NOTES:

[1] Je suis heureux de pouvoir citer, à l'appui de ce que j'avance ici, l'opinion exprimée par M. de Bourrienne, à propos d'un triste événement dont je rendrai compte en son lieu.

«C'est dans la nuit qui précéda le retour du maréchal Macdonald à Fontainebleau que l'on assure que Napoléon tenta de s'empoisonner; mais comme je n'ai aucun détail certain sur cette tentative d'empoisonnement, et que je ne veux parler que de ce dont je suis bien sûr, je m'abstiendrai de donner, comme quelques personnes l'ont fait, des conjectures toujours hasardées sur un fait de cette gravité que Napoléon a rejeté bien loin dans les conversations de Sainte-Hélène. Le seule personne qui puisse lever les doutes qui existent à cet égard, est Constant, qui, m'assura-t-on, n'avait pas quitté Napoléon de la nuit.»

(Mémoires de M. de Bourrienne, page 161, tome X.)

[2] Depuis j'ai été assez heureux pour lui faire obtenir de l'empereur, une place qu'il désirait pour retraite, ayant perdu l'usage de son bras droit.

[3] Madame de Crigny fut depuis madame Denon.

[4] Michau, de la comédie française, était le professeur de la troupe; quand il arrivait qu'un des acteurs manquait de chaleur, Michau criait: «Chaud! chaud! chaud!»

[5] Deux monumens ont été élevés dans Paris au brave Desaix; une statue sur la place des Victoires, et un buste sur la place Dauphine. La statue affectait une pose théâtrale qui ne s'accordait guère avec les manières sérieuses et le naturel parfait de celui dont elle était censée reproduire l'image. D'ailleurs une nudité complète, mal voilée dans ce qu'elle aurait eu de plus antique par le ceinturon d'une épée, choquait tous les regards, et excitait la verve des mauvais plaisans. Le grand vainqueur de Waterloo s'est fait représenter, de son vivant, dans Hyde-Park, en Achille colossal, et sa grâce (du moins la statue de sa grâce) est exécutée de manière à ce que les curieux ne perdent pas une seule ligne, un seul muscle de son héroïque personne. Pour que rien ne manque à cette parodie, ce sont les ladies anglaises, si susceptibles sur l'article de la décence et de la dignité, qui ont élevé ce monument à la gloire de Mylord-Duc.

Pour en revenir à Desaix (c'est revenir de loin), la statue qui lui avait été élevée sur la place des Victoires, a été enlevée sous l'empire, par ordre du gouvernement. Quant au buste que l'on voit encore aujourd'hui sur la place Dauphine, il serait difficile d'imaginer quelque chose de plus mesquin, de plus enfumé et de plus négligé; c'est ainsi qu'est traitée l'image de Desaix; en revanche, Pichegru a des statues de bronze.

[6] Le préfet de police adressa aux consuls un rapport dans lequel, après avoir raconté les détails de cet événement affreux, il donnait la liste des morts et celle des blessés. La première était de huit individus; la seconde de vingt-huit.

«Quarante-six maisons, ajoute le rapport, sont extrêmement endommagées.

Le dégât des immeubles est estimé à la somme de 40,845 francs.

Celui des meubles à celle de 123,645 francs.

Les maisons nationales ne sont point comprises dans cette estimation.

Le cheval, les débris de la voiture et quelques parties des tonneaux ont été apportés à la préfecture.

Ces débris ont été scrupuleusement recueillis. L'on a pris avec le plus grand soin le signalement du cheval.»

M. Dubois avait cru devoir terminer son rapport par un compliment au premier consul, dans lequel il y a pourtant quelque chose de vrai: c'est que l'attentat du 3 nivôse avait redoublé l'attachement des Français pour le chef de l'état. Voici l'avant-dernière phrase du rapport:

«Dès les premiers momens de l'explosion, on a fait une enquête sur les lieux mêmes. Des déclarations furent reçues; et au milieu des cris que la douleur arrachait aux malheureuses victimes du plus atroce des attentats, le cœur put encore éprouver une sensation agréable: ces infortunés s'oubliaient pour ne penser qu'au premier consul: c'était pour lui qu'ils demandaient vengeance.»

