regards en de tels moments. Vers la tour du Beffroi, on remarquait, dans cette masse obscure, quelques vides lumineux.
C'étaient les croisées de la salle où siégeaient les juges. Des lampes et des torches y promenaient leurs lueurs sur les voûtes noircies, faisaient reluire les ferrures du chevalet, des tenailles, et illuminaient le visage pâle des échevins. Près de ceux-ci on remarquait les Hoofdmannen et les doyens, placés là comme pour les surveiller et répondre au peuple de leur docilité.
L'heure, le lieu, ces apprêts, cet auditoire, le sang qui fumait encore: tout, il le faut avouer, était fait pour étonner les courages. Van Overtveldt et de Baents, jugeant toute défense vaine, firent, comme naguère Barbesan, on ne sait quels aveux. Le baron de Corthuy n'en avait point à faire; calme, ainsi qu'à Rama, il attendait que la vérité se fit jour. Mais où était le généreux Fakhr-eddin pour la faire éclater et l'arracher lui-même au péril?
La Gruthuse eût sans doute essayé de jouer ce noble rôle, si l'impuissance de son intervention n'avait déjà trop paru. Le secours devait venir encore cette fois du côté où on l'attendait le moins. En voyant des hommes de ce rang en une telle détresse, leur vie même ne tenant plus qu'à un fil, les doyens se sentirent émus; des larmes coulent de leurs yeux. «Non!» s'écrient-ils, «vous ne périrez point! Dieu aidant, nous fléchirons ces barbares gens de métiers.» Au milieu de scènes auxquelles tous les pays ont servi, parfois, de théâtre, on aime à rencontrer, dans les chefs du peuple, travaillés peut-être eux-mêmes par les ressentiments, les préventions qui l'agitaient, cette sensibilité courageuse. C'est là que se montre vraiment le caractère de la nation: vous diriez de ces murs antiques qu'aux lieux bouleversés par un volcan, on retrouve sous la lave.
La nuit étant déjà fort avancée, le prononcé fut remis au jour qui allait bientôt paraître. Les honnêtes doyens ne perdirent pas un instant pour se répandre parmi le peuple, conférer avec les principaux des métiers, tout tenter, en un mot, pour apaiser la multitude. Ce qu'il y avait, dans Bruges, de plus respectable secondait leurs efforts, ou en attendait avec anxiété le résultat. Il semblait que la ville fût menacée de quelque grande catastrophe. On eut recours au pouvoir et à l'appareil de la religion: dès le matin, les cloches et le carillon retentissent dans les airs; l'orgue ébranle les voûtes des églises; les chants sacrés s'élèvent vers le ciel, afin d'obtenir de sa clémence qu'il éclairât les juges et fit descendre la paix sur les esprits troublés.
Tant d'efforts et de vœux ne devaient pas demeurer inutiles: le tribunal, voyant les choses ainsi disposées, s'enhardit jusqu'à laisser la vie aux trois accusés, mais pour Van Overtveldt et de Baenst, à des conditions presque aussi dures que la mort: la confiscation générale, la réclusion perpétuelle dans un couvent, enfin, l'amende honorable, dans le plus humiliant appareil; «grande et lourde pénitence,» dit l'eccellente Cronike, «pour de si hauts et si puissants seigneurs!»
Ainsi avaient paru les magistrats de Gand devant Charles de Bourgogne, à son orgueilleux triomphe; les rôles maintenant étaient changés: «le commun peuple était maître» et réclamait les mêmes hommages. Il fallait que les dignités communales eussent bien de quoi tenter l'ambition, pour que des hommes considérables s'exposassent, en les acceptant, à donner de semblables spectacles. Paul Van Overtveldt et Jean de Baenst n'avaient point mérité cet indigne traitement. Rien, du moins, n'autorise à l'affirmer. On n'aperçoit clairement qu'une chose: c'est que les juges n'étaient point libres. Ils voulaient frapper les esprits et contenter une foule menaçante. Excepté la triste cérémonie, rançon d'un sang qui avait été près de couler, l'arrêt n'était guère destiné à être exécuté: c'était un de ces jugements que les événements dictent ou effacent, dans leur mobilité.
Si l'on inclinait, néanmoins, à douter que Van Overtveldt et de Baenst fussent tout à fait à l'abri des reproches, il faudrait avouer que ce serait sans preuve, et le doute même doit profiter aux accusés. Quant au sire de Corthuy, ce n'est point un doute qui parle en sa faveur: les griefs contre lui étaient sans portée, rien n'était venu les confirmer; ses fonctions n'y donnaient point de prise, sa vie le défendait, et il avait fallu un de ces revirements qu'amènent les révolutions, pour que du rôle de pacificateur il descendit soudain à celui de prévenu. Lui, du moins, obtiendra-t-il la réparation d'une justice éclatante? La réponse s'offre malheureusement d'elle-même. C'était le samedi que les juges, tremblant pour leur propre vie, avaient signé, malgré eux, un arrêt de mort; le dimanche, sans l'humanité et le courage des doyens, d'autres victimes eussent été frappées, et l'on n'était encore qu'au lundi! Le tribunal se tira d'embarras par une formule évasive[106], constatant implicitement que rien n'était acquis au procès à charge du noble accusé; mais par une inconséquence que les circonstances n'expliquent que trop, il lui fermait néanmoins, à tout hasard, l'accès aux dignités communales; ostracisme politique que les circonstances prononçaient assez et qui devait durer autant qu'elles. Quelques-uns veulent, mais les témoignages varient et le fait est douteux, que pour obtenir du peuple, qui était le véritable juge, la sanction de cet acquittement timide et déguisé, Anselme dut se présenter, en robe de deuil, devant lui.
