Quand on l'ignore, ce n'est rien.
Le comte de *** exerce toujours l'honorable métier que vous savez, il sert sous les ordres du noble personnage grâce auquel Edmond de Bourgerel expia par plusieurs mois de captivité le crime énorme d'avoir écrit un mauvais drame; si vous passez près de lui, cher lecteur (nous avons tracé de cet homme un portrait si ressemblant qu'il vous sera facile de le reconnaître), si, disons-nous, vous passez près de lui, rappelez-vous cette chanson de Béranger:
Ici près j'ai vu judas.
Passe-Partout et son camarade (il ne faut oublier personne) sont toujours de fines et adroites mouches, ils iront loin... s'ils ne sont pas pendus.
Madame Delaunay est à la tête d'un de ces établissements qui n'ont point de nom dans le langage des honnêtes gens.
«Le docteur Delamarre vend aux femmes trompées des conseils qui le conduiront tôt au tard devant la cour d'assises.» Cette prédiction de la danseuse Coralie s'est réalisée, l'infortuné docteur vient d'être condamné à plusieurs années de prison par la cour d'assises de la Seine. L'époux de la jeune Agnès, dont nos lecteurs se rappellent sans doute l'histoire, le père nominal de ses enfants, lui envoie des secours.
Le général de la milice citoyenne, qui faisait de si beaux présents à la danseuse Coralie, forcé de quitter Paris pour se soustraire aux poursuites de ses nombreux créanciers, se réfugia sur les terres de l'Eglise; le nom qu'il porte, célèbre en Italie, lui a valu un accueil favorable, il est maintenant un des meilleurs officiers de l'armée papale; nos lecteurs savent sans doute que les soldats de notre très-saint-père, ne montent plus la garde avec un parapluie.
Da mihi fallere, da justem sanctum que videri
Noctem peccatis et fraudibus objicere nubem.
Nos lecteurs savent déjà que le digne ecclésiastique, qui ne récitait jamais d'autre prière que celle-ci, est actuellement évêque, mais ce qu'ils ne savent pas, ce que nous sommes heureux de pouvoir leur apprendre, c'est que ce saint personnage est un des plus fougueux champions de l'ultramontanisme, et qu'il tonne souvent en chaire contre la corruption et l'esprit irréligieux du siècle; on dit que ses sermons et ses mandements ressemblent aux homélies de l'archevêque de Grenade, mais, ce sont des méchants qui se permettent de semblables discours, et, pour notre part, nous ne voulons pas les croire.
Les méchants disent encore bien d'autres choses; ainsi, par exemple, ils assurent que si les deux honorables qui assistaient au banquet donné chez Lemardelay par Alexis de Pourrières s'occupaient un peu plus de leurs propres affaires et négligeaient tout à fait celles du pays, leurs créanciers seraient contents et que le pays ne s'en trouverait pas plus mal, faut-il les croire? Nous n'en savons vraiment rien.
La graine de niais de l'Anglais et du marchand de bonnets de coton ne trouve plus d'acheteurs, les annonces mirobolantes et les prospectus mirifiques du gérant de commandité ne trompent plus personne.
M. Roulin est devenu un honnête négociant; des choses aussi extraordinaires que celle-là arrivent quelquefois.
Le père des Lézards, l'infortuné Rigobert, trompé par la plupart des nombreux vauriens qu'il avait réchauffés dans son sein, a été obligé de fermer sa boutique; que vont devenir les malheureux reptiles qui trouvaient chez lui les moyens de changer de peau à si peu de frais?
N'oublions pas un avoué qui fit condamner une de ses anciennes maîtresses, coupable seulement de s'être rappelée les leçons qu'il lui avait données jadis, et un avocat qui apprit à un jeune voleur que la toge n'abrite pas toujours des gens irréprochables, le premier est chevalier de la Légion d'honneur, directeur du bureau de charité de son arrondissement, il est éligible, il a des chances pour arriver à la chambre élective; le second, grâce à une faconde inépuisable, est devenu l'un des aigles du barreau moderne; il sera riche un jour et épousera une héritière.
Et le comte palatin du saint-empire romain, et son inséparable ami? le premier a quitté Paris pour éviter d'être mené où l'on vient d'envoyer le second, c'est-à-dire dans une des villes maritimes du midi de la France; on dit même que des rets sont tendus à toutes les entrées de notre bonne ville pour le prendre comme dans un traquenard, s'il tentait d'y revenir.
Les biens de la maison de Pourrières, auxquels Salvador a fait une brèche considérable, ont été remis au fils du malheureux Alexis, mais il est probable que cet infortuné jeune homme n'en jouira pas longtemps; les malheurs et les privations de toute espèce qui ont assailli ses jeunes années ont ruiné sa santé; il ne s'abuse pas sur son sort, il a déjà fait son testament, dans lequel la femme Moulin (qui a réparé, autant du moins qu'elle l'a pu, le mal qu'elle lui avait fait) les deux filles de M. de Riberpré, Malaga et Brigantine et les membres de la famille Louiset n'ont pas été oubliés.
Fortuné a joint à son testament un codicille qui commence ainsi:
«Une femme estimable a porté pendant quelque temps le nom honorable qui bientôt va s'éteindre avec moi, n'ayant pas d'héritiers du sang, et pouvant, sans faire de tort à personne, sans blesser aucuns droits acquis, disposer comme je l'entends de la fortune qui m'est échue en partage, j'institue pour ma légataire unique, universelle, à la charge par elle d'acquitter les legs particuliers énoncés en mon testament: la dame Lucie, née de Casteval, veuve en premières noces de M. le général comte de Neuville, etc., etc.
»En réparant autant que je puis le faire une injustice du sort envers une femme aussi estimable que l'est la veuve du général comte de Neuville, je crois faire une action agréable à la fois et aux hommes et à Dieu.»
Et maintenant, cher lecteur, que nous sommes arrivé au bout d'une assez longue carrière, nous vous rappellerons ce que nous vous avons dit au deuxième volume de cet ouvrage que, lorsque nous nous sommes déterminé à l'écrire, nous voulions prouver ceci: «Que les fautes les plus légères ont presque toujours des suites déplorables, qu'il n'y a point de crime, quelque bien combiné qu'il soit, quelque épais que soient les voiles dont il s'enveloppe, qui échappe à la punition qui lui est due, que souvent les crimes sont punis l'un par l'autre, que les conséquences de toutes les liaisons qui ne sont pas fondées sur la vertu, sont toujours déplorables, qu'il n'est pas de chutes dont on ne puisse se relever, lorsque l'on a du courage...»
Si par l'accueil qu'il fera à notre ouvrage le lecteur nous prouve que, par le récit des aventures de Félicité Beauperthuis, d'Elisabeth Neveux, de Salvador et Roman, de Silvia et de Servigny, nous avons atteint le but que nous nous étions proposé, nous nous tiendrons satisfait, car nous aurons alors la conviction d'avoir écrit un livre utile. Quoi qu'il en soit, comme la tâche que nous nous étions imposée était peut-être au-dessus de nos forces, nous terminons par la formule qui clôt toutes les comédies de l'immortel Calderon.
Excusez les fau de l'auteur.
TABLE
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME PREMIER
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME DEUXIÈME.
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME TROISIÈME.
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME QUATRIÈME.
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME CINQUIÈME.
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME SIXIÈME.
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME SEPTIÈME.
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME HUITIÈME.
- LES VRAIS MYSTÈRES DE PARIS. TOME NEUVIÈME.