[7] Mademoiselle Adèle Auguié, sœur de madame la maréchale Ney, avait épousé le général de Brocq, grand maréchal de la cour de Hollande. Sa majesté la reine Hortense étant aux eaux d'Aix en Savoie, en 1812, se plaisait à faire, avec son amie, des excursions sur les montagnes les plus escarpées. Dans une de ces courses un torrent se trouva sur leur passage, et il n'y avait pour le franchir qu'une planche fragile. La reine, conduite par son écuyer, passa la première, et elle se retournait pour encourager madame de Brocq, lorsqu'elle la vit glisser et tomber à pic dans le précipice. À cette horrible vue, la reine poussa des cris perçans. Son désespoir ne la priva point pourtant de sa présence d'esprit. Elle donna des ordres, multiplia les prières et les promesses. Mais tout secours était inutile. Le corps de la jeune femme avait été fracassé dans sa chute, et un certain temps s'écoula avant qu'on ne pût retirer de l'eau le cadavre froid et mutilé. Ces tristes restes furent rapportés à Saint-Leu, dont tous les habitans furent plongés dans la plus profonde douleur. Madame de Brocq était chargée de distribuer les nombreux bienfaits de la reine. Elle méritait les larmes que sa mort fit répandre.

[8] L'auteur du Mémorial cite de l'Empereur à Sainte-Hélène un trait pareil à celui que je rapporte ici. Sa Majesté professait la plus haute estime pour les cultivateurs et se plaisait à les consulter même sur des matières étrangères à leurs occupations, mais sur lesquelles leur bon sens et leur expérience pouvaient ouvrir un avis salutaire. Il avait coutume de dire qu'il exposait aux paysans les difficultés de son Conseil d'État, et rapportait au Conseil d'État les observations des paysans.

[9] M. Bousquet, célèbre dentiste, fut appelé à Neuilly (résidence de la princesse Pauline), afin de visiter la bouche et de nettoyer les dents de Son Altesse Impériale. Introduit près d'elle, il se prépare à commencer son opération. «Monsieur, dit un charmant jeune homme en robe de chambre, négligemment couché sur un canapé, prenez bien garde, je vous prie, à ce que vous allez faire. Je tiens extrêmement aux dents de ma Paulette, et je vous rends responsable de tout accident.—Soyez tranquille, mon prince; je puis assurer votre altesse impériale qu'il n'y aura aucun danger.» Pendant tout le temps que M. Bousquet fut occupé à arranger cette jolie bouche, les recommandations continuèrent; enfin, ayant terminé ce qu'il avait à faire, il passa par le salon de service, où se trouvaient réunies les dames du palais, les chambellans, etc., qui attendaient le moment d'entrer chez la princesse. On s'empressa de demander des nouvelles à M. Bousquet. «Son Altesse impériale est très-bien, et doit être heureuse du tendre attachement que lui porte son auguste époux, et qu'il vient de lui témoigner devant moi, d'une manière si touchante. Son inquiétude était extrême, je ne réussissais que difficilement à le rassurrer sur les suites de la chose du monde la plus simple. Je dirai partout ce dont je viens d'être témoin. Il est doux d'avoir de tels exemples de tendresse conjugale à citer dans un rang si élevé. J'en suis vraiment pénétré.» On ne cherchait point à arrêter l'honnête M. Bousquet dans les expressions de son enthousiasme; l'envie de rire empêchait de prononcer une parole; et il partit convaincu que nulle part il n'existait un meilleur ménage que celui de la princesse et du prince Borghèse.... Ce dernier était en Italie, et le beau jeune homme était M. de Canouville.