Quoiqu'il en soit de cette circonstance qui importe peu dans une telle procédure, l'arrêt eût été trop doux pour un coupable; l'innocence en était accablée. Plus le baron de Corthuy trouvait dans son âme de droiture, d'intégrité, d'attachement à son pays et à sa ville natale, plus il se sentait abreuvé d'amertume. Heureusement, il lui restait des consolations puissantes. C'est un beau spectacle, a dit un sage, que celui de l'homme de bien aux prises avec l'adversité. Anselme avait lu Sénèque: pourtant il n'y songeait guère en ce moment; mais peut-être, lorsqu'il quittait la place, ses regards, à l'angle d'une rue, derrière une lampe fumeuse, rencontrèrent-ils un de ces tableaux où quelque artiste populaire avait figuré un captif, le front saignant des épines tressées autour de sa tête, les épaules couvertes d'un manteau dérisoire, avec cette inscription au-dessous de l'œuvre: Voilà l'homme! En écartant ces symboles, a-t-on songé à ceux qui souffrent?
La hache n'avait frappé, à Bruges, qu'une victime; néanmoins la rigueur affectée des derniers arrêts et le rang de ceux qu'ils atteignaient, avaient fait une vive impression: les milices consentirent au départ. Parmi les autres détenus, plusieurs furent mis à composition, avec interdiction des fonctions communales; mais, l'émotion passée, ce fut lettre morte: ceux qu'on accusait d'avoir été les instigateurs des poursuites, et le bourgmestre qui présidait les échevins lorsque cette affaire avait été portée devant ceux-ci, furent, à leur tour, inquiétés et rançonnés. C'était une autre réaction en sens contraire, qui eut également son temps. Le malheureux Barbesan n'en était pas moins frappé et attendait au tribunal suprême ses accusateurs et ses juges.
Les Brugeois allèrent se joindre aux Gantois, sous la conduite d'un noble et brave chevalier, Jacques de Ghistelles, qui devait aussi, un jour, monter à l'échafaud, sur le marché de Bruges, et de Pierre Metteneye, qui venait d'être compris dans la procédure. L'un portait l'étendard de Flandre, l'autre celui de la ville. La prise du château de Chin signala d abord l'expédition; on se préparait à assiéger Tournay, où Louis XI avait jeté des forces, quand tout à coup l'ennemi sort des portes. Adolphe de Gueldre, enveloppé et dédaignant de fuir, meurt en combattant. Privés de leur commandant, les Gantois se retirent. Ceux de Bruges restent seuls: sourds aux conseils de leurs chefs, ils négligeaient toutes les précautions. Le désordre était dans leur camp qui avait l'air d'une foire. Quelques-uns y avaient fait venir chacun leur femme et, ajoute le chroniqueur, leurs matelas. Il y avait plusieurs d'entre eux qui tiraient une solde de 12 gros. On les entendait chanter en choquant leurs verres:
Douze gros et casaque neuve:
Dieu nous préserve de la paix!
Au milieu de ces passe-temps, la cavalerie française, les chargeant à l'improviste, en fit un grand carnage. Le bailli de Bruges, Jacques de Halewyn, et le capitaine des chaperons rouges furent faits prisonniers, avec beaucoup de gens de métiers et de menu peuple. Le reste, laissant bannières, artillerie, tentes et bagages, revint en désordre, au cri de: Nous sommes trahis!
On rassembla à Bruges de nouvelles forces; mais Ghistelles refusa de les commander, jurant par sa chevalerie qu'il n'entrerait plus en campagne avec des soldats si mal disciplinés.
On souffre d'avoir à raconter ces faits qui s'enchaînent à ceux dont nous nous occupons plus spécialement: tumultes, pillages, jugements sans liberté, guerre sans gloire; tristes tableaux, effets d'une même cause! Il ne manquait certes, en Flandre, ni talents, ni valeur, ni patriotisme; il manquait cette force mystérieuse qui enfante l'ordre et l'unité. Les mêmes hommes que nous venons de voir paraître dans ces déplorables scènes allaient se montrer des héros.
Harangue de Maximilien. — Il arme des chevaliers. — Les Pater et les Avé. — Bataille perdue et regagnée. — La Gruthuse prisonnier. — Retour de Jean Adorne. — Mort de Galéas. — Prosper Adorno remonte sur le trône ducal. — Il se sauve à la nage. — Caractère de Maximilien. — Mort de Marie et fin de la maison de Bourgogne. — Régence contestée. — Les colonnes d'or renversées. — Adieux suprêmes.
Deux ans s'étaient écoulés, et l'honneur des armes flamandes s'était déjà relevé par plus d'une glorieuse revanche. Marie de Bourgogne avait épousé le jeune duc d'Autriche. En déjouant les ambitions, ce mariage avait calmé, pour un temps, les partis: le pays s'unissait avec enthousiasme sous les mêmes étendards.
A la tête de 22,000 hommes, Maximilien vint mettre le siége devant Terouane. Une armée ennemie s'avance pour dégager la place. Les Flamands prennent position sur les hauteurs de Guinegate, près de Vieuxville et de Blangy.
Le soleil d'août, qui montait glorieusement à l'horizon, brillait sur la longue ligne de casques et de piques de nos milices. «Le noble duc Maximilien,» raconte une chronique flamande, «range tout son monde en bonne ordonnance et adresse aux soldats quelques mots faits pour enflammer leur courage. «Flamands, renommés dans l'histoire,» leur dit-il, «soyez braves et sans peur, comme de fidèles enfants; je vous serai bon et loyal seigneur, tant que je vivrai.» Alors il descend de cheval et arme plusieurs chevaliers[107]; puis il ordonne que chaque combattant, mettant les deux genoux en terre, dise cinq Pater et cinq Avé: cela fait, il remonte à cheval et recommande aux Flamands de marcher les rangs serrés et les piques en avant.
«La victoire parut un moment près de leur échapper; mais enfin elle leur demeura. Le principal honneur en revint aux piquiers flamands, et Maximilien lui-même recueillit, dans cette journée, beaucoup de gloire.
«Après la bataille, lorsque ces braves se furent un peu réconfortés en prenant quelques rafraîchissements, le duc revint gaîment auprès d'eux, les remerciant avec une vive effusion de reconnaissance. Il les pria de s'agenouiller de nouveau et de dire encore cinq Pater et cinq Avé en l'honneur de Dieu qui leur avait donné la victoire. Tous le firent de grand cœur, et lui-même avec eux.» Nous aimons ces naïfs détails qui sont peut-être au-dessous de la majesté de l'histoire, mais qui peignent les temps et en révèlent l'esprit.