J'emprunte cette curieuse anecdote aux Mémoires de Joséphine, dont l'auteur, qui a vu et observé la cour de Navarre et de Malmaison, avec tant de vérité et un si bon jugement, est, m'a-t-on dit, une femme, et ne peut être, en effet, qu'une femme fort spirituelle, et qui s'est trouvée mieux placée que personne pour connaître l'intérieur de S. M. l'impératrice.

[10] Il fut tué par le boulet d'une pièce française, que l'on déchargeait après une action, dans laquelle il avait montré le plus brillant courage.

[11] Père de M. Victor Hugo, qui est lui-même filleul de madame Delélée.

[12] L'illustre général Foy.

[13] Nous arrivâmes à Tentoura le 20 mai: il faisait ce jour-là une chaleur étouffante, qui produisait un découragement général. Nous n'avions pour nous reposer que des sables arides et brûlans; à notre droite une mer ennemie et déserte. Nos pertes en blessés et en malades étaient déjà considérables, depuis que nous avions quitté Acre. L'avenir n'avait rien de riant. Cet état véritablement affligeant, dans lequel se trouvaient les débris du corps d'armée que l'on a appelé triomphant, fit sur le général en chef une impression qu'il était impossible qu'il ne produisît pas. À peine arrivé à Tentoura, il fit dresser sa tente; il m'appela, et me dicta avec préoccupation un ordre pour que tout le monde allât à pied, et que l'on donnât tous les chevaux, mulets et chameaux aux blessés, aux malades et aux pestiférés qui avaient été emmenés, et qui manifestaient encore quelques signes de vie. Portez cela à Berthier. L'ordre fut expédié sur-le-champ. À peine fus-je de retour dans la tente, que Vigogne père, écuyer du général en chef, y entra, et, portant la main à son chapeau: Général, quel cheval vous réservez-vous? Dans le premier mouvement de colère qu'excita cette question, le général en chef appliqua un violent coup de cravache sur la figure de l'écuyer, et puis, il ajouta d'une voix terrible: Que tout le monde aille à pied f...! et moi le premier: ne connaissez-vous pas l'ordre? Sortez.

(Mémoires de M. de Bourrienne, tom. 2, chap. 16, pag. 252.)

[14] On sut depuis qu'il y avait vingt brûlots destinés à détruire la flotille.

[15] La croisière anglaise était commandée par lord Melvil et lord Keith.

[16] Ce coup de pied ressemble beaucoup aux prétendus mauvais traitemens que l'on a reproché à l'empereur d'exercer contre ses gens. M. Constant a répondu ailleurs à cette ridicule accusation.

(Note de l'éditeur.)

[17] La décision de l'empereur fut qu'il fallait réprimander le journaliste; et, de ce moment, on leur défendit de jamais imprimer aucune réponse de l'empereur ou de l'impératrice, avant de l'avoir vue dans le Moniteur. (Note de l'éditeur.)

[18] À cette époque, l'empereur était encore amoureux de Joséphine.

(Note de madame——.)

[19] La suite a prouvé qu'elle s'abusait.

(Note de madame—-.)

[20] Si Napoléon recherche dans le passé les causes de sa chute, il est difficile, s'il a conservé cette faiblesse superstitieuse, qu'il ne remarque pas que, depuis son divorce, les événemens qu'il avait maîtrisés si long-temps ont tous tourné contre lui.

(Note de madame—-.)

[21] C'est un crime d'une nouvelle espèce, que de n'avoir pas toutes les grâces de l'état d'arlequin. Les manières de l'empereur étaient simples et naturelles, mais sans gaucherie. Sans doute elles contrastaient avec les formes obséquieuses et courtisanesques des grands seigneurs qui l'entouraient; car il se tenait seul droit et debout, tandis que ces messieurs se courbaient jusqu'à terre.

(Note de l'Éditeur.)

[22] Quelque temps après cette époque, le comte de Narbonne fut nommé à l'ambassade de Vienne, et devint l'un des hommes les mieux traités par Bonaparte. Que lui importait l'attachement, le dévouement des personnes qu'il employait? Il savait qu'il ne les obtiendrait jamais; mais il aimait la flatterie des anciens courtisans, parce qu'elle était plus adroite que celle des nouveaux.