La Gruthuse avait été fait prisonnier dans l'action. Le sire de Corthuy, que nous avons vu remplir avec lui les fonctions de capitaine, combattait-il à ses côtés et partagea-t-il son sort? Toujours est-il qu'il était absent de Bruges lorsque son fils aîné y arriva, de retour d'Italie, le 21 avril 1480.
Jean alla loger chez son frère Arnout, et ne rentra à la maison paternelle que quelques mois après, sans doute parce qu'alors Anselme y était revenu.
Les moyens de communication et de publicité étaient encore bien imparfaits. Le baron de Corthuy savait probablement cependant que son parent italien, si plein, à Milan, de prévenances pour lui, avait été arrêté, par ordre de Galéas, et enfermé au château de Crémone. Anselme se réjouit en apprenant qu'après que le duc fut tombé sous les poignards des conjurés, le comte de Renda avait non-seulement été remis en liberté, mais que la régente l'avait placé à la tête du gouvernement de Gênes. Lorsque ensuite Jean Adorne raconta encore à son père comment Prosper, devenu de nouveau suspect à la cour de Milan et cédant aux instances du roi de Naples, avait repris le titre ducal; comment, mal servi par la sévérité qu'il déploya lui-même contre ses ennemis, trahi par l'épée vénale d'Obietto Fieschi, faiblement secondé par Ferdinand, il s'était vu réduit à gagner, à la nage, une galère aragonaise, Anselme dut se rappeler la devise des Adorno et des grandeurs humaines: Tout passe[108]!
Ces étranges vicissitudes, ces péripéties rapides, furent entre le père et le fils un fréquent sujet d'entretien; mais les affaires de leur propre pays attiraient encore, à plus juste titre, leur attention.
La situation de la Flandre ne répondait pas aux brillantes espérances que Maximilien avait données à son début. Ce n'est point qu'il manquât de qualités dignes d'un prince et faites pour le relever. D'illustre race, jeune, de bonne mine, brave, ami des lettres, qu'il cultivait lui-même, et des sciences, qui lui durent beaucoup en Allemagne, il avait, dans l'esprit et l'imagination, du poëte et du chevalier, mais trop peu de suite dans les idées et jamais d'argent dans ses coffres. Les Trois Membres se montraient mal disposés à les remplir; la guerre avec Louis XI, quelquefois interrompue par des trêves, ou reprise avec des chances diverses, fatiguait la Flandre. Deux partis s'y disputaient la prépondérance: l'un, qui avait pris le dessus après la mort de Charles le Hardi et défendait les concessions obtenues ou arrachées alors, avait son siége principal à Gand; l'autre, qui voulait fortifier l'autorité du prince, dominait à Bruges. Les rivalités allaient au point que Jean de Dadizeele, grand bailli de Gand, que nous avons également nommé plus haut, fut lâchement assassiné, à l'instigation de Josse de Lalain.
On est heureux de vivre en un temps où les passions sont mieux contenues et où règnent les lois, l'ordre et la justice. Il faut en convenir pourtant, la courte période dont nous parlons ici ne pouvait faire regretter aux hommes paisibles la domination tumultueuse et sanglante des métiers. Ces jours allaient revenir.
La duchesse Marie portait, dans les exercices de corps, quelque chose de l'ardeur que son père déployait à la guerre. L'hiver, elle glissait sur la glace. En tout temps, elle lançait impétueusement son cheval, peu soucieuse du péril ou des obstacles. Un jour qu'elle chassait au faucon, sa monture se renverse sur elle; une blessure qu'elle cache s'envenime: elle meurt à l'âge de 25 ans, le 28 mars 1482[109].
Ainsi finissait, un siècle après la journée de Rosebecque, la puissante maison de Bourgogne, et une suite de combats entre les princes de cette race et les grandes communes avait comme jalonné l'intervalle. Chose étrange! au sortir de ces luttes entre deux causes qui employaient, l'une et l'autre, les armes et les supplices, le nom de Bourgogne conserva dans nos contrées un caractère de grandeur imposante qui lui faisait une sorte de popularité.
L'étendard symbolique de cette maison semblait un drapeau national; nous l'avons vue, nous-même, plus d'une fois se déployer dans les réunions et les jeux des villageois, dépositaires des traditions qui s'effacent et dont ils ne pourraient expliquer l'origine. Quand la dernière trace de ces impressions aura disparu avec la dernière de ces vieilles bannières, l'histoire, tout en notant l'altière ambition et les représailles cruelles de nos princes de la dynastie de Valois, n'en constatera pas moins que c'est autour de la croix de Bourgogne que les provinces belges formèrent, au quinzième siècle, leur brillante constellation.
Par le mariage de Marie avec Maximilien, l'œuvre des ducs de Bourgogne passait à la maison d'Autriche, dont le nom, à côté de celui d'un Philippe II, rappelle pour les armes, les arts et la paix, ceux de Charles-Quint, d'Albert et d'Isabelle et de Marie-Thérèse. Malheureusement, Maximilien n'avait pas montré assez de sagesse et de modération pour que son autorité fût acceptée sans lutte pendant la minorité de son fils. La Flandre eut la paix avec la France, mais elle eut à la fois, dans son propre sein, la guerre étrangère et la guerre civile. Il n'est point dans nos annales de plus triste époque: la licence des corps armés et l'effervescence de la multitude, les vengeances répondant aux vengeances, de toutes parts, les ravages, les divisions, les supplices, laissent au moins douter si la régence incontestée de Maximilien eût pu être plus funeste. Bruges reçut le coup fatal, et après les convulsions de l'agonie, tomba épuisée et pantelante sur les tronçons de ses colonnes d'or.