(Note de madame—-.)

[23] Il y a là, pour le moins, une grande erreur. L'empereur savait se faire aimer, et il était aimé en effet de toutes les personnes de son service. Je crois en avoir fourni plus d'une preuve dans mes Mémoires. De tous ses anciens serviteurs j'ose affirmer qu'il n'en est pas un seul qui voulût me donner un démenti sur ce point. Que l'empereur n'ait pas été aimé de ses courtisans, cela est possible. Avec une puissance comme la sienne, on fait encore plus d'ingrats que d'heureux; et la reconnaissance des gens de cour est proverbiale. Mais fallait-il en faire un sujet de reproche contre Sa Majesté?

(Note de Constant.)

[24] Comment ne pas s'étonner qu'il paraisse étonnant à Madame*** que l'empereur aimât assez son honneur et sa femme pour être jaloux de l'un et de l'autre? la république et l'amour du pouvoir n'avaient rien à faire là-dedans.

(Note de Constant.)

[25] Qu'importe que l'empereur se mît au courant de ce qui regardait les pays qu'il avait à parcourir une heure ou un an avant son audience? Toujours est-il qu'il s'y mettait. Et s'il apprenait cela par cœur, comment pouvait-il l'avoir oublié au bout d'une heure? Il l'oubliait si peu qu'il marquait généreusement son passage par des bienfaits et des améliorations qui attestaient sa parfaite connaissance des localités.

(Note de Constant)

[26] Il n'était pas plus d'usage dans l'ancienne cour que dans la nouvelle qu'on osât adresser la parole au souverain, sans en être interrogé.

(Note de l'éditeur.)

[27] Les lettres écrites d'Italie, par le général Bonaparte à sa femme, et publiées pour la première fois dans les Mémoires d'une Contemporaine, l'admirable nouvelle intitulée Giulio, dans les Mémoires de M. de Bourrienne montrent assez si l'empereur savait, ou non, parler d'amour.

(Note de l'éditeur.)

[28] Quiconque a approché de l'empereur, et a pu entendre ses entretiens étincelans d'esprit et d'originalité avec les hommes les plus distingués de sa cour, particulièrement avec M. de Fontanes, s'étonnera justement de voir dans le journal de madame*** que Napoléon n'avait pas du tout d'esprit.

(Note de l'éditeur.)

[29] Ces mots furent entendus par le duc de Bassano, qui était appuyé sur la cheminée, près de laquelle causaient MM. de Talleyrand et Sémonville; il n'y a nul doute qu'ils furent répétés par lui à Napoléon. (Note de madame—-.)

[30] M. de Talleyrand était trop fin courtisan pour tenir un pareil propos, devant de tels témoins; mais s'il l'eût tenu en effet, M. le duc de Bassano n'eût point été capable de le redire à l'empereur.

(Note de l'éditeur.)

[31] M. de Sémonville perdit son ambassade, et fut honorablement annulé au sénat. En se rappelant ces faits, d'une vérité exacte, on doit s'étonner que M. de Montholon, l'un des deux beaux-fils de M. de Sémonville, se soit attaché dans la suite au sort de Napoléon. Quand on cherche l'explication de cette étrange conduite, on peut la trouver dans le mariage de M. de Montholon, qui ne fut point approuvé par sa famille, ce qui le brouilla avec elle.

[32] Depuis, duchesse de Montebello.

[33] Encore les manières de L'empereur! Mais ce jour-là il s'était déchaîné contre les femmes, ce qui explique l'humeur de Madame*** contre lui. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il y a plus que de l'exagération à appeler de l'insolence la brusquerie que l'on, a pu quelquefois reprocher à l'empereur comme à Frédéric II et à d'autres grands hommes, et à ne voir dans ses momens d'affabilité que la gaîté la plus vulgaire. (Note de l'éditeur.)

[34] Depuis, princesse de Neufchâtel et de Wagram.