Le sire de Corthuy ne fut pas témoin de ces maux que Jean son fils, dans les notes qu'il a laissées, appelle tantôt un châtiment du ciel, tantôt des inventions de l'enfer[110]. Le père était retourné en Écosse, où nous allons bientôt le suivre. Quand il embrassa ses enfants au départ, quelque secret avertissement ne vint-il point obscurcir son front? Ne le vit-on pas jeter sur tout ce qui l'environnait un plus long regard que de coutume, comme si c'était pour la dernière fois et qu'il voulût, du moins, emporter cette chère empreinte dans sa pensée? De telles préoccupations, on le verra bientôt, n'eussent été que trop naturelles.
Jacques III à 25 ans. — Favoris et artistes. — L'architecte Cochran et le musicien Rogiers. — Le duc d'Albany et le comte de Mar. — Mort du second. — Préparatifs de guerre. — Honteux traité du duc d'Albany. — Jacques convoque ses vassaux. — Conspiration de Lauder. — Bell-the-Cat. — Massacre des favoris du roi. — Il est détenu au château d'Édinbourg. — Glocester envahit l'Écosse. — Albany lieutenant-général. — Sa condamnation. — Arrivée du sire de Corthuy. — Conduite équivoque du comte de Huntley. — Fatal dénoûment. — Conclusion.
Lorsque Anselme Adorne avait paru, pour la première fois, à la cour d'Édimbourg, il n'y venait point chercher fortune. Sa position dans son pays et la perspective qui s'y offrait à lui, pouvaient suffire à son ambition. S'il rencontra en Écosse des honneurs et des dignités, c'était une marque de royale gratitude pour l'hospitalité que trouvait chez lui une Stuart.
Nous ne l'avons vu faire, dans ce royaume, que de courtes apparitions, l'une avant, l'autre après son voyage d'Orient, et les dates, à cet égard, sont précises; nous l'apercevons, ensuite, en route vers la Perse; puis nous le retrouvons en Flandre, revêtu de fonctions publiques, et enveloppé, quelque temps après, dans les poursuites dirigées contre d'anciens magistrats; enfin, nous avons tout lieu de croire qu'il se rencontra avec son fils à la Maison de Jérusalem, depuis le retour de celui-ci. Il n'est donc pas à supposer qu'il eût pris jusqu'ici une part active au maniement des affaires, en Écosse. Le moment était pourtant arrivé où il allait devenir victime de la direction qu'elles avaient reçue pendant sa longue absence, ou de l'état voisin de l'anarchie dans lequel cette contrée se trouvait plongée.
Pour un roi d'Écosse et pour un roi mineur, Jacques III avait eu d'abord, à tout prendre, un règne paisible, aux débuts duquel l'Écosse devait même Roxbourg, Berwick et la possession incontestée des Orcades et des îles Shetland; mais lorsqu'il eut atteint l'âge de 25 ans, qui lui donnait la plénitude de son autorité, diverses causes concoururent à la miner et amenèrent, enfin, de plus déplorables événements.
Rien n'était pourtant changé aux rouages principaux du gouvernement: lord Evandale conservait les fonctions de chancelier; les évêques, à qui leur influence et leurs lumières donnaient une grande part aux affaires, continuaient à être consultés; mais le roi, au lieu de dominer les grands, comme son père et son aïeul, par une indomptable énergie, ou de les captiver et de les entraîner, comme son fils sut le faire après lui, les laissa se retirer dans leurs donjons et leurs forteresses, où ils vivaient plus en souverains qu'en sujets, et admit dans sa familiarité, outre quelques gentilshommes à qui, pour faire souche de grandes maisons, il manqua un protecteur plus heureux, Cochran, architecte éminent, Rogiers, qui fonda en Écosse une école renommée de musiciens, et d'autres artistes moins connus. Ces habitués du palais ne pouvaient manquer d'obtenir du crédit et souvent d'en abuser[111].
La conduite du roi était surtout peu sage dans un pays où l'on n'estimait que les armes: elle poussa jusqu'à la fureur l'irritation des grands, qui se voyaient dédaignés; les deux frères du roi, plus mâles et plus résolus que lui, devinrent le point de ralliement de tous les mécontents.
Tous deux furent arrêtés. Le duc d'Albany s'évada; le comte de Mar, accusé d'avoir conféré avec de prétendues magiciennes sur les moyens d'abréger les jours du roi, périt durant sa captivité. Selon les historiens hostiles à Jacques, ce fut par son ordre; d'autres, qui regardent cette mort comme accidentelle, s'appuient, en particulier, sur ce qu'elle ne lui fut point reprochée par ceux qui tramaient sa perte.
L'influence de Cochran ne fit que grandir. L'administration des domaines confisqués sur le comte de Mar passa entre les mains de cet homme ambitieux et habile; Jacques lui donna même la direction de son artillerie. Les Écossais, pour la plupart, s'y entendaient mal, et l'on vit, jusqu'en Italie, où l'art militaire était plus avancé, un illustre architecte diriger la défense de Florence[112].
C'était, du moins, pour la tranquillité intérieure du royaume, une circonstance heureuse, que la paix avec les Anglais: elle avait même été cimentée par des arrangements matrimoniaux, depuis que Louis XI avait traité avec Édouard IV et qu'ils étaient convenus, entre eux, du mariage du dauphin avec la fille du roi d'Angleterre; mais Louis ayant rompu ses engagements, pour un autre projet qui n'eut pas plus de résultat, celui d'une union entre l'héritier de la couronne de France et Marguerite, fille de Maximilien d'Autriche et de Marie de Bourgogne, et voulant occuper Édouard chez lui, afin qu'il ne tentât rien contre la France, pousse Jacques à armer contre l'Angleterre. Ce roi fidèle à une politique qui fut presque toujours celle des monarques de sa race, cède à ces conseils intéressés qui allaient lui devenir bien funestes.
Entre Édouard, menacé d'une invasion et qui en méditait une lui même, Albany[113] ambitieux et fugitif, des grands irrités et fatigués du repos, il s'ouvrit de ténébreuses négociations. Le duc s'engage à faire hommage au roi d'Angleterre de la couronne qu'il voulait arracher à son frère et promet, pour prix du concours des ennemis de son pays, de leur abandonner des places importantes et de riches territoires. En signant ce honteux traité[114], il prenait d'avance le titre de roi, dont il se montrait bien peu digne, quoique le traitement qu'il avait éprouvé, ainsi que le comte de Mar, offre quelque atténuation de sa conduite.
Jacques III convoque les milices féodales, sous la bannière de leurs chefs. C'était réunir bien des mécontents et rapprocher des conspirateurs. La cherté des denrées, une monnaie de bas aloi, dont l'émission était attribuée aux avis de Cochran, les richesses que celui-ci devait à la libéralité du roi, la pompe qu'il affectait, son orgueil, exaspéraient les esprits. Plusieurs seigneurs, notamment le comte de Huntley, dont nous n'aurons que trop occasion de parler encore, le comte de Lennox et le comte d'Angus, surnommé depuis Bell the Cat, parce qu'il s'était écrié que ce serait lui qui attacherait le grelot, s'unissent dans l'église de Lauder, par une conjuration nocturne, assez semblable aux contrats sanglants qui préparèrent les meurtres de David Riccio, secrétaire de Marie Stuart, et de Darnley, époux de cette reine. Ils s'emparent de Cochran, pénètrent en armes auprès du roi, se saisissent de tous ceux qui se trouvent autour de lui et les font égorger à l'exception du jeune Ramsay, créé depuis comte de Bothwell, qui avait couru se réfugier dans les bras de Jacques. Après cette exécution sauvage, ils renferment le roi lui-même dans le château d'Édimbourg[115] et laissent l'armée se débander, ouvrant ainsi leur pays aux Anglais, conduits par Glocester, et au duc d'Albany qui s'empare du pouvoir, sans oser cependant porter la main sur la couronne, objet de ses convoitises.
Jacques conservait des partisans, et l'histoire d'Écosse, plus qu'aucune autre, offre de singuliers retours. Le pouvoir des rois y avait, à la fois, une incroyable faiblesse et une immense portée; disposant des fiefs et des principaux offices, ils élevaient ou ruinaient, en un moment, les familles, excitaient la crainte et l'ambition, trouvaient des parlements dociles au plus fort; mais venait-on à s'emparer par un coup de main de la personne du souverain, ou à former contre lui une ligue redoutable, il n'était plus qu'un instrument passif, ou un ennemi public, jusqu'à ce qu'une nouvelle péripétie lui rendît la liberté ou la prépondérance.
Après le départ de Glocester, une réconciliation apparente rapprocha le roi captif et son frère qui ne se trouvait point assez affermi. Jacques sortit de prison, mais non de la tutelle du duc d'Albany. Celui-ci, comblé d'éloges, qu'il dictait lui-même, pour la générosité de sa conduite, se fit donner le titre de lieutenant général du royaume, le comté de Mar et d'autres domaines. Tout en feignant d'armer contre les Anglais, il se ligue de nouveau, en secret, avec eux. Soit, alors, qu'il craignît quelque tentative du parti royaliste, ou qu'il voulût en finir, il accuse hautement son frère de conspirer pour l'empoisonner, cherche à mettre la main sur lui, manque ce coup, et dans une assemblée du parlement, tenue à la fin de l'année 1482, il est dépouillé de son office. Ses principaux partisans, le sont également de leurs fonctions et de leurs dignités.
Lorsqu'Albany avait pris en main le pouvoir, lord Evandale avait perdu la place de chancelier; le duc d'Argyle et d'autres seigneurs s'étaient réfugiés précipitamment dans leurs terres. Il se peut que, dans cette commotion, les intérêts du sire de Corthuy eussent été compromis. La tournure que prenaient les affaires, en Flandre, n'était point faite pour l'y retenir; instruit de la détresse où se trouvait Jacques III, qui l'avait fait chevalier et comblé de témoignages de haute bienveillance, il dut naturellement se joindre à ceux qui aspiraient à tirer ce malheureux prince d'une position si triste et à rétablir son autorité.
Tels furent, sans doute, les motifs qui déterminèrent Anselme à se rendre en Écosse, au milieu de tant de misères, de complots, de dangers. Lorsque Jacques eut recouvré le pouvoir, ceux qui, teints du sang de ses conseillers, l'avaient tenu captif lui-même, ne pouvaient guère revenir à lui franchement, ni savoir beaucoup de gré à ses plus dévoués serviteurs. La faveur du roi et la qualité d'étranger étaient, pour le sire de Corthuy, un double titre à leurs ombrages.
Parmi les acteurs principaux du sombre drame de Lauder, qui depuis s'étaient rapprochés, au moins extérieurement, du souverain, si cruellement traité dans ses favoris, nous retrouvons le comte de Huntley (Alexandre de Seton Gordon). Le roi lui confia les fonctions de justicier dans le nord de l'Écosse. Plus tard, on le vit se ranger sous la bannière royale, lors de la rébellion qui mit fin au règne et à la vie de Jacques, intervenir entre les partis comme conciliateur, commander à l'avant-garde et se replier, avec précipitation et en désordre, enfin, lorsque l'insurrection eut triomphé, garder son rang et son influence, comme s'il eût été du nombre des vainqueurs.
Quelle qu'en fût plus particulièrement la cause, le comte paraît n'avoir pas vu de bon œil la présence du sire de Corthuy à la cour. De tels sentiments étaient bien redoutables en Écosse, de la part d'un homme puissant qui avait montré déjà qu'il ne reculait pas devant les moyens les plus violents. Tout à coup, une sinistre nouvelle parvient à Bruges. On apprend que, le 25 janvier 1483 (1482 vieux style), Anselme Adorne avait été «fort traîtreusement conduit de vie à trépas par Sander Gardin;» c'est ainsi que le nom d'Alexandre Gordon est défiguré dans nos chroniques. Elles ajoutent «qu'en sa vie il avait bien dépêché trente personnes par de semblables moyens et qu'il finit néanmoins tranquillement dans son lit, ce qui crie vengeance au ciel.» Ces dernières paroles, qu'elles fissent allusion au massacre de Lauder, antérieur seulement d'une demi-année, ou à d'autres faits moins connus, attestent, par leur vivacité, les regrets douloureux et indignés qu'excita une mort si cruelle, dont les détails demeurent couverts d'un voile mystérieux et lugubre; seulement, quand on examine avec attention, sur le mausolée du sire de Corthuy, la figure qui le représente, on y aperçoit vers le sein droit une large ouverture, souvenir, sans doute, de l'empreinte qu'un poignard ou une dague avait laissée sur la poitrine du chevalier brugeois.