[35] Je ne vois pas que l'empereur doive perdre sa brillante auréole, pour s'être couché quelquefois de bonne heure, et avoir fait un usage modéré de café.

(Note de Constant.)

[36] L'empereur était économe et prêchait sans cesse l'économie. (Note de Constant.)

[37] Jamais l'empereur n'a été sujet à des attaques d'épilepsie. C'est encore là une de ces histoires dont on a tant débité sur son compte. On verra, dans le portrait que j'ai tracé de l'empereur, ce qui a pu donner lieu à celle-ci.

(Note de Constant.)

[38] Il est de notoriété publique aujourd'hui que M. le duc de Vicence, si indignement calomnié pendant tant d'années par des ennemis habiles à profiter du silence que lui imposait sa position auprès de l'empereur, n'a pris, ni même pu prendre, aucune part à la catastrophe du duc d'Enghien. Il est prouvé qu'au moment même où le général Ordener, chargé seul de l'arrestation du malheureux prince, s'acquittait de cette fatale mission, M. de Caulaincourt était à trente lieues d'Ettenheim, chargé, de son côté, d'arrêter la baronne de Reich et quelques émigrés qui entretenaient une correspondance contre le chef du gouvernement français, et que M. de Caulaincourt relâcha, avant d'avoir repassé la frontière avec eux. Il est prouvé que M. de Caulaincourt n'eut connaissance de la mission confiée au général Ordener, qu'en même temps que tout le monde, et après cette mission remplie; enfin il est prouvé que M. de Caulaincourt était à Lunéville le jour et à l'heure de la sanglante exécution du duc d'Enghien. M. de Bourrienne a déjà relevé dans ses mémoires l'erreur dont M. le duc de Vicence a été trop long-temps victime. Nous nous faisons également un devoir de protester ici contre tout passage du journal de Madame*** qui pourrait être trouvé injurieux à la mémoire d'un des hommes les plus honorables de l'empire.

(Note de l'éditeur.)

[39] J'ai été quinze ans valet de chambre de l'empereur, et je nesuis point de l'avis de l'auteur du journal.

(Note de Constant.)

[40] Depuis, grand duc de Francfort.

[41] Faisant allusion aux sœurs de Bonaparte auxquelles on n'avait pas pensé dans le premier moment qu'on créa l'empire, et qui vinrent tourmenter leur frère le lendemain pour les titres qu'elles voulaient avoir, ce qui donna lieu à beaucoup de plaisanteries dans le public.

[42] On voit par cette scène ridicule, combien Bonaparte était esclave de l'étiquette et de minuties misérables, puisque, dans cette circonstance, il se laissa emporter par la colère, jusqu'à dire des choses très-dures à Joséphine, pour elle et pour son fils.

Cependant il aimait le prince Eugène autant qu'il était susceptible d'aimer, et peu de temps après il leur en donna la preuve, comme chacun sait.

[43] Voir ci-dessus la note de l'éditeur sur M. le duc de Vicence.

[44] Aujourd'hui grand duc de Bade.

[45] Nous avons démontré plus haut que les princes de Bade n'avaient rien à témoigner extérieurement à M. de Caulaincourt, et que l'aisance de celui-ci ne pouvait étonner qu'une personne prévenue d'avance contre lui, par trop de confiance dans une imputation matériellement fausse.

(Note de l'éditeur.)

[46] Chacun son métier; c'était dans les camps que M. de Caulaincourt avait fait son apprentissage de courtisan; il pouvait donc bien ne pas y être tout-à-fait aussi rompu que l'avaient été ses parens qui étaient à l'ancienne cour. Au reste, nous avons souvent ouï parler, dans un tout autre sens, et nous avons pu juger nous-même des manières de M. le duc de Vicence.

(Note de l'éditeur.)

[47] À cette époque où s'est formée la confédération du Rhin, Francfort n'en faisait pas encore partie, et Bonaparte était très-indisposé contre cette ville, qui était l'entrepôt général des marchandises anglaises.