Il expirait à un âge encore peu avancé[116], loin de ses enfants et «de la si douce province de Flandre.» Ses restes, du moins, y furent rapportés; on les déposa auprès de ceux de Marguerite dans l'église de Jérusalem. C'est là que, attendant un jugement plus imposant que ceux des hommes[117], le pieux voyageur se repose des fatigues, des traverses, des joies, des amertumes de sa vie agitée.
[1] M. Van Praet, alors conservateur de la Bibliothèque de la rue Richelieu, à Paris.
[2] L'exemplaire qui nous a été confié par le savant Van Praet, et qu'il qualifiait d'unique, portait à la première page, le titre suivant:
Anselmi Adurni
Equitis hierosolymitani, ordinis scotici et cyprii
Jacobi III Scotorum Regis et Caroli Burgundiæ ducis
Consiliarii, Baronis in Corthuy et Tiletine, domini
in Ronsele et Ghentbrugge,
Itinerarium hierosolymitanum et sinaicum
1470
Joannes Adurnus V. Illustris F. conscripsit
et Jacobo III Scotorum Regi dedicavit.
Après l'épitre dédicatoire et la table, on lit un second titre ainsi conçu:
«Iter hierosolymitanum et Montis Sinay Anselmi Adurni, institutum anno nostræ salutis septuagesimo supra millesimum quadringentesimum, scriptore Joanne Adurno, Anselmi filio, itineris comite.»
[3] «Avevano fetore di principato.»—Litta, Famiglie celebri.
[4] Lettres de l'empereur Maximilien de 1511 et 1512. Selon un vieux manuscrit, Opice épousa Agnès de Axpoele, fille d'un des chevaliers qui partagèrent la captivité du comte.
[5] Rewaert ou Ruwart, gouverneur ou protecteur.
[6] En 1071.
[7] En 1479.
[8] Il y en avait aussi du Hainaut. Froissart nomme, parmi ceux-ci, trois cousins: messire Henri d'Antoin, le sire d'Hanrech ou Havret et Jehan, sire de Ligne, qui fut armé chevalier, dans l'expédition, par le sire d'Autoin. La première enceinte de la place fut emportée d'assaut, et le roi de Tunis s'obligea à délivrer les esclaves chrétiens, à payer les frais de la guerre et à mettre un frein au brigandage de ses sujets. (V. Froissart et Folieta, historien génois.)
[9] Doges.
[10] Il est fâcheux que, précisément, celle qui représente Anselme Adorne se trouve maintenant cachée.
[11] On se rappelle l'exclamation de Rousseau: «Pleurs cruels! que de sang vous fîtes répandre!»
[12] Il a été remplacé par un bâtiment qui fait aujourd'hui partie de l'hôtel du gouvernement provincial.
[13] Anséates.
[14] Maison sur la place.
[15] Les de Baenst étaient surtout richement possessionnés en Zélande. On trouve ces deux noms dans la liste, publiée par M. Gachart, des seigneurs flamands qui assistaient à l'abdication de Charles-Quint, et que nous allons transcrire; c'étaient:
Lamoral d'Egmont, prince de Gavre, comte d'Egmont, chevalier de l'ordre.
Maximilien de Bourgogne, seigneur de Beveren, id.
Charles, comte de Lalaing, seigneur d'Escornaix, id.
Pierre, seigneur de Werchin, sénéchal de Hainaut, seigneur de Herzelles, id.
Philippe de Montmorency, comte de Hornes, seigneur de Nevele.
Maximilien de Melun, vicomte de Gand.
Charles, seigneur de Trazegnies et de Tamise, chevalier.
Maximilien Vilain, écuyer, seigneur de Rassenghien.
Louis de Ghistelles, chevalier, seigneur de la Motte.
Philippe de Liedekerke, chevalier, seigneur d'Eversbeke.
Jacques de Claeroult, chevalier, seigneur de Puttem.
Jacques de Thiennes, écuyer, seigneur de Castre.
Thomas de Thiennes, écuyer, seigneur de Rumbeke.
Charles Hannart, chevalier, seigneur de Liedekerke.
Joseph de Baenst, chevalier, seigneur de Melissant.
Jérôme Adournes, chevalier, seigneur de Nieuwenhove.
François de Halewin, chevalier, seigneur de Zweveghem.
Jacques de Lalaing, écuyer, seigneur de la Monillerie et de Sandtberg.
Josse, seigneur de Courtewille et de Vorst, écuyer.
Ferry de Gros, écuyer, seigneur de Beaudemers.
François Massier, écuyer, seigneur de Bussche.
Charles Uutenhove, écuyer, seigneur de Sequedin.
Pierre, seigneur du Bois, écuyer.
Jacques de Eyeghem, écuyer, seigneur de Hembisze.
[16] Chastelain ne fait pas mention de cette joute, mais elle est d'écrite par Despars dont il n'y a aucun motif de suspecter le témoignage.
[17] Orl. fur., canto XV.
«Le prix de sa valeur, il ne le garde pas pour soi; il en fait jouir sa patrie; il la fait mettre en liberté, quand bien d'autres, à sa place, l'eussent asservie. Qu'à ce nom d'André Doria, quiconque, de libre, voulut rendre son pays esclave, rougisse et n'ose plus lever les yeux.»
[18] Les trois autres étaient les Bette, marquis de Lede, les Triest et les Borlut, nom célèbre par la part que prit l'un d'eux à la bataille des Éperons.
[19] Orbis romanus.
[20] 1453.
[21] 1461.
[22] 1468.
[23] Et non passe d'armes; ces expressions ont une signification toute différente.
[24] En 1460.
[25] Il est singulier que cette remarque n'ait point été faite par Ch. Tytler qui a publié l'acte dont il s'agit.
[26] History of Scotland from 1423 until 1542, by William Drummond. London, 1655.
Rerum Scoticarum historia, auct. Georgio Buchanano. Amsterodami, 1643.
Histoire d'Écosse, par Robertson, traduite de l'anglais. Londres, 1772.
History of Scotland, by Patrick Fraser Tytler, Third Ed. Edinburg, 1845, 3d vol.
Tales of a Grand father by sir Walter Scott. Paris, 1828.
Anselmi Adorni Itinerarium M. S.
De ce dernier ouvrage il résulte que les exilés avaient déjà passé deux ans à Bruges à une époque qu'il faut placer entre le 4 avril et le 4 octobre 1471.
[27] Die eccellente cronike van Vlaenderen appelle Marie de Bourgogne Mer joncfrauwe van Bourgoengien.
[28]
'E ben ragion......
Ch'a te lo scettro in terra, o se ti piace,
L'alto imperio de' Mari a te conceda.
(Gerusalemme lib. C. 1o.)
[29] Curiam etiam Dmno Anselmo præsentavit. Cette expression, d'une latinité barbare, n'offre pas un sens bien facile à saisir.
[30] Saint Augustin, dans ses Confessions.
[31]
Ipse dum vivam, et post dura fata sepultus,
Serviet officio, spiritus ipse tuo.
[32] On verra plus bas un Fregoso qualifié de noble génois. Les Adorno étaient seigneurs de divers domaines, comtes de Renda, etc.; l'un d'eux était déjà dignitaire de l'ordre de St-Jean du temps du doge Gabriel. Ces familles étaient nobles, mais, à un point de vue politique; elles formaient une classe distincte et dominante.
Dans un acte de Louis XII, notre voyageur est appelé Anseaulme de Adornes. En italien, on disait souvent Adorni au lieu d'Adorno. En Flandre, ce nom s'écrivait Adournes. Nous avons suivi l'usage moderne en employant les noms d'Adorno, Adorne.
[33] Toute la rue Lomellini était anciennement formée du palais de la maison d'Adorno (Litta).
[34] Ut multarum rerum periculum, quo prudentiores sunt homines, sumeret. (Dédicace de l'Itinéraire.)
[35] Il est à la rigueur possible que nos extraits offrent à cet égard une lacune qui n'existerait pas dans le manuscrit.
[36] Voici leur Itinéraire:
Santo Cascino (Cascina).
Castel Florentio (Florentino).
Ettage.
Pungebuns (Poggio Bonzi).
Sienne.
Buon Convento.
San Quirico.
Recours (Ricorsi).
Paglia.
Aquapendente.
San Lorenzo.
Borchero (Bolsena).
Montflascon (Montefiascone).
Rousellon (Ronciglione).
Sutri.
Monterosi.
Tourbacha (Baccano).
[37]
Roma, caput fidei, mundi quæ regna subegit,
Nunc nostræ summus religionis honos.
[38] On dit maintenant embrasser. Nous n'avons jamais pu comprendre qu'on embrassât une main ou un pied; ce sont là de fausses délicatesses qui n'ont pas une source bien pure.
[39] Res Gestæ Pontificum Romæ, 1677, t. III, p. 41.
Nous ne faisons qu'indiquer ces questions dont la discussion nous conduirait trop loin.
[40] Communément appelés Almoades.
[41] Ou plutôt Othman.
[42] Voyage à Tripoli, par Maccarthy; Paris, 1819.
[43] M. Guy, Voyage littéraire en Grèce, Paris 1783, t. Ier, p. 79.
[44] Sancte, au lieu de sante; ce mot est ainsi écrit dans le manuscrit.
[45] La monnaie de cuivre se prenait au poids.
[46] Sous la dynastie fatimite, le calife et le vizir faisaient chacun la prière et les génuflexions. (Relations de l'Égypte, par Abdallatif. Paris, 1810, aux notes.)
[47] Usong, 1stes Buch, 31. «Usong selbst fand etwas prägtiges in dem Befehle den ein Mensch gab das ein Reich fruchtbar werden sollte.»
[48] Birket-el-Hadji, première station de la caravane de la Mecque, selon Burckardt.
[49] Conducteurs de chameaux.
[50] Caffar.
[51] Exode, cap. X, v. 23, 24, 25.
[52] Voyage dans le Levant.
[53] Voyage en Russie, en Tartarie et en Turquie.
[54] Exod., cap. XV, v. 27.
[55] T. III, p. 180.
[56] Voyez de Géramb, p. 190, 191.
[57] De Géramb, t. III, p. 207 et suiv.
[58] Ibid. p. 215.
[59] Bersabée.
[60] Le père de Géramb.
[61] Voyez Bergeron, Histoire des Tartans, le P. de Géramb et les Saints Lieux de Mgr Mislin.
[62] Il s'agit du site montagneux où est situé le monastère de Saint-Saba.
[63] En voici la teneur:
»Dimanci li testimonij Acordo fato tra abasso mucaro con perigrini cuinque à sapere con Misser Anselmo Adurno, et suo filo Joanni et altri tri sui: et con dou fratri, el qual abasso promete a li predicti de verguer con loro con li sui muli et a sue fre perstamente da Hierusalem in Rama et de Rama fin Damasco. Et che li peregrini et fratri supradicti siano tegnuti a pagar in tuto al dicto Abasso li peregrini a 7 ducati per testa et fratri 6-1/2 ducati per testa et tute les spese che se ferano per la via in capharasi et in altri simile sia al conto del dicto abasso.»
[64] Voyez d'Herbelot, Bibliothèque orientale.
[65] Raïneh (Arena).
[66] En 1254.
[67] Il s'agit probablement d'une des cavernes d'Arbela. Mgr Mislin place la rencontre de David et de Saül dans la caverne d'Obdullam ou Adullam près d'Hébron.