[48] On sait que la peine du général de Lajolais fut commuée en quatre années de détention, dans une prison d'état; que ses biens furent confisqués et vendus, et qu'il mourut au château d'If, bien au delà du terme marqué pour l'expiration de sa captivité.

(Note de l'éditeur.)

[49] Outre le prince Louis, les Prussiens perdirent en peu de jours deux de leurs meilleurs officiers généraux. Le général Schmettau, mort à Weimar de ses blessures, et au convoi duquel l'empereur assista; et le vieux duc de Brunswick, déjà plus que septuagénaire et couvert d'infirmités, lorsqu'il reçut à Auerstaedt une mort glorieuse.

«Le duc de Brunswick, grièvement blessé à la bataille d'Auerstaedt, arriva le 29 octobre à Altona. Son entrée dans cette ville fut un nouvel et frappant exemple des vicissitudes de la fortune. On vit un prince souverain, jouissant, à tort ou à raison, d'une grande réputation militaire, naguère puissant et tranquille dans sa capitale, maintenant battu et blessé à mort, faisant son entrée dans Altona, sur un misérable brancard porté par dix hommes, sans officiers, sans domestiques, escorté par une foule d'enfans et de vagabonds qui le pressaient par curiosité, déposé dans une mauvaise auberge, et tellement abattu par la fatigue et la douleur de ses yeux, que le lendemain de son arrivée le bruit de sa mort était général. Le malheureux duc fit appeler sur-le-champ le docteur Unzer pour apaiser les violentes douleurs que lui causait sa blessure. Dans le peu de jours que le duc de Brunswick y survécut, il ne vit que sa femme qui arriva auprès de lui le 1er novembre. Il refusa constamment toutes visites et mourut le 10 novembre.»

(Mémoires de M. de Bourrienne, tome vii, page 150.)

[50] Depuis madame Sébastiani, morte à Constantinople dans la brillante ambassade de son mari

[51] M. Sigismond de Berckeim fut dans la suite aide-de-camp du général Caulaincourt. Ce fut lui qui remit à l'électeur de Bade la lettre du premier consul, relative à l'arrestation du duc d'Enghien. Il n'apprit l'issue de cette déplorable mission qu'à son retour à Paris, où il arriva le même jour que le malheureux prince. Ce jeune et brave officier en apprenant le lendemain l'exécution de Vincennes, perdit entièrement la tête et resta long-temps dans ce cruel état.

[52] Ce jeune homme fut tué à Stockholm, dans un duel, à l'âge de vingt ans.

[53] On trouve dans les œuvres complètes de madame de Staël une pièce lyrique intitulée Agar, qui pourrait être celle que jouent ici les hôtes de Clichy-la-Garenne.

[54] Aujourd'hui comtesse de Montholon.

[55] Qui fut si long-temps le favori de Catherine.

[56] Le marquis de Luchésini s'était élevé d'un poste obscur dans un ministère, jusqu'aux fonctions d'ambassadeur. On avait beaucoup vanté ses talens avant son arrivée en France. Quelques personnes prétendent qu'il fallut un peu en rabattre.

[57] On sait que ce fut à cette bataille livrée le 22 mai 1809, que Lannes fut blessé à mort.

[58] Je fus quatorze ans sans entendre parler de lui, sans en recevoir aucune nouvelle. Enfin après mille recherches je découvris, en 1818, qu'il était alors en Angleterre. J'y allai; j'eus beaucoup de peine à l'y trouver. Il y végétait par les résultats d'un commerce très-peu considérable sur les marchandises prohibées. J'en tirai quelques billets pour une faible somme de 10,000; mais ces billets dans la suite ne furent pas payés. Je fus obligée de retourner à Londres. Enfin après plusieurs voyages, beaucoup de peines et de fatigues, je fus obligée, pour ne pas perdre le tout, de recevoir des marchandises pour six mille francs environ.

Depuis j'ai appris qu'il était mort à peu près insolvable.