[68] Guy avait dû la couronne à sa femme Sibille, issue de Foulques d'Anjou, qui, lui-même, tenait ses droits de son mariage avec la fille de Baudouin du Bourg, époux d'une nièce de Godefroi de Bouillon.
[69] Vertot raconte cette expédition faite, en commun, par Béranger grand maître de Rhodes, et le roi de Chypre. (Hist. de l'ordre de Malte, t. II, liv. 5.)
[70] Le compagnon de Philippe de Mérode.
[71] Eu égard aux usages d'Orient et relativement à celles d'autres villes de ces contrées.
[72] Voyez le Mithridates d'Adelung et Vater, 2tes Th. S. 792.
[73] Selon Strabon, Brindes (Βρεντεσιον Βρεντεσιον existait déjà et avait des princes particuliers lorsque Phalante conduisit une colonie lacédémonienne sur la côte où cette ville est située.
[74] La terre de Leeuwerghem a appartenu à la famille de Laloo qui l'a portée dans celle de Lannoy.
[75] 3e Partie, chap. 1er.
[76] C'est l'impression que la vue de Bénévent produit sur les voyageurs. Voyez Travels in Europe by Maria Starke, Paris, 1822, p. 253.
[77] Ancienne villa de Lucullus.
[78] Sans doute Capo di Monte.
[79] L'empire chinois, par M. Hue, ancien missionnaire apostolique, 2me édit., Paris, 1854, t. 1, p. 390.
[80] L'usage était alors de franciser les noms étrangers: l'Itinéraire dit: Jean de Bentevelze ou Bentivolio.
[81] «Le premier duc de cette maison, l'illustre Borso, honneur de son temps, qui règne en paix et conquiert ainsi plus de gloire que tous ceux qui ont porté le ravage sur le territoire étranger.»
[82] Jacopo va e ubbidisci a quello che vuole la terra e non cercar più oltre.
[83] Hadji-Mehemet.
[84] C'est à tort qu'on place sa mort en 1462; il résulte de l'Itinéraire qu'elle vivait encore en 1471.
[85] Kingmaker, surnom de Warwick.
[86] Anséates.
[87] Chevauchée.
[88] Lettres de l'empereur Maximilien et du jeune Charles-Quint, de 1511 et 1512.
[89] Elle a été publiée par M. Le Glay.
[90] Nous possédons un recueil manuscrit des épitaphes anciennes de Bruges, où nous avons fait, en vain, des recherches pour y trouver, soit les noms de Boyd ou d'Arran, soit leur traduction latine. Il se publie aussi un recueil des épitaphes d'Anvers, où ces noms ne paraissent pas, que nous sachions.
[91] Fils du frère de Jacques III et par conséquent neveu de la princesse.
[92] M. Gaillard nomme seulement cinq fils et quatre filles. L'une d'elles, Marie, épousa Josse de Baenst, chevalier, seigneur de Gapinghe; une seconde, Élisabeth, fut mariée à Wulfart de Lichtervelde; une troisième fut fille d'honneur de la douairière de Glocester, mais nous ne savons trop quelle est la princesse qu'on a voulu désigner ainsi.
[93] Charles VIII.
[94] Hist. de Fl. par M. Kervyn de Lettenhove, t. V, p. 47.
[95] Une nièce, voir ci-après.
[96] Gachard, Documents inédits concernant l'hist. de la Belgique t. I, p. 216, 249, 259, 267.
[97] Le monogramme dont il signait ses œuvres a été pris pour un H, tandis que de bons juges y voient un M.
[98] Son premier mariage contracté lorsqu'elle n'avait que 13 ans avait été stérile; demeurée veuve dans l'année, c'est à peine si elle avait été femme, quand elle donna sa main, dans l'église de Jérusalem, à un gentilhomme génois nomme Don André della Costa.
[99] Bulletins de la commission d'histoire de l'Académie royale de Belgique, t. VII, 1er Bulletin, p. 64.
[100] Dans la saisissante parabole du mauvais riche.
[101] Nous avons tenté des recherches à la Bibliothèque et aux Archives de Bruges, mais sans résultat.
[102] Petit golfe qui amenait les vaisseaux au port de l'Écluse.
[103] Prison.
[104] Il était frère d'Agnès de Nieuwenhove, mariée à Arnout Adorne et fils, ainsi qu'elle, de Nicolas de Nieuwenhove. Le bourgmestre s'appelait aussi Jean, mais il était fils de Michel.
[105] Jamais elle ne détacha, de lui, sa foi.
[106] «Si l'on venait à trouver qu'il eût en façon quelconque tiré induement avantage du bien de la ville, il serait tenu à réparer le tort au quadruple.»
[107] Selon Despars, ce fut après la bataille.
[108] La devise des Adorno n'était pas la même que celle de la branche flamande; c'était: «Omnia prætereunt.»
[109] La même année, mourut Marguerite d'Anjou, et l'année d'après, Louis XI et Édouard IV.
[110]... Propter seditionem, heu! iniquam, quæ in patria erat ob peccata nostra, ibi Gandavum ubi erat statuum congregatio, ut inceptis seditionibus et diabolicis inventionibus finis salubris imponeretur.»
Jean Adorne n'était point personnellement en cause dans cette commotion, et il avait des parents et des amis dans les deux partis: il exprime l'opinion des hommes paisibles qui voyaient avec douleur les malheurs de leur ville et de leur pays.[111] Nous devons beaucoup, pour les faits résumés dans ce chapitre, à M. Tyller (History of Scotland), que nous avons pourtant eu soin de comparer avec divers autres historiens de l'Écosse.
[112] Michel Ange.
[113] Nous conservons partout le mot original sans le traduire, parce qu'en le remplaçant par celui d'Albanie, comme l'a fait le traducteur de Robertson, on donne lieu à une certaine confusion que nous avons voulu éviter.
[114] 10 juin 1482.
[115] 22 juillet 1482.
[116] 58 ans.
[117] Expectans judicium, expression d'anciennes épitaphes.