[59] Ces paroles bienveillantes ne prouvaient que la bonté de Joséphine, et nullement mon mérite.

[60] On sent bien (sans qu'il soit besoin de l'expliquer) que cette indifférence, ce laissez-aller ne s'étend qu'aux détails de la vie intérieure qui ne lui paraissaient pas valoir la peine qu'il s'en occupât.

[61] Il lui était défendu pour sa santé.

[62] Ce tableau flamand, qui représentait la boutique d'un savetier dont la femme raccommodait une chemise à côté de son mari, était dans la chambre à coucher occupée par Joséphine.

[63] Ce mot est attribué à Bernadotte.

[64] Ce manuscrit est entre les mains de M. Ladvocat.

[65] Les fraises produisaient le même effet sur le roi de Rome; mais, plus surveillé ou plus docile, il cessa d'en manger, quand madame de Montesquiou, sa gouvernante, le lui eut défendu.

[66] Voici la liste des personnes qui composaient la suite des deux empereurs:

Personnages composant la suite de sa majesté l'empereur des Français.

Personnes composant la suite de sa majesté l'empereur de Russie.

Le comte de Tolstoï, grand-maréchal du palais,
Le prince de Galitzin, secrétaire de Sa Majesté,
Le comte Romanzoff, ministre des affaires étrangères,
Le général comte Tolstoï, ambassadeur de Russie en France, venu de Paris.
Le comte Speranki, 
Le prince Wolkonski, 
Le comte Oggeroski, 
Le prince Trubetskoï,——aides-de-camp de Sa Majesté
Le prince Gargarin, 
Le comte Oraklscheff, 
Le comte Schouvaloff, 
Le général Kitroff, aide-de-camp du grand-duc Constantin,
M. Apraxin, aide-du-camp du ministre de la guerre,
M. Balabin, colonel des chevaliers-gardes,
M. Alkoukieff,
Le prince Olgorouki, officier aux gardes,
Le comte Ozanski, chambellan attaché aux relations extérieures,
M. Gervais, 
M. Creidmann,——Conseillers d'état attachés aux relations extérieures
M. Sculpoff, 
 
Le comte de Nesselrode,——secrétaires d'ambassade, venus de Paris,
M. Bouhagin, 
M. de Lebanski, consul de Russie en France, idem,
Le général Kanikoff, ministre de Russie en Saxe, venu de Dresde,
M. Schoodes, secrétaire de légation, idem,
M. Bethmann, consul de Russie à Francfort, venu de Francfort.

[67] Voici la liste des principaux:

Le prince Guillaume de Prusse,

[68] M. de Fermon, conseiller d'état, directeur de la liquidation générale: on l'appelait communément Fermons-la-Caisse.

[69] Voir le récit de la disgrâce de madame de La Rochefoucault.

[70] C'était l'épée de Charles XII, que Gustave avait tirée de l'arsenal de Stockholm, et qu'il avait fait raccourcir et alléger pour l'ajuster à sa taille. Gustave s'était proposé Charles XII pour modèle, et portait, comme lui, un costume très-simple et les cheveux courts et relevés.

[71] Dans la réponse de l'empereur au conseil-d'état, on remarquait le passage suivant qu'il n'est peut-être pas hors de propos de rappeler comme une chose fort curieuse aujourd'hui.

«C'est à l'idéologie, à cette ténébreuse métaphysique, qui, en cherchant avec subtilité les causes premières, veut sur ses bases fonder la législation des peuples, au lieu d'approprier les lois à la connaissance du cœur humain et aux leçons de l'histoire, qu'il faut attribuer tous les malheurs qu'a éprouvés notre belle France. Ces erreurs devaient et ont effectivement amené le régime des hommes de sang. En effet, qui a proclamé le principe d'insurrection comme un devoir? Qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté qu'il était incapable d'exercer? Qui a détruit la sainteté et le respect des lois, en les faisant dépendre non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement de la volonté d'une assemblée d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires? Lorsqu'on est appelé à régénérer un état, ce sont des principes constamment opposés qu'il faut suivre.»

(Note de l'Éditeur.)

[72] Roustan obtint la même faveur le même jour.

[73] Cette allocution remarquable de Sa Majesté au maréchal Kellermann a déjà été rapportée dans un autre ouvrage, mais j'ai cru pouvoir me permettre de la reproduire ici, parce qu'elle vient tout-à-fait à l'appui des renseignemens que j'ai pu recueillir particulièrement sur l'entrevue du pape à Fontainebleau et que l'on vient de lire.

[74] La maison de l'empereur, refaite en partie pour cette campagne de 1813, se composait ainsi qu'il suit:

[75] Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr était alors le plus jeune en date des maréchaux de l'empire, ayant reçu le bâton de maréchal sur le champ de bataille pendant la campagne de Moscou, après le combat du 18 août.

[76] C'était le comte de Mier, chargé de garantir à Murat la possession de ses états s'il abandonnait la cause de l'empereur. Il l'abandonna; que conserva-t-il?

(Note de l'éditeur.)

[77] Le Danemarck, comme je l'ai dit, avait déjà conclu son armistice avec la Russie, mais la nouvelle n'en arriva à Paris que quelques jours après.

[78] M. Robert de Sainte-Croix, dont le père, ancien ambassadeur de France à Constantinople, était alors préfet de Valence, avait eu deux frères tués tous deux, l'un capitaine de vaisseau et l'autre, le général Charles de Sainte-Croix, frappé à mort en Espagne. Leur mère, mademoiselle Talon, par conséquent tante de madame du Cayla, ancienne dame d'honneur de la femme de Louis XVIII, présenta son fils à ce monarque en 1814. Le roi lui ayant demandé des nouvelles de sa famille, «Sire, répondit M. Robert de Sainte-Croix, de trois frères que nous étions, voilà la seule jambe qui reste.»

(Note de l'Éditeur.)

[79] On sait que l'empereur ne prodiguait pas la croix-d'honneur. En voici une nouvelle preuve: il était très-content de services de M. Veyrat, inspecteur général de la police, et celui-ci désirait la croix. Je présentai quelques pétitions pour lui à Sa Majesté, qui me dit un jour: Je suis content de Veyrat; il me sert bien; je lui donnerai de l'argent tant qu'il en voudra: mais la croix, jamais!

[80] C'est une chose assez singulière que l'opéra de l'Oriflamme ait fourni à Geoffroy le sujet de son dernier feuilleton. Ce célèbre critique mourut peu de jours après, sinon pour le repos de son âme, au moins pour celui des acteurs.

(Note de l'éditeur.)

[81] J'ai su depuis que la comtesse de W... était allée avec son fils voir l'empereur à l'île d'Elbe. Cet enfant ressemblait beaucoup à Sa Majesté; aussi ce voyage fit-il alors répandre le bruit que le roi de Rome avait été amené à son père. Madame W... resta peu de temps à l'île d'Elbe.

[82] M. Filangieri avait effectivement eu précédemment à Paris un duel avec M. de Saint-Simon, que l'on avait d'abord cru tué, mais qui finit par revenir de la blessure très-dangereuse qu'il avait reçue.

[83] Gardanne était un autre de nos camarades, fils du général Gardanne qui fut ambassadeur en Perse.

[84] L'ancien hôtel de Choiseul Charost, aujourd'hui l'hôtel de l'ambassadeur d'Angleterre, que le gouvernement britannique acheta du prince un million après la première restauration, et qui en vaut plus de deux aujourd'hui.

[85] Clarke n'était que général de division, et les maréchaux seuls, sous l'empire, avaient le droit, après l'empereur et les princes, d'avoir des aides-de-camp colonels.

[86] C'était le chef d'orchestre.

[87] On appelle gressini, à Turin, des pains de pâte sèche, gros comme le double d'un tuyau de macaroni et longs d'un ou deux pieds. On en faisait fréquemment des envois à l'empereur.